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Chez Clarabel
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gallimard jeunesse
15 janvier 2011

Minuscule, farouche et rousse.

IMG_2085Quelle bonne surprise ! Tout ce qui paraissait dernièrement sous la plume de Jacqueline Wilson avait tendance à me décevoir, mais cette fois, grâce à Millie Plume, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir et pas seulement ! Car J. Wilson a su donner à son roman victorien un ton moderne, avec des effets secondaires plutôt inattendus.
Tout d'abord, l'histoire ne commence pas de façon très guillerette. Nous sommes en 1876, à Londres. Millie est un bébé abandonné, aussitôt placé en famille d'accueil où elle y passera cinq années joyeuses et insouciantes. Puis, la séparation. Les larmes. La déchirure. L'incompréhension. Retour à l'Hôpital des Enfants-Trouvés où l'attend une éducation stricte. Millie ne rigolera pas tous les jours, mais avec sa nature et sa force de caractère elle parvient à surmonter les sales coups montés par ses petites copines de chambrée, par supporter la rigueur du froid dans le lit, le manque de nourriture, les leçons de couture, la discipline des anciennes. Millie souvent se sent seule, même quand elle retrouve par hasard ses soeurs ou frères d'adoption, ou quand elle s'attache à Polly, une nouvelle venue, ou Ida, qui travaille en cuisine et lui file en douce des raisins secs ou du sucre pour adoucir son porridge.
En vrai, Millie n'arrive pas à se satisfaire de son existence. Elle rêve de liberté, ne veut pas finir soubrette, aspire à autre chose, à retrouver sa véritable mère (ne serait-ce point cette écuyère rencontrée un jour au village ?) et à revoir Jem, son grand frère chéri.
Ce qui est très délicat dans le roman, c'est le soupçon de mélange entre l'humour et la tendresse, la générosité et la détresse, la peine, le chagrin, la triste réalité d'un avenir bouché. L'histoire trouvera d'ailleurs une fin un peu trop édulcorée, mais c'est un bonheur pour Millie. Petite rouquine au tempérament volcanique, débordant d'énergie, elle n'a jamais baissé les bras face à l'adversité et s'est toujours promis de bouleverser ce que la vie avait de plus plat à lui offrir.
Voilà une lecture qui a su conquérir mon coeur de lectrice renfrognée contre les histoires sirupeuses de J. Wilson, en se révélant attachante, essentiellement grâce à Millie, mais aussi pétillante et pleine de sensibilité. J'ai passé un bien joli moment, ma foi.

Les malheurs de Millie Plume - Jacqueline Wilson
Gallimard jeunesse (2011) - 350 pages - 13,50€
traduit de l'anglais par Cécile Dutheil de la Rochère
illustrations de Nick Sharratt

illustration de couverture : Anne Simon

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14 janvier 2011

Un mec qui s'exprime comme dans un roman de Jane Austen devrait recevoir une médaille, pas se faire traiter de débile !

IMG_2080A quinze ans, Jess Jordan n'est pas tendre avec elle-même : elle est charmante mais cinglée, a un gros cul et les oreilles en chou-fleur, elle voudrait que Ben Jones (un soupçon de Leonardo di Caprio, une pincée de prince William, une touche de Brad Pitt) craque pour elle, se demande encore pourquoi elle est incapable de détester sa meilleure amie Flora, trop belle, trop canon, trop intelligente, et serine Fred, son autre meilleur ami, de couper ses cheveux qui lui tombent dans le cou.

La vie de Jess Jordan est une vie d'ado comme toutes les autres. On y parle de béguins naissants, de conflits d'intérêt, de chamailleries et de réconciliations, de mensonges éhontés, de devoirs d'école, d'autorité parentale inexistante, mais de parents non moins présents, originaux et délirants dans leur genre, d'une grand-mère qui s'invite sans crier gare, d'une chambre spoliée, d'une soirée qui tourne à la catastrophe, de fausse poitrine qui sent bon le minestrone, d'un accident de parcours, d'une caméra cachée dans les toilettes (les goujats), d'un groupe de rock qui chante comme des canards, des révélations sentimentales, d'un garçon qui parle comme dans un livre de Jane Austen, d'un Apollon éteint et encombrant, d'un déclic et de grandes décisions à prendre (après d'âpres tractations).

- Es-tu en train de dire que... tu as envie de sortir avec moi ?
- Ouais, pourquoi pas ? Rassure-toi, ce n'est pas une demande en mariage. Ce n'est pas mon genre, fit-il très vite.
- T'inquiète pas, moi non plus. Je préférerais me perdre dans le désert de Gobi et être livrée aux suricates plutôt que me marier avec toi.
- Tout à fait d'accord. Je préférerais être plongé dans un bain de friture et me faire dévorer que d'être marié à toi ne serait-ce qu'une seconde.
- Dans ce cas, tout est très clair.

Jess Jordan est une héroïne qui manque parfois de perspicacité, mais qui n'est jamais en manque d'humour (ce n'est pas un hasard si elle rêve d'être comique plus tard !). C'est irrésistible et rafraîchissant, le genre de lecture homéopathique qu'on aime lire de temps en temps, et l'effet désiré ne loupe pas : deux bonnes louchées plus tard, on se bidonne comme des dindes. N'hésitez pas à poursuivre l'aventure avec 16 ans ou presque, torture absolue (à paraître en Scripto en février 2011) et 15 ans Welcome to England ! 

15 ans, charmante mais cinglée - Sue Limb
Gallimard jeunesse, coll. Scripto (2010) - 272 pages - 9,50€
traduit de l'anglais par Laetitia Devaux
illustration couverture : Soledad Bravi

7 janvier 2011

Pêle-Mêle Clarabel #17

De nouvelles petites gouttes de lecture...

IMG_1922Un joli roman d'été, Amis de coeur de Kate Banks. Lou et Ollie sont les meilleurs amis du monde, ils ont grandi ensemble jusqu'à l'âge de 8 ans. La famille d'Ollie déménage, Lou a le sentiment de perdre une partie d'elle. En dépit de la séparation, ils ne cesseront jamais de se voir et passent toutes leurs vacances côte à côte. Vient l'été de leurs treize ans, l'été qui n'aurait pas dû exister. Leurs familles avaient prévu de visiter le nord de l'Europe, mais suite à un contretemps professionnel, tout ce petit monde a annulé leurs projets pour se retrouver dans la maison des grands-parents. Nous sommes en Italie, il fait beau, on mange des glaces, on se dore la pilule au soleil, on fait de la voile et de la poterie, c'est reposant, envoûtant, le charme opère... Cet été-là, il y a aussi Martin, le petit-fils des voisins. Sa présence met un peu de piment dans les sentiments des uns et des autres, donne à réfléchir sur le temps qui passe et le corps qui change, sur l'enfance qu'on quitte tout doucement et sur ce monde inconnu qui attend en tapant du pied. Il faut s'arracher du nid douillet, et hélas la vie va drôlement chambouler cette tendre quiétude. Car la fin est vraiment très triiiste. Je ne m'y étais pas du tout attendue, ou j'avais imaginé autre chose. Quelle déchirure. J'ai tourné la dernière page avec un gros poids sur le coeur. Mais je ne regrette pas le voyage non plus.
Cette lecture m'avait été suggérée par Bauchette, merci.
Gallimard, coll. Scripto (2006). Traduit de l'anglais par Anne Krief.

IMG_1924Honte sur moi ! J'avais prévu de lire le roman de David Walliams depuis au moins un an. Pfff, qu'est-ce que ça passe. Et puis c'était une lecture que je voulais partager avec ma fille. C'est intéressant de lire à deux, cela donne une autre dimension à l'histoire et ça rappelle aussi que les attentes ne sont jamais les mêmes... Bref, voici donc l'histoire d'un jeune anglais de douze ans qui, comme l'indique le titre du roman (Le jour où je me suis déguisé en fille), va vivre une expérience complètement loufoque. Depuis le départ de sa mère, Dennis vit avec son frère et son père dans une maison où le câlin est proscrit et où le foot, rien que le foot, et encore le foot est la seule religion pratiquée. Dennis est un champion, ça tombe bien. Par contre, sa mère lui manque cruellement. Pour pallier cette absence, Dennis aime feuilleter le magazine Vogue. Il aime les belles robes, cela lui rappelle sa mère sur la seule photographie qu'il possède d'elle. Bien entendu, son père lui interdit formellement de continuer à acheter de la presse féminine. Son frère se moque de lui. Qu'importe, il vient de rencontrer Lisa, la plus jolie fille de l'école. Elle aussi est passionnée de mode. Ensemble, à force de passer du temps et de papoter sur ce qui leur tient à coeur, ils vont donc se lancer dans un projet fou. Cocasse. Délirant. Epatant. Cette affirmation de soi et de vouloir être soi envers et contre tout est une belle leçon de tolérance et du droit à la différence. Et puis, c'est drôle ! C'est un roman qui se lit facilement, le ton est délicieusement facétieux (on croirait du Roald Dahl), le texte très aéré et le tout merveilleusement illustré par Quentin Blake. THE Quentin Blake. La classe, quoi. En bref, un petit roman à l'humour anglais, très sympathique.
Lu et conseillé par Gaëlle, merci tout court.
Gallimard jeunesse (2009). Traduit de l'anglais par Catherine Gibert.

Plus j'écoute le dernier album de Nouvelle Vague et plus la séduction opère... Au départ ce n'était pas gagné. C'est bon de se tromper !

18 décembre 2010

Il y a du vrai dans pratiquement tous mes mensonges.

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Zach a disparu. Zach est mort.
Et c'est Micah, la menteuse, qui raconte.
Accrochez-vous, l'histoire part dans tous les sens. Premièrement, Micah jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Puis, elle promet la vraie vérité, et enfin la vérité authentique et véritable. Alors, promesse tenue ?
Bah, ma foi, quelques 310 pages plus tard, j'ai les sourcils froncés et le sentiment d'avoir couru après la vérité, sauf que je suis à bout de souffle. Je pense que c'était l'intention de l'auteur, bravo, car je suis complètement perplexe, moyennement convaincue par l'histoire de Micah. Pas que ça me dérange, j'ai probablement été dupée, ou pas, cela fait partie du jeu, mais je reste partagée.
Jusqu'au bout, toutes les théories sont possibles. Jusqu'à la dernière ligne, Micah suggère, tente, ose. Oui, peut-être c'est ça toute sa vie. La vérité pure et dure. Ou bien, c'est autre chose. Franchement je ne sais plus. Dans tous les cas, c'est la plus brillante des supercheries qu'il m'ait été donné de lire. Alors que je tournais la dernière page, j'étais encore dans le flou absolu. Et je crois que cela restera longtemps une énigme !
D'un autre côté, c'est ce qui fait le petit plus de cette lecture. Le doute est cultivé exprès dans un but non avoué - si ce n'est pas sadique d'entuber le lecteur et d'embrouiller ses convictions... Je laisse volontairement planer le doute sur l'intrigue, je vous suggère également de ne pas chercher à en savoir plus. C'est une histoire où le doute plane. Du début à la fin. Une histoire avec des tas de rebondissements. Et sans la certitude d'obtenir, au final, la vérité absolue. Il m'a été impossible de lâcher le roman avant de savoir le dernier mot de l'affaire. 
(J'avais toutefois beaucoup d'attentes, donc le roman m'a un peu déconcertée. Je ne m'attendais pas à la révélation du milieu, ou j'y croyais à moitié. C'est mon seul regret. Car je n'ai pas trop apprécié l'orientation que cela a créé. Mais ça reste une lecture bluffante !)

J'ai conscience d'avoir plusieurs fois employé les mots : doute et vérité. Mais que voulez-vous ? Le doute sur la vérité persiste, pendant et après la lecture !  Radicale, de son côté, a été totalement convaincue.

Menteuse - Justine Larbalestier
Gallimard jeunesse (2010) - 310 pages - 13,50€
traduit de l'américain par Alice Marchand

10 décembre 2010

Bruit Blanc

Je suis toujours un peu farouche avec les albums façon pop-up, oui c'est beau, oui c'est précieux, oui c'est fragile, et ce n'est pas facile de confier de tels ouvrages à des petites mains malhabiles, mais bon ... Quand on se retrouve face à un livre comme Bruit Blanc, on a envie de le partager, même s'il faut trembler intérieurement, tant pis, la beauté et le talent, ça se donne !

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L'auteur, David A. Carter, a déclaré : Dans Un point rouge, le point est facile à trouver. Dans 2 Bleu, j'ai soigneusement caché le 2, il est beaucoup plus difficile à découvrir. Pour 600 Pastilles noires, la difficulté consiste à compter les pastilles qui, par ailleurs, sont parfaitement visibles. Dans Carré jaune, le carré est de nouveau facile à localiser. Qu'adviendra-t-il pour Blanc ? Considérant cette série de cinq livres comme un tout, mon espoir est de faire naître une gamme de sensations et d'expériences visuelles interactives. Je pense que l'art qui crée des montagnes russes d'émotion est un divertissement, et l'un de mes buts en tant qu'artiste est de vous distraire. Amusez-vous bien.

C'est réussi ! Voici un tourbillon de bonbons : 

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et des plumes blanches à caresser !

 

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Certes, le plaisir est visuel, mais pas seulement. Tendez l'oreille, vous surprendrez alors le craquement, le tintement, l'écho grinçant ou le crépitement d'un bruit blanc. L'effet est bluffant. Quant au reste, c'est l'explosion de couleurs, de formes et de sons aussi ! J'étais un peu perplexe pour commencer, et désespérément prudente, à ne pas trop oser toucher ou manipuler ce précieux objet, mais la découverte associée à l'étonnement ont ragaillardi mes petits doigts timorés, je me suis lâchée et j'ai tourné les pages avec fébrilité, j'étais complètement séduite. C'est un livre curieux, ambitieux (et à la hauteur de son ambition), une approche concrète de l'art abstrait, un livre raffiné et absolument original. Et ce n'est pas parce qu'il est publié par Gallimard jeunesse que cet album est interdit aux plus grands ! 

Bruit Blanc, par David A. Carter
Gallimard jeunesse (2010) - 22,00€

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9 décembre 2010

Pêle-Mêle Clarabel (de Noël !)

Alors même si ma fille trouve que c'est  « rien que pour les tout-petits », je ne cache pas une certaine tendresse pour les livres de Bénédicte Guettier (surtout pour l'inspecteur Lapou, dont je suis une fan presque hystérique). Bref, l'âne Trotro c'est surtout mignon, un univers trèèès enfantin et naïf, c'est quelque part charmant mais aussi abêtissant, je ne suis pas aveugle non plus, mais j'aime bien...

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C'est Noël, Trotro et ses parents vont décorer le sapin. Le petit âne fait le guignol avec les guirlandes et les boules, puis accroche le tout dans l'arbre quand ses parents s'aperçoivent que seul le bas du sapin a été décoré (normal, Trotro n'est pas très grand non plus !).  Super, on croirait un jupon ! s'exclame la maman. (Qui n'a jamais lu pareille histoire à son loupiot haut comme trois pommes me jette la première pierre !?!!)  Et c'est chez Gallimard jeunesse, coll. Giboulées, 2010.

Et pour occuper les enfants pendant les vacances (bientôt !), en attendant le soir de Noël (ça sera long), pourquoi ne pas les confier aux Drôles de petites bêtes avec ce livre de jeux, de découpages, de coloriages, avec des autocollants, des comptines, des idées pour créer un spectacle. (Une idée qui coûte 4,90€.)

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En attendant d'autres trouvailles, voici le Livre-surprise du Père Noël par Alan Snow (l'auteur d'Au bonheur des monstres et sa suite : La galère des monstres). La couverture est géniale, les petits commentaires fléchés valent le détour ! (Bah non, on ne pourra pas les voir sur ce cliché ; je n'ai pas activé l'option pour l'agrandissement ! gné.)

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Ce livre a pour petite ambition de répondre aux questions du genre : où vit le Père Noël ? comment sait-il ce qu'on veut ? d'où viennent tous les jouets ? quand passe-t-il et que fait-il après sa tournée ? Mais l'originalité de cet album, où est-elle ? En fait, dès qu'on l'ouvre, il s'épanouit comme une fleur, c'est un pop-up intéressant et rigolo (même si je pense que ça reste aussi incroyablement fragile à manipuler entre les mains maladroites et aux gestes brusques). Et puis, surtout, je vous conseille la lecture des Chroniques de Pont-aux-Rats, qui est un bouquin épais (540 pages, les enfants crient au secours) mais l'histoire se déguste et il y a beaucoup d'illustrations pour alléger le tout. Vous ne le regretterez pas ! ;o)

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@ illustrations : Alan Snow - Le livre surprise du Père Noël (Nathan, 2010)

8 novembre 2010

Lettre à mon ravisseur

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Un thriller psychologique qu'on ne peut ni arrêter, ni oublier. Une petite phrase anecdotique, glissée en quatrième de couverture, à laquelle je ne prête plus attention depuis longtemps, et là, si j'avais su... l'aurais-je cru ? Car c'est la stricte vérité ! Ce roman envoûte, embobine, assomme, subjugue et assène une grosse claque. Ce roman est incroyable ! J'ai été incapable de fermer l'oeil de la nuit, incapable de reposer le livre avant de l'avoir fini, incapable de prendre du recul, incapable d'avoir le moindre discernement, la plus petite lucidité. J'étais dupée, complètement bluffée.

C'est l'histoire d'une jeune anglaise de 16 ans, Gemma, kidnappée à l'aéroport, pratiquement sous les yeux de ses parents, par Ty, un marginal qui vit dans le désert australien, où il va l'emmener, après l'avoir droguée et avoir masqué son identité, parce qu'il l'a choisie. Elle, et pas une autre. Objectivement, ce comportement criminel est condamnable, je ne reviens pas là-dessus, mais l'histoire démontre que le contraire est possible aussi, on peut aimer et détester la personne qui nous a fait du mal, on peut nouer une relation de confort et de sécurité avec son bourreau, c'est complètement dingue et c'est le pari réussi de l'auteur.

L'histoire est absolument inattendue, elle dépasse les considérations psychologiques visant le syndrome de Stockholm, même si elle ne les écarte pas non plus, et nous raconte plus simplement comment cela est possible. C'est à travers une lettre adressée à son agresseur que Gemma nous raconte ce qu'il s'est passé, ce qu'elle a vécu et éprouvé, sans tabou, puisqu'on parle aussi bien de colère, d'anéantissement, d'incrédulité, de dégoût et de fascination aussi. On plonge alors dans une ambiance hallucinante, à huis clos, dans la cabane au beau milieu de nulle part.

Et c'est avec la rage du désespoir que Gemma va chercher à s'enfuir, par tous les moyens. Cela lui sera d'autant plus douloureux de réaliser qu'elle est bloquée et dépendante de Ty, elle le déteste tellement, elle s'en veut aussi de le trouver beau et attirant et de penser à lui de cette façon. Mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus étrange, car leur relation n'est jamais violente, au contraire. Ty va trouver des trésors de patience pour amadouer la jeune fille, pour partager son monde et ses mystères, pour espérer la séduire. Gemma sera sensible à ses efforts, appréciera ce qu'il aime (la nature, les étoiles), sera attendrie par son histoire d'enfance malheureuse, touchée par ses déclarations d'amour. C'est mal, se dit-on, il ne faut pas. Hélas, tout comme Gemma, on cesse de voir Ty comme un psychopathe, l'effroyable et inexplicable fascination glisse sur le lecteur. Au risque de nous faire oublier son crime, ou presque. C'est fou ce que ce livre inspire, en plus de l'angoisse, du stress et de l'envie de savoir comment tout cela va finir. C'est fort et bizarre. Limite malsain. Mais c'est un livre inscrit pour durer et hanter nos mémoires. 

« Et regardons les choses en face, tu m'as bien enlevée, mais tu m'as sauvé la vie aussi. Et entre les deux, tu m'as fait connaître un endroit différent et magnifique, que je ne pourrai jamais m'arracher de l'esprit. Pas plus que toi d'ailleurs, tu es inscrit en moi à jamais. »

Lettre à mon ravisseur - Lucy Christopher
Gallimard, coll. Scripto (2010) - 340 pages - 13€
traduit de l'anglais par Catherine Gibert

brokenheart

 

4 novembre 2010

Mauvaise Graine - Orianne Charpentier

mauvaise_graineAprès La petite capuche rouge, Orianne Charpentier nous raconte l'histoire de Jérémy, un garçon de quinze ans, pas très grand, pas bon à l'école, un peu mal dans ses baskets, et qui n'aime pas du tout sa vie tout en rejetant la faute sur ses parents. Chez eux, c'est triste, c'est gris, c'est petit. Même les repas de Noël sont surfaits, ça sent l'étroitesse et l'ennui.

Jérémy a beau vivre à la campagne, avec des champs à perte de vue, il étouffe et il a besoin d'espace. En fait, il a du mal à s'accepter et passe à côté des choses importantes, ou essentielles. Il ne voit pas l'inquiétude de ses parents, ou trop tard. Il ne comprend pas ce que cache la mine soucieuse de son père, les commentaires acides de la voisine, ne supporte plus les bavardages de sa soeur aînée, qui suit des études à Paris, et qui sans le savoir l'écrase encore plus, le faisant se sentir minable et incapable.

Quand Jérémy découvre la maladie de son père, son comportement aussi va changer. Il va s'intéresser à la vie des siens, aimer ce qui l'entoure, ne plus espérer l'impossible, se rapprocher de Méthilde, qui est belle, intelligente mais impossible à amadouer. C'est d'ailleurs un prolongement de la même petite bande aperçue dans le précédent roman d'Orianne Charpentier, il y a Sarah et Léopoldine aussi, et j'espère qu'à leur tour elles auront leur mot à dire dans d'autres romans.

Car l'auteur possède beaucoup de finesse pour décrire l'adolescence en perte de vitesse, pour raconter l'errance, les doutes et les angoisses de l'âge ingrat. Cela me rappelle aussi le roman de Martin Page,
Le club des inadaptés, parce que c'est une histoire quasi universelle, celle de jeunes gens qui manquent de confiance en eux et qui n'ont pas encore trouvé leur place. La maladie sert de prétexte pour mettre à plat tout ce qui va de travers et permettre ainsi au garçon de quinze ans de moins se regarder le nombril et de s'assumer un peu mieux. Je trouve juste un peu dommage le choix de cette couverture, les illustrations de Sébastien Mourrain me manquent !

Gallimard, coll. Scripto (2010) - 135 pages - 7,50€

« J'ai peur d'être comme ces champs que nous traversons. De rester là immobile pour toujours, entre mon village et la forêt, à regarder le blé pousser et les nuages s'enfuir, sans que rien ne change jamais pour moi. J'ai peur de voir tous les gens que j'aime me quitter un à un sur les ailes du vent, pour aller voir ce qu'est le métro de Paris ou le Sahara, et que leur vie ressemble à un grand courant d'air qui passerait trop loin. »

« Je venais de découvrir que la vie, ma vie, changeait selon les mots que je trouvais pour la décrire. Ce n'était pas une question de mensonge, c'était une question de point de vue. Au bout d'un moment, j'ai décidé que je n'étais pas un garçon de quinze ans parmi des grands champs vides : j'étais un garçon de quinze ans avec un ciel immense au-dessus de lui. »

26 octobre 2010

Les petites BD de Rita et Machin

C'est une histoire d'amour... la mienne, la leur et la vôtre aussi,

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Parce que Rita et Machin, ça ne s'explique pas, c'est un coup d'amour, un coup de je t'aime (chabadabada), un coup de coeur qui dure depuis quelques années, et qui ne se dément pas, il y a tout ce que j'aime dans une lecture : c'est drôle, ça ne se prend pas au sérieux, cela me rappelle aussi la paire inséparable que j'ai à la maison, Rita et Machin, c'est donc l'humour, l'amitié, les 400 coups, les clins d'oeil et les répliques qui font mouche !

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Tous les épisodes ont été publiés en dernière de couverture de Pomme d'Api et dans la revue japonaise J-Nude, soit 24 planches de BD, dont 9 inédites.

Les petites BD de Rita et Machin - Jean Philippe Arrou-Vignod & Olivier Tallec
Gallimard jeunesse (2010) - 14€

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21 octobre 2010

La légendaire histoire des douze soeurs Flûte

COUP DE COEUR pour ce nouvel album de Vincent Cuvellier !!!

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Racontée avec humour, l'histoire de la famille Flûte, qui compte pas moins de douze filles, est absolument désopilante ! Le père, Monsieur Flûte, centième du nom, est un type débonnaire qui passe son temps à chercher une aiguille dans une meule de foin, tout en réfléchissant longuement devant l'ampleur de sa tâche.

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Sa tendre épouse est décrite comme « charmante, oh! légèrement dodue, mais charmante »Et d'ailleurs... «  Au fil de ses grossesses, elle finit par ressembler à une énorme boule de graisse surmontée de deux petits yeux méchants. »

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Sur ce ravissant postulat, les héritières de la famille Flûte voient donc le jour : toutes plus différentes les unes des autres, l'une est renfrognée, l'autre se tient à genoux et prie toute la sainte journée, l'autre encore est quelconque, l'une sourit à la lune, une autre fait tout le contraire de ce qu'on attend d'elle, les jumelles sont des copies carbones, impossible de les distinguer, mais ce n'est pas grave, car les soeurs Flûte se suivent, à un train d'enfer, le château grouille de petites Flûte qui portent parfois le même prénom, le narrateur ne sait plus où donner de la tête ... et le lecteur s'esclaffe !

Vraiment, c'est GENIAL ! Et puis, c'est drôle.

Arrive, cependant, LE drame : « Alors qu'on fêtait le douzième anniversaire de la première et le premier de la douzième, vint au monde un bébé, aussi rose, aussi blond, aussi dodu qu'on le pouvait rêver. Monsieur et madame Flûte, par dépit, allaient le nommer Béatrice, quand madame Flûte, bien que harassée, vit dépasser entre les jambes du nourrisson un petit truc aussi exceptionnel qu'inattendu : un zizi. »

Le choc est rude : madame Flûte claque sur le champ, monsieur Flûte perd la boule. Les petites filles prennent sous leur aile leur petit frère et le bichonnent comme une poupée. Un autre événement va frapper cette quiétude familiale, contraignant la petite troupe à aller loin, loin, loin, le dos à la mer...

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Je me suis régalée à suivre l'aventure de cette famille très productive, où tout est conté avec une pétillante légèreté. Les illustrations de Ronan Badel nous transportent au-delà des siècles, les demoiselles ont des frimousses craquantes, le texte de Vincent Cuvellier y trouve une mise en valeur inestimable. Il suffit de fermer les yeux pour s'entendre raconter cette histoire foldingue, c'est déjà un bonheur garanti. L'ensemble vaut bien un grand moment de swoushitude (copyright : gaëlle la libraire). Bravo ! Et j'en veux encore !!!

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  La légendaire histoire des douze soeurs Flûte - Vincent Cuvellier / Ronan Badel
Gallimard jeunesse (2010), coll. Giboulées - 14,50€

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Clarabel has read 8 books toward her goal of 200 books.
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