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Chez Clarabel
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gallimard jeunesse
28 septembre 2008

petite princesse, ne te réveille pas garde l'ivresse et tes yeux d'enfants *

La jeunesse aussi s'offre une rentrée avec des nouveautés à la pelle. Nous allons tenter de faire des petits tours (de manège?) chez les uns et les autres, de pousser notre caddy dans leurs rayons, de peser avant de faire son choix ; programme du jour :  Gallimard jeunesse. Il y a pas mal de livres qui s'inscrivent dans une série (Les Pyjamasques, L'inspecteur Lapou), plus un album tout blanc avec en couverture la bouille ravissante d'une petite rouquine (Polly).

C'est une histoire gentille, toute simple : l'anniversaire de Polly, par Florence Sterpin. On y voit une fillette qui voyage avec ses amis (un fantôme, un chat et un chien) dans une roulotte volante. Petite halte dans la campagne, chacun vaque à ses occupations mais Polly s'ennuie car elle aimerait jouer avec ses amis. Alors elle invente une excuse, aujourd'hui c'est son anniversaire et ils seront bien obligés de s'intéresser à elle. Manque de bol ! Une fête, ça se prépare et n'offre pas trop le temps de folâtrer. Tel est pris qui croyait prendre, pense-t-on.

Lecture sympathique, avec des dessins assez originaux (du feutre pour souligner les contours, je faisais ça quand j'étais petite !) (ceci n'est pas non plus un jugement péjoratif, j'étais une petite fille douée aussi !). Polly est craquante, l'amitié est à l'honneur, bref cet album pourra être lu aux plus jeunes (dès 3-4 ans).

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Mon coup de coeur, maintenant : Les enquêtes de l'inspecteur Lapou. Je ne connaissais pas tellement, et en fait j'avais bloqué sur Bénédicte Guettier, LA créatrice de l'âne Trotro (les mamans avec des enfants qui regardent les Zouzous sur France 5 doivent comprendre !!!). Et moi, franchement, ça ne m'inspirait pas du tout. Lors du dernier swap jeunesse, Audrey souhaitait découvrir un album de cette auteur et c'est ainsi que j'ai mis la main sur la série de l'inspecteur Lapou.

Gros coup de coeur, pour moi ! Ce sont des petites enquêtes sans prétention, menées par le très débonnaire inspecteur Lapou. Il est affublé d'un imper bleu, il a tendance à trop manger et à ne pas faire de sport. Il se traîne, il discute, fait marcher ses petites cellules grises. Il est souvent pataud, nigaud et maladroit. Pas du tout le Super Héros auquel on s'attend ! Et ça, c'est génial.

Cela casse les classiques attendus, les schémas tout trouvés. Il y a beaucoup d'humour, de flegme, de dérision. Pas sûr que les enfants peuvent tout saisir du second degré, mais ce n'est pas bien grave car les mamans, elles, se délectent !

Deux nouveaux titres, pour la collection : Le Poivron Fou  ET  Le Concombre Démasqué.

Le cadeau bonus : une recette facile et rapide est proposée en fin d'album (ici, le poivron mariné et le concombre à la crème).

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Pour conclure, le retour des Pyjamasques avec deux titres indissociables (selon moi).

J'avais déjà dépisté deux albums et j'avais beaucoup aimé cette première rencontre. Il s'agit de trois copains qui portent des combinaisons moulantes et vivent des aventures palpitantes durant la nuit : ils s'appellent Yoyo (le super costaud), Gluglu (qui colle) et Bibou (qui vole).

Avec ces deux nouveautés, il faut impérativement lire Les Pyjamasques et Utupë, l'esprit de la forêt en premier, car Le secret des Pyjamasques est la suite !

Utupë, un esprit de la forêt, vient de s'échapper du musée et veut retourner chez lui (la forêt aux arbres millénaires, de l'autre côté de la Terre). Sa rencontre avec les Pyjamasques tombe à point car il compte sur eux pour l'aider. Leur arrivée dans la jungle est une fête, tous se sentent comme des poissons dans l'eau. Mais il faut rentrer à la maison, et avant cela, passer l'épreuve de l'animal-totem qui est venu du bout du monde leur apporter leur costume. Ce qu'ils vont apprendre est un message d'une grande importance, qui devrait les accompagner pour leurs prochaines aventures.

C'est toujours très coloré, très vivant, palpitant, drôle (la maréchaussée est de service ! les agents Pin et Pon sont deux idiots qui vont s'improviser acrobates !), et humain, sensible avec un message sur les esprits qui naissent avec vous et ne vous quittent jamais durant votre enfance, jusqu'au passage vers l'âge adulte.
C'est une lecture qui plaira davantage aux enfants qu'à leurs parents (mais n'oublions pas que les livres sont faits pour eux, avant tout !). J'ai juste un petit reproche à faire - c'est de ne pas avoir retrouvé la petite Lilifée, comme prévu.   

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Encore de l'Âne Trotro ???  ICI ! 
Sans se moquer, cette série est un MUST pour vos bambins !

* paroles de Petite Princesse / La Grande Sophie

Gallimard jeunesse, septembre 2008
* L'anniversaire de Polly, Florence Sterpin : 13,50€
* Le poivron fou / Le Cocombre démasqué, Bénédicte Guettier : 7€
* Les Pyjamasques et Utupë / Le secret des Pyjamasques, Romuald : 6€

^ Bon anniversaire à sa marraine la fée ! ^

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13 août 2008

Seul sur la mer immense - Michael Morpurgo

Couleur pacifique pour un livre finalement pas si paisible que cela...

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Arthur Hobhouse, cinq ans en 1947, fait partie d'un groupe d'orphelins qui quitte l'Angleterre pour l'Australie. Il se lie d'amitié avec Marty, un garçon plus costaud et sûr de lui, qui lui servira d'appui secourable au Ranch Cooper. Sous couvert d'un programme religieux, le propriétaire emploie les enfants à des tâches difficiles et n'hésite pas à les fouetter pour punir leur insubordination. Pour s'échapper de cet enfer, Arthur conserve précieusement le souvenir de sa soeur Kitty grâce à une petite clef porte-bonheur. Il espère un jour revivre avec elle, mais le temps passe et leurs retrouvailles ne seront plus qu'un lointain espoir. Dans la deuxième partie du roman, c'est la fille d'Arthur Hobhouse, Allie, qui prend la parole et raconte son périple en mer qu'elle effectuera, seule, à bord de son voilier. Sa mission est d'atteindre l'Angleterre pour retrouver la fameuse Kitty.

Deux styles s'opposent dans ce livre : résolument plus moderne et dynamique pour la fin, contrairement au début plus tristounet. En fait, je trouve que le manuscrit d'Arthur Hobhouse rappelle quelque part la tradition orale, et je vois bien cette partie récitée à voix haute. Pour le reste, on ne peut guère espérer une note enlevée tant le propos de l'histoire frise le désespoir. Arthur raconte son parcours semé d'embûches, avec en toile de fond la guerre et ses ravages (un thème cher à Morpurgo), la séparation et la solitude. Toutefois, Arthur est un garçon remarquable, car jamais il ne baisse les bras ni ne perd espoir d'un lendemain meilleur (il a probablement été nourri au Candide de Voltaire ! ;o) ). 

Le contenu fait aussi état d'une vérité historique peu entendue : durant deux décennies, le gouvernement anglais a envoyé des enfants britanniques, on pensait qu'il était plus pratique de rassembler "les gens qui posaient des problèmes" (orphelins, enfants non désirés, délinquants) et de les transporter dans les colonies (le Canada, la Nouvelle-Zélande, l'Australie).

Sans conteste, Michael Morpurgo est un grand écrivain, il nous offre un récit émouvant et plein de lyrisme mais je n'ai pas autant aimé ce livre qu'Au pays de mes histoires, que je recommande plus fortement.

Gallimard jeunesse, 2008 pour la traduction française - 295 pages - 14,90€

traduit de l'anglais par Diane Ménard.

A été lu et aimé par Mélanie (Book in!) , Vanessa (Eliabar)

L'interview de l'auteur

 

25 juillet 2008

Luern ou l'hiver des Celtes - Jean Côme Noguès

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Fils de tonnelier, Luern sait que son destin n'est pas de combattre auprès des guerriers celtes du village, mais de suivre la voie de son père. Pourtant, le garçon se sent différent, concerné par la tache violette qu'il porte dans le cou. D'une enfance heureuse et insouciante, Luern va brutalement connaître l'exil et les dangers d'une traque par suite d'un acte qu'il croyait anodin. Un jour, il croise le fils du chef qui manque se noyer avec sa monture dans un lac gelé. Luern le sauve, mais, blessé dans son orgueil, Cintos va chercher à se venger en tendant un piège au garçon.

Prétextant le remercier, il lui fait cadeau d'un bracelet en bronze. Dans le même temps, la troupe des guerriers s'échauffe pour la nouvelle bataille qui s'annonce. Une cérémonie rituelle est organisée, durant laquelle la devineresse Brenna (qui est aussi la soeur de Luern) doit bénir la victoire de Cintos et ses compagnons. Or, cette dernière réclame un sacrifice humain... en la personne du garçon au bracelet en bronze (sait-elle qu'elle vient de condamner son frère?). Obligé de fuir, Luern va chercher à retrouver son autre soeur, Eponina, qui est devenue prophétesse et vit en réclusion dans la forêt.

Jolie épopée se déroulant lors de l'époque de la Gaule et des Celtes, ce roman de Jean-Côme Noguès est bien renseigné, écrit avec style et fort riche dans son intrigue. Cette lecture s'appuie beaucoup sur les légendes et mythes celtes (les druides, les prophètes, les devins, etc.), les scènes de guerre ne manquent pas de verve non plus, et ajoutez à cela les descriptions pleines de poésie sur la forêt, les rites sacrés et la finesse des personnages. Luern est un garçon attachant, assez droit dans ses souliers, qui connaîtra la cruelle loi des trahisons et des secrets de famille. Bien mené jusqu'au dernier chapitre, ce roman gagne à être lu... et conseillé aux jeunes lecteurs dès 13 ans.

Gallimard jeunesse, mars 2008 - Coll. Hors Piste - 190 pages. 9,50€

24 juillet 2008

Toi et moi à jamais - Ann Brashares

Alice et sa soeur Riley passent l'été dans la maison familiale de Fire Island, près de New York. Sportive, vive et garçon manqué, Riley est maître sauveteur. Très différente, Alice est féminine, douce et brillante, elle prépare sa rentrée en fac de droit. Paul, l'ami d'enfance, revient après trois ans d'absence. Attirés l'un par l'autre, Paul et Alice vont avoir une liaison, dans le secret, mais Riley va les surprendre un soir. 

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Ann Brashares, auteur de la série Quatre filles et un jean, signe un bon gros mélo sentimental, cousu de fil blanc, voilà pour les défauts, mais alors qu'est-ce que j'ai aimé ! J'ai complètement mordu à l'hameçon, j'ai aimé cette histoire d'amitié et d'amour, j'étais toute vibrante d'émotions pour ce que vivaient les personnages, j'étais à leurs côtés, j'avais mon petit mouchoir dans la main, j'étais nouée par les révélations, et puis dégoûtée par certains choix, je ne comprenais pas qu'on puisse garder pour soi autant de souffrance, mazette j'étais à fond dedans, d'ailleurs, j'ai lu ce roman en une soirée parce que j'étais totalement mordue !

"L'amour peut-il durer toute une vie ? Peut-il passer indemne de l'enfance à l'âge adulte en survivant aux tourments et aux écueils de l'adolescence ? Est-il toujours le même à l'arrivée, simplement exprimé de façon différente ? Ou ces deux formes d'amour sont-elles radicalement étrangères et incompatibles ?"

Toi et moi à jamais - Ann Brashares

Gallimard, (juin) 2008 pour la traduction française - 335 pages - 13€

traduit de l'américain par Vanessa Rubio / titre vo : The last summer (of you and me)

Le site : http://toietmoiajamais.fr/

2 juillet 2008

Princesse, dragon et autres salades ~ Marie Vaudescal

Pour écrire une histoire de princesse, il faut une princesse (bien entendu), un dragon (très souvent), quelques princes à l'orée du bois, prêts à chevaucher leur fidèle destrier, pas de crapaud mais de bonnes salades ! Car oui, ce sont bien des histoires à dormir debout et Marie Vaudescal vous en raconte une bien verte, une bien mûre et qui brise tous les mythes en pagaille !

Prenez donc une demoiselle Scarole, une blondinette au caractère bien trempé, qui vit au royaume de Vavassava où la tradition veut que toute princesse soit enlevée lors de son quinzième anniversaire par un redoutable dragon et celui qui parvient à libérer la demoiselle en détresse décroche la timbale avec épousailles, noces et contrat sur long terme (vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants !).

Foin de tout ça ! Scarole est lasse d'attendre que vienne son tour, alors elle met en scène son kidnapping et écrit elle-même une lettre de rançon adressée à son propre père. Puis, barda sur le dos et bottines à crampons aux pieds, la princesse s'en va, accompagnée de sa suite (une demoiselle de compagnie, trois serviteurs et un gnome).

En chemin, tout ne se passe pas très bien et Scarole découvre avec stupeur ce que signifie son prénom... Dépitée et mal dans sa peau, ce qui explique son épouvantable caractère, la princesse se rend chez le dragon où un intendant lui signifie qu'elle est réputée trop peste ambulante pour espérer trouver un sauveur (et ça se confirme : le roi fait courir son émissaire chez tous les princes des alentours mais personne n'accepte la mission qui implique le mariage avec Scarole !).

Bah, finalement l'histoire va plutôt bien se terminer sur une touche originale : le bonheur pointe son nez, mais pas du tout là où on le pensait, et notre princesse met la clef sous la porte en renonçant au mariage, définitivement pas pour elle ! Voilà donc une histoire de princesse (à 8 ans, on ne s'en lasse toujours pas), qui est drôle et pétillante, qui brise les idées toutes faites et révolutionne un peu la tendance. Et tout ceci, sous l'éclairage des illustrations de Magali Le Huche !

Princesse, dragon et autres salades - Marie Vaudescal

Illustrations de Magali Le Huche

Gallimard jeunesse, 2008 - coll. folio cadet.

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Autre petit roman à conseiller pour les demoiselles, du même âge (dès 8 ans) : Princesse Princesse de Rémi Chaurand (Une princesse part en stage pour devenir reine. C'est très drôle et forcément conseillé à toutes celles qui refusent le prout-prout !)

 

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25 juin 2008

des bourlottes et des mirlimarmitons

Qui, ou que, sont les bourlottes ?  Ce sont des créatures gracieuses de la famille des elfes. Elles ont une particularité, elles se nourrissent que de bruits, aussi, quand elles ont faim, elles déploient leurs grandes oreilles, gigotent et grignotent les sons les plus divers. Pour découvrir ce petit peuple d'écouteurs étranges et farfelus, il faut tendre l'oreille.

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Vivant en tribus dans les monts Agalpuchs, les bourlottes dorment l'après-midi et se lèvent au crépuscule pour faire leurs exercices. Quand la nuit est bien noire au-dessus des bergomiers et des fagalbas, elles vont dormir en tas, tranquilles dans d'immenses hamacs. Les bourlottes se réunissent pour leurs occupations : chasse aux bruits ou brassage des linges.

Tiquetonne est la plus petite des bourlottes. Singulière de par sa venue au monde (elle est née d'une cuisse de nymphému), elle est aussi rapide, pointue, précise, impérieuse. Tiquetonne décide et ordonne. Elle fait tout comme les autres (plier les linges, capturer les bruits) et soudain elle s'arrête et décide : c'est l'heure des cahouettes. Qu'est-ce que c'est ? C'est simple, la cahouette : on trouve une pente, on s'y bascule, on y dégringole, vas-y que je te roule, cul par-dessus tête et jusqu'en bas.

Après la cahouette tous les bruits se brouillent, ça fait de la pâte à bruits délicieuse. Ne pas en abuser, sinon brûlure de trompe d'Eustache.

Gélinotte est la suivante de Tiquetonne. Plutôt ronde, enrobée dans la placidité, elle accepte tout sur l'air de "c'est comme ça". Une étale, pas de vague, mais noyée d'ennui. Une reine d'à-quoi-bon. Gélinotte a quitté son peuple, les Francs-Moisins, en emportant son escargot sur la tête. Elle a trouvé Tiquenotte, elle l'a suivie. Elle la suit, toujours. (Pour les parties de cahouettes, elle pose son escargot.)

Cet album continue de nous enchanter à raconter la fascinante machine de vie des bourlottes, tout est orchestré dans l'harmonie, en chansons et avec poésie. Beaucoup d'imagination et de facétie, la langue est de la confiture pour tartines, les sons aussi guillerets qu'un grelot...

Imaginez la chasse aux bruits. Ici, l'arme au poing est un filet accommodé au bruit à capturer. Il faut le prendre par surprise, le filet doit imiter le décor. Un filet de plumes va pour les chants d'oiseaux, un filet de brindilles avec taches de lumières, pour les bruits de sous-bois.

Les bourlottes sautillent tendant leurs filets, telles de vieilles dames qui jouent au badminton. Tiquetonne, bonne chasseresse, est la reine des bruits de rivière et de torrent. Elle s'est fabriquée des filets d'eau souple qui retiennent les bruits dans leurs parois ondoyantes.

Chaque fin d'automne, on fête les grognes. Dans leur grande sagesse, les bourlottes considèrent qu'il faut honorer régulièrement ses mécontentements, rendre hommage aux bouderies et aux crises de rage si mal considérées. Il n'y a pas de date fixe pour la fête, mais chacun le sent bien, la mauvaise humeur rôde partout.

Il est urgent d'honorer ses chagrins.

Je vous laisse la surprise de découvrir la suite ! N'hésitez surtout pas ! Les bourlottes ont été dessinées par Diane de Bournazel sur une histoire écrite par Jacinthe Hirsch (qui aime bien tripoter les mots). Et cela se ressent à merveille, car cette lecture nous fait explorer un monde merveilleux, aux étranges coutumes. C'est bourré de charme, ça saucissonne les mots en une dégoulinade d'histoire délicate et espiègle. Les chants, par exemple, sont un hommage à la richesse de notre vocabulaire et au jonglage possible entre les sons, les mots et les idées... "grouille mouille ça caracole, ça fait rigole c'est la gargouille sur la coucourde."

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Les bourlottes, de Jacinthe Hirsch - illustrations de Diane de Bournazel.

Gallimard jeunesse, 2008 - coll. Giboulées. 12,50 €

Des spaghettis pour les jours gris, un gratin dauphinois quand il fait froid, des cocktails frais de plein été, des plats musclés pour écoliers. C'est un parcours de petits cuisiniers. Chaque recette leur donne en secret un tour de main. On joue au jeu de la cuisine. On découvre les aliments, leurs saveurs, leurs valeurs, on marie les couleurs. On évite les pièges roses du sucre, jaunes des graisses. On attrape les bons réflexes, on devient champions de l'équilibre alimentaire.

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Sympathique et flashy par ses couleurs et ses illustrations farfelues, ce livre de recettes s'adresse aux bambins qui boudent le chemin des fourneaux (et/ou chipotent le contenu de leur assiette). Il offre la solution de varier les recettes, de proposer un choix simple et goûteux, la cuisine de tous les jours, des boissons ou des gâteaux, les plats musclés ou les mitrons du dimanche, et selon les saisons !

C'est enfin un livre qui se destine très clairement aux enfants, les illustrations sont un appui dans la préparation et les recettes répondent très souvent à leurs goûts.

Mais, de plus, c'est un livre qui pourra faire aimer les légumes : par l'aspect ludique de l'élaboration de la recette, il permet de développer le goût et le plaisir de manger ce qui a été préparé. Pédagogique, il démontre les différentes familles des aliments (en les classant par couleurs), donne un guide pratique pour l'achat des produits et les ustensiles en cuisine.

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Les recettes des Mirlimarmitons, Cuisine Bonne Mine, de Paul-André Tanc - illustrations de Virginie Will.

Gallimard jeunesse, 2008 - Coll. Giboulées. 15€

^^^ Chacun son tour, madame Laure dans son jardin rempli de fleurs, today is yours ! ^^^

24 juin 2008

15 Ans Welcome to England - Sue Limb

Fans de Jess Jordan, votre héroïne n'a pas subitement rajeuni en un coup de stylo à plume. Ce livre est en fait un prequel (un épisode dont l'action est antérieure à la trilogie existante mais écrit après). Ici, Jess n'est pas (encore) amoureuse de son meilleur ami Fred et doit accueillir son correspondant français, Edouard. Pensant qu'il colle à son image idyllique du latin lover, yeux noirs et lèvres boudeuses, elle lui adresse une photo retouchée et reçoit en retour un cliché très engageant ! Le jour de la rencontre, cependant, Jess tombe des nues et fait face à un bonhomme haut comme trois pommes, hyper coincé et qui ne parle pas un mot d'anglais. Les quinze jours à venir vont être une torture absolue...

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Que d'humour dans ce livre ! Cela commence avec la découverte du correspondant, Edouard ne décroche pas un mot et s'installe dans la voiture en laissant flotter une odeur nauséabonde. Pour ne pas le vexer, Jess et sa mère utilisent un code et le surnomment "la reine". Quel ennui... ce garçon aurait-il un problème d'hygiène ? Mais en vrai, c'est Jess qui a marché dans une crotte et ne le découvre qu'une fois arrivée à la maison, et ce sans la présence d'Edouard qui doit désormais penser que sa correspondante n'est pas très "clean" non plus ! Notre trio sympathique continue de s'installer dans les situations embarrassantes, lorsque le français se rend dans la salle de bains et se bat avec la chasse d'eau...

Un fossé se creuse sous les pieds de Jess. Elle apprend d'une tierce personne que son cher Edouard est tombé fou amoureux d'elle en voyant sa photo ! Chose abominable et inconcevable, la jeune fille décide alors de supplier Fred de "faire comme si" et annonce à tous qu'ils sortent ensemble. Et puis, très vite, ce mensonge l'encombre car Jess juge absolument craquant le correspondant de sa camarade Jodie et voudrait bien avoir son premier "french kiss" avec lui ! Pour détendre les relations franco-anglaises, la bande organise un week-end camping.

J'aime beaucoup les livres de Sue Limb et ce, même en accusant 30 ans ! C'est frais, pétillant, plein d'esprit. Jess Jordan est une héroïne unique, une vraie copine qui nous fait partager les joies (et déconvenues) des échanges linguistiques. Je pensais qu'avec ce prequel cela allait être totalement décalé, je m'étais habituée aux amourettes entre Jess et Fred. Finalement je suis agréablement surprise, j'ai beaucoup rigolé. Et puis je trouve que Fred est un garçon qui gagne à être connu, je ne vous dis que ça !!!

A noter, ce livre peut se lire indépendamment des autres.

Gallimard jeunesse, (juin) 2008 pour la traduction française - coll. Scripto - 293 pages - 11,50€

traduit de l'anglais par Laetitia Devaux - titre vo : Girl, 15 Flirting for England.

Du même auteur :

 

6 juin 2008

La petite capuche rouge - Orianne Charpentier

petite_capuche_rougeMéthilde a quatorze ans. C'est une adolescente qui se sait belle, intouchable et redoutable aux yeux de ses camarades d'école. Elle a une logique implacable, surtout en mathématiques. Elle écrit des tonnes de fiches, surtout pour ses cours et pour mieux gérer les nouvelles choses qu'elle rencontre (comment embrasser la première fois, par exemple). Car en fait, sa vie n'est pas toute jolie ni toute rose. Le problème concerne sa maman, étrangement absente, et cela pèse sur sa conscience et ses humeurs. Méthilde a donc choisi d'affûter ses paroles - assassines - pour être crainte des autres. Sa façon à elle de se protéger est de paraître toujours forte et inébranlable.

Ce matin-là, Méthilde choisit de mettre un joli pull rouge qui lui va comme un gant. Et ce vêtement a sur elle un effet électrique : elle a envie d'être gentille et serviable. Pour la première fois, elle va se rendre chez Sarah pour l'aider à réviser les maths. Elle se rappelle avoir été odieuse avec cette fille, cinq ans plus tôt, en la traitant de pouilleuse. Aujourd'hui, Méthilde a toujours la réplique sèche et méchante au bord des lèvres mais une voix intérieure la force à se retenir. Bizarrement, elle se montre compréhensive et douce avec Léopoldine, son ennemie jurée, qui est également la meilleure amie de Sarah. Toutes les trois se font des confidences, quand soudain une tempête est annoncée et Méthilde doit rentrer chez elle. Avant de partir, la mère de Sarah lui confie un panier de victuailles à remettre à une amie de la famille, qui habite sur le chemin qui passe par la forêt.

Notre petit chaperon rouge, très contemporain, va braver le vent, la pluie et l'obscurité naissante. Méthilde a peur, elle se sent seule et perdue. En route, elle croise son Sauveur mais ce dernier a la dente dure contre la jeune fille, car il ne lui a jamais pardonné d'avoir insulté sa famille. La nuit promet d'être longue, pénible pour Méthilde. Pour la première fois, elle fait face à ses erreurs, doit expliquer pourquoi elle a ce comportement et ce qui la pousse à ne pas se faire aimer des autres.

Un très, très joli roman sur l'amitié et l'amour naissant ! La petite capuche rouge est un conte revisité, écrit avec une fraîcheur et une pertinence qui font plaisir à découvrir (Orianne Charpentier a déjà signé un premier roman, Madame Gargouille). L'héroïne peut paraître antipathique au début, et pourtant on l'apprécie énormément. Son esprit mordant est une qualité, à mes yeux, car on devine que sa méchanceté est une carapace. Le fait qu'elle change et comprenne ce qui cloche chez elle ajoute aussi à la rendre plus attachante. A conseiller, à partir de 11 ans.

Gallimard jeunesse, 2008 - Coll. Hors-piste - 116 pages. 7€

Illustrations de Sébastien Mourrain.

11 avril 2008

Spirit Lake - Sylvie Brien

spirit_lakeMai 1915. Un adolescent grelotte au fin fond d'une infirmerie, délirant entre la vie et la mort. Trois mois plus tôt, ce garçon, Peter, débarquait avec son frère Iwan et leur grand-mère sur le territoire canadien. Ce sont des réfugiés austro-hongrois, d'origine ukrainienne, qui ont choisi l'exil au Canada, mais seront dès leur arrivée arrêtés et emprisonnés dans des camps de détention, au large des plaines du nord, à Spirit Lake. C'est un no-man's land de glace, où cohabitent des baraques de bois et la vie à la dure dans un cadre désertique, cerclé de barbelés. Peter n'a que quatorze ans et va devoir subir la privation, le froid, la faim, l'humiliation et l'épuisement. Il est enrôlé pour devenir un interprète pour un militaire soupçonné de pratiquer du marché noir, cette mise en confidence mettra soudainement les jours de Peter en grave danger. Son frère Iwan est tombé amoureux d'une jolie pianiste, Tatjina. Il a décidé de se sauver mais devient à son tour le pion du jeu machiavélique du redoutable Wotton. Les conditions de vie à Spirit Lake n'avaient pas besoin de souffrir davantage de vicissitudes de la part d'êtres retors, Peter s'en rend compte. Le garçon va tomber malade, être envoyé à l'infirmerie où, dans sa somnolence, il voit le fantôme de sa grand-mère à son chevet, persuadé alors que ses propres jours sont comptés !

Spirit Lake ouvre un chapitre nébuleux de l'histoire canadienne sur les camps de détention des réfugiés de la Triple-Alliance, entrés clandestinement sur le territoire du Canada. Ces hommes, ces femmes et ces enfants, de simples civils, ont été considérés comme ennemis de l'Empire britannique et ont été emprisonnés dans des camps, dont Spirit Lake fut l'un des plus rudes (par sa situation géographique et par ses règles drastiques). Ce roman suit un jeune garçon de quatorze ans, qui s'attire les foudres d'un capitaine de l'armée canadienne, entêté et buté.  Car Peter n'a pas sa place à Spirit Lake, un site davantage destiné aux hommes les plus endurants, il faudra pourtant qu'il s'accroche. Heureusement, dans cette misère, l'adolescent va découvrir la force des liens affectifs sur lesquels il pourra s'appuyer pour se sortir des situations les plus difficiles.

C'est un roman singulièrement admirable, une superbe leçon de vie, qui donne matière à s'apitoyer, trembler et s'émouvoir. L'histoire est d'ailleurs construite de façon binaire, jonglant entre le présent et le passé pour ménager un suspense permanent. Aujourd'hui il ne reste rien de ces camps de détention, alors peut-être ce roman pourra cultiver la mémoire des disparus et des opprimés de cette époque compliquée. De plus, Spirit Lake fait appel au fantastique, l'endroit étant un lac sacré cher aux Amérindiens, et ce genre n'est pas usité ici à des fins inutiles !

Sylvie Brien est également l'auteur de la série des Enquêtes de Vipérine Maltais

Spirit Lake, de Sylvie Brien

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, 2008 - 237 pages - 9.50 €

4 avril 2008

Incantation - Alice Hoffman

incantationNous sommes dans un petit village d'Espagne, au XVIème siècle. L'histoire commence par un bûcher élevé sur la Plaza où sont lâchées des tonnes de livres appartenant à des Juifs. Un vieil homme portant un manteau avec un cercle rouge assiste à la scène, impuissant. Deux autres jeunes filles sont également spectatrices de ce sacrilège, deux meilleures amies, Estrella et Catalina. Unies depuis toujours, presque semblables avec leurs longs cheveux noirs, elles se donnent du Corbeau et Corneille pour souder leur amitié. Mais les temps changent, un vent mauvais souffle et les demoiselles, qui ont seize ans, commencent à ressentir leurs premiers émois amoureux.

Et c'est ce détail qui aura son importance, car la jalousie va ronger le coeur de Catalina qui, pour se venger de l'inclination d'Estrella pour son cousin, va la dénoncer aux grands prêtres, sur crédit d'un lourd secret que semble cacher sa famille. L'heure du déchirement, de la trahison et de l'effondrement va sonner. 

Si nos vies sont des rivières, pourquoi s'étonner que les changements qui les affectent ne nous soient perceptibles qu'une fois rendus en pleine mer ? Il arrive un jour où, balayant du regard ce qui nous entoure, nous constatons que plus rien n'est pareil, pas même notre visage. (...) J'ai traversé les mers pour me rendre dans une contrée où je n'aurais jamais imaginé me rendre un jour. Je suis devenue quelqu'un dont je n'avais pas idée. Un secret. Un rêve. C'est ce que je suis, corps et âme. Brûlez-moi. Noyez-moi. Mentez-moi. Je demeurerai celle que je suis.

Ce court roman pour la jeunesse est un exemple remarquable de la persécution contre un peuple. L'histoire traite ici de l'Inquisition qui sévit dans l'Espagne du XVIème siècle. Le propos est rapporté par Estrella de Madrigal, une adolescente qui avait grandi sans se poser de questions, subissant l'indifférence de son grand-père et le silence méprisant de sa grand-mère, adorant sa mère qui possède une grande beauté et le don de guérir par les plantes. Les récents événements qui frappent leur petit contrée d'Encaleflora vont lui ouvrir les portails de son rêve. Estrella va apprendre qu'elle est une marrane, une juive convertie au christianisme, ce qui est bien pire que le simple fait d'être de la juderia. Le roman est pudique, sobre, assez poignant face à l'escalade de violence et d'injustice, mais il est aussi le portrait admirable d'une jeune fille courageuse, qui choisira de témoigner pour protéger la Vie. Sois toi-même et ton âme sera sauvée. Un devoir de mémoire, à découvrir.

Incantation, d'Alice Hoffman. Traduit de l'anglais par Catherine Gibert.

Gallimard jeunesse, Coll. Scripto. 160 pages. 8€

2006 pour le texte, 2008 pour la traduction.

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2023 Reading Challenge
Clarabel has read 8 books toward her goal of 200 books.
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Sauveur & fils
Quatre sœurs : Geneviève
Audrey Retrouvée
Le sourire étrange de l'homme poisson
Calpurnia et Travis
L'homme idéal... ou presque
Trop beau pour être vrai
Tout sauf le grand amour
Amours et autres enchantements
Ps I Love You


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