Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Chez Clarabel
Publicité
metailie
11 février 2008

L'homme du lac - Arnaldur Indridason

homme_du_lacLe commissaire Erlendur est appelé sur une nouvelle enquête après la découverte d'un squelette au fond d'un lac vide. Le corps aurait été ficelé à une vieille radio émetteur, portant des caractères cyrilliques, datant des années 60. En corroborant les avis de disparition signalés à cette époque, Erlendur va entrer en contact avec une femme qui a fait les cent pas devant une crèmerie, attendant un homme qui n'est jamais revenu.

En même temps, et comme il est habituel chez Indridason, l'affaire interpelle le passé tragique d'étudiants islandais partis à Leipzig durant les années rouges. C'était une bande d'idéalistes, des radicaux de gauche qui ont perdu leurs belles illusions en découvrant les agissements du Parti (surveillance rapprochée, incitation à la délation, espionnage intempestif, contrôle des dissidents). Dans ce précieux témoignage, on s'intéressera davantage à l'histoire d'amour entre Tomas et Ilona, une jeune hongroise qui était violemment opposée au régime. Cette histoire, au coeur de l'enquête, pourrait peut-être être la clef de la boîte aux mystères.

Le seul début de piste est l'existence d'une Ford Falcon noire, que conduisait l'homme disparu. Car le reste de l'enquête est plongé dans les oubliettes, le temps a passé, les témoins ont vieilli, l'inspecteur chargé du dossier a baclé ses conclusions. Mais qu'importe ! Erlendur n'est nullement pressé, il n'y a pas le feu au lac autrement dit ! On prend donc son temps, on interroge, on épluche les archives des ambassades, on réfléchit beaucoup. La méthode est précieuse et brillante, un peu nonchalante pour qui recherche de l'action intrépide. Mais conduite lente ne veut pas dire ennuyante !

Cette fois-ci, on se préoccupera de nouveau aux vies personnelles des équipiers et des proches d'Erlendur. Avec bonheur, ou non, chacun y verra son intérêt. Pour ma part, j'ai le sentiment d'avoir quitté trop tôt Bergthora, l'épouse de Sigurdur Oli, j'ai été enchantée par la nouvelle carrière d'Elinborg, surprise de croiser Sindri, mais pas mécontente de moins retrouver Eva Lind, qui m'ennuie. Bref, c'est le petit monde qu'Arnaldur Indridason a su créer, en quatre livres déjà. Et ce n'est pas prêt de se terminer, ni de me lasser !

Editions Métailié - 350 pages - 19 €

Traduit de l'islandais par Eric Boury

Publicité
28 janvier 2008

Les empreintes du diable - John Burnside

empreintes_du_diable« Voilà bien longtemps, à Coldhaven, petit port de pêche sur la côte est de l'Écosse, les gens s'éveillèrent un matin dans l'obscurité de la mi-décembre pour découvrir non seulement que leurs maisons étaient ensevelies sous une couche de neige épaisse et irréelle comme il ne s'en voit qu'une ou deux fois par génération, mais aussi qu'une chose étrange s'était produite pendant leur sommeil, une chose dont ils ne purent rendre compte qu'au moyen de rumeurs et d'histoires qu'en honnêtes croyants, ils avaient honte de colporter, des histoires évoquant le diable, ou les esprits, des histoires reconnaissant à contre-coeur la présence dans le monde d'une puissance cachée que, la plupart du temps, ils préféraient ignorer. »
Ce qu'il s'est passé à Coldhaven, à cette époque, ce sont des traces de pas retrouvées dans la neige et qui ont été associées à des empreintes du diable ! Ceci place un peu le décor, car bien des décennies plus tard, c'est un fait divers dramatique qui frappe ce petit village écossais : Moira Birnie a mis fin à ses jours, et à celles de ses deux petits garçons, mais a laissé la vie sauve à sa fille aînée, Hazel. Pourquoi tant de pourquoi ? Il faut se pencher vers Mrs K, la femme de ménage du narrateur pour connaître le fin mot de ce drame. Non contente de paraître la copie conforme d'Ingrid Bergman, « tant de visage que de maintien », cette dame pratique en experte l'art du commérage.
« Ce qu'elle avait de particulier, c'est qu'elle n'était pas sûre de sa véracité. Comme Miss Marple, dans les romans d'Agatha Christie, elle attendait d'être en possession de tous les éléments, après quoi elle révélait le tout, dans ses moindres détails subtils et ironiques. »
Selon les informations de Mrs K, Moira avait décidé que son mari violent était le diable en personne !
Mais ce que Mrs K ignore, ou peut tout juste soupçonner, c'est qu'en épargnant la vie d'Hazel, Moira a provoqué un mini séisme dans l'esprit du narrateur. Il y a quinze ans, Michael Gardiner avait été le petit ami de Moira Kennedy et aujourd'hui il s'imagine qu'il pourrait être le père de l'adolescente. Cette prise de conscience est-elle avérée, oui ou non ? L'homme a vécu toute sa vie dans ce coin reculé, occupant désormais la maison de ses parents, il est marié à Amanda, qui a pris le parti de s'échapper le plus possible pour ne pas mourir d'ennui.
Un jour, Michael décide donc de retrouver Hazel et de l'emmener loin de Coldhaven. Ce n'est pas une escapade amoureuse, même si l'adolescente est belle, aguicheuse et intriguante. Il a entrepris cette fuite en avant plus pour se rassurer, pour trancher avec sa vie et pour se sortir de son inertie.
Mais je m'aperçois que c'est très réducteur de l'expliquer ainsi, car l'histoire montre que tout n'arrive pas sans rien, que le déclic provoqué tardivement est une suite logique à des événements antérieurs, survenus jusque dans l'enfance ! Alors qu'il n'était qu'un écolier, par exemple, Michael a été terrorisé par Malcolm Kennedy, le frère de Moira. Le roman ne serait-il qu'un concours de circonstances ?
Non plus.
C'est beaucoup plus ambivalent. Cela ressemble à un magma de pressentiment, de confusion et de crainte. Ce que ressent le narrateur est inscrit dans les terres de ce trou perdu d'Ecosse, fait partie intégrante des légendes et des mystères. Et toutes les questions qu'on soulève demeurent dans les airs, et ce n'est même pas grave de les laisser en suspens ! Après tout... Absorbée par l'atmosphère de Coldhaven, l'histoire s'inscrit à son tour dans les nombreux points de suspension.
Ecrit avec un sens aigu des sensations à vivre et ressentir, ce roman révèle une ambiance envoûtante, dans laquelle on s'y perd, et prouve que son auteur, John Burnside, est un grand écrivain poète !

Métailié - 218 pages - 18.00 €  (Janvier 2008)

Traduit de l'anglais (Ecosse) par Catherine Richard.

20 septembre 2007

La fille du cannibale ~ Rosa Montero

L'histoire folle de Lucia commence dans un aéroport, à la veille d'un embarquement pour Vienne, afin d'y fêter la nouvelle année. Lucia et Ramon sont mariés depuis dix ans, la flamme est éteinte depuis un bail, et c'est d'un regard goguenard et agacé qu'elle suit son mari aller aux toilettes quelques minutes avant l'appel. Or, les minutes passent et Ramon ne revient pas. En clair : il a disparu ! Paniquée, proche de la démence, n'y comprenant plus rien, Lucia va apprendre que son époux a été kidnappé par un mouvement indépendant, qui réclame une forte somme d'argent en échange de sa libération. La police est impuissante, Lucia prend en charge d'aller sur le terrain pour débusquer la vérité, mettre la main sur Ramon et se sortir de ce cauchemar. Elle sera secondée par son voisin Felix Roble, un vieillard de 80 ans, ancien pistolero, anarchiste révolutionnaire et torero, et aussi par Adrian, jeune homme de 21 ans, paumé, mystérieux mais incroyablement séduisant. Lucia a le coeur qui s'emballe, la tête fiévreuse et les sens en alerte. En s'embarquant dans cette quête, cette femme de quarante ans n'imaginait pas qu'elle allait parcourir un long, douloureux et irréversible chemin.

Lucia va croiser de vilains truands, négocier une rançon bien mal acquise, jouer un rôle auprès de la police, prétendre être ce qu'elle n'est pas. Mais ses compagnons sont de fidèles acolytes qui vont la guider et l'aider à garder la tête hors de l'eau, que ce soit par la confession des souvenirs de Felix, autrement dit Fortuna, ou par la séduction dangereuse d'Adrian. Dans le fond, ce kidnapping va permettre à Lucia de se dévoiler la face, de fouiller sa mémoire pour sortir de l'enfance et des images de ses parents. « La fille du Cannibale » est un titre qui fait peur, mais le cannibale en question n'est qu'un acteur de second plan. Son anthropophagie est plus exactement une voracité autrement inquiétante : il dévore ses femmes d'un amour totalitaire, il les mange à petits feux, de sorte qu'elles lui sont acquises, dévouées, bafouées. Mais le Père-Cannibale est, au contraire, un homme différent du souvenir que Lucia a conservé. En voulant retrouver Ramon, Lucia va en fin de compte se trouver elle-même, dans le dédale de ses perditions, de sa crise de la quarantaine, dans le souci de ne plus plaire, de vieillir, de perdre la beauté, d'échapper au temps qui passe.

« La fille du Cannibale » est en somme un roman formidable, à la fois initiatique, policier, drôle et pertinent. Son personnage de Lucia Romero, écrivain de contes pour enfants, est un drôle de bout de femme, attachante et lucide, accrochée à des illusions, des faux-semblants. Son histoire est captivante, palpitante, parfois angoissante. L'auteur Rosa Montero est habile dans son intrigue, dans le portrait de ses personnages et dans la véracité de décrire l'époque cahotique de l'Espagne du 20ème siècle, et le monde taurin. En un mot : adrénaline assurée !

septembre 2006

11 septembre 2007

Symptomatique ~ Danzy Senna

"Avez-vous jamais vu la fin d'une histoire avant même qu'elle commence ?" - C'est la question que se pose la narratrice de "Symptomatique", roman âpre et semi-latent d'une violence liée à la solitude et l'amertume de la mixité. La jeune new-yorkaise fraîchement débarquée de sa Californie natale commence un stage dans un magazine, un peu contre les principes new-age de ses parents baba cool. Elle rencontre Andrew mais leur aventure capote, un peu abruptement. Prise de court, la jeune femme recherche un appartement et c'est une collègue de bureau, Greta Hicks, qui lui trouve la solution. Suite à cela, cette femme de 43 ans va soudainement empiéter doucement dans la vie de la jeune femme. Toutes deux ont en commun d'avoir un père noir et une mère blanche, Greta pense qu'elles constituent à elles deux "une race à part". Car insidieusement Greta s'impose dans la vie de sa jeune camarade, laquelle subit de plus en plus cette "amitié". Le sentiment d'étouffement prend le pas, succède l'égarement combiné à la solitude. Les pas de la narratrice mènent la danse, guident le lecteur dans un New-York plombé par le froid hivernal. C'est la sinistrose, une lente plongée dans des profondeurs abyssales. Et avec ça, il y a une prise de conscience de la haine raciale, de la couleur de peau qui délimite les affinités dans cette Amérique bien tranchée. Ce deuxième roman de la new-yorkaise Danzy Senna est, pour le tout, bien captivant et flippant !

traduction de Serge Quadruppani / septembre 2006

2 septembre 2007

Le dernier train ~ Maria Merce Roca

Un couple fait le bilan de sa vie commune, d'abord la femme Teresa est assez agacée et lasse de l'inertie de son époux. Lui, Andreu, est davantage désespéré et paralysé de lui annoncer sa Grande Nouvelle. Car, en effet, le couple au cours de ses vingt-six ans de mariage n'a pas su accorder ses violons, n'a pas su se comprendre et a même loupé l'éducation de leur fille Clara, qui a préféré claqué la porte du foyer pour vivre sa propre vie. Le roman est décomposé en trois parties, dans lesquelles chacun se justifie, plaide sa cause, expose des faits. L'ambiance est teintée d'acrimonie, d'irritation et de fébrilité. A plusieurs occasions, sur des passages presque communs, le lecteur s'aperçoit que le couple n'était jamais en phase, tant sur le plan professionnel et émotionnel, même leur rupture (annoncée) prend un mauvais goût de bâclé et de dialogue de sourds. "On avait l'air d'un couple heureux" dit la femme, "tu me regardais, tendre et ému, plein de gratitude, de confiance envers moi, et tu me faisais de la peine". Lui répond : "entre toi et moi, il n'y a jamais eu de cri ni de disputes, on ne s'est jamais manqué de respect, on ne s'est pas rendu la vie impossible. C'est pour ça que les gens qui nous connaissent ne vont pas comprendre et diront que c'est inconcevable. On a plutôt formé un joli couple toutes ces années : toi plus sérieuse, moi plus distrait, mais toujours ensemble. Tu as toujours tiré ton épingle du jeu. Moi, je me suis souvent planté." - Et le couple n'en finit pas d'analyser leur parcours conjugal, franchement bancal et décalé. C'est un portrait plutôt réaliste et déchanté, la radiographie des couples de cinquantenaires, habitués l'un à l'autre, ennuyés et blasés, mais bon... Ce roman est tantôt cruel mais il est désespéremment actuel.

septembre 2006

Publicité
3 août 2007

L'autobus - Eugenia Almeida

L_autobusDans une petite ville en Argentine, l'avocat Ponce accompagne sa jeune soeur Victoria à la station d'autobus. Or, le véhicule passe à toute vitesse devant leur nez et ne s'arrête pas. Au café, tout le monde s'étonne et pense que Castro, le chauffeur, est devenu fou.
Qu'importe. On attendra un jour de plus. Victoria rentre chez son frère et Marta, son épouse. Un autre couple préfère passer la nuit à l'hôtel avant de prendre la route le long de la voie ferrée. Car le lendemain, l'autobus passe sans crier gare et Ponce commence à voir rouge.
Sans le dire tout haut, il pense qu'on se moque vertement de lui, qu'autour, les gens ricanent et le montrent du doigt. Cela lui rappelle amèrement son mariage, un sentiment de piège inextricable, une punition au fer rouge.
Dans la petite ville, les langues commencent à se délier. La radio parle d'une chasse à l'homme, d'une jeune fille en fuite, d'un couple à épingler, de l'armée en faction et d'une fusillade au petit jour... L'affaire de l'autobus qui passe sans s'arrêter ne semble finalement plus si anodine.

Pas loin de penser qu'on frise la farce, ce roman de l'argentine Eugenia Almeida n'a en fin que compte que les atours car le fond du roman penche vraisemblablement dans la comédie morbide.
Les personnages sont brossés avec vigueur et bonhommie. Ils ont l'aspect de gens qui ne pensent pas plus loin que le bout de leur nez, pourtant impossible de leur conter des sornettes. Ils sont nombreux à se questionner sur l'autobus, sur le couple en fuite, sur l'armée qui donne ses directives d'un ton sans appel. "Et si..." se disent les uns et les autres, au bout du cinquième jour, une fois la tension passée.
Car derrière les dialogues, les potins, le blabla et l'égo démesuré de l'avocat Ponce, se trouve bel et bien une pression tenace, un rien énigmatique. On peut penser beaucoup de choses, ne pas les écrire, mais les éprouver sans aucun doute !
Un premier roman subtil, entraînant et qui embarque de sitôt...

Traduit de l'espagnol (Argentine) par René Solis - 124 pages - Editions Métailié.

1 février 2007

La voix - Arnaldur Indridason

la_voixDans un grand hôtel de Reykjavik, le corps du Père Noël a été retrouvé mort poignardé. Cet homme était en fait le portier et portait accessoirement le costume rouge pour le goûter d'enfants organisé par le directeur. Il logeait depuis des années dans un cagibi dans les sous-sols de l'établissement, ne faisait pas de vagues et pourtant son sort semble ne préoccuper personne. Voilà une chose qui intrigue le commissaire Erlendur, s'installant au coeur de l'hôtel pour mieux enquêter, fuyant également l'esprit des fêtes qui galope autour de lui.
Erlendur cherche, questionne, s'interroge. Il découvre que le mort n'était pas celui qu'on pensait, qu'il était une vénération dans sa jeunesse, et que son passé peut donc figurer parmi l'élément clef de son homicide.
Comme toujours, les fouilles d'un autre temps permettent d'alimenter l'intrigue présente. On croise, cette fois, les ombres des sévices entre un père et un fils, un harcèlement moral et une récente enquête sur laquelle travaillent ses collègues et qui fait étrangement écho à ce meurtre inquiétant.
Arnaldur Indridason a été révélé grâce au succès époustouflant de "La femme en vert" et il confirme avec "La voix" son incroyable potentiel à mener son lecteur dans des chemins troubles, boueux et glauques. Sa maîtrise de la trame policière est impressionnante, jamais ennuyeuse car les rebondissements surgissent très facilement. L'intérêt est maintenu du début à la fin. A cela, s'ajoute le charisme des personnages, Erlendur et ses inspecteurs, plus les silhouettes d'Eva Lind, qui tente de surmonter le trauma de la perte de son bébé, et du frère d'Erlendur (un drame dans l'enfance qui continue de hanter le commissaire). C'est en bref un roman noir et policier très haletant, où l'ambiance oppressante côtoie l'opacité des âmes humaines. En étant à la fois sinistre et émouvant, ce genre de roman vous aggrippe pour ne plus vous lâcher avant la dernière page.

Métailié

24 janvier 2007

Tournants dangereux - Maïtena

tournants_dangereux_maitenaMaïtena revient avec une nouvelle série : après Les Déjantées, voici donc Tournants Dangereux, un mélange acidulé de drôlerie et de vérité sur le monde dans lequel nous baignons avec allégresse et perfidie. Dans cet album (souple et non pas cartonné, comme les BD habituelles), on dévore très vite les saynètes qui épinglent les jeunes femmes actuelles et ce qui caractérise notre terrifiante (et affligeante) société : la mode, la plaie du fumeur, les questionnaires type, ce qui dérange dans le foot, les cadeaux difficiles, la lingerie, le bronzage, le sport, les péchés capitalistes, le jeunisme, la quête du grand amour, la fidélité, la routine...

Maïtena porte également un regard très corrosif sur le couple, sur l'enfant et les névroses dont font bien souvent leur beurre moults magazines féminins, cela sonne comme ces rubriques futiles et insensées, mais c'est dix fois plus mordant et volontairement moqueur. Aucune complaisance, le trait dans les dessins de Maïtena prouve cette énergie découlée de l'agacement et du désir de dire Stop aux classiques complexes féminins (certains jugeront que ces dessins ne sont pas très beaux, c'est vrai !). Dans l'ensemble, la pilule n'est pas amère, on rigole beaucoup, se reconnaissant ici ou là, les thèmes étant évidemment universels !

Je trouve, toutefois, que cette lecture s'adresse davantage à un public féminin. A noter, en indice d'humour, on pense à notre petite française, Hélène Bruller, auteur de "Je veux le prince charmant" (chez Albin Michel). Le but recherché étant de divertir, je pense que c'est honnêtement atteint, même si c'est un style déjà vu, il faudra penser à se renouveller pour la suite !

Métailié

 

  • Quelques feuilles :

 

 

 

 

 

 

 

1 décembre 2006

Le coeur de l'hiver - Dominic Cooper

 

le_coeur_de_l_hiver"Alasdair avait l'impression que sa vie venait d'être mise en déroute. Il sentait que la routine quotidienne des années avait été détruite par l'arrivée de cet étrange insensé qui paraissait ne connaître ni la peur ni le bon sens. Il se sentait injustement attaqué et harcelé; il voyait même commencer une vie dont la ruse et le secret seraient des composantes importantes. Lui, Alasdair Mor ! lui qui n'avait jamais rien caché à personne durant toutes ses années à Cragaig. Devoir ainsi commencer à se cacher et à surveiller, à attendre et à se protéger dans une guerre dure, locale... Et ainsi dans les méandres fiévreux de son esprit épuisé et tendu, les sourcils d'Alasdair se multiplièrent et proliférèrent."

Au large de cette parcelle perdue sur la côte ouest d'Ecosse, Alasdair, vieux garçon de 45 ans, vit seul dans la ferme familiale, depuis la mort de son père et le départ de son frère pour la ville. Il vit de la pêche au homard, il flâne dans la campagne à contempler les merveilles de la nature environnante, et guette l'arrivée de l'hiver qu'une violente tempête nocturne accueille. Plusieurs casiers à homard ont été endommagés, dont ceux de son nouveau voisin, An Sionnach, arrivé à Cragaig dans la plus grande indifférente hospitalité. Cet homme n'inspire aucune confiance, aucune pitié mais de la méfiance. D'ailleurs, Alasdair en fait les frais : ses casiers à homard sont pillés par Sionnach. Le début des hostilités muettes a commencé, plongeant davantage le bonhomme dans un goufre d'angoisse, de violence et d'incompréhension.

"Le coeur de l'hiver" est un roman âpre et brut, un roman où la nature étale sa beauté dans son silence et sa rigueur, c'est un roman étrangement fascinant car la narration consacre de longs et nombreux chapitres aux décors, aux aspérités de cette côte écossaise et au climat glacial dont la brise siffle comme une gifle. Les personnages sont à l'image de leur paysage, même la femme de Sionnach est décrite grande, sèche et mystérieuse, où seules les mains paraissent "bizarrement délicates pour une femme de fermier". Alasdair est fasciné par cette femme au regard pénétrant et fixe, doué d'un calme troublant. "Il se sentait secoué, déphasé; le système rigide de sa vie avait été battu en brèche. Lui, ce grand taureau, cet homme, se trouvait désarmé." La spirale de l'absurde enfle encore, depuis le vol, l'agression, l'attirance de la femme de son ennemi et la barbarie.. il règne dans le roman cette incroyable parabole où "ça pue la douceur de la destruction" ! Cette réplique m'a semblé formidable et résume l'idée du roman, sans cesse en ballottage entre le morbide et la fascination, car à la folie démoniaque s'opposent l'ignorance et la soif de vengeance.  On ne s'étonnera plus que les visages des personnages prennent les traits de "bête féroce". L'idée seule de férocité s'impose d'elle-même.

Alors, déconcertant ? Non, fascinant, ensorcelant. Comme le hululement nocturne de la chouette, à la fois frissonnante et envoûtante. "Le coeur de l'hiver" est également le roman d'un pays - Cragaig - "c'était leur terre, un héritage qu'il était impossible d'échanger contre autre chose." La bataille entre son peuple et la terre, et Sionnach est cet oiseau de mauvais augure...  "Le coeur de l'hiver" a obtenu le Prix Somerset Maugham 1976 et a été traduit pour la 1ère fois en français 30 ans après ! Cela permet de découvrir une plume splendide où la poésie est mise au service de la nature sauvage, du désespoir et pour la survie d'une espèce à part...

Métailié

30 novembre 2006

Petits crimes contre les humanités - Pierre Christin

petits_crimesDans une petite fac de province, peu brillante et guère fournie en matériaux dernier cri, Simon Saltiel obtient un poste d'assistant temporaire d'enseignement et de recherche dans de bien étranges circonstances. En effet, le professeur émérite d'Histoire de l'art, Léon Kreissman, vient de s'écrouler raide mort après avoir reçu un mail signé Jedem das Seine (A chacun son dû). Ce courriel n'est que le premier signe d'un corbeau qui sévit sur le campus. Le groupuscule de l'université est visé, ça chavire à tout bord car le Jedem das Seine devient l'arme invisible et qui fait mal. Simon va tenter d'en comprendre le sens et nager dans des eaux troubles où il va être question d'un héritage somptueux, de convoitises multiples, d'invitations pernicieuses du ministère de l'éducation nationale et, ô miracle, d'une rencontre mirifique en la personne de la sibylline Elise.

Après des débuts laborieux, lire les "Petits crimes contre les humanités" procure finalement bien du plaisir et des éclats de rire. Car oui, outre les rebondissements louches et l'enquête bonasse du héros prolétarien malgré lui, le texte est truffé de second degré qui épingle le joli monde pas si rose de l'université, "une comédie sur un univers fonctionnant en vase clos dont les petits travers n'excluent pas les grandes misères" ! C'est original, situé entre le roman universitaire et le roman noir. J'ai particulièrement apprécié l'excentricité des patronymes (Goulletqueur, Heurtemitte, Bourgougnoux, Honhon, etc.), la peinture des personnalités, les us et coutumes des uns et des autres, et ce petit milieu universitaire français est croqué avec malice mais beaucoup d'affection, dans le fond. Voilà de bonnes raisons de s'y plonger, toutes catégories confondues !

Métailié

Publicité
<< < 1 2 3 4 > >>
Chez Clarabel
Publicité
Newsletter
Publicité
2023 Reading Challenge
Clarabel has read 8 books toward her goal of 200 books.
hide
Sauveur & fils
Quatre sœurs : Geneviève
Audrey Retrouvée
Le sourire étrange de l'homme poisson
Calpurnia et Travis
L'homme idéal... ou presque
Trop beau pour être vrai
Tout sauf le grand amour
Amours et autres enchantements
Ps I Love You


Clarabel's favorite books »
Publicité