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Chez Clarabel
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sixtrid
13 mai 2016

En vrille, de Deon Meyer

En vrille

Après avoir vaillamment combattu ses vieux démons, Benny Griessel craque et replonge dans l’alcool, au grand dam de son collègue, Vaughn Cupido, à qui l'on vient de confier la responsabilité d'une nouvelle enquête criminelle. Ernst Richter, créateur d’un site qui fournit de faux alibis aux conjoints adultères, vient d'être assassiné, mais ce génie de l'informatique avait plus d'un tour dans son sac et multipliait les casquettes pour remettre à flot sa société aux comptes déficitaires. Tous les coups semblaient permis, aussi les forces spéciales ne s'étonneront plus de déterrer d'autres vérités cinglantes : activités illicites, lettres de menace et d'insulte. Les suspects ne vont pas manquer. Mais face à la séduisante Desiree Coetzee, la directrice opérationnelle d'Alibi.co.za, Vaughn perd également toute consistance. Il procède à une interpellation expéditive, se fourvoie avec panache et finit par remonter les bretelles d'un Benny désespérément inefficace en le contraignant à se soigner une bonne fois pour toute. Grosse prise de conscience pour notre Hawk à la carapace fêlée, mais grand pas en avant dans sa vie ! Ouf. En parallèle, on assiste aux rencontres entre un viticulteur et son avocate, auprès de laquelle il déploie l'arbre généalogique de sa famille. Pourquoi un tel déballage ? On le découvrira fort tard dans l'histoire, tout juste saisit-on que la police vient de débarquer sur ses terres pour procéder à une inculpation, mais qu'il entend préparer sa défense en bonne et due forme. Cette lecture m'aura finalement semblé moins palpitante, en comparaison du frénétique Kobra, dont le tempo avait été effréné et ensorcelant. C'est le risque avec les auteurs prolixes, à l'instar de Michael Connelly ou Harlan Coben, dont les parutions rapprochées sont souvent de qualité inégale mais continuent d'attirer les lecteurs dans leurs filets. Moi être chocolat. J'apprécie donc cette série sud-africaine où on y retrouve des personnages tenaces et imparfaits, un pays en butte à une ségrégation raciale et un taux de criminalité galopant. L'enquête est certes assez lente et pêche en révélations fracassantes, elle ne découle pas non plus sur un dénouement époustouflant, mais l'écoute reste agréable et entraînante, toujours sous l'égide du brillant Eric Herson-Macarel, dont la voix chaude illumine le texte et rend la lecture toujours classieuse et envoûtante.

Interprété par Eric Herson-Macarel, pour Sixtrid (avril 2016) - Durée : 11h 46

Traduit par Georges Lory (Icarus) pour les éditions du Seuil

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2 mai 2016

Vu, lu & écouté, mon (bref) avis

Daisy Sisters

Daisy Sisters, par Henning Mankell

Interprété par Marie-Christine Letort

Sixtrid, Septembre 2015 ♦ Durée : 16h 18

RÉSUMÉ DU LIVRE AUDIO

Été 1941, en Suède. Deux amies, Elna et Vivi, dix-sept ans, de condition modeste, s’offrent une escapade à bicyclette à travers la Suède en longeant la frontière de la Norvège occupée par les nazis. L’aventure, d’abord idyllique ? l’été de toutes les joies, de tous les espoirs ?, est de courte durée : Elna, violée, revient chez elle enceinte d’une petite fille qu’elle appellera Eivor. 1960. Eivor, dix-huit ans, en révolte contre sa mère, veut devenir une femme libre. Elle s’enfuit du village avec un jeune délinquant. Que lui réserve l’avenir ? Réalisera-t-elle son rêve d’indépendance et de liberté, et à quel prix ? En s’attachant aux destins d’une mère et de sa fille entre 1941 et 1981 en Suède, Mankell brosse le portrait de ces générations de femmes (épouses, mères, ouvrières) qui ont dû lutter avec leurs propres désirs et renoncements pour exister et se faire une place au cœur d’une société où s’élaborait le modèle suédois. Daisy Sisters, premier roman de Henning Mankell, renferme déjà les idéaux sociaux et politiques qui sous-tendent l’ensemble de son œuvre.

MON (BREF) AVIS

L'histoire cherche à mettre à l'honneur les femmes et leur combat pour l'émancipation, depuis les années 40 à 80, à travers le parcours d'Elna, son amie Vivi, et sa fille Eivor. L'idée était alléchante, mais l'exécution manque de vigueur et se révèle une lente complainte, désabusée et déprimante. J'ai été un peu déçue par ce récit du grand Henning Mankell (dont je préfère les intrigues policières) et par l'interprétation très studieuse de Marie-Christine Letort, qui manque aussi de fantaisie ou d'entrain.

🌀🌀🌀🌀🌀🌀🌀

Au plaisir d'aimer CD

Au plaisir d'aimer, par Janine Boissard

Interprété par Marie-Christine Letort

Sixtrid, Août 2015 ♦ Durée : 6h 46

RÉSUMÉ DU LIVRE AUDIO

Papa est mort hier dans le château portant son nom, Fortjoie. Et maintenant, c'est à nous, mes sœurs et moi, de tout faire pour respecter son dernier vœu : conserver le domaine et, surtout, continuer à y accueillir des jeunes peintres. Pas facile avec des comptes en banque vides et un château qui tombe en ruine. Heureusement, on peut compter sur nos artistes pour nous aider en mettant leur talent à la disposition des belles et riches dames de Poitiers. Mais, dans le secret des ateliers, des intrigues se nouent... Scandale, vengeance : cette fois, est-ce la mort de Fortjoie ? Rire, insolence, plaisir de vivre et d'aimer sont au cœur de ce roman joyeusement libertin. Une bouffée d'air frais dans un monde triste et grincheux.

MON (BREF) AVIS

Un château en péril, quatre jeunes et beaux artistes, des dames disponibles et une pendule coiffée d'un Cupidon toujours en avance... Tel était le programme de cette comédie française un peu engoncée dans son époque. Au final, l'histoire est simpliste, le rythme plat. L'interprétation de Marie-Christine Letort est triste et morose. Je ne connaissais pas l'auteur - si ce n'est de nom - mais n'ai pas été convaincue par son univers, qui manque pour moi de modernité et se révèle quelque peu ronflant.

Sortie POCKET : 26 MAI 2016 Au plaisir d’aimer

12 avril 2016

Le Tabac Tresniek, de Robert Seethaler

Le tabac Tresniek CD

À la fin de l'été 1937, le jeune Franz Huchel a dix-sept ans et quitte ses montagnes, et les jupes de sa mère, pour venir travailler à Vienne avec Otto Tresniek, un buraliste unijambiste, qui tient haut et fort des discours libertaires dans un contexte politique particulièrement agité (montée du nationalisme, de l'antisémitisme, annonce imminente de l'Anschluss). Au Tabac Tresniek, les classes populaires et la bourgeoisie juive ont coutume de se fréquenter dans un joyeux tohu-bohu, d'où une effervescence stimulante pour notre jeune héros mal dégrossi. Franz ressemble à un Candide perpétuellement émerveillé par ses découvertes et ses rencontres. Celles-ci ne manquent d'ailleurs pas de prestige, car Franz va croiser à plusieurs reprises le professeur Sigmund Freud, dont la réputation n'est plus à faire, et va échanger avec lui son cas d'école : il est fou amoureux d'une inconnue, la voluptueuse Anezka, une artiste de cabaret qui occupe toutes ses pensées, mais ne sait pas comment l'approcher. Otto Tresniek aussi lui confiera quelques leçons de séduction de son cru, tout comme il lui enseignera la lecture des journaux et le monde des cigares. Cette insouciance générale ne sera hélas que passagère, vite rattrapée par la colère ambiante, celle qui gronde dans la rue et incite à la vilenie. Le temps de la fête n'est plus, les commerces sont vandalisés, les réfractaires sont rués de coups, les amis plient bagage et l'amertume s'installe.

Le roman parvient à raconter, avec une certaine virtuosité, cette ambiance sournoise et délétère de la ville de Vienne à la fin des années 30. Au début, l'histoire est en apparence guillerette et niaiseuse, à l'image de son héros, l'ingénu Franz, en plein apprentissage de la vie. C'est insidieusement qu'elle bascule dans une atmosphère plus sombre et poignante, nous confrontant à une réalité fielleuse et mordante. Ce volte-face, sans tambour ni trompette, est déstabilisant et peut inspirer autant d'inconfort et de malaise. Seulement, l'auteur reste toujours à la surface et ne creuse jamais son sujet. Son style elliptique relate des faits, des changements, la poussée de tension sur le même mode, sans force ni âpreté. Même l'émotion est contenue mais reste hélas sur l'estomac comme une lourde pâtée à ingurgiter. La lecture se termine donc en demi-teinte, malgré l'interprétation éloquente de Marc Henri Boisse.

Traduit par Élisabeth Landes (Der Trafikant) pour les éditions Sabine Wespieser

Lu par Marc Henri Boisse pour les éditions Sixtrid, Octobre 2015 - durée : 6h 28

Le tabac Tresniek

Disponible en format poche chez Folio (Février 2016)

25 mars 2016

Une vraie famille, de Valentin Musso

Une vraie famille Sixtrid

Pour s'éloigner du souvenir de la fusillade tragique dans son université, François Vasseur et son épouse Mathilde ont choisi de s'isoler dans leur maison en Bretagne. Ils y coulent une retraite paisible, à l'abri du monde extérieur et du sentiment d'une agressivité constante. C'est dans ce cocon bourgeois et raffiné que débarque Ludovic, un jeune paumé qui voyage dans une camionnette et vit de menus travaux au gré de ses rencontres. Le couple l'embauche d'abord pour du jardinage, puis lui propose de retaper l'appartement pour leur fille Camille, actuellement en Angleterre. Le garçon ne dit pas non et enchaîne les chantiers avec zèle et efficacité. Les semaines passent, Ludovic prend ses marques, Mathilde tombe sous le charme et François se méfie. 

Le début de roman est sincèrement redoutable, tout en soupçon, crainte et imagination fertile. On embarque à bord sans ciller et on suit le guide en extrapolant à qui mieux mieux. On a déjà tout vu, tout lu, pense-t-on, et on n'en attend pas davantage. C'est là qu'on se prend une belle claque, du moins je n'ai rien vu venir et ça m'a plutôt bien arrangée d'être chatouillée dans mes projections. On entame ainsi une nouvelle histoire, avec de nouvelles perspectives, plus ou moins intéressantes. Ce contre-pied inattendu donne un second souffle à la lecture, ce qui est très appréciable. Et puis, la belle mécanique se grippe et crachote, l'histoire trébuche et ne surprend plus. C'est comme si je m'étais sentie d'un seul coup blasée. Après un démarrage en fanfare, le thriller perd de la vitesse et ne tient pas toutes ses promesses. Un constat quelque peu regrettable, malgré une lecture somme toute agréable et rapide. 

Interprété par Marc Henri Boisse, pour les éditions Sixtrid (Janvier 2016) - Durée : 10h 09

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23 février 2016

Kobra, de Deon Meyer

Kobra

Lecture anarchique oblige, je redécouvre un Benny Griessel requinqué et fringant cowboy comme membre des Hawks, l'unité de police spéciale, après l'avoir croisé en sale posture, au fond du trou et alcoolique, dans Jusqu'au dernierSa vie amoureuse aussi se porte au mieux, même si notre homme est chiffonné par des soucis techniques, qu'il n'ose confier à personne, par honte ou par pudeur. Résultat, son entourage s'imagine déjà que sa mine des mauvais jours signifie que Benny a replongé dans son addiction et ses vieux démons. Ceci étant, l'enquête policière va également solliciter son attention et ses méninges. Un triple assassinat dans une guest-house, un client britannique disparu et des douilles de cartouches gravées d'une tête de cobra... Benny Griessel et son adjoint Cupido en restent comme deux ronds de flan, soucieux d'avance de négocier avec les prérogatives internationales. Mais le mystérieux Cobra, ce criminel qui tue plus vite que son ombre, ne chôme pas et vient de signer un nouveau massacre en ville, en abattant des agents de sécurité qui venaient d'interpeller un jeune pickpocket. Et bim, Tyrone Kleinbooi prend à son tour sa place sur l'échiquier... La suite ne demande qu'à s'écrire. Et c'est rondement mené. 

Car on a là un bon bouquin d'action, qui nous envoie en Afrique du Sud... fragile et violente, comme ses héros ! L'intrigue se déroule sans temps mort et se lit tout aussi efficacement. Rien n'est laissé au hasard pour amener à un dénouement particulièrement haletant et surprenant. Cette série policière est une découverte riche en émotion et pleine d'entrain. Une très bonne pioche.

Sixtrid / Juin 2015 ♦ Interprété par Eric Herson-Macarel (Durée : 11h 37)

Traduit par Estelle Roudet pour les éditions du Seuil ♦ Disponible en poche Points Policier / Novembre 2015

Kobra POints

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22 février 2016

Le Détroit du Loup, par Olivier Truc

Le détroit du loup CD

« Il se passe des choses pas sympas. Il y a beaucoup d'argent en jeu.
Et nous [les éleveurs], on pèse pas lourd. »

Suite à ma première rencontre enthousiasmante, cf. Le dernier Lapon, avec l'univers d'Olivier Truc, nous introduisant en Laponie Norvégienne, parmi la communauté Sami et les éleveurs de rennes, je me réjouissais de retrouver les patrouilleurs, Klemet Nango et Nina Nansen, dans une nouvelle intrigue policière. Et effectivement, la transhumance à peine commencée se voit déjà compromise par un incident malheureux : la noyade d'un éleveur, Erik Steggo, qui plonge ses proches dans un profond désarroi. Très vite, les murmures de mécontentement grondent et enflent, visant les envahisseurs, touristes, politiciens, compagnies pétrolières... Trop de monde se bouscule sur un même lopin de terre, le fameux Détroit du Loup. Et la mort d'Erik Steggo n'est pas un simple accident, car d'autres événements tragiques, comme la mort du maire d'Hammerfest, de responsables pétroliers et de plongeurs, viendront confirmer les craintes. 

Ce deuxième livre de la série n'offre peut-être plus la surprise de la nouveauté, mais préserve son ambiance singulière et fascinante. Si Klemet se montre particulièrement virulent, pas loin de saboter sa relation avec sa collègue Nina, celle-ci dérive aussi de son côté, vers les traces de son père disparu, qu'elle cherche à retrouver. Cette absence d'osmose est un peu pénible, et alourdit la lecture, que je trouvais déjà longue et lassante. Après, on sent bien les intentions louables de l'auteur, à vouloir dénoncer le décalage culturel de la Laponie, le fossé entre les traditions à préserver et les exigences économiques, souvent peu regardantes des éléments en place. Pour illustrer tout ça, on croise des personnages comme Nils le plongeur sans scrupule, Anneli la jolie veuve, Tikkanen l'agent immobilier véreux et Sikku le berger utopiste. Tous incarnent à leur façon le visage du pays. Exit le charme de l'exotisme, cette fois la plongée en Laponie est teintée d'une sombre amertume, qui déteint sur le ressenti de la lecture. La magie n'a plus fonctionné et je sors quelque peu déçue de cette promesse d'évasion. L'histoire s'éparpille trop, manquant souvent de rythme, et se noie dans des digressions fastidieuses. Dommage, pour cette fois.

Sixtrid / Novembre 2015 ♦ Interprétré par Jacques Frantz (Durée : 15h15)

Points, coll. Policier / Septembre 2015

⛄🐺⛄🐺⛄🐺⛄🐺

Challenge Nordique 2016

 

 

10 février 2016

Vu, lu & écouté, mon (bref) avis

Pietra Viva

Pietra Viva, par Léonor de Récondo

Interprété par Lazare Herson Macarel

 Sixtrid / Juin 2015 ♦ Durée : 3h 54mn

RÉSUMÉ DU LIVRE AUDIO

Michelangelo, en ce printemps 1505, quitte Rome bouleversé. Il vient de découvrir sans vie le corps d’Andrea, le jeune moine dont la beauté lumineuse le fascinait. Il part choisir à Carrare les marbres du tombeau que le pape Jules II lui a commandé. Pendant six mois, cet artiste de trente ans déjà, à qui sa pietà a valu gloire et renommée, va vivre au rythme de la carrière, sélectionnant les meilleurs blocs, les négociant, organisant leur transport. Sa capacité à discerner la moindre veine dans la montagne a tôt fait de lui gagner la confiance des tailleurs de pierre. Lors de ses soirées solitaires à l’auberge, avec pour seule compagnie le petit livre de Pétrarque que lui a offert Lorenzo de Medici et la bible d’Andrea, il ne cesse d’interroger le mystère de la mort du moine, tout à son désir impétueux de capturer dans la pierre sa beauté terrestre. Au fil des jours, le sculpteur arrogant et tourmenté, que rien ne doit détourner de son œuvre, se laisse pourtant approcher : par ses compagnons les carriers, par la folie douce de Cavallino, mais aussi par Michele, un enfant de six ans dont la mère vient de mourir. La naïveté et l’affection du petit garçon feront resurgir les souvenirs les plus enfouis de Michelangelo. Parce qu’enfin il s’abandonne à ses émotions, son séjour à Carrare, au cœur d’une nature exubérante, va marquer une transformation profonde dans son œuvre. Il retrouvera désormais ceux qu’il a aimés dans la matière vive du marbre.

MON (BREF) AVIS

Poétique et bouleversant, ce roman, à l'écriture trop maniérée, ne m'a pas du tout séduite. L'œuvre, de courte durée, paraît cependant bien longue et l'histoire a fini par me lasser. Je n'ai pas réussi à embarquer à bord, malgré une lecture convaincante de Lazare Herson Macarel.

🌀🌀🌀🌀🌀🌀🌀

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, par Rosa Montero

Interprété par Hélène Lausseur

Sixtrid / Octobre 2015 ♦ Durée : 5h 14mn 

RÉSUMÉ DU LIVRE AUDIO

Chargée d’écrire une préface pour l’extraordinaire journal que Marie Curie a tenu après la mort de Pierre Curie, Rosa Montero s’est vue prise dans un tourbillon de mots. Au fil de son récit du parcours extraordinaire et largement méconnu de cette femme hors normes, elle construit un livre à mi-chemin entre les souvenirs personnels et la mémoire collective, entre l’analyse de notre époque et l’évocation intime. Elle nous parle du dépassement de la douleur, de la perte de l’homme aimé qu’elle vient elle-même de vivre, du deuil, de la reconstruction de soi, des relations entre les hommes et les femmes, de la splendeur du sexe, de la bonne mort et de la belle vie, de la science et de l’ignorance, de la force salvatrice de la littérature et de la sagesse de ceux qui apprennent à jouir de l’existence avec plénitude et légèreté. Vivant, libre, original, ce texte étonnant, plein de souvenirs, d’anecdotes et d’amitiés nous plonge dans le plaisir primaire qu’apporte une bonne histoire. Un récit sincère, émouvant, captivant dès ses premières pages. Le lecteur sent, comme toujours avec la vraie littérature, qu’il a été écrit pour lui. 

MON (BREF) AVIS 

C'est à la base un bel hommage à Marie Curie, qui finit en digression pour dévoiler le témoignage sincère et émouvant d'une femme endeuillée. Intime et très personnel, au risque de paraître un tantinet verbeux et trop affecté, ce texte ne m'a pas totalement touchée, même s'il est interprété avec beaucoup de talent et de pudeur par Hélène Lausseur.

29 janvier 2016

Le Comte de Monte-Cristo, d'Alexandre Dumas

Le comte de Monte-Cristo I

Il m'aura fallu pas moins de six jours pour lire et écouter les deux fois vingt-cinq heures de cette œuvre remarquable et, heureusement, captivante ! Pfiou. Quelle lecture, mais quelle lecture ! L'histoire commence à Marseille, en 1815. Le jeune Edmond Dantès, un marin de dix-neuf ans, débarque chez son père pour fêter sa bonne fortune - il sera prochainement promu capitaine de son propre navire et va épouser celle qu'il aime, Mercedès. C'était sans se méfier des jalousies de son entourage, dont le dénommé Danglars, comptable à bord du Pharaon, et Fernando, son ami d'enfance, également amoureux de sa jolie fiancée catalane. Ces deux-là rédigent une lettre de dénonciation contre le pauvre Dantès, accusé de soutenir Bonaparte en exil sur l'île d'Elbe, et n'ont aucun scrupule à le savoir expédié au Château d'If pour une longue, longue peine de quatorze ans. Edmond n'a pas le temps de réagir lorsque la foudre s'abat sur lui pour bousiller sa vie. Il est sonné, naïf et incrédule, il n'a de cesse de plaider sa cause, soutient son innocence, mais ne se doute pas d'être le pion central dans une tragi-comédie orchestrée par ses semblables. Au bord du désespoir, se sachant oublié des siens, Edmond doit son salut à son voisin de cellule, l'abbé Faria, qui le mettra en garde et lui confiera son projet d'évasion, avec un trésor à la clef. Après quoi, Dantès va reprendre du poil de la bête et se prétendre la main vengeresse de Dieu. Il deviendra le mystérieux Comte de Monte-Cristo, qui va se faufiler comme une anguille parmi ses ennemis pour les démolir sournoisement les uns après les autres. 

Voilà une magistrale interprétation, par Eric Herson-Macarel, d'une œuvre époustouflante et étonnante de modernité ! On ne voit pas le temps passer tant le rythme est enlevé, l'action dense et la trame romanesque flamboyante. Et puis il y a un vrai suspense au cœur de l'intrigue, où l'on ne devine pas tout des ressentiments de Dantès, ou du moins ne partage-t-on pas tous ses plans machiavéliques pour assommer ses ennemis. On le surprend dans la peau de Simbad le marin, de l'abbé Busoni ou de lord Wilmore, on le découvre derrière une porte dérobée au chevet d'une jeune fille qu'on tente d'empoisonner, il est ici ou là, partout et ailleurs, insaisissable et implacable. Chaque petite pièce apportée n'est jamais anodine et vient compléter un tableau magistral pour assouvir sa vendetta personnelle. Chaque intrigue secondaire, chaque anecdote ou chaque rencontre est introduite exprès pour servir un ensemble arachnéen. Dumas tisse fil par fil la trame de son roman, piochant dans les éléments du théâtre (rebondissements, déguisements, suspense et révélations) ou préfigurant le genre policier et les romans d'aventure avec le super-héros masqué qui fait justice lui-même. C'est prodigieux. J'ai été complètement soufflée. 

Sixtrid / Décembre 2015 ♦ Texte intégral lu par Eric Herson-Macarel

 

“A tous les maux il est deux remèdes: le temps et le silence.”

 

et la suite... Le comte de Monte-Cristo II

Le comte de Monte-Cristo s’est installé à Paris. Par sa magnificence, sa spiritualité et ses étranges manières, il devient la personnalité la plus recherchée de la haute société. C’est justement ce qu’il voulait afin de pouvoir mettre en place son implacable vengeance. Son plan redoutable est conduit sur un rythme haletant et réserve bien des révélations qui ne cessent de surprendre. Quel final ! ;-)

Sixtrid / Décembre 2015 ♦ Texte interprété par Eric Herson-Macarel

Rappelons aussi le lobbying de miss Cécile dont l'enthousiasme débordant a su me motiver pour découvrir cette œuvre classique d'une richesse extraordinaire. Merci d'avoir contribué à cette découverte !  😘

7 janvier 2016

Goat Mountain, de David Vann

Goat Mountain

Automne 1978, dans le nord de la Californie. Quatre hommes, dont l'un à peine sorti de l'enfance (le narrateur), se rendent sur les terres de Goat Mountain pour l’ouverture de la chasse. Pour ce môme de onze ans, c'est un baptême attendu avec impatience, lui qui a grandi avec les armes et dans la culture de la chasse, initié par son père, son grand-père ou Tom, l'ami de la famille. Pour la première fois, il va pouvoir abattre son propre gibier. Alors qu'ils parcourent les centaines d'hectares du ranch, les quatre hommes tombent sur un braconnier qu'ils observent depuis la lunette de leur fusil. Un excès de confiance. Un soupçon de complicité. Un semblant d'initiation. Et là, la maladresse, le tressaillement, le drame... Nos chasseurs émérites s'effondrent, de dépit, de stupeur, d'effroi. La partie de chasse vire au chaos. C'est le règlement de comptes. Le pétage de plomb. L'enfant qu'on accuse et qu'on accule. La famille qui se dresse. Cela vire au cauchemar. Et très franchement, David Vann y prend plaisir. Petits meurtres en famille. Ou comment vous désillusionner sur les liens du sang, sur l'éducation, sur le dialogue et le partage. Le vide sidéral. La lecture nous plonge alors dans un profond désarroi, auquel je n'arrive décidément pas à m'habituer (cf. Sukkwan Island qui m'a également déplu). Ceci ne remet pas en cause les qualités du roman, « sa prose poétique, précise et obsédante », simplement je reste hermétique à cet univers, trop rude, trop opaque, trop rudimentaire. La description des paysages, de la nature belle et sauvage, côtoie une violence latente dans ce qui s'apparente être un parcours initiatique conditionné aux instincts primitifs. L'histoire n'est pas très longue, racontée par un Eric Herson Macarel éloquent et efficace. Seulement, la perspective que donne l'auteur de l'humanité n'est clairement pas glorieuse et me laisse de plus en plus déconfite. 

Sixtrid,  juin 2015 ♦ Interprété par Eric Herson Macarel (Durée : 7h 42) ♦ Traduit par Laura Derajinski pour les éditions Gallmeister

27 novembre 2015

Les Chiens de Belfast, de Sam Millar

Les chiens de Belfast

Il ne fait pas bon s'attarder dans les bars, à Belfast. Une blonde incendiaire attire des hommes dans ses filets, puis s'offre des séances de torture raffinées avant de les achever. Karl Kane, notre détective privé grincheux et désargenté, reçoit la visite d'un certain Mr Munday qui lui demande d'enquêter sur un cadavre contre une grosse enveloppe de billets. Cette affaire va ainsi le mettre sur la piste des meurtres en série, qui se recoupent étrangement avec un viol survenu en 1978 (cf. la scène d'ouverture du livre, qui annonce les festivités de façon très détaillée). Notre homme, qui se croyait aguerri aux pires crasses, est touché en plein cœurCeci dit, attendez-vous à un bouquin très noir, avec des descriptions répugnantes et vulgaires, un bouquin hyper violent, mais en parfaite cohérence avec l'intrigue, un bouquin sombre, poignant, immoral et à la lisière du désespoir. On ne s'y engage pas pour se changer les idées et voir du pays, mais on fait tout de même une sacrée découverte ! Karl Kane est du genre sympa malgré un portrait peu flatteur. C'est un mec bourru et meurtri, qui traîne des casseroles, flic refoulé, écrivain frustré, aujourd'hui affligé d'une crise d'hémorroïdes, également amateur de poker et aimant prendre des risques inconsidérés pour s'offrir la tête de ceux qui l'exaspèrent (et ils sont nombreux !). Sam Millar s'en sort plutôt bien et extirpe de cette marée noire un humour appréciable, puisqu'il est cynique et amer juste comme il faut et qu'il nous tient compagnie dans ce premier volet d'une trilogie policière pas comme les autres. Une lecture pas exceptionnelle, mais pas désagréable non plus.

Sixtrid / Août 2015 ♦ Texte lu par Lazare Herson-Macarel (durée : 7h 15) ♦ Traduit par Patrick Raynal (Bloodstorm)

Disponible en format poche chez Points Policier

Les chiens de Belfast Points

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