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Chez Clarabel
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28 mars 2013

«Mon domaine à moi, ce sont les bibliothèques et les librairies...»

«Entendons-nous bien, je ne rêve pas de me fondre dans la masse, ni d'adopter les loisirs de mes pairs... Certains rêvent d'une console de jeux, d'un poney ou d'un prince charmant... Mon domaine à moi, ce sont les bibliothèques et les librairies...»

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Louise est élève en Cinquième ... et ne se prend pas pour de la crotte ! Elle est très sûre d'elle, dans le sens où elle n'a jamais manqué d'amour, ses parents sont aux petits soins pour elle, ni d'accès à des loisirs comme la danse classique, la lecture, la chorale et le théâtre. Notre demoiselle est, en quelque sorte, élitiste. Même ses meilleures amies doivent la conforter dans son statut de fille brillante et admirable.

Détestable, la Louise ? Même pas. Car l'histoire va soudainement la malmener, avec l'arrivée d'une nouvelle élève dans sa classe. Elle s'appelle Manon, elle est douée et très intelligente. Par contre elle est issue d'un milieu modeste, Louise le sait, car les parents de Manon ont acheté sa robe de communion le jour du vide-grenier et depuis elle ne fait que la porter pour aller à l'école (comble du comble, elle joue aussi au foot avec !).

Louise est très snob, très prout-prout. Elle a pour habitude de mettre tous les adultes dans sa poche, d'être l'objet de leur admiration, une fille si jeune et déjà si cultivée... Battement de sourcils frénétique. Sauf qu'avec l'arrivée de Manon, on lui vole la vedette. Leur prof décide de lancer un projet d'opéra, en montant Carmen, un rôle sur mesure pour Louise, pense-t-elle... Han, han, c'est le début de la dégringolade !

Louise, donc, va perdre confiance en elle. Et comme c'est une jeune adolescente, sensible et vulnérable, elle ne va pas gérer la situation et donner à chaque petit événement une proportion démesurée. Tout le talent de Fanny Chiarello réside dans le fait d'avoir toujours su guider notre façon de penser, de ne pas détester cette héroïne bien prétentieuse, de cerner son mal-être, d'avancer dans cette histoire à tâtons, au rythme de la narratrice, et de savoir sourire devant ses raisonnements, parfois, saugrenus.

Encore une fois, l'histoire cherche à nous montrer que la culture est accessible à tous, non pas réservée à une élite, et qu'il ne faudrait surtout pas juger Louise, piquée de jalousie qu'une fille comme Manon soit son égale. Il y a chez elle un mélange de tendresse et de naïveté, pas seulement de la pédanterie, et puis de toute façon elle va apprendre à redescendre sur Terre. Bizarrement, avec son tempérament insupportable, Louise donne à cette lecture un caractère pétillant !

Prends garde à toi, par Fanny Chiarello
Medium de l'Ecole des Loisirs, 2013 - illustration de couverture : Gabriel Gay

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28 mars 2013

"Je suis devenu un lecteur."

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Comme à son habitude, le père de Kévin Pouchin a mis les bouts sans crier gare, et cela dure depuis deux semaines. La mère est à cran, entre colère et dépression elle ne supporte plus rien, ni les enfants, ni le chien qui pisse sur le paillasson, elle met tout le monde dehors, qu'importe s'il gèle à pierre fendre. De plus, ce sont les vacances, Kévin n'a nulle part où traîner, alors il se décide à pousser la porte de la bibliothèque, là où il pourra se réchauffer.

Chez lui, les livres n'ont pas droit de cité. C'est pour les intellos, les têtes d'ampoule, pour ceux qui parlent de façon maniérée, bref ce n'est pas de leur monde. La famille de Kévin passe uniquement du temps ensemble lorsqu'il faut laver la BMW du père ou regarder une émission débile à la télévision. D'abord, le garçon hésite. Il redoute d'être mis à la porte, dénoncé comme étant un imposteur, qu'ici non plus il n'est pas à sa place.

Puis il croise une fille de sa classe, Laurie, qui le prend pour un poète. Mais surtout, il rencontre une mamie révolutionnaire, Dame Chamallow, qui lui colle entre les mains "L'attrape-cœur" avec ordre de lui faire un compte-rendu de sa lecture. A partir de là, la vie de Kévin va se dédoubler : d'un côté, il voit en secret ses nouvelles copines de bibliothèque, de l'autre il est le fils de personne, dans une maison où ça braille tout le temps, où les blagues sont crasses, où les penchants culturels sont inexistants.

Ce livre m'a fait énormément soupirer, de dépit et de désespoir. Heureusement, le jeune héros est un garçon formidable. Il en bave, mais c'est tout de même un môme qui comprend peu à peu qu'il a le droit de sortir de sa condition. Qu'il n'est pas dit qu'il appartenait à un milieu et se devait d'y rester. Alors, oui c'est grâce à la lecture qu'il va prendre confiance en lui. Toutefois, son apprentissage se fait aussi dans la violence, parce qu'on se moque de lui d'aimer lire ou de passer du temps à la bibliothèque, pour autre chose que bécoter sa petite copine.

Les clichés ont la dent dure, vous verrez que l'histoire est loin d'être mielleuse ou niaise, par contre il y a aussi beaucoup de dérision, de l'humour et du cynisme pour sauver les apparences, pour se protéger et pour rendre les coups. Il y a vraiment de belles réflexions de la part de Kévin en tant que lecteur qui découvre le pouvoir des mots et la force des histoires. D'ailleurs, pour moi, le cap le plus important, c'est lorsqu'il reconnaît enfin qu'il est devenu un lecteur. Que cette passion lui dure !

Holden, mon frère - par Fanny Chiarello
Medium de l'Ecole des Loisirs, 2012 - illustration de couverture : Séverin Millet

"Drôle d'idée que de lire des romans, quand on  y pense bien : on s'attache à des personnages qui n'existent pas, on se sent moins seul alors qu'il suffirait de lever la tête de sa page pour constater qu'on l'est toujours autant dans le vrai monde, et après, tout est fini. Chacun rentre chez soi..."

11 décembre 2012

Il lèchera une petite goutte de sang sur son doigt avec la gourmandise d'un vampire.

Nous voilà avec,

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160 pages de pure rigolade.
160 pages d'une recherche d'identité, déclinée en vingt-cinq vies, allant du caniche royal à la fourmi neurasthénique, la gazelle rusée comme un renard, la souris déglinguée, au gros chat de gouttière ou au haricot en boîte.
160 pages à sympathiser avec une héroïne extra, Sandra Bullot, élève quelconque, amie médiocre, petite copine en manque.
160 pages de jeux de mots, de langues déliées, de mails échangés, de questions qui se posent, de larmes qui coulent sur les joues, de rendez-vous autour d'une machine à laver, de l'art de bécoter pour attiser la jalousie de l'autre, de l'ennui, de soupirs, de trahisons en famille, de crimes entre amis et d'un soupirant secret.
160 pages à se demander qui est l'endive au jambon.
160 pages à adorer ça.
160 pages à grignoter le plaisir d'être une adolescente, qui aimerait qu'on la comprenne et qu'on l'accepte pour ce qu'elle est. Pas seulement un clown qui détend l'atmosphère pour masquer ses frousses, mais une chic fille, qui cherche aussi le grand amour, alors qu'il est juste sous son nez.
160 pages à confier autour de soi, en disant lis ça, tu verras, tu ne comprends rien aux filles, c'est normal, elles non plus ne se comprennent pas, mais ce bouquin-là t'en expliquera un morceau, et tu trouveras ça vachement décomplexant, et carrément déjanté. Forcément, connaissant ton humour sarcastique, ça te plaira ! ;o)
Sur ces 160 pages, je souris à la lune, je lui chuchote un grand merci, merci à Colas Gutman et à Marc Boutavant (chouette couverture, encore et toujours), merci de servir encore des petits romans qui donnent le sourire et qui racontent la vraie vie sans frémir, sans tanguer, sinon vers l'impossible légèreté de l'être.
MERCI ! 

Les vingt-cinq vies de Sandra Bullot, par Colas Gutman
Médium chez l'Ecole des Loisirs, 2012 -  couverture : Marc Boutavant

9 juillet 2010

Pêle-mêle Polly

Le Mot de l'éditeur : Pêle-mêle Polly

Déjà le premier jour de septembre et bientôt la rentrée. Polly n’a aucune envie de reprendre les cours ni de retrouver les autres. À coup sûr, pour être heureuse, il faudrait fuir. Fuguer. Maintenant. Pourtant, avant la fin de l’été, les choses étaient différentes. Polly croyait qu’il existait des sésames pour le bonheur. Comme cette Cléo aux yeux bleus dansant pour elle sur la plage d’Houlgate. Mais tout se perd. Tout s’abandonne, même les amies. Polly n’a pas pu faire autrement. Elle a fait comme son père : abandonner avant de l’être. À Houlgate, Polly s’est souvenue de lui, de leur unique rencontre, l’été de ses six ans. Une angoisse terrible, comme une bulle pleine de rien, l’a envahie. Depuis, Polly ne voit plus que lui. Elle doit reconstruire le puzzle de ce père absent. Maintenant. Mais avec quoi attrape-t-on un fantôme ?

 

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Ce roman figure parmi les titres conseillés pour l'été par L'école des loisirs. Aussitôt, mon esprit s'est imaginé une lecture légère et rafraîchissante, d'ailleurs le résumé parle de la plage d'Houlgate, mon petit coeur a fait un bond, j'ai foncé tête baissée.
Ouch.
Ce roman est d'une sensibilité, c'est inattendu et extrêmement délicat. Très à fleur de peau. Je m'y sentais comme sur des coquilles d'oeufs. Donc, j'ai tout repris à zéro pour mieux plonger dans cette histoire de quête des origines. Polly, la narratrice, est une adolescente mature, réfléchie, solitaire et malheureuse. Elle ne connaît pas son père, ni sa mère ni sa grand-mère ne lui en parlent, elle ne dispose que d'une photographie très floue de lui et se souvient l'avoir vu pour la première (et seule) fois à l'âge de six ans. Elle se rappelle des détails et des contours mais a oublié les mots, les paroles, les traits de son visage.
Aujourd'hui, en cette veille de la rentrée, Polly vide et range les cartons de sa famille en nous offrant un pêle-mêle raffiné de ses émotions, ses souvenirs, ses doutes, ses besoins. Sur la plage, à Houlgate, Polly a rencontré Cléo qui dansait et dessinait des arabesques sur le sable. Et puis Cléo est partie... Sans le vouloir, cette rencontre a bouleversé Polly. Il faut que sa grand-mère lui explique pourquoi ceux qu'elle aime la quittent, car elle en souffre et sa bulle pleine de rien est en train de se crever.
Je me suis noyée de plaisir parmi les lignes de Gabriel Martiarena, c'est un roman admirablement bien écrit, très élégant, classique, guindé sans être pédant, et au charme suranné. Par contre, ce classicisme marque aussi une certaine distance et il n'est pas facile de se fondre dans l'histoire. C'est beau, très sensible mais l'histoire ne nous transporte pas. Il faut davantage considérer ce roman comme un brillant exercice stylistique.
A conseiller aux très bons lecteurs (adolescents) et plus.

Pourquoi faut-il que tout ait une fin ? En ce premier jour de septembre, une nostalgie lourde me serre la gorge. Je repense à cet été qui s'achève, aux arabesques de Cléo sur le sable de l'immense plage normande. Bientôt, il faudra retrouver la compagnie étouffante et imposée de camarades de classe. Je sens poindre l'envie de fuguer. Le goût de la fuite me taquine. Je ne suis pas courageuse, non, vraiment pas. J'ai le sentiment profond que seuls les fuyards sont heureux. Soyons lâches, évitons les contraintes !
J'ai perdu Cléo, l'escalier bigarré... Il me reste Mamée, maman. Et l'absence obsédante de mon père.

Si j'oublie son absence ? Si j'oublie son absence ! Est-il seulement possible de s'affranchir de ce qui n'est pas ? Oublier revient à soustraire quelque chose de sa mémoire. Mais quand cette chose est un néant, comment s'en délivre-t-on ? Par quel bout s'empoigne le vide quand on veut le flanquer dehors, le bazarder ?
Je ne connais pas mon père, ou si peu. Pourtant il me pourrit l'existence. Je voudrais le frapper, lui hurler ma haine. Mes poings s'agitent dans le vent, mes cris ne rebondissent sur aucune chair. Lutter contre un fantôme.

Pêle-mêle Polly ~ Gabriel Martiarena
Médium de l'école des loisirs (2010) - 118 pages - 8,00€
illustration de couverture : Franck Juery

13 mai 2010

Un automne à Kyoto (Karine Reysset) & Le tueur à la cravate (Marie-Aude Murail)

A suivre, deux romans récemment publiés par l'école des loisirs.

Je commence par mon préféré : Un automne à Kyoto de Karine Reysset.

Un_automne_a_Kyoto_de_Karine_ReyssetC'est un petit roman très attachant, qui raconte le voyage de Margaux au Japon (son père a obtenu une bourse pour résider à la Villa Kujoyama de Kyoto). En plus d'être dépaysante et poétique, l'histoire nous invite à explorer les états d'âme de l'adolescente dont le petit monde est en train de se fissurer de partout. D'abord, il y a la distance qui s'installe avec son petit copain, resté à Saint-Malo, puis l'humeur morose de son père, accaparé par son travail, et l'absence de leur mère, qui ne les a pas accompagnés à cause de son travail, et enfin Eric, leur voisin photographe, qu'on nous présente avec un sourire carnassier et qui, à force de croiser Margaux, va affoler les battements de son coeur. 

C'est une histoire touchante, avec quelques pointes d'amertume, sur ce qui fait et défait un lien, sur ce qui fait grandir aussi, sur les petites choses belles, touchantes, émouvantes, celles qu'on regrette, celles qu'on ne supporte plus. Ce beau voyage au Japon va faire exploser le coeur et la tête de Margaux, mille sensations sont attendues, avec cette petite phrase qui dit peu et tout à la fois : " Kyoto, il est temps que je parte, tu m'as ensorcelée, divine, tu m'as presque rendue folle, tu nous as tous rendus fous. Tu vas me manquer. "

Vraiment un joli roman qu'offre Karine Reysset, qui s'inscrit entre le carnet de voyage et le roman d'apprentissage, enrichi d'haïkus et d'illustrations sur les paysages de Kyoto.

Coll. Médium, EdL (2010) - 176 pages - 10,00€
illustration de couverture :  Hélène Millot

Le deuxième livre est celui de Marie-Aude Murail, Le tueur à la cravate.

Le_tueur_a_la_cravateJe crois avoir été plus emballée par le journal de bord que par l'histoire policière elle-même. En effet, sur quelques 70 pages, l'auteur nous raconte son métier d'écrivain et la lente élaboration de son dernier roman (pour tous ceux qui se posent la question, d'où vous vient l'inspiration, comment naît un roman, vous serez servis !). Donc, Marie-Aude Murail vient de terminer Malo de Lange et songe déjà à son prochain projet - un livre sur la mythologie grecque ou les réseaux sociaux du net. (Finalement, MAM optera pour la deuxième option.) Et c'est tout simplement cocasse de la suivre sur les pistes des blogs, de sites des copains d'avant, de facemachin, une sorte de pélerinage dans un pays inconnu qui la déconcerte et la met mal à l'aise. (Bon, il faut noter que l'auteur est absolument farouche au principe d'exhibition, mais elle ne juge pas, elle s'interroge et elle pose un regard innocent et sévère à la fois.)

Bien sûr, il y a d'abord le roman à lire pour frissonner de plaisir. Le Tueur à la cravate se veut un très bon thriller, où tout commence quand deux adolescentes postent la photo de classe des parents de Ruth sur un site du genre perdu-de-vue. A partir de là, les vieux démons vont se réveiller car nos demoiselles ignorent qu'un macabre fait divers a secoué la classe de TC3 qui appartenait au père de Ruth, à sa mère et la soeur jumelle de celle-ci. Vingt ans plus tôt, donc, cette dernière a été sauvagement étrangée, le corps jeté dans la Charente, le meurtrier mis sous les verroux, même si pendant un temps c'était le père de Ruth, lui-même, qui avait été suspecté. Aujourd'hui chirurgien estimé, Vincent Cassel élève seul ses deux filles, depuis la mort soudaine de son épouse. C'est beaucoup pour un seul homme, pense-t-on.

L'histoire nous en montrera d'autres, des vertes et des pas mûres, et durant une lente et haletante montée en pression, l'intrigue ressert son étau de façon inexorable (même si j'avais facilement deviné la fin). Malgré tout, cette histoire policière ne prend pas ses lecteurs pour des idiots, il y a des morts, des suspects, des psychopathes et des beaufs. Au milieu, on suit une jeune fille qui, en perte de repères, ne va plus savoir à qui accorder sa confiance (et on la comprend tout à fait !). C'est un roman noir, à l'ambiance oppressante. Et je crois que, pour un lecteur qui n'est pas encore trop usé par les ficelles du genre, ce livre conviendra parfaitement.

coll. Médium, EdL (2010) - 362 pages - 11,50€
illustration de couverture :  Franck Juery

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24 novembre 2009

Bjorn le Morphir ~ Thomas Lavachery

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2004 - 194 pages - 10,00€
photographie de couverture : Franck Juery

bjorn_morphirPrise au piège par une redoutable tempête de neige, la famille de Bjorn vit recluse dans sa maison, en compagnie de quelques-uns de leurs proches (Dizzir le demi-troll, Hari le pêcheur, Drunn le berger et Maga la cuisinière). Le siège peut commencer, la nature n'est pas simplement en colère, cette fois la neige est redoutable, elle tombe en gros flocons pendant de longs mois, elle se glisse par tous les interstices de la maison, elle cherche à les anéantir. Les Vikings sont habitués au froid, ils résistent et la structure de leur abri est solide, chacun prend son mal en patience. Mais vivre confinés à 11 finit par rendre marteau, le frère de Bjorn a son épée qui le démange et met au défi son cadet en lui infligeant une raclée - humiliante - devant tous.
Bjorn est un enfant chétif, faible, réservé. Il manque de courage, ne manifeste aucune curiosité pour les armes ou le combat, et pourtant il l'ignore encore, mais c'est un morphir, c'est-à-dire qu'il va se réveiller courageux et avec un destin à accomplir. Cela débute par des rêves où un garçon sans visage vient le forcer à se battre avec son épée, puis la menace d'une étrange créature de glace, venue dans leur refuge pour semer le chaos, voit la réalisation de ce secret éclater au grand jour. Bjorn le Morphir, se dit-il. Quelle ironie.
Son frère Gunnar lui porte désormais un autre regard, teinté de jalousie. Leur père Erik, un ancien guerrier redoutable, lui offre son précieux collier de dents de Vorages en récompense. Maga, la cuisinière, sombre dans la folie, et Drunn a presque la bave qui lui pend au bord des lèvres, l'oeil mauvais. Sigrid, la charmante cousine qui était restée muette, se glisse dans le lit de Bjorn en lui sussurant des mots d'amour. (!) Tsss. C'est du propre...
Bon, toute l'histoire ne se déroule pas non plus dans cette maison menacée par la neige, même si j'aimais l'idée, la tension est bien en place mais il faut faire évoluer tout ce petit monde vers d'autres aventures. Hélas, au même moment où l'histoire connaît de nouveaux rebondissements, introduit d'autres personnages et rend l'action plus palpable, j'ai commencé à me lasser.
C'est un bon roman, idéal pour les jeunes lecteurs (niveau collège) qui apprécient l'héroïc-fantasy, ici déclinée à partir du folkore viking (très bonne idée, d'ailleurs). Le roman est d'ailleurs devenue une série (cf. ci-dessous la liste des titres publiés) et même une BD publiée chez Casterman a été éditée dernièrement pour relancer l'attention du public pour ce héros sympathique.
C'est donc un bon roman, même je n'ai pas senti d'intérêt plus grand envers les personnages ou l'histoire. Et c'est aussi un détail, mais j'ai vraiment tiqué sur la partie qui concerne Sigrid, lorsqu'elle se faufile dans le lit de Bjorn (ils ont tout de même douze ans !). Heureusement l'histoire fait la part belle à l'incroyable épopée qui s'offre au garçon, le courage, la loyauté, l'amitié sont autant de valeurs qui rendent ce récit plus consistant. Je laisse néanmoins cette série entre les mains des lecteurs qui sont plus sensibles à l'aventure épique et fantasy.

-) Lael a aimé, mais sans plus. Sylvie est plus enthousiaste.

  • Titres disponibles :

  • Bjorn le Morphir, 2004
  • Bjorn aux Enfers : Le Prince oublié, 2005
  • Bjorn aux Enfers II : La Mort du loup, 2005
  • Bjorn aux Enfers III : Au cœur du Tanarbrok, 2006
  • Bjorn aux Enfers IV : La Reine Bleue, 2008

 

2 novembre 2009

La plus belle fille du monde ~ Agnès Desarthe

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 163 pages - 9,00€
illustration de couverture : Sereg

la_plus_belle_fille_du_mondeLa plus belle fille du monde vient de faire son entrée dans la classe de Sandra, quatorze ans, élève de seconde au lycée. Liouba Gogol est éblouissante de beauté, d'intelligence, de simplicité et de gentillesse. Son charisme est dévastateur, la petite bande que forme Sandra et ses amis (deux filles, un garçon) risque de ne pas résister à ce grand bouleversement. Mais en fait, au début, tout semble paisible... Liouba n'est pas une insupportable peste, le danger vient peut-être de là, elle a tout pour elle et elle est irrésistible. Sandra et ses amis n'osent pas reconnaître que cette nouvelle élève leur pose un problème, ou si, ils l'avouent en pointillés, et bien maladroitement. Pire ils se chamaillent bêtement et se lancent des propos vexants. Résultat, le groupe fait bande à part, avec haute trahison puisque l'un d'eux se lie d'amitié avec Liouba et, clash final, Sandra tombe malade et s'absente pendant trois jours. Elle vit mal ce champ libre imposé, c'est une défaite, elle sent que ses amis vont l'abandonner un par un et que Liouba Gogol va creuser son trou dans leur bande.
Quel est le problème, après tout ?
Il faut remonter aux origines de cette amitié pour comprendre les liens sacrés qui les unissent... mais ce qui est sacré ne signifie pas être exclusif non plus.
Avant d'en arriver à une conclusion joyeuse et réconfortante, Sandra - la narratrice de cette histoire - nous emmène dans une haute considération à moitié philosophique sur ce qu'est l'adolescence, l'amitié, les études, l'absence du père, l'écriture aussi. Car Sandra a choisi d'ouvrir son histoire comme un roman en pleine éclosion. La demoiselle rêve d'être écrivain, elle ne connaît ni les règles ni les tournures, et elle s'en moque un peu, aussi nous propose-t-elle un livre ouvert à toutes ses considérations, ses pensées, sa façon d'élaborer son récit, ses digressions (nombreuses !) et son histoire avec la plus belle fille du monde prend peu à peu une forme plaisante et jubilatoire.
Agnès Desarthe est un auteur qui m'enchante, et j'aime particulièrement ses écrits pour la jeunesse. Ce titre ne fait pas exception à la règle, et j'imagine qu'il trouvera écho chez les jeunes de 13 ans et plus.

 

28 septembre 2009

Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons ~ Martin Page

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 60 pages - 7,50€
illustration de couverture : Rascal

traite_sur_les_miroirsDans ce livre, il n'est pas question de dragons ni de sorcellerie ou de magie, non il est juste question d'amour et  plus particulièrement de ... chagrin d'amour !
Martin a treize ans, il est amoureux de Marie qui lui déclare l'aimer elle aussi. Soixante minutes plus tard, elle lui annonce qu'elle préfère rester amis. Martin est abasourdi. (Le lecteur aussi.)
La journée, de toute façon, est placée sous un signe noir, très très noir. Le matin même, son chien est mort en se réveillant ! Le père de Martin, médecin, propose d'organiser une fête-enterrement et d'inviter quelques amis - les fidèles, Erwan, Bakary et Fred.
Ce petit roman est absolument réjouissant, malgré son sujet apparemment tristounet, il s'avère enlevé, drôle et pertinent. Le jeune garçon nous fait part de ses pensées profondes, le fait d'avoir perdu sa maman, de consulter un psy pour raconter ce qui lui passe par la tête, ou d'envisager son père à l'esprit chamboulé,  souvent dépassé par la réalité qui l'entoure, et qui préfère nettement apprendre à son fils comment remplir sa déclaration des impôts ou faire son noeud de cravate.
Ce sont des petits instants précieux qui jalonnent ce texte, touchés par un grain de folie, et en même temps ce n'est jamais fatalement idiot. L'histoire dégage une vraie tendresse, elle véhicule un message important sur la perte de l'être précieux, sur la souffrance et sur la force de rebondir, de croire en la vie, etc.
Ce n'est pas traité de façon bateau  non plus, c'est - selon moi - sensé et philosophe (mais jamais trop sérieux non plus). Cela se lit avec beaucoup de plaisir et de facilité, l'impact est immédiat, la folie douce au rendez-vous, il y a aussi une belle brochette d'hurluberlus, tous très attachants. Bref, c'est un roman original et absolument charmant (que j'ai beaucoup aimé... mais était-il besoin de le rappeler ?).

extrait :

Il y a un mystère dans la difficulté qu'ont les adultes à former des amitiés. Mon hypothèse est que l'amitié, pour naître et durer, a besoin de circonstances exceptionnelles et de danger. Et seule l'enfance réunit ces conditions. Une fois adulte, il n'y a plus de grands risques. Je ne dis pas que c'est facile, mais la terreur devant l'avenir, ce qu'on est, ce qu'on va devenir, est atténuée. D'après ce que je sais, d'après ce que j'ai lu, d'après ce que j'ai vu au cinéma, le seul moment où les adultes peuvent devenir amis, c'est en période de guerre. A leur manière, l'enfance et l'adolescence sont aussi une période de guerre.

> les libraires sont unanimes !  Mel de la Soupe de l'Espace - Le Préau - la librairie Rêv'en Pages
Sophie Pilaire sur Ricochet
- Les lectures de Marie

> Et le blog du monsieur, dont cette partie qui fait écho à ce billet (et plus, encore) : 

J'ai fini d'écrire Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons vendredi. Geneviève Brisac, mon éditrice à l'Ecole des Loisirs, m'a répondu, et tout va bien. Il y a toujours cette peur d'écrire des choses trop bizarres qui n'ont de sens que pour moi. Et puis c'est mon premier Medium (la collection pour les plus de douze ans à l'Ecole des Loisirs), j'étais un peu inquiet.

Je sais que certains adultes ne lisent pas de livres pour enfants (les idiots), alors qu'il y a des merveilles.

> la nouvelle adresse : http://www.martin-page.fr/blog/

30 août 2009

Journal de Mac Lir ~ Jean-François Chabas

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2008 - 110 pages - 8,50€

Journal_de_Mac_LirCe petit roman nous offre encore une histoire profonde et touchante, où l'on découvre une autre notion d'amour et de dévouement à petite échelle, d'une hauteur de onze ans. Liam O'Donnell est le Fils d'Océan, Mac Lir en gaélique. Il est seul avec son père, perdu dans le désert australien, au bord de l'océan (justement) d'où il guette les va-et-vient d'un requin et d'une tortue.
Son journal s'ouvre sur le jour de son anniversaire, personne n'a pensé à lui, il se sent désespéré et délaissé, son père ne fait que dormir, pleurer, gémir et refuse de s'alimenter. Quel drame a frappé ses deux êtres, qui vivent coupés du reste du monde ? Où sont la mère et la petite soeur, qui reviennent souvent sous la plume du jeune narrateur ?
Toute l'émotion du roman est tendue jusqu'à la dernière page, lorsque la vérité éclate, lorsque le narrateur n'en peut plus de survivre, lorsque ce petit garçon est fatigué et choisit de lancer un défi au hasard. Ce courage, ou cette folie, va débloquer toute l'intrigue, et bien d'autres choses encore. C'est une délivrance inespérée, mais fort attendue. Car avant cela la lecture avait atteint un degré d'intensité particulièrement  crispant, à suivre le train-train de Mac Lir, son chagrin, sa tentative de raconter comment son père et lui ont atterri dans cette misère, son sentiment aussi de devoir aider son père qui plonge et sombre vers le bas, bref l'histoire se veut tendre et mélancolique, mystérieuse et poignante.
Il faut accepter d'être emporté par le rythme, celui des vagues, de la douleur et de la tragédie pour enfin saisir la petite lueur d'espoir et de rédemption. Parce que, même si ce court roman est empreint de spleen, il ne s'avoue jamais déprimant. Il commet, bien au contraire, l'impudence de vous attendrir.
110 pages belles, très belles. Tout pour plaire.

-> avait également été lu par Gaelle

3 janvier 2009

Tatiana sous les toits - Gisèle Bienne

412abFXzsiL__SS500_Encore une bonne pioche chez l'école des loisirs, avec ce titre de Gisèle Bienne. Tatiana sous les toits, c'est une jeune et belle comédienne qui aime les fleurs, porte de longues jupes et un châle, écoute de la musique toute la journée. Elle habite sous les toits, un appartement au-dessus de la narratrice, Aurore, qui est littéralement fascinée. L'adolescente balbutie un vague bonjour lorsqu'elle la croise, fait d'ailleurs exprès de l'apercevoir et d'être aperçue. Un jour, elle est invitée à pénétrer dans l'enceinte rêvée...

Tatiana incarne la liberté, l'insouciance, l'espoir, le choix. Pour Aurore, adolescente en mal de repères, c'est un déclic. Elle comprend que la vie d'artiste signifie une vie différente. Avec un nom comme le sien, Aurore Dupin (qui était aussi celui de George Sand), cela n'est pas anodin. Marquée par une tragédie, sa famille ne tourne plus rond, ses parents sont dépassés, accaparés par le petit frère tyrannique. Aurore cherche à discuter, et c'est auprès de Tatiana qu'elle trouve les mots qui lui pèsent. Ce portrait sur l'adolescence en souffrance est porté par sa délicatesse, sa sensibilité, sa perplexité et ses nuances. On sort de cette lecture avec le poids des rires et des larmes. C'est une superbe histoire d'amitié et d'amour, qui communique une envie folle de se plonger dans La Ménagerie de verre, de Tennessee Williams. Et Nougaro, en fond musical, c'est tout à fait ça...

Ecole des Loisirs, coll. Medium - 2008 - 140 pages / 8,50€

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Sauveur & fils
Quatre sœurs : Geneviève
Audrey Retrouvée
Le sourire étrange de l'homme poisson
Calpurnia et Travis
L'homme idéal... ou presque
Trop beau pour être vrai
Tout sauf le grand amour
Amours et autres enchantements
Ps I Love You


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