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Chez Clarabel
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seuil
22 juin 2015

Une main encombrante, de Henning Mankell

Une Main Encombrante

Proche de la retraite, Wallander cherche un point d'attache pour couler des jours tranquilles. Alors qu'il visite une maison à la campagne, le commissaire trébuche sur une main surgie de nulle part. Ses instincts sont aux aguets. Il requiert son équipe d'experts de fouiller le jardin et découvre les ossements d'un couple enfoui là depuis cinquante ans. Même si on ne lui octroie ni les moyens ni le temps pour ce dossier, Wallander continue de fouiller dans le passé de la maison et de ses propriétaires pour rendre justice aux deux victimes.

L'histoire est à l'image du héros, las, usé et désabusé. Donc, c'est lent et pointilleux, mais intéressant à lire. Wallander ne supporte plus les vicissitudes de la bureaucratie. Ses relations avec sa fille sont à couteaux tirés. Il a fait le tour de son métier et envisage de tirer sa révérence. Mankell a d'ailleurs annoncé qu'il n'écrirait plus sur Wallander après l'épisode suivant, L'homme inquiet. Point final. Il explique en fin d'ouvrage sa relation ténue avec son personnage fétiche, non sans un zeste de fierté.

Le texte lu par Marc-Henri Boisse figure bien les caractéristiques de Kurt, en lui collant cette intonation bougonne et abattue qu'on juge indissociable. Après quoi, l'histoire n'est ni surprenante, ni haletante. Elle ne dure que 3 heures, ou 182 pages. À grignoter comme une friandise ou une mise en bouche pour les lecteurs désormais orphelins de leur commissaire suédois, définitivement au bout du rouleau.

Sixtrid / mars 2015 ♦  Interprété par Marc-Henri Boisse (durée : 3h 12)

Traduit par Anna Gibson pour les éditions du Seuil

Une main encombrante Seuil

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8 juin 2015

Chien de printemps, de Patrick Modiano

CHIEN DE PRINTEMPS

Le souvenir du photographe Francis Jansen vient hanter, trente ans plus tard, le narrateur de Chien de printemps. En seulement 1 heure et 39 minutes Édouard Baer nous guide à travers les dédales de ce roman anecdotique, mais empreint d'une douce et belle nostalgie. C'est en 1964, dans un café parisien, que le narrateur rencontre le photographe et bosse à ses côtés jusqu'au jour où l'artiste va disparaître sans crier gare, abandonnant derrière lui son jeune scribe discret, attentif et prévenant. En plus de trier ses clichés, le garçon avait pour mission de filtrer les intrusions intempestives de l'extérieur, comme cette belle inconnue, battue par son mari jaloux, qui la traquait où qu'elle aille, tandis qu'elle tambourinait à la porte de Jansen... Atmosphère étrange, poétique et énigmatique. Ce texte nous glisse dessus, sans qu'on cherche à retenir quelques miettes. On écoute, simplement. L'histoire, telle une mosaïque de souvenirs, nous laisse une impression fugace et s'échappe aussi vite qu'elle est apparue. Je retiendrai malgré tout de cette lecture audio l'excellente interprétation faite par le comédien, tout en finesse, intelligence et beaucoup d'élégance. C'est d'une beauté sans nom, mais trop court.

Audiolib ♦ mai 2015 ♦ texte lu par Édouard Baer (durée : 1h 39) ♦ éditions du Seuil, janvier 1988

♦♦♦

« De tous les caractères d’imprimerie, il préférait les points de suspension. »

 

23 mars 2015

Un été avec Kim Novak, de Hakan Nesser

Un Été Avec Kim Novak

« L'été sera rude, a dit mon père. Autant nous préparer à ça. »

Trente ans ont passé depuis l'été de ses 14 ans, époque où Erik a passé des vacances mémorables avec son copain Edmund à Tibériade, le cabanon familial situé en bord de lac. À eux l'insouciance et l'ivresse de la liberté. Avec son frère Henry pour seul chaperon, les garçons font preuve de désinvolture et de bravade (fumer en cachette, contourner les entrées payantes, se livrer à des séances de voyeurisme, fantasmer sur la belle Eva...). Cet été-là sera pourtant marqué d'un drame qui va chambouler à jamais leur existence.

Henry, son frère aîné, vient de rompre avec sa fiancée et s'est lancé dans l'écriture d'un roman. Chaque soir, il aime sortir dans des lieux branchés, draguer la minette et la ramener au cabanon pour quelques acrobaties coquines. Les garçons ont le choc de leur vie quand ils découvrent, parmi ses conquêtes, le sosie de Kim Novak - la sublime Eva Kaludis - qu'ils avaient également croisée au collège lors d'un remplacement.

Celle-ci a pourtant déjà un petit copain, une star de handball, au tempérament jaloux et agressif. Et quand son corps est retrouvé assassiné, pas loin du lieu de leur villégiature, la police se pointe au cabanon et passe au crible l'alibi des garçons. Fin de l'été, retour à la réalité. Longtemps après, Erik continuera d'être hanté par les événements survenus au cours de cet été et de s'interroger sur les raisons du crime et l'identité du coupable. 

Cette lecture, d'une intensité ciselée et prenante, est stupéfiante ! De suite, elle nous hypnotise par son charme vénéneux et son atmosphère languide, au rythme d'un été fantasque et torride. J'ai été scotchée, complètement séduite par cette écriture simple, mais pénétrante. On suit sans complexe deux garçons en plein apprentissage d'indépendance, de sexualité et de responsabilité morale, non sans maladresse et avec toute l'intrépidité de leur âge. 

On partage aussi les bribes d'une histoire empreinte de non-dits et de culpabilité étouffée, une histoire tantôt drôle ou malicieuse, mais définitivement bouleversante. La lecture est dépaysante à souhait, direct au cœur de la Suède des années 60, le temps d'un été chaud et indolent. On s'évade instantanément, avant de retoucher terre avec une pointe de regret et de nostalgie.

Alain Lawrence, le lecteur pour Sixtrid, nous plonge avec subtilité dans les méandres d'un été de toutes les découvertes, entre exaltation et perplexité, et un sens du tempo tout à fait remarquable. J'ai beaucoup aimé.

Sixtrid, janvier 2015 ♦ Interprété par Alain Lawrence (durée : 6h 22) ♦ Traduit par Agneta Ségol pour les éditions du Seuil (Kim Novak badade aldrig i Genesarets sjö)

11 mars 2015

Les Chiens de Riga, par Henning Mankell

Les Chiens de Riga

Je reprends la série des Kurt Wallander, après l'avoir croisé dans La lionne blanche en tant qu'aventurier sortant de ses gonds. Un rôle assez inattendu, et déconcertant. Cette fois j'ai été pleinement séduite par l'enquête qui débute sur une plage en Suède avant de s'exiler vers la Lettonie. Un canot pneumatique échoué révèle deux corps à son bord. Ces deux individus sont sans identité, mais la police fait rapidement le rapprochement avec des mafieux originaires des pays de l'ancien bloc soviétique. Un major est envoyé sur place, un type secret mais attachant, il renseigne les suédois avant de rentrer chez lui, où il sera assassiné dans la foulée.

Cette nouvelle accable l'inspecteur Wallander, qui s'était senti proche de l'homme affable. Il décide alors de se rendre à Riga et, sous le charme de la jolie veuve, va se lancer dans une vendetta secrète, solitaire et délirante pour démêler une affaire véreuse et qui sent le soufre. L'ambiance est de mise, froide et cinglante. Les personnages filent un mauvais coton, le décor est dévasté, le pays en plein chaos politique, aucune confiance à accorder, les services de police sont en perte de vitesse, la surveillance acharnée, les menaces prodiguées et les règlements de compte pleuvent à tout-va.

Bref, l'intrigue nous plonge dans les méandres profonds et cafardeux d'un roman d'espionnage. C'est gris, voire blafard et déprimant. Les livres de Mankell figurent parmi les précurseurs de la vague des polars nordiques qui ont envahi notre marché (pour mon plus grand bonheur). Et j'ai beau épluché tous les spécimens existants, je reviens toujours vers ce cher Wallander, l'archétype du héros désabusé, mais qui a à cœur de venger la veuve et l'orphelin avec une conscience toute professionnelle. Le livre a été lu par une froide soirée d'hiver. La symbiose était totale. :-)

Points Policier, février 2004 pour la présente édition ♦ traduit par Anna Gibson (Hundarna i Riga)

11 novembre 2014

14-18 : lectures pour ne pas oublier

14-18 Dedieu

 

14-18 : Une minute de silence à nos arrière-grands-pères courageux par Dedieu (Seuil)

 

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La Vie au bout des doigts, par Orianne Charpentier (Gallimard jeunesse, Scripto)

 

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Force Noire, par Guillaume Prévost (Gallimard jeunesse, Scripto)

 

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Cheval de guerre, par Michael Morpurgo (Gallimard jeunesse)

 

Mais aussi, 

 

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Avant la tourmente (tome 1 de La saga des Reavley) d'Anne Perry (10/18)

 

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Une lettre de vous, par Jessica Brockmole (Presses de la Cité)

 

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Le retour du capitaine Emmett,  par Elizabeth Speller (10/18 Grands Détectives)

 

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Toutes ces vies qu'on abandonne, de Virginie Ollagnier (Points)

 

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Par un matin d'automne, de Robert Goddard, (Le livre de Poche)

 

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21 mai 2014

La lionne blanche, par Henning Mankell

La lionne blanche

C'est la première enquête de Kurt Wallander que je lis, mais le quatrième titre de la série par ordre chronologique. Globalement, je n'ai pas eu à déplorer d'éléments frustrants mais il faut dire aussi que l'histoire nous prend complètement au dépourvu en centrant une large partie de son intrigue en Afrique du Sud, où se trame un attentat politique.
Au départ, il est pourtant question de la disparition en Scanie d'une femme, mariée et mère de famille, à l'existence parfaitement irréprochable. Wallander n'a pas l'ombre d'un indice ou d'une piste, et c'est finalement au gré du hasard qu'il va se lancer dans une chasse à l'homme infernale. On en oublie complètement l'entrée en matière, purement accessoire !
C'est ce que je trouve le plus déconcertant, tel un virage à 180°, on nous plonge au cœur de l'Afrique des Boers et de l'apartheid. Place alors à de nouveaux personnages, un enjeu politique et un complot qu'on suit au compte-gouttes, entre curiosité, intérêt et lassitude. Car l'histoire souffre de longueurs, positionne Wallander dans un rôle inattendu, trop aventurier à mon goût.
Mais la lecture reste foncièrement attrayante. Henning Mankell manie l'art du suspense et le décor dépaysant avec un soin particulier, intelligent et captivant. Je poursuis la découverte des livres de l'auteur sans rechigner !

Points - coll. policier ♦ février 2005 ♦ traduit par Anna Gibson pour les éditions du Seuil

28 avril 2014

Solo (Une nouvelle aventure de James Bond), par William Boyd

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Intriguée par l'opération de lancement du livre lors d'une cérémonie fastueuse en Angleterre, j'ai aussitôt voulu lire cette nouvelle aventure de James Bond, par William Boyd. J'avoue connaître pour l'essentiel le héros de Fleming à travers ses prestations cinématographiques. Aussi, cette lecture m'aura davantage prise au dépourvu car j'attendais de ma rencontre peut-être plus de glamour et de séduction.

James Bond fête ses 45 ans et ressasse, avec une pointe d'amertume, son passé de soldat qui aurait encore laissé des traces (nous sommes en 1969). Perpétuellement en quête de sensations, il s'invite chez une belle inconnue avant de s'éclipser pour une mission en Afrique afin de mettre un terme à la guerre civile qui déchire le Zanzarim. Sur place, de nouvelles rencontres, des enjeux politiques inavoués, des mascarades et autres faux-semblants rendent l'infiltration plus pernicieuse et équivoque.

Tant et si bien que notre espion au service de Sa Majesté va opérer en “solo” pour solder un vieux compte personnel. Rebondissements à prévoir, coups bas et action à répétition in extenso. On pourrait se frotter les mains d'avance en espérant un bon divertissement, et pourtant l'ensemble m'a semblé froid, distant, avec un James Bond aguerri, sans humour, sans charme... plutôt peu convaincant et pas franchement prêt à nous vendre du rêve. L'intrigue aussi est dépourvue de gadgets et se conforme aux faits. Le résultat n'en est que terriblement impersonnel.

Thibault de Montalembert livre une interprétation lisse, mais irritante dans l'accentuation prononcée de “Bond”, qui apparaît 1 million de fois dans le livre, ce n'est pas possible... j'ai fait une fixation dessus, c'était fichu ! Au final, nous avons là un bon roman d'espionnage, qui offre une escapade dépaysante et très réussie vers l'Afrique des années 60. Pour le reste, j'ai surtout eu le sentiment que ma lecture froissait le mythe de l'agent 007 qui n'inspire aucune sympathie (mieux vaut se contenter de rêvasser sagement sur la plastique de Daniel Craig à l'avenir).

Audiolib, avril 2014 ♦ texte intégral lu par Thibault de Montalembert (durée : 9h 13) ♦ traduit par Christiane Besse pour les éditions Seuil

10 avril 2014

Elle marchait sur un fil, de Philippe Delerm

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Marie, cinquante ans, partage sa vie entre Paris et la Bretagne. Attachée de presse indépendante, elle tient à défendre des ouvrages de qualité, dont un petit roman qui va connaître un succès fulgurant, duquel elle se détachera très rapidement, ne se reconnaissant plus dans le système et la soif de reconnaissance de l'auteur.

En fait, Marie vient de rencontrer une jeune troupe de comédiens, avec qui elle a décidé de monter un spectacle. Forte de son expérience, de sa passion dévorante pour le théâtre, elle se lance dans ce nouveau projet avec une énergie folle, quasi intransigeante. Une manière de la consoler du choix de son fils, comédien prometteur, qui a mis un terme à sa carrière pour une profession plus conventionnelle, et avec lequel elle a aujourd'hui bien du mal à accorder ses violons.

Aussi apprécie-t-elle chacun instant passé en compagnie de sa petite-fille Léa, chez laquelle elle entretient amoureusement la fibre artistique, dans le dos des parents. Finalement, je crois que ce qui m'a le plus touché dans ce roman, c'est la sensation de familiarité, de retrouver un vieil ami, de me sentir chez moi, à l'aise, parmi les pages du livre. Sans quoi, le personnage de Marie n'est pas du tout attachant, car trop froid, indifférent, rigide et au caractère exclusif et entier (au vu de la fin).

L'histoire aussi s'écoule lentement, timidement, avec des petites notes toujours appréciables sur la vie, les livres, Proust, la Bretagne, la vie parisienne, la vie précieuse et le théâtre, le don de soi, l'amour filial, conjugal, etc. De belles petites choses, à apprécier au compte-goutte, mais sur lesquelles on referme la dernière page du livre, en sachant pertinemment qu'elles s'évanouiront tout aussi vite dans les airs. Des retrouvailles savoureuses, mais trop fugaces... 

Seuil ♦ avril 2014 ♦

27 février 2014

Une vérité si délicate, par John le Carré

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Je vous propose une petite partie de poker menteur, avec John le Carré en guise d'arbitre et de maître d'oeuvre. Au centre, nous avons une opération secrète, à Gibraltar, en 2008, avec pour intervenants : des militaires anglais, une poignée de mercenaires, des diplomates, des secrétaires d'état, des conseillers américains et des terroristes potentiels... Bref, vous malaxez tout ça et vous obtenez une affaire qui se finit en eau-de-boudin, autour de laquelle il est formellement interdit d'extrapoler.

Vous vous dites, vous n'avez pas tout compris, et c'est normal. Cette histoire n'est pas très nette, officiellement elle n'a jamais existé, les curieux ont été écartés, les plus naïfs manipulés corps et âme. Sauf qu'elle n'a pas fini de hanter les uns et les autres, trois ans plus tard, elle vient même tenter un jeune secrétaire aux dents longues, désireux de percer ce mystère à jour, de brusquer les conventions, de fouiller les dossiers, de rencontrer les témoins, d'obtenir des aveux, de risquer sa peau, de voir son existence sombrer dans un chaos indescriptible.

Tout ça, tout ça, vous dis-je. N'attendez surtout pas à avoir le tournis pour autant, l'enquête en cours est assez lente, sans grande action, puisqu'on suit le mouvement imposé par l'auteur, à savoir un assemblage pointilleux de tous les acteurs, témoignages et autres révélations de cette affaire. Car l'intrigue est nébuleuse, inquiétante et stressante à souhait, avec la petite pointe d'humour british en sus, c'est toujours appréciable.

Il s'agissait du premier livre de John le Carré que je découvrais, et j'en sors totalement conquise par son style faussement pompeux et démodé, qu'on retrouve aussi chez des auteurs comme Ruth Rendell, P.D. James ou plus récemment Robert Galbraith. Classique et traditionnel, mais délicieusement guindé, un poil caustique, pesant, ahurissant (le microcosme politique tel qu'on l'imagine... pourri jusqu'au trognon !). La fin, par contre, laisse perplexe... 

Réussite totale quant à l'adaptation Audiolib, qui livre une lecture subtile, admirablement maîtrisée pour cette histoire ô combien tirée par les cheveux. Philippe Allard “passe avec brio du récit haletant au registre intime des débats qui déchirent chaque personnage de ce roman sans concession”. On sort de là satisfait. Tout bonnement.

Audiolib, décembre 2013 - texte intégral lu par Philippe Allard (durée d'écoute : 11h 23) - traduit par Isabelle Perrin pour les éditions Seuil.

30 janvier 2009

L'immédiat - Marie Delos

Pourquoi Anne a choisi de quitter Bruxelles pour Séville ? Parce que c'est un peu loin. Cette jeune femme, professeur de FLE, est une mél41ltWnouMVL__SS500_omane obsédée par le deuxième concerto de Prokofiev. Un jour, une de ses collègues lui apprend qu'elle joue du piano. Cette nouvelle la mortifie. En effet, cela lui rappelle sa trahison secrète : n'avoir pas interprété Prokofiev avant ses vingt-deux ans. A la place, elle s'est fourvoyée dans l'enseignement. Il lui faut impérativement rompre le cours et récupérer dignement le retard sonore accumulé, « avant que les démons qui avaient recueilli ma promesse ne revinssent me traquer ». Elle quitte tout, s'enferme dans son attique pour réécrire toute la partition, à l'aide d'un clavier en carton. Entre-temps elle reçoit la visite d'un nouveau colocataire, Horacio, un Amérindien qui cherche dans toute la ville une gitane danseuse de flamenco.

Ces deux-là ont en point commun d'attendre et de chercher ce point invisible vers lequel ils tendent désespérément la main. Toute l'histoire s'inscrit au rythme de la musique, reproduisant ainsi un tempo saccadé, enlevé ou poussif. Anne est une jeune femme difficile à cerner, très agaçante aussi. Elle fuit beaucoup, elle s'accroche à une vieille promesse, elle jalouse sa collègue, elle est aussi dédaigneuse. Elle est franchement insupportable. C'est dommage de savoir le roman pendu à ses basques, cela rend la lecture parfois pénible et irritante. Toutefois, pour ce qui se révèle un premier roman, "L'immédiat" de Marie Delos est absolument remarquable. La langue est impeccable, classique et lyrique. Elle se met au service des angoisses de son héroïne, avec les défauts qu'on connaît, mais plantée dans un décor truffé de charme et nimbé de mystère. Séville, magnifique ! 

Seuil, 2009 - 140 pages - 16€

 

 

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