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Chez Clarabel

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17 octobre 2016

Intimidation, de Harlan Coben

Intimidation Audiolib

Ouch. Nouvelle lecture de Harlan Coben, promesse d'un divertissement basique, sans prise de tête. Et puis, non. Cette fois, la recette n'a pas su produire cette petite dose de fébrilité attendue et réserve même une entrée en matière particulièrement douteuse. 

Accoudé à un bar, Adam Price est apostrophé par un inconnu qui lui souffle « vous n'étiez pas obligé de rester avec elle » puis se met à lui débiter une histoire de fausse grossesse, comme quoi son épouse Corinne aurait bâti leur union sur un mensonge. Assommé par ces révélations, Adam cherche des explications, mais sa femme se débine et disparaît de la circulation. Seul avec leurs deux garçons, Adam remue ciel et terre pour percer le secret de Corinne.  

Vous décrire mes impressions de lecture ? 

 

Ennui profond. 

Non seulement l'histoire est confuse et lourde, mais également très moralisatrice et sans réelle action. De plus, l'auteur nous noie dans des considérations domestiques artificielles et des matches de lacrosse pas follement captivants, tout ça dans le but d'ancrer dans l'esprit du lecteur l'illusion du paradis familial pour qu'il saisisse ô combien le passé va pulvériser cette tendre quiétude... Mouiii. Seulement, cela ne m'a pas particulièrement emballée.

L'intrigue, ensuite, emprunte des détours improbables, avec des maîtres chanteurs, des crimes, des détournements de fonds, des gamins obsédés par la réussite, des clichés sur la vie en banlieue, des drames intimes, des carrières qui volent en éclats et du paraître à entretenir. Harlan Coben brasse large et se pose en observateur de ses contemporains avec cette fausse dérision pas du tout crédible (se moquer des génies en informatique qui ont lancé leur business dans leur garage). Et alors ?

Ce n'est pas drôle, pas émoustillant, pas palpitant. Et comble de tout, j'ai trouvé le temps long. Même Olivier Prémel, le lecteur pour Audiolib, semble embarrassé par l'exercice dans les premières minutes. Il taille le portrait d'Adam sans sincère investissement de sa part, ou disons que le rendu sonne affreusement convenu et me touche moyennement. Par la suite, tout le monde parvient à trouver le bon rythme à sa juste mesure même si le dénouement est aussi décevant que le reste. De là, toute réconciliation paraît impossible avec cette lecture pour le moins médiocre et lassante. ^-^ Dommage.

Texte lu par Olivier Prémel pour Audiolib (Octobre 2016) - durée : 9h 28

Traduit par Roxane Azimi pour les éditions Belfond

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17 octobre 2016

Le Dompteur de lions, de Camilla Läckberg

LE DOMPTEUR DE LIONS

S'agissant déjà du 9ème tome de la série, ce roman de Camilla Läckberg ne crée plus la surprise et se contente de renouer des retrouvailles en bonne et due forme avec un ensemble déjà calibré (le couple Hedström, le commissariat de Tanumshede, les multiples conjectures familiales, sans oublier la ville de Fjällbacka). On se sent en territoire familier et ça a du bon aussi.  

Patrik et ses collègues enquêtent donc sur la disparition d'une adolescente, dont on vient de retrouver le corps fauché par une voiture, en notant les nombreux sévices subis, dont les yeux brûlés à l'acide. Cette découverte est pétrifiante et mine le moral des troupes. Les camarades de la jeune victime, qui fréquentent toutes le même centre équestre, sont effondrées. De plus, une psychose gagne les parents dès que leur progéniture disparaît du radar à la moindre seconde. Serial killer ou pas, la police veille au grain.
De son côté, Erica travaille sur son nouveau bouquin traitant d'une affaire survenue trente ans plus tôt, où une fillette aurait été martyrisée au sein de son foyer, battue par son père, avec la complicité de sa mère. Emprisonnée, celle-ci a toujours refusé de s'exprimer sur les circonstances du drame, mais fait une entorse pour Erica, qui a obtenu l'autorisation de la rencontrer pour recueillir ses premières confidences timides. Drôle de personnage, se dit l'écrivain qui s'interroge sur son crime et son absence d'émotions, et qui l'interpelle aussi dans son rôle de mère. Elle-même se débat avec son quotidien, ses mômes intenables, son boulot, son mari, sa sœur, sa belle-mère... Un tourbillon incessant, au centre duquel on perd vite pied. Et pourtant... Erica a besoin de creuser pour approfondir son sujet, et quoi de mieux pour s'aérer l'esprit que de fouiner dans les dossiers de son cher époux ! ? ^-^
Eh oui. On en revient toujours au même problème : Erica la mêle-tout. Même Camilla Läckberg se moque de son vice, tout en l'excusant, et la compare de façon éhontée aux fières tricoteuses des romans anglais ! Ah, ah. On devine sans peine. Et c'est comme ça qu'on recoupe tous les petits morceaux du puzzle. La façon dont l'auteur bricole ses intrigues n'est plus surprenante, mais c'est difficile de lui en vouloir. Ses lecteurs sont au rendez-vous et s'en satisfont. J'avoue faire partie du lot, même si les mignardises domestiques ont tendance à m'exaspérer (oh, Anna... encore et toujours, la 8ème plaie d'Egypte à elle seule). Mais j'aime l'ambiance générale, à la suédoise, qui est agréable et pleine de charme. Cela a aussi un côté rassurant. Le fond de l'histoire n'est pourtant guère lénifiant, puisqu'il questionne le lecteur sur l'instinct maternel et son droit à ne pas en être. La trame romanesque est profonde, poignante et sombre, au-delà de la façade affichée de déculpabiliser les mamans débordées ou qui ont le sentiment de négliger leurs enfants. Un roman davantage féminin que féministe.

Par contre, côté technique, Jean-Christophe Lebert, l'interprète pour Audiolib, est fâché après les adolescentes. Sa manière de singer leurs voix et de gérer leurs crises ne les rend franchement pas sympathiques. L'écoute en souffre un peu, sans en pâtir complètement, l'interprétation des voix féminines demeurant un problème récurrent chez ce comédien. ^-^

 Texte lu par Jean-Christophe Lebert pour Audiolib (durée :  13h 12) Août 2016

Traduit par Lena Grumbach pour les éditions Actes Sud

le dompteur de lions

 

15 octobre 2016

Mon premier livre batterie, par Emilie Collet & Sophie Rohrbach

Mon premier livre batterie

Un ouvrage ludique & divertissant, qui aura tout lieu de vous casser les oreilles, car la batterie propose un exercice approximatif (taper en rythme avec les mélodies des six comptines selon des codes de couleurs) mais justement le rythme est hasardeux et l'effet ne produit pas un son très agréable.

Par contre, cela fait beaucoup rire à la maison ! 

Les illustrations sont mignonnes, aux couleurs acidulées et aux bonnes bouilles rondouillardes. Les puces sonores complètent la cacophonie ambiante. Au programme : Pomme de reinette - Il était un petit navire - Ainsi font font font - Dansons la capucine - Pirouette cacahuète - Mon beau sapin. 

Gründ - octobre 2016

15 octobre 2016

Les Aventures de Lester et Bob, de Ole Könnecke

Les Aventures de Lester et BobLester est un canard très populaire. Adulé par son public d'admiratrices énamourées, il est aussi le héros de tous les enfants. C'est un chic type. Lester a pour meilleur ami Bob. Un bon gros copain sur lequel on peut toujours compter...
Dans ce petit bouquin, ce sont ainsi six courtes aventures qu'on découvre de notre tandem. Des histoires simples et très drôles qui parlent d'amitié mais aussi des bonnes combines pour tirer parti de toutes situations. Par exemple, la pétanque par temps de pluie, en compagnie d'une bande de crocodiles, mais aussi la passion des gâteaux, dont Bob est le grand spécialiste, et Lester le gourmand insatiable.
C'est sans doute le seul sujet sensible entre nos deux copains, car l'un rouspète rien qu'à l'idée de partager, tandis que l'autre abuse de sa crédulité. Les ruses de Lester pour amadouer son pote sont en effet intarissables (annoncer un grand tour du monde, puis rentrer au bord de l'évanouissement en quémandant un peu de sucre pour se requinquer). Sacré Lester. 
De toute façon, l'amitié entre eux est sacrée. Quand Bob file un mauvais coton, Lester répond présent pour lui rendre sa bonne humeur. Ou quand un bouquet de ballons multicolores devient une passerelle d'espérance en de sourires retrouvés ! Inversement, Lester apprend à revoir son sens de l'élégance, en convenant de se rendre à une soirée huppée en tenue de cowboy. Oh yeah. 
Cette petite lecture est aussi légère qu'une bulle de boisson gazeuse qui s'échappe avant de pouvoir la gober. Hop, la formule est délicate, mignonne et pleine de charme. Les illustrations et le texte d'Ole Könnecke sont d'une finesse appréciable - entre nous, Bob me rappelle le bon gros ours Nesquik ! ^-^
Bon pour un rendez-vous avec deux héros attachants et aux aventures gentiment farfelues. 

Mouche de l'école des loisirs, septembre 2016

Traduit de l'allemand par Svea Winkler-Irigoin

 

15 octobre 2016

Béatrice l’Intrépide, de Matthieu Sylvander & Perceval Barrier

Béatrice l’Intrépide

Béatrice l’Intrépide rêve d'un destin d'héroïne. Les contes de prince et princesse, oubliez ça, ce n'est vraiment pas pour elle ! Et pourtant, c'est bien pour rencontrer un prince à marier qu'elle chevauche la contrée, avec sa jument Véronique, se laissant joyeusement détourner de son but pour venir au secours d'une princesse en robe verte, pour zigouiller une bête affamée, et pour sauver un enfant des eaux. Quelle aventure !
Son arrivée au château sera probablement accueillie avec circonspection, car la reine en personne passe au crible toutes les candidates à marier. Son fils ne saurait se satisfaire d'une élue quelconque. Béatrice, elle, se répand en babillages sur ses exploits accomplis et se régale de sandwiches au pâté. C'est assez pour séduire la souveraine, avant de lui révéler la vérité crue sur son fils. Un cas désespéré. Un alien. Un ermite... depuis ses huit ans ! Ah, ah. En découvrant la supercherie, forcément, le lecteur en rit. 
Puis, c'est le Diable lui-même qui viendra lui donner du fil à retordre. La Bête sème la panique  dans un village où les habitants sont obligés de sacrifier leurs fils en offrande, mais voilà que la “source” est tarie. Les villageois se lamentent sur leur triste sort et ne voient pas d'autre solution que de concéder une vache maladive, au grand mécontentement de leur tortionnaire. Seulement, en cachette dans un sac en toile, Béatrice l'Intrépide a réussi sa mission d'infiltration et confronte son ennemi. En trouvant le pot aux roses, le lecteur de nouveau se gausse ! 
La réalité est, certes, follement cocasse, d'où des solutions rusées et moqueuses. Comment ne pas sourire ? Pendant ce temps-là...,
« Béatrice l'Intrépide n'est jamais lassée d'exploits, et lorsqu'elle chevauche dans les collines, son regard parcourt sans cesse la campagne afin d'y repérer les malheureux, les misérables, les opprimés, les persécutés, en un mot les victimes qui  pourraient avoir besoin de ses services. Elle obéit en cela à sa destinée d'Aventurière et d'Héroïne, et elle écrit au jour le jour les chapitres de sa propre Légende. »

Ce conte original décoince les clichés ^-^ et promet une lecture où la bravade féministe tient bon la barre ! C'est rigolo, illustré aussi joyeusement. Le duo Matthieu Sylvander & Perceval Barrier est extrêmement rigoureux dans sa volonté de sortir des sentiers battus avec un sens de la dérision aux petits oignons.  Miam.

L'école des loisirs, septembre 2016

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14 octobre 2016

La Sorcière de la cité, de Karine Bride

«Leïla, sorcière berbère, nourrie exclusivement au couscous, en passe de se transformer en paquet de semoule, spécialisée dans le désenvoûtement et le retour d'affection, cherche prince charmant pour lui dire qu'elle est belle, lui faire un bon café et lui laver ses jeans. Chômeur accepté, mais travailleur à mi-temps non exclu - les autres si pas trop cultivés, car je suis allergique aux désherbants. »

La sorcière de la citéOh qu'il était bien, ce petit roman ! Avec sa jolie couverture illustrée par Joëlle Jolivet, il se propose de nous embarquer dans une folle aventure où la sorcellerie côtoie la clairvoyance, la bonne fortune et les petites combines. C'est tout mignon, simple et craquant. Voyez donc.
Vivant dans un quartier défavorisé, au cœur d'une cité qui la désespère, mais envers laquelle elle reste très attachée, Leïla bénéficie d'une réputation de bonne copine, prompte à résoudre les petits bobos de ses voisins, contre un bol de couscous ou une pizza gratuite en guise de rémunération. Sa bonté la perdra, lui serine sa mère qui fait fortune à Paris-Barbès auprès d'une clientèle aisée.
Cette dernière cherche également à la caser pour assurer une descendance, car être sorcière-cartomancienne, c'est un don qui se transmet de mère en fille. Leïla rêve d'amour, mais refuse que sa propre mère s'immisce dans sa vie privée. Elle vient d'ailleurs de passer une petite annonce dans le journal et a déjà reçu pas moins de quarante-sept réponses, dont celle d'un châtelain esseulé, sensible à son humour et prompt à lui ouvrir son cœur.
Dans le même temps, la vie dans la cité est en plein émoi : le jeune Mourad, huit ans, a disparu. Sa mère est effondrée, son grand frère a mis Leïla au défi d'activer son folklore de sorcière pour retrouver l'enfant au plus vite. Notre héroïne affûte aussitôt ses armes. Du bon sens, du bon sens et encore du bon sens. “Les gens en sont tellement dépourvus que c'en devient magique, le bon sens.”
Qu'elle est drôle, cette Leïla ! Elle tourne souvent en dérision sa vie faite de petites misères et son désert affectif, non sans une pointe de mélancolie. “Les sorcières n'ont pas droit aux sentiments. Et moi, j'ai appris à me retenir d'éprouver quoi que ce soit en toute circonstance.” Toujours sur la défense, donc. Aussi, notre Leïla n'ose pas s'émouvoir de l'intervention providentielle d'un bon samaritain au volant de sa Saab qui va conduire la jolie sorcière et le frère rasta aux trousses du fugueur. La course s'annonce mouvementée, rocambolesque et déjantée. Yes. ^-^
J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Les jeunes lecteurs ont tout intérêt à se retrouver dans cette histoire d'une sorcière de vingt ans qui cherche l'amour et qui rêve également de changer le monde. Pour ma part, ce roman a été un franc coup de cœur. Il est court, trop court, mais riche d'une histoire merveilleuse, tendre et farfelue. On s'amuse énormément, on craque pour les personnages, on monte à bord d'une aventure magique. C'est simple et ça virevolte à chaque coin de page, c'est débordant d'optimisme et ça procure un bien fou. Une lecture parfaite ! ♥
 

Seuil Jeunesse, Septembre 2016

14 octobre 2016

Le Chapeau de Tétragonie, de Benoît Fourchard

Le Chapeau de Tétragonie« Purée de cacahuète et crotte de flûte. Cette histoire commence à me filer les chocottes ! Jusqu'à présent, ça allait encore. Des moustachus, des vampires, des tarentules, des piranhas, des ogres, des contrôleurs hargneux, des ragondins qui puent, des caïmans affamés, des guerriers féroces... passent encore, mais cet esprit de la maison ? Un fantôme, ça devient vraiment trop flippant. »
Un matin, sur le chemin de l'école, Henri trouve un chapeau sur le bord de la route. Au moment de le ramasser, il croise le regard vert d'une jolie rouquine qui lui lance un défi : trouver à qui appartient ce couvre-chef et le lui rapporter sans tarder. En récompense, le garçon obtiendra le prénom de cette douce rencontre.
Et hop, notre jeune ami s'aventure vers l'inconnu et obtient, au fil de ses recherches, des indications qui le conduisent vers une contrée qui s'appelle la Tétragonie. Car Henri vient de sauver un chapeau très rare, confectionné par un maître chapelier de renom et qui s'avère vivre au-delà de la ville. Pour s'y rendre, Henri doit sauter dans le premier train, éviter le contrôleur moustachu, supporter sur les genoux la cage d'un ragondin nauséabond, décrocher son sésame pour poursuivre plus loin son épopée. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire ouf, on débarque dans une histoire complètement dingue, qui certes interpelle le jeune Henri, sauf que le temps presse (son cours de maths va bientôt commencer et il ne voudrait pas être en retard !). 
Cette lecture invite à la déconnection absolue avec la réalité et la raison. Oubliez tout. Et glissez-vous dans cette course folle du garçon qui cherche à rendre son chapeau à un sombre individu. Sa découverte de la Tétragonie s'accompagne de oh et de ah éberlués et incrédules, mais reconnaissons que l'imaginaire y est grandiose. Henri est un enfant timide et craintif, à l'école ou à la maison le môme est souvent maltraité, du coup il manque de confiance en lui et ose à peine parler à haute voix. Autant dire que cette escapade va lui donner du cran ! Et c'est tant mieux. 
Amis lecteurs, ce voyage loufoque se parcourt tel un conte onirique et fantasque, qui rendrait d'ailleurs merveilleusement bien à l'oral. Ce n'est pas anodin si l'auteur est lui-même metteur en scène et comédien. On ressent dans son récit le sens de la formule qui capte l'intérêt du lecteur et l'entretient au fil des pages pour l'enthousiasmer, le titiller et lui permettre de s'évader. 
C'est très original, assez bizarre mais justement ça me plaît assez. Et j'aime la couverture illustrée par Joëlle Jolivet. Cela donne une folle envie de partir au pays des rêves bizarres et audacieux ! 

Seuil Jeunesse, Octobre 2016

13 octobre 2016

Bleu Blanc Sang : Tome 1, de Bertrand Puard

Bleu Blanc Sang Tome 1En voilà une excellente surprise ! Ce roman, premier tome d'une trilogie soit-disante tricolore, nous propulse dans les arcanes du pouvoir politique et du marché de l'art à travers une intrigue de haute volée et savamment concoctée.
Celle-ci nous conduit d'abord aux funérailles du président de la République, Jean-Baptiste Tourre, au cours desquelles son frère Patrice lui rend un vibrant hommage avant de reprendre les rênes du pouvoir quelques mois plus tard. La situation en Europe est de nouveau tendue, après l'annonce du gouvernement italien qui a déclaré faillite, une énième crise majeure est redoutée et sème déjà la panique sur les marchés boursiers.
Mais ces derniers sont également secoués depuis une récente vente aux enchères à New York où un tableau de Justine Latour-Maupaz a atteint une somme vertigineuse et impensable pour cette artiste méconnue du XVIIIe siècle. Son unique prouesse, jusqu'alors, consistait à avoir produit douze tableaux narrant les grands épisodes de la Révolution. Depuis, les douze œuvres sont disputées sur les marchés, au prix des plus folles tractations.
Et au milieu de cette frénésie financière, on croise Eva Brunante, fille du plus grand spécialiste de J. Latour-Maupaz qui vient de disparaître avec son épouse. Eva et sa demi-sœur Tiphaine ne savent plus où donner de la tête et sont prises en charge par un groupuscule anarchiste qui prétend vouloir les aider dans leurs recherches.
Ayé. Tout est en place. Des clans se forment, des familles se déchirent, des complots chuchotent, des vengeances ourdissent. Petit à petit, la trame tisse sa toile et incorpore des éléments intriqués les uns aux autres, mais dont on découvre uniquement l'ampleur au fil des pages. Et c'est tout bonnement stupéfiant ! Une intrigue arachnéenne au service d'une lecture captivante. Miam ! J'ai beaucoup apprécié le rythme et la dynamique du récit, ses nombreuses ramifications et sa palette de personnages aux liens étroitement liés. On y découvre, en gros, une guerre de pouvoir et d'usure, de la tromperie sous le capot, des forces obscures prêtes à tout et des vilains coups bas pas beaux du tout. Mystère et boule de gomme, comme qui dirait. ^-^
Et comme la suite vient de paraître simultanément, en avant pour parachever cette enquête mouvementée et drôlement emberlificotée ! 

Hachette Romans, octobre 2016

La trilogie Bleu Blanc Sang - Tome 2 - Blanc  La trilogie Bleu Blanc Sang - Tome 3 - Sang

12 octobre 2016

Vendredi 13, de David Goodis

Vendredi 13Ce roman a tout d'une farce, bien crapuleuse, avec un pauvre type qui se glisse dans la peau d'un truand pour sauver la mise et participer au soit-disant braquage du siècle dans la nuit d'un vendredi 13. Un détail forcément prémonitoire. 
Et quel pied. J'ai tout de suite été interpellée par le cynisme du personnage central, Al Hart, qu'on croise en train d'errer dans les rues de Philadelphie, transi de froid, puis entrer dans une boutique pour voler un pardessus. Courant à toutes jambes pour échapper à la police, il va surprendre des coups de feu et tomber sur le corps d'un homme mourant, auquel il chipe le portefeuille rempli d'oseille avant de le planquer dans les fourrés et se livrer à ses poursuivants. L'entrée en matière est complètement dingue mais ne déroge pas aux règles du roman noir. Car c'est sanglant, violent et immoral. 
Face à Al, Charley et ses acolytes constituent une bande de malfrats peu commodes et néanmoins nigauds. Ils gobent l'histoire de meurtre que leur raconte Hart et l'adoptent comme l'un des leurs. Enfin, cela n'est pas aussi lisse et acquis car les gars se méfient de cette petite frappe et lui en font baver. Ces malfaiteurs sont en train de préparer leur prochain casse dans une grande propriété privée et glandouillent dans un appartement en jouant au poker. Hart fait profil bas, se fond dans le décor, répond aux jeux de séduction de Freida, la copine de Charley, et se tient à distance de Myrna, qui ne se console pas de la mort de son mec, par la faute de Hart (des mauvais coups filés dans le ventre et des blessures insoupçonnées). 
C'est assez proche de la comédie dramatique, sur fond d'humour noir, avec une vision charitable de la petite racaille. Ce sont tous de pauvres bougres paumés et coincés dans une vie de misère, qu'ils tentent d'enjoliver par leurs piètres moyens. Il y a du désespoir derrière leurs mines patibulaires, lequel va éclabousser les pages du livre par l'irruption du parasite Hart. Ce gars est un imposteur, on le sait, mais c'est sa seule porte de secours. Prétendre un rôle qu'il n'est pas. Lui aussi a son histoire tragique et déprimante qu'il fuit comme un dératé. Le destin l'a fait croiser Charley et sa bande, le reste appartient à David Goodis. 
Remis à l'honneur avec une traduction révisée et une présentation par Laurent Guillaume (auteur de 
Delta Charlie Delta & Black cocaïne), ce polar culte vaut clairement le détour. C'est loin des chimères et de la sensibilité naïve et romanesque. Et pourtant cette lecture a su me scotcher et me charmer. Une découverte inattendue et réjouissante.

Trad. de l'anglais par François Gromaire et révisé par Isabelle Stoïanov

Nouvelle édition présentée par Laurent Guillaume en 2016

Collection Folio policier (n° 279)

Parution : Septembre 2016

12 octobre 2016

Satan était un ange, de Karine Giébel

Satan etait un angeAvec Karine Giébel, les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Mes appréciations de lectrice non plus, hélas. Car cette lecture a été une énorme déception. Ni plus ni moins.
C'est l'histoire d'un gars en fuite, François, un avocat en pleine déprime après avoir appris qu'il était atteint d'une maladie incurable. Par fierté, il choisit de prendre le large, loin de son foyer, ne voulant pas imposer à sa femme sa prochaine déchéance. En route, il croise un jeune autostoppeur.
Paul rentre chez lui à Marseille. C'est un môme charismatique, et pourtant pas très honnête. Car François découvre vite que le garçon est un délinquant recherché pour meurtres et trafic de drogue. Cette réalité le fait sortir de ses gonds, d'autant plus qu'il est maintenant embarqué dans la même cavale, avec une bande de tueurs à leurs trousses. Et malgré tout, François se sent incapable de tourner le dos à Paul. 
Entre ces deux-là, existe désormais une relation semblable à celle d'un père et d'un fils. En dépit des disputes, des mensonges, des écarts sociaux et des différences culturelles, François et Paul ont extirpé de leur rencontre incongrue cette petite étincelle d'espérance en l'avenir. 
Ouhlàlà. J'ai vérifié plusieurs fois le nom de l'auteur sur le bouquin tant j'ai cru halluciner. On est loin, très loin des histoires poignantes et remarquables de K. Giébel. Il s'agit tout juste d'une histoire de traque semée de cadavres, qui ne conduit même pas à un final bluffant. C'est même surprenant de conformisme, gonflé de bons sentiments et louable pour la forme (à vouloir dénoncer le marché honteux des déchets nucléaires). C'est pour moi une franche déception. Une lecture longue et ennuyeuse, écrite de façon trop maniérée, et qu'on lit comme une éternelle errance vers le vide. 

Texte lu par François Tavares pour Audible FR (durée : 8h 19)

©2014 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Satan était un ange | Livre audio

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