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Chez Clarabel

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10 septembre 2016

Piste noire, par Antonio Manzini

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Un corps vient d'être écrasé par une dameuse en pleine action sur les pistes de la station de Champoluc, dans la vallée d'Aoste. Le sous-préfet Rocco Schiavone est convoqué sur les lieux pour constater le décès et ouvrir une enquête. Schiavone s'illustre aussitôt comme le parfait dandy, débarqué de Rome, arrogant et méprisable. Il traite ses subalternes avec condescendance, ne craint pas non plus sa hiérarchie et a souvent la main leste en présence des suspects. Ses méthodes peu orthodoxes amènent malgré tout des résultats probants. À sa façon, Schiavone impose le respect. Pourtant, les raisons de sa mutation demeurent floues et douteuses. Le type déteste le froid, la province, les cigarettes bon marché, roule uniquement en BMW conduite par un subordonné, refuse de se déguiser en esquimau et patauge dans la neige avec ses Clarks en pestant contre le manque de bol. L'intrigue criminelle va également nous surprendre agréablement et cultive un suspense appréciable, en démêlant l'écheveau dans les toutes dernières minutes, à la façon de Hercule Poirot. Mais le succès du livre tient évidemment à la personnalité haute en couleurs du sous-préfet Schiavone (ne pas confondre avec commissaire et s'attirer les foudres du concerné !). J'ai déjà tracé son charmant portrait - un type cynique, snob et roublard, qui révèle néanmoins une sensibilité cachée et un trauma personnel qu'il ne parvient pas à effacer. Le personnage ne manquera pas de s'étoffer au fil des épisodes, s'il consent toutefois à enlever les épluchures de sa carcasse de dur à cuire. Pour l'heure, c'est très bon et cela vous ouvre l'appétit. Cette nouvelle évasion transalpine tient la route et présage déjà de bons moments de lecture. Mon exploration de la littérature italienne, dans le domaine policier, n'en finit plus de me réserver de belles découvertes ! Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Une deuxième enquête de Rocco Schiavone est déjà disponible chez Denoël sous le titre : Froid comme la mort

Traduit de l'italien par Samuel Sfez pour les éditions Denoël, coll. Sueurs froides (2015)

Repris en poche chez Folio Policier, février 2016

 

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9 septembre 2016

Piégés dans le Yellowstone, de C-J Box

Pieges dans le yellowstone

En découvrant le corps calciné de son parrain, retrouvé dans l'incendie de son chalet, Cody Hoyt refuse les conclusions officielles qui optent pour un suicide et décide de mener son enquête contre l'avis de son collègue Larry mais aussi contre sa hiérarchie. Abattu et désabusé, notre flic replonge dans l'alcool, son attitude dépasse les bornes et entraîne une mise à pied immédiate, seulement Cody Hoyt ne baisse pas les bras et choisit de partir seul en expédition dans le parc du Yellowstone sur les traces d'un groupe de randonneurs, parmi lesquels se trouve son fils Justin. Au cours de ses investigations, des indices ont conduit à suivre cette piste car tout semble supposer qu'un tueur en série figure parmi cette équipée. Le temps est compté, d'autant plus que les cadavres vont se ramasser à la pelle ! Cette chevauchée, alimentée par le désespoir d'un homme brisé, est autant une course contre la montre qu'une chasse à l'homme captivante et rondement menée. Les chapitres racontant le périple de Cody s'entremêlent au parcours des excursionnistes, avec tout ce qu'une vie en communauté implique (des adolescentes grincheuses, leur père qui se plie en quatre pour les satisfaire, la cowgirl chargée de fouiner dans les affaires des clients pour satisfaire la curiosité de son patron, celui-ci bouscule ses habitudes en empruntant un nouveau sentier, des couples sont en perte de vitesse, d'autres se forment, des amants s'évaporent dans la nature, des chevaux aussi disparaissent, des bruits étouffés surgissent dans la nuit, peut-être des ours ou pas seulement...). Vraiment, on se croirait dans un bon western bourré de suspense car l'ambiance est admirablement dépeinte, on a les deux pieds dans l'histoire, comme une veillée autour d'un feu de camp, on se laisse embarquer dans cette aventure fourmillante de dangers et de meurtres. Et on n'est pas loin d'une ambiance à la Agatha Christie en voulant démasquer le coupable parmi les randonneurs ! C'est très excitant, le personnage du flic bourru est fidèle au rendez-vous (et sera reconduit dans un prochain livre : Au bout de la route, l'enfer). L'histoire est passionnante, à lire ou à écouter, car l'interprétation faite par Nicolas Justamon pour Sixtrid est aussi entraînante et s'accorde au bon tempo de l'intrigue (seules les voix des adolescentes sont loupées). Ce livre de C.J Box a su me faire voyager et frissonner sans prendre trop de risques. Un compromis parfait ! 

Texte interprété par Nicolas Justamon pour Sixtrid (durée : 12h 33) - Mars 2016

Traduit par Freddy Michalski pour les éditions du Seuil (2013) - Repris en poche chez Points Policier

 

9 septembre 2016

Le Massacre des faux-bourdons, d'Élisa Vix

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Un apiculteur amateur vient de trouver la mort chez lui, la tête flanquée d'une ruche. Cet homme venait de s'installer à Soissons pour y mener une retraite paisible. Qui diable aurait pu lui faire la peau ? Le lieutenant Thierry Sauvage est perplexe et décide avec sa collègue Joana d'interroger le patron du syndicat d'apiculture pour cerner la personnalité de la victime. Deux frères agriculteurs sont rapidement désignés comme des suspects potentiels, eux dont les pratiques abusives de pesticides ont mis leurs voisins apiculteurs en colère. Néanmoins, la piste est trop facile, trop fraîche, trop mielleuse. Bientôt un nouvel éleveur d'abeilles est retrouvé assassiné. L'existence possible d'un serial-killer en pleine campagne picarde met inévitablement la police en alerte, ce qui n'empêche nullement notre lieutenant Sauvage de dormir sur ses deux oreilles. Flic macho et flagorneur, notre homme traîne une réputation de dilettante qui agace son supérieur et ses collègues. Seule l'intrépide Joana réussit à composer la bonne posture en sa compagnie. La jeune femme est une fonceuse, qui ne doute de rien, surtout pas de ses fiançailles précipitées ni de son prochain mariage avec le séduisant Ben. Sauvage, lui, a une vie sentimentale compliquée : divorcé, il se bat continuellement avec son ex pour la garde de leur fils. Il a depuis rencontré Valérie, une jolie coiffeuse sexy, avec laquelle il a eu des jumelles qui n'ont que quelques mois, mais il refuse de partager leur quotidien. Thierry Sauvage n'est ni papa poule ni romantique. C'est un homme égoïste, qui sait se rendre détestable, mais dont on apprécie malgré tout l'instinct de survie, les déductions fulgurantes et le mauvais caractère à leur juste valeur. Cela change d'avoir un personnage de flic pas franchement zélé et antipathique, qui ne traite pourtant pas ses enquêtes à la légère. D'ailleurs, l'intrigue criminelle nous mène savamment en bateau. C'est fin, bien écrit, trituré au scalpel. Une lecture proprement captivante, avec de sacrés personnages qu'il me tarde de retrouver dans d'autres aventures (Rosa mortalis, La Baba-Yaga et Bad dog).

Rouergue Noir / Mars 2015

 

8 septembre 2016

Un vent de cendres, de Sandrine Collette

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Malo et sa sœur Camille participent à la saison des vendanges au domaine de Vaux en Champagne. La vieille bastide imposante fascine la jeune fille, qui tape dans l'œil de son propriétaire Andreas et son acolyte Octave. Ce dernier, suite à un accident de voiture, est balafré et boiteux. Il est cependant aussi agile qu'une panthère, capable de surgir derrière vous sans crier gare, ce qui a le don de surprendre les jeunes stagiaires, tout en leur inspirant un profond malaise. Camille n'y prête pas attention et n'est pas effrayée par cette attitude farouche et ambiguë, seulement son frère est agacé par les regards insistants du maître des lieux. Après une soirée bien arrosée, Malo perd patience et commence à se battre avec Octave. Le lendemain, le garçon a disparu. Parti bouder dans son coin ou en train de cuver son vin en séduisant une beauté locale, pensent leurs camarades. Camille est néanmoins inquiète et cherche à remuer ciel et terre pour lancer une battue. Elle se dit aussi que le mystérieux Andreas, enfermé dans sa tour d'ivoire, est probablement au courant de l'avancée de l'enquête. Elle cherche alors à se faufiler dans sa chambre par tous les moyens, mais se heurte à Octave qui lui interdit de franchir le seuil. Cette lecture vaut clairement le détour pour l'ambiance louche qu'elle dégage. Il y a d'un côté le charme de l'été indien, l'insouciance, l'entraide, le travail dans les vignes, les journées harassantes et les gueuletons autour d'une grande tablée turbulente. Et puis il y a les zones d'ombre, les silences et les non-dits, les portes closes, les silhouettes fuyantes, les fantômes du passé, les drames qui couvent et les révélations trop brutales pour être admises. À défaut d'être surprise par le dénouement, dont j'avais deviné les principaux ressorts, j'ai été fortement impressionnée par l'histoire en général, par son décor, par son ambiance, par ses personnages aussi. L'écriture est parfaitement maîtrisée, avec une scène d'ouverture saisissante d'effroi. En somme, ce livre possède une aura puissante et unique, qui rend l'expérience de lecture particulièrement inoubliable.

Denoël, coll. Sueurs Froides (2014) ♦ Repris en Livre de Poche, Janvier 2015

8 septembre 2016

Des noeuds d'acier, de Sandrine Collette

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Théo vient de passer dix-neuf mois en prison (pour avoir tabassé son frère qui entretenait une liaison avec sa femme). Il porte toujours la haine en lui et ressort de son expérience carcérale avec une rancune tenace. Il récupère néanmoins sa grosse cylindrée et se rend au chevet de son frangin désormais tétraplégique pour lui cracher son venin, mais la situation s'emballe et le voilà contraint de foncer droit devant au volant de son bolide. Il arrête sa course en pleine campagne et trouve le gîte et le couvert chez une petite dame du nom de Mme Mignon. Celle-ci l'accueille en toute simplicité et va le conseiller au fil des jours dans son désir de randonnées. Plus le temps passe, plus Théo se sent mieux dans sa peau. Et reconnaissant auprès de son hôtesse qui multiplie les prévenances à son égard. Un matin, suivant les indications de sa logeuse, Théo s'aventure sur des chemins insoupçonnés et traverse un potager appartenant à des propriétaires peu amènes. Deux vieux grincheux qui le menacent de leur fusil et le conduisent dans leur bicoque délabrée. Théo est paralysé par la peur et le scepticisme. En moins de temps qu'il n'en faut pour cuire des asperges, il est expédié dans une cave privée de lumière et réalise trop tard qu'il vient de tomber dans un traquenard. Captif de deux tortionnaires qui le traitent comme leur chien. L'enfer vient de s'ouvrir sous ses pieds. Le cauchemar peut commencer. Et franchement, quelle lecture impitoyable et éprouvante ! En seulement 250 pages, le roman réussit l'exploit à nous scotcher sur place, malgré l'effroi et la terreur que nous inspire cette lecture au rythme insoutenable. On subit le calvaire de Théo entre rage et impuissance. C'est très, très dur. Et interminable. La souffrance morale est aussi poignante que les supplices infligés. Les motivations sont tout aussi inexistantes tant les deux vieillards perfides prennent leur pied à humilier leur prisonnier et à le traiter pire qu'une bête. La spirale de l'horreur paraît sans fin et file la nausée au lecteur abasourdi, immanquablement mis k-o par tant de violence gratuite et de perversité. Un roman un poil trop noir et déprimant. 

Denoël, coll. Sueurs Froides (2013) ♦ Repris en Livre de Poche, Janvier 2014

 

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7 septembre 2016

Juste une ombre, de Karine Giébel

Juste une ombre

Cloé Beauchamp ne connaît pas l'échec : à trente-sept ans, elle est à deux doigts de décrocher le poste de directrice générale d'une agence de publicité et file le parfait amour avec le beau Bertrand. Brillante et ambitieuse, elle ne doute de rien. Pourtant, depuis quelques semaines, rien ne va plus dans sa vie parfaite.
La jeune femme est en effet persuadée d'être traquée par un individu mais ne parvient pas à convaincre son entourage ni la police de cette probabilité. Et à force de vouloir leur bourrer le mou, elle passe pour une folle. Pire, on la sent sur la corde raide, victime de surmenage et sensible aux hallucinations. En fragile équilibre sur une pente glissante.
Ainsi, tout ce qu'elle avait réussi à construire est en train de se casser la figure (boulot, amour, amitié, famille). Rien ne va plus dans la vie de Cloé, au bord de la crise de nerfs. Quand, enfin, elle décroche l'attention d'un flic, elle soupire d'aise et compte se servir de lui pour prouver à tous qu'elle n'est pas dingue. Or, Alexandre Gomez n'est pas un flic ordinaire.
Mis sur la touche après une bavure, le type, qui ne surmonte pas son récent veuvage, est en train de partir en roue libre. Il est grossier et odieux, n'est pas tendre avec Cloé, n'éprouve aucune compassion pour elle et la trouve insupportable. Il s'accorde néanmoins à reconnaître l'existence d'un détraqué qui la harcèle à l'insu de tous.
Soulagement général ? Que nenni. 
L'histoire continue de prendre un plaisir sadique à brouiller les pistes et à nous faire croire tout et n'importe quoi. C'est très perturbant. On partage le désarroi de l'héroïne, sans trop savoir sur quel pied danser. On ne s'apitoie pas trop sur son sort non plus, car Cloé n'est pas du tout attachante, même si on trouve sa situation vachement tordue à vivre. De toute manière, la frontière entre le vrai, l'acquis et le fantasme est hyper mince. On croit détenir un bout de la vérité, et bam c'est l'impasse.  
Cette lecture est juste diabolique, elle se joue du lecteur sur toute la ligne, elle est à la fois pesante, longue, lourde et frustrante. Par contre, elle est remarquable de rouerie. La fin, clairement, déchire tout. C'est bluffant jusqu'au point final. Et ça rattrape tous les défauts mineurs du roman. Chapeau.  

 

Texte lu par Nathalie Spitzer en exclusivité pour Audible (durée : 15h 08) / Août 2016

2012 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Juste une ombre | Livre audio

7 septembre 2016

Sirius, Le Chien Qui Fit Trembler Le IIIe Reich, de Jonathan Crown

Sirius, Le Chien Qui Fit Trembler Le IIIe Reich

Ce roman ressemble à une farce sans en être une ! L'histoire raconte le parcours sensationnel d'un jeune fox-terrier depuis les rues de Berlin jusqu'aux studios hollywoodiens où notre animal à quatre pattes va devenir la nouvelle gloire montante du cinéma. Compagnon d'une famille allemande juive, les Liliencron, contrainte à l'exil avec la montée du nazisme et des persécutions antisémites, Sirius va également traverser l'Atlantique pour aller à la rencontre de son destin. Ce chien exceptionnel, qui comprend les humains et parvient à communiquer avec eux à sa façon, fait grand bruit et séduit les agents, les producteurs et même des stars comme Clark Gable, Carole Lombard, Humphrey Bogard ou Rita Hayworth. La carrière de Sirius atteint des sommets étourdissants. Mais son aventure ne s'arrête pas qu'au monde des paillettes, puisque notre toutou va malencontreusement être l'objet d'un cafouillage lors d'un numéro de cirque et être expédié sur un paquebot à destination de l'Europe. Retour à la case départ. Sirius rentre à Berlin, côtoie des dignitaires nazis et se trouve aux premières loges au moment où ces derniers élaborent leurs stratégies militaires. Il n'en faut pas davantage à notre prodigieux clébard pour partager les informations en envoyant des messages codés à Londres ! Cette histoire totalement improbable ne nous arrache pourtant pas des cris de révolte car il se dégage de l'ensemble une sensation grisante et primesautière qui rend la lecture entraînante, fraîche et enlevée. Les aventures rocambolesques de Sirius procurent autant d'enchantement que d'incrédulité, sans compter qu'au farfelu se mêlent aussi des anecdotes historiques véridiques qui vous replantent le décor en deux temps trois mouvements. C'est une lecture sans prétention, qui se découvre juste pour le plaisir d'un bon moment partagé et qui vous laisse une franche sensation grisante. Nicolas Justamon accorde son interprétation au vent de folie qui souffle sur le roman et rend du mieux qu'il peut son ambiance grand-guignolesque sans jamais forcer le trait. Très agréable, simple et joyeux.    

Texte interprété par Nicolas Justamon pour Sixtrid (durée : 6h 23) - Juin 2016

Traduit de l'allemand par Corinna Gepner pour les éditions Presses de la Cité

6 septembre 2016

Le Grand Marin, de Catherine Poulain

Le grand marin

« Embarquer, c'est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T'as plus de vie, t'as plus rien à toi. Tu dois obéissance au skipper. Même si c'est un con. Je ne sais pas pourquoi j'y suis venu, je ne sais pas ce qui fait que l'on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui ! »

Lili quitte sa campagne française pour assouvir son rêve de pêcher en Alaska. À force de persuasion, ce petit bout de femme parvient à rejoindre l'équipage du Rebel et s'en va pêcher la morue noire en pleine mer. Commence une expédition exaltante, mais rude, entre les vents violents, la mer déchaînée, les conditions de vie à bord, le manque de confort, le froid, la faim, le sel qui ronge la peau, les blessures... Lili s'accroche jusqu'au jour où son corps lâche l'affaire. Obligée de rentrer au port pour se soigner, la jeune femme se languit d'être loin de son bateau et compte les heures avant de reprendre du service. Cette passion, plus proche de la folie obsessionnelle, est ainsi partagée en toute transparence. Une femme en fuite, un passé brumeux, un chagrin au fond de la gorge, une volonté de prendre le large pour tout effacer, et des objectifs complètement dingues, auxquels elle ne renoncerait pour rien au monde, même pas quand des propositions annexes croisent sa route. Ce roman est étrange, envoûtant et poétique, il nous raconte les grands horizons et les quêtes d'absolutisme avec une énergie féroce et palpable. L'héroïne vit dans un monde de mecs, un univers de bars et d'alcool, dans lequel elle se fond sans frémir. La camaraderie aussi est très présente, on se tape sur l'épaule, on trinque en avalant des White Russians à grande rasade, on s'échange des projets, on se promet de garder contact, on noue des contrats d'une simple poignée de mains. À bas le glamour dans ce livre, qui fait fi de séduction, de charme, de tendresse. Lili et son grand marin vivent une liaison brève et intense dans la deuxième partie du roman, mais n'éclipsent pas le désir toujours puissant d'échappée belle. Au final, on aime, on n'aime pas, on éprouve de l'agacement, un peu d'émotion, et surtout de la curiosité et de la fascination pour ce récit. Il se passe tout et rien à la fois, il n'y a pas de réelle intrigue, puisqu'elle se répète beaucoup autour de Lili-vouloir-partir-pêcher-de la morue, du crabe, du flétan. On y sent aussi du désespoir, du vide, de l'attente, de l'oubli. On ne sait plus trop sur quel pied danser, on soupire après les longueurs et l'absence de rythme. Puis on savoure le souffle des mots et la beauté des phrases, on sympathise avec les personnages, sans jamais s'y attacher non plus. Ce va-et-vient continu entre le bon, le très bon et le potable rend l'expérience épuisante, ou du moins déstabilisante.

Marie-Christine Letort, l'interprète pour Sixtrid, prête sa voix au personnage de Lili et imprime une authenticité à son caractère farouche et indépendant, au point de rendre sa personnalité touchante et énervante à la fois. Une impression particulièrement exacerbée par une écriture sans fard et au rendu parfois simpliste. Cette tranche de vie hors du commun, empreinte de tristesse et de réalisme, s'en sort tout de même avec une belle pirouette en glissant une touche d'exotisme appréciable. 

Texte lu par Marie-Christine Letort pour Sixtrid (durée : 10h 30) / Août 2016

Avec l'aimable autorisation des éditions de l'Olivier

 

6 septembre 2016

Le Camp des morts, de Craig Johnson

Le camp des morts

La vieille Mari Baroja est retrouvée morte à la maison de retraite, où l'ancien shérif Connally séjourne également. Il prend la liberté de réclamer une autopsie et d'ouvrir une enquête auprès de son successeur, Walt Longmire. Il est en effet convaincu que la victime a été empoisonnée. Longmire chipote, mais fait confiance en l'instinct de son ancien chef. Certes, celui-ci avoue avoir été le premier grand amour de la vieille Mari et aurait connu une brève escapade amoureuse, laquelle a été écourtée par sa famille, des immigrants d'origine basque, qui ont privilégié un mariage de convenance pour étouffer le scandale. Longmire va ainsi se plonger dans le passé d'une communauté fermée aux autres et ouvrir une boîte de Pandore, avec des non-dits et des secrets bien enfouis. Plus il avance dans son enquête et rassemble les preuves, plus il se heurte à de nouveaux meurtres sanguinaires. Toutes les victimes ne sont pas non plus de saintes personnes, mais il n'empêche que notre affaire se complique. Pour Walt Longmire, ce travail de fourmi est comme un coup de pied aux fesses qui lui fait presque oublier ses propres fantômes. Et c'est bien pour ça que la lecture dégage autant de charme et d'attrait. On s'attache à ses personnages cabossés, à leur humour mordant, à leurs parcours jamais tracés en ligne droite, aux nouvelles rencontres, aux potes fidèles, au contexte de cette Amérique profonde, avec ses shérifs aux méthodes rustres et au cœur tendre, aux conditions météorologiques intransigeantes, le froid, la neige, les routes glissantes... Le pays des cowboys est une terre promise à conquérir par une volonté farouche et inflexible ! ^-^ L'intrigue criminelle ne prend donc pas toute la place et rend hommage aux figures qui la composent. C'est très, très bon. Super dépaysant. De plus, Jacques Frantz, le lecteur pour Sixtrid, nous embarque par la force de sa voix rauque dans cette contrée du bout du monde où chaque pièce du décor semble être sortie d'un tournage de cinéma. Cette lecture nous imprègne en moins de deux minutes, il n'y a qu'à fermer les yeux et croire en l'impossible, comme se téléporter dans les grandes plaines de solitude et contempler la beauté des environs... 

Texte interprétré par Jacques Frantz pour Sixtrid - durée : 11h 41 / Juin 2016

Traduit par Sophie Aslanides pour les éditions Gallmeister (Death Without Company)

 

5 septembre 2016

Le Rituel de l'ombre, par Eric Giacometti & Jacques Ravenne

Le Rituel de l'Ombre

L'histoire s'ouvre en avril 1945. Le Troisième Reich est sur le point de s'effondrer. Sur ordre de dignitaires nazis, un convoi SS quitte Berlin en flammes pour évacuer de mystérieuses caisses. Au même moment, un professeur de neurologie est sauvagement assassiné, suivant le rituel évoquant la mort d'Hiram. Un coup de masse sur l'épaule, un sur la nuque, le dernier sur le front. 

Soixante ans plus tard, une archiviste est exécutée sur le même mode. Détail troublant, son travail consistait à éplucher des documents d'archives maçonniques qui avaient été pillés par les nazis, récupérés par les Russes et rendus aux francs-maçons. La même nuit, à l'université hébraïque de Jérusalem, un archéologue en possession d'une énigmatique pierre gravée est tué à son tour. Comme Hiram. 

Le commissaire Antoine Marcas, maître maçon, et Jade Zewinski, responsable de la sécurité de l'ambassade de France à Rome, vont mener l'enquête ensemble clopin-clopant. La jeune femme nourrit une rancune féroce à l'égard des francs-maçons, tandis que Marcas en affiche toute la panoplie et l'érudition. Le duo est au départ explosif, avant de se découvrir une attirance soudaine et incontrôlable. Ce revirement de situation a juste été risible, mais passons.

Marcas et Zewinski ont contre eux des tueurs chevronnés, appartenant à la Société Thulé, une confrérie occulte qui combat la maçonnerie depuis des lustres. Leurs agissements sont implacables et sans limites. L'histoire plonge judicieusement dans une atmosphère sombre et angoissante, selon une mécanique bien ficelée.  

De manière générale, Éric Giacometti et Jacques Ravenne nous introduisent dans une série sans prétention, avec pour toile de fond l'énigmatique franc-maçonnerie dont on découvre les coulisses, les rouages et le passé historique à grand renfort de descriptions pertinentes. Des points faibles demeurent : l'intrigue globale manque de force et les personnages de charisme, trop de discours fleuve et une sensation de bavardages inutiles. L'action aussi est en demi-teinte, et le dénouement en-dessous des attentes.

Je me lance cependant dans la lecture du prochain tome pour mieux juger cette série et croire au final que ce livre est une simple mise en bouche dont les longues explications ont un peu alourdi la dégustation.

Le lecteur choisi par Audible n'est autre que l'excellent Julien Chatelet. Son interprétation est limpide, agréable et donne justement envie d'écouter la suite. 

>> Ce livre audio est en exclusivité sur Audible - disponible en téléchargement.

©2005 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Texte lu par Julien Chatelet (durée : 13h 12)

Le rituel de l'ombre (Antoine Marcas 1) | Livre audio

 

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