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Chez Clarabel

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22 juillet 2016

Bloody cocktail, de James M. Cain

Bloody Cocktail

Le mari de Joan vient de se tuer en voiture, après avoir quitté la maison dans un état d'ébriété avancé, suite à une violente dispute. La jolie veuve faisant preuve de peu de compassion, les enquêteurs de police la soupçonnent d'avoir précipité la mort du conjoint. Cependant, Joan est inquiète pour son avenir et celui de son fils. Livrée à elle-même, sans un sou en poche, elle décroche un poste de serveuse dans un bar à cocktail, où on lui apprend très vite à jouer de ses atouts physiques pour obtenir de bons pourboires.
C'est ainsi qu'elle rencontre régulièrement Earl K. White III, un homme riche, plus âgé qu'elle, sensible à son charme. Il transgresse l'avis de son médecin en lui proposant de l'épouser, malgré son angine de poitrine qui rend son état fébrile et fragile. Joan est séduite, mais contrite.
Elle n'éprouve aucune attirance pour cet homme bon et généreux, même si son aisance financière lui ôterait bien des soucis. Son fils Tad est entre les griffes de sa belle-sœur qui n'entend pas lui rendre, Joan a donc besoin d'assurer son confort matériel pour le récupérer au plus vite.
Le casse-tête se complique avec l'apparition du séduisant Tom Barclay, jeune, fougueux et ambitieux. Il est fou de Joan, prêt à tout pour ravir son cœur (et son corps) mais la belle fait de la résistance. C'est que Joan n'est pas cruche et cultive une certaine éthique que son métier et son physique pulpeux peuvent mettre injustement en doute.
Racontée à la première personne, l'histoire n'en demeure pas moins sulfureuse et sensuelle, rapportant avec une naïveté à peu près calculée un concours de circonstances malencontreuses pour notre héroïne, qui se défend de son honnêteté et de son innocence. Mais qui est Joan Medford ? Une maman aux abois, une ravissante idiote, une blonde voluptueuse, une amante redoutable, proche de la mante religieuse ?
De ses multiples facettes, Joan tire habilement toutes les ficelles de l'intrigue pour davantage nous troubler et nous interroger. Le roman en devient vite fascinant et déconcertant, il 
idéalise la femme en tant qu'objet pas si potiche et la dote d'un esprit malin et rusé. Au lecteur d'en tirer ses conclusions.
Ambiance vintage à souhait pour un revival du genre roman noir hardboiled, dans la veine des Raymond Chandler et Dashiell Hammett. Très bon ! 

Traduit par Pierre Brévignon (The Cocktail Waitress) pour les éditions Gallimard / Folio Policier, Janvier 2016

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22 juillet 2016

Le Peuple de l'Ombre, de Tony Hillerman

Le Peuple de l'ombre

Jeune sergent de la Police tribale, Jimmy Chee est engagé par la richissime Rosemary Vines pour retrouver un coffret de vieux souvenirs, appartenant à son époux. Elle refuse d'appeler la police, car elle déteste le shérif Gordo Sena, et a déjà une idée toute faite sur l'identité du coupable - le fils d'un ami défunt, affilié à la secte Navajo, le Peuple de l'Ombre.
Or, l'individu est cloué sur un lit d'hôpital, proche de la mort. De plus, Jimmy Chee reçoit un coup de fil de B.J. Vines pour annuler la requête de son épouse et faire fi de ce menu larcin. Peu de temps après, le corps d'Emerson Charley disparaît de la morgue. Autant de troublantes coïncidences qui rendent notre enquêteur perplexe et résolu à en découdre.
C'est en compagnie d'une charmante institutrice, Mary Landon, peu souriante, blonde aux yeux bleus, taiseuse et renfrognée, que Jimmy va poursuivre ses investigations, avec à ses trousses, un type blond, armé d'un silencieux.
Il lui faudra fouiller dans le passé de toute une communauté et raviver les douleurs endurées suite à une explosion sur un puits de pétrole ayant entraîné la mort de toute une équipe d'ouvriers, à l'exception d'une poignée de manutentionnaires appelés à rester chez eux après que leur chef peyotl ait reçu une vision divine. 
On puise ainsi dans le folklore navajo, ses coutumes, ses rites, ses traditions et ses croyances, pour dérouler le fil d'une intrigue criminelle somme toute classique (secrets, mensonges, règlements de compte, vengeance). Une promesse d'évasion garantie pour une lecture agréable. Jimmy Chee est un enquêteur méticuleux, qui privilégie la recherche et la réflexion à une poursuite frénétique sur les terres arides d'Albuquerque et du Nouveau-Mexique.
Ce roman est cependant loin de la simple promenade de santé, puisque les coups pleuvent, les corps choient, le suspense gronde, les masques tombent... Une très bonne entrée en matière dans un univers qui nous sort de notre ordinaire.

Traduit par Jane Fillion (People of Darkness) pour les éditions Gallimard /

Repris chez Folio Policier, en sept. 2015 pour la présente édition “Polar culte présenté par Thierry Bourcy”

21 juillet 2016

Écoute-nous, de Liz Coley

Ecoute nous

Partie camper avec des amies, Angela, 13 ans, est kidnappée en pleine nuit par un individu qui l'entraîne dans une ferme perdue au milieu de nulle part avant de la relâcher trois ans plus tard, la mémoire en vrac, la personnalité dissociée. Ce retour au bercail provoque choc et émoi auprès de ses parents, contraints de faire leur deuil après une enquête classée sans suite. Plus dur aussi est d'admettre le calvaire de l'adolescente, livrée durant trois ans à un maniaque sexuel.

Angie suit alors une thérapie auprès du Dr Grant qui détecte chez elle un ensemble de caractères distincts, développés exprès pour parer aux multiples situations, il y a donc la Petite Scout, la Dévergondée, la Rapporteuse, l'Esseulée et Angel, dégainés à tour de rôle pour soutenir l'adolescente au gré des circonstances. Ce patchwork d'alters va ainsi révéler une histoire affreuse et éprouvante, contre laquelle l'héroïne continue de se battre, en attendant la guérison. 

La solution viendra par une nouvelle méthode d'élimination, personnalité après personnalité, pour délivrer Angie de ses démons et mettre à jour son traumatisme. Le cheminement est bredouillant mais pointilleux, en même temps Angie cherche à reprendre une vie normale, entre la famille, le lycée, les amis, les petits copains... même si là aussi son comportement erratique va générer d'autres situations compromettantes.

J'ai quasi dévoré les 2/3 du roman, avant d'être dégoûtée par l'orientation glauque et déprimante de l'histoire, certes inextricable, pour finalement terminer ma lecture sur une note d'amertume. Les révélations sont très dures et accablantes (je n'aime clairement pas les intrigues avec des crimes pédophiles) et nous font sentir au bord du précipice. Le suspense aussi apparaît avec parcimonie, en alternance avec le domaine psychiatrique et les expériences faites sur Angie pour traiter son syndrome de dissociation. 

En somme, il y a du bon et du moins bon... comme cette ultime révélation dans les dernières pages et le grand secret en devenir ! C'était clairement too much. Impression mitigée d'une lecture qui laisse au final un profond malaise et un sentiment d'improbabilité. 

Traduit par Valérie Malfoy (Pretty Girl 13) pour les éditions Presses de la Cité, mars 2014

Texte lu par Christine Braconnier pour Audible FR (durée : 9h) - avril 2015

Écoute-nous | Livre audio

En exclusivité sur Audible - uniquement disponible en téléchargement.

 

21 juillet 2016

Ce que tu veux, de Sabine Durrant

Ce que tu veux

Deux ans après avoir perdu brutalement son mari dans un accident de voiture, Lizzie continue d'alimenter le souvenir de Zach et vient à s'imaginer qu'il est toujours en vie. Son corps n'ayant jamais été identifié, elle se surprend à traquer des signes, des indices prouvant sa théorie. Et de fil en aiguille, c'est un individu sombre, narcissique, possessif et jaloux qui renaît de ses cendres ! Car Zach, sous ses dehors d'artiste maudit, était un compagnon difficile et exigeant, qui exerçait sur Lizzie une emprise malsaine et étouffante. Son dernier souvenir de vie commune est d'ailleurs associé à son désir de rupture par une lettre, mais en fouillant dans son atelier, elle ne retrouve plus le courrier et comprend que Zach en a eu connaissance avant de mourir. Suicide ou mise en scène ? Rien n'est trop farfelu dans son cas. Zach était capable de tout. C'était un être intraitable, exclusif et violent. Lizzie devait à tout prix lui survivre... Seulement, deux ans après, elle ne se sent pas libérée. Toujours sur le qui-vive. Soucieuse de ses arrières. De plus, elle doute d'avoir connu le véritable Zach et entreprend d'éplucher son passé.

La lecture va finalement s'étoffer par le truchement d'une narration alternée. Et l'histoire d'être racontée par les deux protagonistes à intervalle régulier. On plonge encore plus loin dans les méandres de la duperie, de la manipulation, de la psychose et de la paranoïa. Les frontières entre le réel et le supposé deviennent floues. C'est bougrement diabolique. L'auteur s'amuse des faux-semblants et distille un suspense glaçant en imposant un climat de tension psychologique insoutenable. Ambiance suffocante, franchement irrespirable, chaque révélation venant noircir le tableau et polluer nos certitudes. Un bouquin qui met la tête à l'envers !   

Traduit par Paul Benita (Remember Me This Way) pour les éditions Préludes, mars 2016

20 juillet 2016

Au-dessus de tout soupçon, de Declan Hughes

Au dessus de tout soupçon

Danny et Claire Brogan vivent avec leurs deux filles dans une belle propriété du Wisconsin. Ils y mènent une existence heureuse selon toutes les apparences. Au retour d'un séjour à Chicago, où elle a retrouvé son amant, Claire tombe des nues en découvrant une maison vide, sans mari ni enfants. Seul le cadavre de son chien gît sur place et lui fait prendre conscience de la gravité de la situation. Sa voisine et belle-sœur Donna, ainsi que sa meilleure amie Dee, l'empêchent de perdre pied et la poussent à contacter la police. En se rendant sur place, les enquêteurs constatent alors la présence d'un corps. Un ami d'enfance de Danny, dont le retour rappelle un acte dramatique survenu dans le passé de celui-ci. On ne l'ignore pas, à l'âge de onze ans, Danny et trois copains, ont incendié une maison avec ses occupants à l'intérieur. Un geste accidentel et malheureux. Une tragédie qui vient se télescoper sur la famille Brogan, trente ans après. 

Cet étonnant roman, qui a su me séduire par son accroche, n'a pourtant pas été une sinécure, du fait de son style narratif tarabiscoté. Ce n'est pas seulement son humour grinçant qui interpelle, c'est sa tendance à blablater droit devant sur un mode sarcastique dérangeant. Cela a donc rendu mon début de lecture difficile et peu engageant. J'ai finalement passé outre pour connaître le dénouement de l'intrigue, alléchée par une entame franchement très bonne, une soirée de barbecue assez flippante, des personnages douteux, des secrets longtemps enfouis et une vengeance concoctée dans les règles de l'art. Du suspense, du flou, des meurtres sanguinaires, une jouissance déplacée à tout nous raconter... Un roman assez surprenant et inclassable, qui se lit facilement. 

Traduit par Cécile Leclère (All The Things You Are) pour les éditions Presses de la Cité, Février 2016

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20 juillet 2016

Jour Quatre, de Sarah Lotz

JOUR QUATRE

Piscine, excursions, soirées spectacles, bar à cocktails, cours de fitness, et même un casino ! La croisière Foveros vous convie sur Le Rêveur Magnifique pour un voyage inoubliable ! Qu'on se le dise...
Les trois premiers jours sont idylliques et vendent du rêve aux plaisanciers visiblement enchantés. Arrive le quatrième jour, et là... tout dérape.
Mais le drame se produit insidieusement. Ce sont de menus détails qui viennent gripper la belle mécanique et, par le cumul, plonger la croisière de rêve en véritable cauchemar. Tout commence par des problèmes techniques, des pannes d'électricité, des moteurs en rade, tous les moyens de communication hors-service.
On découvre aussi une jeune femme assassinée dans sa cabine, son tueur qui jubile non loin, mais aussi plusieurs cas de maladies et autres incontinences réjouissantes, surtout avec des toilettes qui ne fonctionnent plus, sans compter des événements paranormaux et l'illusion de voir des fantômes se promener à bord du paquebot !
C'est à devenir fou. D'ailleurs, cela ne manque pas, l'ambiance devient irrespirable, tendue, angoissante et incontrôlable. Un seul mot d'ordre : survivre. Après quoi, tous les coups sont permis.
On a aussi envie d'y croire jusqu'au bout, mais voilà... c'est un peu longuet. Et pour le coup, c'est un peu dommage. Un scénario catastrophe doit envoyer du lourd, du concis, de l'improbable, du vif, du poignant. On en a ici un vague aperçu, même si on se traîne un peu. Qu'importe.
Les croisières qui ne s'amusent plus me font souvent délirer, et là j'ai aimé retrouver cette ambiance confinée, où l'on finit par se taper sur le système, les personnages sont d'ailleurs tous tordus et méritent, pas loin, leur triste sort. ^-^ Cette lecture réveille donc nos bas instincts sadiques !  

Traduit par Michel Pagel (Day Four) pour les éditions Fleuve Noir, Mars 2016

19 juillet 2016

La Vallée du renard, de Charlotte Link

La vallée du renard

Par une belle journée d'août, sur la côte sud du Pays de Galles, Matthew Willard revient avec son chien sur le parking, perdu au milieu des champs, où sa femme l'attend. Si la voiture est toujours là, Vanessa, elle, a disparu. Sans laisser de traces. Le lecteur, lui, a été témoin de toute la scène : un type en camionnette a surgi de nulle part pour la kidnapper et l'enfermer dans une caisse, se basant sur un court délai d'une semaine pour obtenir une rançon et libérer sa prise. L'homme est aux abois, il doit une forte somme d'argent à une petite frappe mafieuse et n'a pas trouvé d'autres liquidités pour rembourser sa dette. Seulement voilà, au retour de cette expédition farfelue, notre homme est interpellé pour coups et blessures donnés la veille dans un bar et est expédié fissa en prison pour deux ans. Il n'ignore pas, alors, que sa victime est condamnée et qu'il va porter cette culpabilité toute sa vie durant. Paradoxalement, il ne prévient personne de la situation. Et son silence va le ronger.

Le jour de sa libération, Ryan est hébergé chez sa correspondante rencontrée en prison, Nora. Ses amis sont cependant sceptiques en le rencontrant et ne masquent pas leur étonnement. L'Affaire Vanessa Willard est également restée lettre morte. Son époux a plongé dans une dépression, ne sachant rien du sort de sa femme, c'est donc un homme désabusé et brisé que Jenna rencontre chez un couple d'amis, Alexia et Ken. Elle tombe sous le charme et se lance à corps perdu dans une liaison chaotique et incertaine. Le spectre de Vanessa plane toujours au-dessus d'eux. Ce gouffre ne cesse d'aspirer Matthew, qui revit le même cauchemar en apprenant aux informations la disparition d'une autre femme dans les mêmes circonstances. Cette nouvelle cible est en fait la propre mère de Ryan, lequel comprend aussitôt que ses propres fantômes du passé sont de retour pour solde de tout compte. 

Très bon roman au suspense psychologique efficace ! Le sort des personnages nous entraîne dans une spirale angoissante et infernale, selon un scénario parfaitement huilé. Chaque pièce du puzzle se glisse subrepticement dans la partie, vers un dénouement implacable et inattendu. C'est simple, prenant, sans tomber dans une surenchère de violence ou de rebondissements invraisemblables. Du bon suspense, habile, redoutable et captivant.  

Traduit de l'allemand par Catherine Barret (Im Tal des Fuchses) pour les éditions Presses de la Cité, Juin 2014

19 juillet 2016

Pur, d'Antoine Chainas

Pur

Patrick Martin et son épouse roulent sur l'autoroute du sud en pleine nuit, lorsque leur véhicule est pris en chasse par une grosse cylindrée, lancée à toute vitesse, provoquant ainsi l'accident. Seul Patrick va se tirer d'affaire, mais ce drame alerte aussitôt la police, déjà au taquet depuis qu'un sniper prend pour cible des automobilistes originaires d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire. Un détail chiffonne cependant les enquêteurs, car le couple Martin est blanc. Le capitaine Durantal de la brigade criminelle considère notre homme avec circonspection et le prend aussitôt en grippe - Patrick Martin est inexpressif, amorphe et lunaire. Son histoire n'est pas exempte d'incohérences ni de zones d'ombre. Aussi, décide-t-il de fouiller son passé, de surveiller ses faits et gestes, de guetter son entourage et de le harceler de questions pour le pousser dans ses retranchements.

Rapidement, Patrick se lance dans une vendetta aveugle et va croiser le chemin d'activistes chevronnés qui luttent pour rétablir Force et Honneur dans le pays. Ces idées sont défendues âprement par un Révérend replié au sein de la résidence des Hauts Lacs, un lieu de standing pour familles désireuses de vivre loin de la violence et de la misère ambiante. Une milice de protection a d'ailleurs vu le jour, multipliant les coups de force pour “faire place nette”. Et là, franchement, cette lecture est une sirène d'alarme visant à réveiller les esprits étriqués qui s'imaginent que le protectionnisme à outrance les préservera de l'Autre, l'inconnu, l'étranger.  Il n'y a qu'à considérer la situation actuelle de notre pays pour y songer avec tristesse. Rien que pour ça, je conseille ce roman pour sa projection sidérante des dérives sectaires et des manipulations politiques susceptibles d'entraîner xénophobie et idéologie dans une même communauté. 

Un roman noir d'une force brute déconcertante, qui triture les neurones et incite à une saine réflexion. Un livre pour prévenir, non pour guérir. 

Folio Policier / Mai 2016

Grand Prix de Littérature Policière 2014

18 juillet 2016

Les Morsures de l'ombre, de Karine Giébel

Les morsures de l'ombre

Un soir, sur une route de campagne, le commissaire Benoit Lorand rentre chez lui, lorsqu'il croise une jeune femme en panne de voiture. Il s'arrête pour l'aider, puis accepte de prendre un verre chez elle. Après quoi, c'est le trou noir.
Notre homme se réveille dans une cave, derrière des barreaux, avec pour geôlière la charmante rousse au cerveau ravagé par une soif de vengeance. Elle est en effet déterminée à lui faire payer un crime contre lequel il se défend d'avoir la moindre responsabilité. L'inconnue n'a pas cure de ses protestations et déploie moult tortures pour le soumettre à ses desiderata.
Commence alors un roman d'une redoutable efficacité. Un roman non seulement poignant et déboussolant, flirtant aux confins de la folie, profondément bouleversant, qui va nous entraîner dans une spirale de violence et de délire paranoïaque. Le scénario va également dérouler un enchevêtrement improbable de faits et autres coïncidences qui mettent à mal toutes les théories. C'est flippant. Complètement hallucinant.
De plus, l'histoire a pour lieu un huis clos glaçant, résolument perturbant. De quoi accentuer la psychose et la sensation d'angoisse rampante. Sans oublier le lancement d'un compte à rebours irrévocable, et vous sentez la perle de sueur glisser le long de votre colonne vertébrale.
J'ai craint, l'espace d'une seconde, que la personnalité déséquilibrée de l'héroïne susciterait trop d'agacement et un manque d'empathie, mais il a bien fallu admettre que son cas s'intègre parfaitement dans la structure de l'intrigue, laquelle va révéler une étonnante rouerie au fil des chapitres !
Une lecture saisissante, bluffante, très prenante. Une réussite. 

Texte lu par Stéphane Ronchewski pour Audible FR (durée : 7 h17) - juin 2016

En exclusivité sur Audible - uniquement disponible en téléchargement.

Les morsures de l'ombre | Livre audio

©Pocket, septembre 2009 (P)2016 Audible FR

18 juillet 2016

Le Lagon Noir, d'Arnaldur Indridason

Le Lagon Noir

Retour sur le début de carrière de notre Erlendur, âgé d'une trentaine d'années, alors jeune recrue de la section criminelle à la demande de Marion Briem. Nous sommes en 1979. Le corps d'un homme est repêché dans un lagon, dont les bains sont réputés pour ses vertus thérapeutiques. Cet homme, dont on ignore l'identité, se révèle être un ingénieur islandais, employé à la base américaine de l’aéroport de Keflavik. La police n'obtient aucun accord pour enquêter sur les lieux, mais peut s'appuyer sur l'assistance d'une jeune officier de la base, Caroline, qui prête son concours en dépit des circonstances. La présence de l'armée américaine est perçue comme une intrusion inacceptable aux yeux de la population, Erlendur lui-même ne cache pas ses sentiments politiques sur ce sujet. Mais que ceci ne vienne pas nous détourner de notre chemin. L'affaire Kristvin, un type ordinaire, pas si irréprochable, moins lisse en apparence, au vu de sa consommation de marijuana et la découverte d'une liaison extraconjugale... Un cas autrement plus complexe et torturé, que nos inspecteurs ne manqueront pas de décortiquer. En marge de cette enquête, Erlendur se passionne sur un vieux Cold Case : la disparition d'une jeune étudiante sur le chemin de son école, vingt ans plus tôt. La démarche, personnelle et officieuse, fait naturellement écho au drame que l'on sait. 

Cet épisode aux événements antérieurs complète efficacement la série et apporte une dimension juvénile attachante au personnage d'Erlendur. Ce n'est pas un scoop. L'homme est un éternel solitaire, qui suinte la tristesse et qui protège jalousement ses secrets. Ses collègues ignorent encore tout des démons qui l'habitent, même si on perçoit la fragilité de sa carapace et le début de confiance qui s'installe entre Marion Briem et lui. Les deux intrigues criminelles sont passionnantes, l'une pour le contexte qu'elle révèle (la présence de l'armée américaine, le marché clandestin, la musique rock, les disques, les cigarettes qu'on se refile en douce... et bien entendu une grogne montante chez les insulaires antimilitaristes). La deuxième histoire ne manque pas non plus d'attrait, Cold Case oblige, même si son dénouement me rappelle une autre œuvre classique hyper connue, chut ! ^-^ 

Une ambiance définitivement envoûtante, des histoires poignantes, des destinées qui prennent racine et des personnages qui s'étoffent... Le Lagon Noir a tout pour plaire. La construction alambiquée de cette série, via son procédé de remonter le temps, est judicieuse car elle apporte beaucoup au personnage d'Erlendur ! C'est un roman noir, sans effet de style, simplement construit sur un solide appui et auréolé d'une atmosphère unique, mystérieuse et captivante. Un très bon cru  ! 

Texte lu par Jean-Marc Delhausse pour Audiolib (Juin 2016) durée : 10h 04

Le Lagon noir (Commissaire Erlendur Sveinsson 14) | Livre audio

Traduit de l'islandais (Kamp Knox) par Éric Boury / Titre téléchargé sur la plateforme Audible

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