Alicia se désespère, debout devant son stand de la braderie exposant ses vieux livres et jouets... personne ne s'arrête ! Sauf un curieux petit homme qui lui propose un étrange troc : il échange le livre de magie d'Alicia contre une boîte noire qui aurait le pouvoir de faire disparaître les objets qu'on y enferme.
Avec l'aide de sa grand-mère, Alicia trouve la formule magique traduite du latin et teste ses nouveaux pouvoirs sur le chat de son frère, puis avec le portable de sa mère. Les résultats dépassent ses espérances mais placent la fillette dans une délicate position. Euh... comment revenir au point de départ maintenant ? C'est bien beau de jouer à la magie, mais il faut la manipuler avec prudence.
Un petit roman délicieux, notamment pour les illustrations, qui amusera les jeunes lecteurs. On y parle de magie, avec une petite héroïne espiègle, sous couvert d'évoquer la responsabilité de nos actes (ah bon ? la magie ça ne marche pas que dans les livres !?). Très sympa, tout mignon et rigolo.
Calicia, sept ans, magicienne ! par Gilles Abier - illustré par Jess Pauwels Actes Sud junior, coll. Benjamin, 2012
Raoul, c’est le nouveau de la classe. Mais il est bien trop grand pour aller à l’école. Et puis, il fait un peu peur, mieux vaut ne pas se moquer de lui. Un jour, il crie sur la maîtresse et se fait renvoyer. C’est un peu triste mais c’est comme ça.
Lors d’une sortie à la campagne, un orage éclate. La maîtresse et les élèves se réfugient dans une grotte et tombent nez à nez avec Raoul, sa maman et son petit frère qui vivent là, modestement. La pluie s’arrête ; il est temps d’aller pique-niquer. Les enfants invitent Raoul et sa famille à partager leur repas. Et pour la première fois, ils voient Raoul sourire.
Au début le ton de l'histoire se veut drôle et enlevé, avant de laisser apparaître une autre réalité : celle de la pauvreté. Heureusement l'histoire n'est pas du tout triste, au contraire elle fait preuve d'optimisme et de solidarité. Hop, hop, quand on ne sait pas, on ne juge pas, on partage et on fait naître les sourires sur les visages.
Un titre bénéfique, avec des illustrations qui font souvent sourire d'ailleurs !
Le nouveau de la classe, par Isabelle Duval (Actes Sud junior, 2013)
Crocolou est ravi de passer un après-midi chez ses grands-parents. Au programme : promenade dans le jardin et cueillette de fleurs pour égayer la maison avec mamie, séance de bricolage et construction d’une cabane avec papi.
Après s’être régalé de délicieuses crêpes, Crocolou a une surprise pour eux : un beau dessin ! Mais ce n'est pas tout car Crocolou aussi aura droit à une belle surprise de la part de son papi.
Le texte est facile et très accessible, les illustrations sont d'une pureté très appréciable. C'est une petite série qui aborde des thèmes qui sont proches des jeunes lecteurs et c'est ce qui la rend si sympathique et attachante.
Crocolou aime son papi et sa mamie, par Ophélie Texier Actes Sud junior, 2013
Huit mois ont passé depuis le départ inexpliqué de Caleb, mais suite à de nouveaux soucis judiciaires le garçon est dans l'obligation de s'inscrire à un programme d'intervention dans les écoles avec d'autres victimes de la route. Et paf, il est dans le même groupe que Maggie. Ces deux-là ne sont pas à l'aise de se retrouver, leur début de relation amoureuse, vite écourtée par les aléas de la vie, leur revient en pleine figure. Ils doivent faire comme si tout était oublié, sauf qu'ils sont encore bien empruntés, par les mensonges et les non-dits, mais aussi par leur attirance commune.
Alors, Caleb joue le chaud et le froid, il cherche à maintenir Maggie à distance, à ne plus lui donner le moindre espoir et il se montre parfois cassant avec elle. D'un autre côté, il est jaloux dès qu'elle s'approche d'un autre, il la cherche, il a besoin d'elle, il la désire tout en sachant que c'est impossible. Maggie n'est pas dupe, mais elle est devenue plus forte et plus sûre d'elle. Elle cherche même à le pousser dans ses retranchements pour qu'il avoue toute la vérité sur leur sordide affaire. Bref, ce n'est pas de tout repos.
L'histoire n'est donc pas simple et n'a pas fini de brusquer le petit couple. Caleb a encore beaucoup de démons à chasser, par contre Maggie est devenue une chouette petite nana, qui a énormément à apporter. Toute perspective d'idylle semble d'ailleurs compromise, même si les sentiments sont là, très forts et sincères. Non vraiment, ils ont encore du chemin à faire et ça peut paraître bien long au bout d'un moment. Sinon, j'ai franchement apprécié l'ensemble du groupe de RESTART, avec ce barjot de Lenny en tête, et j'ai adoré l'épilogue, entre tendresse, espoir et délivrance, mon cœur a fait boum ! C'était une belle petite série, en deux tomes, qui touchera le lecteur pour la portée de l'histoire et pour la richesse des personnages.
Retour à Paradise, par Simone Elkeles La Martinière J., 2013 - traduit par Sabine Boulongre
Grace se réveille dans une pièce toute blanche, où elle pense être retenue en otage par un certain Ethan, un type très séduisant qu'elle a rencontré au parc, alors qu'elle était ivre morte, et qui vient effectivement lui apporter des plateaux-repas sans dire un mot. Pourquoi est-elle là ? Elle a un peu la mémoire en vrac, alors elle se force et commence à raconter son histoire.
Adolescente déjantée et perturbée par la mort de son père, Grace s'est mise à boire beaucoup, à sortir, à draguer et à coucher avec des garçons, de même elle se mutile la peau mais ne confie à personne son désarroi. Sa mère est tout le temps absente, Grace n'a pas d'amis dignes de confiance, jusqu'à ce qu'elle rencontre Sal, qui vient d'emménager et avec qui elle s'entend tout de suite très bien, au point de lui parler d'elle sans cacher ses secrets les plus honteux. Tout roule jusqu'au jour où les deux filles se disputent, Grace est au bout du rouleau mais rencontre Nat à l'arrêt de bus. C'est un garçon ordinaire, sur lequel elle ne flashe pas immédiatement, mais qu'elle va revoir des jours plus tard, et ainsi de suite. Elle va tomber folle amoureuse de lui, vouloir partager son bonheur, se réconcilier avec Sal et planer sur son petit nuage.
Assez rapidement, on prend conscience que l'histoire ne tourne pas rond et qu'elle va mal finir. On aimerait prévenir Grace, la maintenir à distance et la préserver de la casse, mais on fonce avec elle droit dans le mur et on prend les mêmes coups. Forcément on a mal. On souffre pour Grace aussi. C'est là le tour de force du roman, de réussir à nous capturer entre ses filets, de nous faire vivre la spirale infernale d'une adolescente en détresse affective et qui perd pied. C'est, tout simplement, bouleversant. Très à fleur de peau. C'est la deuxième fois que je lis ce roman (la première fois en français) et j'ai ressenti exactement les mêmes émotions. Même si je savais d'avance ce qui m'attendait, j'ai replongé aussi sec dans ce récit troublant, hypnotique et d'une sensibilité rare.
C'est une lecture que je conseille fortement. Pour toutes les âmes en dérive, "fatiguées de se souvenir". Il y a tout de même un message positif : ne jamais laisser tomber, ne jamais renoncer.
Confusion, par Cat Clarke Robert Laffont, coll. R, 2012 - traduit par Alexandra Maillard
J'ai rêvé que tu cognais À ma porte sans relâche Les bruits qui montaient en l'air Me rendaient folle de rage Tu cognais, cognais, cognais
Amis depuis l'enfance, Lucy et Evan sont inséparables, même après le divorce des parents de la jeune fille et le déménagement de celle-ci pour Atlanta où elle vit avec sa mère, ils ne manquent jamais l'occasion de se retrouver pendant les quelques jours que Lucy passe chez son père au moment de Noël.
Cette année semble différente des autres, car Lucy n'est pas elle-même, elle n'est plus celle qu'Evan pensait connaître. C'est son look, d'abord, qui le déconcerte : avec ses cheveux noirs, ses piercings et son teint pâle, la jeune fille n'a vraiment pas l'air dans son assiette. Et puis elle est silencieuse, taciturne et renfermée.
Ne sachant pas trop sur quel pied danser, Evan se raccroche à ses bons vieux souvenirs, à cette amitié qui les lie depuis l'enfance et à la connivence qui existait entre eux. Il a bon espoir que Lucy redevienne un peu elle-même. Pour l'heure il tente de ranimer la flamme (éteinte) de son amie, il lui parle de ses projets, de ses études (la pression paternelle énorme !), de sa passion pour le dessin, toujours intacte, de son envie d'écrire une bande dessinée qui raconterait leur folle jeunesse.
Lucy écoute, fait preuve d'enthousiasme et semble avoir conscience de la déception qu'elle suscite. Mais elle ne lâche rien, alors les jours passent et ces deux-là tentent de raccrocher les wagons brinquebalants. Et puis c'est l'époque de Noël, le paysage est enneigé, on a l'impression d'une bulle et on n'attend rien du récit. Quand j'en ai pris conscience, j'ai aussi réalisé que j'étais déçue. En fait, l'histoire est molle et monotone, elle sent le spleen à plein nez. Si vous espériez une bluette sentimentale, passez votre chemin !
Pourtant, j'ai aimé toute la première moitié du livre. J'ai aimé me plonger dans la petite vie d'Evan. C'est un garçon formidable, bien dans ses baskets, entourée d'une famille exemplaire, avec une grand-mère très drôle et des amis extras. Le seul souci de ce garçon est de devoir répondre aux ambitions de son père, alors qu'il rêverait secrètement de devenir un artiste. A côté Lucy est sombre, déprimante. On découvre son secret à mi-parcours, mais ça m'a laissée insensible. Je n'ai pas aimé son personnage, à vrai dire. Je n'ai pas aimé qu'elle manipule ... enfin, vous verrez.
Cet hiver si particulier aura toutefois le mérite de permettre à Evan et Lucy de faire le point sur leur amitié amoureuse, pour peut-être les aider à construire quelque chose de plus fort, de plus beau. Mais il faudra être patient ! C'est aussi un roman d'apprentissage qui montre toute la difficulté d'être ce qu'on voudrait être, sans décevoir ses proches, d'assumer ses choix et ses préférences en conséquence. Ce n'est pas toujours rose, ni drôle mais ça permet de grandir, d'être heureux et en paix avec soi-même.
Bon point pour le charme du livre : sa couverture, très belle, et les illustrations ouvrant chaque chapitre, en plus des planches de BD sur Aelysthia, le monde imaginaire créé par Evan, et aussi les chansons des Beatles et des Beach Boys !
Entre toi et moi, par Stephen Emond Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, 2013 - traduit par Valérie Le Plouhinec
" Le problème, c'était l'espoir. L'espoir de ne pas faire de mal, l'espoir que l'amour s'épanouirait, ça, c'était douloureux. Alors que se consacrer au malheur, c'était juste un sentiment mort. C'était comme arracher un pansement en sachant que de toute manière ça ferait un mal de chien. "
" Jusque-là les choses avaient été moins que claires avec elle, mais à présent une idée commençait à briller dans la tête d'Evan, aussi fort qu'un phare dans la nuit. Il savait une chose : il voulait la sauver. "
Quelques jours avant les épreuves du brevet, Marie-Madeleine Michalski est portée disparue. Ses camarades de classe sont incapables de fournir la moindre explication aux enquêteurs, en fait cette fille était pour eux une énigme. Bien des années après, un petit groupe d'anciens élèves revient sur le sujet et épluche les archives, dont le journal intime de Maddie.
Le problème de cette fille résidait dans sa soif de reconnaissance. Son physique ne collait pas aux standards ni aux archétypes de la mode. C'était une adolescente paumée, un peu ronde, qui rêvait de gloire et de paillettes. En cachette, elle a passé deux fois le casting pour un concours de chant et s'est fait recaler. Le plus étrange, à la lecture de son journal, c'est que Maddie se racontait des histoires et travestissait la vérité.
Glaçant, dérangeant, déconcertant. C'est ce que le roman nous inspire. Un roman qui accuse les diktats de l'apparence, le drame de la jeunesse, qui serait "prête à tout pour se couler dans l'un des moules du sociotype télévisuel. Prête à tout pour jouir de cette reconnaissance que la société de l'image réserve à son élite. Prête à tout pour faire partie du rêve." L'histoire de Maddie incarne le cauchemar de "ceux qui n'ont pas le profil".
C'est une lecture qui laisse une impression amère, mais qui fait réfléchir aussi. Dix ans ont passé depuis le drame et les anciens camarades de Maddie n'ont pas fait leur deuil, ont besoin de ressasser cette histoire, de se justifier pour avancer dans leur propre vie.
Shooting Star, de Stéphanie Benson Syros, coll. Rat noir, rééd. 2011
Un adolescent de 14 vit seul avec sa grand-mère (du moins, c'est ainsi qu'il la considère car on n'en sait pas plus sur leurs liens, ni sur comment ils en sont arrivés là). Bref, ils vivent dans une maison isolée, en pleine forêt, le paysage est couvert de neige et la tempête s'acharne de plus belle. La vieille est folle, elle a perdu la tête et pense que son fils Bernard, disparu depuis des années (en vrai, il est mort) va rentrer un jour. Le garçon ne fait plus l'effort de la convaincre du contraire. "Il va venir, il va venir..." dit-t-elle inlassablement. Aussi, lorsqu'un soir un individu tape à leur porte et s'effondre sur leur plancher, avec un sac à la main, la vieille clame que c'est lui, son fils, Bernard.
L'inconnu est dans les vapes, blessé et visiblement égaré. Pendant que la grand-mère est aux petits soins pour lui, le gamin se méfie et se pose mille questions à son sujet. Qui est-il ? d'où vient-il ? que veut-il ? Lorsque l'autre reprend connaissance, il a vite cerné la situation et compris son intérêt à jouer le jeu sans contrarier l'ancienne, dans la foulée il tente d'amadouer le garçon qui refuse toute complicité. En fait, il pense l'avoir reconnu et se dit qu'il est de son devoir de protéger la vieille avant que la situation dérape. Ceci dit, il est peut-être déjà un peu trop tard...
Avec une économie de moyens, Marcus Malte a su mettre en scène, dans ce roman de seulement 100 pages, un climat angoissant, où règne une tension palpable et vite irrespirable. C'est bien simple, on lit cette histoire sous effet d'hypnose (ou d'apnée). Par contre, ce qui est frustrant à la fin du roman, c'est de réaliser que toutes les questions sur l'adolescent et la grand-mère resteront sans réponse. Si vous appréciez ce genre de récit, lisez aussi le roman de Marcus Sedgwick - Revolver.
Il va venir, par Marcus Malte Syros, coll. Souris Noire, présente édition: 2011
Cucu la praline est une petite série fort sympathique, qui compte déjà trois livres et qui raconte les aventures d'Angèle Chambar, 8 ans, surnommée Cucu la praline par ses deux frères, Victor et JM. Ce sont à chaque fois trois histoires courtes qui composent chaque roman, des histoires où la fillette doit se dépatouiller avec la bêtise légendaire de ses grands frères.
Et franchement, ces deux-là la font souvent tourner en bourrique. Par exemple, pour l'anniversaire de son amoureux Kévin Truffe, Angèle avait bricolé un cadre avec une photo d'elle en maillot de bain. Les garçons se sont sauvagement moqués d'elle et les parents ont rouspété. Bon, après ça ils ont été tout miel et lui ont fichu la paix. Mais c'était pour mieux concocter leur douce vengeance, car dès le lendemain à l'école, son Kévin Truffe ne veut pas lui parler et refuse son cadeau. Trop, c'est trop, Angèle est au bord du désespoir.
Quelques pages plus loin, après une enquête très poussée, la fillette va riposter ! Et la chute est adorable, avec cette idée de t-shirts des tourtereaux, cela pourrait presque lancer une mode ! Enfin bon, vous avez saisi l'ambiance de la série qui confrontent deux frères, pas bêtes mais juste affreusement taquins, et leur petite soeur rusée et douée pour leur tenir tête. C'est comme une partie de ping-pong, les mauvais coups sont donnés et rendus avec célérité. Hop, en douceur et avec un sourire canaille.
Alors non, pas de mauvais exemple au programme ! L'esprit est bon enfant, ça se cherche des poux comme dans toutes les familles où on grandit en se chamaillant, sinon ce ne serait pas drôle non plus. Dans les deux autres histoires, Angèle devra s'occuper du lapin de sa meilleure amie mais ses frères vont la dénoncer à leurs parents qui ne veulent pas d'animaux dans la maison et ainsi s'enfermer dans le garage avec cette innocente créature ... pour lui apprendre à faire des plongeons dans une bassine ! Absolument démoniaque.
Puis, en troisième partie, les enfants terribles partent en vacances avec leur grand-mère mais la guerre des clans commence aussitôt et Angèle se retrouve toute seule, en train de chanter sur la plage derrière un rocher, ce qui va susciter une nouvelle vocation puisqu'elle va s'inscrire à un concours avec sa grand-mère (qui joue du ukulélé). Elle veut sa victoire pour en boucher un coin à ses deux grands dadets de frangins ... qui vont la supplier d'oublier leurs vieilles rancunes quand le premier prix se révélera !
Chaque histoire courte peut se lire à voix haute, ou peut convenir à des jeunes lecteurs qui débutent. Le ton humoristique plaît forcément et les illustrations de Ronan Badel en rajoutent une couche car elles collent parfaitement à l'ambiance et aux personnages. Très bonne pioche !
Cucu la praline s'envole, par Fanny Joly - illustrations de Ronan Badel Folio cadet, 2012
existe aussi : Cucu la praline (2010) et Cucu la praline est en pleine forme (2011)
Le prince héritier, Fulbert de Crêpovent, est un benêt de premier rang. Son père est désespéré de son cas. Dernièrement il s'est passionné pour une mission de préservation des espèces rares, en l'occurrence la gargoulette des remparts, et souhaiterait assister le scientifique, messire de Bavert, qui conduit une expédition jusqu'au sommet du piton du Porc-Epic.
Agacé par tant de bêtise, de jeunesse et d'irresponsabilité, son père accepte mais lui donne une condition : qu'il ramène une épouse ! Rien ne freinera Fulbert dans son désir de prouver sa valeur : pas même la Reine aux mille princesses, ni son voisin grincheux dont la ravissante fille le fait sans cesse tomber dans les pommes, encore moins l'ascension pénible sur des pentes enneigées, ni son étonnante découverte d'une Hibernatus portant une couronne sur la tête...
Epoustouflante aventure que voilà ! Marie Vaudescal possède le talent, l'humour et la facétie pour nous pondre une histoire de prince sans tralala, et on rigole de bout en bout des pitreries de ce Fulbert de Crêpovent. Vous aurez deviné que c'est tout sauf niais, et c'est d'autant plus rafraîchissant, vif et éclatant. On se régale ! Dans le même registre, du même auteur : Princesse, dragon et autres salades et Trois princesses et patati et patata.... Et pour illustrer tout ça, avec espièglerie : Magali Le Huche, bien évidemment.
Mission princesse et gargoulette, par Marie Vaudescal - illustrations de Magali Le Huche Folio Cadet, 2012
C'est grâce au relooking de la collection (illustrations de Laurent Moreau) que j'ai eu envie de découvrir la pièce de théâtre de Raymond Queneau, En passant : Un plus un acte pour précéder undrame. La scène est minimaliste, dans un couloir de métro, une mendiante tend la main et un passant lui donne vingt sous. Entrent une femme et un monsieur avec une grosse valise.
Par deux fois, la scène va se répéter. Dans le premier acte, nous découvrons Irène et Joachim. Il souffle comme un bœuf en portant la valise de la femme. Celle-ci n'en peut plus, l'interroge, m'aimes-tu ? Il soupire, ne sait plus. Et là, elle réalise qu'il ne l'aime pas. Dans le deuxième acte, c'est au tour de Sabine et Etienne de nous jouer la même sérénade.
C'est alors qu'un passant, puis une passante, apparaissent et c'est le début des effusions. Tour à tour Irène et Etienne se sentent poussés des ailes. Ils découvrent dans l'autre la possibilité d'un recommencement, la promesse d'un nouveau départ. Les déclarations sont enflammées, on parle de la météo, du temps qui passe, des étoiles dans le ciel, du grand large, on parle aussi de promesses, de rêves et de désirs.
Cette parenthèse d'enchantement sera brisée par une sonnette, annonçant le dernier métro, comme un rappel à l'ordre, à la triste réalité. Après tout, « je ne faisais que passer... » chuchotent les témoins.
C'est un texte très court, poétique et tendre. Quelque peu farfelu sur les bords, il montre surtout la possibilité de s'évader et de vivre ses fantasmes le temps de quelques minutes. En postface, il est rappelé que l'amour tenait une place privilégiée dans l'univers de Queneau, mais ce sentiment était souvent évoqué avec une grande discrétion car le poète était un homme secret et pudique. D'où la préciosité de certaines déclarations, qui apparaîtront encore plus touchantes et magnifiques.
Cette édition propose un petit carnet de mise en scène, très complet et instructif, il guidera le lecteur dans ses premiers pas sur les planches.
En passant de Raymond Queneau - illustration de couverture : Laurent Moreau Folio junior, coll. Théâtre, rééd. 2012 (Titre recommandé pour le programme de 5ème)
" Nous serons seuls au milieu d'une foule joyeuse et colorée, escortée de grands cris et des harmonicas. "
" Nous nous raconterons nos souvenirs d'enfance et nous aurons des rêves, inéluctablement. "
" Nous reprendrons les fragments heureux de notre passé et nous les revivrons avec obstination - retour éternellement. "
" Tu seras ma sandale ailée, mon tapis volant, mon langage magique. "
" Tu seras ma lampe inextinguible, mon beau souci, mon palais enchanté. "
" Nous existerons ensemble. - Nous existons ensemble."