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Chez Clarabel

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7 juillet 2007

Le crime du corbeau ~ Mary London

"Le crime du corbeau" rappelle les bonnes vieilles intrigues policières imaginées par Agatha Christie : tout semble y coller à merveille. Le personnage central, Sir Malcolm Ivory, aristocrate débonnaire et perspicace, très carré dans son raisonnement et ses principes... Autour une enquête menée sans tambour ni trompette avec une flopée de suspects qui jamais n'exultent d'être la cible d'investigations plus ou moins poussées. On s'y croirait : le bon vieux temps de Miss Marple ou d'Hercule Poirot ... Mary London, aujourd'hui sexagénaire, semble avoir mis entre parenthèses l'évolution criminelle et ses acteurs plus ou moins crapuleux. L'auteur préfère nous plonger dans un univers aseptisé, aux côtés de l'aristocrate enquêteur, elle s'intéresse au milieu de la Haute Société. Dans "Le crime du corbeau", le très sélect Club des Scriveners (auteurs et bibliophiles réunis) est visé par un mystérieux Vengeur qui envoie des lettres à chacun des membres en les accablant tour à tour. Sir Malcolm Ivory décide de mener une enquête discrète car il soupçonne l'un des membres d'être le fameux Corbeau. Aussi pendant les 3/4 du texte, on suit l'homme dans sa scrupuleuse (mais légère) investigation. Pas une goutte de sang, pas d'affrontement, jamais de menaces corporelles ou verbales, "Le crime du corbeau" se veut résolument soft. Et à la sauce Agatha Christie, on réunit l'assemblée des suspects pour désigner le réel coupable en fin de roman.
Autant dire que Mary London souhaite renouveller avec un genre d'un autre temps, sans prendre de risques. Pas de surprise au tournant, on reprend les mêmes ingrédients et on signe. Un poil trop basique, presque décevant.

juillet 2004

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5 juillet 2007

Les étangs de Woodfield - Nicolas Bréhal

les_etangs_de_woodfieldDans la maison des Lockwood, deux petites filles grandissent sous la protection de leur tante Lucia Davidson, qui a promis de veiller sur elles à la mort de sa soeur Bettina. Elles se prénomment Deborah et Jane. Telles deux silhouettes vestales, elles traversent les jardins de Woodfield en attirant tous les regards.
Bientôt la petite Angela Greene va les rejoindre et devenir leur meilleure amie, s'investissant un peu trop vivement dans cette relation où Deborah impose seule les règles de conduite et d'amour. Son regard, ses longs cheveux blonds et sa beauté font tourner les têtes de tous les garçons, dont Emmanuel Kirkland qui franchit la limite séparant son quartier populaire des beaux jardins de Woodfield.
Fasciné mais résigné à renoncer à son attraction, il jettera son dévolu sur la cousine d'Angela, Edwidge Halsmann, sans quitter des yeux Deborah Lockwood qui va vivre une passion démente pour l'homme au barzoï.

Deborah fait partie de ces héroïnes qui sont entières, fatiguantes, exigeantes, insaisissables et caractérielles. Deborah est riche, "elle a sa Delage décapotable blanche, ses biens personnels, rien ne lui suffit, elle veut tout, toujours plus, et soudain ne veut plus rien. Joies fulgurantes, crises d'ennui, je la suis d'une heure à l'autre, je la perds, elle m'amuse autant qu'elle me fait peur".
C'est cette personnalité qui est la pièce maîtresse de ce jeu d'échecs voué à la folie douce et aux caprices d'une femme qui a manqué de souvenirs, qui s'en crée et qui se venge d'avoir été spoliée de son image d'Epinal.
Vous dire que j'ai adoré serait mensonger, toutefois j'ai été scotchée par cette histoire où planent spectres, silences, passions et désespoirs. Le plus déconcertant, au démarrage de cette lecture, est le style d'écriture. L'auteur a choisi de glisser d'un personnage à l'autre, introduisant leur point de vue avec un "écrit untel" (ou untel). C'est une tournure un peu embarrassante pour commencer, puis on s'y fait !
L'autre pouvoir de ce roman est son ambiance, Woodfield dégage un charme indiscutable, imprégné de mystères, peuplé de créatures célestes et désaxées. Par bien des aspects, ce roman dégage donc un attrait certain et qui gagne en intensité au fil des pages.
Auteur contemporain décédé en 1999, Nicolas Bréhal a obtenu le Prix Renaudot en 1993 pour Les Corps célestes. "Les étangs de Woodfield", publié en 1978, est son premier roman.

Mercure de France, 1978. Disponible en Folio - 215 pages.

" Le sommeil : cette douceur dans laquelle on entre les yeux fermés tant on a confiance en elle, cet univers secret où la vie se prolonge, divinement, où le mystère se couve, où le mystère délire en nous ; ces preuves sacrées où l'amour pourrait croître dans la paix, heures de faiblesse merveilleuse, dans l'abandon tiède des corps, toute la vie de la nuit, jusqu'au réveil : ouvrir les yeux et reconnaître dans le lit, dans cette barque seul à seul, tout contre soi, l'image humaine de l'amour humain, la lumière de l'enfance de l'autre, le visage si pur où rien ne passe encore des tourments du jour à venir, et se dire, puisqu'il en est ainsi, que l'on peut se rendormir pour une ou deux heures, le matin, dans la douceur, hors du danger. "

4 juillet 2007

Le voyage scolaire & Après le voyage scolaire - Moni Nilsson-Brännström

voyage_scolairePrésentation de l'éditeur
C est la fin de l'année scolaire pour les élèves de la classe de 5ème B. Tous sont un peu nostalgiques : ils ne seront plus ensemble à la rentrée... Heureusement, un voyage à la campagne est organisé, rien que pour eux ! Maline, Rasmus, Emelie, Almaz, Leena, Oskar, Joséphine, Eliott, Linda et les autres sont prêts : l'aventure peut commencer... En trois jours, tout peut arriver ! On peut se rapprocher les uns des autres, tomber amoureux, recevoir son premier baiser, voir son rêve se réaliser, son cœur se déchirer. En trois jours, on a le temps d'être triste, et le temps d'être heureux... le temps de vivre !

Ce livre est la lecture idéale pour les jeunes ados qui pourront se reconnaître dans ce groupe de camarades en voyage scolaire de trois jours dans la campagne suédoise. Ils sont 21 élèves, ont des caractères différents, s'entendent tous plus ou moins bien, et ce voyage va donc être la signature finale d'un contrat difficile à remplir : grandir, tout simplement.
"Plus on grandissait, plus c'était difficile, selon Linda. Le plus difficile de tout étant l'amour." Et c'est vrai que les histoires sentimentales ont une grande part dans l'intrigue de ce roman. Qui n'a pas connu, à douze, treize ans, ses premiers émois amoureux ? Dans ce livre, on y retrouve donc toutes les questions, tous les doutes, tous les espoirs des ados. Ils sont timides, ils masquent leur attachement, ils sont aussi complexés. Ce roman pourrait être un manuel futé sur les mille et une interrogations se rapportant à l'adolescence : quelle est la bonne taille du sexe chez les garçons ? faut-il fumer comme ses copains ? comment assumer sa poitrine, est-elle trop grosse, trop petite ? avoir ses premières règles, cap difficile, douloureux et humiliant... Comment peut-on savoir si on sort vraiment ensemble ? si on pose la tête sur les genoux d'un garçon et qu'il joue avec nos cheveux, est-il pour autant notre petit ami ? faut-il se maquiller ? est-il normal de ne pas penser aux garçons comme ses copines ? etc. etc.
"Le voyage scolaire" n'est pas simplement un condensé de belles leçons d'optimisme et de fraternité. On y parle aussi de solitude, de jalousie, il y a tout autant d'anicroches que d'atomes crochus.
J'avoue que c'est le genre de lecture qui me plaisait particulièrement dès 11-12 ans, aussi je le conseille fortement aux jeunes ados d'aujourd'hui. C'est un livre sympa, divertissant, écrit par une suédoise qui affirme un potentiel réconfortant. Le style est gai, jamais compassé, et aborde les grandes tergiversations de l'adolescence sans ambages, sans chichis ni clichés. Un ton toujours juste !
La suite vient de paraître...

246 pages - Coll. Millezime des éditions Bayard - Avril 2006. Traduit du suédois par Jean Renaud.

Apres_le_voyage_scolaireLe voyage scolaire n'est plus qu'un souvenir, tous les élèves de 5eB ont bien profité de ces trois jours passés ensemble, sachant qu'ils allaient être séparés par les vacances et la prochaine rentrée. Maline, la principale narratrice, a un amoureux. Mais les choses ne sont pas simples à vivre. Faut-il prendre au sérieux une histoire quand on a treize ans ? Est-ce qu'aimer signifie devoir dire oui à tout ? Avoir envie, pas envie ?
Car cette fois-ci, le roman va aborder dans les histoires d'amour des adolescents l'envie de l'autre, l'attirance et l'acte sexuel. Même si l'édition indique en dos de couverture que "certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des jeunes lecteurs", le contenu du roman demeure très soft. Il y a des mains baladeuses, des pressions, pas de brusqueries. Car aimer peut aussi dire trahir, mentir, tromper.
Dans cette suite, comme l'annonçait la fin du "Voyage scolaire", un personnage principal va mourir. Qui ? Comment ? Pourquoi ? Et l'auteur offre ainsi une réflexion douce-amère sur le mal-être qu'on peut ressentir à 13 ans. Il est difficile pour les adolescents de savoir dire "je t'aime", difficile de se connaître et de comprendre ce qui les entoure, difficile aussi de s'accepter, avec ses différences.
Le livre aborde des thèmes très divers mais qui sembleront couler de source pour les ados. Il y a le problème de l'alcool, de la drogue, des disputes avec les parents.
Mais au-delà tout, il y a encore et toujours beaucoup d'amour. Maline est une jeune fille intelligente et sensée, dont le parcours ne pourra manquer de vous émouvoir. Cette suite est plus grave, plus délicate encore dans ses approches. Mais la justesse est remarquable.
Je le conseille fortement aux jeunes lecteurs dès 13 ans.

265 pages - Coll. Millezime des éditions Bayard - Mai 2007. Traduit du suédois par Jean Renaud. Illustration : Kyoko Horii.

3 juillet 2007

Zoo - Marie Darrieussecq

zoo"Zoo" est un recueil de nouvelles publié courant 2006, mais les 15 textes de son sommaire ne sont guère des épreuves originales car ils ont tous déjà été publiés dans des magazines ou des collections. Inutile de penser que Marie Darrieussecq va au casse-pipe, tout au contraire ! Le style de la nouvelle est un genre qui lui convient parfaitement car c'est véritablement dans la forme courte que son univers alambiqué prend un sens tout à fait cohérent !

Bien entendu, on aborde dans ces histoires le thème du fantastique, des fantômes, du clônage aussi ; et pourtant ce n'est jamais rébarbatif. J'avoue même que certaines nouvelles m'ont scotchée, comme "My mother told me monsters do not exist" et "La randonneuse". Si lire du Edgar Allan Poe vous file quelques frissons, vous pouvez donc sans attendre vous précipiter sur ces deux titres !

Naturellement, il y a deux, trois nouvelles absconses. Marie Darrieussecq ne serait pas ce qu'elle est si on échappait à ses sempiternelles turpitudes sur les sciences inexactes, les théories fumeuses et les délires quasi incompréhensibles. Bref, il faut bien en passer par là, peut-être est-ce aussi la signature d'une carrière débutante, certains textes ont été écrits vingt ans auparavant, bien avant son premier roman "Truismes", et ont servi à la genèse de celui-ci.

Autre chose qu'on ignore sur cet auteur, c'est qu'elle est plutôt drôle et très originale. Dans "Le voisin" elle raconte l'histoire du voisin de John Lennon qui vit cette cohabitation comme un enfer, à tel point qu'il prie pour qu'un malheur survienne et que son quartier retrouve sa tranquillité. A plusieurs reprises, également, M. Darrieussecq explore le sentier de l'érotisme, affiche son féminisme et étale un discours honnête sur la sexualité des femmes et des genres (cf. Célibataire et Simulatrix, par exemple). J'ai également éprouvé beaucoup d'attachement pour l'histoire de "Plage" et "Noël parmi nous" qui offre une chute particulièrement troublante. Et le dernier texte "Encore là" a été publié dans "Naissances", un livre que j'ai déjà recommandé. Ce sont 8 femmes écrivains qui prennent leur plume pour narrer l'expérience bouleversante de la maternité.

Pas de bouleversement dans "Zoo", mais un bon moment sympa à partager. Avec des découvertes très intéressantes, aussi. Le fait que ces nouvelles soient étalées sur les années révèle également une qualité inégale mais confirme la bonne santé de l'écriture de la dame Darrieussecq !

POL - 250 pages.

3 juillet 2007

Les enfants lisent aussi durant les vacances (1)

prune_et_rigobertoVoici un petit roman très mignon qui porte la touche fantaisiste d'Alex Cousseau. Déjà auteur de l'irrésistible Tout le monde s'embrasse, sauf moi, il continue d'enchanter le lecteur avec Prune et Rigoberto, une histoire qui se passe dans une piscine, mettant en scène deux enfants un peu timorés.

Ce jour-là, le maître nageur a demandé à tous les élèves de porter un pyjama pour la leçon. Il faut apprendre à nager sous l'eau avec le poids des vêtements trempés. L'idée fait rigoler les petits camarades, mais personne ne fait attention à Prune, une petite fille paralysée, toute blanche d'effroi et qui commence à pleurer. Rigoberto a bien observé la fillette et aimerait l'aider, même quand elle disparaît du bord de la piscine pour se réfugier sous les douches. Le garçon la suit et fait tout son possible pour vaincre ses inquiétudes.

Il est maladroit, il pense savoir pourquoi Prune est effrayée. Mais qui peut vraiment comprendre ce qu'est la peur ? Car Rigoberto doit également admettre que son coeur fait des bonds plus forts en pensant à Prune. La peur, ça ne s'explique pas. De manière générale : tomber amoureux ne s'explique pas, pleurer non plus. En somme, l'inconnu fait peur mais gagne à être "dompté". Le mieux est de prendre son courage, se jeter à l'eau et advienne que pourra !

C'est tout gentil, c'est tout simple. Les dessins de Natacha Sicaud soulignent parfaitement les traits d'innocence de ce joli petit couple. Dans le fond, l'histoire parle beaucoup d'amour avec l'aide des paraboles. Il faudra donc être attentif à bien tout expliquer à l'enfant qui, dès 8-9 ans, pourra se sentir concerné par ce roman.

100 pages - collection Zig Zag aux éditions du Rouergue - Février 2007

tout_le_monde_s_embrasseGrégoire, neuf ans, tombe amoureux d'une vendeuse de chaussures qui a vingt ans. C'est Léonor. Elle est jolie et le petit Grégoire est fou d'elle. Il rêve de la revoir. Belle aubaine : elle devient sa babysitter ! Léonor et Grégoire commencent à devenir très proches, le garçon le sent ainsi... L'univers de Grégoire est simpliste et sympathique. Et puis l'amour flotte partout : le chien est amoureux d'une taupe, papa et maman s'embrassent tout le temps. Il semble alors logique pour Grégoire que la belle Léonor va succomber à ses paroles d'amour !

Le texte, abordable dès 8 ans, s'accompagne des illustrations rondes et comiques de Nathalie Choux. Alex Cousseau a écrit là une franche histoire sympathique et attachante, c'est un livre sur l'amour, l'innocence et l'optimisme à toute épreuve. Qu'importe le résultat, le principal est d'y croire et d'espérer ! Vive l'amour, semble dire ce livre !

112 pages - Coll. Zig Zag aux éditions du Rouergue - Février 2004

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2 juillet 2007

Seize ans, franchement irrésistible - Sue Limb

Seize_ansIl s'agit donc du 3ème livre des aventures délirantes de Jess Jordan, adolescente de seize ans, qui partage son quotidien avec sa mère bibliothécaire et sa grand-mère qui se passionne pour les feuilletons télévisés. Ses relations avec son père parti vivre à St-Ives sont au beau fixe, après des vacances mouvementées mais merveilleuses ! La rentrée scolaire s'annonce sous un beau ciel bleu avec soleil brillant.

Jess est excitée d'annoncer à ses camarades la liste des bonnes nouvelles qui la concernent : son petit ami Fred semble lui plus circonspect et manque de clarté en annonçant sans complaisance qu'il aimerait mieux taire le fait qu'ils soient tous deux très amoureux. A son tour, Jess se fâche et prend la décision hâtive de ne plus le voir. Déprimée par cette dispute, Jess rentre donc au lycée en faisant la connaissance de Miss Epine, la remplaçante de leur professeur d'anglais, et s'attire immédiatement l'antipathie de celle-ci.

Dans ce troisième livre, Jess Jordan accumule donc les maladresses, collectionne les mensonges, ne parvient pas à se sortir de ses mauvais pas et apprend que sa mère a un nouveau petit ami ! C'est finalement un peu la même rengaine, et j'ai hélas trouvé que ce tome manquait un tantinet de fraîcheur et de spontanéité. Il y a beaucoup de déjà-vu, un peu trop de situations abracadabrantes mais on en retire tout de même un sentiment  de jovialité continue. Les dialogues de ces ados sont plutôt vifs et affûtés, ils ne frisent jamais la caricature mais correspondent bien à la tendance actuelle. Très positif, donc !

Gallimard jeunesse - 240 pages.  Traduit de l'anglais par Laetitia Devaux.

A lire : Le tome 2 "Seize ans ou presque, torture absolue"

2 juillet 2007

Comment j'ai raté mes vacances - Geoff Nicholson

comment_j_ai_rate_mes_vacancesEric vient de fêter ses 45 ans mais éprouve un profond désarroi devant le bilan de son existence. Il est marié à Kathleen, ils ont deux enfants, Max et Sally, cependant jamais il n'a éprouvé autant le sentiment de ne pas comprendre ses proches, d'être étranger à sa propre vie... bref il a besoin de vacances !
Il décide de retourner au camping caravaning Centre de loisirs de Tralee, un lieu de vacances où toute la famille avait gardé de bons souvenirs des années auparavant. Or, d'entrée de jeu, le séjour ne s'annonce pas du tout à la hauteur de leurs espérances. Du moins, en ce qui concerne Eric, narrateur de cette histoire, qui se présente comme un journal quotidien.

Effectivement les vacances au Tralee vont s'avérer catastrophiques, allant de mal en pis. Cela commence par un accident de la route, un type louche qui décide de réparer la voiture et disparaît avec, des voisins de camping bruyants, des vacanciers atypiques, un vieux fasciste ou un jeune bègue frustré et acariâtre. Mais la famille d'Eric aussi se disloque : sa femme est prise d'une frénésie sexuelle sans bornes, sa fille voue une foi religieuse débordante et file avec une troupe des Hell's Angels sans moufter, son fils impénétrable décide de retourner à l'état de nature... bref notre protagoniste est dépassé mais conserve un esprit d'optismisme à vous gravir toutes les montagnes !
Pourtant, la série d'humiliations et de cataclysmes se poursuit. Eric est harcelé par des types qui lui piquent son argent, un commissaire cinglé le menace d'un sabre et s'envoie en l'air avec l'épousée, il se fait berner par un vendeur de billets de loto et abuser par deux jeannettes...
Inutile d'en rajouter, la coupe est pleine !

Au début, avouous-le, l'histoire est profondément désopilante, très drôle et exaltante. C'est son avantage : une cadence soutenue, une avalanche de mésaventures qui déclenchent le sourire et un effet tout à fait divertissant ! Bref, c'est de bon augure. Or, très vite j'ai commencé à me lasser, à réprimer de l'ennui face à ce débordement. A trop grossir le trait, l'histoire devient plutôt ridicule et lourde. Un peu dommage. Mais ce livre se lit d'une traite, pressant l'envie de connaître le fin mot de l'histoire, de lever le rideau sur cette farce qui fait sourire jaune.
Pour le New York Times, il s'agit de la plus drôle des comédies noires !

275 pages - Pavillons poche, coll. Robert Laffont.  Traduit de l'anglais par Bernard Tule.

Publié aussi chez 10-18 en 2000. Porté à l'écran en 2006 par Scott Peak, avec David Carradine et Gina Bellman dans les rôles principaux.

30 juin 2007

A l'ouest ~ Olivier Adam

Encore un coup de poing littéraire : ce roman d'Olivier Adam, "A l'ouest", nous entraîne dans un univers intergalactique tant on plonge chez cette famille désespérée, malheureuse et aux bras ballants. Les dés ont été joués, ils ont perdu la partie et ne souhaitent pas remonter la pente. Marie la mère, Antoine et Camille les enfants adolescents. Lui ne va plus à l'école, il boit, fume, vomit et passe ses journées à dormir, marcher sans but, et revoit la jeune vendeuse en boulangerie pour tenter de l'embarquer avec lui pour une escapade sans retour. Camille est murée dans un silence glaçant, elle est transparente, elle s'inquiète pour ceux qu'elle aime, pleure dans sa chambre et prie en silence. Leur mère a décidé de prendre le large aussi. Tous trois sont des désespérés de la vie, le désarroi leur colle à la peau, ils ne sont pas pathétiques, ils inspirent une compassion, une volonté de les aider et les comprendre. En vain. Tour à tour la vie les malmène et les chahute. On les sait condamnés à l'avance : largués, paumés et inconsolables.
Cette lecture peut paraître déprimante, sauf qu'elle est merveilleusement servie du style d'Olivier Adam : économie des mots, des sentiments, corps et coeur désabusés, désarroi palpable et la lassitude d'être, de vivre qui se répand telle une marée noire. Collante, visqueuse, assassine. "A l'ouest" est un roman assez dur, assez grave. Il en ressort une certaine poésie mais, avant tout, une mélancolie assez belle. Assez poignante. Une très belle lecture.

juin 2004

29 juin 2007

La petite fille brune (et autres nouvelles du Sud) - Elizabeth Spencer

la_petite_fille_brune_brocheC'est suite à la récente découverte de Kaye Gibbons, grande voix de la littérature américaine, que j'ai choisi de lire ce recueil d'Elizabeth Spencer. A son tour, elle est présentée comme s'inscrivant dans la grande tradition de la littérature du Sud, entre Faulkner et Flannery O'Connor, bien qu'elle ne bénéficie pas de la même notoriété. Avec ce recueil de nouvelles, il est donc permis de mieux apprécier l'univers de cette dame âgée de 80 ans, qui nous présente une société du Sud des USA du temps où ses histoires furent écrites, dans les années 60, il me semble.

Ce sont donc six nouvelles qui sont au sommaire, des courtes et des plus longues, comme "Ship Island" ou "L'entreprise". Le point commun entre ces deux nouvelles est cette impression de décrire un milieu, celui de la bonne société, qui est un cercle fermé et sûr de ses goûts, mais où on introduit un petit grain de poussière pour enrayer la machine. Dans "Ship Island", c'est la liaison d'un beau parti avec une jeune fille de condition inférieure, et dans la deuxième on y croise un groupe d'amis qui "respire à l'unisson" et qui a les mêmes réactions, les mêmes idées, etc. Du moins, c'est ce qu'ils pensent, car l'association de Nell Townshend avec un employé noir va fissurer de toutes parts cette belle façade. La question raciale est le principal thème de cette histoire, qui est foncièrement la plus réussie du recueil.

J'ai beaucoup aimé l'ensemble, de toute façon. Essentiellement parce que le style d'Elizabeth Spencer est très élégant, très gracieux et laisse à penser à du Edith Wharton ou du Henry James. L'auteur prend aussi beaucoup d'inspiration dans la prise de conscience qui guide les personnages, il y a finalement une action lente et beaucoup de mystères derrière les faits. "Ship Island" est un bon exemple, "La petite fille brune" également. La petite Maybeth se persuade de croire que l'employé de ses parents, un certain Jim Williams, a une fille de son âge qui souhaite devenir son amie. Toutefois elle a honte de sa pauvreté. Maybeth donne alors de l'argent à Jim pour lui payer une belle robe jaune, tout en n'ignorant pas que Jim a la réputation d'être un ivrogne invétéré. Jusqu'au bout, tout comme Maybeth, le lecteur se demande qui dit vrai, qui dit faux...

la_petite_fille_brune_pocheLe gros souci de cette lecture reste donc cette immense frustration qui frappe le lecteur. Parfois cela manque de clarté, parfois le ton mystique pénalise l'enthousiasme et parfois c'est un peu trop court (cf. Une éducation chrétienne, où la fillette découvre un monde nouveau, interdit par les parents, mais ouvert grâce au grand-père qui s'en moque !). Toutefois je ne regrette pas du tout cette découverte ! Je pense me diriger davantage vers un roman la prochaine fois, pour mieux apprécier cette plume qui s'exprime franchement dans la longueur. On parle d'humour et de lucidité, à propos des héroïnes, mais cela convient également aux histoires. Un livre plus attachant qu'on ne le pense !

242 pages - Publié au Quai Voltaire en 2003 - Disponible en format poche chez Folio depuis Avril 2006.

28 juin 2007

Strawberry Shortcakes - Kiriko Nananan

Phénomène manga ?

Je vous invite à regarder ce soir, jeudi 28 juin, le reportage de l'émission Envoyé Spécial qui traite du " Manga, un monde à l'envers " pour mieux expliquer ce phénomène. Les mangas, ces bandes dessinées japonaises déclinées sur tous les modes (jeux vidéo, dessins animés, etc.), étaient voilà peu accusés de tous les maux. Violents, visuellement agressifs, «décérébrants», ils constituaient, selon certains, une menace pour les enfants. Aujourd'hui, les mangas ont triomphé. Plus de 1000 nouveaux titres sont publiés chaque année. Et la France en est, après les Etats-Unis, le plus gros consommateur au monde. Une équipe d'«Envoyé Spécial» est partie au Japon, à la rencontre des maîtres du genre. (Lien de l'émission)

Et par la même  occasion, je vous présente :

strawberry_shortcakesElles sont quatre filles dans le Tokyo d'aujourd'hui, elles bossent, elles vivent seules ou en colocation. Elles sont toutes les quatre concernées par les atermoiements amoureux, par l'isolement et par l'envie d'aimer et d'être aimées en retour. Il y a Tôko la dessinatrice qui vit mal la trahison de son petit ami et qui régurgite la nourriture qu'elle absorbe par dépit et dégoût. Elle partage désormais son appartement avec Chihiro, une fille très belle qui a un travail nul mais qui fait tout pour rester à Tokyo et ne pas retourner chez elle, dans sa triste campagne. Elle a un petit ami mais elle attend de lui qu'il soulève des montagnes... Tôko ne supporte plus Chihiro, et cette dernière est jalouse de sa force intérieure et de son indépendance financière.
Akiyo est aussi amoureuse de son meilleur ami Kikuchi mais n'arrive pas à lui dire et souffre en silence. Elle vend son corps pour s'offrir un jour la maison de ses rêves, mais elle craque à force de faux-semblants. La quatrième protagoniste est plus discrète, tranquille dans son existence rangée, gourmande et curieuse, elle attend aussi l'amour, qui ne vient pas.

Alors ça ne semble pas très rose, a priori. Et ce n'est pas faute d'en mettre, comme sur cette délicieuse couverture ou avec ce titre "Strawberry shortcakes" = Millefeuille à la fraise. Pourquoi ? "Malgré les apparences, au fond, nous sommes comme des mille-feuilles aux fraises : jolis, fragiles, sucrés."
Et ce sont également les trois qualificatifs qui viennent en tête quand on termine notre lecture. Ce monde féminin n'est pas sentimental et niais, il est plus complexe. Kiriko Nananan est une experte en la matière, déjà auteur de "Blue" et "Everyday", son créneau s'inscrit dans la douleur douce, dans l'étonnante et émouvante subtilité de la sexualité féminine. Elle pénètre l'âme humaine avec une facilité renversante, aidée par son art du dessin qui joue avec l'alternance de gros plans de visages, de silhouettes ou d'objets décadrés, en plus de l'utilisation du monologue. Même si parfois cela frise la morosité, il est impossible de ne pas adhérer à cette histoire, d'aimer les personnages et de les comprendre, de s'apitoyer sur leurs sorts et de souscrire à leurs préoccupations. Il y a une poésie derrière les larmes et la tristesse, un charme ténu, oui vraiment cette lecture est pénétrante, perspicace et raffinée. J'ai vraiment beaucoup aimé...

Traduction : Corinne Quentin. Casterman, coll. Sakka. 330 pages.

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