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Chez Clarabel
28 mai 2010

Les étranges talents de Flavia de Luce

Perdu au coeur de la campagne anglaise, Buckshaw, l'imposant manoir appartenant à la famille de Luce, est soudainement le théâtre d'un crime inexplicable. Le corps d'un inconnu a été retrouvé dans le potager, parmi les concombres. Et c'est la jeune Flavia, onze ans, qui est tombée nez à nez sur l'individu, recueillant le dernier souffle du rouquin qui s'est exclamé d'un Vale ! avant de rendre l'âme. N'imaginez point que la demoiselle tourne de l'oeil. Portée par son enthousiasme sur les mystères de l'âme humaine, passionnée de chimie, et plus particulièrement adepte des poisons, Flavia Sabina de Luce n'aime pas être prise pour une oie blanche lorsque l'inspecteur Hewitt la convie vers les cuisines de Buckshaw pour servir à son équipe d'enquêteurs une collation. Voyez-vous... Flavia n'en supportera pas davantage.

Se réfugiant dans son laboratoire pour songer avec amerturme qu'elle seule semble avoir reconnu l'invité de son père, avec lequel une discussion animée s'est échangée quelques heures plus tôt, Flavia se laisse doucement persuadée de la possible culpabilité de celui-ci. Haviland de Luce, veuf et ravagé par son chagrin, s'est depuis isolé dans son bureau, où il passe son temps à consulter ses albums de philatélie. Protégé comme le loup blanc par Dogger, leur homme à tout faire, ancien soldat ayant connu des heures difficiles en tant que prisonnier de guerre, les deux hommes entretiennent une relation de confiance jusqu'à l'absolutisme. L'un protégerait-il l'autre ? Flavia n'en est peut-être pas encore là, dans ses conclusions. D'abord, filant à toute vitesse sur sa bicyclette, rebaptisée Gladys, elle se rend à Bishop's Lacey, le village le plus proche, où elle espère trouver des informations dans les archives de la bibliothèque. 

Les_etranges_talents_de_Flavia_de_Luce_lattes

Forte en rencontres atypiques et aux personnalités attachantes et joliment excentriques, la quête de Flavia Sabina de Luce pour découvrir la vérité derrière cette affaire de meurtre se conduit sur un rythme raffiné et agréable. D'autres faits étranges sont auparavant survenus à Buckshaw, comme la dépouille d'un oiseau avec un timbre rare planté sur le bec retrouvée sur le pas de la porte, premier signe qui a suscité une vive émotion chez le père de Flavia, ou l'étrange disparition d'une part de tarte, et pas n'importe laquelle, puisqu'il s'agit de la tarte à la crème de Mme Mullett, la cuisinière, que toute la famille de Luce a en sainte horreur. Et au milieu de ce capharnaüm, règne aussi la sourde vengeance de la cadette envers ses deux soeurs aînées, Ophélia et Daphné, contre lesquelles Flavia a juré d'accomplir les supplices les plus fourbes, en réponse à leurs propres mesquineries. Petits meurtres entre soeurs, dans la stricte tradition britannique, ça se savoure !

Ce roman d'Alan Bradley est donc un pur moment de délectation, pas fatalement un grand moment de littérature policière, car l'intrigue, bien cousue, n'est pas non plus un noeud improbable et le coup de théâtre ne nous soulève pas le coeur d'étonnement. L'intérêt de cette lecture a été, pour moi, dans la divine et délicieuse description de la psychologie de Flavia de Luce, donzelle intelligente, futée et brillante, qui sait mettre les pieds dans le plat, se sert de sa malice avec un flegme inébranlable. C'est parfaitement judicieux, un régal sur 350 pages, avec des remarques piquantes, des références littéraires, des hommages à des personnalités féministes trop demeurées dans l'ombre des grands messieurs (par exemple, Marie-Anne Paulze-Lavoisier). Subsistent quelques défauts mineurs, qui ne terniront nullement la très bonne impression laissée par Flavia de Luce, onze ans seulement, et une maturité impressionnante ! L'histoire se passe en 1950. Instinctivement, on pense à Agatha Christie mais aussi à un film de Hitchcock, The trouble with Harry (Mais qui a tué Harry ?), grâce au cynisme et à l'humour de Flavia qui nous font passer un excellent moment. 

La prochaine enquête de Flavia de Luce, The Weed That Strings the Hangman's Bag, sera également traduite en français. 

Les étranges talents de Flavia de Luce ~ Alan Bradley
JC Lattès (2010) - 356 pages - 17€
traduit de l'anglais par Hélène Hiessler

Egalement disponible aux éditions MsK, sous une autre couverture. Les_etranges_talents_de_Flavia_de_Luce_msk

27 mai 2010

Rita et Machin : L'anniversaire

Rita et Machin sont de retour !

 

Lanniversaire

Machin fête son anniversaire, tous les copains sont invités pour une fête organisée par la maîtresse de cérémonie - Rita (who else ? ! ). Il faut bien évidemment brider l'enthousiasme du chien, qui est impatient d'ouvrir tous ses cadeaux et réclame la plus grosse part de gâteau. De son côté, Rita doit ranger sa jalousie dans la poche, car elle aurait bien aimé que les copains pensent aussi à elle, même si ce n'est pas son anniversaire.
D'ailleurs, quel cadeau a-t-elle réservé à son meilleur ami ?   
Rita + Machin = Grosse Histoire d'Amour.
Et moi je suis une grande, GRANDE fan de la série ! 
A ce stade, je pourrais manquer d'objectivité mais, franchement, je suis toujours pliée de rire face aux pitreries de la fillette et de son meilleur ami.
De plus, on retrouve dans ce numéro Bob-Edouard, Bertille Pot, son chat et Monster.
(Les fans connaissent, les autres ne demanderont qu'à connaître !)
Rita et Machin nous accompagnent depuis quelques années maintenant, ce ne serait guère pompeux d'affirmer qu'ils font partie de la famille. Aussi c'est si bon de reprendre de leurs nouvelles, avec cette sensation fébrile en guise d'anticipation.
Jamais je n'ai été déçue. Le bel esprit qui caractérise la série, à travers l'humour fin et impertinent, réhaussé par le trait noir sur fond blanc avec une simple petite touche de rouge, en plus des belles valeurs toutes simples, mais pas gnan-gnan, qui sont véhiculées, constitue à jamais LA signature de Rita et Machin. Inutile de préciser, toutefois, « Ce n'est PAS que pour les enfants » !
Messieurs Jean-Philippe Arrou-Vignod et Olivier Tallec, vous êtes de fantastiques partenaires de crime ! A bientôt, pour de prochaines aventures.

A savoir : Rita et Machin, c'est aussi une série animée en préparation pour 2010. Vous pouvez également les retrouver en 4e de couverture de Pomme d'Api tous les mois depuis septembre 2009. (A quand la compilation ?)

Rita et Machin - L'Anniversaire ~ Jean-Philippe Arrou-Vignod et Olivier Tallec 
Gallimard jeunesse (2010) - 5,90€

27 mai 2010

"If it ain't broke, don't fix it."

Voici un billet (trouvé sur Word for Teens) avec lequel je suis totalement d'accord !

 

I just don't get it.

It was funny at first.

But now, it just seems like people can't write their own stories. I'm all for parodies and monsters and adaptions what have you. But Little Vampires Women? Romeo and Juliet and Vampires? It's getting ridiculous.

What happened to coming up with your own ideas? I mean, I'm sure they're funny and entertaining. I got a kick out of Pride and Prejudice and Zombies, and the trailer for Sense and Sensibility and Sea Monsters never fails to make me laugh. But enough is enough! Let's stop turning our lovely Mr. Darcy into a
vampyre. Or vampire.



And of course. They did what nobody should do.
They touched my favorite.
My love-of-all-loves.
My classic-of-all-classic.
My eternal-debate-started.

 

Am I missing any? (Not included on this list are Queen Victoria, Demon Hunter and Abraham Lincoln, Vampire Hunter because both are original works of fiction. I'm also not counting Jane Bites Back, because as much as I don't like the concept, it is - again - not based on any of the Austen novels.)

And does anybody else agree?

[EDIT] Thanks to Briana for catching one I missed! And I don't think androids should be mixed in with ANY classic, thank-you-very-much.

I also just found Adventures of Huckleberry Finn and Zombie Jim. Woe is me.

 

 

source : Word for Teens

Fait assez extraordinaire, le billet de la blogueuse (Nicole) a été commenté par l'auteur de Jane Slayre ! ... La suite, ICI.

27 mai 2010

Mes dernières séances

 

le_gout_de_la_vieLe Goût de la vie est un film totalement prévisible, du début à la fin j'avais le sentiment d'avoir écrit moi-même le scénario. C'est cousu de fil blanc, une jeune femme au caractère coincé et très directif (elle est chef dans un grand restaurant) voit débarquer dans sa vie sa petite nièce orpheline. La cohabitation est un peu difficile, le personnage de Catherine Zeta Jones a du mal à s'assouplir pour comprendre la fillette. Au restaurant, elle voit aussi l'arrivée d'un nouveau second d'un très mauvais oeil. Il est pourtant charmant, plein d'entrain, il se dit admiratif de sa cuisine et il cuisine en écoutant et chantant de la musique italienne. Il est donc beaucoup trop bruyant et extraverti pour notre héroïne. Bien évidemment, ils vont se plaire, mais elle va croire qu'il se sert d'elle, il se sentira dépassé alors qu'il s'était investi pour la séduire, et aussi parce qu'il appréciait beaucoup la petite fille, laquelle a du mal à soigner son blues, pleure après sa maman, etc. Aucune surprise dans ce film ! Je pensais qu'en choisissant une comédie romantique, j'allais passer un bon moment de divertissement. Bof.
Par contre, j'ai eu une fringale de spaghetti à la sauce tomate et saupoudré de basilic en le regardant. Slurp.

26 mai 2010

Le Ciel est partout

C'est notre histoire. Il prononce cette phrase avec sa voix des dix commandements, et leur résonnance en moi est à l'avenant : profonde. Avec tous les bouquins que je lis, j'aurais pourtant pu y penser avant. Mais non. Pas une fois je n'ai songé à l'interprétation, au récit que l'on donne de sa vie, ma propre vie. J'ai toujours eu le sentiment que c'était une histoire, oui, mais pas une histoire dont je serais l'auteur et dont je pourrais influencer le déroulement.
Chacun est libre de raconter son histoire comme il l'entend.
Chacun son solo.

Le_ciel_est_partout_de_Jandy_Nelson

Follement romanesque et romantique, poignante et exaltante, l'histoire de notre John Lennon (Lennie, pour ses proches) nous touche et nous bouleverse. Son chemin vers la guérison (ne pas s'en vouloir d'être en vie et heureuse sans sa soeur décédée) est parsemé de petits cailloux, sur lesquels elle trébuche, et de petits bouts de papier sur lesquels l'adolescente griffonne ses états d'âme, ses bouts d'elle, avec ou sans sa soeur, lâchés au vent, confiés dans le vide, égarés volontairement pour que ses pensées sortent d'elle et ne l'enferment plus.

C'est frais, poétique, émouvant. Beau comme la vie, avec ses hauts et ses bas, ses coups durs, ses éclats, ses trahisons, ses révélations. J'ai aimé ... comme le goût des baisers de Joe et Lennie qui atteignent le firmament. Mention spéciale pour la grand-mère et l'oncle de Lennie, pour Sarah, sa meilleure amie, pour Joe et ses frères, tous plus renversants les uns que les autres, pour la musique aussi, dont la puissance d'évocation frise l'érotisme, comme le souffle du vent dans les arbres de la forêt, sans oublier le jardin de Manou, pour sa douce et tendre excentricité, pour ses rosiers au pouvoir aphrodisiaque.

C'était mon plaisir de lecture arrivé au bon moment, mon histoire d'amour, de manque, de deuil et de souffrance qui a su me redonner confiance en la vie. Plus belle, plus joyeuse, plus optimiste. J'ai beaucoup aimé.

Tandis que je regagne la table pour m'asseoir, une certitude s'éclaire en moi : la vie n'est qu'un vaste bazar. En fait, je vais dire à Sarah qu'il nous faut créer un nouveau mouvement philosophique - le bazaressentialisme au lieu de l'existentialisme, pour tous ceux capables d'apprécier ce bazar fondamental qu'est l'existence. Car Manou a raison. Il n'existe pas qu'une seule vérité, mais une multitude d'histoires qui se déroulent toutes en même temps, dans nos têtes et dans nos coeurs, et empiètent toutes l'une sur l'autre. En bref, un immense bazar, calamiteux et magnifique. Comme le jour où Mr James nous a emmenés dans les bois et s'est écrié triomphalement : "Voilà, c'est ça !" face à l'étourdissante cacophonie provoquée par les instruments solistes essayant de jouer ensemble. Voilà : c'est ça.
J'examine les piles de mots qui constituaient autrefois mon livre préféré. Je voudrais recomposer toute l'histoire dans le bon ordre pour que Cathy et Heathcliff puissent faire d'autres choix, qu'ils cessent de se rentrer dedans à chaque virage, qu'ils écoutent la rage volcanique de leurs coeurs et tombent enfin dans les bras l'un de l'autre. Mais il est trop tard. Je vais jusqu'à l'évier, j'ouvre la poubelle et y déverse Cathy, Heathcliff et le reste de leurs malheurs.

Le ciel est partout ~ Jandy Nelson
Gallimard, coll. Scripto (2010) - 330 pages - 11€
traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Peronny

25 mai 2010

Jean-Noël Sciarini

Je m'appelle Toni Canetto, j'ai seize ans, et comme je ne sais pas qui je suis, que j'en crève de ne pas le savoir, je cherche l'amour dans les chansons.

garcon_bientot_oublie

En voilà un roman absolument déconcertant, qui n'est pas tendre avec son lecteur car il choisit sciemment de le bousculer. C'est l'histoire d'un garçon de seize ans intimement persuadé d'être une erreur de la nature ("être un garçon manqué, un garçon râté"), il ne se sent pas dans la peau d'un garçon comme les autres, mais un garçon en passe de devenir une femme. Et c'est en découvrant une chanson d'Antony & the Johnsons, puis en rencontrant Rose à Paris qu'il va comprendre que son destin est tracé. L'histoire de son parcours et de cette révélation nous apparaît hallucinante et bouleversante de beauté brute. C'est un texte dur, un vrai électrochoc, qu'on reçoit comme une claque. La fin du roman, notamment, n'est pas facile. Tout s'embrouille, tout se met en branle, c'est le chaos. Toni a pris conscience d'un tas de choses, il va agir et basculer dans un univers cotonneux, presque onirique. J'étais un peu paumée mais je n'ai pas  regretté.

Néanmoins, au-delà de toutes les considérations sur le sexe et l'identité profonde, c'est aussi un livre qui laisse libre cours à de pleines pages de bonheur musical. Associer la découverte d'une chanson à la renaissance, à la vie qui se révèle et aux émotions que cela implique, j'ai trouvé que c'était tout simplement merveilleux.

Je pose le disque dans mon lecteur CD, et pendant des heures, plus rien n'existe.
Que cette chanson. Et moi.
Des dizaines de fois, je l'interromps, ne l'écoutant que par bribes, comme un corps si longtemps désiré, et annexé millimètre après millimètre, sans pouvoir y croire, à cette beauté et à cette chance de pouvoir le toucher, enfin ; toute cette attente, ce n'était pas en vain.
Je m'écroule alors, trop-plein de sensations physiques dont j'ignorais l'existence - moi qui n'ai jamais vécu que dans ma tête.
Recroquevillé sur le sol de ma chambre, je fonds en larmes, mon corps parcouru de sanglots violents inséminés par une voix nouvelle, comme un ouragan le traversant, le dévastant.
Comme s'il fallait détruire tout ce qui était pour laisser tout l'espace du monde à ce qui sera.
 

Le garçon bientôt oublié ~ Jean-Noël Sciarini
Médium de l'école des loisirs (2010) - 196 pages - 10€
illustration de couverture : Rascal

L'auteur s'était déjà illustré dans un premier roman, Nous étions des passe-muraille, tout aussi complexe et troublant.

(...) j'ai proposé à Sarah de s'asseoir sur une banquette. Elle a fait non de la tête et s'est frayé un chemin parmi la foule. Puis elle s'est mise à danser, les yeux clos, indifférente à ce monde si vaste qui s'étendait à la frontière de son corps ; je ne l'avais jamais vue danser avant cette nuit. Et même maigre à pleurer, elle était encore si belle cette nuit-là, Sarah, ma ballerine, à danser sur la pointe des pieds, Sarah, se réappropriant son corps et abolissant, le temps de quelques chansons, cette frontière invisible qui la tenait depuis trop longtemps à l'écart du monde.
Je suis resté planté, à la regarder danser pendant plus d'une heure. J'étais paralysé, ne voulais rien faire. Il fallait que l'équilibre ne se rompe pas, il fallait qu'elle sente à nouveau le sang affluer dans ses veines d'or, qu'elle réanime les fonctions de son corps.
Quand elle a enfin ouvert les yeux, ils étaient pour moi. Elle a parlé - non, je n'ai pas rêvé, Sarah, j'ai entendu ta voix -, elle m'a dit :
- Jean, danse avec moi !
C'était une injonction. Un ordre comme je n'osais plus en rêver. Sarah reprenait les commandes, à l'écoute des battements du monde ; Sarah forte et fragile, sourire aux lèvres, tantôt narquoise, tantôt désarmante d'innocence non feinte. Et son regard comme  une contrepartie à l'obscénité du monde. Ses colères pour rien, aussi, que je fuyais au début comme la peste, préférant passer pour un lâche plutôt que d'affronter les coups millimétrés de ses mots, les fléchettes empoisonnées qu'elle me décrochait. Ses colères qui me manquaient tant à présent...
Alors j'ai dansé avec elle - tâchant d'oublier quelques minutes que je ne dansais presque jamais, tellement j'avais honte de la gaucherie de mes pas, de mes longues mains que je ne savais où mettre, excepté au fond de mes poches. A ce moment-là, nos vies battaient au rythme saccadé d'une mélodie minimale jouée par un DJ de Detroit.
Je n'aimais pas cette musique, je n'aimais pas cet endroit mais j'étais si heureux de voir Sarah danser comme une folle, Sarah assassinant père et mère, Sylvia Plath, Fernando Pessoa, puisqu'elle n'en avait plus rien à faire de la gravité et qu'elle était à nouveau prête à la défier, ce soir-là, dans cette ancienne fabrique cerclée de briques rouges.
Et puisqu'il y a déjà bien assez d'anges dans le ciel, redeviens un démon, Sarah, redeviens un démon et enivre-toi ; de Dionysos tu seras toujours la fille, Sarah.

passe_murailleC'est encore un texte pas facile du tout, mais très attachant et émouvant, admirablement écrit et d'une poésie pointilleuse. C'est l'histoire d'un couple improbable - lui, pataud et encombré d'un corps disgracieux, et elle, belle et rayonnante, mais qu'on dit folle alors qu'elle est malade, ne mange plus, ne parle plus. Elle est internée dans un centre d'où Jean, le narrateur, va la sortir pour l'emmener en Allemagne, pays que Sarah a quitté brutalement quand elle était enfant. Il espère ainsi que ce retour aux sources la guérisse ou lui redonne goût à la vie. C'est un petit roman sensible et sincère, qui m'a mise à plat, mais je savais les risques que je prenais. La lecture fut éprouvante, mais elle a su générer une énergie forte et revigorante. Envers et contre tout.

Nous étions des passe-muraille ~ Jean-Noël Sciarini
Médium de l'école des loisirs (2009) - 178 pages - 9,50€
illustration de couverture : Frank Juery
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16 mai 2010

Blue Cerises saison 3

blue_cerises_saison_3

" Les Cerises, c'est la possibilité d'être nous, tels quels, sans masque, sans paraître. Un cocon, peut-être, où nous pouvons nous protéger de tout le reste. " (Satya, de musc et de havane)

Voilà une troisième saison beaucoup plus rude pour nos Cerises. C'est le soir du réveillon de la saint-sylvestre, tous les quatre se rendent à une fête costumée, mais rien ne se passe comme prévu. Violette apprend que son frère a disparu, Amos pète un câble et lui envoie un scud en pleine figure, Zik et Satya frisent le rapprochement avant de revenir sur terre pour recoller les pots cassés. Quelle soirée !

Après la saison des secrets, voici la saison des révélations et du sentiment de trahison. Les masques tombent, le fantôme d'Olivia revient tous les hanter, entre apparition surréaliste ou harcèlement d'un dégénéré, les Cerises sont paumés et ont besoin de leur amitié pour ressouder les liens qui se desserrent. Or, l'amitié bat des ailes. Zik a le sentiment d'avoir été mise de côté, Amos a cru pouvoir se séparer de sa famille qui part au Canada en se consolant auprès des Cerises, mais soudain le déchirement devient vif et inexplicable, Violette a bafoué la confiance de ses proches, aujourd'hui elle en paie douloureusement le prix, et enfin Satya ne veut pas entendre parler de ce type débarqué de New York qui aurait bien connu ses parents en Inde. A l'instar de ses amis, il préfère se protéger de la réalité, ne pas affronter certaines vérités, trouver un refuge ailleurs, à la Cinémathèque par exemple. Quand on a toujours compté l'un pour l'autre, et l'un sur l'autre, cela devient subitement troublant de ne plus rien retenir et de découvrir que tout se délite. Et le désespoir de Zik est juste beau, poignant et émouvant.

" J'y ai tellement cru, aux blue Cerises, j'ai tellement cru qu'ils m'aidaient à vivre. Notre mot de passe n'est-il pas : "On en parle ?"
Dans ce cas, pourquoi est-il si difficile de se dire les choses ? N'y a-t-il pas une gigantesque supercherie à croire que l'on ne peut être rien sans les autres ? Je n'en peux plus. J'ai envie de hurler. Je ne supporte plus cette hypocrisie de merde. "
  (Zik, lonely cat)

Les blue Cerises, c'est l'amitié puissance 4. Une amitié fusionnelle, qui n'est pas épargnée par les coups de griffes, mais après tout il faut aussi grandir dans la douleur, et comme nos petits Cerises ont un goût inné pour la dramaturgie (on ne se gave pas de cinémathèque en apprenant par coeur les répliques implacables pour rien !), tout ça vous vrille le coeur et le corps. Cette saison se boucle donc sur une note d'amertume, en même temps lire quatre fois une cinquantaine de pages où les émotions sont intenses et exarcerbées ne peut pas se terminer autrement. Et c'est avec une certaine boule au ventre qu'on repose nos quatre petits bouquins, avec des questions qui passent en boucle, comme de ne pas comprendre où Amos a perdu la raison, à une lettre près (ça signifie "entendre son coeur") et sur quelle épaule Zik a calé sa tête (en se glissant dans la peau de Scarlett).

Donc, les larmes, les cris, la colère, la boisson, les notes de musique ont beaucoup versé dans cette saison mais c'est un mal pour un bien. Cette série, à travers son concept, son idée, son style et son portrait de quatre adolescents inséparables, montre que l'union fait la force.

En attendant un dénouement apaisant (Zik / Satya ?!?), la saison 3 a posé les bonnes questions : " Pourquoi cette violence ? (...) Où est ma place dans cette histoire ? Je suis libre d'être ce que je suis. Les ailes froissées, je me cogne, encore et encore, aux lumières de la vie. Et je me consume. " (Violette, la minute papillon)

La saison 3 des Blue Cerises comprend :

* Violette, la minute papillon ~ Cécile Roumiguière
* Zik, lonely cat ~ Maryvonne Rippert
* Amos, anticorps ~ Sigrid Baffert
* Satya, de musc et de havane ~ Jean-Michel Payet

Milan, coll. Macadam (2010) - 4€ chaque livre. 

13 mai 2010

Un automne à Kyoto (Karine Reysset) & Le tueur à la cravate (Marie-Aude Murail)

A suivre, deux romans récemment publiés par l'école des loisirs.

Je commence par mon préféré : Un automne à Kyoto de Karine Reysset.

Un_automne_a_Kyoto_de_Karine_ReyssetC'est un petit roman très attachant, qui raconte le voyage de Margaux au Japon (son père a obtenu une bourse pour résider à la Villa Kujoyama de Kyoto). En plus d'être dépaysante et poétique, l'histoire nous invite à explorer les états d'âme de l'adolescente dont le petit monde est en train de se fissurer de partout. D'abord, il y a la distance qui s'installe avec son petit copain, resté à Saint-Malo, puis l'humeur morose de son père, accaparé par son travail, et l'absence de leur mère, qui ne les a pas accompagnés à cause de son travail, et enfin Eric, leur voisin photographe, qu'on nous présente avec un sourire carnassier et qui, à force de croiser Margaux, va affoler les battements de son coeur. 

C'est une histoire touchante, avec quelques pointes d'amertume, sur ce qui fait et défait un lien, sur ce qui fait grandir aussi, sur les petites choses belles, touchantes, émouvantes, celles qu'on regrette, celles qu'on ne supporte plus. Ce beau voyage au Japon va faire exploser le coeur et la tête de Margaux, mille sensations sont attendues, avec cette petite phrase qui dit peu et tout à la fois : " Kyoto, il est temps que je parte, tu m'as ensorcelée, divine, tu m'as presque rendue folle, tu nous as tous rendus fous. Tu vas me manquer. "

Vraiment un joli roman qu'offre Karine Reysset, qui s'inscrit entre le carnet de voyage et le roman d'apprentissage, enrichi d'haïkus et d'illustrations sur les paysages de Kyoto.

Coll. Médium, EdL (2010) - 176 pages - 10,00€
illustration de couverture :  Hélène Millot

Le deuxième livre est celui de Marie-Aude Murail, Le tueur à la cravate.

Le_tueur_a_la_cravateJe crois avoir été plus emballée par le journal de bord que par l'histoire policière elle-même. En effet, sur quelques 70 pages, l'auteur nous raconte son métier d'écrivain et la lente élaboration de son dernier roman (pour tous ceux qui se posent la question, d'où vous vient l'inspiration, comment naît un roman, vous serez servis !). Donc, Marie-Aude Murail vient de terminer Malo de Lange et songe déjà à son prochain projet - un livre sur la mythologie grecque ou les réseaux sociaux du net. (Finalement, MAM optera pour la deuxième option.) Et c'est tout simplement cocasse de la suivre sur les pistes des blogs, de sites des copains d'avant, de facemachin, une sorte de pélerinage dans un pays inconnu qui la déconcerte et la met mal à l'aise. (Bon, il faut noter que l'auteur est absolument farouche au principe d'exhibition, mais elle ne juge pas, elle s'interroge et elle pose un regard innocent et sévère à la fois.)

Bien sûr, il y a d'abord le roman à lire pour frissonner de plaisir. Le Tueur à la cravate se veut un très bon thriller, où tout commence quand deux adolescentes postent la photo de classe des parents de Ruth sur un site du genre perdu-de-vue. A partir de là, les vieux démons vont se réveiller car nos demoiselles ignorent qu'un macabre fait divers a secoué la classe de TC3 qui appartenait au père de Ruth, à sa mère et la soeur jumelle de celle-ci. Vingt ans plus tôt, donc, cette dernière a été sauvagement étrangée, le corps jeté dans la Charente, le meurtrier mis sous les verroux, même si pendant un temps c'était le père de Ruth, lui-même, qui avait été suspecté. Aujourd'hui chirurgien estimé, Vincent Cassel élève seul ses deux filles, depuis la mort soudaine de son épouse. C'est beaucoup pour un seul homme, pense-t-on.

L'histoire nous en montrera d'autres, des vertes et des pas mûres, et durant une lente et haletante montée en pression, l'intrigue ressert son étau de façon inexorable (même si j'avais facilement deviné la fin). Malgré tout, cette histoire policière ne prend pas ses lecteurs pour des idiots, il y a des morts, des suspects, des psychopathes et des beaufs. Au milieu, on suit une jeune fille qui, en perte de repères, ne va plus savoir à qui accorder sa confiance (et on la comprend tout à fait !). C'est un roman noir, à l'ambiance oppressante. Et je crois que, pour un lecteur qui n'est pas encore trop usé par les ficelles du genre, ce livre conviendra parfaitement.

coll. Médium, EdL (2010) - 362 pages - 11,50€
illustration de couverture :  Franck Juery

11 mai 2010

Le Journal de Carrie

Carrie Bradshaw (oubliez l'icône de Sex and the City) a dix-sept ans, elle vit à Castlebury, un bled paumé, où elle va au lycée et passe son temps libre auprès de ses amis d'enfance. C'est l'année de terminale, l'année de tous les défis et de toutes les envies. Carrie est une fille fofolle et déjantée, elle est intelligente mais manque de confiance en elle. Elle rêve de New York, d'être écrivain et de tomber amoureuse. Et déjà se profile son goût prononcé pour les toxic boys - Sebastian Kydd a tout d'un M. Big quinze ans plus tard ! Qu'importe si elle se casse les dents, Carrie se lance dans cette relation qui lui colle à la peau.

Le_journal_de_Carrie

Être ou ne pas être fan de la série (qui reste à mille lieues des livres de Candace Bushnell, entre nous), avoir ou ne plus avoir quinze ans, tout ceci ne tient plus compte car c'est une lecture qui s'apprécie sous toutes les coutures. Pour ceux qui connaissent, c'est d'abord le plaisir de rencontrer une Carrie prête à sortir de sa chrysalide, c'est comprendre ses racines, son histoire avec sa famille, ses premières relations amicales et les échelons vers New York (quelle fin ! de quoi vous donner un sourire béat, en vous mordant la lèvre d'impartience). Par contre, j'ai craint au début être frustrée de replonger ainsi à la source, car à quoi bon lire le début d'une histoire si l'on connaît déjà la fin ? Heureusement, cela n'a strictement rien à voir.

"Le Journal de Carrie" se veut une chronique sur la jeunesse qui se cherche, qui s'aime et se déchire, sur les modes et les clans, les trahisons, les éclats, les faiblesses et les révélations. Avant d'être Carrie Bradshaw, c'est une jeune fille comme les autres, forte et fragile, que la vie n'épargne pas mais qui lui réserve aussi bien des surprises. Et j'ai aimé ce visage de Carrie, qui la rend encore plus attachante et proche du lecteur. A bas les doutes, cette lecture est une agréable surprise, une lecture qui se révèle pétillante, tendre, sensible et légère. Un flashback vers ses propres années-lycée aussi. 

Le Journal de Carrie ~ Candace Bushnell
Wiz d'Albin Michel (2010) - 442 pages - 18€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

6 mai 2010

Enfin !

C'est jour de délivrance pour les lecteurs de Cassandra Clare et de Suzanne Collins !

Pocket

Très attendu par les lecteurs de Cassandra Clare, Le miroir mortel (tome 3 de La Cité des Ténèbres) répondra à de nombreuses questions : les liens entre Jace et Clary, la vérité sur leurs origines, la quête absolue de Valentin, l'apparition soudaine d'un nouveau personnage - Sébastien. Ce troisième tome s'exporte de New York à Idriss, le berceau des Shadowhunters. L'ambiance est plus sombre, la signature des nouveaux accords est retardée, la guerre déclarée par Valentin semble imminente. Donc, oui c'est un tome explosif avec beaucoup d'action, toujours de l'humour et une pointe d'amour aussi. Jace et Clary passent probablement moins de temps ensemble, mais les rares instants offerts valent leur pesant de cacahuètes. Assurément, un tome à la hauteur de toutes nos attentes !

 

 

La Cité des Ténèbres ~ Cassandra Clare
Livre 3 : Le Miroir Mortel
Pocket jeunesse, 2010 - 607 pages - 19,50€
traduit de l'anglais (USA) par Julie Lafon

 

L'Embrasement, suite du premier volume de Suzanne Collins, revient sur les conséquences des Hunger Games, ce jeu sadique où sont filmés en direct des adolescents de différents horizons dans une lutte acharnée pour leur survie. Katniss en est sortie désabusée et encore plus déboussolée car son avenir s'annonce pesant. Malgré elle, son personnage est devenu un symbole au sein des districts rebelles, qui étouffent sous la politique du Capitol. Mais ce dernier n'est pas né de la dernière pluie et veut punir l'effronterie de la jeune fille. Ce que réserve ce deuxième tome est absolument ahurissant, à lire à bout de souffle. Au cours des 400 pages, l'histoire ne cesse de nous en mettre plein la vue : c'est stressant, romantique, poignant, injuste et tout ça vous épuise nerveusement, mais pas question de reposer le livre un seul instant. Hunger Games est une série qui colle aux doigts, c'est confirmé ! Vivement le troisième et dernier tome ! (à paraître en 2011)

Hunger Games - L'embrasement ~ Suzanne Collins
Pocket jeunesse, 2010 - 400 pages - 17,90€
traduit de l'anglais (USA) par Guillaume Fournier

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