Les mots sont, les mots font, les mots disent Les mots coulent, les mots roulent sur un fil

27/02/15

Pages de Février

Quelques bonnes pages lues ces derniers temps... à partager allègrement.

On se retrouve dans le portrait hilarant d'une famille (couple avec deux enfants) qui décrypte à merveille l'ordinaire de notre vie, parents, ados, animal de compagnie y sont tous joyeusement épinglés ! Le bouquin a déjà fait le tour de la maison. Ricanements assurés.

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Parents, mais presque... de Margot De Vigan (Vents d'Ouest)

 

J'ai dévoré la biographie d'Agatha Christie adaptée en roman graphique (jolis dessins et très belles couleurs), avec pour effet de donner envie de relire un de ses livres pour prendre des nouvelles de Hercule Poirot ou Miss Marple, ces beaux diables qui hantaient l'écrivain, et j'ai hâte de découvrir Partners in Crime la nouvelle série de la BBC avec le sémillant duo Tommy & Tuppence (incarné par David Walliams et Jessica Raine) ! 

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Agatha : La vraie vie d'Agatha Christie, de Guillaume Lebeau & Anne Martinetti (MaraBulles)

 

Puis on finit par glousser en découvrant cet étrange livre issu du blog de l'américaine Allie Bosch, qui tape à l'œil avec ses illustrations bizarroïdes et nous raconte ses souvenirs d'enfance, ses angoisses existentielles, sa dépression et ses histoires absurdes avec les chiens. Une lecture sacrément tordue ! 

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HYPERBOLE, par Allie Brosh (Les Arènes)

 

Bonne pioche ! 


L'Anneau du Sorcier : La marche des rois (Tome 2), de Morgan Rice

Parution rapprochée de la suite de L'Anneau du sorcier - tome 1 : La Quête des héros. ALERTE SPOILERS.

Anneau du Roi

La tentative d'empoisonnement contre le roi MacGil a échoué, pourtant sa vie est toujours menacée. Profitant de la confusion générale, un individu va ainsi se faufiler dans ses quartiers pour le poignarder. Le monarque succombera à ses blessures, sous les yeux de sa famille éplorée. Thor, qui croupissait au fond de sa cellule, va obtenir sa grâce in extremis et être le témoin privilégié des derniers mots du roi. Celui-ci lui promet également un grand destin et l'encourage à percer le secret de ses origines, au-delà des frontières du royaume. 

Le garçon doit justement embarquer avec la Légion pour l'Épreuve des Cent Jours, qui consiste à prendre la mer et affronter ses dangers. Ce départ signifie aussi des adieux avec sa dulcinée, alors que le couple venait tout juste de se réconcilier. Gwendolyn est terriblement abattue par le drame qui déchire sa famille, sa mère n'est plus que l'ombre d'elle-même, Gareth impose sa loi et fait trembler le conseil. La nouvelle de son accession au pouvoir par des procédés fourbes s'est déjà propagée chez les territoires voisins, où les troupes ennemies affûtent leurs armes avec impatience.

Cette série ne révolutionne peut-être pas le genre de l'heroic fantasy, mais parvient inexplicablement à m'intriguer malgré ses défauts récurrents (des personnages stéréotypés, une histoire cousue de fil blanc et une écriture assez pauvre). Pour qui débute dans ce créneau, notamment de très jeunes lecteurs, cela reste un choix judicieux pour mettre le pied à l'étrier. Le niveau y est accessible, la lecture est aisée et agréable, même l'histoire se lit sans déplaisir, bien qu'elle soit sans surprise. Mais c'est déjà un bon début, avant de s'attaquer aux classiques (Robin Hobb & George R-R Martin).

Par contre la série comprend 17 tomes - c'est beaucoup pour une série d'aussi faible envergure. :-(

Albin Michel, février 2014 ♦ traduit par Hélène Bury (Book 2 : A March of Kings)

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26/02/15

Desolation Road, de Jérôme Noirez

 « L'amour, c'est rien que de la poussière et des étoiles, monsieur. »

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Du fond de sa cellule, June Madero, seulement 17 ans, attend son exécution et accepte de recevoir un journaliste pour lui confier toute son histoire. Celle d'une petite fille privée trop tôt de son papa, déboussolée par le changement radical de sa vie, elle va détester son déménagement à la campagne, dans une ferme, près de Yerington, dans le Nevada. Seule sa rencontre avec le petit voisin, David O'Reilly, la propulsera vers le firmament (amour, bonheur, plaisir et excitation).

Mais nous sommes dans l'Amérique de la Grande Dépression, crise économique, banque en faillite, plus de boulot... Comment un jeune couple, planant sur son petit nuage, va comprendre que pour vivre, pour survivre, il faudra plus que de la chance et du mérite ? Vient le premier dérapage, qu'on peut qualifier d'accident. Puis un autre, et encore un autre... Sans ciller, les amoureux basculent dans le banditisme.

« Quelque part, le crime nous attirait. C'était peut-être le seul moyen de nous sentir libres et de nous aimer ainsi que nous l'avions décidé, sans que personne ne s'en mêle. (...) Nous étions des hors-la-loi, nous l'étions depuis notre premier baiser. »

Bien sûr, on pense aux amants terribles, Bonnie & Clyde, dont l'histoire a enflammé l'imaginaire et la culture rock. Le récit de June aussi prend aux tripes, la jeune fille se montre sans fard et dévoile un troublant aspect de sa personnalité - follement amoureuse de son homme, elle était prête à tout pour lui et révèle une détermination farouche. Son témoignage, censé attirer la sympathie du public, suscite pourtant des sentiments contradictoires, entre compassion, élan de tendresse, perplexité.

Et c'est une franche réussite de laisser le libre arbitre au lecteur, qui jugera à sa guise, après avoir ingurgité les 188 pages du roman. Une chose est sûre, c'est une histoire qu'on dévore, passionnante, pleine d'action, riche en détails historiques et follement romanesque. C'est aussi un hymne à l'amour, la liberté, la conquête de l'Ouest, l'espoir déçu et la perte des illusions. Bien écrit et captivant ! 

Gulf Stream éditeur, coll. Courants Noirs, août 2011 ♦ Bientôt disponible en format poche !

25/02/15

Force noire, de Guillaume Prévost

Force noire

Alma, comme beaucoup d'adolescentes, déteste les récits de guerre, jusqu'au jour où elle croise dans son immeuble un vieil homme noir, Bakary Sakoro, qui accepte de lui ouvrir sa porte pour s'y réfugier quelques heures (la jeune fille ne supporte plus l'ambiance chez elle, une crise typique, sans importance). L'homme, en train de feuilleter ses albums, se met à lui raconter son histoire.

Né sur les rives du Niger, au Mali, l'homme avait 17 ans quand il a quitté son pays pour rejoindre l'armée française et venger l'honneur de sa famille. Il part à l'aventure, le cœur gonflé d'espoir et portant au cou un talisman, Force Noire, pour invoquer la puissance guerrière de son grand-père. Il croisera en chemin de joyeux drilles, le Siffleur, Goliath et l'Intellectuel, ses compagnons inséparables, mais aussi une belle demoiselle, Jeanne, avec qui il va vivre un amour impossible.

Son destin hors du commun est raconté en toute simplicité, entre émotion, nostalgie et spontanéité, et accorde une place essentielle aux oubliés de la Grande Guerre, soit les « Tirailleurs sénégalais », dont le courage et le sacrifice n'ont jamais démenti. Ce livre leur rend un bel hommage, poignant, au-delà d'une trame romanesque aux envolées “fleur bleue” qui prêtent parfois à sourire.

Ce récit, bien écrit et richement documenté, saura enthousiasmer de jeunes amateurs de romans historiques et autres passionnés d'histoires mêlant adroitement le réel et le fictif. 

Gallimard jeunesse, août 2014

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Ne tombe jamais, de Patricia McCormick

« Des nouveaux prisonniers arrivent au camp tout le temps. On ne les cache plus. Maintenant, les Khmers rouges leur font traverser la place. Attachés les uns aux autres, tête basse. Ils les frappent devant nous pour qu'on voie ce qui arrive aux gens qui ont mauvais esprit. Les Khmers rouges nous observent sans arrêt. Ils observent pour voir si vous montrez de l'émotion pour les victimes. Si oui, ils vous tuent.
Un jour, un garçon de mon groupe, il voit sa sœur arriver sur la place. La sœur le voit aussi. Mais elle regarde ailleurs. Fait semblant de ne pas le connaître. Parce qu'elle comprend qu'il peut être tué simplement parce qu'il est parent avec elle.
Les Khmers rouges, ils frappent les prisonniers, un par un, avec un bâton et ils nous obligent à regarder. Maintenant, c'est le tour de la sœur du garçon. Je lui tiens la main, très fort, je serre sa main. Ils la frappent avec un bâton, la frappent sur la tête, les épaules, les jambes, et chaque fois je serre la main du garçon pour qu'il ne crie pas. Elle tient sa tête bien droite, puis, très vite, elle tombe, plus de vie en elle et très lentement, en silence, j'emmène le garçon. »

Ne tombe jamais

Ce livre renvoie à un chapitre peu glorieux de l'histoire du Cambodge (l'arrivée des Khmers rouges au pouvoir), qu'on découvre à travers le témoignage du jeune Arn, un récit raconté dans l'urgence et avec une terreur palpable. Car « essayer de saisir cette voix, c'était comme essayer de capturer une luciole » rapporte l'auteur. À maintes reprises, elle a en effet tenté de glisser les bonnes formules grammaticales et syntaxiques, avant de s'avouer vaincue car « la lumière s'éteignait ».

Et c'est donc naturellement, avec une façon de parler si personnelle et si belle, que le récit découle. Arn a onze ans quand il a été envoyé dans un camp de travail, pour cultiver le riz, et a vécu l'enfer (famine, maladie, coups et tortures) mais c'est finalement grâce à sa passion pour la musique (il adorait chanter Elvis et danser le twist) qu'il va sauver sa peau. Un jour, des soldats décident de monter un petit orchestre de fortune, avec pour ordre d'apprendre à jouer des instruments et de produire des chants patriotiques.

Le garçon comprend très vite qu'il tient là sa roue de secours et motive la troupe, à commencer par leur prof déprimé, de redoubler d'efforts pour tirer d'eux le meilleur. Au fil du temps, Arn va devenir une célébrité sur les camps, il peut manger à sa faim mais n'hésite pas à partager avec ses compagnons d'infortune, et finit par s'attirer l'attention insistante d'un certain Sombo au regard de requin.

C'est une vie rude et éprouvante, en plus d'une expérience bouleversante, qu'on partage. On y croise la barbarie la plus ignoble, la violence, la haine, la bêtise humaine, mais aussi de belles rencontres et des promesses d'amitié. Un peu d'étincelle dans un récit sans fard, transmis par un regard d'enfant chargé de révolte et pourtant lucide. Tout ce qu'il voit, comprend, ressent est glacial. Froid, distant. Comme si le garçon s'était lavé de toute émotion. Blindé, pour ne pas tomber.

Même son retour à la « vie normale » sera un lent apprentissage vers le droit au bonheur. Arn aura la chance d'être adopté par le Révérend Pond et partira vivre en Amérique, où son adaptation ne se fera pas sans heurt non plus. Il ressort toutefois de cette lecture une très belle leçon de courage et un devoir de mémoire pour ne plus accepter l'inacceptable. Un récit vibrant de puissance et de sensations fortes, que l'on absorbe les yeux écarquillés.

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, octobre 2014 ♦ traduit par Jean-François Ménard (Never fall down)

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24/02/15

Justice pour Louie Sam, par Elizabeth Stewart

« Lynché. C'est un mot brutal, plus violent que pendu. Pourtant, c'est bien ce qui s'est passé. »

Justice pour Louie Sam

Une maison brûle près des marécages, le corps d'un homme est retrouvé dans les décombres, son crâne a été fracassé. Témoin sur place, George Gillies, 15 ans, attend l'arrivée du shérif et participe à l'enquête en prêtant une oreille indiscrète. Un nom circule rapidement sur toutes les lèvres, Louie Sam, un jeune indien aperçu sur les lieux du crime, l'arme au poing. Son ami Pete l'a croisé dans les bois, alors qu'il cherchait à fuir, il avait « une lueur meurtrière dans le regard ».

Le doute n'est plus permis et tous les hommes réclament justice. Une nuit, ils organisent une expédition punitive, silhouettes masquées et visage barbouillé de charbon, pour confronter le criminel. La sentence ne se fait pas attendre, le garçon est pendu à un arbre, seul George est choqué par cette scène d'une rare violence. Les jours qui suivent le verront désemparé, car il a interdiction d'en parler à quiconque.

Pourtant, la rumeur gronde, les menaces affluent, les indiens sont mécontents et se rassemblent près du village, le gouvernement veut également faire le point sur la situation et réclame qu'on dénonce les « membres du groupe d'autodéfense ». L'ambiance à Nooksack est à couteaux tirés. Des clans se forment, font pression sur la famille Gillies, à qui on reproche une trop forte sympathie pour la cause indienne. George se débat de plus en plus avec sa conscience et pose des questions, pour s'enlever des doutes, puis pour découvrir la vérité.

À qui profitait le crime ? Le garçon est assailli de remords, les souvenirs de cette nuit terrifiante ne cessent de le hanter, George se sent coupable d'avoir suivi le troupeau en bêlant et veut se racheter. Le roman est ainsi construit comme une intrigue policière qu'on suit avec excitation, mais propose aussi une véritable réflexion sur le racisme, l'injustice et la rédemption. Tirée d'une histoire vraie, qui s'est déroulée au Canada en 1884, la lecture n'en est que plus passionnante et digne d'intérêt.

éditions Thierry Magnier, août 2014 ♦ traduit par Jean Esch (The Lynching of Louie Sam)

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23/02/15

Frozen, de Melissa de La Cruz & Michael Johnston

« Ne démarre jamais une histoire que tu ne peux pas arrêter. »

Frozen

Natasha Kestal est croupière dans un casino à New Vegas (monde post-apo, plongé dans l'ère glaciaire) quand elle rencontre l'irrésistible Ryan Wesson. Celui-ci est un mercenaire aguerri, capable de traverser tous les dangers, pour conduire des désespérés vers leurs paradis perdus. Nat lui propose un deal, il l'accepte... en grinçant des dents. Le temps de réunir un équipage de bras cassés, les voilà traversant des paysages de désolation, hantés par des silhouettes effroyables et aux intentions douteuses, puis bravant l'océan et ses “trashbergs”, à la conquête d'un rêve impossible.

Leur épopée, loin d'être glamour, ne se lit pas comme une aventure légère et enlevée. C'est tout le contraire. Le monde dépeint est en effet rustre et violent, peuplé de sinistres truands et de créatures effrayantes (= des Thrillers, en référence au roi de la pop !). De plus, les auteurs s'éparpillent dans leurs idées et brassent des genres multiples - dystopie, aventure, fantastique, romance, ce qui pose un petit souci de rythme et de dosage.

Sans quoi, j'ai découvert une histoire divertissante, dynamique et détonante, où flotte un parfum d'Atlantide (= le Bleu), avec ses êtres mystiques et ses secrets farouchement protégés. Le duo Nat-Wes est attachant, à se flairer et s'apprivoiser en douceur, leur batifolage fait presque oublier le contexte âpre et sans charme. La petite touche théâtrale de la fin prête aussi à sourire mais donne envie de lire la suite !

Ce 1er tome est quelque peu déconcertant, mais invite à la découverte.

Albin Michel, coll. Wiz, janvier 2015 ♦ traduit par Valérie Le Plouhinec (Frozen : Heart of Dread, #1) 

21/02/15

Le Dernier jardin (intégrale) de Lauren DeStefano

« Tell freedom I said hello. »

Le dernier jardin intégrale

La trilogie de Lauren DeStefano, Le Dernier jardin, réunie en intégrale (1062 pages) pour 9,99 € - 

en format e-book.

Attention, cette intégrale ne sera proposée que pour une durée limitée. Vous avez jusqu'au 4 mars pour en faire l'acquisition !

 

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