Les mots sont, les mots font, les mots disent Les mots coulent, les mots roulent sur un fil

16/02/18

Quand sort la recluse, de Fred Vargas

Quand sort la recluseExilé sur les terres volcaniques islandaises, Adamsberg est pourtant rappelé en catastrophe à Paris où ses lumières sont attendues pour une énième affaire insoluble - une femme écrasée par un 4x4 et un amant qui clame son innocence malgré les invectives du mari. Jean-Baptiste soupire de dépit, mais a conscience que le mal-être au sein de son équipe est plus insidieux et va se confirmer autour d'une autre affaire, celle de la recluse, une araignée vengeresse qui assassinerait à tour de bras sans inquiéter police ou justice. Danglard proteste et entre en sécession. Le 36 retient son souffle. Fidèle à lui-même, Adamsberg trace sa route... Direction Nîmes où une petite bonne femme devient sa complice pour le guider dans cet embrouillamini de drames surgis du passé, sur fond de femmes emmurées vivantes et de passion arachnéenne. Tout un programme. 

J'ai retrouvé dans ce roman les dispositifs habituels de Fred Vargas, à savoir sa petite musique, ses personnages qu'elle affectionne tant, ses lubies, sa poésie, sa maîtrise du sujet et son air de ne-pas-y-toucher. D'où le sentiment d'être en territoire conquis et familier. Et j'aime ça. Qu'importe si j'ai flairé la manœuvre et deviné le dénouement avant l'heure... Cela se lit et s'écoute avec grand plaisir ! Thierry Janssen est une valeur sûre. Il endosse le rôle d'un Adamsberg plus capricieux et décidé que jamais, lancé sur ses sentiers perdus sans cavalerie autour. Le temps passe et notre Jean-Baptiste s'assagit auprès des femmes, est attentif aux siens mais reste pataud à déployer tout ça. 

C'était un rendez-vous incontournable, peu surprenant, mais inévitable. Je ne m'en lasse pas. Et rien que pour la rencontre entre le mutique Évangéliste et la Déesse Rétancourt, cela valait clairement le détour. ☺

©2017 Fred Vargas et Flammarion / Audiolib (P)2017 Audiolib

Texte lu par Thierry Janssen ; durée : env. 12 h

 

 

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15/02/18

Une histoire des abeilles, de Maja Lunde

Totalement sous le charme de la couverture, j'ai découvert avec ravissement une lecture pleine de sensibilité et étonnamment captivante !

Une histoire des abeilles

L'histoire se déroule sur trois époques et trois continents, à travers trois personnages et leur vie familiale.
En Angleterre, au milieu du XIXe siècle, William file un mauvais coton et cherche un nouveau sens à sa vie, trouvant son confort domestique étouffant, loin de ses aspirations de jeunesse et de naturaliste passionné. Un jour, il tombe sur un livre abandonné par son fils Edmund dans son bureau et pense que celui-ci lui adresse un message caché. William plonge alors à la découverte de l'apiculture et décide de concevoir une ruche révolutionnaire pour l'impressionner. 
En Amérique, courant 2007, George se sent trahi lorsque son fils Tom, parti à l'université, lui annonce finalement qu'il ne reprendra pas le flambeau de la ferme car il se sent une vocation d'écrivain. Brisé moralement, l'homme perd goût à son travail, mais relève avec inquiétude les premiers signes de disparition des abeilles, chez ses voisins et sur ses propres colonies. 
Et enfin, direction la Chine de 2098, une perspective futuriste glaçante, car la planète n'est plus que l'ombre d'elle-même. La classe ouvrière est désormais employée à “polliniser la nature à la main” suite au Colony Collapse Disorder - le Grand Effondrement ayant entraîné l'extinction des abeilles. Profitant de son seul jour de congé, Tao part en famille pique-niquer dans la forêt... mais la sortie vire au drame, quand elle trouve son fils agonisant sur le sol et transporté d'urgence à l'hôpital. Placé en soins intensifs, le cas de l'enfant suscite une attention abusive des plus grands chercheurs du pays, tandis que sa mère est tenue à l'écart, folle de douleur. C'est en lisant de vieux ouvrages que Tao prendra conscience du bouleversement passé et du changement à venir, avant de comprendre le rôle de son garçon dans ce cataclysme.

Parce que l'écriture est belle, l'histoire romanesque et fascinante, on se surprend à tourner les pages du livre sans réaliser que le temps passe et que c'est déjà le point final. C'est ce qui m'est un peu arrivé. Car il faut dire aussi que ce n'est pas uniquement une histoire des abeilles - même s'il y a urgence à les protéger et qu'il n'est jamais vain de le rappeler - c'est surtout une histoire de transmission qui ressort de la lecture. Les trois histoires ont en effet en commun de présenter des relations filiales qui ne sont pas simples. Chez William, par exemple, l'homme déploie une énergie incommensurable pour épater son garçon, mais ne voit plus sa fille sous son propre nez, pourtant douce et attentive à son travail. Inversement, les liens distendus entre Tom et son père vont peu à peu se ressouder à travers les épreuves. Quant à Tao, c'est un grand cri d'amour et de dévouement qui s'étale sous nos yeux, dans l'adversité et à travers son combat. En bref, c'est un roman remarquable, qui tente de symboliser l'espoir et réveiller les consciences écologiques, tout en évoquant l'amour filial avec tendresse et sincérité. En fermant ce livre, je me sentais imprégnée de poésie et de lumière ! C'était bon. ☺  

Presses de la Cité, 2017 / Traduction du norvégien par Loup-Maëlle Besançon
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14/02/18

Hôtel Grand Amour, de Sjoerd Kuyper

Hotel Grand AmourVic a treize ans et adore le foot. Son rêve serait de faire partie de la prestigieuse équipe nationale, l'Ajax d'Amsterdam. Un but pas si vain pour le garçon, dont les exploits sur le terrain viennent de taper dans l'œil d'un recruteur de passage.
Seulement, au même moment, son père fait un malaise dans les gradins et est hospitalisé d'urgence, laissant l'hôtel familial entre les mains de ses quatre enfants, lesquels vont découvrir toutes sortes de joyeusetés, non sans pression, car les créanciers se bousculent au portillon !

Entre les clients grognons, les réservations fantômes et le personnel récalcitrant, le quotidien d'un hôtel n'est pas de tout repos. Vic va en faire la douloureuse expérience. Or, le garçon a la volonté de ne pas décevoir son papa. C'est une responsabilité qu'il tient à tout prix à honorer. Aussi, pour y réussir, le garçon ne recule devant rien. Participer à un concours de miss ? Pourquoi pas !

L'histoire de cette famille hollandaise est pleine d'inattendus et renvoie une image farfelue, mais positive, qui fait paraître la vie plus belle et conquérante, dès lors qu'on se serre un peu les coudes et qu'on met du cœur à l'ouvrage.
À l'Hôtel Grand A, on respire l'aventure, l'audace et l'amour. Chacun se débat du mieux qu'il peut, dans un contexte parfois éreintant (la maladie et la mort sont des spectres toujours présents chez ces enfants marqués par la perte de leur maman). Mais le moral est bon.
Autre détail, le héros raconte ses péripéties en s'enregistrant sur un vieux magnétophone et semble s'adresser directement au lecteur dans une langue qui correspond aux codes actuels. Bien entendu, il ignore que la jolie Isabel, son béguin de toujours, intervient régulièrement pour mettre son grain de sel et donner sa version des faits !
Cette double narration nous fait vivre un récit plein d'humour et de sensibilité, dans une ambiance vaudevillesque tout à fait charmante. Un quasi tout bon !

Didier Jeunesse, 2017 / Traduction : Emmanuèle Sandron

Couverture : Laurence Bentz

A été adapté au cinéma au Pays Bas en 2017.

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AniMalcolm, de David Baddiel

AniMalcolmMalcolm n'aime pas les animaux et a pour malchance de vivre dans une famille qui adore les animaux. D'où un profond sentiment de solitude et d'incompréhension. Même le jour de son anniversaire, c'est la totale déconfiture face à son cadeau - un chinchilla lanigère andin.
Il faut croire que la poisse le poursuit, car une semaine plus tard, Malcolm part en classe découverte à la ferme d'Orwell. Oui, une ferme pleine d'animaux. Un cauchemar sans fin. Malcolm est tétanisé et confie ses déboires à un vieux bouc avec une longue barbichette.
Avec son air triste et ses yeux globuleux, l'animal semble sensible à la détresse du garçon... si bien que celui-ci finit par tomber de sommeil. Plouf. À son réveil, surprise, Malcolm est devenu une tortue !

Ne cherchez pas à comprendre, l'histoire est une farce, qui se lit sur le mode de la rigolade. Particulièrement efficace, car on sourit tout du long à partager les mésaventures de Malcolm.
Entre sortilège et malédiction, en fin de compte, cette expérience va surtout servir de thérapie au garçon, lequel ne comprend pas pourquoi il n'aime pas les animaux, d'où vient ce rejet et comment en guérir. Pour approfondir le sujet, Malcolm devient donc mouton, chat, cochon ou chimpanzé (dès qu'il s'endort, il change de peau). 
Un traitement de choc qui fait néanmoins sourire le jeune lecteur, séduit par les péripéties du héros et de ses compagnons à poils, à plumes et à carapace. Leur escapade jusqu'au zoo, par exemple, est invraisemblable mais tellement drôle.
Côté adultes, nous avions déjà du David Safier (Maudit Karma ; Toujours maudit) dans ce registre de la réincarnation façon burlesque. David Baddiel s'adresse aux plus jeunes et propose une aventure délirante, qui les introduit dans la vie secrète des animaux. C'est simple, cocasse et rocambolesque.
Une lecture au top. ☺

Seuil jeunesse, 2018 / Illustrations de Jim Field

Traduction de Rosalind Elland-Goldsmith

 

 

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13/02/18

Angelica Varinen, Enquête n°1: Le voleur de bijoux, de N.M. Zimmermann

Angelica Varinen

Angelica Varinen est en apparence une princesse comme les autres, avec ses robes encombrantes et ses peignes dans les cheveux. Or, Angelica aime l'aventure et ne cache pas ses ambitions à devenir (suivez l'affiche) “chasseuse de mystères, résolveuse d'énigmes, détective amateur et attrapeuse de voleurs”. Après tout, en l'absence de ses parents diplomates, il faut bien occuper son temps libre, outre les cours ennuyeux de son précepteur ou les leçons de piano avec Mlle Smilla. Cette curiosité dévorante est néanmoins fortement désapprouvée par son majordome Atticus, qui veille sur elle depuis l'enfance et qui attend de sa part bienséance et rigueur. Bref. Sollicitée par son amie Lisobel, notre demoiselle va mettre ses talents à profit pour aider la princesse Éloïse. Un coffret à bijoux a été dérobé, le modus operandi laisse la police perplexe et l'enquête piétine. Ni une ni deux, notre héroïne mène la danse, elle interroge, fouille et part sur le terrain avant la convocation générale pour livrer son verdict à la sauce Poirot !

Ce début de série, accessible pour les plus jeunes (dès 9-12 ans), mêle avec originalité steampunk et fantastique à un univers faussement girly (princesse, manoir, gouvernante, toilettes, bijoux, etc.). Suspense, audace et créatures magiques se donnent également rendez-vous dans cette savoureuse composition, jusque dans l'esthétisme du livre, où les illustrations s'épanouissent en toute élégance.  Le tout est charmant et enfantin, la lecture distrayante. Une deuxième enquête est déjà prévue en mai 2018 avec l'Affaire de la licorne !

Flammarion jeunesse, 2018 / Illustrations de Noëmie Chevalier

 

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La révolte des Valtis, de Molly Knox Ostertag & Sharon Shinn

La révolte des ValtisCela fait huit ans que les Drix ont envahi la planète pour y piller le kallium, un précieux minérai servant de carburant pour leurs engins volants. La vie n'est désormais qu'oppression et asservissement pour Coline Cavanah et ses semblables, tous contraints au travail en usine sous la coupe du terrible Korso. Hélas, la résistance est encore trop discrète pour inquiéter l'occupant ou source de spéculations fantasmées. De toute façonColine se tient à distance des conflits et vit seule dans la grande demeure familiale, depuis la disparition des siens, jusqu'au jour où elle retrouve sa nièce Lucy et rencontre Jann, qui appartient au gang des Kromats. Ces derniers sont connus pour être instables et violents, même s'ils sont également opposés aux envahisseurs. Contre toute attente, Jann se montre prévenant et impose sa présence comme une évidence... bousculant au passage Coline dans son intention de fermer son cœur à jamais à l'amour. Mais les ennuis s'enchaînent - l'ambiance au boulot devient insoutenable, les agressions se multiplient et les guerres de clans viennent éclabousser sa paisible routine. Bref, tout part en cacahuète. Cette brusque réalité va ainsi précipiter ses choix à s'engager auprès des Valtis et prendre une part active dans la résistance.

Non seulement l'histoire est très bonne, plantée dans un univers de science-fiction (post-apo) solide, avec une intrigue captivante et des personnages attachants, mais c'est aussi un one-shot (histoire complète, sans suite) ce qui semble, aujourd'hui, devenu rare et inespéré ! Je plaisante, bien sûr, d'autant plus que les séries ont également toute mon affection. Simplement, la perspective de se plonger dans une lecture qui nous embarque de A à Z dans son labyrinthe est, de temps en temps, une invitation qui ne se refuse pas. On y fait ainsi la rencontre d'une jeune fille qui pensait se protéger en demeurant solitaire et neutre, mais qui finalement va réaliser qu'elle peut s'épanouir au contact des autres. Il y a donc de l'amour, de l'action, du suspense et de l'émotion dans cette bande dessinée... racontée avec simplicité et efficacité. Une découverte assez inattendue et - forcément - réjouissante. ☺

Rue de Sèvres, 2018

 

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Des chauves-souris, des singes et des hommes, de Paule Constant & Barroux

Des chauves souris des singes et des hommes barrouxCette adaptation en bande dessinée du roman de Paule Constant est étonnante ! Étonnante par ses couleurs, son graphisme, sa mise en page, son histoire aussi... qui est toujours étrange et fascinante, poétique et tragique. J'avais lu et écouté le roman en format audio (lu par Marie-Christine Barrault). J'avais été séduite, scotchée, envoûtée. Cette nouvelle déclinaison n'a fait que confirmer tout le bien que je pensais de cette œuvre !

Pour rappel, l'histoire commence dans un village africain, où une petite fille désœuvrée se console avec une chauve-souris qu'elle a trouvée en se promenant. Pendant ce temps, les garçons de son âge ramènent crânement le cadavre d'un gorille silverback. La dépouille est immédiatement dépecée, mijotée en ragoût et servie à tour de bras pour célébrer l'abondance et la rareté d'un mets aussi raffiné. À côté de ça, on croise aussi une jeune française, dans une mission humanitaire, un sociologue-ethnologue fraîchement débarqué, et un Docteur Désir qui vogue sur le fleuve pour vendre sa camelote. Tous ignorent encore qu'un mal pernicieux est en train de se propager silencieusement, qu'il trace sa route funèbre jusqu'au point final, où alors « le nom d'ebola se répand en lettres rouges dans la presse du monde entier » !

L'histoire est terriblement glaçante, mais elle est racontée avec beaucoup de lyrisme, d'où le décalage et la sensation d'une sentence implacable et abrutissante. Ajoutez la touche de Barroux, avec son univers brut et faussement naïf qui nous transporte au cœur de cette Afrique folklorique, avec ses couleurs, ses exubérances, ses légendes, ses cris et ses larmes. La plongée est stupéfiante. On en prend plein les yeux et on ressent un vrai choc au fil des pages. C'est une belle réussite. Je recommande ! ☺

Gallimard Bande Dessinée, 2018    Feuilleter

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09/02/18

Essence, de Fred Bernard & Benjamin Flao

Essence fred bernard benjamin flao

Autant le dire de suite, j'ai adoré cette histoire et cette BD !

Un type est au volant d'une voiture et traverse un paysage désertique, en compagnie d'une brune sexy qui se fait appeler “mademoiselle”. Assez évasive, elle prétend tout connaître de lui - Achille Antioche - mais veille à ce qu'il fouille dans ses souvenirs pour comprendre où ils sont et ce qu'ils font ensemble. On devine rapidement que le gars est mort et qu'il erre dans un semblant de purgatoire revisité. Au volant de sa bagnole, toujours en quête d'essence, il traverse des décors fluctuants, censés booster sa mémoire en vrac. Et là, apparaît le spectre d'un crime crapuleux. Une sombre histoire d'espionnage et de meurtre. 

Faisons court, faisons bien. Cela se lit d'abord comme un polar. C'est prenant, tragique et mélancolique. En même temps, on baigne dans une ambiance fantasmagorique, étrange et fascinante, avec une histoire qui emprunte des tours et des détours parfois confus et pourtant pertinemment pensés. Tout est cohérent. Bien ficelé. Et surprenant. Les couleurs sont superbes, les illustrations remarquables. Une BD qui envoie du lourd !

Futuropolis, 2018

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Seule, de Denis Lapière & Ricard Efa

seule denis lapiere efa ricardDepuis trois ans, la petite Lola vit chez ses grands-parents dans un village au cœur de la campagne catalone. Trois ans qu'elle n'a pas revu ses parents ni sa petite sœur nouvellement née. Elle est d'ailleurs assez triste de réaliser qu'elle ne se souvient plus de leurs visages ni de leurs voix. Et cela l'angoisse. Toutefois, la vie au village est soudainement bouleversée par la guerre. Les bombardements, les troupes fusil au poing, les exécutions arbitraires. Les villageois ont tous fui en attendant le retour au calme, mais pour Lola le temps s'écoule lentement. Et les questions se bousculent à la pelle. Sa grand-mère blessée, son grand-père part en catastrophe jusqu'à l'hôpital le plus proche, confiant l'enfant aux bons soins des voisins. Mais la fillette décide de s'en aller pour rejoindre ses parents. Un long voyage qu'elle entreprend seule, dans un pays à feu et à sang. 

Inspirée d'après les souvenirs de Lola, 83 ans, la grand-mère de l'épouse de Ricard Efa, l'histoire de Seule raconte un incroyable périple, tantôt palpitant, tantôt invraisemblable et ahurissant. La vision de la guerre est assez crue et réaliste, mais rapportée d'après un regard d'enfant. Du coup, la lecture est riche en émotions et attachante de bout en bout. On reste des yeux ronds comme des billes à suivre cette petite poupée, courageuse et déterminée, sur les routes d'une Espagne livrée aux franquistes.

Futuropolis, 2018


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08/02/18

Sauveur & Fils saison 1, de Marie-Aude Murail

sauveur et fils saison 1

“À quoi je sers?” se demande souvent Sauveur Saint-Yves, psychologue installé à Orléans. Originaire des Antilles, l'homme vit avec son fils de huit ans, Lazare, et reçoit à longueur de journée les doléances d'âmes désœuvrées - une mère désemparée par son fils qui fait pipi au lit, une autre qui ne comprend pas pourquoi sa fille se taillade les bras, une qui perd la tête et oublie son grand garçon de seize ans, une famille au complet qui se déchire et ne peut plus se voir en peinture... Des crises en cascade, des cris, des larmes, des silences, des soupirs. À l'abri dans son couloir, le môme Lazare n'en perd pas une miette et s'effraie d'entendre autant de détresse. Lui aussi en a gros sur le cœur - sa maman décédée trop tôt et dont on ne parle jamais assez. Et tous ces courriers qui s'empilent devant la porte, des menaces de mort qui font dresser les cheveux sur la tête... Chacun s'enferme dans ses non-dits et le temps s'écoule mollement. Le gamin découvre l'hostilité suscitée par la couleur de la peau, être ou ne pas raciste, rien que d'y penser c'est déjà un signe ? Louise, la maman de Paul, s'interroge beaucoup sur le meilleur ami de son fils et perd tous ses moyens face à Sauveur, 1,90 m pour 80 kg de muscles.

C'est tout ça que raconte Marie-Aude Murail, en mieux, en humour et en tendresse. Car c'est un roman qu'on croque avec gourmandise et dont on savoure chaque bouchée en mâchant religieusement. Tout est brodé avec délicatesse - les personnages, les dialogues, les errances et les éclats. Jusqu'à l'escapade finale sur les terres de l'enfance, avec ses couleurs, ses chants et sa tribu turbulente. J'ai infiniment aimé ce petit pan de vie aux côtés d'un papa au physique de colosse, qui continue d'apprendre son rôle et le sens du monde, tout en assurant auprès d'un fils curieux, intelligent et sensible. Autour d'eux, gravitent des petits électrons libres qu'on attache ou détache au gré de nos envies. Parfois, les sujets sont lourds et les enclumes tombent lâchement dans les estomacs... Mais l'ambiance générale se veut positive et penche volontiers vers la résilience et l'espoir. Cela remue de douces sensations, n'hésitez pas ! En plus, il y a quatre saisons du même acabit. C'est du bonheur en tranches...  à partager sans retenue. Moi j'y retourne de suite. ♥☺

L'école des loisirs, 2016

Photographie de couverture ♥ que j'adore ♥ : Megan Van der Elst

 

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