Les mots sont, les mots font, les mots disent Les mots coulent, les mots roulent sur un fil

22/05/15

Rebecca, de Daphné du Maurier

Rebecca

Je n'avais jamais lu Rebecca, bien que j'avais déjà vu l'adaptation cinématographique réalisée par A. Hitchcock. Il me tardait de découvrir cette œuvre précédée par son excellente réputation, tout en craignant aussi d'être déçue. Et le début a bien failli me perdre...

Une jeune femme revient sur sa rencontre avec Max de Winter, alors qu'elle était demoiselle de compagnie, en vacances à Monte Carlo. Elle tombe immédiatement sous le charme de cet homme sombre et taciturne, meurtri par son récent veuvage, aussi n'en revient-elle pas lorsqu'il lui demande de l'épouser et l'emmène à Manderley, son prestigieux manoir familial. Là, tout bascule : la jeune femme se sent oppressée par le fantôme de la première épouse et le personnel lui bat froid. Son mari se montre de plus en plus distant et mystérieux. Fin du rêve, retour abrupt sur la planète réalité.

L'histoire est irréprochable, passionnante de bout en bout, elle distille un suspense psychologique étonnant, qui tient en haleine. On se surprend d'ailleurs à sursauter au moindre grincement de porte ou frottement sur le parquet ! C'est prodigieux. Par contre, le caractère ingénu, pour ne pas dire nunuche, de la narratrice, ainsi que sa relation avec Max, qui se complaît à l'infantiliser, m'ont mise au supplice durant toute la première partie du livre. Je n'en attendais pas moins d'un livre datant des années 30, mais tout de même...

Heureusement il y a Manderley, et la redoutable Mrs Danvers, pour parer le récit de son charme opaque et fascinant ! À la lumière de nouvelles révélations, la narratrice va cesser de se prendre les pieds dans le tapis et briser sa coquille. À ce petit jeu, la lectrice pour Audiolib, Virginie Méry (également la voix française de Jane Bingum dans Drop Dead Diva) est très forte pour passer de l'héroïne candide et timorée à une femme moins effacée, prête à affronter les soubresauts de son avenir sentimental. Défilent ainsi 16 heures de lecture décalée, mais délicieusement vintage !

Audiolib ♦ avril 2015 ♦ texte lu par Virginie Méry (durée : 15h 54) ♦ Nouvelle traduction d'Anouk Neuhoff pour Albin Michel

Rebcca  {sic}


21/05/15

Nous, de David Nicholls

Nous

Pauvre Doug Petersen ! Lorsque son épouse Connie lui annonce qu'elle envisage de le quitter dès que leur fils Albie rentrera à l'université, il embarque aussitôt toute sa petite famille pour un tour de l'Europe concocté à sa sauce et espère ainsi, 1) raviver la flamme de sa chère et tendre, 2) se rabibocher avec son fiston qu'il ne comprend plus. Las, leur périple tourne à la débandade et renvoie notre homme désabusé dans une vilaine posture. Seul, abandonné, désemparé.

S'engage alors une comédie cynique et grinçante, mais malgré tout désopilante. Certes, on sourit face aux déboires de Doug, déjà abattu par les critiques de ses proches, constamment ligués contre lui, à lui reprocher son esprit scientifique, cartésien, sans imagination, sans grain de folie. C'est d'autant plus un comble qu'on découvre les débuts de son histoire avec Connie, jeune artiste bohème, alors attirée par son contraire, avant de s'en lasser.

En avant les montagnes russes ! On passe par tout un panel d'émotions en lisant ce roman, qui s'ouvre dans la joie et l'allégresse, avec un voyage cumulant les maladresses (dans les rues d'Amsterdam, Doug cherche à visiter le musée d'Anne Frank mais provoque un séisme chez les bikers et se décompose sous leurs yeux), avant de basculer dans le sordide, le touchant, le poignant.

L'image du couple et de la famille prend un coup dans l'aile et laisse une saveur amère, sans toutefois rendre la lecture aux accents mélancoliques trop démoralisante (contrairement à Un jour). Excellente interprétation faite par Patrick Donnay -  c'est frais, cocasse, subtil et riche en nuances, pour un récit à la fois sensible, pathétique et émouvant. J'ai passé un très bon moment !

Audiolib ♦ avril 2015 ♦ texte lu par Patrick Donnay (durée : 14h 12) ♦ traduit par Valérie Bourgeois [Us] pour les éditions Belfond

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20/05/15

Et je danse, aussi de Jean-Claude Mourlevat & Anne-Laure Bondoux

« J'aime bien votre image des poussins perdus, et nous en avons une pleine basse-cour, j'ai l'impression ! Par habitude professionnelle, vous semblez vous le reprocher. Vous avez tort. Laissez l'ordre et la cohérence chronologique. La vraie vie est foutraque, ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre. Continuez de me raconter ce qui vous passe par la tête, j'adore ça ! »

Et je danse, aussi

Quelle lecture lumineuse ! De suite, elle vous transporte dans un tourbillon de lettres, ponctuées de charme et d'humour, toutes plus savoureuses les unes que les autres, si bien qu'on ne s'arrête plus, une fois ouvert ce livre, on ne le referme plus avant la dernière page.

J'ai adoré cette rencontre entre un romancier à succès en manque d'inspiration et une jeune femme “grande, brune et grosse” qui souhaite partager avec lui ses secrets, sa folie, sa tendresse. C'est magique ! On se laisse emporter par le flot des mots qui coulent depuis la Drôme jusqu'à la Sarthe, et vice versa, mais le résultat est là : on sourit énormément et on suit le fil de cette amitié exceptionnelle, en l'enviant secrètement.

Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat ont accompli un petit miracle avec ce roman simple, généreux, attachant et merveilleux. Ce sont 280 pages de rires et de larmes. 280 pages d'une histoire où s'emmêlent la famille, les amis, les rencontres amoureuses, la trahison et les cœurs brisés, la perte des illusions et le chagrin incommensurable. L'euphorie du début fera peu à peu place à une note plus grave, sans plomber l'ambiance générale, laquelle finira par retrouver ses flonflons et ses confettis avec la même insouciance. C'est juste fabuleux et entraînant !

♪♫ Ce livre va vous donner envie de chanter, d'écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de croire aux fantômes, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de creuser une piscine. Ce livre va vous donner envie d'aimer. Et de danser, aussi ! ♫♪

Fleuve Noir ♦ mars 2015

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C'est quoi un ami ? d'Oscar Brenifier & Jacques Després

Un p'tit instantané de lecture, trouvé dans ce titre de la collection C'est quoi l'idée ? chez Nathan

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C'est quoi un ami ? : Hugo s'interroge sur l'amitié : est-ce qu'un ami aime les mêmes jeux que lui, lui ressemble ou au contraire ne lui ressemble pas du tout ? Et s'il le rend triste, est-ce un vrai ami ? 

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Chouette, comme image ? ☺

 

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19/05/15

Par le feu, de Jane Casey

Par le feu

La police londonienne traque désespérément celui qu'on surnomme le Crémateur, qui doit son sobriquet à sa manie de brûler des jeunes femmes au gré de ses rencontres. On compte déjà quatre victimes, sans indice, ni témoin. La découverte du corps martyrisé de Rebecca Haworth relance l'affaire et c'est la jeune recrue, Maeve Kerrigan, qui a la charge de dépatouiller ce dossier épineux.

L'intrigue est riche en surprise et captivante, alors qu'elle suit une ligne de conduite propre, lisse, assez classique. Pas de détails obscènes, ni de cadence infernale. Ici on talonne le tempo de Maeve, une héroïne ordinaire, appliquée et compatissante, mais au tempérament affirmé, dès lors qu'on la catalogue de jolie plante catapultée par la promotion canapé, parmi ses collègues sexistes.

Son enquête ne cessera de rebondir au gré des découvertes faites sur la vie de Rebecca, éclipsant ainsi le serial-killer, mais la séance de torture psychologique n'en est pas moins intense, puisque suspects, victimes et manipulateurs se croisent, sans différenciation possible. Cette nouvelle série offre pour originalité de se centrer sur la sensibilité et l'intuition féminines, ce qui ne manque ni de charme, ni d'attrait !

10/18 ♦ Septembre 2014 ♦ Traduit par Cécile Leclère pour les éditions Presses de la Cité ♦ Suite disponible : Dernier jugement

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Dans la ville en feu, de Michael Connelly

Dans la ville en feu

Vingt ans après les émeutes de Los Angeles, Harry Bosch décide de revenir sur l'Affaire Blanche-Neige : une journaliste danoise a été exécutée dans une ruelle, sa famille n'a jamais abandonné le combat pour connaître la vérité. La présence sur place d'une douille a permis à la balistique de remonter une piste fumeuse - guerre des gangs, suspects sous les verrous - mais Harry ne se satisfait pas des conclusions et va pousser plus loin ses investigations, bravant, une fois encore, l'autorité de son supérieur. On lui colle dans la foulée une enquête interne, mais notre inspecteur n'en a cure avant de se braquer et d'envisager une approche différente avec les gens qui lui sont proches (« David » Chu !). Toujours cette attitude de rebelle au grand cœur, de flic bourru et obstiné, du type qui fonctionne à l'instinct sitôt qu'il flaire une piste... Cette 18ème enquête ne nous surprend pas ou plus. C'est comme retrouver un bon vieux pote, en territoire conquis et familier. Au micro, Jacques Chaussepied, le lecteur pour Audiolib, conforte par son ton et son interprétation le caractère bonhomme de notre lascar. C'est confondant d'authenticité et rend la lecture saisissante, sans fausse note.

Audiolib, Avril 2015 ♦ Texte lu par Jacques Chaussepied (durée : 11h 27) ♦ Traduit par Robert Pépin (The Black Box) pour les éditions Calmann-Lévy

18/05/15

Broken Soup, de Jenny Valentine

Broken Soup

Rowan rencontre Harper sur un malentendu. Routard insouciant, au volant d'une vieille ambulance, il erre dans les rues de Londres avec un sourire aux lèvres et une bienveillance chevillée au corps. C'est tout naturellement qu'il a tendu à la jeune fille un bout de négatif qu'elle aurait laissé tomber par terre, même si elle prétend le contraire. Rowan file droit devant elle, perplexe et curieuse. Puis troublée, quand elle découvrira ce que la photographie lui révélera.

La vie de l'adolescente a basculé dans un monde terne et sans joie depuis la mort de son frère Jack. La famille a volé en éclats - son père a quitté le foyer, sa mère est plongée dans un état neurasthénique. Suite à cela, Rowan assume seule le quotidien en s'occupant de sa petite sœur Stroma sans se plaindre. De toute manière, le roman est étonnamment enjoué et d'un optimisme ravageur ! Même si le sujet est lourd, l'histoire évite tout pathos et insuffle une énergie positive qui fait un bien fou.

Et c'est tout naturellement qu'on s'attache aux personnages et suit avec délice leur parcours, entre légèreté, insouciance et tendresse. C'est simple, parfois idéaliste, mais ça vous donne l'envie de croquer la vie à pleines dents, de chasser tout état d'âme et d'apprécier l'instant présent, auprès des gens qui vous sont proches. Profitez, profitez, profitez. Cette lecture peut faire office de pansement et rallie la précieuse doctrine « ensemble, c'est tout » ! Jugez par vous-même.

L'École des Loisirs ♦ Octobre 2014 ♦ Traduit par Marie-Claude Mapaula

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Double Sens, de Lauren Barnholdt

double sens

La fin brutale de son idylle avec Jordan a brisé toutes les illusions de Courtney (le garçon a rencontré une autre fille sur internet). Malgré tout, elle refuse d'annuler leur voyage pour leur entrée à l'université et veut se prouver qu'elle est capable de rouler à ses côtés sans ressentir la moindre émotion. Tandis qu'elle ne cesse de ruminer sa colère et sa frustration, Jordan se la joue nonchalant ... et secret. Mais grâce à la narration alternée, on découvre un garçon ressassant lui aussi la cause de leur rupture, sans qu'on sache pourquoi. Quelle amertume. L'ambiance est donc faussée, entre quiproquos et maladresses. Notre couple désabusé est au creux de la vague et on aimerait bien que ça recolle entre eux, surtout qu'on revit par flash-back les débuts de leur relation amoureuse et c'est franchement du gâchis !

L'histoire est au final simple et sans surprise, mais conduit à une résolution assez décevante (tout ça pour ça) dans un embrouillamini de révélations tardives et pataudes. Le style aussi est sans fioriture, sans humour particulier et du genre balbutiant ou à répéter les mêmes détails insignifiants (le bouquin lu et relu dans le but d'éviter toute discussion). Ceci dit, la lecture est sans prétention, lisse et passe-partout, elle permet aussi d'alimenter les fantasmes du road-trip américain.

Castelmore ♦ mars 2015 ♦ Traduit par Marianne Durand (Two-Way Street)

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