Les mots sont, les mots font, les mots disent Les mots coulent, les mots roulent sur un fil

26/03/15

Tout ce que je suis, d'Anna Funder

TOUT CE QUE JE SUIS

Ruth a toujours vénéré sa cousine Dora qui, par son tempérament enflammé, prend tous les risques pour défendre les causes auxquelles elle croit. Toutes deux juives, vivant en Allemagne, elles sentent enfler la menace du nazisme et assistent attérées à la montée en puissance de Hitler. Elles décident alors de se réfugier à Londres, où elles vont poursuivre leur lutte contre le totalitarisme, pensant alerter l'opinion publique internationale.

Ce roman raconte non seulement une histoire politique auprès d'activistes gauchistes mais mêle aussi leurs tourments sentimentaux. Ruth est folle amoureuse d'un journaliste, Hans, qui brillait par son arrogance dans la société berlinoise mais ne va pas supporter l'anonymat dans lequel il sombre en s'installant à Londres. Dora multiplie les liaisons, sans parvenir à se détacher de l'écrivain, Ernst Toller, dont les troubles psychologiques le rendent difficile à cerner.

Derrière le romanesque, se cache aussi une grand part de vérité en s'inspirant de personnages réels, Toller, Hans Wesemann, Dora Fabian, Ruth Becker, Berthold Jacob etc. ayant tous existé ! L'auteur a donc réussi à confondre le fictif à l'historique avec beaucoup de brio. De fait, l'histoire de ces militants est franchement passionnante, digne d'un véritable roman d'amour et d'espionnage. Lecture captivante, poignante, un peu longuette à démarrer, mais lecture intelligente, nous plongeant illico dans les rouages de la résistance, entre suspicion, trahison et refus d'abdiquer.

On suit quatre destinées éclaboussées par le désordre qui règne en Allemagne, d'où surgira l'obscurantisme, qui déploiera ses tentacules par-delà les frontières. Cette force de frappe est stupéfiante, on le découvre dans ce roman brillant et imprégné d'authenticité. Plus d'une fois, on se sentira le cœur pris en étau, éprouvant de l'admiration, de la pitié, de la tristesse et de l'effroi. L'intrigue est complexe, parfois lourde, parfois lente, mais elle est riche de parcours étonnants, courageux et bouleversants. 

10/18 ♦ janvier 2015 ♦ Traduit par Julie Marcot & Caroline Mathieu

pour les éditions Héloïse d'Ormesson (All That I Am)

TOUT CE QUE JE SUIS Broche


25/03/15

Feuilles & nuages (poèmes de Philippe Jaccottet), par Les Yeux de Berthe

Feuilles et nuages

♪♫  J'aurais voulu parler sans images... ♫♪

 

Poèmes lus, poèmes chantés d'après l'œuvre de Ph. Jaccottet par le duo Les Yeux de Berthe (formé par Loïs Le Van au chant et Sandrine Marchetti au piano).

Voilà qui change complètement de mes habitudes de lecture, même en musique, c'est très loin de mon registre de prédilection. Entre lecture et chanson, ce disque a pourtant fait tomber les barrières. Je me suis retrouvée en territoire vierge. Oserais-je avouer que même le nom de Philippe Jaccottet m'était totalement inconnu ? C'est vous dire le chemin à parcourir !

Première écoute déstabilisante, la voix de l'artiste est pénétrante et invite à se poser, à l'écouter avec attention. La mélodie est très présente (petit souci de réalisation ? le piano est trop fort pour la voix) et c'est quand la poésie est chantée, qu'on apprécie pleinement l'harmonie entre les deux.

Ce projet est né de la volonté à vouloir « vivre la poésie de l'intérieur », à provoquer des émotions et à faire corps avec le texte. Projet ambitieux, mais exécuté avec beaucoup de sincérité et de passion. Ce duo réussit aussi son pari à mettre en lumière la poésie de Ph. Jaccottet, à lui donner une dimension musicale avec une certaine pudeur, tout en affirmant leurs ambitions. Elle ne devait pas seulement servir de prétexte pour se mettre en scène, mais inviter l'auditeur à partager un instant rare et vivre ensemble les sensations uniques de la poésie, son sens des mots, de la rythmique et des images.

Une expérience originale, très curieuse et qui bouscule votre zone de confort.

Sortie album : 20 mars 2015 aux éditions Éponymes ♦ illustration pochette : Christophe Marchetti

♦ 13€ en le commandant sur leur site  ♦  le site des Yeux de Berthe  : http://www.lesyeuxdeberthe.fr ♦

 

extraits de : À la lumière d'hiver, Chants d'en bas , Pensées sous les nuages  de Philippe Jaccottet (Gallimard)

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La Garçonnière, d'Hélène Grémillon

La garçonnière

Le psychiatre Vittorio Puig est accusé du meurtre de sa femme (la belle Lisandra a été retrouvée morte défenestrée, au pied de son immeuble). Eva Maria, une de ses patientes, cherche à le disculper en menant sa propre enquête. Pour cela, elle doit fouiller le passé de la victime, mais aussi écouter toutes les séances de psy enregistrées sur cassette, à l'insu des patients. Or, ses découvertes vont mettre à mal ses convictions et réveiller ses vieux démons.

L'histoire réserve de nombreux tours de passe-passe où se mêlent des hommes et des femmes aux parcours traumatisants. Nous sommes à Buenos Aires, en 1987. Le pays se sent encore lourd des séquelles laissées par la dictature militaire, les familles pleurent leurs disparus, bourreaux et victimes n'ont pas tourné la page. Ce livre est un trou béant de détresse, que vivent des mères et des épouses, mais pas seulement. C'est assez tendu comme ambiance.

Et l'auteur de jongler entre cet héritage historique et le mystère de Lisandra, supputant les théories les plus folles. Héroïne tragique ou maîtresse de son sort ? L'histoire ne dit pas tout et cultive les zones d'ombre à la façon d'un polar. Suspense à foison, pistes multiples et compliquées, embrouillamini de versions pour une seule et même vérité (et encore ?). On gobe tout. J'émets, toutefois, une petite réserve sur la révélation finale, assez perturbante et plutôt mal venue... mais cela n'altère pas mon enthousiasme général.

Cette lecture bénéficie aussi d'une interprétation talentueuse grâce à un casting exceptionnel (Elsa Lepoivre, Danièle Lebrun, Jennifer Decker, Thierry Hancisse, Michel Favory et Thierry Frémont). C'est comme voir une pièce de théâtre se jouer sous notre nez, pour une exécution enlevée et parfaitement maîtrisée, qui pousse l'auditeur à zigzaguer entre soupçons et mensonges, traquant le moindre indice, en vain. Une lecture brillante et captivante !

Gallimard, coll. Écoutez Lire, janvier 2015 ♦ Lu par Elsa Lepoivre, Danièle Lebrun, Jennifer Decker, Thierry Hancisse, Michel Favory et Thierry Frémont (durée d'écoute : 7 h 30)

24/03/15

Peur noire, de Harlan Coben

PEUR NOIRE

Myron Bolitar #7

Ce 7ème livre de la série réserve à Myron Bolitar de grands chamboulements personnels : d'abord, la santé préoccupante de son père, puis le retour impromptu d'une ancienne copine de fac lui annonçant qu'il est le père de son fils ! Ce dernier, âgé de 13 ans, est atteint d'une maladie grave et a besoin d'une greffe de moelle osseuse. Or, le seul donneur potentiel a disparu de la circulation. Myron embrasse cette nouvelle cause avec la fougue et l'impulsivité qu'on lui connaît, lui qui s'imagine toujours devoir sauver le monde...

Pour le coup, je n'ai pas été trop emballée par l'intrigue et son flot de révélations sirupeuses, concernant le nouveau rôle de Myron, les libertés qu'il va prendre dans son enquête et l'incongruité finale. Où trouve-t-il le temps d'être agent sportif ? Ah oui, il reçoit un coup de fil pour une soirée à sensation où une joueuse de tennis doit faire une apparition dans une tenue suggestive (= “visibilité des tétons”). Vaste programme. Sans quoi, l'histoire se sert toujours des mêmes grosses ficelles et n'offre pas de nouveauté stupéfiante. Seule concession : le livre dans le livre, « Peur noire », distille une vrai touche d'angoisse.

C'est donc un bouquin que j'ai lu, une fois encore, très vite, mais sans tressauter sur ma chaise. C'était bien, mais pas transcendant. Et Myron m'a un peu déçue dans cette histoire, il tabasse un type pour parvenir à ses fins, se pose en bon samaritain, moralisateur... bof ! Même son ennemi juré - Greg Downing - sera absous de ses crimes et pêchés du passé. Un comble. Je ne me suis pas du tout retrouvée dans ce livre.

Pocket, août 2011 pour la nouvelle édition ♦ traduit par Paul Benita pour les éditions Fleuve Noir (Darkest Fear)

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Mauvaise base, de Harlan Coben

MAUVAISE BASE

Myron Bolitar #6

Après sa série de coups durs survenus dans l'épisode précédent (Temps mort), Myron Bolitar a pris le large et décompresse sur une île paradisiaque, en charmante compagnie. Mais la réalité se rappelle à lui en apprenant que sa nouvelle assistante est dans le pétrin, accusée d'avoir assassiné un de leurs clients. Or, elle refuse tout contact avec lui, a engagé une redoutable avocate et entend se dépatouiller seule.

Myron n'en a cure et revêt sa cape de Superman pour débroussailler cette affaire qui confronte à la fois dopage, adultère, concurrence déloyale et vieille vengeance qui ronronne au coin du feu. Dans l'ensemble, l'intrigue s'en tire à bon compte, on retrouve les quelques ruses d'usage, les rencontres qui se soldent sur des pêches et la galerie de personnages stéréotypés (soirée mémorable au bar Take a guess !).

L'issue finale est également une bonne trouvaille, qui boucle une lecture plaisante et conforme aux attentes. Et puis, comment ne pas savourer les réparties ringardes, les boutades de notre cher Myron et les envolées pompeuses de Coben ? ! Plus les blagues sont nulles et lourdes, plus je m'esclaffe. Et j'en redemande.

Pocket, août 2012 pour la présente édition ♦ traduit par Paul Benita (The Final Detail)  pour les éditions Fleuve Noir

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23/03/15

En poche ! # 39

Actualité florissante pour 2 auteurs que j'affectionne, Nathacha Appanah (En attendant demain, chez Gallimard) et Kazuo Ishiguro (Le Géant enfoui, aux éditions des Deux Terres). Pour l'occasion, Folio réédite 2 titres ... entre plaisir et découverte. ☺

 

Blue Bay Palace

Blue Bay Palace, de Nathacha Appanah 

Folio, rééd. 2015

Première parution en 2004

 

« Je me suis redressée brusquement et une goutte de sueur s'est échappée derrière mon oreille. Elle a suivi un moment la ligne de ma mâchoire, a glissé le long de mon cou pour trouver son chemin entre mes seins. Aujourd'hui encore, je la sens, cette trace première qui m'a marquée jusqu'au creux de mon ventre. Je regardais en silence ce garçon qui se tenait devant moi et tout ce que je sentais, c'était cette goutte de sel qui me caressait l'oreille, la mâchoire, le cou, la peau tendue entre les seins pour mourir dans mon nombril. J'ai eu l'impression stupide et pourtant si agréable que c'était son doigt qui descendait lentement, lentement... » 

Maya, une jeune beauté de dix-neuf ans, vit à Blue Bay où elle travaille au Palace, qui accueille les touristes fortunés. Folle amoureuse de Dave, patron du restaurant, elle découvre sa trahison en apprenant ses fiançailles dans le journal local. Dès lors, la jeune fille blessée décide de se venger en prenant pour cible “l'autre” qui a brisé son bonheur.

Cette spirale de la folie amoureuse est rapportée de façon étonnante, avec des termes lumineux et enflammés, qui entrent en symbiose avec le décor paradisiaque. Et pourtant, la réalité décrit une violence passionnelle, vouée à la tragédie, et les clivages sociaux de cette île qui ne vit que du tourisme. Quel contraste ! L'effet est saisissant, mais c'est magnifique et bouleversant. 

 

 

Auprès de moi toujours

Auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro

Trad. de l'anglais par Anne Rabinovitch

Folio, Nouvelle édition 2015

 

Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années 90, une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part. Bien des années plus tard, Kath raconte cette enfance, en apparence heureuse, qui n'a jamais cessé de les hanter, au point de corrompre leurs vies d'adultes. 

La force de ce beau roman réside dans son charme mystérieux et romantique, alors que l'on découvre son histoire avec autant d'impatience que de curiosité. Personnellement j'ai à la fois été envoûtée, intriguée et décontenancée par les révélations distillées au compte-goutte. J'ai beaucoup aimé.

C'est une lecture sensible, d'une grande délicatesse, pudique et instinctive, servie par une plume classieuse et élégante (ah, Kazuo Ishiguro !...). À aborder avec la même minutie dont fait preuve l'auteur, sans attente particulière. 

 

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Un été avec Kim Novak, de Hakan Nesser

Un Été Avec Kim Novak

« L'été sera rude, a dit mon père. Autant nous préparer à ça. »

Trente ans ont passé depuis l'été de ses 14 ans, époque où Erik a passé des vacances mémorables avec son copain Edmund à Tibériade, le cabanon familial situé en bord de lac. À eux l'insouciance et l'ivresse de la liberté. Avec son frère Henry pour seul chaperon, les garçons font preuve de désinvolture et de bravade (fumer en cachette, contourner les entrées payantes, se livrer à des séances de voyeurisme, fantasmer sur la belle Eva...). Cet été-là sera pourtant marqué d'un drame qui va chambouler à jamais leur existence.

Henry, son frère aîné, vient de rompre avec sa fiancée et s'est lancé dans l'écriture d'un roman. Chaque soir, il aime sortir dans des lieux branchés, draguer la minette et la ramener au cabanon pour quelques acrobaties coquines. Les garçons ont le choc de leur vie quand ils découvrent, parmi ses conquêtes, le sosie de Kim Novak - la sublime Eva Kaludis - qu'ils avaient également croisée au collège lors d'un remplacement.

Celle-ci a pourtant déjà un petit copain, une star de handball, au tempérament jaloux et agressif. Et quand son corps est retrouvé assassiné, pas loin du lieu de leur villégiature, la police se pointe au cabanon et passe au crible l'alibi des garçons. Fin de l'été, retour à la réalité. Longtemps après, Erik continuera d'être hanté par les événements survenus au cours de cet été et de s'interroger sur les raisons du crime et l'identité du coupable. 

Cette lecture, d'une intensité ciselée et prenante, est stupéfiante ! De suite, elle nous hypnotise par son charme vénéneux et son atmosphère languide, au rythme d'un été fantasque et torride. J'ai été scotchée, complètement séduite par cette écriture simple, mais pénétrante. On suit sans complexe deux garçons en plein apprentissage d'indépendance, de sexualité et de responsabilité morale, non sans maladresse et avec toute l'intrépidité de leur âge. 

On partage aussi les bribes d'une histoire empreinte de non-dits et de culpabilité étouffée, une histoire tantôt drôle ou malicieuse, mais définitivement bouleversante. La lecture est dépaysante à souhait, direct au cœur de la Suède des années 60, le temps d'un été chaud et indolent. On s'évade instantanément, avant de retoucher terre avec une pointe de regret et de nostalgie.

Alain Lawrence, le lecteur pour Sixtrid, nous plonge avec subtilité dans les méandres d'un été de toutes les découvertes, entre exaltation et perplexité, et un sens du tempo tout à fait remarquable. J'ai beaucoup aimé.

Sixtrid, janvier 2015 ♦ Interprété par Alain Lawrence (durée : 6h 22) ♦ Traduit par Agneta Ségol pour les éditions du Seuil (Kim Novak badade aldrig i Genesarets sjö)

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21/03/15

L'Incroyable journal (top secret) de monsieur Cochon, d'Emer Stamp

Monsieur Cochon

Ha, ha ! quelle histoire incroyable et tellement drôle ! C'est une petite merveille d'humour anglais, racontant les aventures désopilantes d'un cochon qui veut s'échapper de sa ferme pour ne pas terminer en gigot.

Cochon est un animal gras, niais et placide. Il n'aime pas les Poulets qu'il trouve trop méchants et a pour meilleur ami Canard qui ne cesse de lui conseiller de prendre soin de sa ligne. Cochon reçoit des portions généreuses de pâtée de la part du fermier, qui lui gratouille le dos et lui chuchote des mots doux. Si ce n'est pas une preuve d'amour, il n'y comprend plus rien !

Dans l'esprit de Cochon, « Fermier m'aime gros. Alors je vais grossir le plus possible pour que Fermier m'aime encore plus. »

Et vrai, plus il mange, plus il grossit. Le fermier vient désormais avec son épouse pour câliner Cochon. Le couple est comblé et babille de bonheur en évoquant leur prochain festin de rôti et saucisses ! L'ampoule s'allume au plafond. Canard avait raison, ce n'était pas de l'amour sincère mais une trahison en bonne et due forme.

Aussitôt, il rallie le clan des Poulets pour devenir le cobaye de leur expérience (ils construisent une fusée pour Pluton) et fuir le plus loin possible de la ferme où l'attend un sort funeste.

La suite est une série de péripéties intrépides et complètement folles. Cela dure une petite centaine de pages, largement parsemées d'illustrations rigolotes, où l'ensemble n'est qu'exaltation et étourdissement. Le ton du récit est exagérément grotesque, car c'est Cochon lui-même le narrateur. L'éditeur nous prévient : l'animal n'est jamais allé à l'école et fait plein de fautes très bizarres. Il faut lui pardonner.

Oui, on lui pardonne car son histoire est très, très drôle, dans le genre loufoque et grand-guignolesque. C'est à lire dans la joie et la bonne humeur, ou l'histoire  vous forcera à rire de bon cœur parce que c'est impensable de résister à cette lecture délicieusement extravagante ! ;-)

Seuil jeunesse, février 2015 ♦ traduit par Cécile Nelson (The Unbelievable Top Secret Diary of Pig)

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