16 mai 2008
La Sandale rouge - Guy Jacquemelle
Fraîchement arrivée à Paris, pour son premier emploi de journaliste dans un grand quotidien, Jeanne voit ses illusions doucement ternies pour l'amertume de ses tâches, guère folichonnes, et par sa nouvelle vie dans la capitale, faite de faux-semblants, de solitude et de grisaille. Cette jeune femme de vingt-et-un ans, qui a grandi dans le Sud-Ouest, se retient de tomber dans le désarroi et commence peu à peu à trouver ses marques en débusquant une étrange affaire d'incendies criminels et de pots-de-vin dans un village provençal. Ce coup médiatique lui offre une formidable opportunité : soudaine reconnaissance, ouverture dans son boulot, diversité de ses piges, bref Jeanne décroche de nouvelles responsabilités en un temps record. Elle vient aussi de rencontrer un brillant énarque, Thibault, conseiller en communication à Matignon. L'idylle la transporte et lui fait côtoyer un nouveau monde, assez factice, celui des soirées mondaines.
Un soir, au sortir de l'une d'entre elles, Jeanne arrive sur les lieux d'un accident où un couple de jeunes gens a été fauché par une voiture qui a pris la fuite. L'intervention des ambulanciers est rapide mais inquiétante, Jeanne est vivement invitée à partir, la suite de l'enquête n'est pas de son ressort. Les jours suivants, elle s'interroge et découvre qu'il n'existe plus aucune trace des blessés ni de l'accident. Cet étrange fait divers sent le soufre, Thibault lui demande d'être prudente, son rédacteur en chef n'est pas emballé mais la journaliste va s'entêter et retourner sur le terrain où elle rencontre un témoin capital. Toutefois, la pression devient suffocante, montrant à Jeanne qu'elle vient de mettre le doigt dans un engrenage infernal et très dangereux.
Ce roman signé de Guy Jacquemelle a su me rappeler celui de Tatiana de Rosnay, Moka (qui évoquait la couleur du véhicule en fuite, responsable d'avoir renversé le fils de la narratrice). La sandale rouge est, ici, le seul détail existant et qui prouve qu'un accident a eu lieu, malgré les efforts pour effacer son passage. La suite est une succession de doutes, de but presque atteint, d'espoir insensé et d'énormes déconfitures. L'histoire raconte l'ascension et la descente en enfer d'une jeune femme qui ne cherche pas à devenir justicière, simplement elle nourrit pour son métier de journaliste une véritable passion et une motivation assez naïve, celle d'être juste, de mener jusqu'au bout son article, malgré les pressions et l'onde de choc. Ce n'est pas une quête du sensationnalisme, on comprend vite que tout dépasse cette jeune provinciale à qui le succès toque à sa porte, avec en prime l'amour et les risques du métier.
Le roman est un tout-en-un : l'intrigue est à la fois policière, sentimentale et psychologique ; c'est également un roman d'apprentissage, une plongée dans les coulisses du pouvoir, dévoilant les pièges de la manipulation et de la duperie. Et enfin, on y trouve un portrait de femme juste et touchant. Bref, un roman très prenant, écrit au mode du présent.
Editions Ramsay, 2008 - 360 pages - 23€
http://lasandalerouge.blogspot.com/
On retrouve aussi Guy Jacquemelle sur son site, alalettre.com, consacré à la littérature.
15 mai 2008
Comme des soeurs - Elizabeth Craft & Sarah Fain
Amies inséparables depuis le collège, Harper, Sophie, Kate et Becca sont à la veille du grand départ pour l'université. Toutes les quatre ont décroché leur billet dans des sites différents, du moins Harper n'ose pas leur révéler son terrible secret : elle n'ira pas à New York, son admission a été refusée. Plutôt mourir que l'avouer, elle raconte alors à ses meilleures amies qu'elle plaque tout pour se consacrer à son rêve : écrire un roman. A force de démonstrations emballantes, ses camarades la jalousent et décident de monter à bord du Rêve Express, à leur tour. Sophie renonce à l'université du Colorado et part inscrire son Etoile sur le chemin des stars à Hollywood, Kate tourne le dos à Harvard et s'envole pour l'Europe à la quête de son rêve. Seule Becca, la plus réservée, ne change pas d'un iota et part dans le Vermont pour devenir une championne de ski. En prime, ses amies lui lancent le défi de tomber amoureuse, pour une fois, dans sa jeune vie !
Même pas dix pages lues, et déjà vous sentez que vous allez engloutir ce roman ! D'un coup, d'un seul, vous faites leur connaissance et gagnez quatre copines que vous n'allez plus lâcher ! Leurs histoires sont un mélange d'humour, de causticité, de rebondissements chevaleresques, de tension surmontable et digeste, et tout ça in the name of love ! ;o) (U2, sors de mon corps !) En fait, c'est un roman qui prône les grandes valeurs de l'amitié avec un A majuscule, qui vous rappelle combien vous êtes prêtes à tout pour épauler une camarade, lui pardonner ses mensonges, la secouer gentiment pour la forcer à sortir la tête de l'eau. Parce que ce roman vous en raconte des vertes et des pas mûres, ok la complicité entre les quatre filles est le noyau dur et incassable, qui sert de carburant pour les matins grincheux ou les lendemains désenchantés, ou simplement pour se prendre la main et accomplir Son Destin. Leur amitié précieuse sert aussi de tampon pour les bleus à l'âme, pour les petites vérités qui ne sont pas bonnes à dire, pour les secrets tus en leur âme et conscience. Nos quatre filles ont leur fierté, en plus de leurs défis à relever : être actrice et décrocher un Oscar, écrire le prochain Grand Roman Américain, trouver Son Rêve, filer le Parfait Amour.
Bien entendu, leur parcours n'est jamais lisse, malgré les apparences d'une vie facile, les filles vont éprouver les embûches, les appels des sirènes et les pièges aux alouettes. Elles vont connaître le nirvana et la descente en chute libre, rencontrer des types fabuleux, se leurrer de leurs belles paroles ou craquer pour le mauvais numéro, brûler les étapes ou nourrir un égo démesuré en pensant avoir déjà tout acquis ou simplement mérité ce qu'elles estiment à leur juste valeur. Ne croyez pas non plus que ce sont des petites égocentriques qui lorgnent leur nombril, elles sont toutes très attachantes, elles savent nous intéresser à leur sort, dans les quartiers chics de Beverly Hills ou dans un sous-sol poisseux à Boulder, elles ont chacune une histoire qui nous accroche, et pas une pour préférer l'autre ! (je trouve)
Un roman qu'on se cesse de comparer à Quatre filles et un jean d'Ann Brashares, je me demande maintenant si le duo Elizabeth Crain & Sarah Fain va signer pour une suite ?... Personnellement, je l'espère ! C'est une lecture vivifiante, très drôle, assez midinette, bref j'ai adoré !
Editions Albin Michel, 2008 - coll. Wiz - 440 pages. 14€
Traduit de l'anglais (américain) par Madeleine Nasalik.
NB : Après vérification, une suite est donc déjà disponible : Footfree and Fancyloose (sortie 2008 pour les USA). Et la série ne semble pas s'arrêter là !
L'avis de Gaelle la libraire ;o)
14 mai 2008
Echancrure - Michel Le Bourhis
Thomas, dix-sept ans, est un écorché vif qui ne croit pas en l'avenir. Il traîne ses savates au lycée professionnel, sèche souvent les cours, vit dans un modeste appartement avec sa mère, qui est caissière au Leclerc, et son petit ami qui glandouille toute la journée devant la télé. La perspective d'un lendemain meilleur lui est complètement illusoire. Il est aussi secrètement amoureux de sa voisine, Sandrine, qui sort avec son meilleur copain, Tony. Et il rêve de cogner le père de celle-ci, pour la venger des coups qu'elle reçoit tous les soirs. C'est la misère, pensez-vous...
Thomas a cependant trouvé un refuge dans cette vie de brutes : il entretient une véritable passion pour la littérature et les belles éditions, qui le fascinent, le séduisent. Un jour, dans une librairie, il s'apprête à chiper un exemplaire de Maupassant dans la Pléïade mais son geste est arrêté par une femme d'un certain âge, Micheline Gayet. Au lieu de le sermonner ou de le dénoncer, elle préfère lui payer le livre et lui offrir. Ce geste étonne nos deux personnages, qui se font face, un peu abrutis et maladroits. Thomas est incapable de comprendre la gratuité de ce geste, Micheline ne l'explique pas non plus et ne comprend pas cette soudaine obsession pour ce garçon, qui lui rappelle une autre époque de sa vie de prof.
A travers le monologue de l'adolescent et les extraits du journal de Micheline, l'histoire d'Echancrure est une remarquable description du désarroi d'un gamin très en colère et écoeuré par la vie qui l'entoure. Seuls les livres lui offrent une échappatoire, sans quoi la réalité de son quotidien est oppressante, lourde, poignante et déprimante. Au fil des pages qui s'enchaînent avec une rapidité étonnante, le lecteur ressent cette urgence et le sursis qui s'annonce. Car un drame va boucler cette comédie humaine, dès le départ le lecteur en a l'intuition. Et pour accentuer le tout, le rythme qui s'accélère dans les derniers chapitres va donner le tournis, fait retenir le souffle. Puis le couperet tombe.
Ce livre n'est décidément pas tendre mais force l'empathie du lecteur. Cette réalité désoeuvrante que vit Thomas nous rend amer et seuls les passages écrits par Micheline apportent une bouffée d'oxygène, surtout à travers la perspicace description du bienfait des livres dans une vie. Elle offre un passage extrêmement juste sur la difficulté de ces jeunes de s'arracher à eux-mêmes, de se frotter aux mots, aux textes, à des vies qui ne leur ressemblent guère, et qu'ils regardent filer, envieux parfois, respectueux aussi, mais sans désir véritable de les rejoindre, d'essayer de les partager, confortés dans leur certitude que ces deux mondes s'opposent violemment. Un beau texte, pas très gai mais poignant.
Editions du Seuil, 2007 - Coll. karactère(s)
139 pages - 8,50€
13 mai 2008
Muléum - Erlend Loe
Encore un journal intime écrit par une jeune fille de dix-huit ans, pourrait-on penser. Ladite Julie, la narratrice, trouve également que c'est pathétique et que ça ne devrait concerner que les personnes dérangées, et ELLE est très certainement dérangée, donc elle a une excuse. Ses parents et son frère ont trouvé la mort dans un crash d'avion au-dessus de l'Afrique, là voilà orpheline, riche à millions mais seule et désespérée. Elle veut en finir avec la vie, tente de se suicider sur scène pendant une pièce de théâtre au lycée, loupe son coup avec force et fracas (les journaux en feront les gros titres !) puis décide de sauter d'un avion à un autre pour parcourir le monde et provoquer le destin. Ses projets pour trouver la mort sont nombreux, farfelus et font bien rire le lecteur - hélas ! est-ce un crime de rire sur un sujet aussi grave ? Julie a pour elle d'écrire avec une énergie farouche et une claivoyance redoutable, elle nous tire des grimaces, nous force à penser comme elle (son docteur dingo, le psy, est un barbu ringard, très souvent à côté de ses pompes !). Bref, son projet de mourir ne sonne pas très sérieux, elle envisage de copier une ou deux caricatures pour attirer sur elle une fatwa ou vole en Asie pour attraper la grippe aviaire - un vrai festival d'imagination ! Elle s'abrutit devant la télé en suivant les JO d'hiver et s'empêche de penser à son chagrin, car, on l'oublie peut-être, derrière son cynisme et son humour mordant, Julie est aussi déboussolée, malheureuse comme les pierres et n'arrive pas à panser ses plaies autrement que par son obsession du suicide. Muléum est un portrait qui se veut drôle mais qui cache le désespoir d'une jeune fille intelligente, avec une forte inclination pour le loufoque et l'exubérance. Cela se lit assez vite, malgré quelques passages vaseux, le ton d'Erlend Loe sauve les meubles et nous fait passer un très bon moment .
Gaia éditions, 2008 pour la traduction française
(traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud) - 222 pages - 18€
12 mai 2008
(coup de foudre)
Où l'on parle d'un coup de foudre, de cet effet qui en a toute l'immédiateté, le caractère inattendu... et dès les premières pages, le lecteur sait que quelque chose d'essentiel vient de se passer. Oui, c'est l'histoire d'une obsession, d'une imprégnation qui dure et qui me colle à la peau. Je viens de feuilleter le livre de Laurence Decréau (Ces héros qui font lire, Hachette éducation) avec une pensée pour mon phénomène à moi, moi qui ne m'en sors définitivement pas de mon état de fascination. Je retrouve les symptômes dans cet ouvrage, pourtant très érudit et assez pointu sur ce qu'apporte la lecture d'une série chez un jeune lecteur (on en revient toujours là : est-ce un danger ? un conditionnement ? Cela les prive-t-il ou les ouvre-t-il à découvrir une littérature au sens plus large, plus pompeux ... ?).
Bref, ce livre consacre un chapitre intitulé Une passion inquiétante. J'en ris car je pensais franchement à mon cas. Non je ne suis pas imprégnée de Fantômette ni du Club des Cinq. C'est fini tout ça, et je n'ai même jamais été obnubilée par ces personnages de la bibliothèque rose. Ils ont su me prendre la main et me faire grandir, mais c'est tout. Mes chocs littéraires ont eu lieu des années après (pour ne pas les citer, Margaret Mitchell, Emily Brontë ou JK Rowling... mais chut !). Donc je lis ce livre de L. Decréau et je découvre ce paragraphe du Choc. (Oui, les termes sont très évocateurs !)
« La rencontre avec la série se définit avant tout comme un choc, rupture violente d'une longue habitude. (...) On observe dès le premier contact avec la série élue une radicale inversion dans le comportement : du rejet et de l'indifférence, l'enfant bascule sans transition vers un amour total et excessif, de l'ordre de l'adoration. (...) Si les symptômes rappellent ceux du coup de foudre, l'objet, à dire vrai, n'en est guère différent. Car avant d'aimer le livre, c'est un être qu'aime l'enfant - un être d'encre et de papier : le héros de roman. » Là, je rigole car je reprends les propos lus quelque part qui disent que 85% des lecteurs de Stephenie Meyer le sont pour les beaux yeux d'Edward Cullen ! Argh, désolée... cela reste obsessionnellement présent, envahissant. Incompréhensible ? Peut-être.
J'ai passé l'âge de me fondre dans un état :
d'identification,
de la plongée en un moi rêvé,
de la découverte de soi et de l'autre et
de l'illusion de la réalité (nous en sommes très loin, à vrai dire !),
ce sont les points abordés par l'auteur et qui expliquent cette étrange adoration du lecteur pour le héros (cf. Ces Héros qui font lire, par Laurence Decréau - toujours). Je suis donc face à mon problème sans en mesurer l'ampleur, la teneur et la durée. Après tout, je le vis aussi très bien et je porte ma vampirisation derrière la façade polie et lisse de ma vie de tous les jours. C'est ancré en moi, je le sais. Je reconnais simplement que c'est dur à porter quand j'ouvre désormais un nouveau livre et que je n'y goûte plus le même plaisir, la même aptitude à être enveloppée par un autre univers, séduite par de nouveaux personnages. Tout reste en surface, je lis, j'aime bien mais c'est tout. Et d'ailleurs, je réalise que je m'éloigne des atmosphères oppressantes, douloureuses et trop déprimantes. Je recherche des bulles (de légèreté, y'a pas que le champagne dans ma vie !!!), de l'insouciance, du romanesque. Amis lecteurs, je suis complètement fichue. Mise au placard pour avoir croisé le chemin d'une série rouge (passion) sur fond noir (démoniaque) !? Oui, la passion mène à tout... folie, ennui, adoration et j'en passe. Avé, chers lecteurs !
Ces Héros qui font lire - Laurence Decréau, préface de Georges Jean - Hachette Education, 1994 est un livre-voyageur appartenant à Patricia. Merci à elle ! Le livre est parti chez Emmyne.

L'affiche officielle ! :o)
Et LE site officiel, itou : http://twilightthemovie.com/
10 mai 2008
(Lire et relire Le corps de Liane)
« T’es sûre d’être une fille, toi?
– Hein ? marmonna Roselyne en déchaussant ses tennis dans le vestiaire du gymnase.
– Est-ce que tu es sûre d’être une fille? répéta Liane en forçant la voix comme si Roselyne était sourde. […]
– Bah oui! Pourquoi? T’es pas sûre, toi?
– Non.
– Comment ça se fait, que t’es pas sûre comme ça? s’inquiéta Roselyne.
– Je sais pas.
– C’est embêtant. Je vais y penser. Parce que c’est pas normal que tu sois pas sûre d’être une fille. Y faut être sûre!
– Pourquoi il faut?
– Parce qu’y faut », répondit Roselyne, catégorique.
Ce n'est pas parce qu'on grandit parmi des femmes qu'on se sent forcément plus femme ! C'est le cas pour la petite Liane, âgée d'à peine 10 ans, qui vit seule auprès de sa mère Christine, sans rien savoir de son père. La même situation s'était produite pour la grand-mère Huguette, qui coule ses beaux jours à jardiner en Bretagne, où toute la troupe s'y retrouve chaque été. Dans la famille, on n'aime pas trop les hommes, on ne leur concède pas une place de choix. On n'en parle pas des heures non plus, on n'étale aucun souvenir, juste quelques vagues, et on s'interroge sur cet étrange enfant qu'est Liane, qui pose trop de questions, rédige des listes dans ses carnets et craint de vomir en classe.
Un jour, elle rencontre Roselyne qui deviendra sa meilleure amie. Roselyne n'a pas une mère idéale, plutôt revêche, mais la jeune fille n'en conserve pas moins un étonnant optimisme, de la douceur et de la gentillesse. Très vite, elle trouve sa place chez Liane, un foyer atypique et chaleureux, où viendra se greffer Eva, une jeune femme de ménage, un peu étourdie mais belle comme c'est pas permis. Elle aussi vit seule avec sa fillette, Armelle. Pas loin de cette tribu de femmes, il y a en marge l'épicier algérien dont le fils va en classe avec Liane et Roselyne.
Bref, que dire sans trop en dévoiler ?
"Le corps de Liane" figure, à mon goût, parmi ces lectures "sucre d'orge" où le plaisir ressenti s'étend en longueur, pas systématiquement à la première phrase, car c'est sur la durée qu'il dégaine une petite musique qui s'accroche à l'oreille. C'est une lecture bienfaisante, une lecture qui donne du bonheur (comme "Ensemble c'est tout" d'Anna Gavalda ou "Mangez-moi" d'Agnès Desarthe).
Après un conte enchanteur et enchanté (cf. Le musée de la sirène), Cypora Petitjean-Cerf continue d'émerveiller avec cette histoire sur la féminité et l'amour, où elle démontre avec élégance et sans maniérisme l'étendue de ces deux pôles qu'on cherche toutes à atteindre. Ce n'est pas rien si ce livre est dédié "aux mères et à leurs filles", car Huguette, Christine et Liane rassemblent en trois générations les affres de leurs conditions liées à leur sexe. Les personnages de Roselyne, Eva, Armelle et Lamia viennent apporter à leur façon une bouffée de fraîcheur qui perpétue le ravissement. C'est beau, c'est attachant. Au départ, elles sont toutes paumées, songeuses et s'isolent sans trop en dire, puis la richesse du roman viendra les confronter à s'ouvrir et se dire "des beautés". Il y a un superbe message dans ce roman, sur l'espoir, sur l'envie et ça vous donne un sourire jusqu'aux oreilles.
De belles lectures comme ça, personnellement je trouve que ça fait du bien et qu'on en a besoin de nos jours ! A recommander, chaudement !!!
Le corps de Liane, Cypora Petitjean-Cerf
Ldp, 320 pages - 6,50€
date de parution : 30 avril 2008.
D'autres avis : Laure, Cuné, Maylany, Lilly...
09 mai 2008
Coups bas et talons hauts - Tonie Behar
Vif, tonique et enlevé, le roman de Tonie Behar s'apprécie sans fin (faim) ! Attachée de presse dans l'agence de relations publiques de la très respectée Annick Bondy, Dahlia Arditi est belle, intelligente et bosseuse. Mais rien n'est acquis au sein de cette équipe féminine et hyper glamour, surtout lorsqu'on a pour concurrente la sculpturale Chloé de Lignan qui baigne dans le milieu du luxe depuis toujours. Chloé est son cauchemar personnel, sa Cruella perfide qui lui met des bâtons dans les roues et aime tirer la couverture à elle toute seule.
Un soir de novembre pluvieux, Dahlia est agressée dans la rue par un individu qui veut lui voler son sac quand un mystérieux Zorro surgit de nulle part et vole à son secours. Les choses en resteront là, puis six mois passent et Dahlia retrouve son Chevalier Servant au bras de son ennemie jurée... Chloé ! Vous imaginez la suite ? Petits coups bas, mesquinerie féminine, séduction folle et grandes scènes de tralala qui vous collent un sourire béat au visage, oui on mord à l'hameçon, avec un sens particulier de dégustation. Dahlia est une jeune femme délicieuse, qui aime séduire mais attend le grand amour. Elle a pour devise, au risque de déplaire, d'allumer mais de ne jamais éteindre ! Charmant.
J'ai trouvé dans la lecture de ce livre un véritable plaisir de divertissement, des clichés saturés, des ficelles grosses comme mes deux poings réunis, mais j'en demande encore ! Les vacances approchent, le beau temps est de retour, voici le livre idéal à glisser dans le sac de plage ou pour flâner dans un hamac ! A propos, préférez le terme "comédie romantique" à celui de chick-lit à la française (ou littérature de poulette), c'est beaucoup plus joli et tant pis si ça fait cucul la praline. Au moins, vous êtes déjà servi(e)s ! Bonne lecture à tou(te)s !
Mille mercis Tonie !
Editions JC Lattès, 2008 - 283 pages - 17,50 €
Illustration de couverture : Colonel Moutarde
08 mai 2008
(encore un livre qui a du chien !)
Sunny est la petite dernière d'une famille de quatre enfants. Elle rêve d'avoir un petit frère. Ses parents lui proposent d'adopter un petit chien... et c'est celui avec sa tache noire en forme de rond qu'elle choisit. Elle décide de l'appeler Jeombak, mot coréen qui signifie petite tache.

Une vraie complicité se tisse entre l'animal et la petite fille. Aux petits soins pour lui, Sunny ne se lasse pas de le bichonner, le câliner, de jouer avec lui. Puis, un jour, un voisin lui confie un chiot tout blanc. Les parents de Sunny lui expliquent, cependant, qu'elle ne peut garder deux chiens à la maison. Il faut en donner un à mamie. Le choix est difficile, car la fillette est attachée aux deux. C'est Jeombak que la famille conduit chez la mamie mais Sunny boude, pleure et refuse d'abandonner son chien. Inutile de réfléchir plus longtemps, la relation entre l'enfant et le chien est décidément très forte. On ne peut pas les séparer.

Un gros hic, avant de conclure, car je suis incapable d'expliquer la fin de cette histoire. Sunny ne retrouve plus son chien ! Est-il parti ? s'est-il perdu ? Un malheur est-il arrivé ? Cette fin est-elle une image pour adoucir une tragédie ? Ou une suite est-elle prévue ? Franchement, je suis dubitative. Je n'aime pas ça, j'avais adoré l'album que je trouvais charmant avec ses illustrations douces, aux couleurs pastel. Je craque définitivement pour les histoires mettant en scène une petite fille et son chien - là, j'étais vernie. Mais les dernières pages me peinent et me frustrent. Je veux qu'on m'explique !!!
Je ne connaissais pas cette maison d'édition : Chan-ok. Un site existe, cliquez ici pour la présentation de ce livre.
Jeombak mon petit frère,
Écrit et illustré par Kim Jung-sun
Traduit du coréen par Yun-hee Véran et Hélène Charbonnier
Editions Chan-ok, 2007 - 13,90 €
07 mai 2008
(sujet sensible)
Ce sont les vacances d'hiver et le départ pour une semaine de ski au Val d'Isère. Patrice et son père s'impatientent tandis que Julie, l'adolescente de 16 ans, traîne les pieds devant le lycée, où elle adresse ses adieux à sa bande d'amis. Au moment de les rejoindre, c'est le drame : Julie est renversée par un bus. La foudre s'abat sur la tête de Patrice, sa soeur est plongée dans un profond coma, ses jours sont en danger. Toutefois, le garçon est supposé "deviner", car il est tenu à l'écart par ses parents, dévastés par le chagrin. L'annonce du décès vient secouer la famille déjà désunie et Patrice se sent de plus en plus incompris et négligé. Seul, il ne sait pas à qui expliquer le poids de sa culpabilité, expliquer pourquoi il n'arrive plus à retenir la nourriture dans son corps, par exemple. Ses parents semblent totalement indifférents à son sort. Patrice ne s'entendait pas beaucoup avec Julie, du moins il pensait ne pas l'aimer mais son absence lui prouve le contraire. Il s'en veut désormais de n'avoir jamais pris le temps de lui dire combien il l'aimait, à sa manière.
Un texte délicat et sensible, sur le sujet de la mort et du deuil. Un travail simple et concis pour mieux aider à passer le cap, à continuer de vivre après la perte d'une personne qu'on aime. A conseiller aux plus jeunes, dès 10 ans.
Le Journal de ma soeur, Anne Poiré
Seuil jeunesse, 2008. Coll. Chapitre, 80 pages. 7,50€
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Un matin, Granny ne s'est pas réveillée. Et puis voilà. La maison de Nina s'est mise alors à flotter sur une mer agitée et remplie de larmes. Le temps passe et la maman de Nina continue de pleurer. Sa meilleure amie Jojo est venue à la rescousse, s'installe auprès d'elles et prend les rênes du foyer. Nina est remplie d'espoir, car Jojo, avec son accordéon, son chat Foufou et son fiancé Paolo, apporte un semblant de gaité et de bonne humeur. Toutefois, la maman de Nina ne va pas mieux, il a fallu vider l'appartement de Granny et la douleur est toujours aussi vive. Jojo s'inquiète et choisit d'emmener son amie en vacances... sans Nina. La fillette part rejoindre son père à la campagne, où il vit avec sa nouvelle femme et leur enfant de deux ans, Lola. Au début, Nina n'est pas à l'aise, puis elle s'attache à sa petite soeur et apprécie les efforts de son père. Bientôt elle retrouve sa maman, qui n'a plus les joues creuses, plus le nez dans les mouchoirs, n'est plus en boule sous la couette. Au contraire : avec Jojo, elle s'active pour la préparation du mariage de celle-ci.
Désolée de n'être pas très *gaie* dans mes choix de lecture, mais ce petit livre pourra vous étonner car il est plus souriant et plus guilleret qu'on ne pouvait le supposer. Le chagrin d'une maman est décrit à travers les yeux d'une petite fille de 8 ans et c'est plein d'amour, plein d'espoir. Peut-être la recette idéale n'existe pas, mais on tire de ce livre la leçon suivante : la préciosité de l'amitié, le goût des crêpes et de la pizza, l'amour des siens, surtout ceux qu'on pensait vivre en "pays étranger" (or, rien ne change l'amour d'un papa, même s'il a refait sa vie !). Il y a un peu de passages très sensibles, mais ce n'est pas qui ce frappe ni ce qui ressort : non, c'est essentiellement la vitalité ! Les illustrations reflètent également cette tonicité mêlée de sensibilité. Un joli texte à la portée des plus jeunes.
Mes yeux menthe à l'eau, Agnès de Lestrade - illustrations de Violaine Leroy
Editions du Rouergue, 2008. Coll. ZigZag, 107 pages. 6,50 €
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Et si on imaginait ce qu'il se passe après ? si on supposait qu'il existait un entre-deux vers l'au-delà ? ... Cela donnerait une histoire de fantôme, comme dans ce roman de Marie-Hélène Delval. Anaïs est amoureuse d'Adrien. Elle l'appelle de tous ses vœux, lui crie son amour, mais il ne peut entendre sa voix, car elle et lui ne font plus partie du même monde... De là où elle est, elle suit, impuissante, la nouvelle idylle de son amoureux. Adrien l'a-t-il déjà oubliée, remplacée ?
Je me demandais si j'allais revivre le même déluge qu'avait inspiré la lecture du livre de Lisa Schroeder, car le sujet est très proche. Finalement, non. Ce court roman est accessible pour les plus jeunes (dès 10-11 ans) et aborde l'amour et la mort. C'est très émouvant mais juste un tantinet trop propre et retenu pour moi. Ou alors je suis trop "vieille" pour tomber dans le panneau. Cette lecture reste agréable, sensible et réserve de beaux chapitres sur la douleur du deuil, l'impuissance de tourner la page et l'acceptation de passer le flambeau à une autre personne. On tire une formidable leçon d'espoir en bout de course !
Parmi nous, Marie Hélène Delval
Bayard éditions jeunesse, 2008 / Bayard Presse, Je bouquine, 2005. 90 pages - 5,80€
06 mai 2008
Slam - Nick Hornby
Sam est un adolescent de quinze ans, passionné de skate, qui vit seul avec sa mère de 31 ans (en calculant bien, on comprend que celle-ci avait tout juste seize ans lorsqu'elle est tombée enceinte). Sam n'est pas un gamin à problèmes, il est plutôt ordinaire et aime se poser des tas de questions, mais sans jamais les adresser aux bonnes personnes. Son seul confident est Tony Hawk, le skateboarder. Et encore, il s'adresse à son poster et compulse avec dévotion Hawk - Activité : Skateboard pour y glaner des réponses qui, bien sûr, tombent très souvent à côté de la plaque. Six mois avant son seizième anniversaire, tout baignait pour Sam. Le jour J, bien évidemment, le ciel a fini par lui tomber sur la tête.
Slam, en langage de skateboarder, signifie se casser la pipe. Il ne faut pas être sorcier pour deviner, dès les premières pages, ce qui va arriver à notre jeune narrateur, sa maman aussi lui disait de faire attention avec les filles, un accident est si vite arrivé... Je vous laisse découvrir la suite, mais pas besoin d'être Sherlock Holmes pour piger et se faire une idée (selon les dires de Sam !). Ce livre de Nick Hornby est en fait son premier roman destiné aux adolescents, en France l'éditeur n'a toutefois pas choisi de le classer en jeunesse, alors qu'il peut facilement être conseillé pour un niveau collège, selon moi.
Ce livre a tout pour séduire un lectorat adolescent : le style très parler du narrateur, notamment, donne vie au propos de Slam. Personnellement, ça me saoule un peu mais cela apporte une vraie tonicité au récit, accentuant aussi le dilemme du garçon, en nous faisant partager ce qui lui trotte dans la tête. On y évoque donc l'adolescence et son lot d'atermoiements, de remises en question, de doutes et de tentations. Il s'agit d'un roman qui parle de la première fois, de l'envie très ambigüe de franchir un cap qui dépasse sa petite case étriquée, ET du risque ou de l'accident de parcours. Comment assumer une telle part de responsabilité lorsqu'on a tout juste seize ans ?
Le livre offre, du point de vue de Sam, une vision assez réaliste de la trouille qu'on ressent devant n'importe quel challenge, accompagnée de la lâcheté et l'effroi qui vont souvent de paire. Sans oublier que le roman est aussi très drôle ! Il le faut, le thème abordé (la sexualité chez les adolescents) est assez périlleux, même si l'auteur a su écarter les pièges (pas de détails scabreux, pas de vision édulcorée et aucune moralité à deux sous). Nick Hornby ne se voile pas la face mais reste cool sans être éreintant. En gros, c'est un bouquin à confier sans hésiter aux ados et jeunes adultes !
Traduit de l'anglais par Francis Kerline - 289 pages - 18,90 €
Plon, 2008 pour la traduction française.

