Les mots sont, les mots font, les mots disent Les mots coulent, les mots roulent sur un fil

20/01/17

Marquer les ombres, de Veronica Roth

C'est l'événement du mois ! La parution du nouveau roman par l'auteur de la trilogie à succès, Divergente. Veronica Roth nous propose cette fois un space opera audacieux, avec pour intrigue une lutte de pouvoir, de famille, de haine et d'amour. 

MARQUER LES OMBRES

Akos Kereseth grandit auprès des siens dans la pacifique nation de Thuvhé lorsqu'il est arraché brutalement de son foyer, avec son frère Eijeh, pour être conduit chez les Shotet. Le nouveau souverain, Ryzek Noavek, veut contrôler son destin depuis qu'une prophétie a annoncé sa chute par leur faute. Akos a juré de sauver son frère de leur triste sort, mais va endurer durant des années persécution, humiliation et maltraitance. On lui confie également le rôle de garde du corps de Cyra Noavek, la sœur du despote. Cette dernière possède le don de provoquer des douleurs atroces par un simple contact, seul Akos est insensible à son flux et lui prépare des infusions pour canaliser ce trop-plein de mauvaise ondes. À force de rester en contact rapproché et permanent, ces deux-là tissent une relation qui s'apparente à une complicité amoureuse pleine de pudeur, même si le contexte géopolitique les incite à être également sur leurs gardes car leurs ennemis ne manquent pas. Entre le cruel et tyrannique Ryzek, qui se sert des pouvoirs de sa sœur ou de la vulnérabilité de Eijeh, devenu le nouvel oracle, pour asseoir son autorité et contrôler Akos, sans oublier les renégats qui veulent renverser le système en place et qui nouent des alliances sans garantie de retourner leur veste un jour ou l'autre, l'ambiance est assez tendue et étouffante.

Au final, il y a très peu de place pour l'action. L'auteur privilégie la forme, en fignolant son univers et son écriture. C'est beaucoup plus structuré, plus soigné, mais au détriment des émotions et des sensations. Le fond est creux. L'histoire est lente à se mettre en place. Le rythme est inégal. En somme, j'ai trouvé ce roman beaucoup trop ambitieux, et donc fastidieux à lire. De plus, les personnages ne sont pas attachants. On ne se passionne pas non plus pour leur histoire. Leur relation est plate, elle ne renvoie aucune âme, aucune tendresse. C'est comme pour tout, sans saveur, sans excitation. J'ai rapidement fait le tour d'horizon de leur aventure, laquelle est très torturée, mais vraiment peu attendrissante. À aucun moment je n'ai été touchée ni n'ai ressenti de l'intérêt pour les rudiments de leur quête. C'est une grande frustration, une amère déception pour ce roman pourtant très attendu et autour duquel le mystère a été bien ficelé jusqu'à la date de sa sortie mondiale.

J'ai opté pour le livre audio, disponible en exclusivité sur Audible. On retrouve ainsi Marine Royer, également la narratrice de la série Divergente, qui réussit le tour de force de nous plonger dans cet univers intersidéral aux thèmes universels (la famille, la fratrie, les non-dits, le pouvoir) mais qui ne s'éloigne jamais totalement des sempiternels tourments (les marques corporelles, les choix discutables et les destins impossibles). Une lecture agréable à écouter, si ce n'est un contenu monotone et hélas lassant.

Texte lu par Marine Royer pour Audible Studios - Durée : 15h 19

>> Texte en version intégrale uniquement disponible en téléchargement sur le site Audible (exclusivité).

© L'édition originale de ce livre a été publiée pour la première fois en anglais aux États-Unis aux éditions Katherine Tegen Books, HarperCollins Publishers, sous le titre Carve the Mark Volume 1. © 2017 par Veronica Roth. Tous droits réservés.

Traduction française © 2016 Éditions Nathan (P)2017 Audible FR

Marquer les ombres | Livre audio

 

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18/01/17

L'Affaire de la belle évaporée, de J.J. Murphy

L'Affaire de la belle évaporée

Quelle lecture exquise ! Imaginez un soir de décembre dans les années 1920, dans le prestigieux hôtel Algonquin à New York...
L'acteur de cinéma Douglas Fairbanks et sa compagne Mary Pickford organisent un gigantesque raout où l'alcool prohibé coule à flot. Au milieu de l'effervescence générale, pourtant, un cas de variole se déclare et l'établissement est mis en quarantaine. Les esprits chagrins se consolent aussitôt en se servant une nouvelle coupe, pendant ce temps la starlette Bibi Bibelot fait le show. Entièrement nue, parée d'un médaillon d'argent, la blonde écervelée se glisse dans la baignoire remplie de vin pétillant et amuse la galerie avec ses air aguicheurs. Quelques heures plus tard, on retrouvera son corps sans vie dans la même position. 
J'avoue avoir immédiatement été embarquée par l'ambiance du roman ! C'est pimpant, c'est léger, c'est vintage et c'est charmant. Mais il y a un autre atout indéniable : cette chère Dorothy Parker. Femme de lettres et d'esprit, Dorothy est également connue pour son humour caustique et ses bons mots. Et il faut reconnaître à J.J. Murphy ce talent incontestable d'avoir saisi cette essence pour donner vie à une héroïne pleine de finesse et d'intelligence. L'Algonquin constituant son terrain de jeu propice pour son Cercle Vicieux, il n'était pas rare de la croiser autour de la fameuse table ronde en compagnie de son groupe d'intellectuels. On la retrouve ainsi avec Alexander Woolcott et Robert Benchley dans l'euphorie de la fête et au premier rang dans la découverte du drame. Experte dans l'art du Jeu de l'Assassin, notre éminente chroniqueuse se lance aussitôt sur la piste du coupable... avec l'assistance du non moins célèbre Sir Arthur Conan Doyle ! De passage en ville, l'écrivain britannique cherche ainsi à démontrer l'étendue de ses compétences, n'est pas le père de Sherlock Holmes qui veut, après tout. Mais le travail d'équipe peut poser souci et ne pas être l'apanage de cette fine équipe, chacun cherchant à asséner le coup de massue au détriment de l'autre, soit pour briller en société soit pour enquiquiner le monde.
C'est donc dans cette cacophonie que se dessine une intrigue guillerette et survoltée, où l'on suit les uns et les autres courir dans les escaliers, se planquer dans les monte-charges, batailler contre l'ennui, verser dans les plus folles spéculations, tirer des conclusions hâtives, observer leurs contemporains, épingler les anomalies, avaler une petite louche de champagne, espérer un interlude romantique et louper le gong final. C'est absolument réjouissant. On se croirait dans une comédie tout feu tout flamme, avec du rythme, du souffle, de l'éclat et des bulles. La mise en scène de personnages réels dans un contexte imaginaire apporte aussi ce supplément d'âme à une lecture par ailleurs ordinaire mais qui revêt soudain des couleurs chatoyantes. C'est raffiné, drôle et pittoresque. J'ai tout aimé dans ce livre ! 

éditions Baker Street / Novembre 2016 - Traduction par Yves Sarda [A Friendly Game of Murder]

Illustration de couverture : Lucie QZN

Disponible en Folio Le cercle des plumes assassines [Murder your darlings]

  

(cliché 1) Mary Pickford & Douglas Fairbanks (cliché 2) Art Samuels, Charlie MacArthur, Harpo Marx, Dorothy Parker & Alexander Woollcott "The Round Table Vicious Circle" 

 

17/01/17

Terminus Elicius, de Karine Giébel

TERMINUS ELICIUSSecrétaire dans un commissariat de police à Marseille, Jeanne prend le train chaque jour depuis Istres en s'installant toujours sur la même banquette. Un soir, elle trouve une lettre adressée à son nom. Un certain Elicius lui déclare sa flamme, puis lui révèle un autre aspect de sa personnalité. C'est lui l'auteur des crimes en série qui mettent à cran le capitaine Esposito avec lequel Jeanne travaille. Sous le choc, la jeune femme est d'abord tentée de tout raconter à son supérieur avant de se raviser. Pourquoi ? Jeanne est une petite souris au physique quelconque, à l'existence insipide et aux troubles obsessionnels compulsifs. Fragile et émotive, elle va lier avec cet individu une relation amoureuse, aussi inconvenante soit-elle, et qui la fait fatalement basculer dans des délires profonds.
Le roman part ainsi loin dans la spirale de la folie et des troubles comportementaux. C'est assez prégnant, au point d'en ressentir un sentiment de malaise. Je le répète, je ne supporte pas les désaxés dans les bouquins. Hélas pour moi, Karine Giébel en a fait une constante, cf. Juste une ombre par exemple, d'où un sentiment de ras-le-bol et de frustration ! Je n'ai pas aimé le personnage de Jeanne (sa psychose, son abrutissement, sa démence et sa paranoïa...). Bref. C'est étouffant et très dérangeant. Mais d'un autre côté, c'est toute la force de l'intrigue dont on découvre les rouages à force d'avancer dans le brouillard. L'ambiance est lourde, on ne porte aucun crédit à ce qu'on nous raconte et on s'embarque dans cette sinistre aventure en redoutant le pire. J'ai néanmoins trouvé le dénouement étriqué et peu ambitieux. J'espérais mieux. Et la soudaine “prise de conscience” du capitaine Esposito est trop risible pour l'envisager sérieusement. Premier roman de l'auteur, préalablement publié en 2004 aux éditions La Vie du Rail, Terminus Elicius a été remis au goût du jour par Belfond mais accuse encore une certaine verdeur, un manque de maturité, tout en laissant apercevoir son potentiel. Une nouvelle inédite (Aurore) est proposée en fin d'ouvrage, elle s'écoute en une heure et se révèle parfaitement anecdotique. Une lecture en demi-teinte, donc. 

Les amateurs de lecture audio auront plaisir de reconnaître en Micky Sebastian la voix de Sharon Stone ou de Samantha dans Sex and the City (Kim Cattrall). Son interprétation colle au mieux au caractère à fleur de peau de Jeanne, frôlant parfois l'hystérie, mais rendant l'histoire juste et sensible, glaçante d'effroi et d'angoisse. C'est saisissant, et néanmoins très bon ! 

Texte lu par Micky Sebastian pour Audible Studios- Durée : 8 h

>> Texte en version intégrale uniquement disponible en téléchargement sur le site Audible (exclusivité).

©2016 Belfond (P)2016 Audible FR

Terminus Elicius | Livre audio

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16/01/17

Harry Potter et l'Ordre du Phénix, de J.K. Rowling & Lu par Dominique Collignon-Maurin

Harry Potter et l'Ordre du Phénix CD

Ce pavé représentant pas loin de 1000 pages, on double aussi notre temps d'écoute, soit près de 31 heures, pour plonger dans un cinquième tome long, lent et volubile. Mais on le supporte sans peine car l'univers est si captivant !

Suite à l'issue tragique du Tournoi des Trois Sorciers, Harry Potter clame haut et fort le retour de Voldemort. Or, le ministère refuse de l'entendre et cherche à le bâillonner en salissant sa réputation dans la presse ou en le menaçant de l'exclure de Poudlard. Dumbledore, le directeur, se montre étrangement distant, ses amis Ron et Hermione n'ont donné aucune nouvelle durant les vacances, et des Détraqueurs sont apparus à Little Whinging pour attaquer Harry et son cousin Dudley. C'est bien tardivement que le garçon découvre l'existence d'une garde rapprochée, autrement dit l'Ordre du Phénix, auquel appartient son propre parrain. Cette résistance de l'ombre est néanmoins encore impuissante et s'épuise à se débattre contre les ignorants, tandis que l'ennemi prépare son offensive sans perdre de temps. 

La rentrée s'annonce douloureuse et frustrante pour Harry, qui explore en même temps les joies de l'adolescence. Ô misère. Ils sont jeunes, fougueux et impatients, et aussi bêtes, jaloux et morveux. L'année promet son lot de singeries, comprenant les premiers émois amoureux, les rapprochements timides, les marmonnements inaudibles et les bisbilles futiles... Car Harry Potter est un héros en colère et ce n'est pas l'arrivée de Dolores Ombrage, chargée par le ministère de fourrer son nez dans les affaires de Poudlard, qui viendra calmer le feu qui brûle dans ses entrailles ! Oh non. Cette femme est stupide, mais redoutable. Et son acharnement, féroce. Ainsi s'écoule la vie de nos apprentis sorciers, entre les cours, les potions, les examens de fin d'année, le Quidditch, les hiboux, les elfes de maison, les feux de cheminée, les rendez-vous à Pré-au-Lard... et l'Armée de Dumbledore - Harry et ses amis ont outrepassé l'interdiction suprême et mis au point une ruse infaillible pour s'entraîner à lutter contre les forces du mal sous le nez de la Grande Inquisitrice ! Woow.

C'est long, c'est vrai, mais on ne peut qu'admirer la profusion de détails pour élaborer cet univers magique. Il y a sûrement trop d'éléments secondaires, comme les turpitudes des personnages, et d'autres qui apportent un éclairage inestimable, dont l'hôpital de Ste Mangouste et le drame des Londubat, l'occlumancie et les souvenirs de Rogue. La trame principale apparaît bien mince, concernant la lutte du bien contre le mal, et ne se déploie que dans les derniers chapitres. Comme souvent, le dénouement est tourbillonnant, intense et déchirant. Tout se bouscule et se précipite en quelques chapitres, hormis la discussion finale entre Dumbledore et Harry qui vaut son pesant d'or. 

Côté technique, Dominique Collignon-Maurin a repris le flambeau après la disparition de Bernard Giraudeau et a reproduit exactement la même interprétation, pleine de verve et d'intensité. J'ai juste trouvé que, parfois, il surjouait avec les voix de Dolores Ombrage ou de Hermione en particulier, ce qui rend la lecture un peu lourde et agaçante. Sinon, dans l'ensemble, j'ai été transportée par le faste de cette histoire ambitieuse et palpitante. Je suis même ravie de retrouver la série en format audio, après avoir craint pour son suivi, et j'attends les deux prochains épisodes avec joie ! Que le comédien adopte mesure et modération dans son ton et sa lecture, et ce sera parfait. ☺ 

Traduction de Jean-François Ménard pour Gallimard Jeunesse / Coll. Ecoutez Lire - Octobre 2016
Texte intégral lu par Dominique Collignon-Maurin pour une durée d'écoute d'env. 31 heures
Titre VO : Harry Potter and the Order of the Phoenix

Harry Potter et l'Ordre du Phénix

Cover Illustrations by Olly Moss © Copyright Pottermore Limited 2015

13/01/17

La Brigade des Poussins, de Doreen Cronin & ill. par Kevin Cornell

L'Affaire de la terrible chose géante & L'Affaire du Bizarre Poussin bleu

L'affaire du bizarre poussin bleu L'affaire de la terrible chose géante

J'ai découvert cette série l'été dernier et j'ai tout de suite été intriguée par ses couvertures rigolotes, ses histoires se passant dans un poulailler et ses poussins qui s'improvisent détectives... Assez pour trouver le cocktail délicieux. Et la composition a été savoureuse. Car ce sont des lectures qui savent à la fois surprendre, distraire et enthousiasmer.
Des poussins reçoivent les doléances d'autres créatures en détresse - soit un bizarre poussin bleu, en vrai c'est un geai bleu de Californie, ou un écureuil qui a peur de son ombre.Dans le premier cas, il est question de disparition d'une maison, dans l'autre il s'agit plutôt d'une apparition. Une terrible chose géante a surgi dans le jardin, cela ressemble à une soucoupe volante, et il ne faut pas grand-chose pour que les esprits s'échauffent. Des aliens vont débarquer pour kidnapper les poussins, etc. Noisette l'écureuil est désespérément émotif et s'évanouit toutes les cinq minutes... au grand dam de Maman Poule qui rouspète et menace d'en faire un tapis ! Ah, ah.
Mais revenons à l'affaire du poussin bleu, pardon le geai bleu de Californie, qui accuse un oiseau d'1 m 80 d'avoir chipé sa petite cabane en bois. Le portrait-robot du criminel est tracé, et là c'est la stupéfaction générale ! Mais la brigade des poussins est apte à répondre à toutes les missions. Et donc, elle multiplie les filatures et prend tous les risques. Heureusement, J.J. Tully, chien secouriste à la retraite, a toujours un œil sur eux.
Le résultat est franchement drôle. Cela constitue une lecture enjouée, sur des livres d'à peine 100 pages, largement illustrés, en noir et blanc. Les expressions des poussins, leur maladresse et leur niaiserie en font des héros à plumes très convaincants ! Les enfants vont adorer. Moi aussi. ☺

traduit par Alexandra Maillard, pour les éditions Nathan (Juillet 2016)

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Various drawings from the first Chicken Squad book.

source : Kevin Cornell

 

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Pip Bartlett et les créatures magiques, de Jackson Pearce & Maggie Stiefvater

pip bartlettFascinée par les créatures magiques, Pip Bartlett a pour particularité de les comprendre mieux que personne mais est surtout capable de leur parler. Nul n'est au courant de son don, ce qui donne lieu à des situations cocasses, dont le fiasco de la Journée des Métiers organisée par son école. À cette occasion, Pip rencontre des licornes, toutes plus vaniteuses et insupportables les unes que les autres. La jeune fille tente de les calmer mais provoque malgré elle un ramdam du diable. Ses parents l'envoient alors chez sa tante Emma, qui est vétérinaire dans la petite ville de Cloverton, spécialisée dans les soins pour les espèces fantastiques. Pip mesure sa chance de croiser en vrai un cornebec ailé ou un griffon nain soyeux, qui n'ont aucun secret pour elle. Mais la poisse de nouveau la rattrape lorsqu'elle découvre un Poilafeu dans l'écurie d'une licorne. La menace gronde sur cette petite communauté paisible. Car le Poilafeu est réputé pour être un nuisible susceptible d'entrer en combustion sans prévenir. C'est de plus une créature minuscule, qui aime se planquer dans les placards à sous-vêtements, et qui se reproduit à la vitesse de l'éclair. Panique à bord. Pip va prêter main-forte à sa tante Emma, en compagnie de sa cousine Callie et du petit voisin hypocondriaque Tomas, pour secourir la ville en péril ! Et l'histoire de déborder d'imagination et de magie, avec des créatures extraordinaires, qui échappent souvent à tout contrôle et provoquent des situations affolantes, d'où le sentiment de folie et d'effervescence qui colle à l'ambiance générale. La lecture est ainsi légère, distrayante et très amusante. Son esprit enfantin la destine idéalement aux plus jeunes (8-9 ans), plus sensibles au déferlement d'action et d'événements improbables. Le tout a été bichonné dans un écrin prodigieux - les illustrations sont de Maggie Stiefvater pour la VO, Roland Garrigue pour la VF. C'est complètement délirant et très créatif, même si c'est un imaginaire ciblé et stéréotypé. Ce livre a la dose d'humour, de rythme et d'aventure nécessaire pour emporter le jeune lecteur. Qu'on lui laisse le champ libre, après tout. PS : J'adore la couverture !

Seuil Jeunesse - Traduit par Sophie Passant (Novembre 2016)
illustrations de Roland Garrigue

Titre VO : Pip Bartlett's Guide to Magical Creatures

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12/01/17

Y'a pas de héros dans ma famille ! de Jo Witek

“Avant, je pensais que les enfants du monde entier étaient comme moi. Des mini-humains qui deux fois par jour et cinq jours par semaine passent la frontière d'un pays à l'autre, le cartable sur le dos et le sourire en bandoulière. Avant, ma vie gambadait légèrement entre le monde de l'école et celui de la maison. J'étais heureux dans mes deux pays bien distincts avec des gens différents, des styles différents, une cuisine et une langue particulières.”

Y a pas de héros dans ma familleLa vie de Maurice Dambek a toujours été compartimentée de la sorte : la vie de famille, nombreuse, bruyante et délurée, dans le quartier des romanichels, et sa vie à l'école, bon chic bon genre, sérieuse et appliquée. Jamais les deux n'entraient en collision... jusqu'au jour où son meilleur ami Hippolyte Castant s'invite chez lui pour travailler leur exposé. D'un simple regard, le château de cartes s'effondre. Maurice mesure sa famille dysfonctionnelle - un papa chineur-ferrailleur, qui travaille au noir, une mère aux jambes trop lourdes, qui fait des crêpes à la centaine, un grand frère qui bichonne sa voiture au bas de l'immeuble, une frangine qui rêve de chanter et un autre frangin tout mou. Le tableau n'est pas folichon. À côté de ça, chez Hippolyte, les murs de la maison sont épinglés de photos de gens illustres, des médecins, des chercheurs, des artistes, bref des héros. Chez Maurice, par contre, il n'y a que des zéros.
Grosse prise de conscience. Le garçon a honte des siens, qu'il considère comme des entités inutiles et déshonorantes. Il encaisse sans mot dire la condescendance de son pote et devient désobligeant avec ses proches. Maurice a le cœur pris en étau, et forcément, ça explose. Branle-bas de combat chez les Dambek qui kidnappent le cadet pour une mise au vert de toute urgence. Direction, la Bretagne. Un retour aux racines pour raconter la famille, l'amour au premier regard, les crêpes, les héros et ceux qui s'ignorent. Au final, la crise du jeune Mo va remettre de l'ordre dans ce joyeux bordel familial. Aussi imparfaite soit-elle, la tribu Dambek n'en demeure pas moins sincère et généreuse. Et puis, “les vrais héros sont ceux que les gens aiment, mais aussi ceux qui savent aimer. Ceux qui rendent les autres plus forts, au lieu de se croire les plus forts”.
Un petit roman délicieux, qui traite des écarts sociaux et culturels dans une société qui parfois oublie l'harmonie, la tolérance et la mixité. Un regard tendre sur une famille déglinguée, mais qui se soigne. Une jolie lecture, légère et rigolote. 

Actes Sud Junior - Janvier 2017
illustration de couverture : Olivier Tallec

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11/01/17

Le Musée des Monstres, Tome 1 : La tête réduite, de Lauren Oliver & H.C. Chester

Le Musée des MonstresLe Musée des Horreurs et Autres Curiosités de Dumfrey est le lieu des plus incroyables excentricités, imaginez l'homme-éléphant, la plus grosse dame du monde, la femme à barbe, le garçon contorsionniste, les jumelles albinos, le garçon-crocodile, la mentaliste, le magicien, la lanceuse de couteaux... et la tête réduite, tous réunis pour épater la galerie. Ce phénomène de la tête est d'ailleurs le clou du spectacle. Mais lorsque celui-ci vire au chaos - une vieille dame assise au premier rang tombe dans les pommes - le journaliste présent dans la salle s'empare du sujet pour en faire une mauvaise publicité. L'affaire prend un tour sérieux lorsqu'on retrouve le corps de cette vieille dame au pied de son immeuble et qu'on accuse la tête réduite d'être responsable de sa mort. Les affaires de Dumfrey coulent à pic. Pour sauver leur gagne-pain, Sam, Philippa, Thomas et Max, quatre enfants particuliers, décident de mener l'enquête.
Sans surprise, le premier point fort du livre réside dans son esthétisme et les illustrations de Benjamin Lacombe. Un choix indiscutable et pertinent. Le résultat est fabuleux et rend compte d'une ambiance sombre, inquiétante, vraiment captivante. Puis, vient l'histoire se déroulant dans un cadre mythique, celui du musée des monstres, lequel est plongé dans la tourmente et doit se défendre des calomnies qui accablent son intégrité. Même si ce sont quatre mômes qui vont conduire le bal, c'est loin d'être une petite promenade de santé parsemée de quelques séquences saisissantes. Il y a bel et bien de l'action, des meurtres à répétition, des rebondissements et du suspense au  menu. De quoi surprendre et piquer la curiosité à bon escient. Le succès récent des séries comme Miss Peregrine ou Lemony Snicket a permis d'autres lectures du genre de pulluler, dès lors qu'elles combinent l'étrange et le merveilleux, la production se multiplie. Je n'imaginais pas m'immerger aussi pleinement dans cet univers a priori farfelu car je ne supposais pas découvrir une histoire aussi élaborée et astucieuse. Mais la lecture se révèle réellement stupéfiante, capable à la fois de faire rêver, frissonner et tenir en haleine. Un roman riche et bon. 

Hachette Romans - Octobre 2016
Traduction d'Alice Delarbre / Illustrations de Benjamin Lacombe

Titre VO : The Shrunken Head (The Curiosity House #1)

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10/01/17

Une histoire de sable, de Benjamin Desmares

Une histoire de sableJeanne accompagne ses parents dans une maison en bord de mer pour y passer les vacances d'hiver dans le froid et la solitude, pendant que son père et sa mère ont le nez collé sur leurs ordinateurs. Jeanne est particulièrement hargneuse, elle déteste tout, du lieu de villégiature à l'ambiance sinistre de cette ville fantôme qui n'a aucun charme. Il n'y a pas âme qui vive aux alentours, à part deux frangins qui traînent devant chez eux et s'amusent à compter les grains de sable. Quel ennui. Et pourtant, Jeanne retourne chaque jour auprès d'eux, Bruno et Alain, qui semblent s'être échappés des années 80. Ils lui ont d'abord tapé dans l'œil en raison de leur look ringard, leur prénom a fini d'interpeller la jeune fille. Mais Jeanne tombe également sous le charme de l'aîné, elle aime être en sa compagnie, parler, rire et oublier ce qui les entoure.  
La promesse d'une histoire pleine de surprises tient évidemment le lecteur en alerte, et l'incite à veiller aux moindres détails. Le dénouement n'est donc plus source de stupéfaction, mais la pirouette n'en est pas moins habile. Rien que l'idée de proposer une intrigue aussi troublante est déjà une réussite. Benjamin Desmares est un auteur doué qui nous emmène, livre après livre, dans des univers inattendus et captivants (cf. Cornichon Jim ou 
Des poings dans le ventre). Chaque histoire se renouvelle avec intelligence. Pour “Une histoire de sable” il est question d'une histoire d'amour insolite, avec une adolescente bougonne, un poil trop grossière à mon goût, perdue au milieu d'une station balnéaire désertifiée, et deux garçons mystérieux, complètement décalés avec notre époque. Cette drôle d'ambiance, à la fois évanescente et hors du temps, n'est pas sans rappeler celle du film Les Autres avec Nicole Kidman - moins pour l'intrigue que pour le décor, les personnages et leurs secrets. C'est à la fois étrange et fascinant, mais la lecture sort franchement de l'ordinaire ! 

Editions du Rouergue - coll. doAdo - Février 2016

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Journal d'une ado vraiment déjantée, de Candy Harper

Journal d'une ado dejanteeÀ l'approche du deuxième trimestre, Victoire rayonne de bonheur : son béguin de toujours, Finn, le beau surfeur, la considère enfin comme une petite copine potentielle. Mais la réalité semble dépasser ses illusions d'une idylle parfaite. Car l'adonis se révèle assez creux, banal et rasoir. Au lieu de reconnaître son échec, Victoire s'accroche à ses folles espérances et se préoccupe des amours de ses copines - Meg, Angharad et Lily. Car la vie de ces jeunes anglaises dépend entièrement de leurs élans du cœur ! Seulement, quand on fréquente une école pour filles, les opportunités pour trouver l'âme sœur ne sont pas courantes. En début d'année, les filles avaient tiré profit de la chorale pour rencontrer Ethan et ses potes. Cette fois, à force de se creuser la cervelle, elles ont décidé de lancer un club de débats.
Il règne ainsi une impression de fourmillement perpétuel dans ce livre. Victoire est le point de concentration de cette effervescence et nous emmène dans sa ronde pour tout ce qui implique ses amies, sa famille et ses copains. Il y a notamment sa relation avec Ethan, pas seulement amicale, mais la demoiselle est obsédée par Finn et refuse de voir les signaux d'alerte. Elle choisit délibérément d'être aveugle et se montre parfois insupportable avec ce garçon adorable. Quelle plaie. Sa famille est toujours aussi folle, sa grand-mère est devenue une accro au portable, son frère lui fait honte constamment et ses parents manquent sérieusement de compassion envers ses drames de collégienne.  
Bref. Il y a de la dérision, de l'humour et du superflu dans cette lecture, riche en crises et autres délires du même bord. C'est léger et distrayant, certes un cran en-dessous du premier volume, cf. Journal d'une ado déjantée. Le ton s'essouffle et manque de mordant, avec une intrigue qui ne casse pas trois pattes à un canard. Je reste toutefois friande des romans de cet acabit et vais de ce pas lire la suite du Grand roman de ma petite vie de l'excellente Susie Morgenstern. 

Albin Michel Jeunesse - Traduction d'Alice Marchand (Septembre 2016)
illustration de couv. : Astrid M

Comparatif des couvertures VO plus déjantées : 

Keep the Faith (Faith, #2)  Leap of Faith

 

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