Les mots sont, les mots font, les mots disent Les mots coulent, les mots roulent sur un fil

26/01/15

Léviatemps, de Maxime Chattam

Leviatemps

Paris, 1900. L'écrivain Guy de Timée a fui son confort bourgeois pour vivre sous les combles d'une maison close où, pense-t-il, il pourra s'imprégner des souches du Mal pour les besoins de son nouveau roman. Lorsqu'on retrouve le corps martyrisé d'une fille de la maison, Guy frémit d'excitation à l'idée de se frotter pour de vrai aux rouages diaboliques d'un cerveau psychopathe. Car il ne fait aucun doute qu'un tueur en série sévit dans Paris, couvert par la police, pour ne pas nuire à l'Exposition Universelle qui bat son plein.

C'est assisté de la belle Faustine et d'un jeune policier, Martial Perotti, que Guy arpente les rues sordides, et même les égouts, dans sa traque insensée du monstre. Il s'emploie également à une technique innovante pour l'époque en s'improvisant spécialiste de criminologie et des aliénations mentales. Concrètement il réfléchit, dresse le portrait du désaxé, cerne ses motivations et établit les causes et manifestations. C'est tout aussi efficace qu'une course-poursuite infernale car on a le temps de s'imprégner de l'Horreur, souvent le cœur au bord des lèvres.

M. Chattam s'essaie au registre du polar historique : ambiance léchée d'un Paris qui s'ouvre au XXe siècle, quartiers populaires, salons guindés, séance de spiritisme, poules de luxe, étalage de sciences et du génie créatif... Et c'est une franche réussite ! Les clichés abondent, mais dans le souci de bien faire. On se sent transporté dans le temps, sensation audacieuse et grisante, d'où l'on retire autant de plaisir que de dépaysement. 

Par contre on n'échappe pas à l'obsession morbide de l'auteur, à son goût pour les descriptions toutes plus nauséabondes les unes que les autres. C'est du lourd, encore ! Sa marque de fabrique, aussi. Plus besoin de s'effaroucher. Toutefois, l'ensemble se marie bien et offre une lecture alerte et endiablée, qu'on a beaucoup de mal à reposer. L'histoire se poursuit avec Le Requiem des Abysses !

au choix : Albin Michel, octobre 2010 ♦ Pocket, mai 2012 ♦ Audiolib, décembre 2010 (texte lu par Vincent de Boüard)

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24/01/15

L'Appel de la Forêt, de Jack London

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édition comprenant : L'Appel de la forêt - Le Fils du loup - Croc Blanc

 

Je voulais une lecture courte, histoire de m'évader vers le Grand Nord et ses contrées sauvages... 


description

 

Et puis j'ai découvert l'Appel de la forêt.

description



Buck est un gros chien, robuste, qui mène une vie de patachon, chez un juge, lorsqu'il est brusquement tiré de cette existence heureuse pour intégrer sous la contrainte un équipage de prospecteurs, qui partent vers les terres du Nord. Buck devient chien de traîneau, avec pour lot quotidien la loi du dominant, le goût du fouet et du gourdin, les longs kilomètres sous les intempéries et le dépassement de soi.

À l'instar de ses compagnons d'infortune, Buck va connaître la faim, le froid, les luttes de pouvoir, les abandons successifs, la bêtise humaine et la cruauté d'une aventure qui ne laisse place à aucune illusion. C'est triste, impitoyable... et poignant. Plus que pour la beauté de l'aventure, on admire ces bêtes au dévouement exceptionnel, qui préfèrent mourir sur piste plutôt qu'abandonner dans le déshonneur.

Au hasard d'une rencontre, Buck nouera une relation privilégiée avec un homme sensible et attentif, avant de lâcher prise pour céder à ses instincts primaires et répondre à l'Appel de la forêt (un juste retour aux sources !). Cette lecture est certes terriblement émouvante mais transmet une formidable leçon de vie, pleine d'espoir et de force. 

Folio junior, octobre 2014 pour la présente édition ♦ traduit par Frédéric Klein ♦ Illustrations de Jame's Prunier ♦ couverture : Olivier Balez

disponible également en  CD mp3, collection Écoutez Lire, texte lu par Aurélien Recoing, de la Comédie-Française

Appel de la foret

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23/01/15

Automne, de Jan Henrik Nielsen

Automne

Nanna et Fride vivent seules avec leur père, sur une île isolée, dans le bunker installé sous leur maison de vacances. Une épidémie a frappé la faune, la flore et la population. Il n'y a plus âme qui vive aux alentours. Un spectacle de désolation s'offre aux deux sœurs lorsqu'elles parviennent à se faufiler, pour la première fois depuis cinq ans, hors de leur cachette.

Elles doivent également se rendre en ville pour soigner leur père, qui est tombé malade. À bout de force, l'homme les encourage dans cette aventure, malgré les risques et le danger en bout de course. Elles n'ont plus le choix, traversent le lac, les bois, les routes désertées, chipent un vélo dans un centre commercial, se sustentent de boîtes de conserve, dorment dans des maisons abandonnées...

Le roman réussit un formidable exploit, en parvenant à nous tenir en haleine, sur 300 pages, en se focalisant sur l'épopée des fillettes (12 et 5 ans), livrées à un environnement hostile et inconnu. On tremble tout du long pour elles, on attend, on guette le coin de page, on se méfie du chapitre suivant. Nanna et Fride ne nous déçoivent jamais, en faisant constamment preuve de courage et de perspicacité. 

Le récit est ainsi candide et poétique mais (hélas) sans réelle action. La tension est frelatée, sans tempo, sans mesure, le temps s'écoule sans heurt. Tout est dans la suggestion. J'ai été assez surprise par l'explication finale, rocambolesque à souhait. Et par cette sensation générale de flottement. On est dans la contemplation, l'apprentissage de la vie, la complicité entre sœurs... c'est lisse, charmant, gentillet, d'une écriture simpliste, mais l'histoire manque de rythme et est un peu lente.

On trouve du charme, oui, dans ce texte sans noirceur, porté par un joli duo d'héroïnes, qui découvrent le monde avec de grands yeux ébahis. Qu'on ne se trompe pas : il est 100% accessible aux plus jeunes lecteurs.

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, janvier 2014 ♦ traduit du norvégien par Aude Pasquier ♦ couverture : Stian Hole

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22/01/15

Astra et les gâteaux de l'espace, de Philip Reeve & Sarah McIntyre

Astra

Astra et sa famille s'envolent pour la planète Nova Mundi pour un voyage spatial qui durera 199 ans ! Les passagers sont bien entendu plongés dans un sommeil artificiel, au chaud, dans une bulle, avec tout le confort possible. La petite Astra est excitée comme une puce, veut parcourir le vaisseau de fond en comble et découvre ainsi une machine révolutionnaire, capable de synthétiser n'importe quel aliment. D'abord sceptique, Astra se prend vite au jeu et passe des commandes délirantes pour assouvir sa gourmandise... jusqu'à ce que retentisse la sonnerie de rappel.

Tout le monde au lit ! Synthétisor n'a pas fini d'accomplir ses merveilles, la fillette est bien embêtée mais retrouve ses parents et se niche dans sa cabine avec son doudou préféré. Peu de temps après, Astra ouvre de nouveau les yeux. C'est la fin du voyage ? sont-ils arrivés à bon port ? Hélas, non. L'enfant quitte sa couchette et part se gambader seule dans le couloirs du vaisseau. Elle croise son ami robot Pilbeam et ensemble ils se rendent dans la salle du Synthétisor où une catastrophe les attend !

Voilà une lecture enjouée et adorable, avec des illustrations pétillantes et débordantes d'énergie !
On sent que Philip Reeve et Sarah McIntyre prennent plaisir à concocter cette série de livres pour enfants, cf. Oliver et les îles vagabondesLe ton est facétieux, l'imagination galopante, l'aventure riche et originale. Les personnages sont aussi croqués avec délice. Ils sont attachants, font des bêtises, adorent les friandises. C'est une histoire amusante et pleine de fraîcheur, qu'on peut découvrir à tous les âges.

Seuil jeunesse, novembre 2014 ♦ traduit par Raphaële Eschenbrenner

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Détectives de père en fils, de Rohan Gavin

Détectives de père en fils

Après quatre années de coma hypnotique, le brillant détective, Alan Kingsley, se réveille en sursaut, prêt à en découdre avec la Combinaison, une association du Mal qui rôde partout, à l'insu de tous. Il reprend aussitôt du service, avec l'aide de son fils Darkus qui, non seulement s'habille comme son père (en tweed) mais a appris par cœur toutes ses enquêtes pour mieux calquer son esprit de déduction.

Le duo est paré pour de palpitantes aventures, à commencer par comprendre l'étrange ascendant qu'exerce un livre, « Le Code », sur ses lecteurs. L'auteur est anonyme, son éditeur préserve son secret, même la secrétaire sort les griffes dès que le garçon fourre son nez dans leurs bureaux... L'histoire mêle habilement le mystère, le danger et l'humour, avec une belle brochette de personnages épatants (Tilly la jeune surdouée, Clive le beau-père benêt, Oncle Bill l'excentrique et bedonnant chef de Scotland Yard, Alan le narcoleptique...).

Cette nouvelle série signe les prémices de rendez-vous émoustillants, qui ne manqueront pas de charmer petits et grands lecteurs (à partir de 10 ans, préconise l'éditeur... sauf que livre fait déjà 385 pages !). L'auteur a rendu hommage à ses idoles, Conan Doyle, Dickens, Ian Fleming et Roald Dahl, à travers cette lecture pleine d'entrain et estampillée « british touch » !

Gallimard jeunesse,  octobre 2014 ♦ traduit par Anne Krief

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21/01/15

Attraction mortelle, de Lucy Christopher

Attraction mortelle

Le père d'Emily est accusé d'avoir tué Ashlee Parker, alors qu'elle errait dans les bois. Ancien soldat souffrant de stress post-traumatique, Jon Shepherd fait souvent des crises, comme lors de cette nuit d'orage, où il est rentré chez lui avec le corps de la jeune fille dans les bras, sans le moindre souvenir. Damon Hillary, son petit copain, ne se console pas de cette perte et brûle de la venger. Emily devient son obsession, entre attraction et répulsion, il attend d'elle plus qu'une part de vérité.

Le garçon se trouvait aussi dans les bois, lors de cette nuit cauchemardesque, mais il était trop saoul pour se rappeler du moindre détail et cherche par tous les moyens à reconstituer sa mémoire en vrac. Ses interactions avec Emily venant le déstabiliser, il finit par se convaincre de sa culpabilité, au grand dam de ses amis. Les deux lycéens, confrontés au même drame, sont tiraillés par des sentiments contradictoires et ne cessent de se tourner autour, attendant de l'autre qu'il parvienne à le délivrer de ses démons.

J'avais beaucoup aimé “Lettre à mon ravisseur” et il me tardait de lire un autre roman de Lucy Christopher et retrouver son empreinte, à travers une atmosphère troublante, d'où l'on voudrait déguerpir, sans jamais y parvenir, car une force invisible nous pousse à aller jusqu'au bout du bout. On se sent ainsi prisonnier du livre, de ses mystères et mensonges, des dérives adolescentes et des bois qui plantent l'essentiel du décor. On ne se sent pas super à l'aise non plus, mais on ne décroche jamais avant de connaître la fin ! La tension psychologique est au taquet, la construction habile et redoutable.

Par contre, le casting est loupé : les personnages ne sont franchement pas attachants. Damon est lâche, très superficiel. Emily dévoile une vraie force de caractère au début, puis s'effondre au fil des révélations. Tous deux sont esclaves de leurs émotions, mais peinent à se montrer sincèrement touchants. On reste donc en marge du récit, éprouvant un mélange d'amertume et de frustration, car il y a peu de subtilité et le résultat est glaçant. Par contre, la lecture a rempli aux exigences du thriller - noir et implacable - ça se lit d'une traite.

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, octobre 2014 ♦ traduit par Julie Lopez

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20/01/15

Temps mort, par Harlan Coben

TEMPS MORT

(Myron Bolitar #5)

Myron Bolitar est recruté pour veiller sur l'étoile montante du basketball féminin, la ravissante Brenda Slaughter. « Du miel tiède sur des pancakes du dimanche. » Excusez du peu ! L'entourage de la sportive soupçonne son père de vouloir ruiner sa carrière, or ce dernier est porté disparu. Myron ne cache pas sa perplexité, puisqu'il a connu Horace durant ses jeunes années et ne conçoit pas une once de duplicité chez lui.

Brenda, aussi belle que farouche, semble soutenir la thèse de Myron. Le couple devient alors inséparable et noue une connivence très forte, et de plus en plus compromettante, d'autant plus que notre agent voit sa dulcinée prendre le large et considérer leur avenir d'un autre œil. Myron, confronté à son destin ! ... Il était temps, ai-je envie de souffler.

Avec le recul, je me rends compte que cette histoire m'a davantage séduite, en dépit des petits travers linguistiques de l'auteur (qui me font sourire plutôt que froncer les sourcils). C'est de bonne guerre, la série Myron Bolitar jure complètement sur la crédibilité mais divertit tant et si bien le lecteur qu'il ne tient nullement rigueur aux facilités récurrentes.

Car ce sont toujours les mêmes ficelles et de sacrées répliques doucereuses... L'histoire inspire aussi beaucoup de compassion, l'enquête décèle une part sombre et cruelle qui n'est pas sans charme. Contre toute attente, ce cinquième tome aura su me toucher plus que de coutume !

Pocket, août 2011 pour la présente édition ♦ traduit par Paul Benita (One False Move)

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Du sang sur le green, par Harlan Coben

DU SANG SUR LE GREEN

(Myron Bolitar #4)

Le couple de champions de golf, Linda et Jack Coldren, en plein tournoi de l'US Open, apprend la disparition de leur fils de 15 ans, Chad. Kidnapping ou fugue ? Le couple refuse aussi sec d'alerter la police ou les médias mais conçoit timidement l'aide de Myron Bolitar, lequel va rapidement s'apercevoir que tout dans cette affaire sonne faux.

De plus, son ami Win marque la distance et le laisse mijoter dans son jus, à se triturer les méninges face à un couple Coldren qui manque de transparence et inspire peu de sympathie... Myron pédale dans la semoule, alors que sa fiancée Jessica fait de nouveau des siennes et son assistante Esperanza le tanne pour devenir son associée. Situation tendue pour notre agent sportif !

L'enquête, néanmoins, déploiera un certain cafouillis, à force de multiplier les retournements de situation qui ne produisent plus l'effet escomplté ! Trop, c'est trop. On ne comprend plus rien, ou cela ressemble à du grand n'importe quoi. Au milieu de tout ça, Myron sera égal à lui-même : charme et humour à deux balles pour contrer le sordide. Et pour la première fois, Win lèvera le voile sur un aspect insoupçonné de sa personnalité ! Woow.

Bref, ce quatrième titre n'est pas sensationnel mais fait partie d'un ensemble toujours agréable à découvrir...

Pocket, août 2011 pour la présente édition ♦ traduit par Thierry Arson (Back Spin)

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