SwingAvec "Swing", on plonge immédiatement dans une soucoupe à voyager à travers le temps, franchir les océans et les frontières pour suivre une palette de personnages attachants, qui se croiseront ou s'effleureront à peine, mais cette peinture est belle, intéressante à découvrir et scruter à la loupe.

L'histoire commence de nos jours à Paris pour basculer à Londres en 1903 et parcourt ainsi tout un début de siècle en passant par New York, San Francisco, Montmartre, le Sud des USA, Cuba, les Antilles... Ce roman est en fait rempli de petites histoires qui suivent différents personnages, mais le point de départ s'attache à une peinture de Joseph Gaignault, retrouvée dans un grenier, avec un billet où "Joseph Gaignault n'est pas un peintre" est griffonné. C'est ce mystère qui donne la matière à grossir le roman de Jean Yves Chaperon.

L'auteur nous balade, en musique et en rythme, amarré à son amour du jazz (citation de "grands noms"), ébloui par la frénésie des années folles, mais gardant pied à terre pour conter le massacre de cette insouciance avec la guerre de 1914. Revient le mystère "Joseph Gaignault", ne l'oublions pas, entre les chapitres où flottent les esprits fascinants du boxeur Jack Johnson, du chanteur Caruso ou de la silhouette fuyante et juvénile d'une certaine Joséphine Baker...

C'est là le magnifique et l'incroyable : mêler avec habileté le vrai et le faux, croiser les destins des grandes figures à d'autres personnages inventés, s'imaginer une autre époque plus rutilante où le jazz allait connaître son âge d'or... Pour les plus grands amateurs, ce livre se savoure. Pour les moins éclairés (hmm, comme moi), "Swing" symbolise une palpitante saga où la petite musique résonne à l'oreille. Douce, entêtante et à mesurer dans le temps !

Anne Carrière