Ce livre peut se prendre comme un plaidoyer contre l'homme et son incapacité à comprendre la femme, aussi bien sa compagne, sa maîtresse, son grand amour, ou tout le reste... Car entre la narratrice et cet homme beaucoup plus âgé, présentateur de la télévision, il n'y a aucun doute sur la maturité de l'un et l'autre. La femme est gagnante ! Même à dix-sept ans, lors de sa première rencontre avec lui, la jeune fille va décider elle-même du tournant de son existence, suivre les pas de cet homme qu'elle sait/devine indispensable pour les années à venir. Trois ans seront accordés à ce couple inégal, dans lequel l'un aime éperdument l'autre et accoure dès qu'il siffle, alors que celui-ci la bafoue dans des hôtels minables, la voit entre-deux, au-delà de sa vie maritale...

Non, ce n'est pas une banale histoire d'adultère, ni de romance à la Lolita. Car dans "Je t'aime beaucoup", la narratrice fait un travail d'introspection. Vingt-cinq ans ont passé quand elle revoit cet ancien amant, par hasard, elle l'aborde, prend un verre, se souvient du passé... Un ange passe, "quelque chose bouge en elle, un long ressac qui vient de loin, de profond" et réveille des souvenirs éteints. Entre l'émerveillement de la première fois, les désirs assouvis instantanément, la solitude, la colère, la méprise ou la jalousie... la narratrice aura plus d'une fois de la difficulté d'apposer le nom sur ... quoi ? cette histoire, liaison ou aventure ?..

C'est beau et simple. Gabrielle Ciam écrit sans tralalas, elle parle des histoires d'amour qui ont vécu, bouleversé les êtres mais "où va l'amour quand on n'aime plus?". Le roman tente d'y apporter une réponse, du moins une clairvoyance. Mais ces anciens amants se trouveront-ils en face ? Quand l'un dit : "Je t'aime beaucoup", et l'autre répond : "Tu sais, le beaucoup est de trop pour une femme de plus de quarante ans!"... on sourit, eh oui ! C'est le grand drame actuel : les hommes et les femmes ne se comprennent pas !

lu en avril 2005