24 septembre 2007
Baisers de cinéma - Eric Fottorino
« Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma. »
Depuis la mort de son père, le narrateur, avocat au Barreau de Paris, passe ses fins de journée dans un cinéma d'art et d'essai à visionner sans jamais se lasser les films en noir et blanc de la Nouvelle Vague. Car derrière les sourires figés de Delphine Seyrig, Romy Schneider, Françoise Dorléac, Anouk Aimée, Anna Karina ou Jean Seberg, Gilles pense saisir le mystère de son père, détecter une trace de sa mère.
Jean Hector était un capteur de lumière, un génie de la pellicule. L'homme a aimé beaucoup de femmes mais est parti avec ses secrets. Au fils qui a grandi seul, dans son coin, à ressasser ses questions, il ne reste aujourd'hui qu'un appartement avec des photos en noir et blanc, des journaux et des bobines de films amateurs.
Au cinéma Les Trois Luxembourg, le narrateur fait un jour la connaissance de Mayliss de Carlo. « Elle était très belle et très blessée. » Gilles tombe sous le charme, devient amoureux éperdu de cette femme qui est mariée et mère d'un petit garçon. Pourtant, les deux amants vont vivre une liaison fusionnelle, mais épuisante.
Et le roman va s'écrire sur ces deux poids, deux mesures ; d'une part il y a un enfant brisé de n'avoir jamais compris son père et qui cherche coûte que coûte à retrouver sa mère, et de l'autre il y a un homme envoûté par une femme insaisissable, elle aussi. Un seul homme, deux femmes, une quête impossible.
C'est finalement l'éternelle idée de « capturer une image », celle sur l'écran, celle sur la photographie et celle coincée dans une vie sans passion. Le roman d'Eric Fottorino est, sur ce plan, incroyablement fascinant. Il est merveilleusement bien écrit, très raffiné, empreint de zones d'ombre, influencé par les séances de films en noir et blanc, où l'on croise des héroïnes gracieuses et immortelles. Découvrir les mystères sur les origines de Gilles Hector est un fil rouge, le lecteur se prête à rêver une issue incroyable, et puis il y a cette aventure avec Mayliss de Carlo qui prend peu à peu une place plus imposante dans le récit.
C'est une histoire toute simple, finalement : un garçon qui a perdu son père, qui n'a jamais connu sa mère, qui ne parvient pas à aimer et qui tombe fou d'une femme inaccessible ... « Baisers de cinéma » est un roman mille fois plus troublant qu'il n'y paraît. Le portrait d'un homme s'y dessine, les voix des absents y murmurent et les secrets pleuvent, sans forcément trouver de réponses. Mais c'est ce qui rend ce roman attachant, incontestablement brillant et enchanteur. « Il accumulait des images à charge comme on cherche des preuves contre le temps qui passe. Mais toutes ces femmes finissaient par lui échapper avec son consentement. Loin de percer leur mystère, il prenait plaisir à l'épaissir. » (...) « Voilà ce que j'étais pour lui : un être qui passe et qu'on ne voit pas, un silence, une absence. »
Gallimard, 188 pages / Août 2007.
** Rentrée Littéraire 2007 **
L'avis de Fluctuat
Commentaires
J'aime beaucoup cet auteur. J'avais été scotchée par "caresse de rouge" et j'avais beaucoup aimé aussi "Korsakov".
Après plusieurs mois, je garde encore de "Caresse de rouge" un goût d'amertume. On peut dire que c'est un auteur qui sait laisser des marques au coeur...
"Baisers de cinéma" est un roman moins percutant que "Caresse de rouge". C'est beaucoup plus tendre, plus nostalgique et c'est toujours incroyablement bien écrit.
L'histoire d'amour, au centre de l'histoire, transcende le roman.
Eric Fottorino est un auteur marquant, j'ai également lu plusieurs de ses romans. "Baisers de cinéma" figure dans le haut du panier !!!
Tiens tu me fais penser que j'ai "Caresse de rouge" tout au fond de ma PAL !!
Tout au fond ! ? Non, ce n'est pas possible !!!
Il faut vite rectifier cela ! ! ;o)
Je ne connais pas du tout l'auteur, mais j'avais entendu Olivia de L. parler de ce roman dans Télématin (oui, je regarde la télé le matin avant de partir au boulot ! :-p )
Je lirais bien "Caresse de rouge" dont tout le monde cause dans ce salon !
Très joli billet Clarabel ! et dire que suis passée devant ce livre samedi dernier, hésité, pris, déposé à nouveau... Ahhh, bon ce sera pour bientôt !
Moi aussi il me plait bien ce livre !!!!
je crois que je vais commencer par "caresse rouge", et après ..
Faites, faites, amies lectrices (j'ai hésité, et puis l'essentiel des commentaires provient de "filles" donc ... le féminin l'emporte entre ces murs roses !!! ;o))) ... Faites donc !
Il faut lire, découvrir, savourer Eric Fottorino. C'est un auteur remarquable. Je n'ai pas tout lu de lui non plus, par exemple "Korsakov" manque encore à mes connaissances, oups ! ...
J'ai beaucoup aimé "Caresse de rouge" (disponible en Folio) et j'ai beaucoup, beaucoup aimé ces "Baisers de cinéma".
Arf ! ...
Une petite musique, petite magie ... patati patata.
((( Tamara, non je ne vais pas te gronder parce que tu regardes Télématin ... moi aussi j'ai ce "péché" avoué ! :p )))
Cette Olivia a une façon très noble de présenter les livres. Moi, elle me donne quasiment envie tout le temps. Je me rassure, car pour l'instant, les titres sortis de sa hotte sont dans mes piles à lire ! .. ouf !
Mon avis, bredouillant, sur « Caresse de rouge » (lu en Mars 2004) : « J'ai lu ce livre d'une traite, pourtant je devais m'en échapper car j'étais bouleversée page après page. Pourquoi je me laisse emportée par tous ces mots ? Après tout, ce n'est qu'un roman ! Et bien, sans doute la grande force d'Eric Fottorino est d'inclure son lecteur dans l'histoire de Félix, responsable d'une agence d'assurances, homme sans histoires et sans relief. L'histoire s'ouvre sur l'incendie d'un appartement où vivaient seuls une jeune femme et son fils de huit ans qui ont disparu. Félix s'intéresse étrangement à cette affaire, de manière presque obsessionnelle. On suppose qu'on va le suivre dans son enquête. Et bien non. Au détour d'un chapitre, on apprend le drame de cet homme et lentement on s'immerse dans son histoire. Félix devient non plus un être de papier, il nous apparaît cruellement vivant, même si au fond de lui on sait qu'il se consume à petit feu... S'ensuit sa bouleversante confession du papa qui a élevé son petit garçon pendant deux années, loin d'une maman qui avait volontairement pris son envol dès lors que l'enfant était en âge de marcher. L'homme s'est dévoué, peut-être en a-t-il trop fait ? Mais en fait-on trop pour un petit bonhomme qui nous regarde avec des yeux d'amoureux et qui réclame tous les soirs sa maman ??? Bouleversant, le roman laissera longtemps son empreinte dans la mémoire du lecteur. »
Bonsoir!
J'avais dévoré Korsakov que j'ai très envie de relire et beaucoup aimé aussi "Caresse de rouge".
"Baisers de cinéma" est déjà dans ma liste!
Bises, à +
belle critique Clarabel, tu me dones envie de relire Fottorino...
Bof, bof
Je lis de temps en temps ce blog sympa, mais alors là ça m'en bouche un coin :
une écriture pas terrible, une succession de poncifs
Je n'ai pas fini
* Odilette, merci beaucoup !
* Finette, bonne lecture alors !!!
Kevin, je n'ai pas bien compris ce que tu voulais dire ! ...
J'ai beaucoup aimé "un territoire fragile". Un auteur que je suis, c'est sûr !!
... oui, j'avais bien aimé ce titre aussi. Grosso modo, j'en ai dit ceci (en février 2006 !) : « Eric Fottorino est un grand confesseur des âmes humaines, dans ce roman il confie le parcours d'une femme en manque d'amour, perpétuellement sous la coupe d'outrages infligés par des proches, une maman ou un mari. Que reste-t-il à la jeune femme pour se reconstruire ? Un parcours plein de peines, tout écorché, qu'il faut lire presque religieusement. »
Ce titre me fait penser au film de Mulligan, Un été 42 ...
Je ne crois pas connaître ce film, au risque de me tromper je reste donc dans le flou !...
Mais découvrez le roman d'Eric Fottorino, il est très beau !
Curieux, tout de suite après le Canapé rouge, j'ai lu Fottorino, et j'ai été engloutie par l'histoire. Je me demandais si ce n'était pas générationnel comme engouement, et même géographique. Je connais tous les films, toutes les salles de cinéma dans lesquelles se rend le protagoniste, j'imagine très bien l'immeuble de l'île Saint Louis, bref, je me suis appropriée cette histoire. C'est la marque que c'est un très bon roman.
Curieux, tout de suite après le Canapé rouge, j'ai lu Fottorino, et j'ai été engloutie par l'histoire. Je me demandais si ce n'était pas générationnel comme engouement, et même géographique. Je connais tous les films, toutes les salles de cinéma dans lesquelles se rend le protagoniste, j'imagine très bien l'immeuble de l'île Saint Louis, bref, je me suis appropriée cette histoire. C'est la marque que c'est un très bon roman.
Je suis tout à fait d'accord avec toi, Delphine !
Dring dring ! Ce roman a obtenu le Prix Femina 2007 !
Oui, la lecture est très belle et vaut le coup !!!
Bonsoir, je suis venue hier et je reviens aujourd'hui :)
"Baiser de cinéma" me tenterait bien pour ma liste personnelle, mais je me demandais s'il satisferait un esprit masculin pas du tout branché sur les histoires d'amour ?
Oui, je pense.
Il est vrai que l'histoire d'amour du narrateur occupe une place qui grandit en importance au fur et à mesure de la lecture, mais le fond du problème demeure la quête du père, les recherches des origines.
Et puis Eric Fottorino est un auteur qui écrit formidablement (à mon goût).
Au plaisir !

