16/05/14

Les Chaussures italiennes, par Henning Mankell

Les chaussures italiennes OR

Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique. Chirurgien à la retraite, il ne reçoit aucune visite, sauf celle du facteur hypocondriaque. Le reste du temps, il s'occupe de ses animaux et se baigne quotidiennement dans un trou de glace. Un jour, un grand chamboulement se présente à lui avec l'arrivée impromptue de son ancien amour de jeunesse, Harriet, qu'il avait abandonnée quarante ans plus tôt, sans donner d'explication ni la moindre nouvelle. La femme se déplace maintenant avec un déambulateur et est gravement malade.

Que signifient ces retrouvailles ? Que représentent-elles pour Fredrik ? L'homme a passé sa vie en fuyant ses responsabilités, même sa carrière professionnelle s'est soldée sur un fiasco. Lui qui chérissait tant sa solitude va brusquement en être extirpé pour suivre un périple qui va bousculer sa petite tranquillité et ses acquis. Mais si l'idée de départ semblait séduisante, la suite de l'aventure va hélas s'avérer en demi-teinte.

Car j'ai été frustrée par le portrait insolite des personnages féminins que l'auteur va glisser dans son histoire : Harriet, Louise, Agnes ou Sima... Cette dernière était de trop ! Jusqu'alors j'acceptais d'être enlisée dans des descriptions mélancoliques d'une vie gâchée, du constat sur la vieillesse, la maladie, la rédemption etc. Mais toutes ces femmes m'ennuyaient ! Fredrik aussi a fini par me désoler. Je me sentais de plus en plus embourbée dans une histoire devenue trop lente et sordide.

Mis à part le caractère irascible des personnages, j'ai aimé : la description des paysages, l'analyse subtile des sentiments et des émotions, en vrai certains passages sont fascinants !  

Points - coll. points d'or ♦ novembre 2013 ♦ traduit par Anna Gibson

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15/04/14

Du son sur les murs, de Frantz Delplanque

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Ancien tueur à gages, Jon Ayaramandi a pris sa retraite dans un petit coin isolé du Sud-Ouest avec sa musique, ses livres et ses potes. C'est sa jeune et adorable voisine, Perle, qui va le tirer de son train-train quotidien en lui signalant l'étrange disparition d'Al le pêcheur, qui a abandonné son matériel à sa place habituelle et n'est pas rentré à la maison.

C'est accessoirement son petit copain, aussi redoute-t-elle le pire et tanne Jon de se bouger les fesses. Lui n'est pas très chaud pour se mouiller, mais il ne peut rien refuser à Perle. Il mène donc sa petite enquête, recontacte son ancien patron, éprouve un mauvais pressentiment en tombant sur un vieux collègue, puis tente de cerner le disparu et réalise que celui-ci aurait aussi des petits secrets bien enfouis. Pour lui, Al a été zigouillé. Et puis, bon ...  

ATTENTION, roman absolument génial ! Rock-n-roll dans l'âme, dans l'écriture, dans les références, avec son étiquette “roman noir”, il est peu conventionnel, très original dans son histoire, ses personnages, son parcours. On n'y entre pas avec l'espoir de dégoter une intrigue révolutionnaire, menée à fond de train, c'est tout le contraire, et c'est tout un monde qui s'ouvre à nous, l'auteur fait sa popote, avec force humour, punch et décontraction, le résultat n'en est que savoureux. Une découverte, une vraie, qui pousse à suivre ce Frantz Delplanque à l'avenir ! J'ai adoré. 

Points ♦ coll. Roman noir ♦ Mars 2014

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29/10/13

Passage du désir, de Dominique Sylvain (Audiolib) lu par Frédéric Souterelle

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Ce titre signe la rencontre entre Ingrid Diesel et Lola Jost, lequel duo reviendra en force dans quatre autres romans. La première est une Américaine installée à Paris, dans une impasse (Passage du Désir) où elle a ouvert un petit salon de massage. Elle est secrètement mordue de Maxime Duchamp, propriétaire et cuisinier aux Belles du Jour, mais celui-ci a une liaison avec une de ses serveuses, Khadidja Younis. L'histoire s'ouvre donc sur le braquage d'un bureau de change, puis sur l'assassinat de la collègue et colocataire de Khadidja.

Lola Jost, commissaire de police fraîchement retraitée, passe désormais son temps, chez elle, à faire des puzzles et à s'offrir un petit gueuleton aux Belles du Jour. Le meurtre de Vanessa Ringer risque de bouleverser ses habitudes, aussi accepte-t-elle de s'associer avec Ingrid, dont les intérêts dans la résolution de l'enquête sont tout aussi personnels (sauver son Maxime chéri, désigné suspect idéal). Ensemble, Ingrid et Lola font des étincelles, tout les oppose, si ce n'est une ténacité remarquable et rompue à toutes épreuves. Les suivre dans leur quête de la vérité offre au lecteur un vrai moment de rigolade !

Admettons, tout de même, que l'intrigue policière n'est pas le point fort du roman. C'est une affaire classique, un peu tirée par les cheveux, qui ne bouleverse pas nos sens et ne nous tient pas particulièrement en haleine non plus. En fait, ce que j'ai follement apprécié, dans ce livre, c'est son style, l'écriture de Dominique Sylvain, sa manière de nous présenter son univers, ses personnages tous brinquebalants mais ô combien attachants, et puis l'humour aussi, très fin, saupoudré par petites touches délicates et estimables. C'est ce qui a fini de me convaincre, maintenant je veux tout lire, retrouver Lola et Ingrid dans de nouvelles péripéties, continuer de m'amouracher, sourire, espérer ... et tout ça, quoi.

La version Audiolib est un poil frustrante, du fait de la voix grave du narrateur, qui colle moyennement avec les personnages féminins du roman (on a l'impression que Lola Jost vient de s'avaler dix paquets de cigarettes, trente litres de whisky et sort à peine de son lit). Je n'ai pas trop adhéré à cette interprétation, même si l'ensemble offre une orchestration prenante et efficace.

Audiolib, mars 2012 - lu par Frédéric Souterelle, durée : 8 h 52
Editions Viviane Hamy, février 2004. Disponible en format poche, chez Points. 
Grand Prix des lectrices ELLE Policier

“ ... Lola tenait à démontrer qu'elle respectait la Loi. Sa seule maîtresse après son libre arbitre. Ah c'était beau. C'était si beau qu'on avait envie de grimper aux rideaux, de sortir les cotillons et les langues de belle-mère, de souffler dans des flûtiaux, de lancer des pétales de roses en dansant, de faire pipi dans des képis. ”

01/10/13

Concours “Une femme fuyant l'annonce” (Points)

Suite à la remise du Prix du meilleur roman des lecteurs de Points à David Grossman pour
Une femme fuyant l’annonce
 
Les éditions Points s'associent à ce blog pour vous offrir la possibilité de gagner
3 exemplaires.

 

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Pour tenter votre chance, c'est simple : il suffit de glisser un commentaire pour valider votre participation, en veillant à inscrire une adresse mail pour vous contacter par la suite (si éventuellement le tirage au sort vous est favorable !). En cas de non-réponse, un autre gagnant sera désigné.
Les livres seront envoyés aux petits veinards par les éditions Points.

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 Ce roman de David Grossman est un véritable phénomène, récompensé par le Prix Médicis étranger 2011, élu meilleur livre de l'année par le magazine LIRE et maintenant plébiscité par les lecteurs de Points !  

“un grand roman, une véritable oeuvre littéraire” Antigone

“j'ai été submergée par l'émotion que renferme ce texte, rempli de nostalgie, de joies, de peines, rempli d'amour surtout, d'amitié, d'amour maternel, d'amour charnel...” Sandy

“Je n’ai craqué qu’une fois, pour deux petites larmes uniques, qui ont glissé discrètement sur mes joues tandis que ma voix se cassait sur la dernière phrase "Et au fil des semaines, l’un a sauvé l’autre, ne me demande pas comment" (p. 476). C’est tellement… fort, ce moment entre deux frères. C’est tellement… imparable, la construction littéraire de cette scène. C’est tellement… la vie. La place d’une mère. Ce qu’elle a construit...” Cuné

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Le concours sera clos le 15 octobre, avec affichage des résultats dans la foulée.
Les gagnants seront contactés personnellement.

N'hésitez pas à vous balader sur le site des éditions Points  ainsi que sur leur page Facebook pour vous tenir au courant des nouveautés ou des titres à paraître et pour piocher de nouvelles idées de lecture !

Bonne chance à tous !  

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18/07/13

“Chaque question doit-elle avoir une réponse ?” (Hiver, Audiolib)

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Quelle sensation déconcertante de lire un roman sur l'hiver, alors que la saison est belle et estivale, cela vous donne presque des petits frissons de soulagement ! De plus, l'histoire est particulièrement glauque et affligeante, puisqu'elle nous présente la violence et la folie au sein d'un foyer familial qui vit complètement en marge de la société... Avant cela, le roman s'ouvre sur la triste découverte d'un corps pendu à un arbre, la victime était un pauvre type solitaire, affublé d'un physique disgracieux, sujet à toutes les moqueries.

L'inspectrice Malin Fors et son collègue Zeke sont sur des charbons ardents, cette morte suspecte devient leur priorité absolue et ils vont ainsi fouiller dans l'existence de l'homme, mettant à nu des réalités sordides, comme une horrible affaire de viol jamais résolu, une enfance maltraitée, une mère despotique, un père aux abonnés absents et quelques autres réjouissances. Triste tableau, je dois admettre, j'avais le cœur au bord des lèvres.

Sans quoi, tout le reste m'a plu ! J'ai aimé les personnages, Malin est intuitive et têtue, elle est aussi maman d'une adolescente de 14 ans qui vit sa première relation amoureuse, gare aux griffes de louve protective, mais on s'identifie facilement à ses réactions. Je crois qu'on a encore beaucoup à découvrir sur elle, ce qui m'amène à vouloir poursuivre cette série, que je trouve attachante et superbement dépaysante (un voyage en Suède, comment le refuser ?!).

Hiver, par Mons Kallentoft
Audiolib (2011) / Le Serpent à Plumes (2009) - traduit par Max Stadler et Lucile Clauss
Texte intégral lu par Alexandra Dima (durée d'écoute : 11 h 35)


11/04/13

"A New York, on ne fait jamais attention aux autres."

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Ethan Muller est à la tête d'une galerie d'art à Manhattan, où il tente d'asseoir sa réputation, autrement qu'en étant le fils héritier d'un magnat de l'immobilier. Son destin bascule dès lors qu'il découvre, dans un appartement délabré situé dans le Queens, une collection de tableaux exceptionnels, qui deviendra la plus grande œuvre d'art de la saison. Victor Cracke, l'artiste en question, a en fait dessiné sur une multitude de feuilles en papier un décor torturé, constitué sous forme de puzzle, où se mêlent également des portraits d'enfants. Et c'est là que tout bascule, car Ethan va recevoir le coup de fil d'un flic à la retraite, désormais un vieil homme maladif, obsédé par des crimes non résolus perpétrés par un pédophile, et dont les victimes sont représentées dans l'œuvre de Cracke ! Ce dernier a mystérieusement disparu. Il devient donc urgent de le retrouver pour l'interroger. Avec l'aide de Samantha McGrath, la fille de l'enquêteur, qui est elle-même procureur, Ethan se lance sur une piste aux allures folles et désespérées. A ceci, s'ajoutent des interludes dont on ne capte pas la portée sur le moment, si ce n'est qu'il s'agit bien de l'histoire familiale des Muller.

Bref, je dois avouer que je suis sortie de ma lecture quelque peu déconfite. En gros, j'ai été déçue. J'en attendais clairement davantage, mais le résultat m'a souvent semblé bavard, assez vide et moyennement pertinent. Le narrateur, de plus, est un type abject, ou disons qu'il m'insupportait assez vite, donc ça n'a pas facilité la poursuite des opérations. Le tort de l'éditeur aura été, probablement, de ranger ce livre en tant que thriller, je trouve que c'est surestimé car l'ensemble relève plutôt du roman noir et poisseux. Le milieu de l'art est judicieusement exploité, même s'il ne m'a pas semblé follement glamour non plus. Cela reste un roman qui se lit, avec une intrigue sordide, accablé toutefois par du blabla insipide. Il y a du bon et du moins bon, en somme.

Les visages, par Jesse Kellerman
Audiolib, 2010 /  Points, 2011 - traduit par Julie Sibony pour les éditions Sonatine
Texte intégral lu par Hervé Bernard Omnès (durée : 14 h 06)

18/10/12

Asphyxie progressive.

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Vincent Fournier, salarié d'un centre d'appels, n'en peut plus de subir la pression de ses supérieurs. Son médecin du travail, le docteur Carole Matthieu, est à son écoute. Un soir, après une longue discussion, elle s'empare de son Beretta et lui tire une balle dans la tête. Hop, ni vu ni connu. Le crime est découvert dès le lendemain, la police enquête et Carole fait profil bas. Elle sait qu'elle est coupable mais ne compte pas se dénoncer dans l'immédiat. Elle a l'autre Histoire, comme elle dit, à écrire.

Se présente alors une lente plongée au sein de l'entreprise, de ses arcanes et de ses révélations perfides et dérangeantes. Un réseau oppressant, un cercle vicieux, au centre duquel Carole elle-même est prise au piège. Se consacrant à son boulot corps et âme, elle réalise avec écoeurement qu'elle a été trompée par le système dans son intégralité.

Pour l'anecdote, j'ai terminé ma lecture juste avant d'éteindre la lumière pour dormir. Quelle erreur. Impossible de fermer les yeux après ça ! C'était comme si j'avais avalé une enclume. Je ne cessais de ressasser l'histoire de Carole, femme usée, droguée, abrutie par son monde du travail. L'histoire aussi est sordide et tellement réaliste, elle fait écho aux drames des dernières années (le harcèlement moral au sein de l'entreprise, des employés au bout du rouleau, poussés au suicide, une direction qui encaisse les coups en se lavant les mains, une opinion publique alertée avec un train de retard...).

C'est conscient de cette gangrène qu'on ne décolle plus le nez du livre. Qu'on absorbe ce récit éprouvant, au rythme saccadé, effréné, poussé dans ses retranchements. Ce livre est judicieux, écrasant mais percutant dans son approche. Quelque part j'étais gênée, mais j'étais aspirée par cet appel du vide. Et c'est prise d'un frisson d'effroi que j'ai tourné la dernière page, soulagée, sonnée mais admirative du tour de force.

Les visages écrasés, par Marin Ledun
Points, coll. Thriller, éd. 2012 / Grand Prix du Roman Noir (Festival du film policier de Beaune)

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05/06/12

À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

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Un gros paquet de mots contre une cartouche de clopes. C'est comme ça que tout commence.
Oxymor Baulay, journaliste en planque chez les clochards, rencontre Vaïda, qui se décrit comme le Roi des Gitans. Il a trouvé dans le fond d'une valise un vieux manuscrit dont il n'a que faire. Il propose un échange contre des cigarettes, Oxymor s'empare du texte avec perplexité. Ce récit, anonyme, est la confession de cinq assassinats jamais inquiétés. C'est sa compagne, Louise, qui lui fait remarquer que ce n'est probablement pas de la fiction, mais l'homme est étourdi, partagé entre l'envie de se débarrasser de ce cadeau empoisonné et l'envie d'en savoir plus.
Il confie le texte à son ami Paul qui travaille dans l'édition. Celui-ci s'emballe aussitôt, c'est une bombe à retardement qu'il tient entre les mains, il en réclame l'exclusivité. Oxymor va longuement hésiter avant de signer, mais la réalité sur le terrain prend une vilaine tournure. Vaïda est retrouvé sans vie dans sa caravane, l'auteur anonyme va se venger en saignant une sixième victime.

Très singulière ambiance que voilà ! Ce polar littéraire est brillant, envoûtant et intelligent. Il vous transporte dans le milieu germanopratin où se disputent les droits d'auteur et les campagnes de communication pour rendre populaire un objet aussi neutre qu'un livre sans paternité ! Le flot de spéculations n'en finit pas de grossir, au centre Oxymor Baulay est le parfait anti-héros, mou, fatigué et ne cherchant ni gloire ni fortune. Entre une vie professionnelle sans éclat et un parcours sentimental semé de déceptions, l'homme ne fait ni rêver ni chavirer. Et pourtant, ses défauts sont autant d'atouts pour agacer ou charmer. Il ne trompe pas, il joue cash, il n'a pas un rond en poche, il couche sans aimer, il traîne son amertume dans les rues de Paris avec un aplomb étourdissant. On suit cette lente procession avec intérêt et fascination. Comme le souligne le libraire G. Collard, c'est "un grand frisson de plaisir".

Mortelles voyelles, par Gilles Schlesser
Points, coll. Roman noir, 2012 

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18/08/11

lectures de vacances #3

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Quel duo de choc et de charme ! Ingrid Diesel est américaine, amoureuse de Paris, elle exerce le métier de masseuse dans son petit appartement du Passage du désir et se transforme certains soirs en Gabriella Tiger, la Flamboyante, pour un numéro de strip-tease étourdissant de volupté. Lola Jost est une ancienne commissaire de police, qui apprécie le calme de sa retraite en compagnie d'un puzzle interminable ou autour d'une bonne table avec sa petite famille d'adoption.
Cela se passe comme ça, chez Dominique Sylvain. Un cocon rassurant et confortable, des personnalités adorables, excentriques sans friser le ridicule, une touche atypique, un amour des mots et de la langue française qui fait plaisir à lire... bref, j'ai savouré !
L'intrigue policière concerne la mort mystérieuse d'Alice, le sosie de Britney Spears. Papy Dynamite, le papa inconsolable, veut qu'on lui explique la cause du décès et supplie sa masseuse préférée de mener sa petite enquête.
Lola et elle vont alors se lancer vers une quête de la vérité qui va directement les envoyer dans des eaux troubles, elles l'ignoraient totalement alors qu'elles sympathisaient, bouche en coeur, avec l'ex de la morte, Diego le bel hidalgo. Mais, petit à petit, force a été de constater que le show-biz, la politique et la came sont les nerfs de la guerre, et que nos détectives vont vivre une partie de cache-cache dont elles se seraient bien passées !
Et moi, de tomber amoureuse du style de l'auteur, de ses personnages, Lola Jost et Ingrid Diesel en tête, mais aussi de toute la palette des électrons libres, j'ai aimé follement ce petit coin de Paris, l'ambiance du bouquin... je suis définitivement sous le charme de ce roman qui rompt avec les codes du genre et j'en veux encore !  

La fille du samouraï - Dominique Sylvain
Points, coll. Policier, 2010 

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Encore une lecture qui nous entraîne sur un terrain glissant et fait ressentir un profond malaise... Quelques années plus tôt, Billy a été la victime d'un pédophile récidiviste. La police n'a jamais retrouvé son corps. Suite à quoi, sa mère a plongé dans une sévère dépression, entraînant toute la famille dans sa chute.
Steven, son neveu, ne cesse depuis de fouiller la lande pour le retrouver. Il décide même d'écrire au tueur qui croupit en prison. Arnold Avery se prend aussitôt d'un intérêt sadique pour cette correspondance et lance le gamin sur un jeu de pistes sacrément pervers !
À lire tout ça, on peut craindre le pire, sauf que l'histoire n'est jamais foncièrement glauque. L'auteur a bien mené sa barque, elle décortique férocement l'esprit ravagé du tueur d'enfants, exhibe ses fantasmes et son excitation grandissante vis-à-vis de la curiosité morbide de Steven. Au début, le type ignore qu'il s'agit d'un gamin et va quasi entrer en transe dès qu'il en aura conscience !  
Et le lecteur de suivre ce pauvre gosse dans sa vie de tous les jours, une vie pas facile, pas tendre, avec une famille marquée à vif, avec les copains de l'école qui n'y comprennent rien et avec ce sentiment de n'exister pour personne. C'est triste, franchement flippant, ça vous tient au corps comme un plat saturé en sauce, le rythme sur la fin laisse pantois, et on s'achemine vers la porte de sortie avec un certain soulagement.  
Il y a tout dans ce livre, du bon, du brut, du truand. Pfiou.

Sous les bruyères - Belinda Bauer
coll. 10-18, 2011 - traduction de Carine Chichereau

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Hiver 1945. Paris a froid, Paris a faim, Paris a hâte d'enterrer les années noires. Outre-Rhin, résonne encore l'écho des canons en colère. Dans le pays fraîchement libéré, il est temps de dépoussiérer, classer, ranger, punir et sortir des lois pour loger toute une population désemparée. Et des découvertes saugrenues pointent leur museau.
Parmi les décombres d'un bâtiment bombardé, le corps d'un homme est retrouvé, avec une main peinte en noir, et dans la bouche un bout de caoutchouc où est inscrit A PARM. Le jeune inspecteur Maurice Clavault est chargé de découvrir l'identité du zigue, mais les pistes sont maigres. Dans le même temps, il fait la rencontre de la délicieuse Ginette, vendeuse aux Galeries, et entreprend un début de badinage au gré de ses contraintes professionnelles.
J'ai été très agréablement surprise par ce roman, qui nous renvoie à l'époque de l'après-guerre particulièrement austère et grisâtre. L'auteur réussit à dépeindre la confusion dans laquelle baigne le pays, alors que la politique peine à redresser le tableau, la justice souvent bafouée, expédiée à la va-vite ou au-delà du bon sens. L'auteur a fait un remarquable travail de recherche et inclut des détails insoupçonnés (la politique du relogement), sans fondamentalement négliger la part de l'enquête.
On trouve aussi l'histoire d'un immigré lituanien, dont le portrait viendra compléter le reste du tableau. En attendant, patience, observation, attention et enrichissement... Maurice Clavault est en piste ! 

L'ingratitude des fils - Pierre d'Ovidio
2011, coll. Grands détectives chez 10-18 

17/08/11

lectures de vacances #2

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Quel roman ! Je l'avais à peine ouvert qu'il m'a ensuite été impossible de le lâcher. Il se lit en une goulée, tant il nous captive à suivre la descente en enfer de son héroïne. Amanda, une architecte new-yorkaise d'une trentaine d'années, mène une vie heureuse et comblée... jusqu'au jour où un rêve étrange la surprend en train d'être embrassée par une autre femme, très belle et irrésistible. Dans les jours, puis les semaines qui vont suivre, rien ne sera plus pareil dans son existence. Petit à petit, le doute s'immisce. Des bruits venus de nulle part résonnent dans son loft. La tension s'installe même au sein de son couple. Amanda ne se reconnaît plus ! Elle agit autrement, répond à des besoins et des pulsions qui ne lui sont pas propres, elle semble étrangère à son corps, ne contrôle plus rien et refuse d'accepter l'évidence : elle est possédée par un démon.
Oui, c'est terrifiant, obsédant, cela nous place en position dérangeante, curieux que nous sommes d'assister à cette dualité, de découvrir les agissements troubles de la jeune femme, son combat intérieur, ses questions et ses tentatives de guérison. La chute est dure, lente, douloureuse... et c'est horriblement fascinant. Sara Gran a su cercler son héroïne et son lecteur dans la même valse étourdissante, impossible d'en sortir, d'ailleurs je ne suis pas sûre d'en avoir eu envie.

Viens plus près - Sara Gran
Points, coll. Roman noir, 2011 

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Dave a un petit souci avec les filles. Il collectionne les rencontres et les relations, mais se sent incapable de garder contact avec elles ou de prendre des nouvelles, même à titre sporadique. Et tout le problème vient de là, se rendre compte qu'à l'heure des technologies modernes, le silence et la solitude s'installent de plus en plus. Au risque de tourner au(x) drame(s). C'est ainsi que plusieurs anciennes petites amies de Dave sont retrouvées assassinées, chez elles. Mortes de faim et de soif, ligotées pieds et mains dans le dos. Comment se peut-il qu'on laisse quelqu'un s'éteindre dans son coin, au fil des semaines, sans alerter l'entourage ? Tout simplement parce que le tortionnaire a su manipuler tout le monde en envoyant de faux SMS.
Mais à force de circonstances malencontreuses, Dave devient le principal suspect de l'enquête et doit fuir pour échapper à la police. Il entend prouver son innocence et aussi sauver une amie, qui est désignée comme étant la prochaine victime. Eh oui, quel imbroglio ! Au départ, on ne voit rien venir, on suit le rythme imposé par l'auteur, on digère, on s'interroge, on croit avoir tout deviné dès la page 250, mais on se met le doigt dans l'œil. L'histoire est sinistre, machiavélique et laisse un goût amer, mais qu'est-ce que c'est bon ! Cela vous laisse une impression de coup reçu dans l'estomac, une brutalité tout à fait consentie, même si ça gratouille aussi ci et là.

Ceux qu'on aime - Steve Mosby
Points, coll. Thriller, 2010 

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Au premier coup d'oeil, la couverture et le résumé peuvent laisser dubitatifs. Et pourtant, ce roman noir, plus que noir, est divinement impitoyable, juste et captivant. C'est l'histoire, d'un côté, d'un lieutenant et de son adjoint, deux bras cassés confinés au service des suicidés, et qui commencent à relever plusieurs cas suspects sans véritablement mettre un nom à ce malaise. C'est ainsi qu'ils font la connaissance d'un trappeur franco-américain, appelé à la rescousse pour régler les formalités administratives suite au décès de son ami, un fakir qui s'est vidé de son sang alors qu'il était en représentation. Une mort douteuse, donc. John commence à fourrer son nez dans les affaires louches de son pote, aidé de loin par le lieutenant Guérin, lui-même hanté par ses propres démons liés à une guerre des barbouzes.
C'est tout simplement bluffant, ça se lit tout seul, le désespoir des uns faisant presque le bonheur des autres, parce qu'il ne faut pas se voiler la face, l'auteur dresse un portrait attachant de ses personnages, alors même qu'ils ne sont pas parfaits mais tout cabossés, avec des bleus partout. Ce n'est pas joli-joli, c'est au contraire insolite, sombre mais ça le fait. Cela coule tout seul, la fin est terrible mais parfaitement réussie, à sa façon l'auteur a su tirer son épingle du jeu. J'ai presque davantage apprécié la forme au fond de l'intrigue.

Fakirs - Antonin Varenne
Points, coll. Policier, 2010 

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