01/09/08

Les mille-vies - Delphine Coulin

 

 

C'est le dernier jour de tournage pour l'actrice Dorine M., qui incarne Emma - une femme mariée qui apprend la mort prochaine de son époux par un jeune médecin qui tombe amoureux d'elle. La préparation est longue, difficile. Elle cherche à s'imprégner de son personnage, mais depuis le matin, Dorine s'est réveillée en proie aux doutes et à ses sempiternelles angoisses. Aujourd'hui, forte d'une longue carrière derrière elle, Dorine M. se sent épuisée et lasse de ses "mille-vies". Elle ne le sait pas encore, mais son jeune partenaire lui fait comprendre qu'elle a perdu pied depuis longtemps, en confondant la fiction et la réalité. 

"Prodige d'être une actrice. Une mille-vies. Fantasme absolu de notre époque, où chacun court après le temps pour vivre le plus possible. Où tout est démultiplié."

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Ce sont vingt-quatre heures de la vie d'une actrice, une femme brillante, très belle et qui n'a peut-être pas envie de se poser.

Il y a beaucoup de pudeur dans ce roman. On sent une héroïne fragilisée, qui n'a pas été épargnée par la vie et qui a choisi une kyrielle d'identités imaginaires pour fuir d'autres fantômes. A travers ce portrait d'une actrice et d'une femme, avant tout, il y a aussi l'ombre de la vraie vie, celle d'une femme amoureuse, abandonnée. L'apprentissage de l'amour défunt. C'est si admirablement conduit, feutré et silencieux, dans un vrai décor, entre les MOTEUR. TOURNE. ACTION. CUT. On suit les mille-vies de Dorine M. avec une concentration mystique.

Les mille-vies

   Seuil, août 2008 - 157 pages - 15€

merci tout particulier à l'auteur...

Le pourquoi des Mille-Vies, par Delphine Coulin (entretien vidéo)

Delphine Coulin travaille pour le cinéma et la télévision. Elle a publié un roman, Les traces, et un recueil de nouvelles, Une seconde de plus, remarqués tant par la critique que par le public.

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25/05/08

Julie & Julia : sexe, blog et boeuf bourguignon - Julie Powell

 

Quatrième de couverture

Une jeune New-Yorkaise bientôt trentenaire, lasse d'enchaîner des boulots sans intérêt, décide de reprendre sa vie en main. S'emparant du vieux livre de cuisine de sa mère, L'Art de la cuisine française de Julia Child, elle s'invente un projet dément : réaliser les 524 recettes du livre... En un an ! Dans sa cuisine minuscule ! Avec un humour dévastateur et une pointe de folie, elle nous raconte ses pérégrinations de cuisinière, sa crise de la trentaine, sa mère envahissante, sa meilleure amie nymphomane... De réussites triomphantes en purs désastres, de crises de larmes en dîners alcoolisés, elle poursuit sa route pavée de mottes de beurre. Et s'aperçoit un jour que sa vie a changé.

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Que de clichés sur cette couverture : le sous-titre et le bandeau orange faisant mention de Bridget Jones... Pitié ! Ce livre ne mérite pas de s'abaisser à cette foire du marketing pour attirer l'oeil du lecteur, je pense que l'histoire est elle-même bien alléchante et assez fournie en délices à venir. Il s'agit donc de l'épopée romancée d'une new-yorkaise ordinaire, Julie Powell, âgée de vingt-neuf ans et mariée à un type plutôt sympa, cette nana s'ennuie dans sa vie et décide de se lancer un défi en réalisant en un an les 524 recettes du livre « L'art de la cuisine française » de Julia Child. Elle ouvre un blog pour rendre compte de cette expérience assez déjantée, surtout aux yeux de ses proches (sa mère, en premier lieu !). Et aussi incroyable mais vrai, cette folie rencontre un joli succès auprès du public et, au fil du temps, les média viennent sonner à sa porte et réclament des reportages qui vont lui attirer une gentille gloire (publier un roman, par exemple). En France, on commence à goûter à ce phénomène de « blogbook » (un livre à partir d'un blog), mais aux USA il semblerait que Julie Powell soit devenue une véritable référence. Gros succès pour son projet, même estime pour son livre, etc. De vous à moi, il n'y a pas de recette miracle. Ce récit autobiographique est léger et spontané, bourré d'auto-dérision (la jeune femme a un oeil assassin sur ses tentatives, ses motivations ou même son rapport avec son blog et ses bloteurs, les lecteurs de son blog). Jamais elle ne triche, c'est un constat drôle et délirant et qui ne sert pas à rien, car cela la booste dans sa vie personnelle (après de longs atermoiements, passagers). Ce regard qu'elle porte sur notre relation avec la nourriture, la cuisine et la bonne chère est touchant, très vrai. Personnellement je ne suis pas une fondue des longues heures passées aux fourneaux, mais ce livre a su me surprendre et me donner - presque - envie de m'y mettre. Je trouve, cependant, que Julie/Julia ont un fort penchant pour les plats lourds, riches en beurre (slurp) et les abats, en plus quelques chapitres sont bien gratinés (la torture du homard, par exemple) et soulèvent un peu le coeur... Mais je suis une petite joueuse, ça ne compte pas !

Editions du Seuil, Mai 2008 pour la traduction française - 344 pages - 19,90€

traduit de l'anglais (américain) par Claudine Richetin -

titre vo : Julie & Julia, 365 days, 524 recipes, 1 tiny apartment kitchen.

Le nouveau blog de Julie : http://juliepowell.blogspot.com

A noter, aussi : Un film est en projet de tournage, avec Meryl Streep dans le rôle de Julia Child et Amy Adams (cf. Il était une fois) dans celui de Julie Powell. Réalisé par Nora Ephron. (source)

 

^^ Bonne fête à ma maman !!! ^^

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01/02/08

Pourquoi nous amassons des livres que nous n'avons pas (toujours) le temps de lire...

la_maison_en_papierPrésentation de l'éditeur
Ce très joli récit est une fable sur le pouvoir et la fascination des livres, un conte initiatique où le passage de la ligne d’ombre se fait non sur un bateau mais à travers le voyage réel et dramatique entre deux continents d’un roman de Conrad recouvert d’une croûte de ciment.
Un Argentin, professeur à l’Université de Cambridge, est nommé au poste de Bluma Lennon, morte renversée par une voiture alors qu’elle venait d’acheter un exemplaire des poèmes d’Emily Dickinson. C’est lui qui ouvre le paquet adressé à Bluma, posté en Uruguay, sans mention d’expéditeur et dont le contenu l’intrigue : un exemplaire de La ligne d’ombre, rongé par l’humidité et portant des traces de ciment et de mortier sur la couverture, la tranche et les pages. Comme il doit se rendre en Argentine, le narrateur emporte le livre, et de Buenos Aires prend le bateau pour l’Uruguay afin de retrouver le propriétaire du livre et de l’informer du décès de son destinataire. Là, un libraire d’ancien et un ami lui racontent l’étrange histoire de Carlos Brauer, bibliophile, collectionneur, disparu sans laisser d’adresse, mais dont les traces demeurent sur une plage désolée, inhabitée, battue par les vents et l’océan. De plus en plus intrigué par cette étrange histoire, effrayé aussi par le pouvoir que semblaient exercer les livres sur leur propriétaire, le narrateur se rend sur la côte de Rocha où il découvrira le mystère de La ligne d’ombre et, bien sûr, le lien qui unissait Bluma Lennon et Carlos Brauer.

« Au printemps de l'année 1998, Bluma Lennon venait d'acheter dans une librairie de Soho un exemplaire ancien des Poèmes d'Emily Dickinson quand, arrivée au deuxième sonnet, au premier coin de rue, elle a été renversée par une voiture. »

« La maison en papier » est un joli titre pour symboliser l'invasion des livres dans la vie d'un bibliophile, mais le roman raconte aussi une histoire abracadabrante, à propos d'un homme, d'une femme et d'un livre (« La ligne d'ombre » de Joseph Conrad). ** Cf. la présentation de l'éditeur pour en savoir plus sur l'histoire, très bien résumée. **
Ce roman de Carlos Maria Dominguez est une magnifique plongée dans l'univers des lecteurs compulsifs, sur le pouvoir et la fascination des livres, leur influence grandissante et même dangereuse, une immersion dans le monde des amoureux des livres, des passionnés frappés d'une maladie, d'une soif d'exploration et/ou d'un besoin de conquête. « La maison en papier » est d'une magnificence rare, cultivée et précieuse. L'auteur, lui-même critique littéraire, déballe sa passion livresque et ne cache pas les travers d'une telle passion. Attention, les livres sont dangereux, disait la grand-mère du narrateur, dès qu'il avait le nez plongé dans un ouvrage. Oui, le livre est un objet à manipuler avec précaution. C'est une bombe à retardement, prudence !
« La maison en papier » raconte tout ça avec des mots bien choisis et prudemment mesurés. Il y a beaucoup de très beaux passages sur les livres, les bibliothèques et ce que décèlent leurs contenus, la magie des mots et des ouvrages reliés ... A lire, et relire indéfiniment. Un très beau roman.

Seuil, 112 pages.  13.00 €

Je dédie ce petit billet à tous les amoureux des livres, que nous sommes, acheteurs compulsifs (aussi) et aux aventuriers des challenges qui fleurissent à gogo !!!! ...

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06/11/06

Le tango des Agapanthes ~ David Francis

Un roman assez troublant et curieusement envoûtant : "Le tango des Agapanthes" vous entraîne vers les déserts et paysages arides de l'Australie des années 50. On y suit Day, jeune garçon témoin de la mort de sa mère, ligotée à son lit par son mari, et enterrée sans cercueil dans la poussière. Horrifié, le garçon s'enfuit vers l'Amérique où il rencontre son alter ego féminin, Callie, jeune fille atypique et écorchée vive, qui souhaite devenir la première femme jockey. Entre eux deux, une étrange et tumultueuse relation s'établit. Guidés par leur commune passion des chevaux, ils vont parcourir le pays, voir du monde mais ne jamais s'avouer leurs véritables sentiments. Day, jamais guéri des blessures de son enfance, retournera vers ces lieux maudits et haïs, rencontrera à nouveau son père, Darwin, pour dénouer les liens du passé.
Un roman écrit à la sueur du front du jeune narrateur, il m'a semblé. "Le tango des Agapanthes" est déconcertant : attachant, difficile ou ambivalent. On y plonge les deux mains jointes, pataugeant directement dans l'horreur et le drame de l'enfance. Puis au fil des parties qui composent le récit, les voiles vont se lever, s'alléger et soulager le poids du début. Résultat, le récit est agréable à lire. On y ressent toute l'âpreté des personnages et des décors. Violent, terrassant, captivant et suffocant.
Un peu lourd avec ses passages sur le monde des chevaux (surtout en première partie), ce roman est finalement judicieux et efficace dans sa peinture du tragique. Sobre et singulier, "Le tango des Agapanthes" mérite le détour...

août 2004

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