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Chez Clarabel

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27 juin 2015

Ne chatouille jamais un tigre ! de Pamela Butchart & Marc Boutavant

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Zélie a la bougeotte. Elle adore remuer, gigoter, s'agiter, se trémousser et toucher à TOUT ! En visite au zoo avec sa classe, la fillette est prévenue : n'excite pas les éléphants, ne réveille pas l'ours, ne joue pas avec les singes, arrête de taper sur les tortues ou de déplumer le paon, et surtout ne chatouille jamais le tigre ! 

Trop tard, cette idée a fait son chemin et germe dans la petite tête de Zélie. Dès que les copains ont le dos tourné, elle se faufile dans les fourrés et se rapproche de la cage au tigre. Ni vu ni connu... elle glisse une plume et commence à lui faire des guiliguilis. La réaction du tigre sera EXPLOSIVE. Et les évènements qui s'enchaînent laisseront le lecteur pantois.

L'histoire ne manquera pas de séduire petits et grands (les illustrations de Marc Boutavant ont ce charme fou qui rend tout le monde accro). Elle est incroyablement drôle et orchestrée avec dynamisme et talent ! Zélie est une chipie - intrépide et trop curieuse - qu'on ne peut néanmoins houspiller tant son caractère est vif et pétulant. Cela rend la lecture si pimpante et joyeuse. Franchement, on se régale ! 

Nathan / mars 2015

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26 juin 2015

Temps Glaciaires, de Fred Vargas

TEMPS GLACIAIRES CD

C'était grandiose, un retour tant espéré qui ne m'a franchement pas déçue ! J'ai adoré du début à la fin, ou comment une simple lettre suspecte va conduire nos enquêteurs sur une série de meurtres déguisés en suicides, avec une simple guillotine en guise d'indice, passant par un voyage touristique en Islande, des drames et des larmes, et pourquoi pas un vengeur masqué et des victimes paniquées ?! 
Fred Vargas pousse toujours plus loin ses excentricités en nous emmenant également chez les Amis de Robespierre, lesquels se réunissent en costumes d'époque et rejouent les scènes clef de la Terreur dans un souci d'authenticité sidérante. Danglard y grappille une certaine prestance, jusqu'à entrer en sécession avec les lubies de son chef, entortillé dans une “pelote d'algues séchées”. 
L'effet est terriblement efficace, intelligent, rusé et drolatique. Les personnages sont la preuve que la finesse et la dinguerie sont un alliage tout à fait plausible !
J'ai donc savouré leurs réparties et leurs fantaisies, “On s'est fait promener comme des billes !”, de bon cœur. C'est inimitable, mêlant digressions inextricables, humour farfelu et personnalités décalées. Une lecture atypique, obsessionnelle, fiévreuse et azimutée. Incontournable.

Audiolib / juin 2015 ♦ Texte lu par Thierry Janssen (durée : 12 h 53) ♦ T. Janssen reprend du service pour Audiolib et Fred Vargas, et ce n'est pas piqué des vers ! Interprétation remarquable, en parfaite corrélation avec l'esprit complètement à l'ouest des personnages et de l'histoire. 

- Pourquoi, quoi qu'on fasse, nous prend-on toujours pour des flics ?
- À cause de notre regard perverti, de notre vigilance hors de propos, de notre suspicion, du pouvoir qu'on croit détenir, d'une offensive que chacun sent possible. Question de phéromones, l'habit ne fait pas le moine.
- À propos d'habits, est-ce vous, Danglard, qui nous avez hier soir photographiés en tenue de députés du XVIIIe siècle ? Et qui avez diffusé ces images sur les portables de tous les agents de la brigade ?
- Parfaitement. Je nous trouvais très honorables.
- Mais tous ont ri.
- Le rire est une défense contre ce qui impressionne. Vous avez, je vous le signale, beaucoup plu. Froissy est tombée amoureuse de vous dès 9 h 20 du matin. Cela perturbe la vision habituelle qu'ils ont de vous. Hommes ou femmes.
- Très bien, Danglard. Et qu'est-ce que j'en tire ?
- De l'ambiguïté.
Adamsberg avait l'habitude de rester sans réponse aux répliques de son adjoint.

25 juin 2015

Les Insurgés, de Malorie Blackman

Les insurgés

Kaspar Wilding vient d'intégrer la prestigieuse académie des Gardiens et rêve d'une brillante carrière, à l'instar de ses parents tous deux décédés. Depuis son enfance, il a grandi dans le culte de l'Alliance et son Haut-Conseil qui lutte contre les Insurgés en prônant un combat pacifique : les armes létales sont strictement interdites, toute répression est réglementée, l'ennemi est arrêté et envoyé en détention pour interrogatoire. Kaspar est convaincu d'œuvrer pour la bonne cause. C'est seulement lors d'une opération de contrôle avec son pote Dillon que le garçon va croiser le chemin d'une jeune rebelle et entrevoir une autre perspective sur ce monde où ils vivent dans des camps différents.

On a là un scénario classique pour un roman dystopique promu par la réputation de l'auteur. Malorie Blackman a coutume d'écrire des livres qui incitent à réfléchir et ne pas tout gober à la première cuillerée. Cette fois, la réflexion porte sur la politique et la manipulation des têtes gouvernantes. Ne pas croire aveuglément tout ce qu'on peut raconter. Le héros de l'histoire est un garçon intrépide mais meurtri par son héritage familial. C'est un bon bougre, qui agit à l'instinct, voit tout, capte tout, sent tout. Un vrai petit génie.

C'en est même trop, car il n'est pas assez avisé. Après chaque coup d'éclat, il tente de se poser et commence à s'interroger. Il collabore avec une jeune Archiviste aux cheveux mauves, Mac, pour bidouiller les ordinateurs et va s'attirer les foudres des chefs, bref on connaît la suite. Je sais bien que c'est un cheminement basique, mais à ce stade j'ai lu trop de romans du même goût pour lui passer la pommade sans avoir à y redire ! ... Le bouquin se lit vite et bien. C'est truffé d'action et de conspiration. Après ça reste léger et trop survolé. 

Milan, coll. Macadam / avril 2015 ♦ Traduit par Amélie Sarn (Noble Conflict)

25 juin 2015

Je m'appelle Lumikki : Rouge comme le sang, de Salla Simukka

Lumikki

Lumikki a 17 ans et est élève dans un lycée d'arts appliqués, où elle rase les murs et se complaît dans sa transparence. Tout bascule le jour où elle découvre dans la chambre noire les murs tapissés de billets ensanglantés. Elle referme la porte aussitôt et rebrousse chemin, pensant reprendre sa routine insipide. Mais, trop tard.
Trois jeunes gens vont s'emparer du magot et comploter dans un café où la jeune fille s'est incrustée pour les espionner. C'était plus fort qu'elle, elle a choisi de s'en mêler... pistant ainsi le fils du proviseur et sa copine, accessoirement fille de flic.
En marge de cette histoire de gros sous, on trouve aussi des trafiquants de drogue, des russes, des règlements de compte et des corrompus... tous en quête du même but, quitte à déployer les grands moyens.


J'ai été franchement déçue par cette lecture, au style pauvret et à l'intrigue qui ne casse pas trois pattes à un canard non plus. Sans compter que l'héroïne, qu'on nous vend comme étant « la fille de » Lisbeth Salander et Hercule Poirot (appréciation totalement surestimée, selon moi), est une nana mystérieuse mais franchement glaciale, trop lisse et sans charisme. J'ai finalement trouvé l'ensemble très quelconque. 

Hachette, novembre 2014 ♦ Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli (Punainen kuin veri)

♦♦♦

« Pour on ne sait quelle raison, au collège, l'intelligence n'était pas sexy. Si l'on voulait être sexy, il fallait fuir l'intelligence comme la peste. Intelligent était synonyme d'ennuyeux, barbant, énervant et, sinon franchement moche, du moins physiquement quelconque. Lumikki avait cru que la situation changerait après le collège. En partie elle avait changé, en partie non. Manifestement, en présence d'un homme, certaines femmes adultes, par ailleurs tout fait respectables, continuaient de s'abêtir. C'était pénible à voir. »

24 juin 2015

Le Loup de L.A., de Maggie Stiefvater

Loup de LA

Tout le monde croit connaître l’histoire de Cole St. Clair. Le succès. La drogue. La déchéance. Puis sa disparition. Mais rares sont ceux qui connaissent son secret le plus sombre – sa capacité à se métamorphoser en loup. Isabel fait partie du cercle restreint de ceux qui savent. Il fut un temps où ils auraient même pu s’aimer. Un temps révolu. Jusqu’au jour où Cole est de retour. De retour sur la scène. De retour où le danger rôde. De retour dans la vie d’Isabel.

Comme beaucoup de lecteurs, j'avais quitté la série de Maggie Stiefvater en 2012, après avoir lu Fusion qui bouclait la saga de Sam & Grace à Mercy Falls. C'était sans me douter que, trois ans plus tard, une pointe de nostalgie surgirait sous les traits de Cole St. Clair avec ce roman racontant son histoire après les événements survenus dans le Minnesota. Notre chanteur sexy tente de renouer avec le succès et l'amour en débarquant en Californie. Là se trouve l'inoubliable Isabel Culpeper qu'il souhaite reconquérir. Celle-ci a pourtant tourné la page, mais pas verrouillé son cœur. Revoir Cole ravive autant de souvenirs que d'émotions !

Je ne cache pas avoir pédalé dans la semoule en me plongeant dans cette suite qui a tout lieu d'être tardive et impromptue. C'est toujours aussi joliment poignant, raconté avec lyrisme, mêlé à un soupçon de coquinerie, car notre couple vedette est réputé pour ses interactions volcaniques et passionnelles. Mais avouons aussi que tout ça arrive un tant soit peu après la bataille. J'aimais l'idée du flou autour de leur relation inaboutie, lui donner des mots et une forme ne me semblait pas indispensable.

Alors si on aime follement la saga, qu'on découvre à peine ou qu'on ne peut vivre sans avoir lu le moindre écrit de l'auteur, oui ce livre mérite d'être lu, dans la foulée. Et savourer pleinement cette histoire de seconde chance dans laquelle patouillent des personnages qui le valent bien (et méritent leur happy end). Maggie Stiefvater tenait aussi à se faire plaisir en évoquant l'artiste maudit et torturé, à travers Cole, et laisser exploser sa passion pour la musique qu'on retrouve dans chacun de ses livres, particulièrement dans son écriture.

Hachette jeunesse, coll. Black Moon / novembre 2014 ♦ Traduit par Camille Croqueloup (Sinner)

  ♪♫ I remembered that once upon a time, I wrote books with kissing scenes. I remembered that once upon a time, Cole St. Clair had been a rock star. ♫ ♪ M.S.

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24 juin 2015

Sophie et la Princesse des Loups, de Cathryn Constable

❅❅“C'était l'hiver. Il neigeait. Une petite fille était perdue dans les bois. Et il y avait... un loup.”❅❅

Sophie et la princesse des loups

Orpheline, sans le sou, Sophie Smith vit en pension dans une école privée à Londres. A l'approche des vacances, ses amies et elle sont invitées à se rendre en Russie pour rencontrer la princesse Volkonski. Cette dernière occupe un palais d'hiver, en rase campagne, dans la région de St-Petersburg. L'endroit est féerique, même s'il porte encore les stigmates des vieilles querelles politiques et des tragédies familiales. Qu'importe. Sophie est avide d'aventures merveilleuses et tombe sous le charme de cette princesse au charisme ravageur, qui lui semble à la fois énigmatique et envoûtante. Mais d'autres mystères entourent les lieux, dont la forêt qui sert de refuge à une meute de loups. Chaque nuit, leurs hurlements hantent les rêves de Sophie qui se sent de plus en plus perdue, mélangeant la réalité et la fiction. Elle se surprend aussi à ressasser des souvenirs de son père, qui avait coutume de lui chanter la même berceuse ou aimait lui raconter des légendes lointaines. Comment expliquer ces soudaines réminiscences, sinon qu'elles sont ravivées par le décor qui l'entoure et lui fait tourner la tête ? 

Son histoire s'éclairera à l'aube de révélations éclatantes, qui surviendront dans les derniers chapitres. N'allez pas imaginer pas que celles-ci vous surprendront plus que de raison, car la trame romanesque demeure assez simple et évidente. C'est surtout pour son fantastique décor que cette lecture est étonnante. On baigne dans un cadre idyllique, au cœur de la Russie, en plein hiver, on vit et partage des activités toutes plus extraordinaires les unes que les autres (pique-nique de minuit sur un lac gelé, balades en vozok, patin à glace au coucher du soleil...), en compagnie d'une héroïne auréolée d'un passé mystérieux et à la destinée émouvante. C'est tout bonnement fascinant. L'intrigue dévoile un joli conte enchanteur, qui séduit pour sa simplicité, son élégance et sa tenue. Et c'est ravissant, sans prétention. Parfait pour les longues soirées d'hiver. Cette lecture a, de plus, eu le bon goût de me rappeler la série d'Anne Bouin, Petite feuille nénètseUn été sibérissime et La vie est une flèche, qui possède les mêmes qualités magiques et ensorcelantes. 

Folio Junior / avril 2015 ♦ Traduit par Alice Marchand (The Wolf Princess)

« Sophie tira la couverture jusque sous son menton et s'assit dans son lit pour regarder la lune. Peut-être qu'en se concentrant sur cette lumière blafarde, elle arriverait à comprendre ce qui venait de se passer, pourquoi elle était ici, dans ce palais oublié, perdue au milieu d'un immense pays désert, avec ces gens qui se comportaient d'une façon si étrange. Elle était déconcertée, déracinée, comme un petit bateau partant à la dérive sans espoir de retrouver la côte, livré aux marées, aux vents et aux courants. »

24 juin 2015

Deux soeurs, un destin tome 2 : Le guet-apens, de Maya Snow

Suite des aventures de Kimi et Hana, après un début de série mouvementé (cf. La Trahison).

Deux soeurs, un destin, Tome 2

Après avoir trouvé refuge dans une école de samouraïs, où elles se font passer pour des garçons, recrutés en tant que serviteurs, Kimi et Hana ont bénéficié en douce de l'enseignement de Maître Goku et acquis une confiance nouvelle. Las, la tragédie frappe encore à la porte et les pousse à poursuivre leur périple, en compagnie de leur ami Tatsuya, les forçant à traverser le Mont Fuji et ses dangers.

Action, aventure, amitié, famille, loyauté et courage sont au cœur du récit. La lecture n'en est que plus palpitante, tant le rythme ne faiblit pas et réserve son lot de surprises : de nouvelles alliances voient le jour, mais les ennemis ne manquent pas non plus. De plus, les filles ont appris que leur mère et leur jeune frère avaient survécu au massacre de leur famille et sont dans l'attente de connaître le lieu de leur cachette pour pouvoir les rejoindre.

Le suspense est parfaitement maîtrisé ! On a aussi beaucoup de plaisir à plonger dans cette ambiance nipponne dont le folklore et la culture féodale sont reproduits dans un souci d'authenticité toujours très appréciable. Déclinée en quatre tomes, cette série plaira aux pré-ados, en attendant de se lancer dans la fabuleuse saga de Lian Hearn (Le Clan des Otori). 

Flammarion jeunesse, coll. Castor Poche, avril 2015 ♦ traduit par Alice Marchand (Chasing the Secret)

23 juin 2015

Bleu Catacombes, de Gilda Piersanti

3 - Bleu Catacombes

La macabre découverte d'une déferlante de corps sans tête (et de têtes sans corps) met sous pression le commissaire d'Innocenzo, dépité par son effectif mis au rabais à cause des vacances d'été. Seule Mariella accepte d'écourter son séjour à la mer pour se confronter à l'esprit retors d'un criminel qui semble puiser son inspiration dans l'art contemporain et les références bibliques. Pour la soutenir, elle peut naturellement se tourner vers Silvia, sa nouvelle collègue, mais aussi Paolo, son fringant amoureux, dont le retour fait franchement plaisir ! L'auteur n'a de cesse de peaufiner le portrait de son héroïne, qu'on découvre étourdie, migraineuse, tremblante et frissonnante, et pas seulement de passion amoureuse. Encombrée par des souvenirs de famille et ses retrouvailles tardives avec son géniteur, la jeune femme est plus vulnérable que jamais, moins attentive à son enquête, fuyante et instable aux yeux de son amant. La série, qui se décline au gré des saisons, réserve ainsi une lecture sur le long cours passionnante en développant en parallèle des enquêtes criminelles un fil rouge perspicace autour des personnages. J'apprécie moins l'aspect glauque rendu par la lecture faite par Hélène Lausseur pour Sixtrid, qui exacerbe les voix des coupables d'un ton moribond et déprimant... Ceci étant dit, le roman nous réserve une grande part d'intensité dramatique aux effets poignants ! 

Sixtrid / mars 2011 ♦ texte lu par Hélène Lausseur (durée : 5h 50)

 

BLEU CATACOMBES

éditions Le Passage, 2007 / Pocket, 2009 pour le texte original

 

23 juin 2015

Les Jours infinis, de Claire Fuller

Les jours infinis

Peggy a huit ans et grandit à Londres dans une vaste maison avec jardin. Sa mère, d'origine allemande, est une pianiste mondialement reconnue, qui part souvent en tournée. Son père est un « Survivaliste », obsédé par l'idée de fin du monde. Un matin de l'été 1976, il entraîne la fillette à la recherche de “die Hütte”, un lieu féerique, réputé inaccessible. Ils vont ainsi s'enfoncer dans les bois et s'y perdre neuf longues années.

De retour chez elle, en 1985, Peggy tente de s'expliquer une telle folie. Mais c'est hyper délicat à déterminer car elle n'était qu'une enfant insouciante, qui n'avait pas conscience du danger, portait un culte à sa mère si belle et prodigieuse, considérait son père avec tendresse et jugeait l'entourage de ses parents (leur amitié avec l'américain Oliver) nocif et menaçant.

Ce contact avec la nature est une immersion extraordinaire, pleine de charme, de mystère et de danger, où la vie de « rescapés » est aussi un combat de chaque instant. Car même si l'ambiance est captivante, servie par une écriture lumineuse et un style très visuel, on n'oublie pas le délire paternel et les conséquences pour l'enfant.

C'est très, très perturbant, bien que raconté avec pudeur et de façon elliptique. On ne voit pas venir la fin et ses révélations... stupéfiantes, qui vous font reconsidérer tout le roman, à travers son emprise et ses ombres. De quoi vous hanter longtemps après !

Stock La Cosmopolite / avril 2015 ♦ Traduit par Mathilde Bach (Our Endless Numbered Days)

  • Click sur l'opération de communication originale ! 

 

« Les dates ne sont là que pour nous rappeler que nos jours sont comptés, que chaque jour qui passe nous rapproche de la mort. À partir de maintenant, Punzel, nous vivrons au rythme du soleil et des saisons. Nos jours seront infinis. »

23 juin 2015

Teaser Tuesday #62

Teaser_tuesday

Cent quatre-vingts kilomètres de route tortueuse s'étendent entre les grilles de l'université de Smith College et le stade de football de Darmouth, et Budgie conduit comme elle fait tout le reste : à toute vitesse.
Les feuilles scintillent dans des tons dorés, orangés et rouges, elles se détachent du ciel bleu où le soleil brille sans un nuage, créant une impression de chaleur trompeuse. Budgie a décrété que nous devions prendre la décapotable et conduire cheveux au vent, mais je grelotte. Enroulée dans mon gilet de laine, je m'agrippe à mon chapeau.
Elle rit d'un air moqueur.
- Tu devrais ôter ton chapeau, ma belle. Tu me fais penser à ma mère. Elle croit que ce serait la fin du monde si quelqu'un voyait ses cheveux.
Elle doit crier pour que je l'entende, avec tout ce vent.
- Ce n'est pas ça ! réponds-je en criant aussi.
La vérité, c'est que mes cheveux se transformeront en une boule d'herbes sèches si je les libère du chapeau cloche en laine noire qui les enveloppe ; les jolies petites boucles de Budgie, elles, volettent délicatement dans le vent et se remettront parfaitement en place à la fin du voyage.
L'Été du Cyclone - Beatriz Williams

Il y a longtemps, Harold, tu m'as dit : 
- Il y a tant de choses que nous ne voyons pas.
- Que veux-tu dire ? ai-je demandé, tandis que mon cœur faisait un bond dans ma poitrine.
- Les choses qui sont juste sous nos yeux, as-tu répliqué.
Tu conduisais comme tu le faisais toujours et j'étais assise sur le siège passager. La nuit tombait, je m'en souviens, et nous retournions sans doute à la brasserie. Au loin, les lampadaires parsemaient de taches de lumière la lisière bleue velours de Dartmour et la lune était, elle, une discrète tache de craie.
J'avais la vérité sur le bout de la langue. Je ne pouvais plus le supporter.
- Range-toi sur le côté, ai-je presque crié. Écoute-moi, Harold Fry...
La Lettre de Queenie (Tout ce qu'elle n'a pas pu dire à Harold Fry) - Rachel Joyce

Catherine s'arc-boute mais elle n'a plus rien à sortir. Elle s'agrippe à l'émail froid et relève la tête pour regarder dans le miroir. Le visage qui lui fait face n'est pas celui avec lequel elle est allée se coucher. Ce visage, elle l'a déjà vu et elle comptait bien ne jamais le revoir. Elle s'examine sous cette nouvelle lumière crue puis elle mouille un gant, s'essuie la bouche et le presse contre ses yeux, comme pour éteindre la peur qui brûle en eux.
« Est-ce que ça va ? »
La voix de son mari la fait sursauter. Elle espérait qu'il ne se réveillerait pas. Qu'il la laisserait tranquille.
« Mieux, maintenant », ment-elle en éteignant la lumière. Puis elle débite un nouveau mensonge. « Ce doit être le plat à emporter d'hier soir qui n'est pas passé. » Elle se tourne vers lui, une ombre au cœur de la nuit.
« Retourne te coucher. Je vais bien », murmure-t-elle. Il dort quasiment debout, mais il tend tout de même le bras et pose la main sur son épaule.
« Tu en es sûre ?
- Oui », répond-elle. Sa seule certitude, c'est son besoin d'être seule.
« Robert. Promis. Je te rejoins dans une minute. »
Il laisse ses doigts s'attarder un moment sur son bras, puis il cède. Elle attend d'être certaine qu'il s'est rendormi avant de regagner leur chambre.
Elle l'observe, posé à l'envers, encore ouvert, tel qu'elle l'a laissé : ce livre auquel elle s'est fiée.
Révélée - Renee Knight

- Allez, réveille-toi. Je nous ai organisé une petite aventure. Une aventurette. Juste pour une journée. On part en expédition. Jake ouvrit les rideaux : Tu dis toujours qu'il faut se lever plus tôt pour profiter de cette lumière. Et tu as raison. C'est magnifique. Les ombres qui apparaissent avec l'éblouissante clarté du jour sont pas encore là. C'est splendide.
L'esprit encore endormi, Will se releva sur un coude, énumérant dans sa tête les objets qu'il avait sous les yeux : armoire, sac à dos, télévision, chaise. Un thermos de la taille d'une bouteille de plongée, bouché par du liège. La photo de deux poissons aux yeux globuleux. Des traces brunes au plafond qui formaient un archipel. Une table de chevet avec de faux miroirs. Il n'arrivait pas à se souvenir du nom de l'hôtel ni même de la ville où ils se trouvaient. Will avait l'impression que derrière la porte de la chambre se trouvait une vaste monde étrange et inhospitalier qu'il n'était pas encore prêt à affronter. Il se frotta les yeux.
- De quoi tu parles ?
- Je suis réveillé depuis plus d'une heure et j'ai trouvé une super-opportunité. On va voir une cascade secrète. Alors fais ton sac : short, t-shirt, maillot... Le type nous attend dehors.
- Quel type ?
- Howard, un mec cool, peut-être juste un peu étrange....
Traqué - Simon Lewis

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