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Chez Clarabel

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21 juillet 2009

Un amour vintage ~ Isabel Wolff

un_amour_vintageIl y a des romans, on le sait, qui ne marqueront pas les annales de la littérature, et pourtant on leur voue une franche reconnaissance du fait d'exister, pour la sensation de confort qu'ils procurent. "Un amour vintage" d'Isabel Wolff en fait partie. Je m'attendais à un roman dans la veine de la "chick-lit" et finalement j'ai été surprise du résultat, l'ensemble est beaucoup moins volage qu'il n'y paraît.
C'est l'histoire de Phoebe Swift qui démarre une nouvelle vie en ouvrant une boutique de vêtements vintage à Blackheath. Elle a trente-trois ans, elle vient de plaquer son fiancé à qui elle reprochait la mort de sa meilleure amie. Très vite, et grâce à l'article de Dan, un journaliste habillé comme l'as de pique, son Village Vintage connaît un bel essor, la clientèle est au rendez-vous et la jeune femme ne sait plus où donner de la tête. Elle embauche une actrice sans emploi, Annie, pour la seconder et court les salles de ventes pour grossir sa collection. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Miles, un avocat qui frise la cinquantaine, veuf et père d'une adolescente de seize ans.
Dans le même temps, elle reçoit le coup de fil d'une vieille dame malade, Mme Bell, qui désire se délester de sa garde-robe. Une connivence s'installe entre les deux femmes, Phoebe est poussée à la confidence et reçoit en retour le témoignage émouvant de son aînée, laquelle lui confie une histoire qui lui rappelle étrangement la sienne.
C'est évident que ce roman est constitué de ficelles disgracieuses qui forment un noeud grossier, le lecteur n'est pas dupe du chemin qu'il emprunte, toutefois cela demeure un agréable traquenard. De suite, je l'avoue, il y a un paquet de maladresses dans ce livre, comme de rendre les clientes toutes plus sympathiques les unes que les autres, d'offrir un éventail de toilettes providentielles ou d'insister fâcheusement sur l'âge de Miles, quarante-huit ans et déjà l'impression d'être poussé dans les orties, c'est rude ! La rencontre avec Mme Bell aussi sonne terriblement romanesque, et je peux encore allonger la liste des points fâcheux mais cela semblerait incompréhensible, alors, d'affirmer que j'ai beaucoup aimé ce roman.
Car, oui j'ai beaucoup aimé. La passion du vintage de Phoebe Swift est belle, admirable. Elle pourrait convaincre les plus réfractaires, ceux qui ne saisissent pas le sens des (belles) choses qui ont déjà vécu et qui sont porteurs d'une histoire secrète. Je ne m'aventure pas sur ce terrain, mais je vous invite à découvrir la passion communicative de Phoebe. C'est franchement excitant. Et puis je me pose beaucoup de questions sur ce livre, des questions essentielles (rires), comme de savoir à quoi ressemblent ces fichues robes "cupcake" qui sont constamment citées dans l'histoire et qui rendent les femmes "heureuses".
A bon entendeur.

JC Lattès, 2009 - 410 pages - 20€
Traduit de l'anglais par Denyse Beaulieu

L'avis de Lily

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20 juillet 2009

Un ticket pour la lune ~ Frank Cottrell Boyce

un_ticket_pour_la_luneLiam Digby a un problème : il connaît une croissance exceptionnelle, avec poussée hormonale en conséquence. Résultat, à onze ans, il en paraît le triple ! C'est loin de l'indisposer, le garçon a pris le parti d'exploiter ce subterfuge et joue avec une camarade d'école, Florida Kirby, en se faisant passer pour un père et sa fille.
Ensemble ils parcourent les allées des centres commerciaux, se rendent dans des concessions automobiles de luxe ou vont dans des manèges à sensation interdits aux plus jeunes. Liam s'amuse, mais son père voit rouge.
Toutefois ce dernier ne prend pas conscience du fait que le garçon agit exprès pour attirer son attention, comme l'idée de ce nouveau jeu réservé au père et sa progéniture. Il faut remporter le titre de meilleur papa, pour s'offrir un voyage en Chine et tester un nouveau parc à thème... très cosmique.
Ambitieux projet, Liam trépigne d'y participer mais son père dit non.
Loin de se démonter, l'adolescent fait appel à sa fidèle complice et tous deux vont vivre une série d'épreuves, toutes plus délirantes les unes que les autres, pour décrocher les honneurs !
Finalement le suspense n'est pas de savoir s'il va vivre à fond son aventure et voyager dans l'espace, on est déjà au courant. Le roman s'ouvre sur sa confidence, il est seul au monde, perdu dans l'immensité intersidérale, à bord d'une fusée.
On se demande alors comment cette épopée hallucinante va trouver sa fin, et si le père de Liam va accourir tel Zorro sur son fidèle destrier pour sauver son fils. Car, après tout, c'est un livre sur les papas et sur les relations entre père et enfant, derrière ce côté farce, comique et farfelu de l'histoire. Les anecdotes sont vraiment très drôles.
De plus, notre monde d'adultes est vu à travers le regard d'un enfant / adolescent, ce qui créera une connivence sympathique avec le lecteur - niveau collège, selon moi, car j'hésite pour les plus jeunes, le roman fait tout de même 300 pages !

Gallimard jeunesse, 2009 - 320 pages - 13,50€
Traduit de l'anglais par Catherine Gibert

L'avis de Reno qui le rapproche très justement à Roald Dahl.

extrait :

- Docteur Drax, vous me prenez pour un adulte responsable, or je ne le suis pas. Je ne suis qu'un adolescent. Un adolescent anormalement grand et barbu, mais un adolescent.
J'ai ressenti un soulagement immédiat. Comme si la gravité avait soudain relâché son emprise, me faisant en quelque sorte flotter. Voilà. C'était terminé. Plus de comédie. Plus de responsabilité. Peu m'importait la réaction qu'aurait le docteur Drax.
Elle a souri.
- Cela résume parfaitement mon opinion sur vous, a-t-elle répliqué, en me touchant la main. Vous avez la qualité requise. Intérieurement, vous vous sentez comme un enfant. A l'exemple d'Einstein, qui a prétendu toute sa vie n'avoir jamais cessé de penser en enfant. Ce qui explique qu'il ait fait ces découvertes exceptionnelles...
- Non, ai-je répliqué. Je ne me sens pas comme un enfant. Je ne suis pas un adulte.
- Parfait. Dans le mille. Ceux qui se considèrent comme des adultes accomplis n'ont pas leur utilité dans ce projet. Ce sont des gens qui pensent n'avoir plus rien à apprendre...
- Voilà. Je n'ai pas terminé l'école. J'ai même à peine commencé.
- Je ressens la même chose que vous. L'univers est tellement immense. Nous n'en avons qu'un mince aperçu. Entre quelqu'un qui croit tout savoir et quelqu'un qui reconnaît son ignorance, je choisi le second sans hésiter.
- Mais...

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Et un peu de musique, dont la très belle chanson interprétée par Vanessa Paradis pour la BO du film d'Olivier Dahan, Le petit poucet.

 

 

 

19 juillet 2009

Si loin de vous ~ Nina Revoyr

si_loin_de_vousJun Nakayama, acteur à la retraite de 73 ans, reçoit un coup de fil d'un journaliste qui, à l'occasion de l'ouverture prochaine d'un temple dédié au cinéma muet, souhaite l'entretenir de ses jeunes et glorieuses années. Le vieil homme se défend de vivre dans ses souvenirs, et pourtant cette rencontre montre qu'il n'a strictement rien oublié, qu'il tique de se savoir oublié malgré lui et qu'il se rengorge intérieurement d'avoir pour fan inconditionnel ce jeune Nick Bellinger. Un projet en amenant un autre, le journaliste lui confie être également scénariste et son souhait profond de compter Nakayama dans la distribution.

Quarante années défilent ainsi, entrecoupées par les considérations des années 60, avec le recul et le constat amer d'être aujourd'hui seul. Jun a connu un succès extraordinaire, d'autant plus qu'il était un ressortissant japonais, étudiant de l'université du Winsconsin, brillant acteur au théâtre de Little Tokyo, fier d'une ascension qui ne lui a jamais fait défaut, avec des rencontres profitables et séduisantes, des femmes au charme vénéneux, des réalisateurs audacieux. Et pourtant, la carrière de Jun a brutalement chuté et sombré dans l'oubli. La faute au cinéma parlant ? A la politique anti-japonaise qui sévissait ? Ou au scandale dans lequel il a été impliqué, avec le meurtre non-élucidé d'un réalisateur de sa connaissance ?

Ce brillant roman a su combler l'admiratrice inconditionnelle des années dorées du cinéma hollywoodien que je suis, même si je connais peu le cinéma muet, sauf si on m'évoque Keaton, Chaplin ou Glorian Swanson, et irrévocablement le film de Billy Wilder, Sunset Boulevard. Mais ce roman n'est pas qu'une simple résurrection d'une époque et d'une industrie cinématographique exempte des artifices à venir, pas seulement une dénonciation d'un protectionnisme rampant. C'est le roman d'un homme qui se cherche, qui revisite le passé, qui enquête sur un meurtre et qui va au-devant des vérités enfouies. Il va déterrer des passions amoureuses, des liaisons tapageuses, un métissage prohibé, la vengeance aveugle et des secrets bouleversants. J'ai adoré ce roman, d'une élégance folle ; il nous balade d'avant en arrière sans nous donner le tournis, offrant une intrigue qui tient en haleine, et qui éblouit en même temps. Et ce sont 375 pages dévorées avec gourmandise et reconnaissance d'un livre bien fait, bien écrit et bien fourni.

Phébus, 2009 - 375 pages - 23€
Traduit de l'anglais (USA) par Bruno Boudard

chez_les_filles_logo

19 juillet 2009

lectrice de bd #1

je ne connaissais pas du tout la maison futuropolis, parce que je ne suis pas une si grande amatrice de bd que ça, même si j'aime en lire et en découvrir, l'occasion s'est donc présentée de faire plus ample connaissance, j'ai reçu le petit paquet promis avec une certaine curiosité doublée d'une attente non avouée, car je traverse une période noire en matière de lecture, il me faut un petit remontant pour reprendre goût aux mots et aux histoires, ce n'est pas bien méchant, tout lecteur traverse une phase de non-envie, et puis c'est l'été et ce sont les vacances, j'avoue que ma tête est ailleurs, alors quand je me suis mise à lire ces deux bds, je suis passée du cycle d'excitation au cycle de déconvenue... mea culpa aux auteurs et à l'éditeur, mais voici deux bds qui ont fini par me déprimer, malgré leur qualité esthétique indéniable.

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nouvelles_du_monde_invisibleEt si l'on racontait sa vie d'après le souvenir de ses odeurs ? Imaginez vous rappeler le parfum d'une petite copine de treize ans ou une escapade vers Jersey, c'est possible, mais soupçonnez d'avoir un odorat plus développé que la moyenne, qui vous happe au moindre souffle du vent, vous empeste par trop de pollution, ou parce que vos sacs poubelle s'amoncellent dans votre cagibi, cela s'annonce problématique, car l'odeur est partout, elle s'infiltre, elle persiste, comme celle du gaz qui vous donne un haut-le-coeur, ou qui vous transporte vers un ailleurs imaginaire, vous rappelle les embruns, l'échappée belle...
Les odeurs sont précieuses, elles évoquent plein de souvenirs agréables, même si parfois elles peuvent briser une harmonie palpable, qu'importe, à travers cette bd le lecteur voyage et hume l'air du temps, dans une texture crépusculaire, j'ai bien aimé le début, puis j'ai fini par me lasser.

Nouvelles du monde invisible, par Jean C. Denis

Futuropolis, 2008 - 165 pages - 19€

 

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la_ligne_de_fuiteMagnifique ambiance qui nous transporte du Paris fin des années 1880, aux Ardennes tristes à pleurer avant de s'évader vers le continent africain, sauvage et fier, planqué derrière ses secrets.
A Paris, Baju est rédacteur de la revue Le Décadent et pousse son jeune poète Adrien de composer quelques oeuvres en les signant Rimbaud, porté disparu depuis quelques années. Le scandale éclate aussitôt, Verlaine dénonce l'escroquerie et Adrien comprend trop tard qu'il vient de brûler toutes ses chances de réussite.
Il décide alors de partir à la recherche de Rimbaud, de rencontrer sa famille et de trouver quelques poèmes oubliés ou inédits, pour redorer son blason avant d'offrir au Décadent la gloire tant convoitée.
Hélas son périple va le conduire vers une remise en question permante, Adrien se glisse dans les pas de Rimbaud, s'embarque pour l'Afrique et s'enfonce dans une quête qui frise l'absolutisme, le désespoir et la révélation.
L'histoire a fini par me déprimer, même si je porte un véritable intérêt pour la figure de Rimbaud, il n'empêche que j'ai ressenti beaucoup de tristesse et de mélancolie dans cette oeuvre, je pense d'ailleurs que c'était le but recherché. Par contre les illustrations sont vraiment magnifiques.

La ligne de fuite, Christophe Dabitch & Benjamin Flao

Futuropolis, 2007 - 120 pages - 19€

Pour une lecture plus poussée, l'avis de Raymond

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un peu de musique pour se consoler !

 

 

18 juillet 2009

Je suis l'arbre qui cache la forêt ~ Alice de Poncheville

je_suis_larbreEli, quinze ans, n'a pas une famille modèle : sa mère traîne une réputation de sorcière et n'hésite pas à voler de la nourriture pour ses enfants, les jumeaux, Martin et Patrick, qui ne parlent qu'en langage codé. Eli ne connaît pas son père et ne possède qu'une simple photographie de lui, qu'elle a chipée sur sa pierre tombale. Et tout ce joli monde occupe une maison à l'orée de la forêt, où une ambiance colorée et fantaisiste règne en permanence.

Eli se sent différente des autres, ce qui est loin de la déranger, elle a conscience de mener une vie qui n'est pas de son âge, qu'importe, son coeur bat pour son prof de maths et ses confidents restent les arbres de la forêt, son seul refuge. Alors d'où lui vient cette sensation que tout glisse, que tout fout le camp ? Cela commence par la garde partagée des jumeaux, avec leur père psychologue, cela s'enchaîne avec une maman qui se fait tabasser puis accuser d'empoisonnement, et enfin coup de théâtre lorsque la jeune adolescente apprend le secret de ses origines. La nouvelle lui vaut d'avoir le souffle coupé, mais aussi les jambes, car Eli va se retrouver brutalement paralysée.

Dit comme ça, cela donne un sentiment d'urgence et de catastrophe sous forme d'avalanche. Mais en fait, le roman est vraiment tout le contraire. Léger, pertinent, insolent mais pas crâneur, attentif, attachant et j'en passe. C'est un bon roman, un roman sensé et intéressant. Un roman qui suit le monologue d'une adolescente et qui me semble parfaitement en phase avec les émotions des jeunes de quinze ans. L'histoire est, de plus, servie par un ton poétique qui rend grâce au propos, certes, aigre-doux au fur et à mesure qu'on avance dans la lecture. Sans compter qu'il y a un positivisme à toutes épreuves, de quoi solliciter sourire et confiance chez le lecteur.
C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2004 - 214 pages - 10,50€

Photographie de couverture : Franck Juery   

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17 juillet 2009

L'homme qui plantait des arbres ~ Jean Giono

lhomme_qui_plantait_utovieIl s'appelait Elzéard Bouffier. Cinquante-cinq ans. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie. Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s'était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. N'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.

Ce texte raconte l'aventure tranquille d'un berger solitaire, en Provence, qui passe la fin de sa longue vie, à semer et planter des arbres dans des collines où l'exploitation humaine incontrôlée avait créé le désert. Les années passent, deux guerres éclatent, mais Elzéard poursuit son bonhomme de chemin. Un pays se transforme, la ruine et le vide font place à la joie de vivre, au souffle gai et enchanteur, à la jeunesse qui apporte l'énergie.

Le narrateur est spectateur du prodige créé par Elzéard, qui n'en tire aucune gloire, ce qui rend sa mission plus honorable et admirable. Jean Giono raconte l'histoire d'un symbole, car cet Elzéard Bouffier n'a jamais existé, mais cette histoire fait envie, donne des idées en se voulant superbe leçon d'écologie et de sagesse.

Les droits d'auteur que Jean Giono n'a jamais voulu toucher sur ce texte sont reversés à l'association de protection de l'environnement Robin des Bois.

Utovie jeunesse, 2006 pour cette édition et les illustrations (par Nicole Pommaux) - 32 pages - 6€

Existe aussi en édition Folio cadet chez Gallimard jeunesse, illustré par Willi Glasauerlhomme_qui_plantait

A lire aussi : Le petit garçon qui avait envie d'espace, écrit par Jean Giono

17 juillet 2009

Le temps des mots à voix basse ~ Anne Lise Grobéty

les_temps_des_motsC'était le temps des mots à voix basse, le temps de la Voix qui parlait plus haut que les autres, le temps de l'araignée noire avec ses pattes tordues, posée sur le fond rouge sang des drapeaux...
Le narrateur n'est qu'un enfant, son meilleur ami s'appelle Oskar. C'est une amitié transmise de génération en génération, sans faire exprès, puisque les pères des deux enfants sont également inséparables, deux grands poètes, amoureux des mots, des brodeurs de dentelle heureux et confiants, insouciants malgré la menace qui gronde.
Le temps des mots à voix basse raconte une histoire d'amitié sur fond de haine raciale, une histoire d'amour et de confiance, une histoire de lâcheté et de résignation, "accepter que dans toute graine d'humain le meilleur et le pire vivent ensemble comme un vieux couple désuni, et continuer de croire que l'amour n'abandonne pas la partie pour autant, même quand la haine prend toute la place".
C'est une histoire qui remonte à plusieurs années maintenant, mais le narrateur n'a pas oublié le son des voix ni les mots qui se sont enfoncés dans son crâne d'enfant : danger, douleur, lâcheté, le meilleur et le pire, l'amour, la haine, une perte irréparable.
C'est le temps aussi des questions, à quel moment tout ça a vraiment commencé et comment ils ont fait pour se méfier si peu, est-ce que tout a réellement commencé par la fureur allumée dans la pupille d'un seul homme, et cette fureur, comment est-ce qu'elle a pu finir par mettre le feu à tout un peuple, quand les mots se sont-ils mis à boire plus que de raison dans les rues, à tituber sur les trottoirs, à se tromper de colère ?
Un magnifique roman, hélas trop court de 70 pages, porté par une écriture stylisée, fort d'un message important et fondamental, à saisir entre les lignes pour les plus jeunes, mais finement amené sur le tapis, pour permettre à quiconque de réfléchir, de comprendre et de ne pas s'endormir sur ses lauriers. Pour toujours réagir avant qu'il ne soit trop tard. "Est-ce qu'on sera toujours condamné à comprendre trop tard, quand il n'y a plus rien d'autre à faire qu'à se résigner au pire ?"
Un roman qui mérite amplement ses récompenses (prix Saint Exupéry 2001 & prix Sorcière 2002) et qui se targue d'être déjà à sa 8ème édition.

La Joie de Lire, 2001 - 72 pages - 7€

Catégorie d'âge : Chaque lecteur est unique.
Si vous avez un doute, demandez conseil à votre libraire.

16 juillet 2009

Orages d'été ~ Barbara Hall

orages_deteDans une ferme en Virginie, en plein été caniculaire, les fermiers ont du souci à se faire car la sécheresse perdure et les récoltes de tabac s'annoncent catastrophiques. La famille de Dutch, quatorze ans, est sévèrement touchée, mais la jeune adolescente passe plus de temps à scruter les siens, au cours de ces mois particulièrement chauds et orageux, où les secrets remontent peu à peu à la surface.
Durant cet été, Dutch voit arriver sa cousine Norma, quinze ans, très belle et sûre d'elle, qui ignore hélas que ses parents l'ont écartée du foyer pour régler leur divorce. Dutch a beaucoup de mal à accepter cette adolescente pleine de charme, qui fait tourner les têtes des garçons, et notamment celle de son frère, Flood, papa d'un petit garçon de neuf ans. Dutch n'a pas digéré le départ de Becky, six ans auparavant, et espère secrètement qu'elle rentrera au bercail pour reprendre sa place. C'est typique des Peyton de s'enfermer dans le passé et les souvenirs, pour protéger son monde, c'est néanmoins un frein et un handicap. 
Cet été s'annonce définitivement différent des autres, avec la menace des banquiers qui harcèlent son père, les relations amoureuses compliquées, des révélations trop explosives et des remises en question permanentes.
Mais c'est dommage qu'en dernière partie de roman, l'histoire semble prendre plusieurs directions et trouve des solutions trop faciles et trop rapides pour ranger chaque cas dans sa boîte. Légère frustration me concernant, j'ai cependant apprécié l'atmosphère étouffante qui rend le récit tendu et captivant à lire. 

Achevé d'imprimer sous un soleil de plomb pour le compte des éditions Thierry Magnier, 2008  /  222 pages -- 11€

Traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch

16 juillet 2009

(échappée belle)

le_geantPauvre pasteur, pauvre infirmière scolaire femme de pasteur, pauvres parents abandonnés de Dieu courant par monts et par vaux pour satisfaire les besoins de leur progéniture. Les deux quadras luttent pour ne pas se retrouver terrassés, par deux moulins à vent rugisants. L'infirmière prépare une pleine casserole de sauce bolognaise ? Dérisoire. Bananes et pommes sont amenées à la maison par pleins paniers pour respecter le cercle coloré répertoriant les apports journaliers recommandés. Au petit-déjeuner, six assiettes de porridge et un pain au levain entier sont engloutis, sans compter les innombrables tasses de café. La paume de Taneli est passée de la taille d'une assiette à dessert à celle d'une assiette plate, et on ne pourra plus jamais la ramener à celle d'une soucoupe de tasse à café.
Le pasteur passe toutes ses soirées au service de la paroisse - monsieur le pasteur et madame prendront bien un peu de café, n'est-ce pas ? caquette l'hôtesse tout en leur proposant d'emporter à la maison quelques brioches. Il glisse poliment quatre brioches à la canelle dans un sac en plastique, mais l'amphitryonne est loin de réaliser que c'est quantité négligeable.

>>> extrait du roman Le géant, écrit par Riika Ala-Harja et traduit du finnois par Paula et Christian Nabais

C'est l'histoire de Taneli, un jeune loustic de seize ans, qui mesure 2,27 mètres. Sa soeur Anna fait vingt centimètres de moins que lui. Leur taille fait sensation dans tout le pays, lorsque la célèbre Mona Ukkola, vingt-quatre ans et un passé sulfureux pour bagage, entreprend le garçon dans son aventure théâtrale. A eux l'Amérique et ses rues pavées d'or, à eux la gloire et la fortune. New York les attend, sussure Mona, prête à tout pour atteindre ses objectifs. De son côté, Taneli est fasciné, totalement obsédé par l'idée de plaire à une fille, lui le jeune puceau de Kajaani. Et c'est ce besoin réciproque qui les fait traverser les mers et océans pour vivre une aventure ubuesque et sinistrement surréaliste.
C'est drôle et loufoque, mais cela ne masque ni l'aspect tragique ni une déprime ambiante qui frappe à tout instant les personnages et la situation.

Dans l'ensemble, je suis agréablement surprise par les découvertes chez Gaïa et je me régalais d'avance avec ce titre et cette romancière. Hélas, j'ai vite été refroidie, trop partagée entre les froncements de sourcils et les sourires à peine esquissés et aussitôt rangés. L'éditeur parle d'un roman initiatique qui pourrait bien montrer que même les géants peuvent grandir. Toutefois, ici, ce genre d'initiation vire tristement dans la décadence, la désillusion et le glauque (expérience pornographique, par exemple). Je n'ai pas trop aimé, donc. Mais cela devient trop courant, ces temps-ci. Je suis en pleine crise de lecture, tout me tombe des mains, c'est pénible...
Vacances, j'oublie tout.

   « Le Géant » de Riikka Ala-Harja, paru le 4 février 2009 chez Gaïa. 299 pages.  21 €.

 

 

16 juillet 2009

Kurt et le poisson ~ Erlend Loe

kurt_et_le_poissonKurt conduit un chariot élévateur et adore son travail. Pour le récompenser de son zèle, son patron lui fait cadeau d'un poisson découvert sur le quai. Il s'agit d'une carcasse de poisson énorme, dont la chair succulente ravit les papilles de Kurt et sa famille. C'est un signe pour tous, et ils décident de prendre le large pour parcourir le monde.
L'aventure de Kurt sur les flots, dans le désert ou en plein froid polaire est une succession truculente d'aventures burlesques et déjantées. Mais tant d'aberrances peut également dérouter. Moi, la première.
Le ton d'Erlend Loe est un régal d'humour fou, de petites répliques savantes, faussement naïves. Mais le manque de crédibilité de cette histoire prime, et je ne suis pas sûre de me plonger dans la suite des aventures de Kurt et sa ravissante famille.
Première belle rencontre enthousiasmante, néanmoins cela me suffit !

La joie de lire, 2006 - 92 pages - 7€

Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud

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