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Chez Clarabel

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14 juin 2009

La boucherie des amants ~ Gaetaño Bolàn

Tom avait donc un secret. Oh, ce n'était pas un formidable secret, un de ces grands mystères insondables et fabuleux qui font tourner les têtes et changent la face du monde. L'enfant ne disposait d'aucun pouvoir magique. Il n'avait aucune influence sur les éléments, l'eau, la terre, le feu, pas plus qu'il ne savait s'élever dans les airs ou changer le plomb en or. Non, il s'agissait d'une toute petite bricole, presque une astuce en somme, une de ces martingales qui font rêver les gamins et dans le coeur leur dessinent un avenir un peu meilleur.

*****

la_boucherie_des_amantsC'est l'histoire d'un petit garçon, Tom, frappé de cécité depuis la naissance, qui a également coûté la vie de sa mère. Il est élevé par son père, Juan, le boucher de la ville. Une jolie idylle avec Dolores, l'institutrice, va naître après un rock endiablé au Paradis, le dancing local. Tom est heureux, il est heureux de savoir son père heureux.
Mais cette histoire n'est pas la bluette sentimentale qu'elle paraît être, puisque nous sommes au Chili, le pays des portés disparus qui ne laissent ni traces ni adresse, qui portent des veuves éplorées, toutes de noir vêtues. Et Juan et quelques amis se rendent à des réunions secrètes, collent des affiches en pleine nuit.
C'est avec un talent rare que Gaetaño Bolàn nous décrit l'horreur et la violence sous des dehors guillerets, avec un lyrisme qui ne trempe jamais dans le larmoyant. C'est beau, admirablement bien écrit en français dans le texte (l'auteur est né au Chili et vit à Valparaiso, après plusieurs années en France).
Merci à Laure sans qui l'enthousiasme communicatif ne m'aurait jamais permis de connaître cet auteur et cette petite maison d'édition.

La Dragonne, 2004 - 82 pages - 13,50€

 

 

d'autres avis : alice ; sylire ; joelle 

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12 juin 2009

Un amour prodigue ~ Claudine Galea

un_amour_prodigueMani a cinquante ans, veuve depuis quelques années, elle mène une vie recluse dans sa Villa à la montagne. Philippine a seize ans, le coeur brisé par un premier amour. Incapable d'être comprise par sa propre famille, la jeune fille se réfugie chez sa grand-mère. Ensemble, elles vont se raconter et se confier leurs histoires qui parlent d'amour, de première fois et de rupture. Deux générations les séparent, et pourtant elles ont en commun d'avoir toutes deux aimé une femme.
A sa façon, Mani va lui raconter combien l'amour peut rendre plus beau et plus fort. Qu'on peut aimer et quitter, qu'on peut recommencer à aimer, en mieux, ou autrement. Cela ne signifie pas qu'on oublie, qu'on remplace, qu'on cicatrise. Les blessures existent pour se sentir en vie, et de longues nuits sans sommeil, à boire du thé ou du café, à écouter de la musique à ou à discuter de livres, vont amener nos deux héroïnes à se comprendre.
Pour Mani, cela veut dire confier un chapitre de son passé, pour permettre à sa petite-fille de maîtriser sa douleur, de purger sa peine et de faire en sorte qu'un premier amour permet d'ennoblir une personne, et non pas la détruire. Phili pleure beaucoup, elle est émue aussi par la confiance que lui témoigne sa grand-mère, avec laquelle une tendre complicité la lie. Elle ne se contente pas d'écouter, parfois elle se révolte, elle crie, elle hurle, elle est méprisante. Trop nouée à son désespoir, toute dédiée à son sentiment de trahison.
Même si ce roman est publié chez Thierry Magnier, il mérite d'être lu par un lectorat adulte (ou pour adolescents, niveau lycée ou fin de collège). Cette collection de photo roman est en fait un exercice donné à un auteur, qui consiste à écrire une histoire à partir de photographies. Ici ce sont les clichés de Colombe Clier qui ont su éveiller chez Claudine Galea des sensations qui leur étaient liées. Des images ont commencé à apparaître, d'absence, de désir, de vie quotidienne, de maison... "Quand on écrit, on raconte toujours les histoires secrètes qui dessinent d'autres vies en nous."
Cela m'est très difficile de décrire à quel point j'ai été touchée et éblouie par ce joli roman, j'ai aimé son climat, les mots chuchotés, le tourbillon des émotions et le flot des souvenirs, des confidences qui pourraient presque ulcérer les collets montés. J'ai aimé la moindre description du quotidien de cette quinqua, son souffle de vie, sa lenteur, son indolence, sa contemplation, sa sensibilité. On y trouve des sons, de la musique et des livres. On y collecte des sensations, des larmes aussi. Parce que deux femmes se parlent comme jamais auparavant, brisant la loi du silence, bravant les remparts du passé, dénichant les souvenirs rangés dans des boîtes closes.
Claudine Galea raconte l'amour au féminin avec pudeur et poésie, sans faux-semblant, en levant le voile sur cette attirance des corps du même sexe. Il n'y a rien de choquant, rien de dépravé non plus. J'ai envie de dire que c'est un livre qui ne fait que parler d'amour, le reste importe peu... Ce sont des variantes, des déclinaisons, des interrogations au sens large. Et j'ai beaucoup, beaucoup aimé. C'est l'exemple de lecture très intime, qui ne vous parle qu'à vous, et qui se révèle terriblement impudique (ou délicieusement indécent) d'en raconter les détails.

Thierry Magnier, 2009 - 250 pages - 16€

Claudine Galea est également l'auteur de A mes amourEs et Rouge métro.

extrait :

C'est le don de l'autre qui vous ennoblit ou vous tue. Celle que j'avais aimée m'avait ennoblie. Je me mis à réfléchir. Personne ne vous tue si vous ne voulez pas l'être. C'est cela qu'elle m'avait appris aussi, en filigrane. Ce qui vous tue, c'est le manque d'amour, la trahison, l'absence de grandeur, mais, en vérité, ça ne tue pas, ça blesse, ça rend dingue, ça vous balance un coup de poing dans la gueule, ça vous fiche une douleur pas possible comme quand on se retourne un ongle, sauf que c'est le corps entier qui est retourné, ça vous laisse une cicatrice, mais ça ne tue pas. Ça ne vaut pas le coup de mourir pour ça. Un véritable amour ne peut pas engendrer la mort. Un amour vrai donne la vie, encore et encore. Un amour vrai vous conduit vers un autre amour vrai.

11 juin 2009

Elza Dans la cour des grandes ~ Didier Lévy

Illustrations : Catherine Meurisse

elza_dans_la_cour_des_grandes

Elza est à la croisée des chemins : au contraire de sa copine Molly que les garçons contemplent d’un air niais, elle n’a toujours pas de poitrine et n’intéresse jamais les garçons qu’elle aime – à part ce ballot de Robert-Louis qui n’est décidément pas son genre.
N’empêche que la question des garçons (et de sa féminité à venir) la préoccupe un peu… beaucoup… TERRIBLEMENT.

elza_extrait

Une vraie lecture réjouissante ! Simple, drôle, authentique, déculpabilisant, avec son format à l'italienne, ce livre qui est à mi-chemin entre la bd et le carnet de notes nous fait partager les élucubrations d'Elza, une gamine impatiente de grandir et d'avoir des rondeurs féminines. Son souci dans la vie, c'est son sentiment de transparence. Elle est plate comme une limande, quelconque et pourtant elle est obsédée par l'amour et les garçons. Ces derniers la snobent et préfèrent sa copine plantureuse. Oui, c'est moche la vie. Où trouver sa place dans la cour des grandes ? A quand son tour ? Et puis aimer et être aimée par des garçons canons, et ne plus se contenter du meilleur pote, Robert-Louis, gentil mais falot. Pas à la hauteur des Max Mandel, Abel Molotor ou Arthur Beauséjour. Parce que c'est bien connu qu'on n'aime jamais les garçons qui nous aiment mais on aime les garçons qui ne nous aiment pas.
C'est une lecture conseillée dès 8 ans, mais qui a dit qu'il fallait suivre les consignes ?

Cette saison 1 est ... épanouissante. Oui, vraiment. (Si je me conforme aux dernières pages.)
J'ai beaucoup aimé !   

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éditions Sarbacane, 2007 - 56 pages - 12,00€

Véro (l'encreuse) a lu la saison 2 : C'est encore loin l'amour ; Mel (de la Soupe de l'Espace) a lu la saison 3 : Les garçons et moi

11 juin 2009

Eleanor Rigby ~ Douglas Coupland

Les Liz Dunn de ce monde ont tendance à se marier, puis vingt-trois mois après leur mariage et la naissance de leur premier enfant, elles optent pour une coupe de cheveux pratique et plus facile d'entretien qui leur dure toute la vie. Les Liz Dunn prennent des cours de pâtisserie et préféreraient mâchonner des ballons de foot que de priver leurs enfants de muesli. Elles possèdent un vibromasseur, et un fantasme mettant en scène un cow-boy pour accompagner son utilisation. Non, pas un cow-boy - plus un type qui construit des terrasses, d'onéreuses terrasses de designer avec spas multijets intégrés - des types qui consacreraient des heures, si nécessaire, à aider une Liz à trouver la bonne couleur de mastic pour la rénovation du carrelage de la chambre d'amis.
Je ne fais pas honneur à mon nom : je ne suis ni enjouée, ni femme d'intérieur. Je suis morne, maussade et sans amis. J'occupe mes journées à mener un combat permanent pour préserver ma dignité. La solitude est ma malédiction - la malédiction de notre espèce -, c'est l'arme qui tire les balles qui nous font danser sur le plancher d'un saloon et nous humilier devant des inconnus.
D'où vient la solitude ? Je hasarderais que le coup de dés auquel on peut assimiler la famille est loin d'être étranger à tout ça - père alcoolique ; mère agoraphobe ; enfant unique ; cadet ; aîné ; mère enquiquinante ; père qui triche au golf... Et vous, quel est votre héritage familial. Vous êtes là. En train de lire ces lignes. Coincidence ? Vous pensez peut-être que le destin c'est seulement pour les autres. Vous êtes peut-être gêné de lire un livre qui parle de solitude - quelqu'un va peut-être vous surprendre et découvrir alors votre honteux secret. Et d'ailleurs vous n'êtes peut-être même pas certain de savoir ce qu'est la solitude - c'est courant. On handicape nos enfants pour le restant de leurs jours en omettant de leur expliquer ce qu'est la solitude, avec toutes ses nuances, ses tonalités et ses incidences. Quand ça nous tombe sur le coin de l'oeil, généralement juste après avoir quitté le domicile familial, on est totalement pris au dépourvu. On n'a aucune idée de ce qui nous arrive. On croit qu'on est malade, schizoïde, bipolaire, monstrueux, avec en prime une carence en zinc. Il faut attendre d'avoir trente ans pour comprendre ce qui a pompé la joie de notre enfance, qui a transformé notre cerveau en une fournaise hurlante, alors même qu'en apparence on semblait aussi confiant et bronzé qu'un pilote de Qantas Airways. La solitude.

eleanor_rigby

All the lonely people
Where do they all come from ?
All the lonely people
Where do they all belong ?

Célibataire de trente-six ans, Liz Dunn vit seule dans un appartement sans charme. Elle vient de se faire opérer des dents de sagesse et occupe sa semaine de convalescence à regarder des vidéos de films tristes. Sa famille s'inquiéte pour elle alors que Liz fait preuve d'un pragmatisme déconcertant. Elle n'a pas d'amis, et alors ? Ce n'est pas que ça la dérange, c'est plutôt le regard des autres, qui portent sur elle un gros point d'interrogation, qui la rend foncièrement sarcastique.
Jusqu'au jour où elle reçoit un appel téléphonique, Liz fait trois bonds en arrière, se rappelle son voyage scolaire en Europe, à Rome. Elle avait seize ans. Soudain, sa solitude chérie, dans laquelle elle apprécie tant s'envelopper, va être quelque peu bousculée.
S'annonce un roman atypique, à l'humour féroce, hanté par des figures grotesques, pathétiques, touchantes ou extravagantes. J'avoue avoir été souvent perplexe, puis intriguée par ce style. Ce n'est pas ce que je raffole le plus, mais de temps en temps c'est appréciable. Toutefois le roman est parfois déroutant, le cynisme de Liz fait l'effet d'une douche froide à plus d'une occasion, à petites doses ça me fait sourire, en 300 pages on peut friser l'overdose.
J'en suis sortie légèrement étourdie. Certaine d'avoir passé un agréable moment de lecture, et pourtant...

10 / 18 - 2009 - 300 pages - 7,90€
traduit de l'anglais par Christophe Grosdider
   

10 juin 2009

Mon carnet secret (rien qu'à moi !) ~ Natalie Zimmermann

Illustrations : Joëlle Passeron

mon_carnet_secret

C'est typiquement le genre d'ouvrage dont est actuellement friande ma fille de neuf ans. Et il faut dire que le marché est plutôt bien pourvu, pour exemple : Zoé tout court ; Journal d'un dégonflé ; Mon journal grave nul ; Stella etc. ; et j'en passe.

Derrière cette couverture aux couleurs tape-à-l'oeil, nous découvrons le journal d'une fouineuse prénommée Andromaque, surnommée Mimi car elle déteste son prénom. La curiosité est un vilain défaut, et Mimi est une pub vivante pour illustrer cet adage. Elle nous régale de ses plus jolies entourloupes, et réussit à ne pas nous agacer, parce qu'elle est franchement drôle et intelligente. Au fil des mois, on découvre un peu sa vie - à l'école, à la maison, pendant les vacances. Ses petites manies sont passées au crible - Mimi adore le chocolat et fouille les placards de la cuisine pour dévorer des plaquettes entières, mais le résultat ne se fait pas attendre lorsqu'une bonne crise de foie la cloue au lit ! Elle chipe également le journal de sa soeur Roxane et fait des commentaires dans la marge, ou elle farfouille dans les tiroirs de la chambre de ses parents et joue avec les bijoux de sa mère. Elle pourrait passer pour une petite peste,  à lire comme ça, heureusement c'est loin d'être le cas.

Esthétiquement ce carnet trouve grâce aux exigences les plus chichiteuses - illustré, coloré, on trouve même des traces de doigts barbouillés de chocolat, ou des caricatures avec des répliques comiques. Le but est d'imiter au plus près le vrai journal intime et l'impression est parfaite ! Disons que cela plaira vraiment aux jeunes lecteurs.

A noter que les aventures de Mimi la fouineuse ont déjà paru entre 2005 et 2007 dans la collection Nathan poche. Les textes ont été réadaptés et retravaillés pour cette publication plus dans l'air du temps.

Nathan, 2009 - 140 pages - 8€

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10 juin 2009

Vérité, vérité chérie ~ Valérie Zenatti

verite_verite_cherieCamille est une ravissante petite louve à qui tout réussit. Elève surdouée, très intelligente, avec une moyenne de 30/20 qui souligne ses résultats excellentissimes, Camille est vouée à un grand avenir. Et puis vient ce devoir inattendu, qui consiste à dessiner le portrait de son grand-père, qui fait dresser les oreilles et hérisser le poil. Pourquoi Camille réagit de la sorte ? Incapable de s'expliquer la boule coincée dans la gorge, le petit prodige cherche des explications auprès de ses parents mais leurs réponses trop vagues éveillent sa suspicion.
A la nuit tombée, un soir de pleine lune, Camille va percer le mystère qui enveloppe son arbre généalogique.
Ce petit roman nous offre une palette de lecture très réjouissante, qui va des souffrances d'un enfant surdoué, du sentiment d'abandon, des questions sur qui je suis et d'où je viens, sans oublier une construction habile, tenant en haleine chapitre après chapitre, à suivre la quête des origines de Camille, laquelle se pose beaucoup de questions. Et des questions souvent très justes !
Pour mieux fondre son idée de comparaison, l'auteur a choisi de mettre en scène une communauté de loups avec ses codes et sa hiérarchie, animée par une mentalité finalement très humaine. L'histoire s'inspire aussi des contes de Perrault, comme le Petit Chaperon rouge ou Les 3 petits cochons. Inutile de donner d'autres détails.   
L'intrigue est formidablement bien développée, allant de surprise en surprise. C'est très franchement une première lecture qui tient la route et qui enchante petits et grands.

Illustrations d'Audrey Poussier

Mouche de l'école des loisirs, 2009 - 80 pages - 8€

A été lu par ma fille qui a beaucoup apprécié.

Coup de coeur pour Aurélie

10 juin 2009

Journal d'un chat assassin (chut ! les livres lus...)

C'est en apprenant sa poésie, Le chat et l'Oiseau par Jacques Prévert, que ma fille s'est rappelée l'histoire du Journal d'un chat assassin d'Anne Fine. Et dans la foulée nous avons découvert ce cd issu de la nouvelle collection, chut ! les livres lus de l'école des loisirs (à découvrir ici, pour le site : http://chut.ecoledesloisirs.com/)

IMGP6484

L'écoute du cd ne dure que 33 minutes - oui, c'est court. Mais le roman lui-même se lit également très vite ! C'est un livre court, percutant, à l'humour mordant. L'histoire est lue par David Jisse (également producteur d'émissions sur France Culture) sur une musique de Sylvain Kassap, interprétée par un ensemble de contrebasse, batterie, percussions et clarinettes. Le tout donne un air jazzy, idéal pour mettre en valeur l'humour noir et caustique du chat Tuffy.

N'hésitez pas à visiter le site de cette collection, pour découvrir des extraits et l'ensemble du catalogue.
Sont également disponibles (par exemple) :
Le hollandais sans peine, de Marie-Aude Murail  /  Verte, de Marie Desplechin  / Lettres d'amour de 0 à 10 ans, de Susie Morgenstern.

Oui, je suis une grande amatrice des livres-cd ! Comme j'ai également longtemps écouté les feuilletons à la radio (les histoires noires, sur France Bleue, le dimanche soir, très tard... je me rappelle d'un épisode glaçant alors que j'étais sur une aire d'autoroute, paumée, il faisait tout noir, bref je n'en menais pas large !).
Cela ne remplace pas un roman, c'est simplement une autre façon de lire et de partager une lecture.

Très bonne écoute !
Le Journal du chat assassin en cd coûte 9,50€

9 juin 2009

Les mots des autres ~ Clare Morrall

les_mots_des_autresA sept ans, Jessica Fontaine était une petite fille robuste, charpentée. Grosse d'après ses deux cousins, bien portante d'après sa mère distraite et peu observatrice. Ses yeux bruns où dansait une lueur fiévreuse regardaient droit devant, contrairement à son habitude de les tenir baissés.

Hors du commun, Jessica l'est certainement. D'un naturel discret et renfermé, la petite fille apprécie l'isolement du vaste manoir familial, Audlands, dont le faste a hélas fané au fil du temps. Contrairement à sa mère, Connie, et sa petite soeur Harriet, Jessica n'apprécie guère les parties de chasse au trésor ni les manifestations publiques que ses proches prennent plaisir à organiser. L'enfant se découvre toutefois une passion pour la musique et sort de son mutisme pour exiger de sa mère des leçons de piano.
Etudiante, Jessica a pour amie Mary avant de rencontrer Andrew. C'est un violoniste de grand talent, au charme certain et au tempérament éclatant. Jess tombe amoureuse et accepte de l'épouser. Elle entrevoit tout juste la dépression ronronnante du garçon, ses bouffées d'ennui, son excentricité, le calme avant la tempête. Andrew n'entretient pas de bonnes relations avec sa mère, Miranda, décrite comme une Lucrèce Borgia, mais Jessica est éblouie par sa liaison naissante et opte pour l'aveuglement au lieu de l'inquiétude.
Vingt-cinq ans plus tard, Jessica est divorcée, elle vit avec son fils Joel qui lui rappelle étrangement son père indolent. Et au moment où Andrew manifeste le désir de renouer avec le bon vieux temps en suggérant à son ex-femme de reprendre la vie à deux, Jessica revient sur sa vie écoulée.

Il s'agit du troisième roman de Clare Morrall, après Couleurs où déjà on suivait le portrait d'une femme fragile, délicate et émouvante. Cette fois, Jessica Fontaine a également pour dilemme de composer avec les autres, le regard des autres, ou les mots des autres. Depuis toute petite, on aperçoit déjà qu'elle est à part, mutique, réservée et solitaire. Même sa propre mère s'imagine qu'elle n'est pas "normale" et soupçonne un autisme non déclaré qui fait s'esclaffer son époux. Roland a tout compris de sa fille, elle est intelligente, au-delà de la "normale", et cela la rend particulièrement si différente. Mais Jessica ignore ce genre de considérations, la seule manifestation à une quelconque ouverture s'est trouvée dans la musique. Elle n'avait pas dix ans lorsqu'elle a su qu'il fallait qu'elle apprenne le piano. Cette relation sensorielle n'a peut-être pas affiché son plein épanouissement, car il lui faudra beaucoup de temps, de prise de conscience et d'événements qui agissent en électrochoc pour comprendre que Jessica est à part des autres, dans le bon sens du temps. Aucune crainte de la solitude chez elle, c'est d'ailleurs un besoin, son oxygène. Longtemps étouffée par des parasites, Jessica s'est retrouvée dans le monde embroussaillé des autres, comme elle dit. Se contentant de glisser "ses pas dans le sillage épineux de quelqu'un".

Construit comme un patchwork, le roman passe du temps présent au temps passé, de l'enfance à la vie estudiantine, la vie conjugale et la maternité frustrée. Ainsi se dresse un portrait de femme qui pourrait paraître extravagant - comme souvent dans les romans de Clare Morrall. Mais personnellement je trouve que c'est le genre de lecture qui confine dans une bulle, en 400 pages l'histoire coule tranquillement, cela se laisse lire, c'est fluide, sympathique. J'aime beaucoup. Et c'est intéressant de suivre "l'accouchement" de cette femme, qui a souffert de n'avoir jamais su communiquer avec les autres et qui vivait sa vie parmi le monde comme un confinement perpétuel. Cela peut paraître étrange, or je peux vous garantir que Clare Morrall possède une capacité admirable de vous raconter tout cela sans susciter le moindre soupçon de perplexité.

Fayard, 2009 - 404 pages - 23€
traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier

Par contre la couverture anglaise est beaucoup plus jolie ! clare_morrall

7 juin 2009

Vengeances romaines ~ Gilda Piersanti

vengeances_romainesEn tournant la dernière page de Jaune Caravage, qui fermait le cycle des Saisons Meurtrières, j'avais émis le souhait (muet) de retrouver un autre cycle avec les personnages récurrents créés par Gilda Piersanti. J'ai donc été très heureuse d'apprendre la parution de Vengeances romaines, et à la fin de cette lecture je sais désormais qu'il y aura d'autres livres avec Mariella De Luca et sa coéquipière Silvia.

L'intrigue policière est bien nébuleuse dans ce roman, on signale la disparition d'une veuve, mère de famille, qui n'a plus donné signe de vie après le réveillon du Nouvel An. Dans le même temps, Silvia, subjuguée par une réfugiée roumaine, enquête également sur la disparition de sa mère, une badante arrivée en Italie, pour subvenir aux besoins de sa famille restée au pays. Et également, les agissements mystérieux d'un couple de personnes âgées les rendent de plus en plus suspects d'un crime qu'on ne saurait comprendre !

Au coeur de la cité romaine, l'histoire inscrit son rythme latin envoûtant, et riche culturellement (comme souvent, on retrouve des références à l'art qui participent à résoudre les affaires criminelles). Mariella est une jeune femme amoureuse, sa liaison avec Paolo la rend plus douce et posée, ce qui ravit son supérieur. Mais Silvia est plus soupçonneuse, intriguée par la chambre fermée à clef dans l'appartement luxueux du fiancé, incapable de saisir l'attachement de sa camarade. Cette insistance laisse présager un nuage sombre, et la belle romance pourrait y prendre ombrage.

Ce qui devient une signature dans cette série, c'est la présence des sentiments et de la nostalgie dans l'enquête policière, on n'y trouve pas du tout de cavalcades échevelées, de crimes sanguinolents. Le charme opère autrement, grâce à l'ambiance, à la personnalité des personnages, à la complexité de l'intrigue (trop de disparition, trop de vengeances voilées...). C'est toujours très bon de se plonger dans les romans de Gilda Piersanti. Ce titre ne fait pas exception à la règle. L'auteur a su étoffer une romance qui aurait pu virer plan-plan et qui, finalement, ouvre la porte de l'anti-chambre des tragédies romaines. Point de commedia dell'arte dans ce théâtre. C'est sombre, tendrement mélancolique. Ai-je besoin de préciser que je suis totalement sous le charme ?!
De plus, la fin de ce roman apporte des révélations stupéfiantes. Je suis impatiente de lire la suite des événéments.

Le Passage, 2009 - 260 pages - 18€

A signaler : Les 3 premiers volets des Saisons meurtrières sont déjà disponibles en poche, chez Pocket. rouge_abattoir vert_palatino bleu_catacombes  (plus d'infos en cliquant sur les couvertures)

 

7 juin 2009

Kmille fait son blog ~ Cécile Le Floch

kmille_fait_son_blogCamille a treize ans, elle adore la tarte au citron meringuée et le koala est son animal préféré. Au cours des vacances de Pâques, l'adolescente apprend que ses parents vont divorcer. L'annonce est faite un soir, au camping, dans le sourire et les larmes. Sur le chemin du retour, c'est l'accident. Camille est gravement blessée. La moelle épinière touchée, les membres inférieurs paralysés, la jeune fille retourne à l'école, de longs mois après, en fauteuil roulant.

Camille a créé son blog qui lui sert de journal intime où, sous pseudo, elle crie son injustice, sa colère, son désespoir, ses accès de déprime, son incompréhension, sa révolte. Les chapitres se suivent, on découvre son quotidien au collège, où rien n'est matériellement adapté à sa situation. Elle décrit les regards extérieurs, les réflexions entendues, les questions des curieux, celles qui dérangent et qui agacent.

Dans son entourage, entre des parents qui ne se supportent plus et une excellente meilleure amie toujours là pour la soutenir, Camille compte également deux garçons qui ne la laissent pas indifférente - Florian, un garçon de seize ans aux beaux yeux verts, qui vient régulièrement donner un coup de main au CDI, et Kevin, son ancien camarade de classe, qui l'appelle sa petite souris, et qui est resté gentil et attentif avec elle. Mais Camille est encore fragile, son handicap a modifié son caractère. Devenue plus agressive et colérique, Camille en veut à la terre entière, alors qu'elle cherche simplement à se protéger derrière sa coquille.

Voilà pour ce roman, dont la jolie couverture avait attiré mon regard (*). J'ai été séduite par cette histoire, par la mélancolie de Camille, par ses raisonnements sincères et justes. Jamais elle ne nous apparaît puérile ou excessive, ses billets d'humeur publiés sur son blog nous la rendent émouvante et drôle, réfléchie et incomprise. L'approche est bien balancée, je me suis surprise à lire d'une traite ce roman simple, et qui ne tombe jamais dans le pathos. Peut-être les solutions de la fin sentent un peu trop le happy end, mais peut-on reprocher à un roman de vouloir être positif ? Non, je ne pense pas. Ou alors, ce serait dommage.

Rageot romans, 2009 - 180 pages - 6,30€
à partir de 11 ans

illustration : Yann Hamonic

(*) J'avais trouvé la 4ème de couverture trop vague :

M : Super bien, ton blog !
Kmille : J'y croyais plus et voilà ! Vous m'avez écrit ! Vous êtes trois maintenant, c'est génial ! Bon, vous ne vous foulez pas question commentaires, mais comparé au mutisme des visiteurs précédents, vous êtes en progrès !
Je constate que vous avez choisi l'anonymat avec des pseudos énigmatiques à souhait. Pas de problème, ça me va.

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