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Chez Clarabel

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19 août 2009

Le Voyage vers l'enfant ~ Vonne van der Meer

Editions Héloïse d'Ormesson, 2009 - 172 pages - 17€
Traduit du néerlandais par Daniel Cunin

le_voyage_vers_lenfant"Jamais encore depuis le début de cette longue période de réflexion, de papiers à remplir et d'entretiens, Julia n'avait été aussi convaincue que ça allait réussir. De même qu'elle avait été convaincue de vouloir un enfant après avoir vu une bicyclette au guidon de laquelle était fixé un petit siège, de même la réponse sans équivoque de Ronald fit naître en elle des séries d'images. Elle se vit à toutes sortes de moments différents - elle et son enfant. Chaque image renforçait sa conviction. Comme si elle avait eu devant elle des clichés restituant des instants déjà vécus et que plus rien ni personne ne pouvait les lui retirer."

Voici toute l'histoire d'un roman qui aura été pour moi une déception. Vonne van der Meer avait su m'enthousiasmer avec ses deux premiers romans (pour rappel : La maison dans les dunes, devenu : Les invités de l'île ; et Le bateau du soir). Les couvertures françaises sont toujours d'une élégance précieuse et raffinée. Et l'auteur n'a pas manqué de faire un clin d'oeil à la maison de Vlieland, puisque l'histoire s'ouvre sur cette partie isolée du monde.
Un couple, Julia et Max, désire un enfant plus que tout. La machine est en panne, le couple se tourne vers la procédure de l'adoption, longue et laborieuse. Julia est désespérée. Elle rencontre un type qui lui offre un voyage vers l'enfant, au Pérou, avec l'assurance pour elle de repartir avec un bébé rien qu'à elle. Le sien. Max n'est pas d'accord, mais suit son épouse.
Sur place, les démarches ne sont plus si simples et la déconvenue sera encore une fois au rendez-vous. Imaginez cette femme, prête à tout, rendue folle d'envie et de désespoir... C'est alors qu'elle va rencontrer Pablo.
Je n'en dis pas davantage, mais la tournure du roman ne m'a pas plu du tout. De même, j'ai trouvé l'histoire sordide et plate. Je n'ai pas su retrouver ce qui avait su me plaire et me toucher dans ses précédents livres. Et je suis déçue d'être déçue. Très triste, aussi.
A noter que Heddy Honigmann, réalisatrice née au Pérou, a acquis les droits cinématographiques de ce roman et vient d'en commencer l'adaptation.

en librairie le 20 août.

cf. le billet de cathulu qui a beaucoup aimé (naturellement) ! ;o)

 

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18 août 2009

Violette : L'amour basta ! ~ Cécile Roumiguière

Collection : Blue Cerises
Milan, coll. Macadam, 2009 - 57 pages - 4€

violette_lamour_bastaPremière saison, quatrième livre.
Violette, la deuxième fille de la bande des Cerises, est verte de frustration de savoir qu'elle ne sera pas de la partie pour la fête de Satya ni qu'elle passera ses dix jours de vacances avec ses amis très proches puisqu'elle part dans les Corbières chez son grand-oncle Ernesto.
Sensation de partir loin de tout. L'envie est pourtant là, car elle aime beaucoup son tio Ernesto, et ce goût de l'enfance retrouvée, au coeur de ce village perdu, au fin fond du pays.
Cependant, Violette a la trouille. Elle a aperçu un type en noir la pister dans les rues de Paris. Cela aurait un lien avec le fameux secret des Cerises... va-t-on lever le voile ? !
Dans les Corbières, Violette va aussi rencontrer un charmant jeune homme qui campe dans les environs. Il dégage à lui seul le séduisant sex-appeal de Louis Garrel et Anthony Perkins réunis. Le regard, le grain de beauté, la fossette.
La terre tangue, Violette, le bateau secoue. C'est la tempête.
Et dire que la demoiselle avait fait une croix sur l'amour... basta ! C'est rien que des emmerdes, comme elle déclare.
Dernier volet des aventures d'un quatuor fort attachant, avec une personnalité qui se distingue, au fil des livres, et des histoires uniques et propres à chacun. Il règne malgré tout une connivence exemplaire, touchante. Et pas simplement parce qu'ils ont juré sur le sceau du secret. C'est bien plus que ça, et c'est ce qui rend cette série belle et juste.
Cécile Roumiguière boucle la boucle. Et je ne crois pas me tromper en affirmant que c'est elle l'instigatrice de ce projet, réunir quatre auteurs autour d'une même histoire, se raconter sans se la péter ni jamais se répéter. Ecrire donc quatre histoires, avec quatre amis et un seul secret.
Le résultat est une réussite sur toute la ligne, tant sur le plan de la qualité littéraire que sur l'intérêt des histoires, le format, quatre romans courts à des petits prix, et des personnages charismatiques, des histoires qui se croisent et se tissent délicatement, sans oublier le fil rouge autour du secret des Cerises.
Je n'avais pas espéré autant de bonnes surprises dans d'aussi petits livres ! C'est une vraie, belle découverte.

La deuxième saison paraîtra en octobre 2009 !

le blog créé par / pour Violette : http://violetteorlach.blogspot.com/

 

 

  phare

une photo empruntée sur le site de Cécile Roumiguière

avec cette belle phrase :

Les lecteurs sont de grands aventuriers. De phare en phare, de livre en livre, ils découvrent leurs continents intérieurs.

 

18 août 2009

Zik : L'ange des toits ~ Maryvonne Rippert

Collection : Blue Cerises
Milan, coll. Macadam, 2009 - 55 pages - 4€

 

zik_lange_des_toitsPremière saison, troisième livre.
Zik est une ravissante gazelle qui ignore son potentiel glamour. Elle vit seule avec son père sous les toits de Paris, tandis que sa mère a refait sa vie en Ardèche, et elle aime se faufiler par le vasistas pour se réfugier sur les toits. Loin du bruit, loin du monde, loin des flics qui l'humilient dans le métro en lui demandant ses papiers.
Zik, comme ses amis de la bande des Cerises, aborde les vacances de la Toussaint avec un sentiment de blues qui ne va pas s'éteindre. Un soir, petit signe de tendresse réconfortante, elle trouve une fraise Tagada dans une enveloppe, le cadeau d'une main invisible.
Peu de temps après, c'est une silhouette vêtue de noir qui se faufile à ses côtés, lui prête ses écouteurs pour partager un ipod et plonger dans un univers musical explosif.
Zik a trouvé son ange des toits, mais découvrir qui il est vraiment n'est pas une mince affaire. La suite s'annonce mystérieuse, intriguante, pleine de poésie et de musique. C'est très beau.
Le secret des Cerises n'est toujours pas dévoilé, malgré les maigres indices éparpillés. L'écriture, assurée cette fois par Maryvonne Rippert, remplit toutes les lignes du contrat. On lit ce petit roman de 50 pages avec passion et gourmandise, on savoure ces instants d'une amitié unique avec un sens de la préciosité rarement atteint. Bref, j'aime beaucoup. Mais à chaque fois, après la sacro sainte séance à la Cinémathèque, lorsqu'il est temps de quitter les Blue Cerises, j'éprouve la sensation d'une frustration galopante. Quoi, c'est déjà fini ?
Encore un dernier livre, avant la deuxième saison qui paraîtra en octobre !

Quelques pépites : Parfois on ne veut pas savoir, parfois, il n'y a pas de mots. Juste l'amitié.

Et cet extrait, que j'aime beaucoup, et qui me rappelle que moi aussi j'avais ma bande-son durant ma grossesse... (pour information, il s'agissait de all that you can't leave behind de u2, c'est tout, fin de la parenthèse) 

« Maman m'a pris des mains la cassette, comme un objet infiniment précieux. Elle avait ce sourire des mères qui vont faire une confidence.
- Tu sais, cocotte, quand je t'attendais, ce disque des Doors, je l'ai écouté tout au long de ma grossesse. Je me disais qu'il fallait associer un enfant à une musique, que plus tard, cela pouvait lui servir de consolation, en cas de chagrin...
Une gestation au son de la musique des Doors ! Y a pire. »

Maryvonne Rippert est également l'auteur de L'amour en cage (un autre très beau roman à lire !).

A découvrir, comme pour les autres livres, le blog créé exprès pour / par Zik : http://zik-hoareau.blogspot.com/

 

 

18 août 2009

Le prisonnier ~ Anne Plantagenet

Stock, 2009 - 140 pages - 14,50€

le_prisonnier« Elle est l'institutrice. Elle a dix-neuf ans. C'est un sale coup, une affreuse plaisanterie. Elle était faite pour la beauté, la musique de Beethoven, la cuisine du terroir, les promenades dans les champs, pas dans les forêts, qui l'oppressent, Julia, il lui faut du vaste, du large, de l'étendu. Elle aimait la danse et les fleurs blanches, l'amour à la hâte, l'amour urgent, impératif et pressé, ça ne l'a jamais gênée qu'Abel la prenne debout ou sur un coin de table, à l'animal, les manières Julia les laisse aux dames des grandes villes. Et Abel n'avait rien contre. C'était un homme précieux dans ses manières, sa bonne éducation, le soin qu'il mettait à plaire le trahissaient à chaque mot. Maître de son langage. Son corps, en revanche, démasquait sa vraie nature de jouisseur, de possédé des sens. Son corps faisait de lui ce qu'il voulait. Et en Julia avait déniché son jouet. Julia était son instrument, accordé, prêt à l'emploi. Abel lui apprend l'abandon total, le maniement des cordes et la frappe des touches. Abel l'aimait, Julia était sa chérie, il l'appelait mon ange, disait je suis ivre de toi, tu me rends fou, malade, ma douce, ma diablesse, mon démon. Et rien ne pouvait les séparer. Julia n'a pas compris le mal qu'il lui a fait, irréparable. Des mois plus tard, elle n'a toujours pas compris. »

C'est la nuit. Julia est tirée de son lit par une bande de gamins du village, excités d'avoir mis la main sur celui que l'on surnomme Papa. Cet homme est traqué depuis des mois, il vient d'être arrêté, salement amoché, il attend dans une salle de classe. Julia s'en moque, de Papa ou des gamins. Au fond d'elle, c'est une jeune femme qui souffre, qui hurle et qui boit du cognac pour chasser ses démons. La faute à la douleur causée par une séparation, qu'elle porte en elle et qui la rend folle. Folle de rage.
Face au dénommé Papa, elle est dégoûtée. Malgré elle, elle lui sert à boire et à manger, entame une discussion, découvre quel genre d'homme il est. Papa aussi avait une femme, qu'il a quittée. Et ceci ne gagne pas son indulgence, elle se répète qu'il est un monstre à l'apparence humaine, et à travers lui c'est son mal d'Abel qu'elle ressent et qu'elle reçoit en pleine face.
« La colère la tire de l'enfouissement où la plonge la tristesse, c'est son mérite. Pour le reste, Julia en a une trouille bleue. Elle a découvert chez elle une zone insoumise et impossible à contrôler, qui la métamorphose en une créature déchaînée, délirante, rongée par la souffrance et l'effarement. »
Entre Julia et Papa, ce sont finalement deux bêtes traquées et affolées qui se rencontrent. De cette nuit insensée, survivra le plus fort. Celui qui aura sauvé sa peau. Que ce soit par la rédemption, la mort et une autre vie possible.

Un roman terriblement oppressant, qui dégage urgence et sursis, et crée un sentiment d'inconfort et de tension. On ne sait pas où et quand se passe l'histoire, mais peut-être les dernières pages dénoncent le genre de régime politique d'absolutisme qui sévit dans les pays sud-américains. Toutefois le propre de l'histoire dénonce essentiellement la folie d'une femme, affligée par une rupture amoureuse.
Je ne vous cache pas que ce roman m'a laissée bien perplexe.

du même auteur : Seule au rendez-vous (robert laffont, 2005), un très beau roman mettant en scène Marceline Desbordes-Valmore.

en librairie le 19 août.

 

17 août 2009

La femme blessée ~ Caroline Pascal

Plon, 2009 - 256 pages - 19€

la_femme_blesseeVictoire de Clervie, épouse Mornas, découvre la liaison de son mari, Henry. Celui-ci est l'objet de tractations mielleuses faites dans les coulisses du milieu politique. Sa tête est jeté sur le billard, le bonhomme est soudain promu nouveau chouchou et valeur montante, avec poste à l'Elysée à la clef, surtout s'il se débrouille bien. On mise gros, on le jette dans les bras d'une très belle femme qui travaille dans la communication, on a tous les dés en main. La victoire est assurée. Or, ladite Victoire, de son prénom, épouse malheureuse car délaissée, a découvert le pot-aux-roses et ne digère pas la trahison de son Henry Mornas. Il lui faut cependant se taire, ranger son amertume dans un placard fermé à double tour, et faire profil bas, au nom de son appartenance à cette petite noblesse qui serre les fesses et les dents, qui accepte sans sourciller la tromperie en pensant au devoir, aux enfants et au sacrifice. Point barre. Néanmoins, il semblerait qu'un souffle de révolte agite les pensées de Victoire de Clervie, épouse Mornas. Va-t-elle réellement faire preuve de dissidence ? refuser de porter la médaille de la famille, devenue trop lourde et pesante ?
Il s'agit du troisième roman de Caroline Pascal, après Fixés sous verre et Derrière le paravent (lus et appréciés). Un retour attendu depuis 2005 ! Aussi, j'ai été très heureuse de recevoir ce nouveau livre, signé et dédicacé par l'auteur. Avec un clin d'oeil de sa part, chut je n'en dis pas davantage. J'aurais aimé lui rendre un avis amical, hélas je n'ai pas été totalement emballée par La femme blessée. Et j'en suis désolée.
Ce n'est pas que j'ai détesté non  plus, j'ai lu le roman d'une traite et j'y ai retrouvé cette ambiance à la Chabrol, pincée en apparence, tout à fait grinçante une fois le couvert débarrassé. J'ai simplement trouvé l'ensemble très lisse, attendu, pas franchement désagréable, mais trop sage et sans réel cynisme. Je ne sais pas dire... un roman sans grande surprise, qui se lit sans déplaisir.

Lecture notée  3/5.

 

 

 

extrait : « On oublie. Elle, elle n'a rien oublié. Elle est toujours là, terrée au fond d'elle-même, cette part d'histoire qu'elle a cachée. Ne rien dire, ne rien avouer, le meilleur moyen pour oublier. C'est ce qu'elle avait pensé. Pas donner de réalité, d'existence. Juste un souvenir, parce qu'un souvenir, ça s'efface, ça s'estompe. On finit par se demander si ça a vraiment existé. C'était peut-être qu'un fantasme. Peut-être rien. Des gestes en silence, dans le noir, deux êtres qui savent. Pas l'autre, pas le troisième, celui qui aurait besoin de mots, d'explications, de sens. Qui construirait une histoire, avec des fondations, des origines, des raisons. Qui trouverait la fissure, la lézarde inévitable. Qui voudrait replâtrer, une couche d'enduit, trois de peinture et ça se voit comme le nez au milieu de la figure, définitivement. Le silence, ça se voit pas. Jamais. Et pourtant si ; dans sa paume, il est resté un truc, une impression qui ne s'est pas effacée. Elle la sent tous les jours, plus ou moins. Parfois, une petite chatouille, comme un remords. Parfois, un picotement, comme une envie. Mais rien qui mérite d'ouvrir la main. Elle garde le poing serré sur son secret.  »

en librairie le 20 août.

 

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15 août 2009

Némésis, tome 1 : Le Dernier message ~ Catherine MacPhail

Pocket jeunesse, 2009 - 376 pages - 13,50€
Traduit de l'anglais (Ecosse) par Aude Carlier

nemesis_le_dernier_messageL'histoire est d'entrée de jeu pleine de mystère et de rebondissements. Un adolescent se réveille dans un immeuble plongé dans la pénombre. Il se trouve dans l'ascenceur avec un agonisant à ses côtés : cet homme, avant de pousser son dernier soupir, murmure quelques mots. Empêche. Gars torse. Chamade. Qu'est-ce que cela signifie ? Le garçon n'a aucune idée de qui il est, de pourquoi il se trouve à cet endroit ni qui vient de tuer ce pauvre gars. Il est dans de sales draps et, manque de bol, une fille le croise avec son tshirt tâché de sang et hurle à la mort. Ni une ni deux, il s'enfuit. La police est à ses trousses, de même un individu qui se fait appeler le Loup veut lui faire la peau. Pourquoi ?
Ram, puisque c'est ainsi qu'il se fait passer, est totalement amnésique. Son aventure ressemble à un cauchemar éveillé, impossible d'en sortir. Il échappe de peu à un incendie, une noyade et trouve refuge in extremis dans un collège. C'est alors qu'il va renouer contact avec Gaby McGurk, la fille qui se trouvait dans les couloirs de Wellpark Court en pleine nuit et qui a donné son signalement à la police. Il doit la convaincre de son innocence pour qu'à son tour elle se confie à un inspecteur, du genre Lewis Ferguson, un bleu chez les flics de New York, déterminé à prouver sa valeur.
Grâce à des chapitres courts, sans temps mort, l'histoire est vécue à un rythme trépidant. Happé par cette chasse à l'homme qui vire à la traque infernale, le lecteur est attentif aux moindres détails, imagine conspirations et énigmes à tous les coins de rue, d'autant plus que le récit opère un balayage sur tous les acteurs et offre une vue d'ensemble très appréciable. A la fin, toutes les questions n'ont pas trouvé leurs réponses, autant l'avouer sans briser le moindre suspense, mais on obtient une piste intéressante sur l'identité de Ram, et celle de l'Homme en Noir, qui surgit de nulle part. Il reste de nombreuses inconnues, nécessaires pour alimenter les 3 autres ouvrages de la série Némésis (tous déjà disponibles en anglais) et je suis impatiente d'avancer dans cette histoire.
A découvrir, dès 13 - 14 ans.   

Le tome 2 Némésis : l'Heure de la Bête paraîtra début octobre 2009.

 

14 août 2009

Bonheur fantôme ~ Anne Percin

Rouergue, coll. La brune, 2009 - 220 pages - 16,50€

bonheur_fantomeC'est une phrase empruntée à Thoreau, dans Walden, qui dit ceci : Si un homme ne s'accorde pas avec ses semblables, c'est peut-être qu'il entend le son d'un autre tambour. Pierre, le narrateur, n'a pas trente ans et a tout quitté. Paris, son job, son amour. Il s'est enterré dans la Sarthe, a acheté une petite maison et s'est improvisé brocanteur. Il a créé autour de lui « un rempart fait de ruines, avec fortifications littéraires, fondations enfantines, tour de guet philosophique, meurtrières ironiques ». Il écrit également une biographie sur Rosa Bonheur, une peintre française, dont la vie a été éclaboussée de frasques amoureuses et de conduites excentriques.
Tout cela sent la planque à plein nez, et ça ne manque pas, on comprend très vite que l'homme fuit un passé obsédant. On saisit quelques bribes, le frère disparu, alors qu'il n'était qu'un enfant, et aussi l'amant perdu, échappé, égaré... Cette histoire avec R. n'est d'ailleurs pas finie. Elle prend même l'aspect d'une chanson répétitive, une rengaine qui va et qui vient, qui raconte l'histoire d'un amour, avec la rencontre, les bons moments, les passages euphoriques et les instants dégrisants, les coups bas, la lâcheté et la cassure.
Ce n'est pas non plus un hasard si la sérénade de Mouloudji, Fantôme de bonheur, est martelée pour faire comprendre la détresse de Pierre, son chagrin, en plus du reste.
Car c'est lui qui est parti, de son plein gré. Et R. n'est pas facile à oublier, c'est un personnage admirable, très beau, avec beaucoup de charme et de mystère. Si ce n'est pas de l'amour dans ce tas de cendres, dites-moi, ça y ressemble très fort !
« Aimer, c'est sentir vivre en soi quelqu'un qui n'est pas soi. Et si je n'étais parti que pour savoir cela ? (...) La certitude que j'ai d'aimer est le seul bien qui me semble immortel. »

En fait, le roman parle d'une reconstruction, pure et simple : Pierre est un jeune homme brisé, traumatisé par la mort de son frère à l'âge de dix ans, trop inquiet sur son avenir et sur ses sentiments, sa peur de s'attacher et d'afficher ses sentiments. Du moins, c'est l'impression qu'il me donne. J'ai trouvé son parcours long et compliqué, son introspection douloureuse. On y trouve, pêle-mêle, « une imagination délirante, un sentimentalisme exacerbé, une sensibilité maladive, le pressentiment d'une destinée d'exception et, à l'égard du frère disparu, un mélange oppressant de culpabilité et de rancune ». Pas étonnant qu'il se sente si proche d'Adèle, la fille de Victor Hugo.

J'ai aimé le roman d'une façon toute particulière et très égoïste, en fait. J'ai notamment apprécié le côté enfermé dans le dix-neuvième siècle du narrateur, comme il se décrit lui-même. Comment il parle des objets anciens, le goût du passé, l'odeur des vieux livres, les photographies, la musique, tout ça et j'en passe. J'ai été moins sensible au monsieur qui fuit ses racines et devient ermite, même si cela se révèle nécessaire pour fouiller son passé d'écorché.

Par-dessus tout, j'ai été absolument séduite par la figure de R. Limite intouchable et irréelle. C'est sans doute le principal fantôme qui hante les pages du livre. R. nous apparaît par petites doses, mais quelle présence ! On en oublie la morosité de la Sarthe, les petites campagnes tristes à pleurer, la vie recluse de Pierre, son ascétisme. Ses cauchemars, ses trouilles, aux oubliettes. Car finalement ce roman nous parle, et ce depuis le début, d'une grande et très belle histoire d'amour, avec une déclaration sublime pour solde de tout compte.

Anne Percin commet avec Bonheur fantôme son premier roman hors de son champ habituel qu'est l'écriture pour la jeunesse, cf. L'âge d'ange, que j'avais beaucoup aimé.

A noter aussi que la vie littéraire du narrateur de Bonheur fantôme a commencé en 2006 avec le roman Point de côté (éditions Thierry Magnier). 

 

lire le 1er chapitre sur le site de L'Humanité

pour écouter la chanson de Mouloudji :

 

* La citation de H.D. Thoreau, en version originale : If a man does not keep pace with his companions, perhaps it is because he hears the beat of a different drummer. (Walden)

 

13 août 2009

Satya : L'attentat ~ Jean-Michel Payet

Collection : Blue Cerises
Milan, coll. Macadam, 2009 - 62 pages - 4€

satya_lattentatPremière saison, deuxième livre. (finalement, l'ordre n'a aucune importance !)
Satya, orphelin depuis la mort accidentelle de ses parents, est élevé par ses deux mamies propriétaires de la libraire, La Malle de l'ange. Un vaste empire dédié à la jeunesse, s'enroulant sur trois niveaux autour d'un escalier bringuebalant.
Tuant le temps à dessiner au Jardin des Plantes, le garçon fait une étrange rencontre - une demoiselle au charme mutin, aux longs cheveux rouges, les yeux verts, le regard malicieux. Elle glisse un billet d'invitation, signé ED, qui ressemble davantage à un rébus poétique.
Le jeu de pistes commence. Celle qu'on surnomme la boîte de couleurs, ou la belle insaisissable, tend un piège amoureux et Sakya mord à l'hameçon avant de lâcher prise car la demoiselle n'est vraiment pas facile à harponner.
Mystérieuse, agile comme une anguille, le sourire canaille et la voix de canard, l'inconnue se dérobe et donne des rendez-vous mystérieux auxquels Sakya ne résiste pas. Même si le bonhomme est un peu usé en bout de course.
Un touche-touche poétique s'annonce, qui accusera en plus de la séduction, des baisses de régime, des interrogations et du vague à l'âme. A l'image des autres Cerises, les membres du groupe, Sakya a le coeur en vrille. Pas forcément le courage de se confier. Pas le temps de trouver un créneau pour de tels épanchements non plus. On a déjà suivi un Amos en pleine déroute sentimentale et familiale, on devine que Zik et Violette s'inscrivent, à leur tour, aux abonnés absents. 
Une chose est sûre :  tout est fait pour donner envie de savoir la suite. A l'instar de Sigrid Baffert, Jean-Michel Payet accomplit ici un enthousiasmant tour de force. Son style s'inscrit dans l'esprit des Blue Cerises, que le  lecteur n'a plus de mal à cerner, et c'est franchement une bonne tranche de plaisir... littéraire.
Le prix mini - seulement 4€ - est à noter comme une première et irrésistible tentation !

A découvrir, comme pour les autres livres, le blog créé exprès pour / par Satya :
http://satya-tempsdescerises.blogspot.com/

 

13 août 2009

Le buveur de fautes d'orthographe ~ Eric Sanvoisin

Illustrations Olivier Latyk
Nathan poche, coll. Draculivre, 2009 - 44 pages - 4,90€

le_buveur_de_fautes_dorthographeIl s'agit déjà du 6ème volume de cette série mettant en scène Draculivre, un ancien vampire devenu allergique au sang et qui passe son temps à boire l'encre des livres. Mordu à son tour, Odilon, héros principal, est désormais un buveur d'encre. Sa spécialité : les fautes d'orthographe. C'est « aussi fort que du piment dans le couscous ou de la moutarde avec la viande froide.  Une larme de ketchup déposée avec amour sur une frite bien croquante ».
Pourtant, Draculivre se fâche et lui confisque ses ouvrages truffés de coquilles (je sais maintenant leur utilité : nourrir les buveurs d'encre !).
Le vampire lui avance une excuse bidon : trop de fautes bues pourrait le rendre malade. Or, en consultant le docteur Freudkenstein, Odilon apprend que Dracula est atteint d'un mal incurable, qui s'appelle l'orthographobie.
Aidé de son amie Carmilla, son amoureuse, Odilon veut venir en aide à Draculivre, alors que ce dernier boucle l'accès de son cercueil, interdit formellement d'y mettre les pieds, sous peine de graves représailles.
Pour un lecteur qui aime les livres, la lecture et tout ce qui s'y approche, je trouve cette série intéressante. L'histoire est simple, les personnages ressemblent à des vampires, mais sont des croqueurs de livres. En voilà une idée originale ! De plus, l'intrigue met vraiment en avant l'objet-livre non plus comme un accessoire à collectionner, mais dans lequel on plonge, on scrute, on décrypte pour rassasier sa SOIF de lecture. Car le message est clair : les livres nous nourrissent et nous sont nécessaires !
A boire tout son soûl.

à partir de 7 ans.

 

le blog d'éric sanvoisin : http://sanvoisin.over-blog.com/

12 août 2009

Mademoiselle Zazie a trop d'amoureux ~ Thierry Lenain

Illustrations de Delphine Durand
Nathan poche, coll. C'est la vie ! / 2009 - 30 pages - 4,70€

zazieRetour gagnant pour notre adorable Mademoiselle Zazie ! Elle a trop d'amoureux, mais comment se fait-ce ? C'est son esprit malicieux qui en est la cause. Un matin, la miss pose une question hautement philosophique à son ami Max, du genre : si tu n'avais pas déménagé pour venir vivre ici, tu ne serais pas mon amoureux... Malgré ses idées bizarroïdes, Zazie fait mouche et sème le doute dans l'esprit de Max. La journée pour lui s'annonce trèèès longue, à se remuer les méninges, à se méfier de la concurrence, à mettre en joue ses adversaires, à marchander un pacte qui consisterait à ne jamais tomber amoureux de Zazie. Aimer et être aimé en retour, ça se mérite... mais à quel prix !
Voilà une lecture absolument hilarante !
Comme d'habitude les aventures de Zazie et Max débordent d'espièglerie, avec des illustrations très rigolotes qui rendent cette lecture attachante... et tant pis si nous avons dépassé la date de consommation.
A conseiller à tous les lecteurs dès 5 ans.

NB : la photo de Zazie provient du site de la librarie Rêv'en Pages

La couverture du livre, la voici : Mademoiselle_Zazie_a_trop_damoureux

Dans la même série, on peut trouver : Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ?Mademoiselle Zazie veut un bébé ; Les baisers de Mademoiselle Zazie.

le site : http://www.zazie-max.fr/

le site de delphine durand : http://www.delphinedurand.blogspot.com/

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