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Chez Clarabel

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26 juin 2009

Adieu Berlin ~ Waldtraut Lewin

adieu_berlinBerlin, 1940. Rita et sa belle-mère Sidonie n'ont plus que quelques jours tranquilles à partager. Le père, banquier en Suisse, vient d'annuler son mariage et condamne la jeune femme à la déportation, du fait de son identité juive. Rita refuse de faire le voyage jusqu'en Suisse pour le rejoindre, elle choisit de fuir avec Sidonie et gagner Marrakech, le dernier point d'ancrage de sa famille. Hélas, Sidonie est arrêtée en pleine nuit et Rita, livrée à son triste sort, s'obstine à s'éloigner de son père, qu'elle déteste. A force de rencontres houleuses, de tractations douteuses et de magouilles peu louables, sauf pour assurer sa sécurité, Rita Moebius traverse la frontière et arrive en France, à la veille d'une invasion armée imminente. A Strasbourg, Rita fait la connaissance de Gabriel Talbaut, un ressortissant allemand recherché par la police, également ancien légionnaire, qui vit de petites combines et ne pense qu'à sa pomme. Leur rencontre n'est pas sans étincelles, la jeune fille est affaiblie mais déterminée, l'homme est sous le charme, derrière une attitude renfrognée et hautaine.

J'ai tout aimé dans ce roman ! Depuis l'appartement cossu à Berlin, où deux femmes tremblent d'effroi face à l'arrestation prochaine, elles prévoient de s'échapper et de s'en aller toujours plus à l'ouest, harcelées par un homme qui prétend aimer sa fille, au risque de lui faire perdre les personnes qui lui sont le plus chères, puis sur les routes de France, en pleine débâcle, sous la menace des avions mitrailleurs, sans cesse à négocier pour sa survie, en butte avec l'humanité dans toute sa splendeur - lâche, cupide, effrayée, opportuniste. Cette épopée tragique d'une juive allemande qui recherche l'amour, le rencontre et s'imagine le perdre (pour résumer sommairement) est une lecture tout simplement passionnante ! Le contexte historique est bien brossé, le lecteur est vite emporté dans le tourbillon des événements, pas le temps de souffler, et l'histoire est vécue d'après les deux narrateurs que sont Rita et Gabriel. Ce n'est pas un énième roman sur la guerre, c'est avant tout un roman captivant qui se lit comme une saga avec moult rebondissements. Les personnages sont attachants, on les aime d'office et c'est très dur, au bout de 350 pages, de les quitter.
Ce roman se dévore !

Bayard jeunesse, coll. Millezime, 2009 - 350 pages - 11,90€

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24 juin 2009

L'écorchée vive ~ Claire Legendre

ecorchee_viveBarbara est une belle jeune femme épanouie qui partage sa vie avec François. En apparence, simplement. Barbara vient de couper les ponts avec sa mère, lassée de mentir, de louvoyer, de promettre. Un secret sur son passé risque de peser sur sa relation amoureuse, Barbara est prévenue mais elle ne souhaite pas l'entendre, ni qu'on lui répète. Impossible toutefois d'ignorer les lettres anonymes qu'elle reçoit, des photographies de classe avec sa tête en moins. Qui peut lui vouloir du tort ? Et pourquoi Barbara a enfermé ses propres albums et un épais dossier médical dans un coffre à la banque ?

Car Barbara a été un monstre de laideur, repoussante avec sa gueule déformée depuis la naissance. Barbara a grandi en inspirant le dégoût, l'horreur, la répulsion. Longtemps condamnée à la solitude, elle a tenté de croire au bonheur, une intervention chirurgicale exceptionnelle a fini par lui offrir une plastique superbe, mais qu'en est-il à l'intérieur ? L'histoire montre que Barbara est une jeune femme fragile, marquée à vif, une écorchée avec des cicatrices. La simple vue du tableau Paulette de Soutine lui tire toutes les larmes de son corps, elle s'effondre et perçoit qu'on lui veut du mal. Qu'on cherche à la séparer de son amour. Et François lui-même ne peut pas l'aider, ne parvient plus à la comprendre.

Etrange, étonnant. Voilà mon sentiment...
Un roman où le chassé-croisé du pendant et de l'avant dresse un portrait sensible et touchant d'une jeune femme qui se sait monstre pour la vie.
Je n'ai ni détesté ni aimé vraiment. C'est moins bon que La méthode Stanislavski que j'avais énormément apprécié.

Grasset, 2009 - 250 pages - 18€

23 juin 2009

L'oeil du cyclone ~ Stéphanie Janicot

oeil_du_cyclone

Nouvelle Orléans, août 2005. L'ouragan Katrina s'abat sur la ville. Des milliers de réfugiés se terrent vers le gymnase, parmi eux Victoria, ses deux filles et sa belle-soeur. Comment cette ressortissante française, fille d'un haut diplomate, a atterri dans cette galère ? Très vite, on découvre qu'elle vient de tout perdre, son misérable mobil-home, emporté par les eaux, et sa belle-mère alcoolique, noyée sous leurs yeux en sauvant la vie de la plus jeune des filles... Alors que l'apocalypse s'invite sur terre, la vie de Victoria défile. La jeune femme est groggy et assommée par la somme de catastrophes vécue en quelques heures. Et pourtant une autre nouvelle lui tombe sur la tête : la prison des femmes est évacuée, une certaine Remedios s'apprête à sortir. C'est l'heure des règlements de compte, en famille. L'instant s'annonce tragique. D'ailleurs, quelques temps après leur arrivée dans le Super Dôme, la fille aînée - Luz - disparaît.

C'est un roman proprement captivant, fluide et divertissant. Un livre qui parle beaucoup des femmes et des liens familiaux. Une histoire autour d'une femme que rien ne prédestinait à être veuve et mère avant vingt ans, le sort lié entre les mains d'une vieille folle alcoolique obèse, et voyante sur les bords. Un tel destin force l'admiration et l'interrogation, en plus du respect. Il ne faut pas en apprendre plus, juste tourner les pages pour découvrir, bout par bout, le parcours incroyable de cette française prisonnière de l'ouragan Katrina. Et suivre la fuite en avant d'une adolescente vulnérable et influençable. Elle aussi en marche vers son Destin. La rencontre espérée va néanmoins aboutir à une conclusion loupée, car précipitée. Léger bémol qui n'entache pas mon impression générale, car je conserve de ma lecture un goût de passion, de puissance, de rage et de désespoir. Derrière ces visages de femmes, il y a des larmes et des secrets, une force commune pour arracher sa part de bonheur à la fatalité. Et pour cela, j'ai aimé. Comme souvent. J'ai apprécié ces retrouvailles avec Stéphanie Janicot.

Albin Michel, 2009 - 280 pages - 18,50€

Un merci tout particulier à l'auteur... comme ça.

20 juin 2009

(...)

un week-end complet en musique, et pour fêter ça mes derniers albums qui passent en boucle sur la platine...

paolo_nutini

Paolo Nutini >> Sunny side up

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archimede

>> Archimede (groupe français, de Laval) excellente découverte !

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camera_obscura_my_maudlin_career

Camera Obscura >> My Maudlin Career

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diving_with_andy_sugar_sugar

Diving with Andy >> Sugar Sugar

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20 juin 2009

On s'est juste embrassés ~ Isabelle Pandazopoulos

on_sest_juste_embrasses"Je m'appelle Aïcha Boudjellal. Mais c'est seulement mon nom qui est arabe. Moi, je ne le suis pas." Adolescente de quinze ans, Aïcha partage un petit appartement avec sa mère, qui l'élève seule depuis le départ du père sept ans auparavant. Elle fréquente également le collège du quartier où toute la cité voisine est inscrite, de même elle a pour meilleure amie Sabrina, contre l'avis de sa mère qui ne souhaite pas que sa fille se mélange avec les habitants de cette cité. Mais chez Sabrina, Aïcha apprécie l'ambiance familiale, vive, bruyante, animée. Elle est aussi secrètement amoureuse du grand frère, un type sûr de lui, machiste et autoritaire, quand le scandale lui éclate en pleine figure. Son amie Sabrina l'insulte au collège, devant tout le monde, alors que la question d'honneur et de réputation est primordiale dans le quartier. Elle est accusée d'avoir couché avec Walid ! Aïcha se défend du contraire, "on s'est juste embrassés", mais la machine infernale est en marche.

Le roman raconte plus généralement la crise d'identité de l'adolescente, en mal de repères, qui a longtemps souffert des silences de sa mère, fâchée avec sa famille, séparée du père. Tant de questions n'ont jamais trouvé leurs réponses, et Aïcha s'est nourrie de ces non-dits, à tel point qu'elle est aujourd'hui désarçonnée par l'attaque surprise de sa meilleure amie, qui signifie autre chose, on l'apprendra plus tard. En attendant le cataclysme est énorme, cela déclenche une révolte entière, un ras-le-bol général. Et Aïcha va aller de mal en pis. Sa haine au corps est déconcertante, à plus d'un titre, toutefois le roman y a puisé sa force. Profond, subtil, qu'on ne peut plus lâcher et qui reste dans le coeur. Voilà pour le roman. L'histoire d'Aïcha est, quant à elle, touchante et agaçante, je ne cache pas mes soupirs au fil des pages, parce que j'avais du mal à la suivre, à la comprendre, enfin... à expliquer ses sursauts d'orgueil, ses mensonges. La pilule peut être amère, elle reste cependant douce à avaler grâce à la plume d'Isabelle Pandazopoulos, pour moi, une formidable révélation. Un uppercut qui vous met k-o. Pour un livre authentique, pudique et positif, qui plaira aux filles et aux garçons, adultes compris !

Gallimard, coll. Scripto, 2009 - 155 pages - 8,00€

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18 juin 2009

Ici Londres

sur une idée originale de Vincent Cuvellier
illustrée par Anne Herbauts
texte historique : Aurélie Luneau
musique : Olivier Mellano

ici_londres

Caché dans la remise à bois, un jeune garçon écoute clandestinement le poste à galène de son père d'où s'égrènent des messages, drôles ou oniriques. C'est une époque de guerre et d'interdits. Il faut se cacher pour écouter les programmes diffusés depuis Londres et tendre l'oreille pour deviner les voix, assourdies par le brouillage. Mais, à cette époque-là, la radio diffuse de la poésie et les mots sont des armes.

On appelle ça des « messages personnels ». Écouter la radio n'est pas un acte anodin. Derrière ces phrases codées qui dessinent un voyage imaginaire jusqu'à l'annonce du débarquement en Normandie et le rêve plus concret d'une paix prochaine, se trament des largages d'armes, des transports clandestins, des appels à la résistance. Par-delà les années, les voix de Londres font une musique étrangement actuelle à nos oreilles.
(quatrième de couverture)

Le père La Cerise est verni. Poussière tu te soulèves. Raymonde cueille des olives. La chicorée est améliorée. La laitue est romaine. Le cheval bleu se promène sur l'horizon. Marie est sage. La vie est rose. Le traversin est en duvet. Les sillons sont en courbe. Grand-mère mange nos bonbons.

Qu'entendez-vous ? Des phrases inattendues ? Des messages sans queue ni tête ? Au début c'est vrai, ça fait rigoler. Et puis il faut se rendre compte qu'écouter la radio, en ce temps-là, n'était pas anodin. Il fallait se cacher. Se méfier. Et c'était pas pour rire non plus. Le moulin à paroles pouvait causer, ça signifiait bien quelque chose. Pour qui ? pourquoi ? A qui ? A-t-on imaginé ce qui se passait dans la tête d'un môme qui entendait à la radio une voix inconnue répéter trois fois la même phrase ? Et même maintenant... on sait toute l'histoire, on connaît la fin du film mais on ignore l'émotion de l'instant présent, pris entre la peur, l'excitation, la surprise et l'interrogation. Le 18 juin 1940 De Gaulle lance son appel, depuis la radio de Londres, à la France libre et aux français qui refusent l'occupation par l'ennemi. Ce message a été peu entendu sur le moment, mais la presse a publié cet appel dès le lendemain. Dès lors, la résistance s'organise et la BBC va servir de boîte aux lettres.

Sur son blog, Vincent Cuvellier explique la genèse de ce beau projet. Tout est parti de la poésie et de la bizarrerie, dans la tête d'un môme. Ensuite, avec des rencontres, des idées, des pinceaux et des crayons, de la musique et du talent, quatre auteurs et quatre voix se mettent au service d'Ici Londres.   

Le prologue est signé Vincent Cuvellier, puis se succèdent 17 étranges phrases illustrées par Anne Herbauts comme autant de scènes sorties de son imagination. Se glisse au milieu un livret historique, comme un journal, signé par Aurélie Luneau, historienne, qui explique plus en détails le contexte et l'importance des messages radio, l'émission les Français parlent aux Français, la guerre des ondes, l'appel du 18 juin, etc. Et vient enfin la musique d'Olivier Mellano (sur un cd d'une durée de 20 minutes) qui permet au lecteur de porter l'oreille à ces messages radio et à se glisser dans ce moment d'Histoire si particulier.

Ce n'est pas un album facile, pas donné à tout le monde, du genre qui ne délivre pas ses secrets tout de suite... Il faut le découvrir petit à petit, l'effeuiller, le cajoler, l'enjôler, ou bien c'est l'inverse. C'est à lui d'embobiner le lecteur, de lui raconter son histoire, de l'émouvoir. Chacun y trouvera son compte. Ce livre existe pour interroger, pour se questionner. Pour ne pas oublier. Pour comprendre ou non. Pour admirer aussi. Car c'est un album d'utilité publique. Pas moins ! C'est à sa façon une trace, une continuation, un oeil par-dessus l'épaule. Un objet curieux, de prime abord. Un album intelligent et subtil, pour le fond.
Par contre j'ignore pour quelle tranche d'âge il se destine. Pour tous, j'ai envie de penser...

Rouergue, coll. Varia, 2009 - 32 pages - 22€

Le drôle de monde d'Anne Herbauts

17 juin 2009

Villa des Oliviers ~ Anne Vantal

villa_des_oliviersCet été-là, Manon, quinze ans, n'a pas le goût de le passer comme les autres années, à la Villa des Oliviers, la résidence de ses grands-parents, chez lesquels toute la famille aime se réunir durant trois semaines, en juillet. L'envie n'y est plus. Ce n'est pas seulement la soudaine défection de son amie Célia, à la dernière minute, de n'avoir pu se joindre à la troupe. C'est plus globalement un état d'esprit.

Manon a quinze ans, elle se sent trop vieille pour frayer avec ses cousines de douze ans et trop jeune pour être prise au sérieux par les adultes, eux-mêmes bien empêtrés dans leur histoire de couple ou de travail. Alors Manon boude, elle participe aux activités familiales sans réelle motivation. Son cousin Vincent, encore un bébé, parvient à lui tirer des sourires. Et puis Nicolas, le fils du jardinier, n'est pas mal dans son genre. Le coeur de Manon palpite plus fort dès qu'elle le voit. C'est sûr, cet été de ses quinze ans ne sera pas comme les autres !

L'histoire est racontée des années après la date des événements, produisant des effets de style pour alimenter l'intrigue et capturer l'intérêt. La narratrice prévient, la narratrice ménage la surprise, la narratrice est chef d'orchestre. Plutôt habile. Sur 140 pages, l'histoire roule sa bosse sur un ton doux-amer qui n'est pas pour déplaire. Cela raconte une chronique familiale, le temps d'un été, avec au centre les turpitudes d'une adolescente en crise, au corps devenu trop grand et trop maigre. La jeune fille se cherche, elle guette une image encore trop floue, et son tempérament illustre ce flottement entre l'enfance et l'âge adulte. Qu'est-ce que c'est agaçant, lorsqu'on a passé l'âge !

C'est toutefois finement esquissé, et cela nous montre combien l'adolescence est une période vécue en dents de scie, où toutes les émotions sont exacerbées et amplifiées. Manon en est le parfait exemple : elle se sent trahie, seule au monde, incomprise, abandonnée. Pour compenser, elle passera son temps à observer les siens et découvrira, bien tardivement, que le monde des adultes n'est pas toujours rose non plus. C'est donc un roman qui évoque la difficulté de quitter l'enfance, en douceur, en tâtonnant, en souffrant aussi. Et la complexité de grandir, évidemment.
J'ai bien aimé !

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 144 pages - 8,50€

17 juin 2009

En poche ! #26 : La pelouse de camomille ~ Mary Wesley

un roman déjà lu et relu, de nouveau disponible en format poche (avec une couverture différente)  la_pelouse_de_camomille

Comme chaque été, les cinq neveux de Richard et d'Helena se retrouvent en Cornouailles. C'est le temps des jeux, de l'insouciance, le goût de toutes les audaces, au bord de la falaise ou sur la pelouse de camomille, sans autre souci que les tourments de l'amour qui vous rongent une jeunesse.
La petite Sophy donnerait sa vie pour Oliver qui, lui, est fou de Calypso, si belle et si lointaine. Elle a toujours juré d'épouser un homme riche sans amour, elle jettera son dévolu sur Hector, politicien ayant le double de son âge. Car pour mieux pimenter cette belle saga familiale, il faut d'office préciser que l'action se passe durant l'été 1939. La guerre va être déclarée et amène un couple de réfugiés juifs, Max et Monika, chez le pasteur du coin. C'est un éminent pianiste, un brin cavaleur et beau parleur. Il va faire chavirer le coeur d'Helena, pourtant mariée mais ennuyée par sa vie recluse auprès de Richard, son second mari unijambiste. Elle partira à Londres, sans crainte des bombardements, vivre une passion tumultueuse auprès de son musicien juif.

C'est bien ce qui est également très surprenant dans ce roman où la trame ne chôme pas, sans cesse rebondissante et étonnante. Ce n'est pas parce que c'est la guerre que nos personnages vont s'endormir sur leurs lauriers, bien au contraire ! "Nous avons tous vécu intensément. Nous avons fait des choses que nous n'aurions jamais faites autrement. Ce fut une période très heureuse. (...) Tout était exacerbé, surtout l'amour."
Effectivement les passions sont ravageuses !

Ce roman n'est pas une bluette sentimentale. Il fourmille plutôt de vivacité, d'esprit, de dialogues mordants, de personnages flamboyants et uniques en leur genre. Mais ils sont à contre-courant de l'image idyllique des êtres parfaits, car ils sont tous fragiles, odieux, égoïstes et héroïques à leurs heures. Et ce, en dépit des circonstances ! Qu'importe les liens du mariage, l'âge, l'enfant à naître, les bombardements ou la guerre, tout simplement !

L'anglaise Mary Wesley nous offre ainsi une lecture passionnante, qui s'inscrit idéalement pour vos vacances (et pas forcément !). En presque 400 pages, jamais la cadence ne s'essouffle. On ne stagne pas durant l'été 1939, le scénario évolue, voyage dans le temps et nous conduit même sans nous y attendre cinquante ans plus tard ! Je crois aussi que le succès de ce livre repose sur le style fringant et truffé de badinage que nous propose l'auteur. J'ai passé des heures de lecture absolument délicieuses ! Je vous conseille vivement de vous y plonger également !

J'ai Lu, 2009 - 382 pages - 6,70€

(roman relu en juillet 2008)

16 juin 2009

Tout amour est extraterrestre ~ Susie Morgenstern & Alain Grousset

tout_amour_est_extraterrestreCe roman est, comme l'indique la couverture, un ovni ! C'est d'abord l'histoire de Pauline, quinze ans, qui appartient à la quatrième génération de femmes. Car dans sa famille, de mère en fille, on donne naissance au sexe féminin. Les hommes n'ont pas droit de cité. Et cette aversion commune finit par déranger l'adolescente qui, a contrario, est fascinée par le sexe opposé. Son flirt avec Oliver est très poussé, son obsession pour le dessous de la ceinture aussi.

Et puis Pauline se découvre une poussée hormonale anormale, elle commence à se poser des questions, quand tombe le couperet. Autour de la tablée familiale, le secret des origines de Pauline est annoncé clairement. C'est la stupéfaction. Même chez le lecteur !

Un roman qui s'annonçait chronique d'une adolescente d'aujourd'hui, en quête de son identité sexuelle, curieuse de l'autre et scrupuleuse des détails corporels, devient d'un coup d'un seul un vrai roman d'aventures et de science-fiction ! Je dis ça, je n'en dis pas davantage. Il faut pousser la porte de la curiosité pour apprécier ce que Susie Morgenstern et Alain Grousset ont imaginé de concert. Et c'est franchement ahurissant. Le ton est donné, les descriptions jolies et coquines, on se met dans la peau d'une fille ou d'un garçon sans rougir, point de tralalas sur la chose, on flirte avec l'identité sexuelle en même temps qu'on recherche d'où l'on vient et qui l'on est. C'est fin, mené de façon intelligente et ce n'est jamais vulgaire ou voyeur. Et le fait que ce roman ouvre ses tiroirs pour rebondir sur d'autres intrigues en étonnera plus d'un, puisque c'est drôlement bien pensé, bien écrit, bien servi sur un plateau.
J'ai beaucoup aimé.

Medium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 137 pages - 9,00€

16 juin 2009

Abela ~ Berlie Doherty

abelaAbela a neuf ans, elle vit en Tanzanie, dans un village où tous meurent du sida. La petite fille a déjà perdu son père, sa mère et sa petite soeur. Restée seule avec sa grand-mère, elle accueille le retour de l'oncle Thomas - expulsé d'Angleterre - avec un sentiment de curiosité mêlé de crainte. Il est accompagné de sa fiancée, Susie, avec laquelle il contracte un mariage de convenance amoureuse, puis adopte sa nièce qu'il envoie en Angleterre.

Rosa vient de fêter ses treize ans, elle vit à Sheffield avec sa mère, elle aime le patin à glace et sa petite vie confortable. Mais le projet maternel d'adopter un enfant lui déplaît grandement, et l'adolescente fait montre d'une mauvaise volonté lorsqu'elle rencontre l'assistante sociale.

Ces deux destins vont être amenés à se rencontrer, on le sait, on s'en doute, mais où, quand, comment, cela reste le fil rouge du roman. Toutefois on est de suite interpellé par l'histoire, par ce double récit, d'un côté une fillette légèrement capricieuse et de l'autre une petite fille au parcours sauvage et rudimentaire, pas toujours tendre, dont certains passages sont d'ailleurs un peu trop voilés, l'excision par exemple, je ne suis pas sûre qu'un lecteur de 11-12 ans comprendra la suggestion.

D'autres détails vont lier les deux filles, le roman va les révéler au fur et à mesure. Et c'est ainsi qu'on se surprend à lire d'une traite cette histoire, au rythme entraînant. Sous ses dehors romanesques, le propos n'en reste pas moins sérieux, puisqu'il interroge sur la misère en Afrique, la propagation du sida, l'immigration et aussi l'adoption. Les thèmes sont traités avec simplicité, justesse et me semblent abordables pour tout jeune lecteur. Car c'est un bon roman, agréable à lire, parfois touchant, mais simple. Et vrai. Une belle surprise, pour moi.

Pocket jeunesse, 2009 - 278 pages - 13,50€

Choix du lundi 8 juin par Livralire

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