21/12/08

L'âge d'ange - Anne Percin

41_bDDWyHPL__SS500_On ne sait pas qui nous raconte cette histoire, fille ou garçon, enfant ou vieillard... quelle importance. « Longtemps, je n'ai pas su. J'étais un ange, peut-être. Un ange qui attend la chute. » C'est plus tard, en avançant dans le roman, qu'on apprend plus exactement qui tient la plume. Afin d'être totalement neutre, j'opte bien volontiers pour le masculin, sans y voir là quelconque indice.

Cette histoire est en fait racontée des années plus tard, par rapport aux événements rapportés. Le narrateur était au lycée, timide, influençable, quasi transparent. C'était un élève appliqué, qui aimait le grec, et s'enfermait à la bibliothèque pour feuilleter un album sur les amours des dieux et des héros. Un jour, ce manuel est emprunté par un autre. Aussitôt c'est le brouillard, un mélange de frustration, de colère, d'incompréhension, de curiosité. Notre ange doit savoir qui - à part lui - nourrit cette même passion pour les mythes grecs. Est-ce possible ? Le sentiment naissant d'être moins exclusif commence à fleurir.

Et notre camarade rencontre alors Tadeusz, un étudiant d'origine polonaise, au physique d'apollon. On ne parle plus de coup de foudre, mais de choc... violent, qui fait trembler. Une forte connivence va se créer, tous deux deviennent inséparables. Mais en même temps leur relation cultive avec finesse l'androgynie. De quoi déroûter le lecteur.

Ce roman veut faire état de l'esprit de confusion qui traverse l'adolescence, l'identité flottante dans laquelle parfois on se berce, par pêché d'attention, d'ennui, de solitude, « cette période indéterminée où je ne savais pas qui j'étais ». Les deux héros du livre vivent une belle histoire d'amour et d'amitié, et seront malgré eux les pantins d'un drame orchestré par la bêtise humaine. Car les oppositions sont constantes, par les origines sociales notamment. L'ange a des parents très riches, habite un quartier calme et en sécurité, tandis que Tadeusz fréquente la banlieue, la pauvreté, l'immigration. La violence urbaine gronde, explose,  « il n'y a pas de justice possible, dès lors qu'on accepte la misère. Et que les forts ne sont forts que parce qu'ils laissent les faibles s'entre-tuer. »

Ce roman n'est pas léger, contrairement à ce que j'ai pu lire dernièrement sur le thème de l'adolescence, mais ce n'est pas une lecture moribonde non plus. Le ton grave qu'adopte le narrateur reflète aussi cette sensation de perte, d'errance et d'impuissance. De la tristesse, non il n'en est pas question. On ne saute pas au plafond, après avoir tourné la dernière page, mais on sent une richesse nous gagner. On se fait la réflexion que la société est hypocrite, mesquine et bien mal-pensante. Et l'injustice règne de part en part...

Je ne sais pas comment dire, mais j'ai été touchée par ce roman. Ce n'est pas simple, mais c'est fort.

Ecole des Loisirs, coll. Medium - 2008 - 127 pages / 8€

l'avis de Thomas Savary, sur le site de Citrouille

http://annepercin.blogspot.com/

Posté par clarabel76 à 22:30:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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Commentaires sur L'âge d'ange - Anne Percin

Encore un roman de L'Ecole des Loisirs que je dois ajouter à ma liste de livres à lire ! Décidément, je crois que ça n'en finira jamais :o)

Posté par Emjy, 22/12/08 à 00:01:07

Tu réussis à m'intriguer avec ton billet, en tout cas. Même si ce n'est pas léger, ça semble amener à une réflexion intéressante.

Posté par Karine :), 22/12/08 à 04:09:37

J'aime beaucoup ce roman. J'ai été "touchée" itou!
J'arrive à en parler, mais pas à écrire dessus, toujours pas, alors que ça fait plusieurs mois que je l'ai lu, c'est bizarre.
mais en tout cas, il gagne vraiment à être connu!

Posté par Gaëlle, 22/12/08 à 10:55:39

> Emjy, il faut dire aussi que la production est très bonne ! J'ai rarement été déçue par un roman publié à l'EdL.

Posté par Clarabel, 22/12/08 à 11:15:44

> Karine, c'est exactement ça ! Bonne lecture.

Posté par Clarabel, 22/12/08 à 11:16:10

> Gaëlle, tout à fait ! Je me souviens qu'il figurait aussi parmi les romans que tu m'invitais à lire, j'ai pris le temps, je ne sais pas pourquoi, mais maintenant je suis également fort troublée par cette lecture.
Cela fait même plusieurs jours que je le traîne, sans aucune raison. C'est une histoire qui marque, qui interpelle. Et j'étais bien embêtée d'en parler, parce qu'il faut se retenir de ne pas trop en dire, mais c'est dommage aussi de ne pas en faire davantage chorus.
Ce roman est troublant !!! Sûr.

Posté par Clarabel, 22/12/08 à 11:18:22

Une histoire qui te suit, qui t'interpelle ? Je le note.
(Puis s'il y a du grec, des dieux et des héros à l'intérieur, je suis déjà conquise.)

Posté par Leiloona, 22/12/08 à 11:42:01

> Ah oui, ce détail a son importance... tu ne pourras qu'apprécier cette histoire !

Posté par Clarabel, 22/12/08 à 12:09:22

whoooou ! aïe ! hé ! dites-donc, c'est troublant tout ce trouble, vous me troublez, je ne sais plus où j'en suis :-) Ça me revient, ce que je voulais dire : que je comprends un peu mieux grâce à vous ce que ce livre a de dérangeant, pour la petite histoire, il a eu du mal à voir le jour et on en parle assez peu, pourtant je sais que certains l'ont très bien compris et le gardent comme un secret. C'est un très beau cadeau pour un auteur de pouvoir sentir cela, comprendre cela, toucher du doigt en quelque sorte le "trouble" dans lequel on a jeté ses lecteurs... je ne serais jamais assez reconnaissante à inernet pour ça !

Posté par anne, 23/12/08 à 01:13:57

> merci Anne ! vous avez su semer le trouble chez vos lecteurs, ce n'est pas donné à tout le monde !!!! bravo.

Posté par Clarabel, 23/12/08 à 11:56:19

Je suis intriguée par ce roman... je note!

Posté par Sabbio, 22/10/10 à 20:32:27
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