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Chez Clarabel

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25 mars 2007

Désirs secrets (1935)

aliceadams3Alice Adams est la fille d'une famille modeste, où le père est en convalescence des suites d'une longue maladie, et tanné par son épouse de viser un poste plus haut et de claquer la porte de son patron Monsieur Lamb.
Si Mrs Adams s'escrime de la sorte, c'est qu'elle escompte offrir à leur fille Alice une vie meilleure et à la hauteur des autres jeunes filles qu'elle fréquente, issues de la haute bourgeoisie.
aliceadams6Ce que la famille Adams ignore, c'est qu'Alice est une rêveuse romantique, qui s'imagine rencontrer un bel homme séduisant, avec qui elle compterait fleurette, sous un ciel étoilé, etc. Alice Adams n'est pas une menteuse, elle édulcore juste la réalité, mais n'en dit mot à ses parents pour ne pas les blesser.
En se rendant pour la première fois au bal, elle fait la rencontre d'Arthur Russell, qui est également charmé par la demoiselle. Est-il dupe du manège d'Alice ? On l'ignore.
Mais Alice jubile : son père est le patron d'une nouvelle société qui produit de la colle, il a besoin d'une nouvelle secrétaire, il est attaché à sa petite maison et refuse de bâtir une villa, etc.
aliceadams1A force de s'exhiber dans leur petite ville, le couple d'Alice et Arthur suscite quelques commérages, et la jeune fille le prévient d'avance qu'il risque d'en entendre des vertes et des pas mûres à son sujet !
Arthur jure de ne croire aucun mensonge et s'invite chez les Adams pour un dîner en famille ! ...

Ce dîner en question sera l'occasion d'une scène des plus mémorables dans ce film !
"Désirs secrets", premier film de George Stevens, est une comédie sympathique et très attachante, pour toutes les âmes romantiques de cette planète !
aliceadams4Il faut une nouvelle fois reconnaître à Katharine Hepburn un talent hors pair à mener un film sur ses frêles épaules, du haut de sa silhouette élancée et racée. Elle incarne une débutante naïve, mais déterminée, qui se conte des histoires d'idylles merveilleuses, croyant très fort en ses chances, refusant d'admettre l'hypocrisie de ses camarades de la haute société, en dépit des réflexions de son frère Walter (Frank Albertson).
Alice est un coeur pur, dont l'énergie à fausser les apparences force le sourire ! C'est plutôt étonnant de trouver la Grande Katharine dans ce registre, mais elle y apporte sa touche de grâce et d'élégance à jamais inégalée.
aliceadams2L'histoire est en fait tiré d'un roman de Booth Tarkington, auteur de "La splendeur des Amberson" (également adapté au cinéma par Orson Welles). L'idée est de faire le portrait d'une jeune fille romanesque, aspirant à l'amour et qui bute sur des conditions sociales à vous paralyser toute passion. Classé en catégorie dramatique, "Désirs secrets" se révèle une belle comédie fleur bleue où le caractère d'Alice laisse paraître une fragilité qu'on ne soupçonne pas au début.

Ce film est une surprise étonnante, délicieuse, éblouissante, qui donne la part belle à une Katharine Hepburn dans les prémices de sa carrière, à qui un certain Fred McMurray donne la réplique, sous ses faux airs de Warren Beatty. L'histoire est absolument charmante. Une belle séance de cinéma que voilà !

Désirs Secrets, film de George Stevens (1935) - avec Katharine Hepburn, Fred McMurray, Fred Stone, Evelyn Venable ... Titre vo : Alice Adams.

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25 mars 2007

Madame porte la culotte (1949)

adamrib6Le couple Bonner est avocat à la ville et amoureux en coulisses. Cependant, leur relation semble soudainement fragilisée avec le procès Attinger dans lequel ils sont tout deux face à face.
L'affaire oppose une épouse ayant tenté de tuer son mari qui la bafouait depuis des années. Aussitôt, cette Doris Addinger devient la figure de proue de toutes les femmes opprimées. L'âme féministe d'Amanda Bonner subitement éclate, au grand dam de son époux Adam censé représenter l'accusation !
Les Bonner se crêpent le chignon au tribunal, mais sous la table, ils s'échangent clins d'oeil et bisous amoureux. Or bien vite, le climat au foyer conjugal prend un goût aigre. Les époux dépassent les bornes et les revendications du procès prennent le terrain dans leur intérieur.
adamrib7Ce procès devient celui des Femmes, mais aussi du couple Bonner, mari contre épouse.

Absolument divertissant, ce film qui porte en français le titre grotesque de "Madame porte la culotte" est un bonheur à voir, surtout en ce 21ème siècle où l'on constate, avec quelques grincements de dents, que la situation a tout juste évolué d'un poil !
Mais en fait, ce film de George Cukor est beaucoup plus malicieux, puisqu'il n'hésite pas à se moquer avec gentillesse des ruses habiles appliquées par les femmes (les larmes et la coquetterie, par exemple) et jamais l'histoire ne s'enlise dans des clichés faciles et recousus.
adamrib5Audacieux et impertinent, "Adam's rib" (le titre en vo) est finalement très bien porté par des dialogues ciselés, un humour fin et des acteurs au top de leur interprétation. La fidèle Katharine Hepburn (fidèle, au réalisateur !) apporte toute sa grâce et son allure pleine de distinction à sa fougue de féministe échevelée et convaincue. Admirable et convaincante, comme toujours ! Son époux, incarné par Spencer Tracy, semble un peu empoté pour imposer son style et sa personne dans les premières minutes, mais très vite ce sentiment est détrompé, car l'acteur affirme son flegme et son intelligence avec une précision très appréciable ! (A noter que le couple est un "vrai" couple à la ville...) Excellent final, d'ailleurs, qui boucle la touche cocasse de cette comédie. Et saluons la grande pudeur du script concernant les scènes intimes, c'est désormais de l'impensable ! (Mais ne vaut-il pas mieux suggérer que montrer ?)

Madame porte la culotte, film de George Cukor (1949) - avec Katharine Hepburn, Spencer Tracy ... Titre vo : Adam's rib.

25 mars 2007

Nuit et Jour (1946)

night11946, Michael Curtiz porte à l'écran le portrait romancé du grand compositeur américain, Cole Porter (1891-1964). Et c'est le sémillant Cary Grant qui interprète ce personnage, où tout commence à Yale en 1916...
Mais avec tout l'amour et le respect que j'éprouve pour l'acteur et ses films, je dois admettre que ce "Night and Day" m'a particulièrement déçue, et j'en veux particulièrement au livret de présentation de mon édition DVD qui ne cherche nullement à pondre des éloges sur ce film "Biographie supposée qui relate les nombreux mythes publics entourant Cole à l'époque, bien souvent sans rapport avec la réalité. Ainsi sa vie sexuelle décrite dans le film n'a aucun rapport avec la réalité (il était homosexuel et avait organisé un mariage de convenance avec une amie divorcée, Linda Lee Thomas)" etc. La liste des inadéquations s'échelonne et le spectateur en reste bouche bée.
Mais alors, quel intérêt ?
Oui, il y a Cary Grant, l'acteur le plus élégant, le plus classique et le plus fringant de cet âge d'or du cinéma hollywoodien.
Oui aussi, c'est l'occasion de revoir les grands classiques des comédies musicales et des chansons aussi pétulantes que "Begin the beguin", "My heart belongs to Daddy" ou "Night and day" tout bonnement !
De la clémence, pardi !?
Il n'est certes pas indispensable de voir ce film par-dessus tout, cela reste une version très "politiquement correcte" au coeur d'une Amérique qui voulait des Héros "nets" et à l'auréole scintillante, c'est bien dommage car aujourd'hui cela paraît un peu inapproprié. L'idylle entre Porter et Linda sonne creuse, en dépit du talent de Cary Grant et Alexis Smith. Hélas, ce film avec sa version guimauve laisse un goût amer dans la bouche. Et on ne peut en vouloir non plus au réalisateur Michael Curtiz, à qui on doit déjà le sublissime "Casablanca" !
Pour les inconditionnels de Cole Porter, le film d'Irwin Winkler de 2004, "De-Lovely", semble plus conforme à la réalité, à propos des rapports complexes avec Linda.

Nuit et Jour, film de Michael Curtiz (1946) - avec Cary Grant & Alexis Smith. Titre vo : Night and Day.

  • Les scènes-clefs :

(my heart belongs to daddy!)

I get a kick out of you

24 mars 2007

La péniche du bonheur (1958)

houseboat3A la suite du décès accidentel de son épouse, avec laquelle il était en instance de divorce, Tom Winters retrouve ses trois jeunes enfants qu'il n'avait pas vus depuis quatre ans. Pour couper l'herbe sous le pied à son beau-père, il décide de prendre en charge leur éducation et les emmène sur le champ dans son petit appartement à Washington, DC.
Or, Tom n'est pas un père exemplaire. C'est un rôle qu'il connaît peu et mal. En clair, il ne s'en sort pas et il en a pleinement conscience. Ses trois enfants lui sont complètement inconnus !
houseboat7Par un fait extraordinaire, il rencontre Cinzia / Gina, une belle Italienne aux courbes voluptueuses, au charme dévastateur, et qui semble correspondre au besoin pressant d'embaucher une nourrice pour les enfants. Ils viennent de décider de quitter Washington pour passer l'été à la campagne, mais encore une fois les choses ne se passent pas comme Tom l'avait souhaité.
Toute la famille s'installe dans une péniche un peu douteuse, avec une Cinzia ravissante, mais absolument incapable dans le rôle de la parfaite nounou. Elle oublie de se lever le matin, elle ne sait pas cuisiner, ni coudre ou faire la lessive, loupe les oeufs et le café, bref c'est une catastrophe. Par contre, elle sait chanter à merveille et parvient à raccommoder cette famille qui ne se comprenait pas.
houseboat5Entre Tom et ses enfants, c'est une affaire d'apprivoisement qui s'effectue en douceur, mais avec certitude. Et puis, la belle humeur aidant, Tom pense qu'il a besoin d'une nouvelle femme et d'une mère pour ses bambins.
Or, ça coince à nouveau.

"Houseboat" / "La péniche du bonheur" est l'archétype de la comédie américaine légère au scénario limpide et divertissant, qui jongle entre les rires, les bons sentiments, la famille et l'amour. On saupoudre avec la musique de George Duning et la recette est fin prête. Cela marche à tous les coups ! Et puis, Cary Grant dans son rôle de veuf dépassé par l'éducation de ses enfants, encombré d'une domestique charmante mais empotée, a encore une fois toutes les cartes en main pour étaler son jeu élégant et comique.
houseboat1Il y a des scènes délicieuses, tour à tour amusantes et bourrées de tendresse, un bon tempo et une Sophia Loren débutante et étonnante. Tous ces éléments font du film de Melville Shavelson un excellent divertissement, une comédie romantique et pétillante, sans doute pas LE film qui marquera l'Histoire du 7ème Art, mais si vous cherchez le plaisir, la griserie et la petite étincelle, ma foi ce film est tout indiqué pour vous les fournir !

La péniche du bonheur, film de Melville Shavelson (1958) - avec Cary Grant & Sophia Loren. Titre vo : Houseboat.

24 mars 2007

Sujets libres ~ Clémence Boulouque

"C'était nouveau, ce besoin de savoir, après des siècles où il était obligatoire de s'inscrire dans une lignée puis des décennies d'indifférence ou d'intégration, à tout prix, à toute force. Et maintenant, cet étrange besoin de racines, d'identité, d'arbre généalogique." Violaine Bellasen a 25 ans. Un jour, son ex-fiancé lui propose de rédiger un dossier de presse sur un film adapté d'un roman de Simenon, "Feux rouges". Or, Violaine déteste Simenon mais elle accepte d'y travailler. Et puis l'étrange voyage de Violaine va commencer: d'abord le décès de son grand père et la conscience de la mémoire familiale qui vient de s'éteindre. Ses parents ont fui l'algérie quand ils étaient enfants et se sont installés en France. Violaine leur reproche aujourd'hui d'avoir nié leur passé, leurs racines et de n'en parler jamais. Pourquoi?.. Au lieu de comprendre, elle les condamne, prend ses distances, ne leur téléphone plus. Elle part au Maroc rencontrer une tante. Violaine recherche les feuillets que son grand-père avait écrit sur sa famille: pour Violaine, toute son histoire s'y trouve. Quand Violaine commence à ouvrir le dossier de Simenon, peu à peu l'histoire de l'écrivain l'interpelle. L'histoire de "Feux Rouges" la touche. Elle part à New york, sur les traces de Simenon, mais aussi pour recoller des bouts d'elle-même dans cette mégapole où le melting-pot est l'identité première.
La quête de Violaine c'est aussi celle de tous les enfants d'ici ou d'ailleurs; c'est l'histoire du passé à retrouver, de racines à sortir de terre, et de famille à reconstruire. Ces pays perdus de la mémoire, à retrouver ou à inventer. "Elle a demandé à d'autres fils et filles d'exilés si leurs parents ont la gorge nouée en évoquant le pays quitté, si cela les empêche de parler. Ils l'ont, souvent. Ils choisissent le silence pour transmettre la mémoire. Parmi leurs enfants, certains s'en privent, d'autres s'en moquent. Quelques-uns, enfin, l'inventent. Sujets libres."

mars 2004

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24 mars 2007

La mémoire neuve ~ Jérôme Lambert

Ce premier roman de Jérôme Lambert est très mystérieux: le narrateur, Julien, débarque du train, son petit ami l'attend et tous deux partent en voiture vers une destination inconnue. Mais pas si inconnue, car elle semble ramener le jeune homme sur les traces de son enfance, sur les lieux où un événement antérieur a marqué celui-ci au stade de devoir le ramener à ce point de départ pour faire peau neuve.

"La mémoire neuve" parle donc d'un mystère survenu pendant l'adolescence de Julien. Lors d'un été chez ses grand-parents, entouré de ses cousins, le garçon a connu l'attirance et le trouble des fortes connivences masculines. Un pacte avait été scellé, une promesse faite... que le jeune Julien a brisé. Pour un autre, Clément. Un garçon introduit par l'aîné des cousins, un garçon au sourire insolent et victorieux, un garçon qui va semer la zizanie au sein de cette équipée de cousins.

La narration oscille donc entre cet instant présent où le personnage de Julien soliloque intérieurement sur sa trahison et son incapacité à passer outre, à tourner la page et à se confier à son petit ami actuel. Il revient sur l'été de ses douze ans, sur la joyeuse troupe des cousins et le troublant Clément, l'élément catalytique.

Le roman de Jérôme Lambert centralise essentiellement son intrigue autour du monologue intérieur de Julien. Cela crée un suspense latent et captivant. On attend le dénouement avec une certaine impatience, à tel point que la délivrance n'est pas à la hauteur de l'attente. Un peu dommage.
Bon premier roman qui, toutefois, pêche à égaliser le drame prévu à sa véritable réalisation...

mars 2004

24 mars 2007

Un soupçon de vison (1962)

touch2Ou l'histoire de la belle et le milliardaire.
Cathy Timberlake se rend chaque semaine à l'agence de l'emploi pour toucher son chèque de dédommagement (chômage), mais en chemin une limousine passe à toute berzingue en roulant dans une flaque de boue et l'éclabousse. Cathy est ulcérée, l'individu dans la voiture n'a pas pris la décence de s'arrêter.
Cet homme est Philip Shayne, homme d'affaires richissime, qui décide d'envoyer son conseiller financier réparer cet ennui en lui confiant un billet vert. Mais Cathy ne l'entend pas de cette oreille, énervée elle l'est jusqu'au bout des ongles. Elle va lui en conter de belles, à ce Monsieur Shayne !
Mais devant lui, la jolie blonde fond et succombe au charme ravageur du milliardaire. Balbutiante et rougissante, elle s'embarrasse et accepte de passer la soirée avec lui, avant de le suivre pour un voyage aux Bermudes.
L'amie de Cathy la prévient : ma fille, cet homme ne pense qu'à son lit ! Il se moque bien de tes petites prétentions. Car oui, Cathy Timberlake n'est pas une sotte, elle veut qu'on la respecte, et pourquoi pas être épousée ?!
Mariage, vous avez dit mariage ?! Horreur, Shayne est horripilé par cette institution et décide de prendre ses jambes à son cou. Loin de lui cette ravissante blonde qui veut le pendre haut et court.
Non et non, ces deux-là se mélangent les pinceaux, ils n'ont rien compris et font une montagne de pas grand-chose !

touch1Belle comédie de 1962 réalisée par Delbert Mann, "Un soupçon de vison" implique que toute femme dans la vie convoite la fourrure (dépouille l'homme) avant d'envoyer le monsieur dans les orties ! Piètre conception du couple, mais nous sommes en Amérique dans les années 60. Les jeunes femmes ont une ligne de conduite à surveiller (pas de coucherie hors mariage), leur réputation a un prix que toute demoiselle en détresse n'est pas prête à concéder (la virginité coûte que coûte !).
Le personnage de Cathy Timberlake a les archétypes de la jolie blonde séduisante qui attire les pires dragueurs, pourtant Cathy a du tempérament et le démontre à maintes reprises. Mais en tombant folle amoureuse de Monsieur Shayne, elle comprend qu'il est finalement bien difficile d'être pris au sérieux, d'espérer compassion et estime de la part de ce faux gentleman !

touch4Doris Day et Cary Grant entreprennent un jeu du chat et de la souris plutôt drôle et vif. Les scènes de maladresse et de méprise sont légion, avec toujours ce côté "comédie sympathique et légère" qui a fait la gloire du cinéma américain, en leur temps. Cary Grant est alors âgé de 58 ans, il incarne à jamais ce bel enjôleur aux tempes grisonnantes, sûr de son charme mais qui mise moins sur les clowneries pour tirer le sourire au spectateur. Et de toute façon, ça marche ! Son seul choix de courir la ville dans une camionnette de poulets pour mettre la main sur Cathy fait plaisir. "No frankly, my dear !"
Face à lui, Doris Day tire admirablement son épingle du jeu. Piquante et adorable, la jolie blonde a plus d'une corde à son arc. Et même avec le minois criblé de boutons et de crème apaisante, elle assure une pureté au film qui fait plaisir à regarder !

Un soupçon de vison, film de Delbert Mann (1962) - avec Doris Day & Cary Grant. Titre vo : That touch of mink.

24 mars 2007

Comment voler un million de dollars (1966)

comment_voler6Nicole Bonnet est désespérée des agissements de son père. C'est un excentrique, un audacieux qui peint des faux tableaux et les revend aux plus offrants, se moquant du souci d'honnêteté de sa fille unique.
Et pourtant, il faut bien s'en faire lorsqu'un musée décide de mettre en exposition une fabuleuse statuette (bien évidemment fausse) et de l'expertiser pour les besoins de l'assurance (qui la couvre pour un million de dollars !).
Père et fille sont verts. Nicole pense déjà à sa carrière professionnelle, songe à partir en Amérique et s'inquiète pour son père qui prend enfin conscience d'avoir dépassé les bornes.
Il faut agir !
Alors Nicole recontacte ce Simon Dermott qu'elle a rencontré un soir dans leur maison, pris la main dans le sac. Cet individu allait s'emparer d'un tableau de Van Gogh (faux, bien sûr). La jeune fille l'avait menacé d'un pistolet, blessé au bras, avant de s'en mordre les doigts elle avait accepté de le reconduire au Ritz ! Là, ce malotru l'a embrassée effrontément. Mais Nicole est sous le charme.
comment_voler7Pour elle, Simon Dermott est un gentleman-cambrioleur. A sa demande, il exécutera le vol de la Vénus, empêchera le blâme sur la famille Bonnet et vite fait, bien fait chacun pourra reprendre le cours de son destin.
Oui mais voilà, rien ne se passe comme prévu.

Dans ce film de William Wyler, il est question de duperie, de mascarade, de faux semblant et d'entourloupe. Les Bonnet veulent échapper au scandale, ce qui était à la base une farce d'un faussaire écervelé prend une proportion dangereuse pour sa fille intègre, dynamique et fleur bleue.
Dans sa mésaventure, Nicole tombe sous le charme d'un cambrioleur peu ordinaire, à qui elle refuse de révéler son secret, malgré la séduction équivoque et troublante qu'il exerce sur elle.
Mais ils ne sont pas seuls à enquêter sur cette piste de trafic de faux dans la capitale française (oui, toute l'histoire se passe à Paris). Et il faut être fin limier pour déjouer les honnêtes gens des prétendants qui se veulent amateurs d'art chez les Bonnet.

comment_voler5Voyons, "Comment voler un million de dollars" est une comédie charmante et forte du charme éblouissant de la superbe Audrey Hepburn, toute vêtue de Givenchy, dont la sublime scène où Nicole paraît avec un loup en dentelle noire ! Superbe de pied en cape !
Le scénario est guilleret, les acteurs sont tous polis, élégants et respectueux. Smoking de rigueur, moustaches troussées vers les étoiles, beaucoup d'humour, des situations rocambolesques mais pertinentes, bref le film de Wyler est impeccable, classique, bourré de grâce, avec un Peter O'Toole, dandy fringant et irrésistible, qui rebondit avec espièglerie à son interprétation de "Lawrence d'Arabie".
Le succès de ce film repose indéniablement sur son esthétisme et la fraîcheur de son scénario. Très joli à voir !

Comment voler un million de dollars, film de William Wyler (1966) - avec Audrey Hepburn & Peter O'Toole. Titre vo : How to steal a Million.

[Nicole describes the burglar to her Papa.] comment_voler8
Nicole Bonnet: Well, it was pitch dark and there he was. Tall, blue eyes, slim, quite good-looking... in a brutal, mean way, Papa. A terrible man!

Charles Bonnet: This tall, good-looking ruffian with blue eyes, he didn't, er, molest you in any way, did he?
[Nicole is staring off dreamily.]
Charles Bonnet: Well, did he?
Nicole Bonnet: Not much.

***

Nicole Bonnet: I keep telling you, when you sell a fake masterpiece, it's a crime!
Charles Bonnet: But I don't sell them to poor people, only to millionaires.

23 mars 2007

Mon épouse favorite (1940)

monepouse7Ellen Arden rentre chez elle, après 7 années d'absence. Elle était partie pour un reportage photographique au large du Pacifique où son bateau a fait naufrage, ne laissant aucun survivant. Ellen a donc été portée disparue, puis déclarée morte.
Son mari Nick a tenté de la retrouver, avant de refaire sa vie. Il a rencontré Bianca, une brune à la beauté un peu froide et glissante, avec qui il a décidé de se remarier !
Or, le même jour, Ellen revient au bercail. Apprenant que son époux convole en secondes noces, elle décide de le retrouver dans son hôtel et attend de lui qu'il informe sa jeune épouse que leur mariage est annulé !
Mais Nick est pataud, un gentleman brouillon, qui n'arrive pas à prendre le taureau par les cornes.
monepousefavorite1Et tout serait encore plus simple s'il n'avait pas appris par inadvertance que son épouse Ellen a passé ces 7 années sur une île déserte en compagnie d'un apollon sûr de son charme !

Bref, le couple Arden est confronté à une série de quiproquos qui alimente le scénario de manière cocasse et absolument charmante ! Après avoir déjà joué ensemble dans "Cette sacrée vérité" de Leo McCarey, Irene Dunne et Cary Grant se retrouvent, toujours sous la houlette du même réalisateur. Du moins, avant que celui-ci ne soit victime d'un accident de voiture et délègue la réalisation au jeune Garson Kanin, scénariste de son état. McCarey étant à la production, c'est lui qui conduit et conseille le jeune remplaçant, on y retrouve sans conteste sa patte : l'humour, l'élégance, le chic et la tendresse !
monepouse10Irene Dunne est divine, tour à tour insouciante et taquine, elle parvient à tenir tête à son charmeur d'époux, qu'elle prend pour un coeur d'artichaut, exprès pour l'agacer et le récupérer ! Car Cary Grant, encore dans les débuts de sa pétillante carrière, démontre qu'il est un "monstre" dans le domaine du héros romantique et comique, à la séduction puissante, au charisme qui crève l'écran, et dont les mimiques tirent les éclats de rire !
monepouse5Pour ma part, je crois qu'il faut saluer Gail Patrick qui interprète Bianca. Elle n'a pas un rôle sympathique, elle est très vite cataloguée comme la nouvelle femme encombrante et pincée, bien pâlotte en comparaison de l'étincelante Irene Dunne, d'ailleurs Bianca n'hésite pas à taxer son personnage d'Ellen de "chipie" !
Cette comédie aux moeurs légères est un régal, à voir, revoir etc. Le film a remporté un gros succès dans les salles américaines (l'Europe s'embourbait dans son conflit, nous sommes en 1940) et "Mon épouse favorite" a fait l'objet d'une tentative de "remake" en 1962 avec "Something's got to give", le dernier film (inachevé) de Marilyn Monroe, avec Dean Martin et Cyd Charisse.

Mon épouse favorite, film de Garson Kanin (1940) - avec Cary Grant, Irene Dunne, Randolph Scott, Gail Patrick. Titre vo : My favorite wife.

23 mars 2007

Perla - Frédéric Brun

perlaFrédéric Brun est un fils qui a perdu sa mère, Perla, rescapée du camp d'Auschwitz, déportée en juillet 44. Elle est rentrée au pays, dévorée et marquée à jamais, pourtant elle a tenu son secret enfermé au plus profond de ses entrailles.
De ses mois de déportation, Perla n'en a jamais parlé. A son fils unique qui n'a pas su poser les bonnes questions à temps, elle a tenu ce visage ravagé par les souvenirs, la douleur et le sourire qu'on s'efforce de donner. Mais l'illusion était bel et bien morte.
Frédéric Brun se sent seul, triste et malheureux. En commençant ce récit, c'est pour lui "un livre de pensées". Ce n'est rien d'autre que ça : un constat frustrant de n'avoir rien su du passé de sa mère, une recherche désespérée à puiser ses sources dans tous les livres qui traitent de la Shoah, un espoir de voir grandir son fils Julien pour lui offrir le choix de vivre sa vie sans se retourner, et c'est l'amertume d'être face à deux Allemagne, "celle des camps et des barbelés contraste avec celle des plaines embrumées, des couchers de soleil orangés, des poètes idéalistes, Novalis, Hölderlin, qui ont attrapé l'âme du monde. Pourquoi suis-je si fasciné par ce pays écartelé entre le lied et la voix sèche, le raffinement et la barbarie ? Je m'étonne de vouloir trouver en lui ma littérature préférée et les traces d'un passé qui ont brisé Perla."
Ce texte est bouleversant, totalement sobre et écrit avec une sensibilité déchirante. Il y a malgré tout une lueur d'espoir derrière "ces pages de larmes", car "Une mère, en fait, cela ne meurt jamais". J'ai été profondément émue par ce livre, pas au point de verser des larmes, c'est un bel hommage d'un fils à la figure maternelle, un devoir de mémoire qui n'a pas su être accompli en remplissant tous les trous, mais c'est justement cette humilité qui rend "Perla" éloquent et essentiel. Lisez ce livre !    Stock, 110 pages.  Février 2007.

" Qu'y a-t-il donc encore à savoir ? Je me demande pourquoi j'ai tant besoin de plonger dans son histoire. J'ai l'impression, grâce à l'écriture, de reconstruire un pont entre elle et moi. Pourtant, qu'est-ce que je connais réellement d'elle ? Perla demeure pour moi un mystère. Elle ne m'a jamais vraiment connu non plus. Nous n'avons pas assez profité l'un de l'autre, il y a eu trop de barbelés entre nous. Je me rends au Mémorial de la Shoah, à quelques pas de la chambre de service où elle habitait. Je cherche son nom. Il est bien inscrit sur la pierre. Je trouve une Perla. Je me suis trompé de mur. Ce n'est pas elle. Il y en avait eu une autre ! Qu'est-elle devenue ? A-t-elle survécu ? J'ai le cœur qui bat plus vite. Combien de Perla sont gravées sur ce marbre ? "

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