03/12/07

Babylone dream - Nadine Monfils

babylone_dreamDans la ville fictive de Pandore, un tueur fou assassine sauvagement des jeunes mariés. Les scènes de crime sont horribles, les enquêteurs Lynch et Barn sont au bord de la nausée, et Nicki la profileuse puise dans ses visions pour détacher une piste valable dans ce bain de sang.

Les indices sont minces, et chacun des protagonistes nous mène sur des voies qui peuvent éveiller les soupçons, puis s'éteindre aussitôt. La confusion est totale, le suspense immense. Alors oui, c'est clairement macabre, fort en images cauchemardesques. Et pourtant pas une seconde le lecteur n'envisage d'abandonner son livre, totalement soumis à cette fascination du crime, du suspense efficace et bien rodé, où jamais on ne s'ennuie un instant. Et l'ombre du tueur est menaçante, se faufile entre les lignes et les chapitres. C'est cruel, mais brillant.

Et surprise ! L'humour est de mise, assez noir, je le conçois. Mais cela empêche tout sentiment d'étouffement, celui de n'en-plus-pouvoir et qui étreint dès qu'on plonge dans un thriller aussi funeste et implacable. Ici, cela relève du brio de s'y attacher, tant c'est tour à tour culotté, sinistre, sanglant et dégoûtant. Nadine Monfils livre un « Babylone dream » sombre et passionnant, bien écrit, mettant en scène des personnages peu banals (du flic au suspect, tout le monde casse la baraque). Et la fin s'achève comme si on soufflait une bougie ...
On ferme ce livre, mais on se dit qu'on y reviendra très probablement car des points soulevés attendent une suite au prochain numéro ! Du moins, j'espère ...

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Recette du rêve babylonien par Jean-Pierre JEUNET
Ingrédients : 300 g de caractères excentriques
un bouquet d’effroi délicieux
une cuillère de perversité revigorante
une poignée de tendresse au cou tordu
20 cl d’essence de surréalisme
une pincée de poésie déjantée
un zeste de réminiscence d’enfance
une once d’érotisme singulier

Bien peler les cadavres, leur arracher bras et têtes et les faire mijoter dans un jus de terreur. Faire revenir le tout à feu doux, ajouter l’humour, l’amour et l’acide, jusqu’à obtention d’une crème de suspense que vous ferez gratiner au four, non sans avoir versé une larme de nostalgie. Servir chaud. Régal assuré !

PRIX POLAR 2007 DECERNE LORS DU 12ème « SALON POLAR & Co » À COGNAC

Editions Belfond - 288 pages - 18 €

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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02/12/07

Faut-il croire les mimes sur parole ? - Céline Robinet

faut_il_croireJe crois avoir beaucoup trop attendu du deuxième livre de Céline Robinet ! J'avais été particulièrement scotchée par son recueil « Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur... », abasourdie par son humour macabre et salace, ses descriptions à faire frémir les ligues de bienséance. Sincèrement je m'attendais à retrouver cette effronterie. Mais non.
C'est honnêtement bien chamboulé dans la cervelle de cette demoiselle, ça pédale à vive allure, ça donne un (faux) aperçu de nouvelles bien lisses et proprettes, et puis zou ! la fin vous en bouche un coin. Pas vu, pas pris... hop, prends-toi ça dans les loupes.
Même pas mal.

Le problème, si l'on vient à « Faut-il croire les mimes sur parole ? » sur la bonne foi d'avoir accroché au précédent recueil, c'est qu'on s'attend à lire la même chose, ou à peu près. Ici, c'est très justement de l'à peu près, très approximativement. Résultat : je suis déçue !
Mais j'aime bien Céline Robinet et son esprit vif, inventif, qui ne brode pas de la dentelle. C'est foncièrement dérangeant, donc attirant. Elle est capable de vous raconter des histoires, puis elle appuie vicieusement sur le détail qui fait mal, qui gratte, et qui perturbe.

Il y a plusieurs histoires qui attirent l'attention, celle d'une fillette coincée entre un père dentiste et une mère psychiatre. Pour attirer l'attention du père rendu muet comme une tombe, à force d'être abruti pour son boulot, l'enfant a choisi de se gaver de sucreries pour avoir des caries ... et finir chez le dentiste. Ce qui est ballot, c'est la chute !
C'est la même impression laissée par l'aventure d'une jeune femme qui fait les vendanges, elle ne boit pas une goutte d'alcool, elle est dans son coin, n'ingurgite que du bio, et puis elle cède aux appels des sirènes, et là ... rire gras, rauque et jaune qui se coince dans la gorge ! Je ne vous en dis pas plus.

En fait, on ne peut pas dire qu'on se bidonne à fond en lisant ces nouvelles. C'est même parfois tout le contraire. Quand on commence l'aventure burlesque d'un couple qui s'est vu offrir un voyage en Afrique pour leurs noces d'argent, on suit une étrange progression qui dépeint toute la vicissitude du tourisme à l'étranger, allant jusqu'à l'immigration clandestine. Il y a plusieurs histoires qui, comme ça, laissent entendre un discours sérieux sur les problèmes actuels, forçant à titiller et brusquer la torpeur du lecteur.
En gros, ça ronronne pas mal en surface, reconnaissons-le, ce deuxième livre est moins détonnant que le précédent. Par contre, il bouscule davantage, il fouille plus profondément et il montre que Céline Robinet est autre chose qu'une auteur trash et mal barrée. On aime, on n'aime pas.

Au diable vauvert - 237 pages - 17,50 €

A été lu par Cathulu aussi !

  • Mon avis sur  « Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur... (mais prévenez les autres !) »  est ici !

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]