Toby, étudiant américain âgé de vingt-et-un ans, fait rencontrer à sa mère (Chloé) sa nouvelle petite amie, Salomé, une réfugiée croate qui a grandi en Louisiane. Entre les deux femmes, le torchon brûle. D'instinct, Chloé ressent une vive inquiétude au contact de cette nouvelle prétendante, qui lui paraît trop mystérieuse, trop sûre d'elle et effrontée. Elle cherche à briser les prémices d'une liaison amoureuse, mais son fils la surprend en annonçant qu'il souhaite vivre avec Salomé. Cette dernière n'ignore pas combien Chloé ne la porte pas dans son coeur, semble-t-elle prendre un malin plaisir à la situation ?

Son entrée dans la famille Dale lance un pavé dans la mare. Chloé et son époux Brendan vivent dans une maison spacieuse, au coeur d'un paysage boisé et coupé du reste du monde. Seule l'intrusion d'un braconnier dans les environs perturbe notre couple bourgeois, installé dans son confort, allergique aux changements. Cet étranger qui tire des coups de feu répétés et l'arrivée de Salomé font prendre conscience de l'absence de tolérance dans la personnalité de Chloé. Le regard de son mari, aussi, indique la direction à prendre : c'est une mère trop excentrique, figée sur ses principes et qui couve trop son garçon. En tant que femme, Chloé a aussi pris le pli dangereux de se conforter dans sa popote, abritée dans son atelier (elle est illustratrice de livres pour enfants), avec ses chaussons au coin du poêle à bois. Cette fois-ci, c'est à travers les yeux de Salomé, pour sa première visite chez les Dale, qu'en tant que lecteur on éprouve cette mesquinerie.

Salomé est une personne imprévisible, difficile à cerner. L'auteur a choisi de nous la livrer à travers les points de vue des autres (son fiancé, sa future belle-mère et le mari de celle-ci). On apprend au fur et à mesure qu'elle porte un poids très lourd depuis son départ précipité de la Croatie, ravagée par la guerre, et la mort de sa mère. Salomé n'avait que neuf ans au moment des faits, bien vite on s'aperçoit que son passé semble bien chargé en non-dits. Le roman est coupé en deux parties, et j'avoue que la dernière offre une histoire totalement différente. On commence cette lecture comme une comédie bourgeoise, dans une banlieue aisée de New York, et on la termine à mille lieux de là, au coeur des ténèbres.

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Ce roman intitulé Indésirable porte une volonté de chatouiller le lecteur, d'épingler un système hypocrite (ce que cache la famille modèle américaine) et constitue un plaidoyer contre la guerre (Valérie Martin a écrit son dernier roman en temps de guerre, la guerre en Irak, à laquelle elle est fortement opposée. Elle a canalisé sa colère et sa déception envers le gouvernement américain dans un livre dérangeant et ambitieux. source : parutions.com) Plus que l'histoire, c'est par la force des personnages que le roman nous dérange. Chloé et Salomé, nos deux figures féminines, ont chacune un tempérament violent, déconcertant, l'une par sa protection étouffante et l'autre parce qu'elle catapulte des terreurs enfouies. Chloé est obsédée par le braconnier qui chasse sur ses terres, ce n'est qu'un prétexte qui révèle sa peur farouche pour l'étranger qui envahit son domaine (et l'inconnu a les traits de Salomé, forcément). Et ce n'est pas tout à fait un hasard d'apprendre que Brendan, historien et universitaire, bûche actuellement sur l'écriture d'un ouvrage pompeux qui traite des croisades et de Frederic 1er.

En quatrième de couverture, les critiques y figurant font état de l'ambition de ce roman, "une oeuvre maîtresse provocante" dit The Times. Je me range à l'avis général qui trouve Indésirable décalé et politique ; c'est du poil à gratter pour intellos, on ne rigole pas, on constate, on frémit, on songe énormément... J'ai apprécié le début, avant de froncer des sourcils de plus en plus. L'orientation prise en cours de route par le livre est assez déboussolante.

Albin Michel, (mars ) 2008 pour la traduction française - 324 pages - 20 €

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise du Sorbier - titre vo : Trespass.