03/11/08

Noir américain - Armand Cabasson

Aux jeunes lecteurs, amateurs de la société américaine vue à travers les feuilletons et autres films, voici un recueil qui prolongera ce goût prononcé pour une culture où la violence trop souvent gratuite s'étale dans un quotidien sans peur ni reproche. En bref, c'est cru, c'est violent, c'est noir. Sans appel, et pourtant fascinant.

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Dix nouvelles composent ce recueil d'Armand Cabasson, dont j'avais déjà lu (dans cette même collection) Par l'épée et le sabre l'an dernier. Dans Noir Américain, on croise d'abord une petite fille et son monstre Grapp qui se met en colère contre l'homme qui partage la vie de sa maman, parce que c'en est assez que cet individu soit méchant avec Jenny et qu'il est temps de le supprimer...
Un employé pas du tout modèle est las d'être harcelé par son supérieur par la faute de son manque de zèle. Ses chiffres de vente dans son secteur de l'automobile sont lamentables et n'atteignent pas le quota exigé. Il sent qu'il plonge dans le grand vide, quand un soir dans une station-service il est otage malgré lui d'un braquage. Un brusque instinct s'éveille en lui mais réveille d'autres démons...
Sur une route qui mène à Los Angeles, en pleine nuit, Will est au volant de son break et roule comme un abruti. Il allume la radio et entend la voix de Michka - éraillée, bizarrement à la fois sûre d'elle et légèrement teintée de fragilité. Il est fasciné par ses discours, il est incapable de changer de station et les heures défilent. Le but de son voyage est précis, particulier. Vengeur. Et peut-être une voix nocturne lui fera chasser ses démons qui le rongent depuis sept ans...
Louis est un monstre, dans le sens où il a été victime d'un grave accident de voiture quand il était enfant et en a gardé des séquelles au visage. Mal-voyant, il vit dans la solitude et noue très peu de contact avec l'extérieur, jusqu'à sa rencontre avec Shelley, la très belle et envoûtante Shelley. Elle s'invite chez lui, le séduit et se révèle machiavélique. Mais qui a dit que tel est pris qui croyait prendre ? ...
Le shérif d'une petite bourgade a toujours rêvé devenir agent du FBI. A la place, il n'est qu'un sous-fifre dans une petite ville de l'Amérique profonde. Quand un crime crapuleux est commis dans sa circonscription, le type saute à pieds joints pour accueillir la grosse artillerie qui arrive avec tambour et trompettes, la presse à ses trousses, vraiment le genre super-star-aux-lunettes-noires. Or, notre homme tombe de haut lorsque l'agent du FBI le traite avec mépris. Il serait temps de remettre les pendules à l'heure et de couper l'herbe sous le pied de ce supposé Superman...

Et d'autres histoires suivent et ne se ressemblent pas. On a souvent l'impression de voir un bout de scène tiré d'un feuilleton ou d'une série tv policière. Il y a des crimes et des enquêtes, des flics au bout du rouleau ou à la logique implacable, mais aussi des portraits de tueurs à la recherche de la rédemption. On croise aussi des démons et des revenants, mais sans que cela prête à confusion (on ne franchit jamais les frontières au-delà du réel, Scully et Mulder restent dans le petit écran).
C'est peut-être rasoir de penser ainsi, mais j'ai eu le sentiment tenace de lire dans ses nouvelles un condensé de tout ce qu'on nous abreuve à la télévision pour nous présenter la société américaine. On passe du thriller au polar psychologique, on évoque la violence et la justice toute-puissante. Alors oui le rêve tourne au cauchemar, on peut être Monsieur Tout-le-monde et devenir demain criminel. C'est tout et c'est assez tragique, mais le rendu de ce recueil est brillant, d'un beau noir nacré qui vous éblouit presque.
A tenter ! Pour grands ados et adultes.

Ed. Thierry Magnier, octobre 2008 - 173 pages - 9,50€

A ce propos, voici un programme à vous conseiller : "Rachid au Texas"

 


Bande Annonce Rachid au Texas (France 4)

 

C'est un road-movie dans lequel Rachid Djaïdani traverse le Texas à mobylette, la tête pleine de clichés (alimentés par la télévision, principalement !). C'est vraiment très drôle !

 


02/11/08

She's La Belle Et La Bete at the ball

I'll tell you a story but you won't listen, It's about a nightmare steeped in tradition

Paroles de La belle et la bete / Babyshambles

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Depuis des siècles, les mêmes contes sont racontés dans des régions très éloignées les unes des autres. Ces récits connaissent des centaines, voire des milliers de versions qui ont été éclipsées par celles de Perrault ou des frères Grimm, parce que celles-ci ont été imprimées. Ces récits sont toujours très beaux, parfois cruels mais toujours émouvants.

En voici un exemple avec les Histoires de la Belle et la Bête racontées dans le monde :

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On retrouve au sommaire des histoires venues du Japon, de Norvège, de Russie, d'Egypte, du Canada, d'Ecosse et de Bretagne. Il est sans cesse question de couple et d'abnégation. Des filles sont envoyées à des créatures monstrueuses pour tenir une promesse ou parce qu'un foulard a choisi le promis (un bouc, plus précisément !). Ce sont des demoiselles douces et attentionnées, dévouées auprès de leurs familles. Elles ont le sens du sacrifice, acceptent de partager la couche d'un dragon à trois têtes ou d'un ours blanc. Leur sens de l'honneur sera récompensé lorsqu'un beau prince se révélera sous la peau de ces bêtes ou êtres difformes (comme le vieil homme de la marmite). L'amour ainsi triomphe toujours, combattant les préjugés et les apparences physiques peu amènes.

Parmi toutes ces histoires, j'ai une préférence pour le conte norvégien, intitulé si joliment :
A l'est du soleil et à l'ouest de la lune.
C'est l'histoire d'une famille très pauvre qui reçoit la proposition d'un ours blanc. Il souhaite épouser la plus jeune des filles et en échange il offrira toutes les richesses du monde à ces malheureux. La jeune fille s'en va à dos d'ours et rejoint un majestueux château, étincelant d'or et d'argent. Elle est bien traitée et l'ours n'est pas avare en gentillesse et cadeaux. Le soir, pourtant, la jeune fille remarque qu'un homme se glisse dans son lit. Mais il repart avant le lever du jour. C'est un mystère dont elle ne s'ouvre à personne...
S'ennuyant de plus en plus des siens, la jeune fille demande à l'ours de rendre visite à sa famille. Il l'accepte, à une condition : de refuser d'être seule avec sa mère. Cette dernière, curieuse et avide, parvient à faire parler sa fille, qui lui confie son secret. Au moment de repartir, la jeune fille reçoit de sa mère une bougie. Et lorsque le soir venu, l'homme se glisse dans le lit et s'endort, la fille éclaire le visage de celui-ci et découvre un visage de toute beauté.
Las ! trois gouttes de cire tombent sur la chemise de l'homme qui se réveille et crie malheur. Il est prisonnier d'une malédiction, il doit partir aussitôt et épouser la fille de sa belle-mère qui est un troll. Il disparaît donc et la jeune fille pleure toutes les larmes de son corps. Pour le retrouver, il faut qu'elle se rende à l'est du soleil et à l'ouest de la lune... mais le chemin est long, difficile et le garçon est désormais le promis d'une autre.

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Illustrations de Delphine Jacquot

C'est un voyage en lecture que nous proposent les auteurs, avec cette sempiternelle histoire de métamorphose et d'amour, de désir plus fort que la peur, d'interdit, de transgression et de reconquête.

Parfait pour les âmes voyageuses, curieuses et rêveuses...

de Fabienne Morel et Gilles Bizouerne
postface de Nicole Belmont

Syros, coll. Le tour du monde d'un conte / octobre 2008, 96 pages - 15€
dès 7 ans.

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En parlant de conte, n'avez-vous jamais remarqué qu'on ne trouvait jamais d'

autruches dans les contes de fées ! ?

C'est vrai que l'animal à la dégaine niaise et empotée n'en impose pas du tout en parure de chaperon rouge ou de Peau d'âne. C'est ainsi... Le ridicule ne tue pas, fort heureusement, sans quoi la planète serait vite dépeuplée.

Notre autruche aux grandes pattes de gazelle mais aux hanches de matrone ronfle, est coiffée comme un dessous de bras et habillée comme l'as de pique. Elle ne vole pas. Elle ne chante pas. Elle a un caractère de cochon et aucun humour.

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Ce qui n'empêche pas l'Autruche de se marier, de vivre heureuse et d'avoir beaucoup d'enfants.

Très original, délicieusement satirique.

Par Gilles Bachelet

Seuil jeunesse / octobre 2008 - 15€

 

L'oiseau - émoi ressent ce qu'on sent au fond de soi...

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On ne l'a jamais vue, mais on sait qu'elle est là, au fond, tout au fond de soi : l'âme.

Et au fond de l'âme, il y a un oiseau perché sur un pied, qui ressent ce qu'on sent au fond de soi : c'est l'oiseau-émoi.

Il se morfond de douleur lorsqu'on nous blesse, il sautille et gambille quand on nous aime. Il se roule en boule, muet de tristesse, quand on nous agresse. Il se déploie et emplit l'espace dès qu'on nous embrasse.

« Au fond,
tout au fond de nous
vit l'âme.
Nul ne l'a jamais vue,
mais chacun sait qu'elle y est.
Jamais
personne ne vint au monde
sans elle.
Elle étincelle
dès qu'on naît
et, comme l'air qu'on respire,
jamais ne nous abandonne,
pas même une seconde...
... tant qu'on est. »

L'oiseau est fait de tiroirs bien verrouillés et l'oiseau seul peut ouvrir ses tiroirs. Un tiroir pour chaque sentiment, donc l'oiseau-émoi a beaucoup, beaucoup de tiroirs !

« Des tiroirs
pour rire, pleurer,
désirer, être comblé,
espérer, désespérer,
patienter, s'impatienter,
et puis un pour haïr
et un pour être aimé...
Il y a même
un tiroir pour la paresse
et un, c'est fou,
pour ne rien faire du tout !
Et aussi un tiroir secret
pour nos secrets les plus secrets
qu'on n'ouvre presque jamais.
Et d'autres, encore et encore,
tous les tiroirs
qu'on peut rêver d'avoir ! »

A présent vous avez compris que chacun est différent parce que vit en lui un oiseau différent.

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Ce petit traité des émotions est adapté du best-seller The Soul Bird écrit par la poète israélienne, Michal Snunit. Dans sa version française, les illustrations délicates et raffinées de Martine Delerm évoquent à merveille la vie intérieure.

Sensible, délicat, subtil et précieux.

Seuil jeunesse, Septembre 2008 - 12€

 

 

 

 

 

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01/11/08

La communauté du Sud - 1. Quand le danger rôde - Charlaine Harris

Sookie Stackhouse est serveuse dans un bar de nuit dans la ville de Bon Temps ; il s'y passe des choses peu banales dans le Sud, berceau des vampires, car ces créatures ont désormais quartier libre et fréquentent les humains, s'acoquinent aux mordus et boivent du sang synthétique en libre circulation. Sookie est une jolie blonde célibataire et un peu malheureuse de l'être. Son handicap, comme elle dit, est de savoir lire dans l'esprit des gens. Du coup, pas facile de se lier avec un type dont on devine le fond des pensées, en bien ou en mal.

Alors elle attend son heure, ou plutôt son vampire (toujours selon ses dires!). Son voeu est exaucé avec la venue de... Bill le vampire. Pas très glamour comme prénom, pas très 19ème siècle non plus, d'ailleurs Sookie en pleure de joie. Mais le type lui doit une fière chandelle car il est tombé dans un traquenard tendu par deux trafiquants de sang de vampires (autre précision : ce sang aurait l'effet d'une drogue fort prisée dans les milieux undergrounds) et donc Sookie est intervenue à temps, aidée d'une simple chaîne, pour menacer le couple de vandales.

51HWMX9JP8L__SS500_On connaît la suite de l'histoire sans l'avoir écrite : Sookie tombe amoureuse de Bill et l'idylle va être mise à mal par l'arrivée d'autres vampires qui sont beaucoup moins sympathiques et conciliants que ce cher Bill. Guéguerre, rivalités, soirées orgiaques... A ceci, s'ajoute une autre menace qui plane sur la ville puisqu'une série de crimes donne des cheveux blancs à l'inspecteur Andy Bellefleur. Les victimes sont toutes des femmes et Sookie commence à se sentir menacée. Car parmi les suspects, on compte Bill et Jason, le frère de Sookie... 

J'ai joué le jeu en acceptant de me changer les idées et de découvrir l'univers de Charlaine Harris. Des vampires, encore des vampires, et une histoire d'amour entre une humaine et l'être inaccessible. Je ne m'attarde plus sur la dose d'inventivités prodiguées dans cette série, l'essentiel étant de ne surtout pas se prendre au sérieux mais de proposer un genre qui peut tenir la route. Bon, personnellement je n'ai pas été déçue par cette lecture mais je n'ai pas été transportée non plus. Le logo J'ai Lu Amour & Mystère y est probablement pour quelque chose... On y trouve beaucoup de miel et de sirop parfum eau-de-rose dans toutes ces pages ! Cela peut avoir du bon aussi, mais bof. Je n'ai pas trop goûté la sauce, et surtout - ô drame - je n'ai pas su apprécier les personnages (Bill le vampire, en tête, n'a aucun charisme ! c'est désespérant !). Je suis désolée d'avance de froisser les lectrices qui pensent le contraire...

En fait, je vais partir du principe qu'il s'agit du premier tome et qu'il faut du temps pour que la série prenne son allure de croisière. Ce livre correspond à une mise en place maladroite, ça tatônne encore beaucoup, à l'instar de Sookie qui est sympathique mais un peu idiote aussi. Je crois que dans le même genre Anita Blake est davantage considérée comme une référence, je vais donc m'en faire une petite idée tôt ou tard...  Pour l'heure, je vais rester sur une note sympathique concernant La Communauté du Sud, même si cela n'a pas été le coup de coeur annoncé (dommage Elwing !). Toutefois j'aimerais bien voir la série tv (adaptée par le créateur de Six Feet Under).  plus d'infos ici

J'ai Lu, coll. Amour & Mystère - 315 pages - 6,50 €
traduit de l'américain par Cécile Legrand-Ferronnière

NB : A ce jour, j'ai commencé à regarder les 8 premiers épisodes (série en cours de diffusion) et c'est vraiment trash ! J'hésite à me prononcer, tant je suis à la fois dégoûtée mais happée par cette ambiance. Je déplore juste le besoin de scènes un peu trop crues, surtout dans les épisodes du début, ensuite ça se calme. Par contre, les personnages de Sookie et Bill me tapent sur les nerfs !
A voir : Le générique est démentiel (un aperçu du pilote ici, ensuite c'est devenu celui-ci !)