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Chez Clarabel
9 avril 2009

Enterrez-moi sous le carrelage ~ Pavel Sanaïev

« elle m'aimait plus que la vie, et ses amies, éblouies par un tel bonheur, hochaient la tête, émerveillées »

enterrez_moi

Sacha a dix ans et vit chez ses grand-parents depuis six ans, loin de sa mère divorcée qui s'est installée avec « un nabot buveur de sang ». Ce n'est pas l'enfant qui s'exprime ainsi, c'est plutôt son incroyable grand-mère. Nina, une septuagénaire qui mériterait qu'on lui savonne la bouche tant elle est grossière et insolente, élève son petit-fils dans la démesure. Trop d'insultes, trop de protection, trop de mensonges.

L'enfant a une santé fragile, il est chétif et a peur de tout. C'est la faute de Nina qui le couve trop, lui fait porter un bonnet la nuit et une paire de collants pour éviter les refroidissements, lui mouline ses repas pour qu'il ne s'étrangle pas, l'abstient d'aller à l'école parce qu'il risque d'être culbuté par des armoires à glace, l'abreuve de granules et autres vitamines à des heures fixes, et j'en passe. Les exemples ne manquent pas, comme la séance du bain, qui ouvre le roman, elle répond à un vrai cérémonial qui frise le grotesque, et toutes les anecdotes qui suivent sont du même acabit.

Alors, grotesque ? Pathétique ? Ridicule ? Non, l'histoire racontée par le garçon flirte effectivement avec l'insouciance, l'humour et le détachement. Mais on finit par soulever quelques voiles qui montrent une grand-mère différente de la despote suggérée. On découvre alors une femme rongée par la douleur et la folie de son amour. C'est troublant, voire poignant. Cette ambivalence constante dans le roman permet de relativiser le sentiment d'incompréhension qui nous gagne. Les preuves d'amour de la grand-mère sont bien maigres, maladroites et contradictoires. Ses effets vont à l'encontre de ses espoirs, et on la plaint davantage. Mais c'est cette discordance qui est intéressante.

J'ai lu ce roman qui figure parmi la sélection du prix littéraire d'aufeminin.com, et c'est ainsi que je le découvre. Je serai très probablement passée à côté. Du coup je suis reconnaissante de cette agréable trouvaille.

Les allusifs, 2009 - 266 pages - 23€
traduit du russe par Bernard Kreise

Lu pour le prix de la révélation littéraire auFeminin.com   logo   

**********

 

« Vous savez, Véra Pétrovna, quand j'ai fini de lui faire prendre son bain, je n'ai plus la force de vider la baignoire et je me lave dans la même eau. (…) Je sais que lorsque j'y entre après lui, cette eau est comme un ruisseau qui coule sur mon âme. Je pourrais la boire cette eau ! Il n'y a personne que j'aime ou que j'ai aimé autant que lui ! C'est un petit imbécile qui s'imagine que sa mère l'aime encore plus, mais comment pourrait-elle l'aimer plus, dès l'instant qu'elle n'a pas autant souffert pour lui ? Une fois par mois, elle lui apporte un jouet : est-ce que c'est de l'amour, ça ? Moi, je respire par lui, je ressens par ses sentiments ! Je crie après lui, mais c'est par peur, et ensuite je me maudis de l'avoir fait. La peur que j'éprouve pour lui, c'est comme un fil qui me relie à lui, qui s'étire, et où qu'il se trouve, je ressens tout (...). Un amour pareil est pire qu'un châtiment, il n'en résulte que de la douleur, mais qu'y puis-je s'il est ainsi ? Je pourrais hurler à cause de cet amour, mais sans lui pourquoi devrais-je vivre ? »

**********

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Commentaires
C
> Ce titre a été retenu pour figurer parmi les 4 finalistes du Prix de la révélation littéraire organisé par auFeminin.com (j'ai été jury dans cette aventure !). <br /> Pour voter, c'est ici : http://www.aufeminin.com/prixdelarevelation/
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M
Ca y est je l'ai lu et effectivement ce livre ne laisse pas indifférent... <br /> j'aime bien la voix de Sacha : sa chronique d'enfance et sa capacité de mise à distance... <br /> <br /> et aussi quel personnage que cette grand-mère toute en paradoxes... ah les dernières pages, la logorrhée emplies de contradictions, d'amour et haine mêlés...<br /> Cela m'a dérangé, cela m'a plu j'en ai aussi parlé sur mon blog (http://l-oeil-bande.blogspot.com/2009/05/enterrez-moi-sous-le-carrelage-de-pavel.html)<br /> Auteur à suivre !
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C
> C'est vrai !<br /> La couverture peut avoir un double effet : le jaune pétant attire l'oeil, mais ça peut rebuter aussi.<br /> Je sais que c'est difficile de faire abstraction d'un premier contact rédhibitoire... même si une fois le livre ouvert, on oublie la couverture. Il n'empêche que ça marque aussi. <br /> Je ne regrette toutefois pas cette découverte, grâce au prix d'aufeminin.com, parce que je n'avais jamais entendu parler de ce livre, et finalement il m'a plu. (Au début, en le recevant, j'avais un peu grimacé en voyant ce jaune !!!! J'avoue.) ;))
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P
J'aimerais bien y jeter un oeil ! L'extrait que tu cites me plait. Pour la couverture, je ne la trouve pas spécialement à mon goût, mais quand le livre est ouvert, on ne la voit plus :-)
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V
Moi aussi j'aime cette maison d'éditions, même si le prix me freine souvent. Mais les deux textes que j'y ai pêchés étaient vraiment bons: Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel et Cadeau d'adieu de Vladimir Tasic. Alors je note celui-ci, qui sait lors d'une prochaine escapade métropolitaine...
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Chez Clarabel
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