Cinq centièmes de secondeL'université où travaille le père de Molly lui offre un an pour achever son roman. Profitant de l'occasion, la famille part s'installer à la campagne et loue une maison appartenant à un certain Will Banks. Le vieil homme, attaché à sa terre, livre à l'adolescente son histoire personnelle avec des trémolos dans la voix, mais va surtout lui inspirer ses premiers clichés photographiques et conduire à une passion qui ne faiblira pas. À la maison, l'ambiance aurait pu être meilleure si seulement Molly et sa sœur Meg ne partageaient pas la même chambre. Meg est l'aînée de quinze ans, c'est une jeune fille solaire, toujours entourée d'amis et très à l'aise dans le monde. Contrairement à Molly, sa cadette de deux ans, qui se juge quelconque et transparente. Malgré leur attachement, leur relation n'est pas de tout repos car les deux sœurs ont du mal à se comprendre et se chamaillent pour des broutilles. Toutefois, lorsque les sautes d'humeur de Meg viennent révéler un mal plus profond, c'est toute la vie de Molly qui prend un nouveau tournant. La jeune fille se voile la face et court se réfugier chez Will, avec qui elle parfait sa technique photo, et rencontre ses nouveaux voisins, Ben et Maria, qui attendent un heureux événement.

Cinq centièmes de seconde, c'est le temps qu'il a fallu pour figer à jamais une émotion, une image, une révélation. Et croyez-moi, la lecture de ce roman m'a broyé le cœur. J'ai fondu en larmes alors que l'histoire pressentait le drame et les sanglots, mais voilà, un soir de blues, plus à fleur de peau que jamais, j'ai lâché les écluses. L'histoire est attendrissante, et forcément émouvante. Elle parle de la famille et des relations parfois tendues entre sœurs, surtout à l'adolescence où les passions sont exacerbées et les malentendus nombreux viennent creuser inutilement le fossé. Ce roman, qui date en fait de 1977, dégage aussi une ambiance vintage délectable et dépaysante. J'ai aimé flâner dans cette campagne silencieuse et isolée, regarder à travers l'objectif de l'appareil photo, bêcher le jardin et planter des légumes, admirer la couture du patchwork... C'est une ambiance hors du temps, qui cadre à merveille avec ce portrait de famille tout en délicatesse. Très beau, très touchant.

Et je fais mienne cette citation : « Le temps passe et la vie continue ; il faut bien la vivre. Au bout d'un certain temps, on se souvient davantage des bonnes choses que des mauvaises. Puis, petit à petit, tout ce que le silence a vidé se remplit à nouveau de rires et de mots et les bords ébréchés de la tristesse sont lissés par les souvenirs. »

Casterman, 2017 pour la présente édition (préalablement paru sous le titre “Un été pour mourir” en 1993)

Traduction de Laurence Kiefé [A Summer to Die]