11/05/18

68 année zéro, de Paule du Bouchet

68 année zéroLe 1er janvier 1968, Maud boit du vin blanc en écoutant les Beatles avec son groupe d'amis, réunis dans un vieux château à la campagne, où ils tournent une adaptation rock-n-roll du Grand Meaulnes. L'ambiance est volubile et insouciante, même si tous ont en ligne de mire leur bac en juin.
Comme toutes les filles de son âge, Maud rêve d'amour et de baisers, elle regarde avec envie les jupes courtes et la frange de Sylvie Vartan, elle sent bouillir en elle une impatience et une envie de vivre autrement que le modèle de ses parents (sa mère est bibliothécaire, son père écrivain, tous deux sont séparés). Il n'y a pas de télévision, pas de radio à la maison. Aucune conscience sociale ou politique, juste le besoin de s'enivrer de nouvelles modes.
Dans leur Quartier Latin, jamais ils n'avaient eu connaissance de la petite ville de Nanterre. Là-bas, des étudiants protestent, crient, sortent des clous. Bientôt la Sorbonne est occupée par des centaines de manifestants. Dany le Rouge devient une figure de proue. La police est dépassée, le gouvernement entêté. Et les premiers affrontements retentissent. 
Maud est aux premières loges. Sous sa fenêtre, spectatrice du soulèvement populaire, elle regarde s'ériger les barricades et assiste aux échauffourées. Le désordre règne et laisse place à une scène de désolation. L'air est irrespirable, les mines sont hagardes. Le pays tout entier est mis k-o.

C'est en rassemblant ses souvenirs que l'auteur nous livre son année 68 à travers un récit où se mêlent efficacement l'intime aux événements devenus historiques. Elle restitue au mieux le parfum d'une époque et le cri de révolte d'une jeunesse qui a enflammé les passions.
On plonge au cœur même de cette frénésie. On suit l'enchaînement des événements. On refait le monde dans des squats enfumés. On bouscule les traditions. Le texte est lapidaire et ne cache rien de la nature de sa narratrice - seize ans, éducation bourgeoise et privilégiée, naïve et idéaliste. 
Avec elle, on découvre les espoirs, la peur, la colère, la folie furieuse, en gros les heures sombres et électriques de cette année hors normes. « Mai 68 ne s'était pas arrêté en mai. Ni en juin. Quelque chose avait continué à faire son chemin. En chacun de nous. »
La lecture est perspicace, mais ne dégage pas de grande force non plus. On reste assez en retrait du récit, à distance des personnages. C'est mon seul reproche... mais c'est parce que j'ai lu - en comparaison - Trois filles en colère d'Isabelle Pandazopoulos qui m'a tellement plu (et davantage marquée). ☺ 

Gallimard jeunesse, coll. Scripto / 2018

 

 

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23/04/18

Jefferson, de Jean-Claude Mourlevat

Jefferson GJPar un beau matin d'automne, Jefferson Bouchard de la Poterie termine son ménage et met son gratin de pommes de terre au four avant d'enfiler sa petite veste pour se rendre chez le coiffeur et rafraîchir sa houpette.
Manque de bol, sur place, il découvre le cadavre de M. Edgar ! Une paire de ciseaux est plantée dans sa poitrine, le corps baigne dans son sang. Jefferson panique. Surpris par une cliente apeurée, il prend la fuite avant d'être accusé d'un crime qu'il n'a pas commis.
Hélas, c'est trop tard. La police est déjà à ses trousses. Seul son meilleur ami Gilbert croit en son innocence et lui prête son concours pour mener leur propre enquête. Et ainsi, affublés de costumes ridicules ou participant à un voyage organisé en car, nos deux compères se rendent au pays des humains...
Ah oui, précision utile : Jefferson est un hérisson, Gilbert un cochon, M. Edgar un blaireau. Chez eux, les animaux parlent, marchent debout, lisent, tombent amoureux, s'envoient des SMS et ne font pas de cadeaux aux malotrus qui maltraitent leur espèce.
Ah, ah. Voilà une lecture gonflée à bloc ! D'une part, elle nous embarque pour une aventure riche en émotions (suspense, meurtres, amitié, entraide et humour), mais d'autre part elle affiche aussi son militantisme en dénonçant la barbarie et la cruauté infligée aux animaux. 

« C'est dingue ça, quand même, ils peuvent manger tout ce qu'ils veulent : des spaghettis au basilic, du gratin dauphinois, des pizzas quatre saisons, des tartes aux framboises, des omelettes aux pommes de terre, des gâteaux à la noix, des soupes de lentilles corail avec du lait de coco, des crêpes à la confiture, des pommes, des poires, des abricots, des poêlées de champignons, des salades de tomate, des croissants, des tagliatelles au pesto, des crèmes à la vanille, des fraises, des melons, du riz, de la purée, des petits pois, du velouté de potiron, du chocolat aux noisettes... et ça ne leur suffit pas ! Ils trouvent que c'est pas assez, alors ils tuent les animaux pour les bouffer ! Je comprends pas... »

La sentence tombe et peut sembler implacable. Du moins, l'auteur a glissé subrepticement son message et veillé à sensibiliser les plus jeunes, sans tomber dans la mascarade ou la leçon de morale. Car l'ambiance générale demeure gaie, joyeuse et légère. On vit une folle épopée avec des personnages très attachants. C'est vraiment drôle, tout en étant sensible et intelligent. Monsieur Mourlevat, vous êtes mon héros ! ♥

Gallimard Jeunesse, 2018 - illustrations d'Antoine Ronzon

couverture illustrée par Lisa D'Andrea

 

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17/04/18

Claudine à l'école, par Lucie Durbiano

D'après le roman de Colette
Couleurs de Jeanne Balas et Lucie Durbiano

Claudine à l'école

Dès l'annonce de la parution du projet, je savais que cela allait être un coup de cœur ! Quand l'univers de Colette, avec son héroïne Claudine, rencontre la tendresse malicieuse de Lucie Durbiano, forcément le résultat fait boum.

La lecture nous fait voyager dans le temps - campagne bourguignonne, en 1900 - Claudine a quinze ans et fréquente la petite école de Montigny. L'ambiance est frivole, joyeuse, coquine et insouciante... même si les filles doivent passer le brevet en fin d'année et s'appliquer à ne pas décevoir leur responsable, la rousse Mlle Sergent, qui ne rigole pas avec la discipline. Les adolescentes chahutent et se taquinent, font des yeux de biche à l'approche des garçons, se trémoussent et gloussent. C'est charmant et follement désuet. On craque pour la personnalité polissonne de Claudine, pour son esprit libre et sans concession. Ainsi, elle s'éprend de la nouvelle institutrice, prend la mouche dès que celle-ci devient trop cruche, ne supporte plus les manières obséquieuses du médecin trop pressant et ricane de vanité en apprenant que le professeur de musique en pince pour elle !

Cette bande dessinée m'a donné envie de replonger dans l'œuvre de Colette. Outre l'élégance et l'humour dans son histoire simple, on y respire le parfum de l'enfance, la nostalgie d'une époque surannée et le tabou des amours chuchotées. J'ai beaucoup aimé la subtilité de l'intrigue, où les indices et non-dits sont glissés avec délicatesse. Suggérer sans jamais dévoiler, en gros. C'est beau, c'est intelligent, c'est frais. Difficile de quitter cette école de jeunes filles devenue le théâtre d'une comédie légère et pétillante ! J'ai adoré. ♥

Gallimard Bande Dessinée coll. Fétiche / 2018

 

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11/04/18

Émile et le joint de culasse, de Vincent Cuvellier & Ronan Badel

Emile et le joint de culasse

Branle-bas de combat, Émile nous attend pour sa 16ème épopée.

Pas de temps à perdre, car le copain de maman nous embarque en voiture pour une traversée de la France. Vroum vroum. Notre Émile est aux anges ! Et puis bim, la voiture casse. Les laissant en rade sur le bord de la route. Dépanneur, garage, et tout, et tout.

Plus Émile jubile et fait la danse des sioux, plus le copain de maman fait grise mine et rouspète que ça va coûter bonbon. Un joint de culasse, pardi ! C'est vraiment pas de bol. Et pas le temps de dire ouf, il faut déjà rentrer à la maison...

Alors, c'était chouette ? demande maman. Oh oui. Émile a, de plus, rapporté un super souvenir.

Applaudissements pour cette lecture complètement décalée - qui parle de joint de culasse dans un album jeunesse ? Pour ça, on peut compter sur Émile pour nous faire voir du pays.

La série fait toujours preuve d'originalité, de facétie et d'humour. On sourit à chaque page (dommage pour la coquille finale) et on se dit vivement le prochain, merci, hasta luego. ☺ 

Gallimard Jeunesse Giboulées, 2018

 

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Nouveautés Folio Junior : Le Club des super-héros - Le mystère Dédale - Hector et les Pétrifieurs de temps

J01030

Nouvel élève à l'académie Ducard, Bruce Wayne constate rapidement les nombreux dysfonctionnements de l'établissement - le personnel enseignant encourage la compétition, la triche et l'ambition dévorante, les étudiants sont tous plus idiots les uns que les autres, ils portent des masques de clown, font les 400 coups sans peur des représailles et multiplient les blagues humiliantes. Bruce est convaincu d'être tombé dans un traquenard. Il arrive à convaincre deux autres camarades, Clark Kent et Diana Prince, de rejoindre son club secret qui consiste à jouer les espions pour percer le mystère de Ducard. Qui est réellement son directeur ? Nul ne le connaît. À la place, le conseiller pédagogique Hugo Strange filtre chaque tentative d'entrer en contact avec celui-ci. Plus nos jeunes gens fouillent, plus la pression devient suffocante et les traîtrises apparaissent. Bruce découvre ainsi que Clark et Diana sont eux aussi des énigmes ambulantes et n'ont pas tout dévoilé de leurs origines.

Vous imaginez un collège réunissant Batman, Superman et Wonderwoman, avec à la barre des savants fous visant à recruter de jeunes disciples pour la ligue des assassins ? Eh bien, ne cherchez plus. Cela se passe ici. Nos apprentis super-héros font déjà l'amère expérience de la lutte contre les forces du mal en redoutant d'accorder leur confiance pour préserver leur nature, leur identité, leur mission, etc. Le format du livre se compose de rapports administratifs, de mails, d'articles de la gazette de l'école, d'extraits de carnet de notes ou du journal intime de Bruce. Tout est en noir et blanc. C'est sombre, assez brouillon et en même temps le scénario se veut classique mais complice, en servant de bonnes séquences burlesques, du suspense et des clins d'œil qui plairont aux amateurs de comics (le majordome Alfred, le Joker, les chauve-souris, Smallville, la Kryptonite, Lex Luthor, la lignée royale de Diana...).

Derek Fridolfs et Dustin Nguyen baignent dans le milieu en toute aisance, pour avoir déjà écrit d'autres aventures de super-héros (dont Li'l Gotham) et acquis une certaine notoriété. Ils confortent cette fois leur savoir-faire en s'adressant à un public plus jeune et visiblement ouvert à toute contamination.

Le Club des super-héros, de Derek Fridolfs & Dustin Nguyen
Folio Junior, 2018. Trad. Marie Leymarie. À partir de 9 ans

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J01037

Le corps du célèbre sculpteur Dédale est retrouvé mort dans un petit village en Afrique. Hermès se rend sur place pour mener son enquête. Faisant halte au royaume des enfers, il intercepte suffisamment tôt le passage sur le Styx, mais au moment d'interroger la victime, une créature sournoise surgit des entrailles du fleuve pour s'emparer du corps. Hermès est de plus en plus intrigué et se rend auprès des membres de sa famille (Aphrodite, Héphaïstos, Apollon...) pour constater leurs réactions à l'annonce du décès de Dédale (celui-ci n'avait visiblement pas que des amis). Il embarque avec lui le jeune Éros et part en Crète pour cerner le mystère de cet homme traqué et visiblement aux abois.

J'ai beaucoup aimé l'idée du dieu Hermès dans le rôle d'enquêteur à la Hercule Poirot, en train de fureter auprès de son illustre lignage pour connaître tous leurs petits secrets et percer leurs mensonges. On plonge dans l'intimité des dieux en toute impunité, le suspense est entier et les légendes s'épanouissent. La lecture prend rapidement un cap original, qui ne laisse rien filtrer du dénouement (j'étais bien en peine de deviner le fin mot de l'histoire). Le pari est donc réussi pour l'auteur, également professeur de lettres classiques, qui parvient à transmettre sa passion pour la mythologie avec cette série captivante et riche en rebondissements. Apprendre tout en s'amusant !

Le mystère Dédale, de Richard Normandon
Folio junior, 2018. Dès 10 ans.

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J01054Hector Obel a 10 ans et vit à Starkley, décrite comme étant la quatrième ville la plus ennuyeuse d'Angleterre, car il ne se passe jamais rien de palpitant. Jusqu'au jour où Hector, en train de se morfondre en classe, surprend son professeur et ses camarades figés sur place. Comme si le temps s'était arrêté net. Tout rentre finalement dans l'ordre au bout de quelques minutes. Le garçon n'a pas l'éternité devant lui, pour y réfléchir, que la situation se répète déjà, mais cette fois il a décidé de chronométrer la durée de la Pause. Sept minutes et sept secondes. Au lieu de se retourner le cerveau, Hector choisit de tirer profit de la situation et va s'amuser à parcourir la ville avec une Vespa flambant neuve, se venger de ses tortionnaires ou se rendre dans la boutique de bonbons pour faire des emplettes. La propriétaire, Mme CouCous, lui en a interdit l'accès sur un coup de tête. Une attitude qui lui rappelle que plusieurs adultes de Starkley se comportent désormais de façon très étrange, voire méchante. Est-ce que cela aurait un lien avec les Pauses ? Au bout de 100 pages, l'étau se resserre quand le garçon surprend des créatures affreuses, les Terribles, se faufiler dans la ville pour kidnapper ses habitants pétrifiés... L'heure est grave. L'histoire n'est plus à la rigolade. Hector doit agir, vite. Trouver des forces alliées (oui ! ... ça va arriver), sauver sa petite ville de cette invasion sournoise et se convaincre que son père disparu fait aussi partie du lot. 

Pour son intronisation dans la littérature jeunesse, Danny Wallace sort les grands moyens (univers déjanté, monstres terrifiants, péripéties à rebondissements, sur un ton sans cesse désopilant). Et c'est clair que le livre vise haut et fort. Au départ, l'histoire semble déjà écrite et préfigure les thèmes du genre : Hector est un gamin sensible, maltraité par des grosses brutes, et qui porte en lui le départ de son père comme un poids lourd insurmontable, sa mère bosse comme une dingue et son frère est devenu un ado renfrogné. Et puis, tout bascule vers une aventure délirante, fantastique et même de plus en plus sombre et inquiétante. Il faut le lire pour le croire. Les méchants ne font pas semblant, les enfants entrent en résistance et montent une association de Transpauseurs. On découvre alors une intrigue complètement loufoque, mais non dénuée d'action, d'émotion et de danger. C'est efficace, raconté de façon hilarante et néanmoins détachée. Nul doute que cette dose d'énergie bouillonnante plaira aux plus jeunes (dès 9 ans pour les bons lecteurs, le livre largement illustré fait 300 pages). Jamie Littler a contribué par sa touche d'encre à une atmosphère décalée et fascinante. À tester, pour le fun et l'atmosphère frissonnante.

Hector et les Pétrifieurs de temps, par Danny Wallace
Folio Junior, 2018 - Trad. Marie Leymarie.

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15/03/18

Pêle-Mêle : Fergus est furieux - Le lion heureux - Mon père, avant, il était trop cool - Le Géant élégant

J00857

Fergus est un gentil petit dragon, qui a juste un peu de mal à canaliser sa colère. À la moindre contrariété, notre jeune ami sent que son museau fume et, pfiout ! un énorme crachat de feu jaillit de sa bouche. Oups. Il n'aime pas les brocolis, n'aime pas être le gardien de but, il n'aime pas attendre que les petits cakes de Monsieur Ours refroidissent, non, Fergus n'aime pas la frustration. Mais à la longue, c'est gênant. Le terrain de foot a grillé, le stand de pâtisserie est carbonisé, tous les jeux de ses copains sont réduits en cendres... En se confiant à sa maman, celle-ci lui confie une petite astuce pour gérer sa colère. Puis, tour à tour, ses proches lui racontent leur propre recette - compter jusqu'à dix, admirer le coucher de soleil, courir le plus vite possible. Bref, Fergus peut enfin apaiser le volcan qui bout en lui et - pourquoi pas - utiliser à bon escient toute cette énergie bouillonnante !

Un chouette album, qui traite avec humour des caprices et des crises de colère susceptibles de pénaliser la vie des jeunes enfants, et qui glisse de précieux conseils pour y remédier. Autre détail cocasse - Fergus a grillé la couverture de l'album... mais chut ! ☺ 

Fergus est furieux ! de Robert Starling

gallimard jeunesse, 2018 / trad. Marie Ollier

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J00868

C'est l'histoire d'un lion qui vit heureux dans un zoo. Tous les jours, il est comblé de croiser son petit  monde familier - le fils du gardien, l'instituteur ou la ménagère qui tricote sur le banc. Et tous le saluent en retour, d'un chaleureux “Bonjour, Lion Joyeux !”. Un jour, remarquant que la grille de sa cage n'est pas fermée, le lion décide de se rendre en ville pour honorer ses vieux camarades d'une petite visite de courtoisie. Seulement, sa venue n'inspire pas la réaction souhaitée - les badauds tombent dans les pommes ou fuient à toutes jambes. Bizarre, très bizarre. Les gens de cette ville n'ont pas fini de le surprendre ! D'ailleurs, quel spectacle préparent les pompiers, affairés et s'approchant à pas prudents dans sa direction ? Nul ne le sait. Le fils du gardien vient d'arriver - il est temps de rentrer au zoo ! ☺

Cette délicieuse histoire date en fait de 1954, et hormis son esthétisme vintage, sa lecture n'a guère pris de rides ! Le ton est plein d'humour, de rebondissements et de poésie. C'est absolument charmant. Un grand classique  à lire et relire.

Le lion heureux, de Louise Fatio & Roger Duvoisin

gallimard jeunesse, 2018 pour la présente édition

traduction d'Anne Krief

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J00847

En voyant son papa vaquer à ses basses besognes domestiques (aspirateur, ménage, rangement), le garçon a bien du mal à l'imaginer autrement qu'en type sérieux et pas cool du tout. Ou alors, c'était avant... L'époque des tatouages, de la musique rock, des virées en moto et des équipées sauvages. Depuis sa naissance, son père n'est plus le même homme. Ou disons, l'enfant le voit à travers ses yeux d'enfant. Pour lui, être parent c'est forcément une image formatée, guindée, stéréotypée. C'est tout sauf cool. De toute façon, il ne faudrait pas qu'il sorte de ses prérogatives non plus... Qu'ils s'éclatent ensemble au parc, c'est super drôle mais ça ne doit pas déborder. Sinon, bonjour la honte ! ☺

Ah que c'est drôle et rafraîchissant à lire ! Quand vous devenez parent, c'est comme porter un nouveau costume qui vous fige à jamais dans un rôle. Être cool, c'était avant. C'est limite le choc de leur vie quand les mômes découvrent la jeunesse de leurs parents ! Partant de ce constat, Keith Negley offre une superbe perspective de lecture - fabuleuse et cocasse - où le regard de l'enfant est tour à tour perplexe et songeur, sondant chaque détail pour démasquer la vérité. J'ai beaucoup aimé le travail de superposition qui s'opère, dans la posture du père, entre avant et maintenant, un choix judicieux pour un résultat époustouflant ! Un album vraiment cool à découvrir en famille.

Mon père, avant, il était trop cool, par Keith Negley

gallimard jeunesse, hors série giboulées, 2018

trad. Cécile Hermellin

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J00858Georges le géant décide de devenir élégant et entre dans une boutique pour s'acheter une chemise, un pantalon, une ceinture, une cravate, des souliers et des chaussettes. Fier de sa prestance, il parade en ville et traverse les bois où vont se succéder ses amis éplorés. Ils ont tous des déboires à ne plus savoir quoi faire (un rhume, plus de toit, un bateau sans voile, du camping sans sac de couchage, un chemin boueux impossible à traverser...). Compatissant, Georges distribue un par un ses nouveaux habits pour les soulager. Et notre bon géant poursuit son chemin, à cloche-pied, chantonnant une ritournelle guillerette. Seulement, en bout de course, Georges n'a plus que son caleçon sur les fesses. Il se sent ridicule et il a froid.  Bref, il lui faut de nouveaux vêtements. Retour à la boutique, où il enfile sa bonne vieille tunique confortable et, youplaboum, notre géant élégant se sent le plus heureux du monde ! Pétris de gratitude, ses amis ne manqueront pas de lui offrir le cadeau suprême de l'élégance.

Fort de leur complicité, qui dure depuis 1993, le célèbre duo Julia Donaldson et Axel Scheffler propose un album débordant de générosité et d'humour, comme à leur habitude. La lecture est joyeuse et colorée. C'est simple mais efficace. Un petit régal pour les enfants.

Le Géant élégant, de Julia Donaldson & Axel Scheffler

gallimard jeunesse, 2018

traduit par Emmanuel Gros

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14/03/18

Écoutez Lire : Sacrées sorcières, de Roald Dahl

A60159En vacances chez sa grand-mère, en Norvège, le jeune narrateur apprend de sa bouche l'existence inimaginable des sorcières ! Elle lui confie quelques astuces pour les reconnaître - elles sont chauves, portent des perruques et des gants, raffolent des myrtilles et ont souvent les dents noires. Par contre, il faut s'en méfier car elles détestent les enfants - elles trouvent qu'ils sentent la crotte de chien - et font tout pour leur nuire. 

Après le décès de ses parents, disparus dans un accident de voiture, l'enfant est confié à sa grand-mère, qui vient s'installer en Angleterre, un pays réputé pour être un abri à sorcières. Et malheureusement, l'une d'elles habite dans leur quartier. Le temps d'un été, tous deux s'éloignent dans un hôtel en bord de mer, où se tient un congrès sur la maltraitance enfantine. Mais le garçon découvre que toutes les participantes ne sont qu'une bande de sorcières diaboliques et qu'elles complotent un mauvais plan à base de sucreries ensorcelées. Notre jeune ami n'a pas le temps de dire ouf que son odeur est repérée par des congressistes déchaînées, qui lui tombent sur la pomme. 

Ce conte Roald-Dahlien est un grand cru ! Avec un humour exquis et jubilatoire, l'écrivain britannique nous livre une aventure féroce et piquante, que j'ai d'ailleurs pris plaisir à découvrir en format audio. Interprétée avec virtuosité par Jean-Claude Donda, Jeanne Cellard et Jackie Berger, l'histoire nous sert une mise en scène facétieuse, où chaque personnage est distingué, soit en forçant le trait, soit avec subtilité. Souvent décalé, parfois insolite, ce roman est génial. J'applaudis des deux mains la qualité de cette réalisation, et la perfidie de la fable, les deux ensemble se rendent service et produisent un très, très bon moment de lecture ! À recommander. ☺

Gallimard Jeunesse, coll. Écoutez Lire (réédition, 2018) Nouveau format

Texte intégral. L'écoute en classe de ce CD est autorisée par l'éditeur.

Existe en Folio Junior N°613 - Traduit par Marie-Raymond Farré

Sacrées Sorcières : Dahl, Roald

Ce CD audio n'est pas un conte de fées, mais une histoire de vraies sorcières. Vous n'y trouverez ni stupides chapeaux noirs ni manches à balai: la vérité est beaucoup plus épouvantable. Les vraies sorcières sont habillées de façon ordinaire, vivent dans des maisons ordinaires. En fait, elles ressemblent à n'importe qui. Si on ajoute à cela qu'une sorcière passe son temps à dresser les plans les plus démoniaques pour attirer les enfants dans ses filets, vous comprenez pourquoi ce CD audio vous est indispensable.

13/03/18

Le sel de nos larmes, de Ruta Sepetys

Le sel de nos larmes Pole fictionHiver 1945, sur les routes de l'Europe de l'Est. Des milliers de réfugiés fuient les troupes soviétiques et remontent jusqu'à la côte Baltique pour rejoindre un énorme navire, le Wilhem Gustloff, à bord duquel civils et militaires espèrent s'échapper. Tous fuient les bombes, les soldats, la haine, la vengeance aveugle, la folie, le chaos. Tous sont épuisés, affamés, blessés, frigorifiés. Ils ont abandonné des maisons, des familles et perdu leurs maigres illusions. Leur avenir n'est plus qu'une ligne lointaine et floue, entre les mains de Hitler ou Staline. Mais tous luttent avec l'énergie du désespoir.

L'histoire s'attache à retracer le parcours de quatre adolescents, chacun né dans un pays différent et armé d'un lourd secret, tous poursuivis par la culpabilité, le destin, la honte ou la peur, mais liés par le même sauve-qui-peut. Il y a la lituanienne Joana, une jolie infirmière dévouée, Florian, un  prussien farouche, grièvement blessé, mais qui refuse qu'on s'approche de lui, Emilia, une polonaise de quinze ans, avec son bonnet rose et ses grands yeux de biche aux abois, accrochée aux basques de son chevalier qui la fuit, et enfin Alfred, un jeune matelot allemand, qui écrit de longues lettres à son amoureuse, sans avouer la vraie nature de sa mission...

Les chapitres sont courts mais dégagent une force romanesque inégalable. Cela accentue également l'intensité dramatique, à laquelle s'ajoute le poids des informations, car tout ce que nous renseigne l'auteur est méconnu ou oublié, d'où son impact et sa valeur. Émotionnellement, ça vous pulvérise et vous foudroie sur place. L'histoire est romancée, et malgré tout ancrée dans une réalité historique poignante. L'Europe est en pleine débâcle, sillonnée par l'exode en masse de populations hagardes, ne sachant plus où se tourner pour un semblant de liberté. Les militaires livrent leurs derniers combats acharnés, ils torpillent à tout-va, d'où le naufrage du Wilhelm Gustloff, une catastrophe maritime insouçonnée, qui a pourtant fait six fois plus de victimes que le Titanic ! C'est dans la lecture des souvenirs de Joana, Emilia, Florian ou Alfred, qu'on découvre des nouveaux visages de la guerre, mais c'est aussi en suivant leurs incroyables destinées, entre amitié, courage et amour, qu'on réalise le sordide et l'horreur, l'éclat et l'inextricable. Cela vous donne des frissons partout. Effet coup de poing assuré.

Gallimard Jeunesse, coll. Pôle Fiction (2018)

Traduit par Bee Formentelli . Titre original : Salt to the Sea

 

Carnegie Medal du meilleur roman jeunesse 2017

 

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« Je suis devenue très habile à faire semblant. Si habile que la frontière entre vérité et fiction s'est brouillée, effacée. Et quelquefois, quand je me montre particulièrement habile à ce jeu, je me leurre moi-même. »

 

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12/03/18

Une fille au manteau bleu, de Monica Hesse

A66845Gros coup de cœur pour ce roman ! L'histoire se passe à Amsterdam, en 1943. Alors que les soldats allemands patrouillent en ville, la jeune Hanneke file sur son vélo en toute innocence, malgré un panier rempli de produits issus du marché noir qu'elle distribue selon les commandes reçues en douce. Un jour, au cours de ses livraisons, une voisine interpelle Hanneke pour une mission bien particulière - retrouver une jeune fille juive qui vivait cachée dans un réduit de la maison et qui a disparu sans crier gare. La vieille dame, Mrs Janssen, est complètement chamboulée et ne doute pas que Hanneke saura tirer la situation au clair. Au départ, celle-ci n'est nullement désireuse de franchir la ligne jaune. Elle voue une haine farouche envers les Nazis, mais se sent coupable de la mort de son petit ami Bas (engagé volontaire) et souhaite se tenir à distance de la guerre. C'est pourtant cette blessure qui va l'inciter à partir sur les traces de Mirjam Roodvelt, dont elle sait uniquement qu'elle porte un manteau bleu. Ce maigre indice va conduire son enquête et l'entraîner dans le flou, puis dans des cercles clandestins et enfin dans des actions impensables. Pour Hanneke, déjà douloureusement confrontée aux drames intimes de la guerre, c'est un cap supplémentaire qui lui fait perdre ses dernières plumes de l'enfance insouciante. 

Loin d'être un énième roman sur le sujet, cette lecture offre surtout la possibilité de découvrir une histoire passionnante, qui puise autant dans l'émotion que dans l'action et le suspense. Avec son héroïne de 18 ans, si juste et imparfaite, par ses choix, ses failles et ses engagements, on se lance dans un parcours bouleversant et inattendu. Il y a d'abord sa quête pour retrouver Mirjam, puis sa prise de conscience des dangers qui rôdent, l'horreur des rafles et des dénonciations, la culpabilité et la rédemption. C'est un cheminement chaotique, mais poignant, qui emprunte de nombreuses bifurcations, qui fait aussi battre le cœur plus fort et qui noue l'estomac à l'énoncé des enchaînements tragiques et malheureux. En un mot, c'est excellent ! Et c'est à remettre entre les mains des plus jeunes sans délai.

Gallimard jeunesse, 2016 - traduit par Anne Krief

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À lire aussi...

Cachés, de Sharon Dogar - Max, de Sarah Cohen-Scali - Les valises, de Sève Laurent-Fajal

 

 

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Cherub/01 : 100 jours en enfer, de Robert Muchamore

J00748Gros succès en librairie, la série CHERUB trace sa route depuis presque dix ans et enthousiasme ses lecteurs avec son univers d'organisation secrète, où des enfants sont entraînés pour infiltrer des missions spéciales... Espionnage, action, suspense, aventure et baston, on ne s'ennuie pas une seconde.
J'ai profité de la sortie en livre audio pour découvrir LE phénomène et ai été pleinement séduite par l'excellente interprétation de Julien Frison qui incarne un adolescent brouillon en passe de devenir un môme doué et consciencieux en vivant une aventure fracassante et néanmoins palpitante !

James Adams est un collégien turbulent, élève médiocre, éternel souffre-douleur, habitué d'être exclu. Il vit avec une mère devenue obèse et un beau-père alcoolique. Mais le destin s'acharne, le gamin perd sa mère et est expédié dans un orphelinat où il bascule dans la délinquance. Dès lors, il a le choix entre toucher le fond ou accepter de suivre une formation spéciale pour Cherub. Il a 100 jours pour assimiler des techniques de combat, de survie et de ruse enseignées par une agence des renseignements britanniques. 100 jours pour changer le cours des choses ou retourner à la case départ. 

Le scénario est basique et rythmé. On en prend plein les yeux, plein les oreilles. Et l'immersion est totale. On partage ainsi les galères de James, son arrivée à Cherub, ses rencontres avec ses nouveaux camarades, son apprentissage et ses premières missions. Toute l'histoire s'inscrit dans une logique imparable, et je comprends tout à fait ce qui enthousiasme les jeunes lecteurs. Ce que vit James est à la fois proche d'eux mais incarne aussi un fantasme - devenir espion, vivre de passionnantes aventures, voyager etc. La lecture est à la hauteur des attentes. On a une très bonne réalisation audio - agréable à écouter - pour une série vraiment engageante et débordante de dynamisme.

Gallimard Jeunesse, Collection: Écoutez lire 

Traduit par Antoine Pinchot

Julien Frison nous emporte dans l'univers palpitant de CHERUB, et met en voix le franc-parler et l'humour adolescent, sans niaiserie. Durée : 7h 30 env.

 

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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