"Oh, un ballon !" se dit Petit chien en découvrant dans l'herbe une belle balle rouge à pois blancs. Mais la balle grossit, grossit et c'est un champignon !
En voici un autre ! Et un troisième là !
Petit chien se trouve bientôt au beau milieu d'une forêt de champignons géants, qui grimpent jusqu'au ciel. Leurs pois deviennent alors flocons de neige.
Tout est blanc ! De la neige surgit soudain un petit point rouge. À son tour, il grossit, grandit : c'est une fleur !
Le printemps est là. Oui, oui.
On retrouve dans ce livre les images simples, graphiques, jouant aussi sur les anamorphoses et sur l'absurde, qui ont fait le succès des premiers albums d'Anne Brouillard.
Le texte, court, s'adresse aux plus petits. Et souligne l'importance de la nature et du temps qui passe, à travers les 4 saisons qui se succèdent dans l'album.
Oui, la présentation de l'éditeur dit tout et très bien.
Ceci dit, cet album est MAGNIFIQUE ET CONFONDANT DE DÉLICATESSE.
Petit chien, par Anne Brouillard (Seuil jeunesse, 2012)
Napoléon, chien super malin, prétend avoir sauvé son maître, perdu dans la ville sous une pluie battante...
Lionel Koechlin est certainement de la famille des Jacques Tati, Pierre Etaix… Il offre une vision « clownesque » du quotidien, des êtres aux corps immenses et des personnages en tête d'épingle. Comme au cirque, on sourit de ses dessins avant de réfléchir, tant l'ironie et la facétie sont percutantes. Son style, plein d’humour et d’élégance, est reconnaissable entre tous. (source : gallimard-jeunesse.fr)
UN PETIT ALBUM RIGOLO POUR LES PLUS JEUNES.
Un chien vantard, par Lionel Koechlin (Gallimard jeunesse, 2012)
Un garçon de 17 ans se retrouve avec un bébé sur les bras, lui qui envisageait de partir à l'université, paf ! son univers s'écroule. Dante est donc en colère, contre lui, contre son ex et contre la petite chose, Emma, qui vient lui pourrir l'existence. Pendant longtemps il va se tenir au garde-à-vous, en souhaitant secrètement que cette parenthèse se referme, mais le temps passe et il doit assumer ses responsabilités. Le ton froid et détaché de Dante donne la pleine mesure de son insensibilité et de sa rancoeur, c'est déstabilisant. Il n'est pas, mais alors pas du tout attendri par Emma, contrairement à son frère Adam et à son père Tyler, bougon en apparence, juste et droit en son âme et conscience. Tout de suite, on se faufile dans ce portrait de famille avec crainte et curiosité, la mère brille par son absence, son décès a été un coup dur pour tous, le sujet a été clos, car on évite d'évoquer les sujets trop sensibles. Chez eux, les garçons ne pleurent pas. En fait, ils évitent carrément d'aborder les questions qui fâchent. Adam est homosexuel et ne s'en cache pas, ses proches font l'autruche, jusqu'au drame. Tous ces événements font que, finalement, la famille devra se serrer les coudes, abattre les remparts et ne plus se contenter de partager le même toit. Pour la première fois, ils devront former une vraie famille. Le roman nous fait partager ces instants avec beaucoup de pertinence et sensibilité, sans tralala, pour rendre un portrait de famille aux contours flous, ce qui apporte authenticité, force et justesse à l'ensemble. Toutefois, il m'a manqué le petit truc en plus pour être pleinement conquise.
Boys don't cry, par Malorie Blackman Milan jeunesse, coll. Macadam, 2011 / traduction d'Amélie Sarn.
"Je ne sais pas ce que Papa attendait. Pensait-il que le simple fait de considérer cette chose allait me faire changer d'avis. Croyait-il que je me dirais d'un coup que cuire des steaks toute ma vie était finalement un petit prix à payer pour avoir la chance de chérir cette petite chose ? Espérait-il que j'allais soudain me mettre à l'aimer ? Eh bien, ça ne marchait pas. Je ne ressentais rien."
C'est un des premiers romans de Sarah Dessen, et franchement il est très beau, annonciateur de toutes les qualités qui seront sa marque de fabrique.
Halley, bientôt seize ans, rentre de vacances en découvrant la mort d'un garçon dont sa meilleure amie Scarlett était amoureuse. (Quelques mois après, elle découvrira qu'elle est enceinte et fera tout pour garder son bébé.) De son côté, Halley est tombée folle amoureuse de Tristan Faulkner, un garçon très différent d'elle, et parce qu'il incarne l'interdit et l'impertinence, elle est attirée par lui. De fil en aiguille, elle se coupe de l'attention trop protectrice de ses parents, elle commet des petites bêtises et elle ment. Alors qu'elle entretenait une relation de confiance et de complicité avec sa mère, elle réalise qu'elle veut autre chose, vivre de nouvelles expériences, avoir ses propres opinions, mais le dialogue entre la mère et la fille passe mal.
Ouhlala. Voilà donc un très joli roman qui aborde, avec tendresse et douceur, les liens qui se tissent dans une vie, ceux avec nos parents, nos amis et nos amoureux. C'est souvent compliqué à gérer, mais il y a un temps pour tout. Halley doit apprendre à grandir en se cassant les dents, sa mère doit se tenir à distance mais garder un oeil sur elle, parce que c'est son rôle aussi, et en même temps celle-ci découvre ce que c'est de "redevenir" une fille lorsque sa propre mère vieillit et perd la tête. *Instant d'identification totale.*
Plus d'une fois je me suis sentie proche des personnages, parce qu'on commet tous des erreurs, on est trop ou pas assez présent pour les autres, on pense bien faire, et ce n'est pas vrai, ou on panique et c'est pire encore. Halley, qui se sentait comme une coquille vide, apprend donc à piocher des couleurs ci ou là pour donner une dimension à ce qu'elle est, selon ses goûts et ses propres attentes (non pas selon celles des autres, c'est tellement courant !). De manière générale, j'ai trouvé que ce roman donnait un vrai sens au fait de grandir et de devenir femme à travers les différents portraits croisés dans l'histoire. Vraiment, un très joli moment à partager.
Quelqu'un comme toi, par Sarah Dessen Pocket jeunesse, 2011. Traduction de Véronique Minder. Merci Alya ! ♥
“There are some things in this world you rely on, like a sure bet. And when they let you down, shifting from where you've carefully placed them, it shakes your faith, right where you stand.”
Jane se réveille sur un lit d'hôpital sans le moindre souvenir de son accident. Son corps a été retrouvé dans un rosier, une voiture a tenté de l'écraser. Pourquoi, que s'est-il passé la veille au soir ? Jane et ses deux meilleures amies se sont rendues à une party où les choses ont vraisemblablement dégénéré. Le médecin qui s'occupe de Jane pense qu'elle a volontairement enterré ses souvenirs pour ne pas devoir affronter une vérité trop douloureuse, alors commence un long, lent travail de reconstruction. Comme un puzzle dont on assemble les morceaux au petit bonheur la chance. La vie de Jane, populaire, entourée, aimée, choyée, apparaît alors moins glamour et enviée. Et très franchement, j'ai beaucoup aimé ! C'est un vrai roman à suspense, avec une ambiance à la Gossip Girl (beauté, richesse, amitié et amour en dehors, mais trahison et tromperie en dedans), bref j'étais intriguée, très curieuse, j'ai tourné les pages, j'ai longtemps cru deviner le fin mot de l'histoire, je me suis trompée, mais je n'étais pas loin ! L'auteur fait vraiment planer le doute, on se surprend à remettre en question la sincérité de tous les amis et proches de Jane. Même les nouvelles rencontres, aussi grisantes soient-elles, nous semblent trop belles pour être vraies. Une lecture redoutable et efficace.
Hantise, par Michele Jaffe Hachette jeunesse, coll. Black Moon, 2011. Traduit de l'anglais par Laure Porché.
Haddon Hall, c'est l'histoire d'une maison, à Londres, à la fin des années 60. C'est aussi et surtout LA maison qui a accueilli le couple David et Angie, et leurs nombreux amis artistes. David est encore un musicos à l'univers obscur, pas bien défini, qui pressent cependant un génie en puissance. Il crée, bidouille et tente de multiples expériences. Il essuie quelques succès d'estime, sans quoi il bute, il tâtonne. Il mène une vie d'artiste incompris, entouré de ses potes, les Marc, John, Mick et compagnie... À ses côtés, Angie, son amoureuse, lui apporte le glamour. Et l'amour libre.
Look androgyne et attitude équivoque, nous sommes en pleine époque hippie. Une période de recherche, de doute, d'insouciance. C'est ce qu'on découvre à travers cette lecture, nimbée d'une aura psychédélique fabuleuse, délicieusement décadente, parée de touches d'humour. C'est aussi balancé de rock-n-roll en déroute et de pop qui explose. Auréolant d'envie et de nostalgie une époque où tout était possible et attendu. Sous la plume de Néjib, on assiste avec fascination à la naissance d'un mythe. Ou quand David devint Bowie. Tout un art. ♥
L'artiste est par nature un être insatisfait. Parfois il se surprend à connaître des moments de plénitude. Mais ce sentiment le quitte aussi vite qu'il est venu.
Haddon Hall : Quand David inventa Bowie, par Néjib (Gallimard, 2012)
Un joli album, coloré et dynamique, pour égayer les quatre saisons qui rythment la vie d'Antonio et sa famille (semblable à la nôtre, aussi).
Claire Franek est encore aux commandes, personnellement j'aime beaucoup. Chaque scène du livre est l'occasion de se pencher sur les détails, de sourire face aux titres et de se retrouver ci ou là, et même si ce n'est pas le cas, c'est une lecture-plaisir qui se passe de long discours !
Les quatre saisons d'Antonio Vivlavie, par Claire Franek (éd. Thierry Magnier, 2011)
Adultes et enfants s’amuseront en toute complicité de cette rumba du pschitt dans le nez, de cette valse des papiers cadeaux et du solo bien au chaud DVD, lait chaud, dodo, toutes musiques familières de l’hiver. Et qui ne se retrouvera pas dans ce tempo allegro du poisson d’avril, ce bal des pétards de l’été ou cette caddie-mélodie et refrain du code barre de l’automne ?...
De mieux en mieux ! Cette série se lit vite et bien, on s'habitue aux rouages de l'intrigue et aux petites manies de l'auteur. Quant aux personnages, ils ne changent guère mais ce n'est pas bien grave non plus. Pourtant, Morganville est en train de vivre un grand bouleversement, depuis l'arrivée en ville d'un vampire nommé Bishop. Ce vieux cinglé n'a pas des intentions des plus honorables, Amelie demeure sur ses gardes et encore plus énigmatique que d'habitude. De plus, l'organisation d'un bal costumé met les nerfs de Claire à cran : tous ses proches et amis sont conviés à cette petite sauterie, sauf elle. Pourquoi pas elle ? Hein, on se doute que la petite demoiselle ne va pas se contenter d'attendre sagement à la maison. La fin du livre prend une tournure plus sombre, annonçant une suite riche en péripéties qui ne devraient épargner personne. La ville est en flammes, Bishop a déclaré la guerre, mais qu'en est-il de nos locataires de Glass House ?! Et la petite Claire cédera-t-elle à ses pulsions ? (Il faut en effet préciser qu'à travers la pression exercée par les méchants vampires, notre héroïne est de plus en plus attirée par Shane, mais elle n'a que seize ans et dans l'état du Texas ce serait illégal de passer à l'acte avant le dix-septième anniversaire, ce qui voudrait donc dire que les choses vont évoluer dans les prochains tomes... gniii !). La série, annoncée sur 15 tomes, est finalement décomposée en plusieurs cycles, le premier se boucle avec le tome 7. Cette nouvelle me réjouit, je faisais un peu grise mine de m'engager sur le long terme, parfois les auteurs devraient apprendre à mettre un point final pour conserver le meilleur. Nous verrons donc... Pour l'instant, je signe !
Vampire City, tome 4 - Rachel Caine Hachette, coll. Black Moon, 2011. Traduction de Alice Delarbre. en VO : Feast of Fools (il y a d'ailleurs une erreur, à ce propos, dans l'édition française)
Claire est désormais un outil entre les mains d'Amelie, elle rencontre Myrnin, un vieux vampire complètement barré, et la voilà qui découvre de gros secrets sur Morganville. Claire, c'est autre chose que cette stupide étudiante de seize ans qui brille à se foutre dans des situations démentielles !? Hein, je ne me trompe pas ? J'ai envie de ne pas me tromper. Son histoire avec Shane, toujours creuse. D'ailleurs, le gars finit à l'hosto, comme si l'auteur elle-même ne savait pas quoi faire de son pion. Seul Michael a le beau rôle dans l'histoire. Et Oliver aussi, mais lui c'est le mauvais garçon, mais alors vraiment mauvais, MAUVAIS. Finalement je pousse plus loin, encore. La façon dont cela se termine t'oblige à en vouloir plus. Longue vie aux réunions familiales, moi je vous le dis !
Vampire City tome 3 - Rachel Caine Hachette, coll. Black Moon, 2011. Traduction de Alice Delarbre. en VO : Midnight Alley
Encore un album pour aider à grandir et comprendre les p'tits bouts qui cessent d'être riquiquis et qui deviennent des futurs grands aux préoccupations de grands ! ... Pas facile, l'adolescence !
Un petit livre pour expliquer les rouages du cerveau des adolescents : les interrogations, les choix à prendre, les remises en question, le sentiment de solitude et d'incompréhension, les disputes avec les proches, les crises de colère, l'envie d'exister autrement que par les choix imposés par la famille... C'est très bien vu, très bien expliqué et cela montre que rien n'est simple.
C'est très désagréable et tout à fait impossible à supporter d'avoir dans la tête autant de questions possibles, sans réponses vraiment possibles en même temps...
Comme quoi, il faut savoir les ménager, nos petits adolescents. Ce sont des êtres torturés, donc fragiles. Heureusement la conclusion est réconfortante, parce le portrait de l'adolescence n'est pas seulement un long cheminement fait de solitude et de prises de tête, c'est aussi des moments de joie et de révélations.
Tout à coup on sait que penser, que dire, qui être, qui aimer, quoi faire, quoi vouloir, quoi choisir et quoi devenir...
Ouf.
Tout le monde à dos, par Annie Agopian et Claire Franek (Rouergue jeunesse, 2011)