Firmin, ou l'Autobiographie d'un grignoteur de livres. Firmin est un vrai RAT de bibliothèque. Il est le treizième rejeton d'une portée expulsée un printemps 1961 dans la chaleur d'un sous-sol d'une librairie de Scollay Square, à Boston. Firmin n'est pas un rat comme les autres, il est mou, paresseux, c'est un papivore qui découvre par la même occasion le goût des livres, oui véridique ! C'est un dévoreur de livres, un vrai amoureux des belles pages, des auteurs, et le refuge de Norman Shine, notre bouquiniste, est une aubaine pour lui. Alors que les siens s'en vont mener leur petite vie, au gré de leur indépendance et des aléas de l'existence, Firmin reste seul mais il n'en est pas mécontent. Le soir, il aime se faufiler jusqu'au cinéma de quartier, le Rialto, où à minuit passé le projectionniste lance quelques films légers qui ravissent les yeux de notre narrateur, Firmin et ses petites Mignonnes... tout un programme ! Mais notre animal à quatre pattes n'est pas un ravi de la crèche pour autant, le temps file, la faim le talonne, la solitude aussi, à force d'avoir parcouru tous les rayons de la librairie, les ouvrages n'ont plus de secret pour lui, et sa relation avec Norman connaît un clash inattendu, très vexant, et qui brise le petit coeur sensible de Firmin. Avec les années, il n'a pas perdu de sa verdeur ni de son insatiable curiosité, pourtant il est plus amer. Il se décrit comme dépressif, clown grotesque et pervers. Il rêve d'une harmonie sans ombre avec l'humanité, hélas utopique, si ce n'est sa belle rencontre avec Jerry Magoon, un obscur écrivain de SF. Et dans le quartier, ça bouge. La mairie a lancé un vaste programme de réhabilitation, les boutiques ferment les unes après les autres, c'est la fin d'une belle époque. Entre cynisme et romantisme, notre rat Firmin nous raconte cette vie baignée par les livres, le plaisir des mots, l'émerveillement des images, la vie rêvée et les fantasmes sans limite. Entendez le double sens littéraire de cette histoire, si lire est ton plaisir et ton destin, ce livre a été écrit pour toi, nous dit d'ailleurs Alessandro Baricco en quatrième de couverture. Firmin, ou celui qui se rêvait Fred Astaire, a un talent hors pair pour raconter ses déboires de rat de bibliothèque, de rat savant et de rat désespéré sans jamais tomber dans le mélo sirupeux. C'est très proche d'un Woody Allen en grande forme, ça frise la dépression et l'amertume, mais ça reste drôle et piquant sans ciller. J'ai dévoré ce livre en une soirée, je me suis régalée... et pourtant, oui c'est un rat. Je n'aime pas ça non plus, cela ne changera pas ma vision des choses mais on a tous le droit de raconter ses petites misères ! Pour de rire, surtout.
Actes Sud, 2009 - 200 pages - 18€ traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy
C'est l'histoire d'un couple en voyage de noces en Sicile, à Marsala. Luca, quarante ans, y a passé toute son enfance et son adolescence, il y retourne pour la première fois, sur l'insistance de sa jeune épouse, Benedetta, trente ans. C'est l'été, au bord de la mer, il fait très chaud. Et de quoi parle notre couple ? De tout : l'amour dure-t-il toujours, la canicule jamais vue depuis cent cinquante ans, la coupe du monde de foot en Allemagne, l'envie d'avoir un bébé à tout prix, les cheveux qui tombent sur la nuque, les pâtes aux oursins, la lumière verte et la lumière rouge du test tous les matins.
C'est loin d'être un roman de plage, où l'on papote bouche en coeur de l'avenir du couple et de l'amour qu'on rêve éternel. Promis, juré, ce n'est pas ça du tout ! C'est cynique, absurde, amer et nostalgique. Luca retrouve son premier amour, Katja. Elle a une fille de dix-sept ans, qui se promène les seins nus sur la plage. Benedetta pique sa petite crise de jalousie, Luca préfère se cacher derrière son journal ou sa paire de lunettes noires, il se plonge dans sa revue de presse quotidienne, il répond aux coups de fil de sa mère, il refuse de parler du passé. C'est beaucoup pour un seul homme !
Benedetta, de son côté, est obsédée par son envie de tomber enceinte, elle est superficielle, immature et matérialiste. Son bébé, elle le fait presque pour copier sa copine Tarita, qu'elle déteste ! Luca est un paranoïco-hypocondriaque (un mal de tête se transforme en tumeur au cerveau !), il n'a pas l'air dans son assiette, ce retour aux sources lui plombe le moral, et il croise les doigts pour que l'Italie ne gagne pas la Coupe ! Voilà le tableau.
Ce roman, je voulais l'aimer, je voulais même l'aimer très fort, et finalement j'ai d'abord été déçue. Au lieu d'abandonner trop vite, j'ai attendu une semaine avant de m'y replonger. Bien m'en a pris car la deuxième tentative fut la bonne. J'ai réappris à l'apprécier et à sourire aux propos absurdes que s'échange le couple, au bord de la névrose, reconnaissons-le. Car sous la douceur de vivre italienne, le soleil et la mer en décor, il y a un volcan qui s'éveille, des crispations en gestation, des silences, des rancoeurs, des actes manqués, des obsessions, et de la bêtise (beaucoup de bêtise). Ce troisième roman de Giuseppe Culicchia est l'anti-roman de plage par excellence ! A découvrir avec des yeux hallucinés.
Albin Michel, 2009 - 222 pages - 15€ traduit de l'italien par Françoise Brun
Jessica Day fait sa rentrée au lycée de Bixby en Oklahoma, elle a quinze ans, c'est la petite nouvelle et tous les regards sont braqués sur elle. Elle ne le sait pas encore, mais Rex a cerné qu'elle portait l'Empreinte. Il charge deux de ses camarades de la tester discrètement, afin de déterminer si elle est une des leurs. Les résultats ne sont pas concluants, et pourtant Jessica a quelque chose. Elle fait des rêves étranges, à minuit le monde s'arrête mais elle seule peut continuer d'évoluer dans cette dimension, et enfin des créatures de l'ombre lui sautent dessus, pas besoin de lui faire un dessin pour comprendre leurs intentions ! Jessica fait alors connaissance de la singularité de Rex, Dess et Mélissa. Entre eux, ils se nomment les Midnighters car ils ont en commun d'être nés à minuit, de vivre la vingt-cinquième heure et d'avoir des dons exceptionnels. Jessica comprend qu'elle possède aussi ce truc en plus, reste à savoir lequel.
Un cinquième 'élément' fait son apparition, le genre rebelle au grand coeur. Ce qui lui importe le plus, s'amuser et ne pas prendre au sérieux la théorie de l'heure secrète. Il ne se mêle pas à la bande de Rex, quelques anicroches dans le passé ont fragilisé leurs rapports, mais on n'en sait pas plus. De son côté, Jessica a le béguin. Mais cette histoire sentimentale, franchement, on aurait pu s'en passer. Elle n'est pas extraordinaire, plutôt plate et ennuyeuse, pas très mature. Et c'est quasiment un jugement d'ensemble que j'ai failli avoir, tant le début m'est apparu lent et pénible à décoller, sans style véritable, l'héroïne n'est pas sensationnelle, et les autres personnages aussi n'ont pas réussi à faire chavirer mon coeur. C'est bien parce que j'avais déjà lu le trop-plein d'enthousiasme soulevé par cette série que j'ai persévéré, maintenant je me demande si cela n'a pas créé une attente trop forte ! C'est toujours le piège...
Bref, passons. La deuxième partie du roman a su m'offrir un regain d'intérêt et je n'ai plus décroché avant la fin. On connaît le don de Jessica, cela ne signifie pas pour autant que l'histoire est fermée. Des petites allusions ont pointé leur nez, tous nos protagonistes ne seraient pas uniformes, ils ont l'étoffe des superhéros et en même temps ils doivent paraître des adolescents ordinaires, vêtus de noir de pied en cape, obligés de se fondre dans la masse grouillante des lycéens bêtas de Bixby. Cette ville, d'ailleurs, n'a rien en commun avec les autres localités de l'état d'Oklahoma, ce sont les gamins qui le disent, tout y est très bizarre ou trop nul, mais la banalité n'a pas lieu de cité. (On le comprend, vous connaissez beaucoup de repères de Darklings autour de chez vous ?!)
Je me raccroche aux branches comme je peux : je n'aime pas particulièrement les personnages, l'histoire est loin d'être renversante, mais elle est sympathique et riche en rebondissements, alors je tends mon espoir vers cette ambiance énigmatique du monde bleu, sorte de dimension parallèle où se côtoient Darklings et Midnighters (my god, mais dans quel monde sommes-nous !?!), et les tensions existant au sein des Midnighters, qui vont nourrir quelques clashes (non ?). Ce n'est pas possible que tout reste linéaire... je veux des larmes, de la trahison, des mensonges, des coups d'éclat (et du sang ? ne rêvons pas !). Le tome 2 s'annonce déjà (sortie le 7 mai, yes !).
Pocket jeunesse, 2009 - 335 pages - 13,50€ traduit de l'anglais (USA) par Guillaume Fournier
Tu es plus facile à faire qu'à comprendre et tomber, je n'ai pas pu te prendre Partir trop loin de toi, j'ai voulu te manquer à tes yeux fins d'exister
Et au sud de mes peines, j'évolue loin de toi pour couvrir mon cœur d'une cire un peu noire Que tous les regards lancés à mon égard, j'ai tenté de voler loin de toi J'ai tenté de voler loin de toi
Tu es plus facile à suivre, dans la ville qui devient notre plus grande fuite Et moi, étendue dans ce lit, je contemple ce que je t'ai donné de ma vie
Et au sud de mes peines j'évolue loin de toi pour couvrir mon cœur d'une cire un peu noire Que tous les regards lancés à mon égard, j'ai tenté de voler loin de toi
paroles : coeur de pirate
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Switch Girl !(Natsumi Aida)
C'est exagéré, totalement grotesque, mais qu'est-ce que j'aime ça ! Ne pas se prendre au sérieux. Être soi-même. Se moquer du regard des autres. Nika est la fille la plus populaire de l'école, superbe, très belle, tirée à quatre épingles, son charisme est dévastateur. Par contre, Nika a un secret, qu'elle partage avec sa meilleure amie : en mode off, notre demoiselle se lâche, à bas la bienséance, l'attitude prout-prout, elle est complètement nature. Méconnaissable, avec ses vilaines lunettes, son survêtement lâche et sa culotte qui bouloche, une tue-l'amour finie !! Et pourtant, un garçon vient de découvrir le pot-aux-roses : Arata, le nouvel élève. Mais lui aussi cultive une double facette : au lycée il porte des binocles à double fond, alors qu'il a un charme fou sans sa panoplie d'enlaidissement. Pourquoi ce cinéma ? Arata est un garçon bizarre, très mystérieux, parfois il est gentil, mais souvent il envoie balader Nika. Schéma classique, mais qui fonctionne à merveille : l'histoire est drôle, surtout burlesque, mais la relation entre les deux promet de belles, belles scènes !!!
Delcourt, avril 2009 - 6,25€ Série en cours, le tome 2 sort en juin. :)
Lovey Dovey, tome 4(Aya Oda)
Avant-dernier épisode de cette série pas transcendante, mais fort sympathique, dans le genre comédie olé-olé rigolote. Cette fois-ci l'histoire insiste sur les tentatives de séparation du couple par leurs ennemis. Toutefois je regrette que tout trouve aussitôt sa solution, le suspense est creux, mais au moins on comprend pourquoi l'amour est interdit dans cette école ! On sent que la série se termine, tant ça piétine, par contre les déclarations entre les deux amants sont toujours aussi enflammées, ça fait plaisir à voir. Et la fin est craquante ! L'éditeur ne le précise pas, mais certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes / prudes.
Soleil Manga, mars 2009 - 6,95€ Sortie du tome 5 début juin !!! yessss ! :)
Five, tome 1(Shiori Furukawa)
Nouvelle élève, Hina intègre la classe A+ réservée aux cracks et dans laquelle on ne trouve que des garçons, et le fameux club des Five, soit cinq types canons et populaires, les coqueluches du lycée. En tête, Toshi la prend sous son aile et rompt avec son habitude de coureur de jupons. Devenue leur princesse, Hina découvre aussi l'amitié, elle qui a passé toute son enfance ballottée de ville en ville par ses parents. A première vue, les dessins ne me plaisaient pas du tout, les personnages ont parfois de drôles de tête, mais on s'y habitue. L'histoire est vraiment bien, pas très originale, à prendre comme une bonne comédie sentimentale, et j'aime beaucoup ! Toshi et Hina entretiennent une jolie relation, pour l'instant encore chaste, mais ce jeu du chat et de la souris est aussi très mignon !
Kana, mars 2009 - 4,50€ série en cours, le tome 2 est déjà dispo.
Désir C Max, tome 5(Ayane Ukyo)
De nouvelles révélations sur les liens familiaux entre Mio, Hinata et Shoei sont donc tombées. L'équilibre est chamboulé, et la jeune fille perd un peu la tête. Shoei se sent blessé mais n'en dit rien, il préfère agir avec force en manipulant l'élue de son coeur. Mio a le coeur pris en étau, Hinata a choisi de passer à l'attaque lui aussi, point d'inceste dans tout ceci, le garçon n'est pas plus son frère que Shoei. L'argent aidant, Shoei et Hinata se livrent un jeu cruel, qui brouille les sentiments de Mio. La série a relevé la barre, tant mieux, le sujet était devenu glissant et salement pervers, je n'aimais pas trop. Le caractère de Shoei est toujours dérangeant, trop autoritaire et exigeant, c'est parfois écoeurant, par contre c'est à égalité avec ce qu'inspire Hinata, ce personnage, mal défini depuis le début de la série, devient un trublion dans l'intrigue sentimentale, prêt à tout pour séparer les amants. Attention, l'éditeur le précise en tout petit mais ce manga comporte quelques scènes explicites. A ne pas mettre entre toutes les mains, j'insiste !
Panini Manga, février 2009 - 6,80€ Série terminée en 7 volumes : le tome 6 est déjà disponible, le 7 sort en juin ! :))
My first love, tome 1(Kotomi Aoki)
A huit ans, Mayu et Takuma se déclarent leur amour et promettent de se marier quand ils seront plus grands. A douze ans, ils sont toujours inséparables mais le destin met son grain de sel. Très malade et soigné par le père de Mayu, Takuma apprend, lors de son voyage scolaire, qu'il est condamné à vivre jusqu'à vingt ans. Est-ce pour cette raison que le couple va se séparer au lycée ? Ce premier tome est long à mettre en place l'histoire, on s'attarde sur l'enfance et l'adolescence des personnages, on comprend la grave maladie du garçon et la dévotion de la jeune fille. C'est un amour très pur et beau qui les lie, précoce aussi, je le conçois, je suis toujours impressionnée par ces histoires d'amour qui grandissent au fil des années, sans faillir, mais c'est de la fiction, ne blablatons pas plus ! Pour l'instant, on ne comprend pas encore pourquoi à l'âge de dix-huit ans tous deux auront rompu. Et c'est simplement dans le tome 2 que l'action décolle ! Mais ce n'est pas grave, ce début est prometteur et me convient tout à fait pour cerner la personnalité du couple. J'avais trouvé la couverture peu engageante, mais les dessins à l'intérieur sont plus jolis (en souhaitant que cela ne change pas pour la suite !).
Soleil Manga, mars 2009 - 6,95€ Série terminée en 12 volumes. Le tome 2 est déjà dispo, le 3 sort en juin.
NB : Utilisez les tags pour davantage d'infos ! ;o)
Avril est passé, damned... (c'est passé vite, non ?) Ou c'est sûr que le temps court plus vite quand de belles, belles choses nous arrivent. Le bilan du mois, côté lecture, s'annonce aussi réjouissant !
En avril, j'ai aimé :
L'Orgue de Quinte, par Hervé Picart
Il était une fois peut-être pas, par Akli Tadjer
Jours tranquilles, par Lizzie Doron
Boomerang, par Tatiana de Rosnay
A la recherche de Marie, par Madeleine Bourdouxhe
Surdouée, par Nikita Lalwani
Mausolée, par Rouja Lazarova
L'année brouillard, par Michelle Richmond
La fin n'est que le début, par Katarina Mazetti
Kiki Strike, par Kirsten Miller
La saga Mendelson, par Fabrice Colin
Un swing parfait, par JP Nozière
Apolline et le fantôme de l'école, par Chris Riddell
Zoé tout court, par CM Harper
La Mammouth académie, par Neal Layton
Amulet, livre un : Le gardien de la pierre
Le rapetissement de Treehorn, par Florence Parry Heide
Voici un livre 5 décrété par mademoiselle ma fille (et elle a bon goût !) :
Les plus fidèles lecteurs reconnaissent le deuxième livre de Chris Riddell, seul aux commandes, après une rouge introduction portant le titre d' Apolline et le chat masqué (publié en mai l'an dernier).
Quoi de neuf chez cette jolie blondinette qui vit seule dans l'appartement 243 de la tour P.W. Huffledinck, que tout le monde surnomme le Poivrier ? La routine, bien sûr. Des parents en déplacement, emportés par leur passion de la collection d'objets insolites. Une batterie de services en tous genres pour subvenir aux besoins de l'enfant, du repas à domicile aux changeurs d'ampoules, en passant par les techniciens rapetasseurs d'oreillers et tireurs de rideaux. Et heureusement, le plus fidèle compagnon et ami : M. Munroe (de Norvège).
Lors d'une promenade dans le jardin ornemental, Apolline fait la rencontre de Cécilie Forbes-Laurence, troisième du nom, et Bredouille, son poney de Patagonie. Cette fille est étonnante, elle a sans cesse des histoires extraordinaires à raconter, Apolline s'attache et décide de devenir son amie. Mais les festivités touchent à leur fin, car Cécilie doit retourner à l'école. L'endroit a tout pour plaire et fasciner Apolline : l'Ecole Alice B. Dupont a été créée pour aider chacun à découvrir son don spécial. Notre héroïne écrit aussitôt à ses parents pour en faire partie !
L'ambiance dans cette école est épatante, totalement hors du commun, le décor est celui d'un manoir sur le sommet d'une colline, on y vient en bus et un majordome vous accueille. L'emploi du temps privilégie des activités réjouissantes, comme l'étude de rires, la rêverie appliquée ou les compétences inutiles. Cerise sur le gâteau, Cécilie est fière de rapporter les vieilles histoires qui hantent la maison, les légendes avec des fantômes ou le conte à dormir debout du cheval des Hammerstein qui revient la nuit pour se venger... Ses camarades sont transis de peur, mais Apolline n'est pas dupe. Même M. Munroe, isolé dans l'aile est, a pris l'initiative de mener sa petite enquête.
Cette série est une vraie réussite, par son humour et son intelligence d'une part, par le talent de l'auteur et illustrateur Chris Riddell bien entendu, et d'autre part par l'imagination, par la création et par l'originalité dans le produit. Couverture cartonnée, reliure dorée, à l'intérieur les teintes utilisées sont exclusivement en noir et bleu. Les personnages sont amoureusement peignés, on ressent même un élan d'amitié pour M. Munroe, injustement délaissé par Apolline, mais ce n'est pas méchant, juste tout nouveau pour elle (avoir une amie de son âge, aller pour la première fois à l'école). Il y a des scènes hilarantes, comme l'invitation au pique-nique des ours, et un décalage sans cesse renouvellé dans l'atmosphère, entre le rire, les frissons, le suspense, le rétro. Je reconnais, je n'ai absolument pas honte de chiper ces livres à ma fille !!!
Peut être lu dès 7-8 ans. La lecture peut paraître ambitieuse avec ses 175 pages, mais il y a très peu de texte et beaucoup d'illustrations (où il faut retrouver tous les fantômes de l'école !). Ludique, en plus, c'est génial ! J'avais beaucoup aimé le premier livre, mais j'ai adoré celui-ci. Encore mieux, est-ce possible !?!
Milan jeunesse, 2009 - 175 pages - 11€ traduit de l'anglais par Amélie Sarn
Le dernier patriarche, c'est Mimoun le bienheureux. Premier fils d'une famille qui comptait déjà trois filles, Mimoun s'illustre dès son enfance par son caractère colérique et violent. A six mois, il reçoit sa première gifle par son père, est-ce le geste de trop ? Celui qui, selon la grand-mère, justifierait le comportement bizarre de Mimoun. A seize ans, il sait déjà que le monde où il vit n'est pas celui où il aurait dû vivre, il sait également qu'il veut une nombreuse progéniture d'une femme qui ne doit être qu'à lui. Tout cela lui devient une évidence. Il part en Espagne, connaît des galères, rentre au pays et épouse sa promise, qui tombe enceinte d'un fils. Mimoun repart, fait fortune, devient père une deuxième fois, d'une fille qu'il soupçonne ne pas être sienne. C'est son vilain tempérament qui macère, lui le coureur de jupons accuse sa propre femme de le tromper ! A la faveur du regroupement familial, l'immigré marocain fait venir sa famille en Catalogne et continue de lui faire subir son lot de misère et d'humiliation.
Ce n'est pas un secret, au début on apprend que Mimoun va tout perdre, c'est lui le dernier patriarche. Une rupture va survenir dans cette tradition familiale, par la volonté d'une personne, sa fille, la narratrice de l'histoire.
Comment s'y prend-elle ? On le découvre à la toute fin. Et quelle surprise ! La demoiselle n'est pas née de la dernière pluie, « Moi je suis née avec ce devoir affectif envers une mère sauvage domptée dès le début de son mariage et un père que je voyais rarement. C'est avec cet héritage que je devais me soumettre à mes devoirs affectifs. ». Parce qu'elle décide de raconter leur vie de famille, elle rompt ainsi avec le silence. Elle avoue tout de la violence du père, de sa jalousie, de ses colères, de son despotisme et de ses attitudes de macho.
La jeune fille a grandi en Espagne, s'est nourrie d'une culture en décalage des préceptes de ses parents, elle comprend l'affirmation, le goût d'indépendance. Elle rejette la dictature patriarcale. A travers son histoire, c'est aussi le soleil du bassin méditerranéen qu'on reçoit, une façon de vivre, un cocon qui protège ses acquis, un cercle qui se ferme et ne transmet son savoir qu'à travers sa propre génération. Avec la fille de Mimoun, la tradition change, les mots cognent comme des poings, et elle n'y va pas de main morte ! Le texte est cependant baigné par un souffle romanesque, une écriture chatoyante et magique ; il est raconté dans la grande tradition orale, semblable à ses contes et légendes du Sud où on retrouve les larmes, les rires, la beauté, l'insouciance, l'exil, la solitude. Une vraie épopée familiale, avec son lot de mariages, de naissances, de tromperies, de départs et de renouveau.
C'est une lecture agréable, mais qui comporte des longueurs, en plus d'une fin déconcertante (mais la vengeance, même culottée, est belle !). On déteste Mimoun, toutefois on suit son parcours avec passion. Quel charisme !
Actes Sud, 2009 - 366 pages - 22,80€ roman traduit du catalan par Anne Charlon
« je devenais une jungle d'histoires que moi seule connaissais, une jungle rétive et imperméable à leurs tourments tapageurs, je devenais une île »
« Car les mots, dans notre maison, ceux qu'on disait entre nous mais aussi ceux qui cavalaient comme de beaux diables dans notre cerveau sans jamais quitter leur prison, avaient dressé autour de nous un mur plus haut que les plus hautes falaises au bord desquelles grand-père et moi nous promenions pour fuir le bruit, le fracas, les tempêtes, jusqu'à ce qu'il renonce pour de bon à la lumière de jour, à la rumeur sans fin de leurs chagrins, mots et mains distribuant de drôles de caresses qui laissaient sur ma joue, mon visage tout entier, des souvenirs sales, des images sans joie. »
Sans joie, effectivement. Ce texte qui laisse se croiser quatre portraits d'hommes et de femmes aux vies tourmentées est dénué d'artifices. Il est totalement sobre, retenu, pudique et plat. Pas ennuyeux, juste indéchiffrable et déroutant. A tour de rôle, Elisabeth, Jeanne, Anatole et Vincent parlent de leur vie, c'est d'un triste à pleurer (mais on ne pleure pas !), c'est plutôt sombre et usé.
Que ce soit Elisabeth, vieille femme de quatre-vingt ans qui croupit dans une maison de retraite, ou Vincent, son fils, cadre dans une entreprise où il est sans cesse scruté, repris, surveillé, houspillé, la vision est d'un pessimisme profond. Jeanne, elle, se confie à Anatole, qui a fui son pays pour longtemps errer dans des marais, avec d'autres compagnons d'infortune qu'il a perdus à force d'épreuves rudes et épuisantes. Donc, Jeanne a quitté son foyer où cohabitaient la grand-mère, la mère et Claire, la soeur. C'était celle-ci qui ambitionnait de tout plaquer, mais c'est finalement Jeanne qui est partie. Elle a tourné le dos à cette vie de chagrins, peuplée de fantômes (des morts, partout !). La maison se trouve près d'une falaise qui s'écroule au fil du temps, les disparitions surviennent à tour de bras.
Bref, ce sont des bouts de vie qui s'envoient et se renvoient comme des balles de tennis, elles résonnent dans le vide, leur écho nous glace le sang. J'étais pressée de sortir de cette ambiance, un peu trop sinistrée à mon goût. Mais l'écriture de Frédérique Clémençon est nette, précise, habile car elle jongle sans trembler entre longues phrases et rythme syncopé pour un résultat étonnant, mais séduisant.
Dix ans dans la tête, ça fait dix ans que je te guette, ma première ride... Dix ans c'est flippant, comme le premier cheveu blanc.
Dix ans plus mon âge, j'encaisse encore davantage, ma première ride... Rien n'est comme avant, teinture, pot d'crème, traitement... voilà ma première ride.
Anouchka Davidson est auteur (célèbre) de romans d'épouvante, elle travaille chez elle, mais elle commence à s'ennuyer ferme. Ras-le-bol du ménage, de la cuisine, des enfants et du mari, Anouchka a trente-six ans, et elle comprend par des remarques mesquines que le temps file à ses côtés et qu'elle ne s'en est pas rendue compte. Il est temps de changer de peau, en profitant d'une invitation pour un mariage, Anouchka s'envole avec son amie et voisine Clotilde pour des petites vacances relaxantes, ou revitalisantes, du moins le croit-elle.
Ne vous attendez pas à une recette miracle, sauf celle de se dire que le rire est la meilleure arme pour sauver toute situation critique ! Les frasques d'Anouchka, jeune femme moderne, bavarde, pleine d'énergie, sont racontées avec beaucoup d'humour et d'insouciance. Comme elle, on se pose les mêmes questions sur le temps qui passe, sur le quotidien qui vous englue dans sa routine, sur les enfants qui grandissent et deviennent des ados indécodables, sur la légèreté de paraître, sur le constat flippant, un matin, de se réveiller avec cette ride aux yeux, et de vouloir vous reprendre en main, vous offrir une escapade pour chasser la morosité qui vous gagne !
La solution offerte : se dire qu'il n'existe pas d'âge meilleur qu'un autre, que chaque décennie comprend son lot de bonnes et mauvaises choses, le principal serait juste de vivre l'instant présent et d'apprécier son âge comme une cadeau du ciel ! (Promis, demain je m'y mets !)
Blague à part, j'ai trouvé ce roman distrayant, même si l'héroïne est parfois saoulante, avec des situations qui traînent un tantinet en longueur, mais cela n'a nullement gâché mon plaisir. J'ai ri, n'est-ce pas le principal ? ;o)
Mon mantra du moment : « En quoi une petite ride empêche-t-elle de vivre ? L'âge n'est pas une maladie, au contraire, c'est la récompense d'être parvenus à exister. »
Audrey vient de rompre avec son petit ami, Evan. Leader d'un groupe de rock, ce dernier écrit une chanson narrant leur rupture. La jeune fille la découvre sur scène, rouge de honte, mais sans se douter du début de son calvaire. Le groupe a été repéré par un directeur artistique, la chanson va devenir un vrai succès avec passage radio en boucle, couverture médiatique intensive, promo sur le net et déchaînement des passions. Bien malgré elle, Audrey est propulsée dans cette spirale - popularité soudaine, star-system opportun, manipulation des journaux, photos volées et j'en passe.
Récit très rock'n roll malgré ses apparences futiles et puériles, le roman s'enorgueillit de références musicales très pointues pour chaque ouverture de chapitre. Pour ça, j'ai aimé ! L'héroïne livre donc son propre vécu sur ce qu'elle nomme la grande Affaire de LA chanson ! Sur un ton résolument mordant, ironique et tonique, elle apparaît autrement qu'une potiche charmante et souriante, c'est une nana avec du tempérament, pas nunuche pour deux sous, qui craque pour des chanteurs très mignons (dix-sept ans, ça s'excuse !), qui a beaucoup d'humour, une meilleure amie, Victoria, comme pas deux, et des parents confiants et complices, des gens attentifs et ouverts, qui savent mettre en garde tout en se sentant dépassés, mais pas des parents copains non plus (tant mieux !). Ce roman est une dénonciation déguisée de la starification à outrance et de ses dérives, c'est loin d'être girly, ou juste assez pour fluidifier l'ensemble. Globalement j'ai bien aimé, cependant j'ai largement dépassé l'âge (public requis, selon moi, adolescents et jeunes adultes), car j'ai tiqué sur certains codes du langage inhérents à la génération actuelle (et en écrivant cela, j'ai l'impression de vieillir d'un coup !). En 4ème de couverture, on nous apprend que Meg Cabot a trouvé ce roman irrésistible et drôle !