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Chez Clarabel

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22 avril 2009

Les histoires de la salade ~ Bénédicte Guettier

C'est la panique dans le potager, la salade en raconte des vertes et des pas mûres à un public - jeune - composé de petites carottes et de petits lapins. L'inspecteur Lapou intervient. Sévère, il explique à la salade que ses sornettes sèment la terreur chez les jeunes pousses. Il faut que ça cesse.

Mais la salade est râleuse. Têtue aussi, elle fait fi des avertissements de Lapou et enchaîne ses histoires ineptes comme des perles sur un collier. Et puis arrive un navet qui aime les histoires tirées par les cheveux, mais c'est un mauvais coucheur, qui n'en veut pas de toutes ses salades - l'adresse pour se faire poser des dents, comme la courgette, il la veut, et tout de suite !

histoires_de_la_salade

L'univers de Bénédicte Guettier, et particulièrement dans ses albums de l'inspecteur Lapou, offre un monde coloré, drôle et ludique. Cette fois-ci il n'y a pas de mystère et d'enquête à résoudre pour l'inspecteur Lapou, devenu simple spectateur d'un potager sens dessus dessous, et on se régale de tous ces jeux de mots, de tous ces bons mots qui illustrent les histoires de la salade !

Bénédicte Guettier ne s'adresse pas qu'aux petits enfants (ou restez-en à L'âne Trotro), je trouve dans les albums de l'inspecteur Lapou une certaine impudence, pas du tout choquante, au contraire l'ambiance est délicieusement malicieuse et folle, dans le bon sens du terme. L'inspecteur Lapou cultive un flegme et un humour pince-sans-rire qui nous le rendent irrésistible ! Adoptez le ton décalé et farfelu de cette série, une fois goûtée vous ne vous en lasserez plus ! ;o)

Gallimard jeunesse, coll. Giboulées, 2009 - 7,00€

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22 avril 2009

La ferme de grand-père ~ Patricia MacLachlan

ferme_de_grandpere

Oubliez la famille Ingals et faites désormais connaissance avec les Witting, grâce à cette série commencée avec Sarah la pas belle (publié en 2004) et qui se boucle avec ce cinquième tome.

C'est donc l'histoire d'une famille de pionniers dans la grande prairie américaine, un père veuf vivait seul avec ses deux enfants, grâce à une petite annonce il a rencontré Sarah, la famille s'est agrandie, les petits ont quitté le nid, dans ce dernier tome, par exemple, Anna se marie. C'est l'occasion de faire une grande fête et de réunir tous les oisillons éparpillés.

J'ai trouvé dommage de ne pas avoir respecté le titre original, Grandfather's dance, parce que cela symbolise un passage très important dans l'histoire. Bonpa est réapparu dans la vie des Witting en cours de route (cf. Le Journal de Caleb, tome 3), depuis il occupe une place cruciale, surtout pour le petit Jack, le dernier né. Une vraie complicité s'est créée entre eux.
Quand l'enfant fait pour la première fois une crise de colère, seul Bonpa arrive à le calmer en le grondant sévèrement. L'enfant se tait. Il a compris. Mais grand-père se sent mal d'avoir haussé le ton, alors pour s'excuser, sous un rayon de lune, il danse une gigue exprès pour son petit-fils. Sa façon à lui de dire pardon.

Bref, afin d'éviter de vous raconter toute l'histoire, je vous invite à la découvrir car c'est un bijou de tendresse, c'est même très émouvant, drôle aussi. C'est une série attendrissante, qui mérite d'être davantage connue et conseillée aux enfants dès 8 ans.

Illustrations de Quentin Blake

Folio Cadet, 2009 - 105 pages - 7,90€
traduit de l'anglais (USA) par Anne Krief

La série comporte cinq titres :

  1. L'histoire de Sarah la pas belle
  2. Sarah la pas belle se marie
  3. Le journal de Caleb
  4. Un cadeau pour Cassie
  5. La ferme de grand-père
21 avril 2009

Le camp des éléphants ~ Frédéric Lepage

camp_des_elephants

Micah a totalement renié ses origines thaïlandaises et vit depuis douze ans avec son père, Antoine, ses frère et soeur, Bart et Charlie, dans la région bordelaise. Leur mère est décédée, le moral est en berne dans la maison, quand arrive une lettre d'Asie qui annonce l'héritage d'un bout de jungle. Toute la famille (à l'exception de Micah) est excitée et décide de faire le voyage.
Sur place, le garçon n'ouvre pas la bouche. Il a l'intention de refuser cet héritage, mais en découvrant un vieux camp d'éléphants malades hanté par une poignée de cornacs, sa soeur Charlie s'excite et propose de créer un centre pour touristes fatigués, qui aimeraient se ressourcer au coeur la jungle. Et l'aventure commence.

Au début toute la logistique est réglée sans peine ni problème. Au diable les avertissements de l'avocat qui a raconté que cette terre était maudite, qu'il fallait vendre et fuir au plus vite. Or, peu de temps après, la famille a des doutes. Elle découvre qu'un crime abominable a eu lieu cinq ans auparavant, un cornac a été tué, son assassin n'a jamais été arrêté. Les rares témoins disent même que le criminel rôderait encore dans les parages pour revenir accomplir sa folie meurtrière !

Dans cette ambiance exotique, dépaysante et palpitante, l'histoire passionnante de Micah et des siens nous transporte. Le cadre est admirablement décrit, en mettant le doigt sur les religions, les croyances, la culture d'un peuple qui vit à l'écart de tout. On en apprend aussi sur les éléphants et les cornacs, sur les gibbons, et une étrange créature phosphorescente. Parce qu'il se passe aussi des événements peu banals, la menace plane sur Micah (qu'on tente d'étrangler), mais ce garçon découvre aussi un don qu'il a en lui et qu'un vieil homme du camp va aider à exploiter. Un peu comme une deuxième naissance.

Pour un premier tome, c'est une très bonne découverte. Le Tome 2 vient de paraître. Le troisième est annoncé pour l'automne 2009.

Msk, 2008 - 200 pages - 10€
Le livre a obtenu le Prix des lecteurs du Journal de Mickey.

Quelques adresses en rapport avec l'histoire :

malediction_de_mara (à suivre... bientôt !)

21 avril 2009

Surdouée ~ Nikita Lalwani

« un paysage d'amours et de désirs qui luttaient pour respirer »

surdouee

A voir cette couverture, on est en droit de s'attendre à un livre qui décolle, avec une héroïne prête à s'éclater. En fait, ce n'est pas tout à fait le cas. Surtout au début. A dix ans, Rumi est reconnue surdouée en maths. Ses parents tombent des nues mais n'en perdent pas une miette. Aussitôt un programme d'entraînement intensif est fixé, l'enfant va bosser dur, s'enfermer dans sa chambre ou réviser à la bibliothèque, pas de temps à perdre pour jouer, se lier avec d'autres camarades de son âge, il faut saisir cette chance unique, cultiver ce don. L'objectif : entrer à Oxford avant les quinze ans de la jeune fille.

Cela paraît dingue à lire comme ça, mais ça l'est véritablement ! On compatit avec Rumi, coincée dans ce carcan d'éducation, en ballotage entre ses désirs et son souhait de complaisance. Soumise et obéissante, Rumi ne veut pas décevoir ses parents. Ses derniers ont quitté l'Inde pour s'installer en Angleterre, mais Shreene, la mère, ne s'y plaît pas du tout. Tout va à l'encontre des principes de leur éducation, la femme va de dépit en dépit en constatant que son enfant lui échappe, qu'elle n'a pas les bases essentielles pour rentrer dans le moule, tel qu'on lui a appris dans son pays natal. Et Manesh, le père, ne plaisante pas avec la discipline. Il est intransigeant, n'autorise pas que sa fille perde son temps à lire des oeuvres romanesques (en cachette, dans sa chambre ou à la bibliothèque, Rumi double de ruses).

A quatorze ans, c'est une adolescente en pleine crise hormonale qui brûle d'aimer et d'être aimée. Elle en a soupé des attentes de ses parents, lesquels fondent sur elle des espoirs insensés. Malgré eux, ils rendent leur fille malheureuse et sont trop aveugles pour l'apercevoir. Ils appartiennent à une autre génération et comptent élever leur enfant selon leurs propres valeurs fondamentales, hélas elles ne correspondent pas à l'Angleterre dans laquelle ils vivent et où Rumi grandit chaque jour, s'inspirant de sa culture, de ses modes et ses codes. La jeune fille se détache et ce n'est pas du goût des parents. Toute discussion semble impossible, que faire ?

L'épilogue du roman est poignant, car il vient expliquer les leitmotivs des parents dépassés par le tapage médiatique créé par le phénomène de Rumi, surdouée de quatorze ans qui entre à Oxford. C'est à travers leur façon de vivre qu'ils seront jugés, d'où la dénonciation d'un certain fondamentalisme de part et d'autre. A ce moment-là, oui j'avoue, j'ai ressenti une immense sympathie pour eux, tant ils étaient désarmés (cela survient très tard, hélas). Je soutiens malgré tout le goût de liberté de Rumi, cette jeune fille sympathique, intelligente et cruche à la fois (elle n'y connaît rien à la vraie vie !), elle a bu des litres de sagas à l'eau de rose ou visionné des tonnes de films bollywoodiens, qui évoquent l'amour tel un cliché énorme, mais pas du tout vraisemblable. Toutefois Rumi l'ignore et vit sa vie comme dans ses rêves, c'est totalement incompatible et cela la plonge dans des situations comiques, où elle pense pouvoir tout résoudre grâce à sa logique mathématique (ou en ingurgitant des graines de cumin !).

J'ai pris grand plaisir à lire ce roman, après un début assez lent (toute la première partie, en fait). La suite est un régal d'humour, le portrait d'une adolescente empêchée de vivre une vie ordinaire, parce qu'elle est surdouée et fille d'immigrés indiens, etc. etc. C'est aussi écrit avec beaucoup de sensibilité et une grande justesse, enfin bref j'ai beaucoup aimé !
A conseiller, encore une fois. :)

Flammarion, 2009 - 334 pages - 19€
traduit de l'anglais par Alexandre Boldrini

Lu (un soir, très tard) pour le prix de la révélation littéraire auFeminin.com   logo

 

20 avril 2009

Un bonheur insoupçonnable ~ Gila Lustiger

« Tu dois parvenir à trouver ta question. Chacun de nous a sûrement une question qui l'attend. »

un_bonheur

Plus que le texte, c'est l'esthétique du livre qui vaut le coup d'oeil : la couverture ravissante, les illustrations d'Emma Tissier, quasiment à toutes les pages... bref c'est un petit bonheur à feuilleter. L'histoire en elle-même est du tonneau 'roman philosophique' pour enfants sages et parents attentifs.
On y découvre au centre M. Grinberg, cinquante-huit ans, un peu corpulent, le front dégarni. Il vit seul, avec son chien Holstein. Il n'aime pas les enfants, mais les supporte. Tous les jours il se rend au parc pour lire son journal et rencontre un petit gars du quartier, Paul, qui s'est fait la malle. En fait le garçon est fâché, lui qui vénère sa grand-mère, avec qui il passe des heures à jouer au Petit Bac, il vient d'apprendre qu'un jour elle va partir au ciel, et cette fois ce n'est pas un mensonge (la grand-mère est une experte !).
Dans la vie de M. Grinberg, il y a aussi l'amour qui s'ignore, en la personne de Mirabella, sa femme de ménage depuis quatre ans. Un poignet foulé, des vacances en Italie, et les papillons grouillent dans le ventre.
Mais l'homme est lent à la détente, et n'est pas du genre à s'épancher, ni à se dévoiler. Comment la flèche de Cupidon pourra-t-elle atteindre sa cible ?
Doigs croisés, bouche en coeur, on devine l'issue de cette comptine doucereuse, charmante, légère comme une plume, qui plaira aux petits et aux grands. Dans cet ouvrage, les bambins ont également la part belle. En plus de Paul, on trouve aussi Mathilda, Lucas, Simon et Juliette. On l'ignore peut-être, ou on l'oublie trop vite, mais ça tourbillonne vite et souvent dans le ciboulot, d'où l'existence du fameux Livre des Questions ! On se le confie en douce, on se donne du coude, on cligne de l'oeil, on se comprend.
De cette lecture, je n'en retiendrai finalement pas grand-chose, même si j'ai pris grand plaisir à la parcourir. Depuis longtemps, je n'arrive pas à être sensible à la plume de Gila Lustiger. Encore une fois, cela s'est prouvé. Ce n'est pas que ce soit mal écrit, c'est juste que cela ne me touche pas. J'ai trouvé l'idée du roman agréable, l'ensemble original et drôle, mais je ne classe pas ce livre parmi mes favoris.

Stock, 2008 - 190 pages - 17€
traduit de l'allemand par Isabelle Liber
illustrations réalisées par Emma Tissier

J'aime beaucoup ce qu'en dit la quatrième de couverture :

Ce roman philosophique, truffé d'anecdotes, de notes, de maximes, de dogmes et de leurs contraires a pour sujets le bonheur, les oreilles décollées, Dieu, un mystérieux livre, l'éducation des chiens, la gourmandise, la mort, les règles du poker, les étrangers, la force de l'amitié et ce qu'on appelle, à tort ou à raison, « la magie de l'amour ».

Lu (dans mon bain) pour le prix de la révélation littéraire auFeminin.com   logo   

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18 avril 2009

... J'en ai mangé des guimauves Mais ce soir j'en ai ma dose...

(l'interlude musical du week-end... en attendant de prochaines aventures ! ;o))

17 avril 2009

Parfum de meurtre ~ Annie Pietri

Cinq ans après Les Orangers de Versailles, nous retrouvons Marion Dutilleul, désormais la parfumeuse de la reine, dans son petit pavillon près du Trianon de Porcelaine, à bichonner ses plantes et ses herbes. Mais dans l'ombre, un nouveau complot se prépare. La Montespan n'a pas digéré d'avoir été trahie par le nez de Marion, elle jure de se venger. Son règne à la Cour est en train de faiblir, le Roi s'est entiché d'Angélique de Fontanges, qui est plus jeune, plus fraîche, plus fine et plus gracieuse. Athénaïs convoque son ancienne complice, la Voisin, connue pour sa sorcellerie mauvaise et satanique. Elle lui commande de kidnapper Marion, de l'éliminer, puis d'empoisonner la nouvelle passion de Louis XIV et de confectionner un élixir qui agira tel un regain d'amour sur sa personne (devenue difforme, à force de grossesses répétées et d'un régime alimentaire à base de gourmandises).

parfum_de_meurtre

C'est au coeur de l'officine de la Voisin que se passe l'essentiel de l'action de ce deuxième roman. Aux yeux d'un lecteur de 10 ans, l'ambiance apparaîtra délicieusement macabre, frissonnante et pleine de suspense. Les rebondissements ne manquent pas. L'histoire se résoud en un clinquement de doigts, personnellement je trouve que c'est toujours dommage, cet ensemble est lisse et gentillet, mais pour un enfant c'est impeccable. Et puis l'ambiance à Versailles est bien rendue, la reproduction fidèle et des tas de détails sont donnés pour illustrer la belle époque, riche en intrigues amoureuses, projets d'empoisonnement et ambitions personnelles. L'héroïne m'apparaît toujours trop fade, mais elle est sans conteste courageuse et très intelligente en tant que modèle pour nos chers bambins !
A conseiller, dès 10 ans.

Bayard jeunesse, coll. Estampille, 2009 - 142 pages - 9,90€

17 avril 2009

Mausolée ~ Rouja Lazarova

« Ils avaient peur des fugueurs, de ces gens qui, au risque de leur vie, profitaient d'une pause-pipi du bus traversant l'Autriche pour courir se réfugier dans une ambassade occidentale, qui franchissaient les frontières en rampant dans des marécages et parfois y restaient, criblés de balles ; de ces gens dont la seule évasion désespérée témoignait de ce qu'était le régime. »

mausolee

Bulgarie, 1944. Peter, musicien de jazz, est convoqué au ministère de la guerre et disparaît soudainement. Sa compagne, Gaby, enceinte de neuf mois, est désespérée. Elle accouche d'une fille, Rada, déménage grâce à son frère, qui est un membre influent du parti, et se console dans les bras de Sacho le Violon, un ami du couple. A son tour, celui-ci disparaît en février 1964.

C'est un roman qui combine à merveille le sulfureux mélange de douceur et de force. Un roman qui raconte l'histoire d'hommes et de femmes dans la Bulgarie de 1944 à nos jours. Ce livre témoigne aussi du brutal changement de décor subi comme une douche froide lorsque le communisme s'est invité. Et c'est une population transie de peur, retranchée derrière ses barricades, impuissante et dégoûtée, paralysée dans ses envies, que l'on rencontre. Ils sont devenus des funambules du socialisme, car « c'est sur ce fil ténu de la subversion contenue, de la provocation s'arrêtant juste avant le danger, que beaucoup d'entre nous avons passé notre existence ».

Le livre évoque l'hypocrisie du régime, l'ambiguité d'être ou de ne pas être du parti, et donc de pouvoir tracer sa route selon ses aspirations. La population est vite prise entre deux feux, les intellectuels sont dénigrés, les voyages à l'étranger totalement proscrits, s'offrir une voiture devient un privilège rare et le fruit d'une longue tractation boursière avec l'Etat qui peut s'étaler sur une décennie, et j'en passe. Ce sont les petites vies de Gaby, sa fille Rada et sa petite-fille Milena qu'on suit particulièrement, et avec elles une montée de rebellion, de souffrance. A tour de rôle, elles sont nouées par la peur et en même temps elles transpirent de haine pour le régime qui dicte leur pays. Elles ne peuvent que subir leur triste sort, ce qui décuple leur colère.

Il y a une vraie histoire dans ce livre, qui adopte une juste dosage entre le didactique et le romanesque. Car ce n'est ni un document ni un roman historique, c'est un peu des deux, et plus encore. On s'attache très vite aux personnages, à nos trois générations de femmes, en plus des hommes de leur vie ou de leur belle-mère, oncle, cousin et camarade d'école. Il y a une évidence flagrante de l'énorme frustration qui sommeille en eux, sur le fait de ne pouvoir nourrir le moindre désir ou sur la mise en berne de l'éducation sexuelle. Nous sommes dans les années 80 et Milena est terrorisée de découvrir pour la première fois un film porno ! C'est une gamine maladroite et mal à l'aise dans son corps, au même âge sa mère avait été traumatisée par sa visite (imposée) du mausolée. Il s'agit en fait de l'édifice construit à Sofia pour y recueillir le corps embaumé du père de la révolution, Georgi Dimitrov. Un exemple de lubie héritée des dirigeants russes. Donc, lors de cette visite, Rada avait été effrayée par la vision des lèvres bleues du défunt exposé aux yeux de tous (on la comprend !).

Le roman évoque le climat de peur, mais ce serait injuste de le réduire à ce sentiment car il est vraiment passionnant à lire. On y découvre aussi de l'humour, de la tendresse, du chagrin, des élans amoureux, de la cocasserie, de la bêtise et d'autres états d'âme qui balisent une vie simple et ordinaire. Personnellement je me suis plongée dans cette lecture avec délectation, apprécié l'élégance de la plume de Rouja Lazarova (qui écrit en français dans le texte, chapeau !). J'ai découvert ce livre grâce au prix de la révélation littéraire auFeminin.com et je suis enchantée par leur sélection car elle a su véritablement mettre en lumière des VRAIES REVELATIONS LITTERAIRES ! Pour l'instant je ne suis pas déçue !

Flammarion, 2009 - 332 pages - 19€

Lu pour le prix de la révélation littéraire auFeminin.com   logo   
 

16 avril 2009

Il était une fois... peut-être pas ~ Akli Tadjer

« toi et moi, on s'aime sans réfléchir alors on croit que dans la vraie vie c'est pareil »

 

il_etait_une_fois

Mohammed a élevé seul sa fille, Myriam, et lui porte un amour fort et absolu. En bon papa poule qui se respecte, Mohammed a beaucoup de mal à dire non, à laisser partir sa fille et à accueillir le nouvel homme de sa vie. Gaston Leroux, comme l'auteur ou la chicorée, mais pour Mohammed la réaction est virulente, « un Français de souche, blanc comme la cuvette des chiottes, franchement, tu te fiches de moi ».
En fait l'homme est jaloux. Il affiche une tête de six pieds, d'autant plus que sa fille chérie lui demande mielleusement d'héberger le fameux gus qui n'a plus de toit car il s'est fâché avec ses parents et souhaite trouver du boulot à Paris.

C'en est trop, mais Mohammed est bonne pâte. La cohabitation n'est pas rose, les deux hommes se cherchent des poux, la situation dégénère et puis c'est le calme plat, la brutale solidarité masculine parce que l'objet de leur affection, Myriam, n'est plus la même. Elle fait ses études à Toulon, elle vit seule, a gagné en indépendance et a rencontré un autre type. Le sang de Mohammed se glace, la prunelle de ses yeux lui échappe, en perdant la tête dans sa nouvelle passion qui l'endoctrine dans un culte religieux, contre tous les principes de Mohammed. L'homme se sent seul, perdu, il a pris l'habitude de se réfugier dans ses contes et légendes algériens qu'il récite aux peluches Cruella et Lucifer, des vestiges de l'enfance, mais c'est une autre histoire qui va apparaître.
Car où est la mère de Myriam ? Elle brille par son absence, et Mohammed se défile devant les questions qu'on lui pose. Toutefois, pour sauver sa Myriam, il est prêt à raconter la vraie histoire, à ranger au placard ses histoires à dormir debout.

Ce roman est d'une grande beauté, écrit avec humour et sensibilité, il raconte avec exactitude l'amour d'un papa pour son enfant unique. On a parfois le coeur gros ou le sourire aux lèvres, mais on ne décolle pas une minute son nez des pages. C'est une histoire incroyable, que j'ai découverte avec plaisir.
En plus d'un amour fusionnel, le livre rapporte une histoire familiale pas banale et une aventure humaine pleine de couleurs. Mohammed est un narrateur bougon mais attachant, ce n'est pas le type le plus sociable de la planète mais il se soigne. Il a aussi une façon de parler qui n'appartient qu'à lui, employant des expressions très drôles, « quel est l'intérêt d'avoir inventé ces contes et légendes si tous mes personnages doivent se ressembler comme des petits pois alignés les uns derrière les autres » ou «c'était d'une misère à se foutre à l'eau le pavé autour du cou ». Ses bons mots nous charment, en plus ils sont terriblement vrais, « c'est de l'antagonisme que naissent la beauté et la richesse » et aussi « il n'y a pas de race pure, il n'y a que la bêtise humaine qui le soit ».
J'ai follement aimé ce roman, je ne connaissais pas Akli Tadjer, mais c'est un auteur que j'inscris d'office dans mes incontournables, à suivre, à découvrir.

JC Lattès, 2008 - 325 pages - 17€

Lu pour le prix de la révélation littéraire auFeminin.com   logo

 

15 avril 2009

La saga Mendelson ~ Fabrice Colin

 

saga_mendelson

Fabrice, un ami de la famille Mendelson, choisit d'écrire toute leur histoire depuis sa récente découverte d'une malle aux trésors, qui avec ses journaux intimes et ses photographies racontent leurs aventures étonnantes. La saga Mendelson peut commencer, à Odessa en 1895. Elle s'ouvre sur le couple Isaac et Batsheva, dans une ville qui sera bientôt balayée par les pogroms, les insurrections et la tristement célèbre affaire du Potemkine. Forcés à l'exil, le couple et ses deux enfants vont se rendre à Vienne.

C'est un roman plein de charme qui ouvre cette trilogie historique d'une famille juive plongée dans la tourmente du 20ème siècle. Le rythme est échevelé, l'histoire riche, bien écrite, mélangeant les anecdotes authentiques au souffle romanesque, et le produit en lui-même est très original. C'est en effet une somme de témoignages, d'extraits de journaux intimes, de clichés et de dessins qui composent ce récit, entrecoupé par la voix du narrateur.

Cela pourrait commencer ainsi : il était une fois un horloger modeste qui rencontra la femme de sa vie, elle était d'une grande beauté et l'aimait également d'un amour fou et exclusif. Leur monde s'écroule lorsqu'un vent de haine souffle sur l'Europe et, parce qu'ils sont de confession juive, les oblige à s'expatrier toujours plus à l'ouest. D'un seul coup on se retrouve avec une saga palpitante, qui raconte le destin hors du commun d'une famille marquée par les coups du sort, et qui, de plus, se télescopent aux grandes pages de l'Histoire.
D'Odessa à Hollywood, en passant par Vienne et New York, cette famille exceptionnelle va connaître une destinée tout aussi époustouflante, nous n'en sommes qu'au début (ce premier tome couvre la période de 1895 à 1929) mais l'histoire ne manque déjà pas de rebondissements (séparations, exils, liaisons amoureuses, pauvreté et richesse). Les personnages ne sont pas encore trop nombreux, ce sont les premiers, donc les plus attachants, ils ont le privilège des rencontres étonnantes, avec un certain Adolf Hitler, alors étudiant recalé de l'Académie des Beaux-Arts, le peintre Egon Schiele, ou le producteur de cinéma, Louis B. Mayer.
Sans le vouloir, les Mendelson ont le chic d'être au coeur des événements les plus brûlants et ne semblent pas se contenter d'une existence sage et rangée.
Tant mieux !
La suite promet de palpitantes révélations !

A découvrir en novembre 2009 : les insoumis (1930 - 1965) et au printemps 2010 : les fidèles (1965 - 2000).   

Les premières pages des Exilés, tome 1 de La Saga Mendelson à paraître le 16 avril, sont en ligne ici.

Seuil jeunesse, 2009 - 269 pages - 16,50€

illustration couverture : François Roca
concept graphique : Frédérique Deviller

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