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Chez Clarabel
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20 septembre 2018

Désordre, de Penny Hancock

Désordre ldpC'est peu de dire que j'enchaîne les lectures avec des personnages cinglés et des histoires bizarres ! Cette fois encore, une femme en pleine dépression franchit la ligne jaune et séquestre un môme de 16 ans dans son garage. Sonia mène pourtant une vie confortable dans sa maison familiale, sur les bords de la Tamise, devenue également un sujet de dispute au sein de son couple. Son mari souhaiterait vendre, mais Sonia n'est pas prête. La maison fourmille de souvenirs. Même si sa solitude pèse sur son moral, elle a façonné son rythme de vie dans cet écrin, depuis que sa fille est partie à l'université et son époux en déplacement professionnel constant. Sonia vit désormais dans la nostalgie du passé et ressasse son aventure avec Seb... son frère. Adolescents, ils ont bravé tous les interdits, fait les 400 coups, vécu avec fougue et déraison. Mais Seb est mort et Sonia porte en elle la responsabilité de cette tragédie. Lorsqu'elle ouvre la porte au jeune Jez, elle se surprend à ressentir du désir. Rien de sexuel. Simplement, elle ressent pour lui un élan qu'elle veut à tout prix garder intact et décide alors de retenir le garçon sous son toit. Sans nouvelles, la famille va alerter la police dont l'enquête se focalise sur Helen, la tante du disparu (également une amie de Sonia). Le problème de Helen ? Elle boit. Beaucoup. Ses témoignages sont flous, son angoisse peu sincère. Heureusement la petite copine de Jez va croire en elle et s'allier contre tous pour éclaircir cette affaire. De son côté, Sonia reste imperturbable, conservant une parfaite maîtrise de la situation.

Je pourrais vous dire que le ton est glaçant, l'atmosphère étouffante et le désarroi immense. Sauf que le bouquin fouille également dans vos entrailles et vous noue l'estomac en infusant une peur panique indéchiffrable. On sentirait presque les effluves poisseux de la Tamise nous envelopper dans son brouillard... à nous d'en sortir. Ou pas. Je ne sais pas si j'ai réellement aimé ce roman, mais je lui reconnais des qualités indéniables. Comme d'avoir su me chambouler et d'être parvenu à m'ensorceler malgré moi. Un roman envoûtant et terrifiant, dit-on, c'est tellement vrai !

Sonatione Éditions (2013) - traduit par Julie Sibony - repris en Livre de Poche

Après Les Visages de Jesse Kellerman,
après Avant d’aller dormir de S. J. Watson,
après Les Apparences de Gillian Flynn,
la nouvelle découverte Sonatine.

Désordre Sonatine

 

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17 septembre 2018

On n'est jeune que deux fois, de Adena Halpern

on n'est jeune que deux foisLe jour de son 75ème anniversaire, Ellie porte un regard amer sur le chemin parcouru et émet le souhait de retrouver sa jeunesse, rien qu'une journée, au moment de souffler ses bougies.
Le lendemain matin, le miracle a eu lieu. Ellie se retrouve dans la peau d'une belle jeune femme de vingt-neuf ans - une version d'elle plus pimpante, déterminée à saisir cette seconde chance et s'affranchir des limites de son âge.
Quelle joie de gambader à nouveau, de sentir sa peau lisse et ferme, d'être admirée et courtisée... Trop superficielle, notre Ellie ? Pas du tout. Très vite, sa journée va se transformer en un marathon existentiel, avec sa petite-fille Lucy, seule complice du subterfuge.
Toutes deux vont en effet échanger, partager, évoquer leurs expériences et leurs désirs. Car sous ses aspects volages, le roman est également sensible et poignant à évoquer le temps qui passe, la vie, l'amour, l'amitié, la famille.
C'est touchant... sans oublier d'être drôle. Car pendant que Ellie plonge dans la fontaine de Jouvence, sa quinquagénaire de fille et sa meilleure amie Frida s'inquiètent de n'avoir aucune nouvelle de notre héroïne et se font des films insensés en apprenant qu'une pseudo cousine de Chicago utilise sa carte bancaire en courant les boutiques et les bars branchés.
La morale de l'histoire est gentillette. Elle nous enseigne le poids des regrets et des actes manqués... et pas seulement. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que l'auteur se sert des artifices de la comédie pour aborder des sujets pas si anodins (cf. Les dix plus beaux jours de ma vie).
J'aime beaucoup ce ton désinvolte et la tendresse qu'on trouve dans les personnages et l'histoire qui se dessine cahin-caha. Une jolie lecture, adorable et attachante.

HarperCollins, coll. Mosaïc (2016) - traduit par Karine Xaragai

on n'est jeune que deux fois harpercollins disponible en poche : 7.20€

 

15 juin 2016

Quand j'étais Jane Eyre, de Sheila Kohler

QUAND J’ÉTAIS JANE EYRE

Au chevet de son vieux père, qui se remet doucement d'une opération risquée des yeux, Charlotte trouve le temps long et sent son esprit divaguer vers des bouts d'idées qui amorcent le début d'un nouveau roman. En s'inspirant de son expérience, pauvrette et maigrichonne, et de son entourage, restreint et condamné aux psychoses innombrables, Charlotte élabore un roman ambitieux, promu à devenir un grand classique, mais il lui faudra encore patienter deux ans pour savourer pleinement le produit de son labeur. En attendant, on suit notre héroïne dans son existence terne et monotone, d'abord à Manchester, puis dans le petit presbytère de Haworth, où elle passe tout son temps à écrire avec ses sœurs, Emily et Anne, tandis que leur frère Branwell succombe à ses délires obsessionnels et son penchant pour l'alcool. Le quotidien chez les Brontë est terriblement austère, empesé par les échecs, les doutes, les refoulements. Sans doute cette accumulation de frustrations donna lieu à cette verve romanesque et flamboyante présente dans les livres des sœurs Brontë. Toujours est-il que Charlotte, Emily et Anne contenaient en elles une passion et une violence qui ne demandaient qu'à s'exprimer, d'où leur prose déchaînée dans leurs romans, et pourtant si longtemps incomprise aux yeux de leurs contemporains. Il n'y a qu'à relire Les Hauts de Hurlevent pour sentir cette sauvagerie et l'impudeur des sentiments, déchirés entre la haine et la vengeance, et saisir ce qui a offusqué les critiques et les lecteurs de l'époque. Ou plonger dans Jane Eyre pour y aspirer l'étroitesse d'un avenir sans horizon, l'angoisse de l'amour naissant et le désespoir d'une passion bafouée après la découverte de la tromperie. Ce court roman de Sheila Kohler retrace le portrait remarquable d'une famille composée de trois talentueuses jeunes femmes, condamnées à une existence sans éclat (filles de pasteur, vivant à la campagne, vouées au célibat), et qui vont se consacrer religieusement à l'écriture, avec la conscience aigüe de maintenir leurs projets dans le secret (d'où leurs pseudonymes, Currer, Ellis et Acton Bell, pour brouiller les pistes de leur sexe). Sheila Kohler a su s'imprégner de cette ambiance pour nous livrer un roman original et authentique, qui nous convie dans une ronde des souvenirs sincères et émouvants, où l'on prend conscience des ambitions et des espoirs déçus de ces jeunes femmes, de leur ténacité et de leur prodigiosité à avoir su sublimer le tragique de leurs vies en œuvres d'un romantisme fougueux. Un vrai coup de maître ! 

Traduit de l’anglais par Michèle Hechter pour Quai Voltaire / La Table Ronde (2012)

Repris chez 10/18 Littérature Étrangère, Août 2013

 

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#Mois Anglais 2016 : Victoriens anglais

 

16 juin 2016

Les Rêves dans la Maison de la Sorcière, de Mathieu Sapin & Patrick Pion, d'après Lovecraft

Les rêves dans la maison de la sorcière

Étudiant en mathématiques, Walter loue une chambre de bonne chargée d'une histoire bien noire, puisque, deux siècles plus tôt, la vieille sorcière Keziah Mason y avait vécu en semant l'effroi et le scandale. Loin de paniquer, le garçon est intrigué par cette légende. Il est, de plus, convaincu d'avoir développé une sensibilité quasi surnaturelle, comme de percevoir plus que nettement les cavalcades des rats qui envahissent le grenier de la maison, ou de ressentir l'influence malfaisante qui gravite autour de lui. Walter va d'abord mettre son agitation sur le compte de sa fatigue, de la surcharge de travail et de la pression à l'université. Puis il réalise que ses rêves eux-mêmes vont outrepasser les bornes de la raison. Comme si la sorcière cherchait à entrer en contact avec lui.

Adaptée d'une nouvelle de H-P Lovecraft, cette bande dessinée impose un univers remarquable d'angoisse et d'épouvante. On y découvre un personnage qui fait des rêves hallucinatoires, de plus en plus effrayants, voire déstabilisants pour sa santé mentale, et qui ne cessent de l'aspirer dans la fameuse quatrième dimension (également le sujet de ses recherches). Mathieu Sapin a puisé du texte original toute la sève de ce récit fantastique méconnu pour permettre à Patrick Pion d'en dessiner la folie douce et l'affolement du garçon prisonnier de ses lubies paranoïaques et obsessionnelles. La technique des pages en noir et blanc, glissées exprès pour illustrer les nuits cauchemardesques de Walter, vient justement trancher avec l'opacité de la BD aux teintes crépusculaires. On tremble tout du long, entre peur et perplexité face à la chute implacable du héros qui sombre dans un délire poignant. Mais on absorbe tout en tournant les pages avec fébrilité. La lecture procure quelques frissons, elle séduit aussi pour son sens de la poésie et surprend pour son goût du morbide. Amateurs d'étrange et de surnaturel, cette plongée sensationnelle mérite bien qu'on y perd ses repères à tenter de décrypter la symbolique des rêves et leur emprise sur nos vies, au risque d'atteindre le point de non-retour et de basculer dans le gouffre des enfers. Une lecture terrible et saisissante !! 

“Étaient-ce les rêves qui avaient engendré la fièvre ou bien la fièvre qui avait engendré les rêves...”

Rue de Sèvres, Juin 2016

11 juin 2016

Pique-Nique à Hanging Rock, de Joan Lindsay

Pique-nique à Hanging Rock

« Pour les habitants d'Appleyard College, le dimanche 15 février fut un jour de cauchemar où l'on balançait entre le rêve et la réalité et où alternaient selon les tempéraments des bouffées d'espoir violent et d'angoisse éperdue. » La veille encore, une cohorte de collégiennes innocentes s'aventure pour un pique-nique champêtre en compagnie de leurs chaperons. Le temps est ensoleillé, la chaleur douce et apaisante. Quatre jeunes filles vont se détacher du groupe pour se hasarder dans les brousses et explorer le site de Hanging Rock. Au bout d'une heure, pourtant, seule l'une d'entre elles revient en pleurant. Elle ne sait plus, elle ne comprend pas. Toujours est-il que ses camarades ont disparu, sans laisser la moindre trace. Une enseignante va se lancer à leur recherche, avant d'être à son tour aspirée par l'énigme et s'évaporer dans les airs. Ce drame va aussitôt marquer les habitants de la région et bouleverser le pensionnat de Mrs Appleyard, qui s'enorgueillissait d'instruire la crème de la crème en matière de jeunes héritières écervelées. La police va mener son enquête, fouiller les lieux, alerter la presse et ne pas ménager ses efforts. Elle va rassembler les témoignages des enseignants, des élèves, des rares témoins sur place, dont deux jeunes hommes en goguette...  « Oh, Miranda, Marion, où êtes-vous parties... ? » Outre le suspense présent dans cette histoire curieuse et inquiétante, on trouve aussi un style étonnamment alerte et primesautier, un lyrisme délirant et parfois déconcertant, où au détour d'un détail poignant, l'auteur coupe court avec des interventions hallucinantes. « Bien que nous soyons nécessairement concernés, dans un récit d'événements, par l'action physique qui se déroule au grand jour, l'histoire donne à penser que l'esprit humain s'aventure bien plus loin dans les heures silencieuses qui s'écoulent entre minuit et l'aube, ces fructueuses heures sombres rarement relatées, dont les secrètes floraisons engendrent la paix et la guerre, l'amour et la haine, le couronnement et la chute des rois. Ainsi, par exemple, que prépare la petite impératrice grassouillette de l'Inde, en chemise de nuit de pilou, dans son lit à Balmoral, qui la fait sourire en cette nuit de mars et froncer sa petite bouche obstinée ? Qui sait ? » Publié en 1967, adapté au cinéma par Peter Weir, Pique-nique à Hanging Rock est une lecture hors du commun et hors du temps. Récit dramatique, il est surtout empreint d'un charme envoûtant, qui laisse une trace marquante d'un mystère qui continuera de vous hanter un long moment.

Traduit par Marianne Véron pour Flammarion (1977)

Repris par Le Livre de Poche, mai 2016 pour la présente édition

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# Mois Anglais 2016 : Auteurs anglais d'origine étrangère 

Drink tea and read english

Joan Lindsay, née Weigall, est une écrivaine connu pour son roman Picnic at Hanging Rock publié en 1967. Dramaturge, critique littéraire et critique d'art, elle a collaboré à diverses revues et journaux. Elle fait partie des membres fondateurs de National Trust of Victoria, une organisation non gouvernementale australienne, créée pour la promotion et la conservation du patrimoine aborigène, naturel et historique du pays.

 

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12 mai 2016

Condor, de Caryl Férey

Condor

Lorsque le fils de son ami, directeur du journal populaire, est retrouvé mort d'une overdose, Gabriela, une jeune vidéaste intrépide, s'arme de sa caméra pour traiter du sujet et cherche à rallier l'avocat des causes perdues, Esteban Roz-Tagle, fils d'une grande famille avec laquelle il a rompu par lassitude et dégoût. Tous deux se lancent sans le savoir dans une longue et périlleuse enquête qui va les entraîner, depuis les quartiers pauvres de Santiago jusqu'aux résidences huppées, à se heurter aux huiles de la ville ou aux petites frappes qui dealent la came pour le compte d'un chef mafieux. Le couple débusque ainsi un nombre incalculable de trafics et autres magouilles inavouables, et s'attire fatalement l'antipathie de leurs rivaux, qui vont lâcher à leurs trousses des tueurs aguerris, les coinçant jusqu'au fin fond de l'impitoyable désert d'Atacama pour un ultime règlement de compte... Et  l'histoire de dérouler son fil sans discontinuer, au rythme frénétique d'une intrigue sombre et poignante, servie par une écriture percutante. Avec pour toile de fond l'histoire du Chili, son passé dictatorial et son héritage corrompu, inutile d'attendre du roman une autre vocation que celle suggérée en préambule - violence, démons insatiables, univers implacable, âpre et douloureux, quête de la vérité vouée au suicide. Malgré les digressions poétiques, les incantations magiques et l'interlude romantique entre Gabriela et Esteban, on ressent avant tout l'amertume, l'angoisse, les relents de haine et de mort qui imprègnent le récit. C'est lourd, sans compromis. On ne sort bien évidemment pas indemne d'une telle lecture, élégamment portée par l'interprétation de Michel Vigné, dont la voix rauque et grave nous accompagne dans cette traque sanglante. Une lecture pleine de ferveur et vibrante d'émotions.

Texte lu par Michel Vigné pour Écoutez Lire, Gallimard (durée : 11h 55)  - mai 2016

Challenge ABC Policier Thriller Challenge ABC Policier Thriller Challenge ABC Policier Thriller

29 avril 2016

La Légende de Lee-Roy Gordon, par Aurélie Gerlach

La Légende de Lee-Roy Gordon

Un nouveau roman décapant d'Aurélie Gerlach, après son hilarante série de l'impossible Lola Frizmuth au Japon ! Cette fois, il est question de Paris, de Birmingham, de musique rock, de revival, de mafia, de duos improbables, de whisky et de salade de pâtes au cheddar, mais aussi de paradis perdus, de vocation et d'inspiration, sur fond de création artistique et d'énergie libératoire. En bref, une rencontre explosive. J'ai beaucoup, beaucoup aimé. L'histoire concerne Morgane, dix-sept ans, un bac loupé et plus l'envie de retourner au lycée, une jeunesse qui vivote et le besoin de se trouver une voie et de prouver sa valeur. Morgane répond donc à une petite annonce, pour servir d'assistante à une ancienne légende du rock qui tente son comeback en enregistrant un nouveau disque. D'abord recalée, la jeune fille finit par convaincre la bande qu'elle est un élément indispensable, qui apprend vite et dont la curiosité est sans limites. L'aventure peut alors commencer, une aventure truffée de hauts et de bas, de situations cocasses et d'entourloupes grandguignolesques, qui donnent forcément un ton mordant au roman. Et quelle bouffée de fraîcheur ! Aurélie Gerlach a de l'humour à revendre, du bagout et de la répartie en toutes situations. Je suis définitivement fan de son style déjanté et décomplexé, ses personnages sont attachants, l'histoire dégouline de musique et ça fait du bien, c'est hyper stimulant à lire, ça vous touche et vous embarque vers un univers folklorique hyper tendance. ♥

Gallimard Jeunesse, Coll. Scripto - mai 2015

Couverture et illustrations : Sandrine Martin

24 mars 2016

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, de Celeste Ng

TOUT CE QU'ON NE S'EST JAMAIS DIT

Lydia Lee, seize ans, s'est faufilée hors de sa chambre en pleine nuit. En découvrant ça, le lendemain matin, sa mère alerte aussitôt la police. La journée va être longue, très longue, et peu à peu tout espoir va quitter cette famille éplorée. Le corps de Lydia sera retrouvé dans le lac. Et déjà un examen de conscience s'impose. Ôtez immédiatement vos vélléités policières... car le roman va se désintéresser des vraies raisons de la mort de Lydia (fugue, assassinat ou accident) et s'orienter vers des révélations plus sournoises et dérangeantes. On découvre donc un portrait de famille modèle. Du moins, en apparence. Car chez les Lee, les secrets sont légion (et ont probablement conduit à la mort de l'adolescente). La mère aurait calqué ses rêves de médecine sur sa fille, le père insisté trop lourdement sur l'importance de sa vie sociale (lui a souffert d'être rejeté du fait de son origine chinoise, son mariage mixte étant sulfureux dans les années 50). Bref. On va ainsi de surprise en surprise, à tenter de cerner cette famille brisée et taiseuse. Les failles sont profondes, mais mises à jour suite à la tragédie. En fait, la lecture peut sembler démoralisante, car réaliste et poignante, pourtant elle étonne aussi pour son incroyable maîtrise du suspense et sa tension psychologique qui ne faillit jamais. Son atmosphère aussi est touchante, à la fois mélancolique et oppressante. On éprouve perplexité et fascination pour ce roman, qui raconte avec finesse les illusions perdues, la famille et les non-dits, la détresse adolescente et l'héritage qu'on lègue malgré soi. Loin des attentes initiales, ce rendez-vous laisse finalement un goût amer... ou de frustration. Je suis paumée.

Traduit par Fabrice Pointeau (Everything I Never Told You) pour les éditions Sonatine / Mars 2016

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10 mars 2016

Moi, Boy (Souvenirs d'enfance) de Roald Dahl

Moi, Boy CD

Récit autobiographique de Roald Dahl, “Moi, Boy” retrace les vingt premières années de l'auteur - depuis son enfance au Pays de Galles à son départ pour l'Afrique - et rassemble une flopée de souvenirs à la fois joyeux, insouciants et poignants (la mort de son père, le cœur brisé par la perte de sa fille aînée, sa douloureuse expérience des pensionnats anglais, l'éloignement, l'enseignement rigoureux et les châtiments corporels...). La lecture conserve néanmoins toute la fraîcheur et l'impertinence de la jeunesse, car c'est avec son légendaire sens de l'humour et une bonne dose de tendresse que Roald Dahl se livre à cet exercice réjouissant.

Tout commence par l'installation de son père, venu de Norvège, à Cardiff où il fait fortune. Roald grandit au sein d'une famille nombreuse et unie, malgré les coups durs et les aléas de la vie. Il raconte ainsi les vacances en Norvège, les promenades en voiture, sans besoin de passer le permis, les petites bêtises pour se venger de l'épicière revêche (en glissant une souris morte dans un bocal à bonbons), ou comment s'interdire de manger des bâtonnets de réglisse pour ne pas attraper la maladie du rat, se payer la tête du petit copain de la frangine et lui donner du tabac de chèvre à fumer, trembler devant un professeur rouquin, à la grosse moustache, ou passer des heures à bouquiner aux WC pour réchauffer la cuvette...

À travers le récit de ses aventures, on découvre un jeune Roald Dahl qui ressemble étonnamment aux héros de ses livres (lire son chapitre sur le Chocolat, qui a tout lieu d'être la genèse de Charlie). C'est donc un formidable pèlerinage en enfance, au pays des souvenirs, également un voyage dans le temps (l'époque des années 20) à travers une composition intime et pleine de délicatesse. L'acteur Dominique Pinon a réussi à nuancer les émotions et se glisse dans la peau du môme  Roald Dahl avec une verve savoureuse.

Gallimard Jeunesse / Collection: Écoutez lire  (Texte intégral. Durée : 3h 40) ♦  Novembre 2015

Traduit par Janine Hérisson  / Illustrateur de couv. : Quentin Blake 

Roald Dahl, 8 ans

 

25 janvier 2016

Le Spectacle de Noël, d'Anne Perry

LE SPECTACLE DE NOËL

Caroline et son mari Joshua Fielding ont été conviés chez les Netheridge, dans un village perdu en pleine campagne, à Whitby, pour apporter leur soutien à miss Alice qui monte sa première pièce de théâtre, adaptée du roman de Bram Stoker, Dracula, paru un an plus tôt. Le père est en effet soucieux de la réputation de sa fille et entend préserver son nom d'une humiliation publique après la représentation prévue pour la veillée de Noël. Car ses craintes sont tout à fait légitimes : pour l'heure, l'adaptation est hasardeuse, la mise en scène chaotique et les acteurs, éteints, ne donnent aucun souffle à la pièce. Le fiasco semble confirmé. Sur ces entrefaites, un voyageur égaré se présente à la porte et est introduit avec déférence dans le salon des Netheridge. L'homme, de belle prestance, est également bien mystérieux avec son costume noir et sa mine pâle. Mais son arrivée ragaillardit l'assemblée neurasthénique. L'inconnu fait également preuve d'aisance sur le mythe du vampire et a une connaissance prodigieuse du théâtre. Son regard est percutant, ses conseils précieux. La pièce s'en trouve métamorphosée. Et Alice tombe sous le charme de cet Anton Ballin, au grand mécontentement de son fiancé attitré, Douglas Paterson. Dans cette demeure bourgeoise, coupée du reste du monde, à cause d'une tempête de neige, l'ambiance ne cesse de s'apesantir et miner les esprits. Caroline a hâte d'en sortir, quand le drame finit par s'abattre. Le climax survient assez tardivement dans l'histoire, mais on passe tout de même un agréable moment avec Caroline Fielding - la mère de Charlotte Ellison Pitt - qui ne cache rien de son changement de vie, lourd de conséquences. Que de chemin parcouru ! Aujourd'hui elle s'inspire des méthodes de son gendre, inspecteur de police, pour éclaircir un crime sordide, accompli exprès pour semer le trouble dans la tête d'une assistance fragile et émue. C'est toujours un plaisir de renouer avec les romans d'Anne Perry, d'y croiser des personnages fétiches, de s'imprégner ici de l'univers du théâtre et des contes vampiriques. Cela peut paraître inattendu, mais le résultat est d'une grande subtilité et embobine efficacement le lecteur. Un bon cru de la collection. 

10x18 Grands Détectives / Novembre 2013 ♦ Traduit par Pascale Haas (A Christmas Homecoming, 2011)

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27 novembre 2015

Les Chiens de Belfast, de Sam Millar

Les chiens de Belfast

Il ne fait pas bon s'attarder dans les bars, à Belfast. Une blonde incendiaire attire des hommes dans ses filets, puis s'offre des séances de torture raffinées avant de les achever. Karl Kane, notre détective privé grincheux et désargenté, reçoit la visite d'un certain Mr Munday qui lui demande d'enquêter sur un cadavre contre une grosse enveloppe de billets. Cette affaire va ainsi le mettre sur la piste des meurtres en série, qui se recoupent étrangement avec un viol survenu en 1978 (cf. la scène d'ouverture du livre, qui annonce les festivités de façon très détaillée). Notre homme, qui se croyait aguerri aux pires crasses, est touché en plein cœurCeci dit, attendez-vous à un bouquin très noir, avec des descriptions répugnantes et vulgaires, un bouquin hyper violent, mais en parfaite cohérence avec l'intrigue, un bouquin sombre, poignant, immoral et à la lisière du désespoir. On ne s'y engage pas pour se changer les idées et voir du pays, mais on fait tout de même une sacrée découverte ! Karl Kane est du genre sympa malgré un portrait peu flatteur. C'est un mec bourru et meurtri, qui traîne des casseroles, flic refoulé, écrivain frustré, aujourd'hui affligé d'une crise d'hémorroïdes, également amateur de poker et aimant prendre des risques inconsidérés pour s'offrir la tête de ceux qui l'exaspèrent (et ils sont nombreux !). Sam Millar s'en sort plutôt bien et extirpe de cette marée noire un humour appréciable, puisqu'il est cynique et amer juste comme il faut et qu'il nous tient compagnie dans ce premier volet d'une trilogie policière pas comme les autres. Une lecture pas exceptionnelle, mais pas désagréable non plus.

Sixtrid / Août 2015 ♦ Texte lu par Lazare Herson-Macarel (durée : 7h 15) ♦ Traduit par Patrick Raynal (Bloodstorm)

Disponible en format poche chez Points Policier

Les chiens de Belfast Points

24 juin 2015

Sophie et la Princesse des Loups, de Cathryn Constable

❅❅“C'était l'hiver. Il neigeait. Une petite fille était perdue dans les bois. Et il y avait... un loup.”❅❅

Sophie et la princesse des loups

Orpheline, sans le sou, Sophie Smith vit en pension dans une école privée à Londres. A l'approche des vacances, ses amies et elle sont invitées à se rendre en Russie pour rencontrer la princesse Volkonski. Cette dernière occupe un palais d'hiver, en rase campagne, dans la région de St-Petersburg. L'endroit est féerique, même s'il porte encore les stigmates des vieilles querelles politiques et des tragédies familiales. Qu'importe. Sophie est avide d'aventures merveilleuses et tombe sous le charme de cette princesse au charisme ravageur, qui lui semble à la fois énigmatique et envoûtante. Mais d'autres mystères entourent les lieux, dont la forêt qui sert de refuge à une meute de loups. Chaque nuit, leurs hurlements hantent les rêves de Sophie qui se sent de plus en plus perdue, mélangeant la réalité et la fiction. Elle se surprend aussi à ressasser des souvenirs de son père, qui avait coutume de lui chanter la même berceuse ou aimait lui raconter des légendes lointaines. Comment expliquer ces soudaines réminiscences, sinon qu'elles sont ravivées par le décor qui l'entoure et lui fait tourner la tête ? 

Son histoire s'éclairera à l'aube de révélations éclatantes, qui surviendront dans les derniers chapitres. N'allez pas imaginer pas que celles-ci vous surprendront plus que de raison, car la trame romanesque demeure assez simple et évidente. C'est surtout pour son fantastique décor que cette lecture est étonnante. On baigne dans un cadre idyllique, au cœur de la Russie, en plein hiver, on vit et partage des activités toutes plus extraordinaires les unes que les autres (pique-nique de minuit sur un lac gelé, balades en vozok, patin à glace au coucher du soleil...), en compagnie d'une héroïne auréolée d'un passé mystérieux et à la destinée émouvante. C'est tout bonnement fascinant. L'intrigue dévoile un joli conte enchanteur, qui séduit pour sa simplicité, son élégance et sa tenue. Et c'est ravissant, sans prétention. Parfait pour les longues soirées d'hiver. Cette lecture a, de plus, eu le bon goût de me rappeler la série d'Anne Bouin, Petite feuille nénètseUn été sibérissime et La vie est une flèche, qui possède les mêmes qualités magiques et ensorcelantes. 

Folio Junior / avril 2015 ♦ Traduit par Alice Marchand (The Wolf Princess)

« Sophie tira la couverture jusque sous son menton et s'assit dans son lit pour regarder la lune. Peut-être qu'en se concentrant sur cette lumière blafarde, elle arriverait à comprendre ce qui venait de se passer, pourquoi elle était ici, dans ce palais oublié, perdue au milieu d'un immense pays désert, avec ces gens qui se comportaient d'une façon si étrange. Elle était déconcertée, déracinée, comme un petit bateau partant à la dérive sans espoir de retrouver la côte, livré aux marées, aux vents et aux courants. »

31 octobre 2015

Harry Potter à l'école des sorciers, de J.K. Rowling, illustrations de Jim Kay

Le jour de ses onze ans, la vie de Harry Potter est bouleversée à jamais quand Rubéus Hagrid, un géant aux yeux brillants comme des scarabées, lui apporte une lettre ainsi que d'incroyables nouvelles. Harry Potter n'est pas un garçon comme les autres : c'est un sorcier. Et une aventure extraordinaire est sur le point de commencer.

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Séquence nostalgie. Séquence émotion. Feuilleter cet ouvrage a simplement été un bonheur sans fin. ♥♥♥

On y retrouve toute la belle histoire de Harry Potter, la découverte de ses origines, son héritage et son entrée à Poudlard, sa vilaine famille de Moldus, prête à s'exiler pour fuir les Hibous, ses rencontres avec Hagrid, Ron et Hermione, ses courses au chemin de Traverse, le rendez-vous sur la Voie 9 ¾, le choixpeau magique, le premier vol sur un balai, le Quidditch, les fantômes dans les couloirs, les copains et les festins dans la grande salle...

Si vous pensiez en avoir déjà fait le tour, ce serait une erreur. Cette version illustrée par Jim Kay nous rouvre les portes d'un monde qui n'a rien perdu de son enchantement et qui continue de produire son petit effet. La lecture se renouvelle et nous transporte - encore et toujours - vers un ailleurs merveilleux et ensorcelant. Le mariage des illustrations en couleur avec l'histoire magique de Harry Potter est lumineux, débordant de charme et de chaleur. Il est enrichi dans un écrin soigné, avec un album de grand format cartonné et une couverture rouge, recouvert d'une jaquette, garni d'un ruban marque-page rouge.

C'est une redécouverte fantastique de l'œuvre de J.K. Rowling, qui s'est personnellement investie dans le choix de l'illustrateur (en la personne de Jim Kay, talentueux et époustouflant, même pas peur d'endosser un tel projet) et qui offre ainsi un nouveau voyage extraordinaire dans son œuvre intemporelle. Ce premier tome rappelle aussi le goût de l'enfance et de l'innocence. C'est aussi celui qui m'émeut le plus. Pour toutes les promesses qu'il contient et qu'il ne manquera pas de tenir.

Les tomes suivants bénéficieront également du même traitement de faveur et paraîtront à raison d'un volume chaque année, à l'approche des fêtes (ça sent le sapin !). Mais n'hésitez pas, c'est un cadeau splendide qui ne décevra pas les plus mordus des moldus. ;-)

Gallimard / Octobre 2015 ♦ Illustrations de Jim KAY ♦ Traduit de l'anglais par Jean-François Ménard

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Et cette tendre connivence qui me serre le cœur à chaque fois...

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21 novembre 2015

Alice au pays des merveilles : Dans le terrier du lapin blanc, illustrations d'Eric Puybaret

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Pour les 150 ans de l'œuvre de Lewis Carroll, Eric Puybaret propose une adaptation accessible aux plus jeunes souhaitant découvrir ce pays des Merveilles dans une version revisitée et abrégée (seuls les 5 premiers chapitres du livre composent l'histoire de cet album).

On fait alors connaissance avec une ravissante Alice, assise au bord de l'eau, quand un lapin blanc lui passe sous le nez en courant. La fillette décide de le suivre jusqu'à son terrier où elle tombe, toujours plus bas, dans un univers mystérieux et étonnant.

Cette adaptation soignée est un judicieux aperçu de l'imagination farfelue de l'auteur et une plongée sens dessus dessous dans le pays des merveilles - Alice ne cesse de grandir ou de rapetisser au gré de ce qu'elle mange, boit, goûte et rencontre... C'est pittoresque, excentrique, saugrenu et enchanteur.

Eric Puybaret s'accorde parfaitement au charme décalé de l'œuvre originale avec ses illustrations magiques, colorées et pleines de sensibilité. Il rend ainsi magnifique et gracieux cet album qui, par sa formule remodelée, est une invitation à savourer pleinement les tribulations d'Alice au pays des Merveilles.

De la Martinière Jeunesse / Septembre 2015 ♦ Adaptation de Joe Rhatigan & Charles Nurnberg

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26 septembre 2015

Les Gens heureux lisent et boivent du café, d'Agnès Martin-Lugand

Les Gens heureux

Je me méfiais de ce roman à succès, m'attendant à une histoire sirupeuse et larmoyante - les prémices réservant déjà de bonnes scènes mélodramatiques (Diane perd son mari et sa fille dans un accident de voiture). Après quoi, on voit la jeune femme s'effondrer et refuser de vivre sans eux. Elle s'enferme un an chez elle, ne va plus bosser et accepte la seule présence de son meilleur ami Félix. Puis, sur un coup de tête, elle court se réfugier dans un coin paumé en Irlande. À Mulranny. Diane passe de longues heures à errer sur la lande sauvage ou sur la plage, noyant son chagrin sous les embruns et le vent frigorifiant. Elle y fait aussi la rencontre de gens charmants et conviviaux, mis à part son voisin - Edward - qui, par son attitude rustre et malpolie, va la tirer de sa léthargie.

Je ne m'attendais pas à un roman époustouflant, donc j'estime ne pas avoir été trompée sur la marchandise : la lecture a été agréable et purement distrayante, même si j'ai quelques réserves... Là où d'autres s'émoustillent sur les interactions volcaniques entre Diane et son partenaire, j'avoue une certaine lassitude et la sensation d'un scénario prémâché. Leurs chamailleries incessantes m'ont paru forcées et pas très crédibles. 
J'avais donc matière à pester contre cette histoire banale et stéréotypée mais j'ai tellement apprécié être transportée sur cette magnifique terre irlandaise que j'ai tout gobé, tout absorbé, en pinçant le nez aussi (dingue comme la consommation abusive de tabac est banalisée dans le roman) et ne regrette absolument pas d'avoir cédé à la curiosité. 

Pocket / Juin 2014 ♦ Michel Lafon / Juin 2013

 

Et donc j'ai lu la suite ...

LA VIE EST FACILE

Sans doute l'auteur a-t-elle voulu se réconcilier avec son public en leur concoctant cette suite des Gens heureux lisent et boivent du café pour leur donner des nouvelles de Diane. Trois ans ont passé, notre parisienne a fait du chemin. Elle va bien, merci. Son travail au café littéraire occupe l'essentiel de son temps, jusqu'à ce qu'elle cède aux insistances de Félix - rencontrer des hommes, à nouveau. Et bim, elle tombe sous le charme d'Olivier. Calme, rassurant, patient. Par contre, Diane a développé une phobie des enfants, ne peut plus les voir en pâture et panique dès qu'elle se trouve en leur présence. Le souvenir de sa fille est trop fort, limite étouffant. Et puis bam, l'Irlande s'invite de nouveau à sa porte. Il est temps pour Diane de retrouver ses amis et de solder définitivement ses comptes (*Edward*). Boum ! Ce livre ne déroge pas au plaisir d'une lecture simple, agréable et distrayante. Par contre, qu'est-ce que ça verse dans le mélo ! Pfiou, ça colle aux doigts et ça titille exprès la glande lacrymale... C'était trop. Je ne me sentais plus en empathie. Pour moi, cette suite n'avait pas lieu d'être, elle existe « pour la forme » mais est parfaitement dispensable.

Michel  Lafon / Avril 2015

10 juillet 2015

Moi devant, de Nadine Brun-Cosme & Olivier Tallec

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Ils étaient trois : Léon le grand, Max le second, Rémi le plus petit. C'était toujours Léon qui marchait devant, ouvrant la marche, protégeant les plus petits contre les dangers du monde... ou voulant aussi leur montrer toute la beauté environnante.

Et puis un jour, Max a voulu passer devant. Et découvrir le monde par lui-même. Rémi, coincé derrière, a fini par trouver le temps long. Léon n'était pas un causeur. Et les histoires de Max lui manquaient... Max et sa fantaisie. Alors Rémi décida de chanter le monde !

Quelle formidable histoire, qui prouve qu'ensemble, c'est tout ! ;-) Grandir, c'est pouvoir compter l'un sur l'autre, gagner en confiance et avancer dans la vie. L'histoire n'est que tendresse, écrite avec sensibilité et poésie, rendue à merveille par les illustrations douces et colorées d'Olivier Tallec (le panel des paysages est varié, franchement splendide à contempler).

C'est sur un ton câlin qu'on lit cette histoire, qui nous apprend à lâcher la main des grands, pour mieux revenir se nicher dans le giron rassurant et protecteur... Une pépite ! ♥

Père Castor / mars 2015

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3 juillet 2015

Les Fourmis, de Bernard Werber

Les Fourmis CD

Jonathan Wells vient d'hériter de l'appartement de son oncle Edmond, un éminent entomologiste qui a dédié sa carrière à l'étude des fourmis. Une seule consigne accompagne ce legs : ne jamais descendre à la cave. Mais Jonathan va braver l'interdiction ... et disparaître de la circulation. Aussitôt ses proches s'inquiètent et vont explorer la pièce souterraine, avant de s'évaporer à leur tour. Même les équipes de secours ou de gendarmerie vont s'éclipser mystérieusement.

À côté de ça, on découvre l'existence d'une colonie de fourmis, baptisée Bel-O-Kan, avec sa hiérarchie, ses codes rudimentaires de survie, ses stratégies de guerre... et ses modes de communication. Or, la cité est menacée par une arme de destruction massive dont les fourmis peinent à analyser la source et la signature. Pour l'instant, le danger est sournois. Seul le jeune mâle 327 est sur les charbons ardents. Et personne n'est sensible à ses discours alarmistes.

Vrai de vrai, si l'on m'avait prédit qu'un jour je lirais un livre sur les fourmis, j'aurais ri aux éclats. À part les quelques productions animées, vues avec ma fille, comme Fourmiz, Minuscule ou 1001 Pattes, je n'étais franchement pas attirée par les insectes. C'était sans compter sur l'émission de F. Lopez dans laquelle Bernard Werber était invité pour un weekend à la campagne. L'auteur y était apparu passionnant et possédé, et avait su donner l'envie de plonger dans son univers.

Qui n’a jamais rêvé vivre une expérience unique, dans un monde différent et plus passionnant que le nôtre ? Bernard Werber réalise ce rêve - vivre dans le monde des fourmis ! Quelle aventure inclassable, empruntant des tours et des détours scientifiques, documentaires ou épiques, tout en flirtant avec le genre du thriller, unique en son genre, avec tension psychologique, scène cauchemardesque et description gore.

C'est aussi grâce au comédien Arnaud Romain, qu'on partage cette expérience mémorable. Car son interprétation est flamboyante et caméléonienne ! Selon les personnages en scène, le comédien adapte sa voix, son intonation, son jeu. J'ai plus d'une fois été captivée par les modulations proposées et dois admettre avoir apprécié énormément cette ambiance grâce à son jeu d'acteur.

Mea culpa : j'ai préféré “la partie humaine” de l'intrigue (le mystère de la cave) au détriment des bestioles qui tombent vite dans une routine et enflamment de moins en moins notre imaginaire, passée l'originalité du début. Mais j'espère que les deux autres tomes rejoindront vite l'écurie Audiolib, car ma curiosité a été piquée au vif et j'aimerais connaître la suite de cette incroyable épopée ! 

Audiolib / juin 2015 ♦ Texte lu par Arnaud Romain (10h 34) ♦ Préalablement édité chez Albin Michel en 1991 !!! 

29 juin 2015

Presque parfait, d'Annie Lyons

Presque parfait

Les sœurs Darcy, Rachel et Emma, ont coutume de se soutenir dans toutes les épreuves, même si elles mènent des existences plutôt ordinaires (famille, amour, boulot), pimentées par les aléas de la vie. Rachel ne supporte plus d'être à la maison, avec ses trois enfants, et panique à l'idée de déménager en Écosse pour le boulot de Steve. Emma se plie en quatre pour booster sa carrière d'éditrice et vient de décrocher le jackpot en publiant un potentiel bestseller, dont l'auteur sûr de son charme ne la laisse pas indifférente, sauf qu'elle vient de se fiancer avec Martin.

Quel micmac, savamment désordonné, mais franchement ça se lit avec grand plaisir, en toute simplicité et sans réserve. On a là des personnages ordinaires, qui vivent des choses tout aussi basiques, sans tomber dans une routine assommante. Au contraire, on se sent en territoire familier et confortable. J'ai beaucoup apprécié, alors que j'avais tendance à juger le début lisse et platonique, j'ai fini par m'attacher à la banalité ambiante, et malgré tout chaleureuse ! L'histoire est aussi adorable que possible, avec des séquences drôles, pathétiques ou émouvantes. J'ai vite succombé.

Par contre, contrairement à ce qu'on cherche à nous vendre, ce livre n'a strictement rien à voir avec Jane Austen ! Je le précise, car j'ai personnellement entamé ma lecture sur un malentendu et ainsi manqué de l'apprécier à sa juste valeur. Après quoi, j'ai dégusté les dialogues francs et naturels, les soirées entre filles, les questions qu'on se pose sur son couple, l'importance de la famille, les fous rires et les crises de larmes. Je pense aussi que le milieu professionnel d'Emma ne manquera pas de séduire d'autres amoureux des livres, comme moi, en y découvrant les coulisses et les rouages diaboliques !

En bref, ce roman a été une agréable et onctueuse découverte, ni trop sucrée, ni trop mielleuse, juste ce qu'il faut pour se détendre pendant les vacances.

Harlequin, coll. &H / juin 2015 ♦ Traduit par Marion Przetak (Not Quite Perfect)

3 juin 2015

Les Incorrigibles enfants de la famille Ashton : Une étrange rencontre, de Maryrose Wood

Les incorrigibles enfants de la famille Ashton

Penelope Lumley vient de décrocher son tout premier poste de gouvernante chez la famille Ashton, sans se douter qu'une mission délicate l'attend : prendre en charge l'éducation de trois jeunes enfants, Alexandre, Beowulf et Cassiopée, que lord Ashton a récemment trouvés dans la forêt, au cours d'une partie de chasse. Surnommés les “Incorrigibles”, du fait de leur comportement sauvage et brusque, les enfants ne parlent pas, portent des fourrures sur le dos et hurlent comme des loups. À force de patience et de bonté, miss Lumley parvient à inculquer aux trois innocents les préceptes d'une vie civilisée et s'enthousiasme à leur enseigner la poésie en leur faisant la lecture d'ouvrages épiques. Les enfants obtiennent ainsi la permission d'assister à la traditionnelle fête de Noël pour y être exhibés et scrutés sous toutes les coutures. Une perspective qui n'enchante guère notre chère Penelope. Et effectivement, la soirée sera riche, et lourde, de révélations inattendues et fâcheuses.

Ce livre est un régal d'humour et d'ironie, planté dans une ambiance vintage et exquise, qui rappelle les romans de Mary Poppins ou Jane Eyre. On se prend très vite d'affection pour Penelope qui, par sa candeur et son optimisme, accomplit des prouesses dans son travail. C'est plein d'innocence et de fraîcheur, avec une intrigue originale et louvoyante, à travers laquelle se dessine la perspective d'un secret de famille. Ce début de série s'annonce prometteur et excitant !

Flammarion ♦ avril 2015 ♦ traduit par Noémie Grenier (The Incorrigible Children of Ashton Place - The Mysterious Howling)  ♦ illustrations John Klassen

20 juin 2015

Mon imagier des chansons de la maternelle, Illustré par Charlotte Roederer

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Voilà une adorable compilation de 16 chansons de maternelle, allant de Maman les p'tits bateaux, Une poule sur un mur, Le loup, le renard et la belette, L'as-tu vu le petit bonhomme etc, entonnées par des voix enfantines (et 2 adultes) pour permettre une meilleure reconnaissance et favoriser l'aisance de l'écoute.

Toutes sont des chansons simples et incontournables (les enfants vont rapidement les identifier), arrangées par Bernard Davois et Jean-Philippe Crespin, qui nous bidouillent des versions enjouées et pleines de peps !

Le disque offre aussi un deuxième tour de piste, reprenant les 16 chansons en version musicale uniquement. Les enfants pourront ainsi chanter à leur guise, en suivant les paroles sur le livre aux pages cartonnées et illustrées de façon pimpante par Charlotte Roederer. 

C'est une joyeuse collection pour l'éveil musical, non seulement pour en se familiariser avec les instruments de musique (piano, flûte, violon, clarinette, contrebasse, percussions, accordéon), mais aussi pour renouer avec les chansons traditionnelles des enfants. Une bonne pioche. 

Gallimard jeunesse ♦ éveil musical ♦ juin 2015 

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12 juin 2015

L'Histoire épatante de M. Fikry & Autres trésors, de Gabrielle Zevin

L'histoire épatante de M  heart-by-heart

A.J. Fikry, libraire sur l'île d'Alice, veuf inconsolable depuis deux ans, n'a pas un caractère facile et refuse tout compromis, aussi bien avec ses clients qu'avec ses lectures. Lorsqu'il rencontre pour la première fois Amelia Loman, représentante pour une maison d'édition, il se montre tout aussi odieux et intraitable, avant de noyer son désarroi dans l'alcool le soir venu. À son réveil, sa vie va basculer, suite au vol d'un livre de grande valeur, et la découverte d'un bébé abandonné dans sa boutique, notre bonhomme acariâtre va alors se métamorphoser en une crème onctueuse et délicate !

Amoureux des livres et des belles histoires, cette lecture est pour vous ! Vous ne manquerez pas de vous attacher à l'histoire d'un homme au cœur brisé qui pensait se terrer dans sa librairie pour oublier son chagrin et se protéger de l'extérieur, mais une petite Maya va jaillir de nulle part et devenir le soleil de sa vie. Après tout, « la vie est plus belle lorsqu'elle s'écrit à plusieurs ». 

On se fond alors dans le paysage parmi cette communauté insulaire, légèrement exubérante, qui fait bloc autour de notre A.J. Fikry : son pote flic, qui ne lisait que des bouquins de J. Deaver avant de se lancer dans un club de lecture, sa belle-sœur qui adore le théâtre et supporte un mari volage, auteur d'un roman à succès, mais qui peine à se renouveler. L'ensemble est joyeux, drôle, enlevé, bariolé et attachant, avec des anecdotes croquignolettes et désopilantes, comme la venue sur l'île de l'écrivain fétiche d'Amelia... qui va virer au fiasco.

C'est tout simple, idéaliste mais adorable à lire. Cela vous parle aussi de livres et de l'amour des livres, pourquoi nous aimons lire et pourquoi nous aimons tout court. C'est sans prétention, si ce n'est de vous offrir quelques heures de lecture distrayante et bienfaisante. Un grand MIAM de bonheur !

Fleuve Noir / avril 2015 ♦ traduit par Aurore Guitry (The Storied Life of A.J. Fikry)

3 juin 2015

La Boutique Vif-Argent: Une valise d'étoiles, de Pierdomenico Baccalario

La Boutique Vif-Argent

Puni pour avoir fait l'école buissonnière et récolté des notes catastrophiques, Finley McPhee doit bosser tout l'été et remplacer le facteur dans sa tournée. Une aubaine pour notre garçon vif comme l'éclair et qui aime gambader dans la campagne avec son chien Chiffon. Mais au hasard de sa distribution il découvre l'existence d'une maison rouge habitée par la famille Lily. Témoin malgré lui d'étranges événements (des enveloppes écrites à l'encre d'or, un pantalon qui marche tout seul, une araignée mécanique etc.), Finley se sent également épié et veut percer le mystère derrière la vitrine de la Boutique Vif-Argent, quitte à se faufiler en pleine nuit dans le cimetière et trembler d'effroi devant ce qu'il l'attend !

Esthétiquement, ce livre est franchement réussi, avec sa couverture cartonnée, la jaquette dessinée par Iacopo Bruno, les illustrations élégantes... L'histoire baigne dans un écrin particulièrement soigné ! De plus, Pierdomenico Baccalario, auteur des séries à succès comme Century & Ulysse Moore, a concocté un univers fabuleux, étrange et magique. On y adhère très vite, avec aisance, grâce au choix judicieux de l'assaisonnement : un rythme assez lent pour distiller le suspense, un jeune héros sympathique, une intrigue bien ficelée autour de vieilles légendes et des secrets enfouis...

La suite est inutile à raconter. À peine découvre-t-on les premières pages du livre qu'on est immédiatement transporté dans une aventure étourdissante... Le roman offre un plaisir de lecture agréable et divertissant. Et ce petit village d'Applecross, en Écosse, nous réserve encore de bien belles surprises !

Gallimard jeunesse ♦ mai 2015 ♦ traduit de l'italien par Diane Ménard

14 avril 2015

Goldstein, de Volker Kutscher

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Berlin, 1931. L'arrivée en ville du gangster américain, Abraham Goldstein, met le commissariat en ébullition. Pour éviter les risques d'une flambée de violence (guerre des gangs, récupération politique), Gereon Rath doit lui coller aux basques. Mais Goldstein ne va pas hésiter à tromper l'adversaire à force de malice. Les raisons de sa venue étant assez floues, on impute aussitôt à l'individu les premiers meurtres de quelques voyous notoires. La presse antisémite s'embrase et Gereon est à la peine. 

Sa compagne Charly est elle aussi tracassée par la disparition de son principal témoin dans une affaire de cambriolage loupé. La jeune délinquante accuse un policier d'avoir poussé dans le vide son partenaire. L'affaire est grave, Gereon appelle à la prudence avant de reprocher à Charly d'accorder une confiance aveugle à une inconnue. Cela suffit pour mettre le feu aux poudres au sein du couple. Jalousie, incompréhension, dialogue de sourds, nos amoureux sont dans l'impasse.

Une série policière se déroulant à Berlin dans les années 30 ? On pense aussitôt à la Trilogie de Philip Kerr. Mais là où Bernie Gunther s'avère un personnage horripilant, Gereon Rath surprend agréablement. Moins arrogant, mais pas forcément moins lisse, le type cultive des relations sulfureuses avec la pègre locale ou la presse. Il n'aime pas non plus recevoir des ordres et a tendance à partir en roue libre, ce qui a souvent mis sa carrière en péril.

Qu'importe, notre homme n'est ni ambitieux, ni parvenu. Ce qui compte avant tout, c'est son bonheur auprès de sa Charly, dompter sa jalousie maladive, et se tenir à l'écart du chaos politique régnant en ville. L'ombre d'Hitler plane, les chemises brunes sèment la zizanie, dans un semblant de confusion habilement organisé en coulisses, tandis que la population, soucieuse des restrictions économiques, préfère sous-estimer la menace. 

C'est avec une étourdissante simplicité que Volker Kutscher rend compte de l'état d'esprit de l'entre-deux-guerres, à travers une intrigue à suspense, parfaitement maîtrisée, malgré quelques longueurs. Ce 3ème opus des enquêtes de Gereon Rath, après Le Poisson mouillé et La Mort muette, est un très bon roman policier, sur fond historique, mené tambour battant, sous la houlette d'Eric Herson-Macarel (bien connu par les amateurs de livres audio). Entre espionnage, banditisme, corruption, sens du devoir et trahison, le récit est d'une intensité dramatique saisissante.

Texte lu par Éric Herson-Macarel pour les éditions  Sixtrid (novembre 2014) ♦ Traduit par Magali Girault pour les éditions du Seuil & Points

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15 octobre 2014

Le Livre des Morts, de Glenn Cooper

Le Livre des Morts

Panique à New York ! « Le tueur de l'Apocalypse » condamne ses victimes en leur envoyant une simple carte postale, illustrée d'un cercueil, avec une date écrite au verso. Celle de leur mort. 

Sur l'île de Wight, en 777 (date fatidique), la vie d'une communauté de moines est soudainement confrontée à la terrible malédiction du “7ème fils d'un 7ème fils” et voit leur existence à jamais placée sous de sombres présages.

Février 1947, Churchill prend connaissance d'une découverte qui dépasse toute contingence politique et menace la sécurité de la planète ! Zone 51, dans le Nevada, la Légende est en marche. Mais l'humanité ne sera jamais assez préparée par ce qu'il se trame...

Premier roman de Glenn Cooper et pari réussi. L'intrigue opère immédiatement un état de dépendance. Bien construite, elle sait ménager son suspense, sans jamais perdre de vue l'intérêt du lecteur, et travaille aussi à cet effet pour le divertir en offrant des scènes sensationnelles et une réelle intensité dramatique.

Par contre, l'agent du FBI, Will Piper, collectionne à lui seul tous les clichés du genre (alcoolique, dépressif, arrogant, misogyne et frimeur). De caractère irascible et teigneux, le type n'est guère sympathique. Il a été reconnu en tant que profiler chevronné, mais ses démons ont fait le reste. Il passe désormais son temps à compter les jours qui lui restent avant sa retraite. Sa collègue, la jeune Nancy Lipinski, décrite à travers ses yeux comme étant quelconque et insignifiante, tombe sous son charme... Moi pas comprendre. 

Pour le reste, c'est tout bon. Frissons garantis etc. etc.

Pocket, février 2011 ♦ traduit par Carine Chichereau pour Le Cherche Midi (Library of the Dead)

20 septembre 2014

Au bout du voyage, de Meg Rosoff

Au bout du voyage

Mila et son père Gil se rendent ensemble à New York pour retrouver un vieil ami (Matthew) qui a quitté le foyer sans la moindre explication. Son épouse, seule avec leur bébé sur les bras, est déboussolée et pense qu'il a trouvé refuge dans une cabane à la frontière du Canada. Pourtant, Matthew ne répond à aucun coup de fil et est parti sans son chien. Mila, qui prétend posséder une sensibilité accrue, perçoit des émotions que les personnes tentent de filtrer. Il lui paraît alors possible que l'ami de son père a orchestré son départ pour des raisons plus graves que celles que tous soupçonnent.

On s'engage alors dans un périple père-fille complice et singulier. L'esprit de Mila turbine à fond la caisse, tandis que son père reste silencieux, avare de confidences. Peu à peu certaines vérités vont apparaître, des drames du passé vont se révéler sous un autre jour et Mila va se sentir dépossédée de sa zone de confort. La jeune fille n'a que douze ans, même si son discours souvent la fait paraître plus vieille, elle n'a pas cette maturité nécessaire pour appréhender le clair-obscur et absorber ses conséquences.

J'ai beaucoup aimé l'entrée en matière du roman, le début de l'enquête, les pistes envisagées et le suspense de l'histoire. De plus, c'est admirablement écrit, du Meg Rosoff raffiné et lâchant ses indices en pointillés. Le récit prend davantage d'ampleur dans la 2ème moitié, plus opaque et en même temps plus frelatée. On absorbe complètement les sensations de Mila, troublée par les révélations qui s'imposent, notamment sur ses propres parents.

Petit détail aussi, il n'y a aucune ponctuation pour indiquer les dialogues (guillemets, tirets) donc au départ c'est un peu déstabilisant. Le récit forme un bloc, à nous d'en démêler les introspections et les réflexions à voix haute. Finalement, cela montre bien cette volonté de flouter les frontières, comme celle entre l'enfance et l'âge adulte. Chacun y assimilera ce qu'il entend, ou veut, selon sa propre interprétation. Un roman qui s'inscrit en toute délicatesse !

Albin Michel, coll. Wiz, septembre 2014 ♦  traduit par Valérie Le Plouhinec (Picture me gone)

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