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Chez Clarabel
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8 juin 2019

Orgueil et préjugés, par Jane Austen

ORGUEIL ET PRÉJUGÉSMiam miam miam. Que c'était bon.
Une relecture pleine d'esprit et d'humour, pour un roman qui raconte si bien la chasse aux maris au sein d'une famille tumultueuse et ô combien capricieuse.
Cette fois, on a une ambiance beaucoup moins mélancolique que Persuasion et tellement plus primesautière que Raison et Sentiments. L'histoire se résume simplement : Elizabeth et Darcy ne s'apprécient guère lors de leur première rencontre et n'auront de cesse de démontrer l'étendue de leurs tiraillements. En fait, ils ne sont jamais sur la même longueur d'ondes. Soit c'est trop tôt, soit c'est trop tard. Et jamais ils n'éprouvent les bons sentiments aux bons moment. Ils parlent souvent avant de réfléchir ou bien réfléchissent trop, à tel point que leurs supputations, leurs inclinations et leurs déclarations tombent à plat.
Quels idiots... Du moins, dois-je avouer qu'Elizabeth n'est pas mon héroïne fétiche. Depuis toujours elle m'insupporte. C'est une donneuse de leçons qui s'ignore mais son attitude hautaine ne trompe personne (pas moi, en tout cas). A contrario de Darcy, magnifiquement taciturne et terriblement gentleman. Soupirs extatiques à profusion. Cette fois, je remettrai la palme du potentiel insoupçonné à Mr Collins. Yep. Ce bougre d'âne est franchement risible ! Sans lui, le roman n'aurait sans doute pas la même saveur.
Ce cousin des Bennet ne doute pas de son sex-appeal. Sa convoitise est forcément un cadeau du ciel. Recevoir une demande de sa part n'est bien évidemment qu'évidence et gratitude profonde. Amen !
Sur ce, je rassemble mes impressions et mes souvenirs. J'emballe tout ça avec un joli ruban. Hop, c'était au niveau de mes espérances. Moins long, plus piquant, assez sensuel et néanmoins mystérieux. C'était miam, quoi !

©Editions Christian Bourgois pour la traduction par V. Leconte et Ch. Pressoir - Repris en poche chez 10x18 dans de magnifiques couvertures

Il existe une version audio des Brumes de Mars avec Évelyne Lecucq en narratrice. Et c'est excellent ! 11 heures d'écoute virevoltante et enjouée avec une réalisation sonore musicale qui nous plonge dans l'ambiance. Je ne peux que recommander.

Orgueil et préjugés brumes de mars

 

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21 mai 2019

Mais sinon, tout va bien ! de Max Deloy

Mais sinon tout va bienCe roman est un cupcake d'amour ! ♥
On y fait la connaissance de Georges, un papa de 33 ans qui vit seul avec son garçon Henrik, douze ans, surdoué et asocial. Comédien sans le sou, il collectionne les petits contrats (poser en slip kangourou pour une pub) et loue les locaux de son immeuble hérité de ses parents à des cours de théâtre, des groupes de rock ou des tatouages sauvages. Cela assure temporairement un semblant d'équilibre, même si celui-ci demeure fragile. Et la vie est loin d'être un long fleuve tranquille. 
À la maison, son fils s'est entiché de sa nouvelle préceptrice - Margot, une punkette aux cheveux d'un bleu électrique, aussi calée en astrophysique qu'en plats végétariens. C'est la révolution du chou-fleur et du quinoa ! Mais Henrik est conquis.
Ça enlève à Georges une épine du pied - ceci dit, il ne sait pas trop sur quel pied danser avec cette nana hors norme ! Trop tard pour s'appesantir. Son attention est déjà volée. Son école d'art dramatique est en pleine effervescence. Son amie Mireille veut monter Phèdre en moins de six mois. La troupe - comptant quatre élèves - n'est pas prête. C'est là qu'entre en scène la belle Clémence - parfaite, enchanteresse, irréelle. Un miracle.
Mais Tortue Géniale fait la tête et rabroue Georges de s'étourdir à nouveau. Les ennuis se bousculent au portillon quand un promoteur immobilier cherche à acquérir son bien. Face à son refus, le requin va déployer l'artillerie lourde - service des impôts et campagne de diffamation dans le voisinage. Georges est dans la zone rouge. Un genou à terre. Et le navire prend l'eau.

Pauvre Georges ! Jamais un moment de répit... Notre homme écope avec l'énergie du forcené et c'est jubilatoire. En tant que lecteur, on passe un vrai bon moment dans cette vie chahutée où l'ambiance est joyeuse et bienveillante. On se fond dans le décor avec un bonheur sans égal et on noue avec ce microcosme un attachement inébranlable. C'est tendre, un peu émouvant mais surtout désopilant. On sent un formidable élan d'amitié autour de Georges et on dresse un rempart pour son fils et lui contre les coups du destin. C'est plein d'optimisme, gonflé d'espoir et d'un lâcher-prise contagieux. En plus, c'est raconté sans chichis et avec humour - j'ai beaucoup aimé le style de l'auteur. Ça a été une rencontre fabuleuse et inattendue. Vivement qu'on y retourne !

©2019, HarperCollins France. Collection &H

 

27 mai 2019

La petite boulangerie du bout du monde, de Jenny Colgan

RELECTURE AUDIO #ChallengeAudible
Mai : à l'assaut du feel good pour être dans un bon mood

La petite boulangerie du bout du monde Audible

Merveilleux voyage à Mount Polbearne, où règne une ambiance crémeuse, chaleureuse et magique !
J'ai suivi Polly dans sa nouvelle vie de boulangère sans le sou et qui plaque tout pour vivre une expérience insensée sur cette île au large de Plymouth mais où la communauté vous accueille les bras ouverts - entre les marins au cœur d'or, l'apiculteur de Savannah à l'accent chantant, le millionnaire excentrique... et le petit macareux promis à devenir la mascotte !

Aucune surprise dans cette (deuxième) lecture si ce n'est le plaisir de renouer avec un univers bienveillant et le bonheur de larguer les amarres une bonne fois pour toutes. Cela m'a fait du bien de retrouver ce que j'avais tant aimé la première fois car la magie est toujours intacte.
Ce premier tome est d'ailleurs mon préféré de la série. On y trouve des sourires, des rires, des larmes, des potes et des petits pains chauds... la mer en toile de fond, des chansons, des cérémonies, des adieux, des réconciliations, de l'amitié, des promesses et des départs. La fin s'étire un peu en longueur - comme si on avait envie de prolonger l'instant et de ne jamais fermer la parenthèse. Qu'importe.
Je suis entichée à jamais de Mount Polbearne ! J'y ai déposé mes valises et ne veux plus en bouger. ¡ Adios Amigos !

©2015 Prisma. Traduit par Étienne Menanteau, Francine Sirven, Eve Vila (P)2017 Audible Studios

 

10 mai 2019

En poche ! Les Dix Vœux d'Alfréd ♥

les dix voeux d'alfred pocket

Ah, quel bonheur à lire ! L'histoire est simple mais adorable. Elle est pleine de tendresse et de bienveillance, avec des personnages croquignolets et des aventures truculentes, tout ça dans une ambiance bon enfant, franchement on se régale !

Direction un petit village breton, Le Camboudin, Alfréd (avec un accent) dresse une liste de vœux pour ses dix ans (rencontrer un vrai cowboy, conduire un tracteur, voir la mer et goûter la mythique trouspignôle). Rien n'est impossible pour un môme qui n'a que des petits vieux comme copains ! Son grand-père, Alfred (sans accent), est son principal partenaire dans le crime. Et il faut avouer que ces deux-là vont nous réserver de bonnes parties de fous rires. Leurs aventures sont alors racontées sans lourdeur, on sent la bonne humeur derrière chaque mot, on se berce de nostalgie et de douceur. C'est formidable.

Certes, parfois la vie est rude pour notre jeune héros : sa mère boit beaucoup trop et a un caractère de cochon. Lui, Alfréd, rêverait d'un foyer ordinaire, de vacances à la mer, de journées spéciales rien qu'à deux... Au lieu de ça, il découvre que les adultes sont des menteurs, qu'ils ne sont pas dignes de confiance et qu'ils ne comprennent rien aux surprises. Enfin bon, ça reste une belle aventure à lire et relire. J'ai adoré son énergie et son humour pétillant : je n'avais pas envie d'être à la fin, trop tôt, trop court, j'en voulais encore ! C'est bon comme tout. 

POCKET 2019

Attention... ils sont de retour !

Les Amours d'Alfréd

9 mai 2019

Rituels, par Ellison Cooper

Rituels ellison cooperCe roman est tortueux à souhait !

Sayer Altair croyait avoir tout compris des profils psychologiques des tueurs en série mais une récente enquête risque de chambouler toute sa science ! On vient de trouver, dans une maison abandonnée, le corps d'une jeune fille à qui l'on a injecté une drogue hallucinogène utilisée par les shamans durant les cérémonies rituelles. D'étranges symboles mayas sont également découverts, mais les indices n'ont pas fini d'orienter les enquêteurs vers un criminel à la logique implacable.

Scènes de crimes complexes, un tueur en série particulièrement retors, des enquêteurs baladés du début à la fin... j'ai même craint que trop de fausses pistes tuent le dénouement. J'ai déjà lu ça et cela a flingué le roman (cf. ce bon vieil Harry Quebert).
Mais bon, là franchement, je n'ai rien vu venir. Et c'est plutôt pas mal.
Il y a aussi un aspect addictif dans cette histoire (rythme, tension, mouvement) qui a rendu ma lecture obsédante et remarquable. On ne perd pas de temps, on cavale de gauche à droite. On suit Sayer dans une course contre la montre, avec un regard circonspect autour de soi. On vit ce roman à fond ! Et l'héroïne n'a pas tout dit donc on risque fort de la retrouver.
Par contre, l'explication finale est pour le moins paradoxale. Je dis ça, je dis rien.

Dernière chose, la lecture audio a aussi été profitable à cette lecture : Audrey d'Hulstère est excellente. Ajoutez une réalisation sonore pertinente, avec effets spéciaux ou vocaux, ce qui nous plonge littéralement dans l'ambiance. J'ai tendu l'oreille jusqu'à la dernière minute pour ne rien louper de ce scénario complexe et tendu. 

©2018 Le cherche midi. Traduit par Cindy Colin Kapen. Titre VO : Caged. (P)2019 Audiolib

 

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14 mai 2019

On se reverra, de Lisa Jewell

On se reverra HardiganUne mère célibataire aperçoit un type égaré sur une plage et accepte de l'héberger quand elle comprend qu'il est amnésique. Ensemble ils vont retracer son parcours et percer le secret de son identité. En même temps, une jeune ukrainienne installée à Londres s'inquiète de la soudaine disparition de son mari mais remue ciel et terre pour le retrouver.
Deux histoires liées ? des fils invisibles qui se tressent entre ces quêtes désespérées et autres âmes désœuvrées ? C'est ce qu'on suppose. En plus de ça, on a aussi un coup de projecteur sur une famille en vacances durant l'été 1993 au cours duquel une rencontre va bouleverser leur destin.
On se dit que c'est bon, c'est plié, c'est dans la boîte. 

Je pensais avoir tout deviné, j'ai tenté des recoupements, j'ai bullé dans mon coin en attendant que le lapin sorte du chapeau. Après tout... Mais finalement j'ai pas mal été roulée et c'est tant mieux. Les intrigues s'entortillent plus malicieusement et réservent quelques soubresauts inattendus.
Le roman trace sa route, simple et efficace, malgré un scénario peu transcendant. J'ai globalement apprécié son contenu même si j'ai trouvé le final longuet et les roucoulades inutiles. Je n'ai pas non plus été en connexion avec les personnages. Toutefois cela n'a pas nui à mon appréciation car j'ai passé un bon moment.
Vite lu... et probablement vite oublié.
Voilà voilà.

Par contre, la lecture audio est assurée par Émilie Ramet, autrement dit LA voix des romans de Jojo Moyes. Une sensation très perturbante pour la fine bouche que je suis. J'avais donc cette confusion permanente en tête et ça ne collait pas avec l'intention d'un “roman haletant au suspense maîtrisé”. Sinon, c'est très bien lu !

©2018 Bragelonne. Traduction par Adèle Rolland-Le Dem (P)2018 Hardigan

Titre VO : I Found You

28 mars 2019

L'Élixir d'oubli (Le Paris des merveilles 2), de Pierre Pevel

L'Élixir d'oubli audibleCette lecture fait suite aux Enchantements d'Ambremer où l'on rencontrait Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, dans un Paris des Merveilles absolument éblouissant.

Il n'est pas rare de le trouver en train de retaper sa pétroleuse ou de baguenauder dans les salons influents pour les besoins d'une enquête discrète. Cette fois encore, ses services ont été requis pour retrouver le gendre d'un antiquaire tout juste décédé. Fuite amoureuse ou sentiment de culpabilité de tromper son monde ? Peut-être se planque-t-il dans l'attente de jours meilleurs. Sauf que son commerce est de plus en plus louche. En chemin, Griffont va recroiser sa délicieuse épouse, Isabel de Saint-Gil, elle-même chargée d'une mission secrète : ambassadrice de choc et de charme, elle doit s'assurer que les dragons n'ourdissent pas de nouveaux complots contre les fées et doit donc valser sur toutes les pistes pour déjouer un attentat. 

Entre rivalités ancestrales, querelles entre les cercles de magie, vieilles alliances et drames en latence, on plonge dans une histoire à l'ambiance spectrale ! Car ce tome tue ses héros et fait lambiner le lecteur en ouvrant des parenthèses à n'en plus finir. L'idée est de conjuguer le passé et le présent en se concentrant sur les personnages, comme raconter la première rencontre entre Isabel et Griffont ou expliquer la naissance des cercles de magie. L'auteur passe moins de temps à décrire les décors et brise un peu le sortilège. On a donc moins d'esbrouffe, plus de concret. Seulement, il m'a parfois semblé que l'intrigue devenait poussive (le dernier 1/4 du roman est un peu long et confus). On perd en fantaisie, en découverte, en rythme aussi. La performance de Maud Rudigoz me laisse aussi un goût amer : l'écoute est agréable mais trop lisse pour le registre. J'étais frustrée, je voulais plus de théâtralité, de grandiloquence, de flamboyance... ce truc-là, quoi. 

Ceci dit, je ne vais pas renoncer à écouter le dernier tome de la trilogie, Le Royaume immobile (et probablement découvrir Les Lames du Cardinal du même auteur) !

©2015 Bragelonne (P)2018 Audible Studios

 

Rendez-vous de MARS pour le ClubAudible du mercredi 27 mars.

1 - Quel est votre avis sur ce second tome du « Paris des merveilles » ? Avez-vous apprécié l’histoire et la continuité par rapport au tome 1 ? La performance de Maud Rudigoz a-t-elle su à nouveau vous convaincre ?

Avis plus mitigé. Même si j'ai pris plaisir à retrouver le Paris des Merveilles et ses nombreux personnages, j'ai également trouvé l'intrigue plus poussive. L'auteur a trop voulu emprunter des chemins détournés, et à force d'ouvrir des parenthèses, il m'a semblé qu'il perdait le fil de l'histoire. En tout cas, cela devenait un peu long et confus. La performance de Maud Rudigoz me laisse également un goût plus amer : l'écoute est agréable mais trop lisse pour un tel registre. Cela me frustre, tout ça. Argh.

2 - Avez-vous découvert des informations sur l’auteur par rapport au mois dernier ? Vous êtes-vous penché sur d’autres titres de son répertoire ?

Je vais terminer cette série et probablement découvrir Les Lames du Cardinal.

3 - Que pensez-vous de « l‘Elixir d’oubli » par rapport aux « Enchantements d’Ambremer » ? Quelles différences avez-vous perçues ? Les détails de ce second tome, vous ont-ils permis de mieux comprendre certains passages du titre précédent ?

Je garde une préférence pour Les Enchantements d'Ambremer, parce qu'il nous introduisait dans un univers nouveau et merveilleux. J'avais été éblouie, totalement fascinée par ce que je découvrais. Cette fois, l'auteur s'est concentré sur ses personnages, notamment en racontant la première rencontre entre Griffont et Isabel. Puis a noué une histoire entre le présent et le passé - la politique de l'OutreMonde est tendue.

Ce que j'apprécie, mine de rien, c'est le ton désinvolte de l'auteur. Ses apartés avec le lecteur. Et son audace en glissant le légendaire Arsène Lupin dans les bras d'Isabel - ni vu ni connu. Forcément, on adore !

4 - Quel passage du livre avez-vous préféré ? Et quel personnage vous a fasciné ?

J'ai aimé croire en la mort de certains personnages ! Voilà je ne spoile pas.

5 - Auriez-vous aimé que ce tome soit véritablement une suite des « Enchantements d’Ambremer » ? Le rythme de cette aventure vous a-t-il plus convaincu que la quête du premier tome ?

Je n'attendais pas une suite directe. Cette proposition d'une autre aventure me convenait parfaitement, c'est justement la construction qui pêche.

6 - Qui a lu le dernier tome ? Le conseilleriez-vous ? Dévoile-t-il des informations supplémentaires sur la vie de Griffont, d’Isabel ?

Dans ma liste des futures lectures.


23 avril 2019

Club Audible : L'omelette au sucre, de Jean-Philippe Arrou-Vignod & lu par Laurent Stocker

l'omelette au sucre club audible

RDV du mercredi 24 avril à 19h45 sur FB

1 - Avez-vous apprécié la lecture/écoute de ce titre ? Que pensez-vous de l’histoire ? En aviez-vous déjà entendu parler ? Quel est votre avis sur l’interprétation de Laurent Stocker et les nombreuses ambiances sonores ?

J'ai adoré ! Je connaissais déjà mais c'est toujours un plaisir de relire chaque épisode. L'interprétation de Laurent Stocker est aussi un vrai cadeau car elle apporte cette touche malicieuse et tellement drôle aux histoires des Jean. Idem pour l'ambiance sonore. On a ainsi une ambiance guillerette où on s'y sent merveilleusement bien.

2 - Connaissiez-vous déjà Jean-Philippe Arrou-Vignod en tant qu’auteur ? Aviez-vous déjà lu des titres jeunesse ou des romans adultes de cet auteur ? Parmi ses séries les plus connues, vous retrouverez les « Enquêtes au collège », les « Histoires des Jean-Quelque-Chose » ou les albums de « Rita et Machin »… les connaissiez-vous ?

Tout lu ! Rita et Machin ♥ P.-P. Cul-Vert (Pierre-Paul Louis de Culbert) ♥ Magnus Million & Mimsy Pocket ♥  Les Jean-Quelque-Chose ♥

Tout est excellent ! Pour petits et grands.

3 - Lisez-vous régulièrement des titres jeunesse ? Ou avez-vous fait une exception dans le cadre du #ChallengeAudible ? Ce titre vous rappelle-t-il des souvenirs d’enfance ?

Je lis souvent des titres jeunesse - ça m'oxygène entre 2, 3 thrillers ou romans noirs. Et il n'y a pas d'âge pour lire de la littérature jeunesse ! :)

4 - Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans « L’omelette au sucre » ? Quel aspect de l’histoire globale et quel passage en particulier ?

L'ensemble est un délice à lire et à écouter : l'insouciance, la bonne humeur, les personnages, le revival des 60s. On ne peut que succomber à cette chronique familiale au charme vintage. Cela me fait penser aux albums de famille qu'on découvre en s'extasiant. J'adore cette tribu des Jean qui se chamaillent ou deviennent complices quand ça les arrange. Moi aussi j'appartiens à une famille nombreuse donc forcément ça me parle ! Chaque anecdote est croquignolette, et pas besoin d'avoir vécu à la même époque pour s'y sentir proche.

5 - Que pensez-vous de Jean B. (aka Jean Bon/ Jambon) notre narrateur d’une dizaine d’années ? Quel est votre personnage préféré ?

Jean B. rêve d'aventure. C'est le futur James Bond. Voilà. Ça veut tout dire.

6 - L’un ou l’une d’entre vous a-t-il lu la suite des aventures de la famille des Jean ? (L’auteur a publié le septième tome de la série l’année dernière)

Oui, tout lu, tout lu. Tout écouté aussi. Série incontournable. Possède des vertus thérapeutiques insoupçonnées ! ;p

 

11 mars 2019

Darkwind : Mécanique infernale, de Sharon Cameron

Darkwind mécanique infernaleAngleterre, 1852. Katherine a pour mission de se rendre chez son oncle Tulman pour s'assurer de sa santé mentale car sa tutrice craint qu'il ne dilapide la fortune familiale. Sur place, la jeune fille est impressionnée par le manoir de Darkwind mais comprend que ça ne tourne pas rond entre ses murs. 
L'apprenti de son oncle lui réclame alors 30 jours pour comprendre le bon déroulement de leur étrange communauté. Libre à elle de statuer sur leur sort selon ses observations. Pour Katherine, c'est aussi sa propre liberté qui est dans la balance d'où son scepticisme à adhérer aux excentricités de Darkwind.
Pourtant, l'ambiance est envoûtante. Mystérieuse mais fascinante. Les chambres sont sales et abandonnées, la cuisinière est revêche, des bruits étranges résonnent la nuit dans les couloirs. Katherine elle-même devient hystérique et fait des crises dont elle ne garde aucun souvenir. Elle ne cherche pas à détromper le personnel qui s'imagine qu'elle boit en cachette. La jeune femme a trop peur d'admettre qu'un mal la ronge.
Les jours passent dans cette atmosphère sinistre. Katherine poursuit son enquête et découvre des aspects charmants à son séjour : les automates de son oncle, les porcelaines de Lane, le patin à roulettes sur le parquet de la salle de danse, les recherches scientifiques de Ben, la campagne environnante... Mais l'échéance approche et Katherine doit prendre une décision pour Darkwind et pour elle-même.

Ne vous arrêtez pas à la couverture VF avec cette demoiselle en train de minauder - Katherine n'est nullement une jouvencelle timorée et influençable. Elle fait preuve de sang-froid et de courage, tout en avançant dans ce dédale avec l'esprit confus (on le serait à moins). Certes, le danger est sournois et l'atmosphère pesante. J'ai néanmoins pleinement succombé au charme de cette lecture. C'est sombre, romantique et captivant comme un roman gothique. Une très bonne surprise. 

Bayard (2015) - traduit par Vanessa Rubio-Barreau

Titre VO : The Dark Unwinding

à suivre dans Darkwind : Une étincelle dans la nuit

Image associée

 

 

7 mars 2019

Cochon vole, par Erwan Seznec

COCHON VOLENos jeunes fondus de l'arctique sont de retour dans une nouvelle aventure qui va les conduire en terre bretonne : Antoine, Marie, Julien et Joris ont été embauchés pour s'occuper de Galahad, huit ans. Pensant qu'il s'agissait d'un simple garçonnet, les amis vont finalement découvrir un gros porc laineux à chouchouter pour son prochain concours. Soit. Les enfants estiment qu'ils ont énormément de chance et profitent au mieux de leurs vacances. Julien a également un secret à leur révéler : il est devenu très, très riche. Mais en y parvenant, il vient aussi de s'attirer les foudres des frères Bruno, les caïds de son quartier. Sa mise au vert a donc pour but de se faire oublier, sauf que notre ami va faire la une des journaux et voir son passé le rattraper.

Ha, ha ! Qu'est-ce que j'ai pu sourire à la lecture de ce petit roman désopilant ! D'abord, je n'avais pas imaginé que l'auteur proposerait une autre histoire avec notre bande de potes - la surprise a été grande et inégalable. J'ai retrouvé cette tendre camaraderie faite de blagues, de boutades et de soutien sans failles dans toutes les épreuves. Antoine et ses compagnons sont étonnants de flegme, montrant autant d'audace que de rouerie ou de malice, pour mieux contrer l'adversité. Préparez-vous à une série de péripéties abracadabrantes, beaucoup d'humour et de dérision, un grand vent de folie douce et aucune moralité sous-jacente. C'est super distrayant ! Une réussite, bis.

« Julien et Joris échafaudaient des plans.
- On les laisse entrer, on les assomme, on les tue. Ensuite, on balance les corps à Galahad, qui les mangera.
- Pure folie ! a hurlé Joris. On ne peut pas changer l'alimentation de Galahad sur un claquement de doigts ! Ce cochon est un sportif de haut niveau, une machine de précision !
- Alors on les enterre !
Marie a refusé catégoriquement. Pas question de faire des trous dans le beau jardin de Tonton Archibald. C'est vrai qu'enterrer ses ennemis chez quelqu'un qui vous prête sa maison, ce n'est pas très joli. »

l'école des loisirs, 2018 - illustrations de Vincent Bourgeau


8 février 2019

L’aventure de Castle Rock, de Natasha Farrant

l'aventure de castle rock

Complètement sous le charme de cette couverture, aux faux airs des romans de Enid Blyton, j'étais impatiente de découvrir cette petite merveille. Même les premières pages sont magiques ! C'est l'histoire d'une fille qui avait perdu sa mère et sa maison, qui avait peur de perdre son père, et qui avait besoin de se trouver elle-même. L'auteure a une façon particulière de présenter son histoire, un mélange de poésie et d'humour, une grande maîtrise du teasing et un goût fabuleux pour l'aventure. En tout cas, on embarque aussitôt à bord et avec impatience. 

Alice Mistlethwaite doit quitter la maison de son enfance, trop chargée en souvenirs, pour rejoindre le pensionnat de Stormy Loch, un vieux château écossais tenu par une équipe de tendres excentriques. Sa tante a estimé qu'il serait temps pour elle de vivre de vraies histoires passionnantes au lieu de simplement les imaginer. Son père, un acteur obscur, doit retourner à Londres mais promet de lui écrire le plus souvent. Seulement, Barney ne va pas tenir parole et faire douter sa fille (d'où l'épopée à venir). D'un tempérament calme et solitaire, Alice va néanmoins s'attacher l'amitié de deux garçons aux caractères très opposés, en l'occurrence Fergus et Jesse, l'un ne manque pas de courage tandis que l'autre craint jusqu'à son ombre. Du moins, ils forment un trio inattendu et fort original. Contre toute attente, ils vont aussi multiplier les frasques et enfreindre les règles de leur école. Comme se rendre sur une île voisine, le paradis des macareux, en réponse à une invitation énigmatique reçue sur carte postale timbrée en Italie. Que de mystère... et vous n'avez pas tout vu !

Cette lecture est extraordinaire, elle a le goût de l'enfance, des rêves et des escapades palpitantes, perdues au milieu de nulle part. Les personnages sont adorables, un peu farouches et maladroits, souvent prompts à édulcorer la vérité et à trahir pour parvenir à leurs fins. Mais ils ont beaucoup à nous raconter et c'est formidable de les écouter ! J'ai bigrement aimé ce rendez-vous, riche en émotions et véritable promesse d'évasion. On tombe fou amoureux de ce coin de paradis écossais, battu par les vents et les tempêtes, mais tellement romantique et magique. On sent le souffle de la liberté nous transporter très loin, et pour notre plus grand bonheur. Il y a certes un certain charme vintage derrière tout ça... irrésistible et réjouissant. J'ai adoré. ♥

Gallimard jeunesse (2019) - traduit par Marie Leymarie

Couverture illustrée par David Bean

 

8 février 2019

Pêle-mêle : Mon cochon dingue - Ballade en mer - Les Dinosaures n'existent pas !

Mon cochon dingue

Pour oublier le gris et la tristesse, rien de mieux qu'un cochon dingue ! Cette petite boule de poils va ravir le cœur de notre fillette et apporter joie et couleurs dans son cœur. Tout paraît plus merveilleux, plus doux, plus drôle. Car le bonheur est contagieux : il n'y a qu'à regarder autour de soi, « des fois que la joie passe par là, je voudrais pas la louper » !

Un petit album absolument génial sur la complicité entre un enfant et son animal de compagnie, mais aussi sur la force des émotions (quand on peut broyer du noir un instant puis rire aux éclats en un clin d'œil). Les enfants sont les champions du monde pour ça ! On adore la tendresse et la fantaisie de Christine Roussey, son univers est espiègle, avec sa touche de poésie et son humour dévastateur. Une vraie bonne dose de vitamines, miam.

Mon Cochon Dingue, de Christine Roussey

de la Martinière jeunesse, 2019

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Ballade en mer

Quelle étonnante aventure ! À lire comme une chanson, tendre et poétique, qui raconte l'incroyable odyssée d'un fragile équipage en pleine mer. Un enfant et son ami montent à bord d'une petite barque pour une escapade ensoleillée, mais bientôt la tempête s'annonce et la promenade vire au cauchemar. Heureusement, les poissons et les oiseaux viendront à leur secours pour guider leur chemin jusqu'à la terre ferme.

Cette jolie ballade est non seulement passionnante, mais aussi très apaisante à lire (au-delà des intempéries et des vagues en folie). On tombe fatalement sous le charme des illustrations et de l'atmosphère sucrée de cet album ravissant. Un bonheur pour les yeux.

Ballade en Mer, de Nina Laden & Melissa Castrillon

de la Martinière jeunesse, 2019

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Les Dinosaures n'existent pas

Tim et Jules sont deux vaillants aventuriers. Un soir, ils décident de partir à la chasse au dinosaure. Ils sont décidés, ils vont capturer un dinosaure géant. Le plus grand prend rapidement la tête de l'expédition, tandis que le plus jeune le suit à la trace mais avec la trouille au ventre. Il a de moins en moins confiance dans les chuchotis et les ombres autour de lui. Il a beau se dire, tout ça n'existe pas, sauf que la vérité est ailleurs ! Ha, ha. Fox Mulder, sors de cette histoire.

En vrai, attendez-vous à une lecture rigolote et spectaculaire ! Car cet album est FANTASTIQUE ! Son atmosphère très sombre peut rebuter, d'ailleurs l'histoire fait vraiment peur même si tout est mis en scène exprès pour susciter frissons et tremblements. Notez aussi la dérision car l'auteur en rajoute des tonnes. Même son graphisme est remarquable (avec des volets qui s'ouvrent pour donner une dimension xxl au monstre de l'histoire). Je ne vous ai rien dit, par contre. En bref, c'est un album surprenant et prodigieux, riche en sensations, en sourires et en dents pointues... mais chut !

Les dinosaures n'existent pas ! de Mark Janssen

de la Martinière jeunesse, 2018

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20 janvier 2019

Lola Bensky, de Lily Brett

Lola BenskyFin des années 60. Lola Bensky a 19 ans et travaille pour un magazine australien spécialisé dans les nouvelles figures du rock. Entre Londres et New York, Lola rencontre ainsi Mick Jagger, prend le thé avec Paul McCartney, prête ses faux cils à Cher, sauve Jimi Hendrix d'un accident de voiture, discute kilos en trop avec Mama Cass, évoque l'héritage juif avec Janis Joplin et résiste au charme vénéneux de Jim Morrison.
Toutes ces anecdotes font naturellement le piquant de cette lecture, où l'auteur s'incarne dans cette jeune journaliste mal dégrossie, qui souffre de son image, de son poids et d'être fille de rescapés des camps de concentration. Elle revient sur sa famille, les traditions et la religion, son avenir à Melbourne, ville où elle a suivi ses parents et rencontré un petit copain volage.
En fin de lecture, on retrouve Lola Bensky dans un appartement new-yorkais pour un dîner chez des amis. Elle a une soixantaine d'années et croise Mick Jagger, qui lui sourit avec tendresse. Nul ne sait s'il se souvient de cette époque tumultueuse et canaille, s'il a reconnu en elle l'illuminée qui parlait de choux dans le ghetto de Lodz en Pologne. Après tout, quelle importance ? Chacun dorlote ses souvenirs et entretient avec la nostalgie une relation intime et pudique.
En attendant, ce roman se picore par petites bouchées. Et j'ai adoré son ambiance rocknroll, la folie des années 60, la nouvelle scène, les excès, le glamour, la liberté... C'est assez exaltant. Plongée dans cette frénésie, Lola Bensky n'est pourtant pas une rigolote : complexée et triste comme un bonnet de nuit, on la sent davantage simple spectatrice et engluée dans ses problèmes. Au bout du compte, j'ai un peu mis de côté la part confidentielle de Lola pour me consacrer à son travail, ses rencontres surréalistes et légendaires. Pour ça, rien que pour ça, j'ai beaucoup aimé ce roman. Sensation grisante d'avoir voyagé dans le temps et d'avoir touché les étoiles. Un pur bonheur.

10-18 (2016) - traduit par Bernard Cohen

éditions de La Grande Ourse (2014)

31 janvier 2019

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury

Fahrenheit 451Guy Montag mène une vie tout à fait ordinaire, il est marié à Mildred depuis dix ans, une union sans accroc et sans peps. Il est aussi pompier, mais attention, son métier ne consiste pas à éteindre les incendies, c'est tout le contraire. Jour après jour, il part en mission avec son équipe et met le feu aux livres ! Puis il rentre chez lui, avec le sentiment du devoir accompli.
C'est après sa rencontre avec sa jeune voisine de 17 ans suivie de l'opération de trop (chez une vieille dame vivant seule parmi ses montagnes de livres) qu'il va peu à peu prendre conscience de son existence en dérive. Après tout, que renferment les livres ? quel pouvoir possèdent-ils pour nécessiter des mesures radicales ? Montag songe pour la première fois à y réfléchir plus longuement. Un choix non sans conséquence.
Grand classique de la littérature, paru en 1953, Fahrenheit 451 ne vieillit pas. Son message est même hélas toujours d'actualité : le désamour du public envers les livres au profit de technologies plus modernes. Oui, mais à force d'ôter à la société une diversité de réflexion, d'évasion et d'imagination, ne va-t-on pas vers une vision étriquée de notre existence ? des cerveaux éteints ou lobotomisés par une somme d'informations artificielles et peu subversives ? D'où le risque de tirer profit d'une société rendue docile et malléable...
Tout ça, Montag l'analysera à force de pousser les murs, de croiser des rêveurs, d'interroger des philosophes. Ainsi, notre homme va glisser incidemment vers la résistance et la clandestinité, devenir son propre ennemi et être la nouvelle cible de ses collègues. Cette lecture fait franchement froid dans le dos. Elle produit aussi un effet hypnotique qui conduit le lecteur à écouter cette voix sentencieuse. J'ai été fascinée par Christophe Montenez, par son énergie, par sa gravité, par sa condamnation muette. Par contre, c'est vrai que je m'attendais à un récit plus dynamique ou au rythme plus soutenu. La portée du texte est renversante, mais c'est aussi une lecture un poil exigeante et qui aurait pu devenir fastidieuse si elle avait été plus longue. En bref, j'ai été charmée par le livre audio, l'interprétation est extraordinaire, bouleversante et percutante. C'est le format qui me convenait. En plus, je suis contente d'avoir enfin percé le mystère de cette œuvre souvent citée en exemple en littérature, il existe d'ailleurs pas mal d'ouvrages qui s'en sont inspirés comme La Brigade l'œil de G. Guéraud (que je recommande).

©1995 Éditions Denoël. Traduit par Jacques Chambon et Henri Robillot (P)2018 Éditions Gallimard, coll. Écoutez Lire

 

6 janvier 2019

Sur ma liste, de Rosie Blake

Sur ma liste Rosie BlakeC'était facile de succomber à cette petite sucrerie durant les fêtes de fin d'année : promesse d'évasion, de miel et de douceur... Bingo, j'ai croqué à pleines dents.
Direction le petit village anglais de Yulethorpe où Clara vient de poser son lourd sac à dos, en plein périple à travers le monde. La jeune danoise est en quête de refuge et de second souffle. Elle croise inopinément Louisa, propriétaire d'un magasin de jouets, qui lui confie sans réfléchir sa boutique et son appartement avant de partir sous le soleil d'Espagne.
Son fils Joe tombe des nues et débarque à l'improviste... persuadé d'avoir affaire à une croqueuse d'héritage. Or, il découvre en Clara une délicieuse personne, attentive et bienveillante, adepte du fameux hygge, cet art de vivre nordique qui consiste à jeter des plaids partout dans la maison, illuminée de bougies, où il ferait bon se nicher autour d'une boisson chaude et d'un gros bouquin.
Un programme idyllique et chaleureux. Forcément, j'ai plongé les deux mains jointes et apprécié les intentions de l'auteur à déployer autant de charme et de délicatesse dans une histoire sans surprise (et digne d'un feuilleton TV de l'après-midi).
Tout est lisse et convenu. Le lecteur est convié à partager la philosophie du hygge, déjà très en vogue, en fermant les yeux pour se couler dans l'ambiance. La magie opère, même si j'aurais bien gratté pour davantage de vagues et d'humour. Un peu de fantaisie dans cette avalanche de crème onctueuse, non ?
En bref, l'invitation au bien-être est pleinement assumée : la lecture offre une  parenthèse appréciable dans un quotidien pas toujours jovial. C'est adorable, parfois risible (la séquence cocooning dans la salle de bains.. mouarf !). Mais je ne regrette pas la sensation de confort que ce roman inspire.

J'ai lu / collection LJ (2018) - traduit par Marilyne Beury 

Titre VO : The Hygge Holiday

 

18 décembre 2018

Lion, de Saroo Brierley & lu par Julien Allouf

Lion Saroo Brierley

Au départ, cette lecture ne m'enchantait pas particulièrement, d'où mon agréable surprise de découvrir un récit d'une grande fluidité, lu impeccablement par Julien Allouf et soutenu par un rythme entraînant.

Ce roman raconte l'histoire de Saroo qui, à l'âge de cinq ans, s'est endormi dans un train pour se réveiller dans une ville inconnue, loin de sa famille. L'enfant va errer comme un malheureux dans les rues de Calcutta avant d'être confié à un orphelinat pour être adopté par un couple d'Australiens. Exilé loin de ses racines, le garçon va grandir en espérant reprendre des nouvelles des siens. Bien des années plus tard, Saroo va retracer la route du chemin de fer sur Google Earth et ainsi obtenir les indices précieux qui vont le guider jusqu'à sa famille indienne. Un vrai miracle.

Aussi stupéfiante soit-elle, cette histoire est tirée de l'expérience personnelle de l'auteur. Saroo Brierley n'a en effet rien inventé et nous raconte son incroyable épopée en toute modestie, sans jouer les héros, sans titiller la corde sensible non plus. Il relate les faits avec sobriété et émotion. Si cela avait été une simple fiction, j'aurais franchement tiré la langue. Au lieu de ça, j'avais les yeux écarquillés à l'écoute de son histoire : j'ai eu peur quand il était livré à lui-même et aux rencontres hasardeuses, j'ai usé la rétine de mes yeux à scruter son écran d'ordi pour scanner comme un forcené des kilomètres et des kilomètres d'un territoire étranger, j'ai croisé les doigts pour raviver la flamme du souvenir, j'étais bouleversée à l'heure des retrouvailles, tout en me demandant quel accueil lui serait réservé ou comment sa famille adoptive appréhenderait cette entreprise.

C'est une lecture assez courte (environ 6 heures) et pourtant les événements se bousculent. Saroo n'en demeure pas moins lucide quant à la dualité de son parcours, entre son appartenance au présent et son attachement au passé. Mais son aventure est exceptionnelle et inspire magie, espoir et merveilleux. Car Saroo est né sous une bonne étoile, promis à un destin hors du commun et nous inspire autant d'admiration que d'empathie. Très bonne découverte écoutée pour le #ClubAudible de décembre 2018 !

©2017 City Éditions. Traduit de l'anglais par Christophe Cuq (P)2018 Audible Studios

Adapté au cinéma par Garth Davis (2016) : Regarder la bande-annonce sur YouTube


Discussion FB entre les partenaires blogueurs membres du  #ClubAudible, autour de la version audio de « Lion » de Saroo Brierley, lue par Julien Allouf. 

Pour bien commencer, voici la première question : Quel est votre avis sur "Lion" ? Avez-vous apprécié l'histoire ? La performance de Julien Allouf a-t-elle su vous convaincre, vous émouvoir ?

Avis positif ! Au départ, cette lecture ne m'enchantait pas particulièrement, d'où mon agréable surprise de découvrir un récit d'une grande fluidité, lu impeccablement par Julien Allouf et soutenu par un rythme entraînant. Je n'ai pas été émue mais charmée par la simplicité avec laquelle l'histoire s'écoule.

Deuxième question : Qu'avez-vous pensé du style de l'auteur Saroo Brierley, qui narre sa propre histoire ?

Le style est simple, sans chichis. J'ai apprécié qu'il ne verse pas dans le mélo et se contente de raconter son parcours incroyable (perdre sa famille à 5 ans, déjouer les pièges, quitter son pays, être adopté, retrouver ses racines en scannant google earth comme un forcené...). Si cela avait été une fiction, j'aurais été franchement sceptique. Saroo est assez modeste également, il ne joue pas les héros, va à l'essentiel, ne s'appesantit jamais, est reconnaissant envers sa bonne étoile. Il raconte assez bien la dualité de sa vie, son appartenance au présent et son attachement au passé. Il a su me tenir en haleine car son récit est prenant.

Troisième question : Qui connaissait cette histoire avant de lire le livre ? Qui parmi vous a vu le film "Lion" sorti en 2016 ? Et que pensez-vous de l'adaptation cinématographique ?

Je ne connaissais pas du tout, pas vu le film non plus.

Quatrième question : Quel a été votre passage préféré ? et le moment qui vous a plus ému(e) ?

Je ne pense pas avoir de passage préféré ou quoi que ce soit. J'ai considéré ma lecture comme un ensemble à parcourir avec avidité. Et comme l'auteur raconte son parcours vite et bien, on suit le mouvement entre stupeur et émotion. En gros, on a peur quand il est un enfant de 5 ans seul dans les rues indiennes (erk les rencontres vicieuses à la gare), on scrute à ses côtés son écran d'ordi pour retracer son chemin, on frissonne d'excitation quand il retourne enfin auprès des siens en se demandant quel accueil lui sera réservé, on se demande aussi comment sa famille adoptive va appréhender cette entreprise. Tout est tellement providentiel, c'est incroyable ! On a le sentiment qu'il a survolé son histoire, finalement. Peut-être aurais-je aimé qu'il rencontre des difficultés ou des désillusions... *gnak gnak* Un peu de croquant sous la dent !

Cinquième question : Avez-vous le sentiment qu'il manque quelque chose dans le récit ? Ou au contraire ? Auriez-vous souhaité plus/moins de détails ?

Il manque peut-être un peu de matière à cette histoire trop-belle-pour-être-vraie : des épreuves, des échecs, des doutes, des déceptions. Un peu d'amertume. Et après tout... pourquoi pas ? Saroo est un homme extraordinaire, né sous une bonne étoile. Son destin est hors du commun. Donc, c'est merveilleux et je suis très heureuse pour lui.

Sixième question : Finalement, que retenez-vous de cette fantastique histoire ?

Elle est tellement fantastique qu'on reste les yeux écarquillés en l'écoutant (quasiment) d'une traite ! C'était une aventure exceptionnelle.

 

Toute la discussion ! 

19 décembre 2018

Nos vies en mille morceaux, de Hayley Long

Nos vies en mille morceauxDylan et son frère Griff ont passé leur enfance à parcourir le globe avec leurs parents. Libres et insouciants, ils incarnent la famille aimante et offrent un aperçu du bonheur de vivre ensemble. Mais peu avant le 13ème anniversaire de Griff, leurs parents ont un accident de voiture. Un drame puissance mille. Les garçons sont anéantis, privés de repères, ils se retrouvent seuls au monde. D'abord recueillis par une collègue d'école, la sublime et attachante Beyoncé (keep on dreaming), ils sont ensuite envoyés dans une petite ville du Pays de Galles, chez une cousine qu'ils n'ont jamais rencontrée de leur vie.
Commence une autre étape pour recoller les morceaux de leur existence brisée. Et là, moi j'étais effondrée avec mon roman entre les mains : ses éclats de rires et ses cascades de larmes vont et viennent en alternance. Ascenseur émotionnel droit devant. J'ai pourtant tout encaissé car cette lecture est aussi extrêmement positive. Elle vous envoie de bonnes ondes vivifiantes, elle déborde d'amour, de poésie et de musique, en même temps qu'elle évoque le chagrin insurmontable, la perte et la solitude.
L'auteur avait déjà produit ce numéro de haute voltige avec son héroïne Lottie Biggs, ou comment raconter une histoire poignante, sans verser dans le mélodrame, en rappelant qu'il faut s'accrocher et croire en la vie. Elle récidive donc avec Dylan et Griff à travers un portrait magnifique et bouleversant des deux frères dont la détresse est à couper le souffle. Et même si on a le cœur lourd et la boule au ventre, même si on tend l'oreille pour écouter leurs murmures, on sourit aussi tout du long à la lecture de cette histoire miraculeuse.
On fait ainsi provision de mots doux, on ramasse des mots piochés ci et là : “avec ou sans moi, la vie continue”, “on se sent toujours mieux après un bon thé gallois”, “parfois, malgré tout, la vie est belle”. Et on court écouter l'album des Beach Boys et leur chanson, The Nearest Faraway Place. « On aurait dit la musique qui clôt un film. Du genre doux et triste et, en même temps, plein d'espoir. » 
Ce roman est magique.

Gallimard jeunesse (2018) - Traduit par Laetitia Devaux

Titre VO : The Nearest Faraway Place

18 décembre 2018

La vie est belle et drôle à la fois, de Clarisse Sabard

La vie est belle et drôle à la foisConviée par sa mère à passer les fêtes en famille, Léna se rend dans un petit village de Haute-Provence la mort dans l'âme. La jeune femme déteste Noël et a la désagréable surprise de trouver une maison vide à son arrivée. Son frère et sa grand-mère sont également au rendez-vous mais n'en savent pas davantage, seule Léna sent venir le traquenard à des kilomètres. Qu'importe. Elle accepte de poser ses valises et de profiter de l'instant présent... Ses retrouvailles avec son amour de jeunesse auraient pesé dans la balance ? Han-han. Le lecteur hoche béatement la tête et replonge fissa le nez dans son bouquin pour connaître la suite des réjouissances. Ceci dit, la lecture ne va pas nous en boucher un coin non plus. On se doute qu'au menu, roucoulades et sérénades romantiques seront servies avec faste. Et c'est tant mieux. Après tout, on a bien besoin de guimauve et de tendresse dans ce monde de brutes. Pourtant, ce n'était pas gagné au début. J'ai même pris sur moi pour encadrer l'héroïne trop caricaturale, ses jérémiades et son cynisme sonnaient surfaits. C'est donc pour l'ambiance festive et pour la promesse d'une histoire de famille, avec des secrets enfouis, que j'ai poursuivi mon aventure. Depuis la disparition tragique du grand-père, vingt ans plus tôt, le temps semble s'être arrêté pour Léna et ses proches. Nul n'évoque cet accident en la présence de la jeune femme, qui en a fait un blocage. Mais cela ne peut plus durer. Elle a depuis compris qu'elle doit fouiller dans ses souvenirs pour raviver la scène dont elle a été témoin durant son enfance. Et se délester du poids qui handicape ses relations amoureuses. À côté de ça, on a une mère fan d'Elvis en quête de nouvelles aventures, un frère en pleine crise conjugale, une adolescente sur la corde raide, un père cavaleur et néanmoins repenti, une grand-mère qui s'éclate sur Meetic et incollable sur The Walking Dead. Cela fait tellement cliché, j'avoue. Toutefois, l'histoire est douce, chaleureuse et bienveillante. Comme beaucoup, je pense, c'est précieux en ce moment. Bon point, donc, pour cette lecture adorable et très distrayante. Dernière ligne droite avant les fêtes : on n'hésite pas !

©2018 Leduc.s (P)2018 Audible Studios

14 décembre 2018

Gare aux fantômes : qui vivra verra ! (Agatha Raisin enquête 14), de M. C. Beaton

Agatha Raisin enquête Gare aux fantomes

Il y a encore du remue-ménage dans la vie d'Agatha Raisin. Ayant eu vent de ses talents d'enquêtrice, son nouveau voisin, Paul Chatterton, la convie chez une vieille dame acariâtre qui prétend que son manoir est hanté. La police a fait peu de cas de son affaire et ses voisins sont tous d'avis que c'est une vieille peau détestable. Agatha et Paul sont également reçus comme des malpropres et estiment qu'ils ont tout à gagner de retirer leurs billes avant le massacre. Dommage pour Agatha qui commençait à trouver excitant de passer du temps avec son nouvel ami...
Je vous vois venir, mais rassurez-vous, point de béguin à l'horizon. L'homme est marié, même si son épouse est absente. Et Agatha Raisin est vaccinée contre les peines de cœur. D'ailleurs, j'étais juste en train de songer à Charles Fraith que... tadam... le voici le voilà dans toute sa superbe. Le tandem qu'Agatha et lui forment figure parmi les plus attachants et improbables !
Mais revenons à notre intrigue : quid des fantômes chez l'horrible Witherspoon ? Sont-ce des affabulations d'une grand-mère esseulée et désireuse d'attirer l'attention ? Roulement de tambours. Et nouveau crime en perspective. On soupire d'aise à retrouver l'énergie positive d'Agatha Raisin. Même si la tournure de l'intrigue ne surprend plus, on apprécie énormément l'humour et les paysages anglais de ce rendez-vous incontournable. Je regrette un peu le personnage de John Armitage, au profit de ce Paul Chatterton, dont le rôle demeure encore très ambivalent (on apprend à se méfier aussi). L'enquête criminelle est également plus décousue, avec moins de substance croquante, par contre elle se conclut sur une perspective hautement réjouissante. À suivre, donc, très prochainement... et plus précisément fin février 2019 !
Bravo aussi à Françoise Carrière dont l'interprétation pleine de verve donne du piquant à cette lecture : sa participation est essentielle au succès de la série. Je ne cesse de le répéter.

©2003 / 2018 M.C. Beaton / Éditions Albin Michel. Traduit par Clarisse Laurent. Titre VO : Agatha Raisin and the Haunted House

(P)2018 Audible Studios

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21 novembre 2018

Malo de Lange, de Marie-Aude Murail

Première parution en volume unique de cette fabuleuse saga à mi-chemin entre les Mystères de Paris et Charles Dickens.
Roman illustré en trois parties et 56 tableaux.

Malo de LangeUn bambin de deux ans, blond aux yeux bleus, est abandonné à l'hospice et recueilli par deux sœurs qui rêvaient d'une petite fille. Avec son charmant minois et son caractère enjoué, Malo devient vite la coqueluche des demoiselles de Lange.
Chouchouté dans un cocon douillet, il explore aussi le voisinage pour lier connaissance avec la ravissante Léonie de Bonnechose ou apprendre l'arguche avec La Bouillie. 
Mais les ennuis se présentent sous la figure de Riflard, qui prétend être le père de Malo. Bien entendu, ce type n'est qu'un escroc qui va kidnapper le garçon pour servir ses sombres desseins.
En attendant, la question sur les origines de Malo est posée. Que signifie cette fleur de lys tatouée dans son dos ? S'agit-il réellement de la marque des criminels ? Malo perd tous ses repères et décide de ne pas retourner chez les demoiselles de Lange.
À la place, il 
devient un grinche (autrement dit, un voleur) et s'associe avec d'autres jeunes égarés pour trousser les riches. La suite des aventures réserve d'autres surprises, au fil des rencontres et des rebondissements. On va cavaler derrière Malo, partager ses péripéties et assister à des drames, dans une excellente mise en scène qui relance sans cesse la lecture.
Le rythme est vif, les situations souvent inattendues et palpitantes. On rit, on tremble, on erre dans les rues de Paris, ambiance 19ème siècle, avec des yeux écarquillés et le cœur prêt à bondir hors de la cage thoracique. On tourne avec impatience les pages de ce roman-feuilleton amoureusement élaboré et empreint d'humour. C'est vraiment très, très bon. Cela m'a aussi fait grandement plaisir de retrouver ce héros charismatique et de reprendre une bouchée de son histoire étonnante et riche en émotions.
« Moralité, pour être heureux, il faut prendre les choses du bon côté, comme disait saint Laurent sur son gril, juste avant d'être retourné. »

L'école des loisirs (2018) - illustration de couverture par Régis Lejonc

 

 

28 novembre 2018

Valentine ou la belle saison, d'Anne-Laure Bondoux

Valentine ou la belle saison lizzie

Une héroïne dans le creux de la vague, un retour aux sources et des fantômes dans les placards... Ce roman d'Anne Laure Bondoux nous plonge dans une douce introspection familiale : celle d'une sœur et d'un frère qui découvrent le secret de leurs parents, mais qui doivent aussi panser leurs propres blessures (séparation, divorce, carrière en berne).
En s'installant dans la maison de Monette, à la campagne, Valentine et Fred retrouvent de vieux amis avec lesquels ils forment une petite bande de pieds nickelés fort sympathiques. Entre parties de vélo et séances de running, tous cherchent un nouveau souffle, parlent de politique (campagne électorale 2017) et prennent la vie comme elle vient, avec son lot de promesses (brisées, déçues) ou d'espoirs (des grands, des beaux, des forts).
Cette lecture, sans prétention, va donc nous faire doucement mariner dans notre jus. L'histoire est tranquille, l'ambiance paisible, on se croirait dans du Anna Gavalda ou du Barbara Constantine, pour l'esprit communauté solidaire et famille d'adoption. Les personnages ici ne sont pas des naïfs, rêveurs ou inconscients, mais ils veulent encore saisir toutes les secondes chances que la vie leur offre.
Résultat, la lecture est sympa, c'est parfait pour la détente et ça vous change du quotidien tristoune. Le texte est lu par Fabienne Loriaux et Benoît Grimmiaux, deux voix agréables pour nous accompagner dans ce parcours des âmes désœuvrées en quête de paix intérieure. Un rendez-vous très intéressant.

©2018 Fleuve Éditions, département d'Univers Poche (P)2018 Lizzie, un département d'Univers Poche

 

25 octobre 2018

La Saison des feux, de Celeste Ng

la saison des feux

Les habitants de Shaker Heights, banlieue riche et tranquille de Cleveland, mènent tous une vie parfaite et soigneusement planifiée, où rien ne dépasse, rien ne déborde. La famille Richardson incarne la réussite sociale et professionnelle, ce qui fascine la jeune Pearl, la fille de leur nouvelle locataire, Mia Warren, photographe désargentée et mère célibataire. Mais la fascination est réciproque, car les enfants Richardson découvrent eux aussi un mode de vie sans carcans et sans pression à travers cette amitié. Dans le même temps, une collègue de Mia se bat pour obtenir la garde de son bébé (abandonné un soir de détresse). Le procès est retentissant, les passions sont toutes déchaînées... Et les répercussions à Shaker Heights plus redoutables et dévastatrices.

Ce roman est stupéfiant, inattendu et captivant. D'une tension dramatique insoupçonnée. L'histoire peut sembler lente car elle se déploie avec mille précautions, distribuant patiemment les cartes d'une partie fébrile, mais où les nombreux non-dits et actes manqués vont également ponctuer les heures précédant la catastrophe... Oui, les étincelles crépitent et l'embrasement est proche. Quand la pression est à son apogée, on retient notre souffle, attendant la suite avec angoisse. Quelle prouesse. Celeste Ng revient sur ses thèmes de prédilection (la famille, la transmission, les racines, l'adolescence, la maternité) et propose une nouvelle lecture bouleversante, qui nous entraîne loin, très loin, sur des sentiers chaotiques, où chaque ramification va se croiser de façon implacable. Rien n'est finalement anodin dans cette histoire et chaque recoupement se révèle d'une manière ou d'une autre poignant et grandiose. Cette lecture est terrible, éprouvante pour son effet domino, mais franchement épatante.

©2018 Sonatine Éditions, traduit par Fabrice Pointeau ("Little Fires Everywhere") (P)2018 Lizzie, un département d'Univers Poche.

Bravo à Micky Sebastian pour son interprétation, c'est un plaisir de la retrouver et d'écouter sa voix forte, sensible et admirablement nuancée pour dresser le portrait d'une société américaine vulnérable et pleine de contradictions.  

 

5 octobre 2018

Vertige, de Franck Thilliez

vertige

Trois individus se réveillent au fond d'un gouffre, dans une cavité creusée dans la glace. Tous trois sont piégés et enchaînés, livrés à eux-mêmes, sans explication. Ils disposent d'une simple tente, d'un chien et d'un cadavre. À eux maintenant de s'entraider s'ils veulent survivre. Commence donc, pour Michel, Jonathan et Farid, une expérience douloureuse et traumatisante, qui va mettre à mal leur courage et leur foi en l'humanité. Le lecteur aussi se sent impliqué et se pose des questions, pourquoi eux, comment ont-ils atterri dans ce trou, sont-ils coupables de crimes ignobles à l'extérieur, s'agit-il d'un complot ou d'une machination vengeresse... On a vite le cerveau embrouillé par le froid glacial et l'ambiance suspicieuse qui règnent dans cette crevasse. Les langues ont beau se délier, on peine à accorder notre confiance ou donner du crédit à ce qu'on entend. Parmi eux, se cachent un menteur, un voleur et un tueur. Le tour est vite fait, mais les indices sont faibles. Alors on attend, longtemps. Le temps est suspendu, on sent le danger imminent et on retient notre souffle. C'est franchement flippant.
Au fond, la lecture peut sembler excitante, riche en densité et en intensité. Elle nous fait vivre le supplice des personnages, partager leurs idées noires et leurs pensées amères... Et puis, il y a la forme : l'action est lente et se déroule en huis clos, d'où un certain flottement. Option : torture mentale et examen de conscience. C'est dit, et moins alléchant. On n'a peut-être pas le palpitant au bord de l'implosion, néanmoins on ne moufte pas une seconde jusqu'au point final. Et là... on salue la rouerie de l'auteur (vous jugerez à votre guise). Disons que j'aime bien qu'on brouille les pistes jusqu'au bout !

Fleuve Noir (2011) - Pocket (2012) - Lizzie (2018)

Extraordinaire interprétation de Guillaume Cramoisan, mais vraiment. J'ai adoré sa voix.

 

 

21 septembre 2018

Ce qu'il reste d'Alice, de T.R. Richmond

CE QU'IL RESTE D'ALICEPar une froide soirée d'hiver, à Southampton, la police repêche le corps d'une jeune femme qui vient de se noyer dans la rivière. Alice Salmon, journaliste de 25 ans, était à l'aube d'une carrière prometteuse. La veille, elle avait arrosé ses retrouvailles avec ses amies puis était rentrée chez elle, complètement pompette. Que s'est-il passé ensuite ?
Les circonstances sont assez floues (suicide, accident ou meurtre) mais déjà le sujet fait débat, sur internet et dans la tête des gens, on raconte tout et n'importe quoi. Pour faire taire ces ragots, un anthropologue proche de la retraite décide de rétablir la vérité sur Alice en dressant un portrait façon patchwork (enquêter, recueillir, colliger). La famille s'y oppose car le projet est trop personnel et impudique.
En effet, le Professeur Cooke se base sur des extraits du journal intime d'Alice, des messages postés sur le blog de son amie Megan, des notes prises par son petit copain Luke ou des lettres écrites à sa mère Elizabeth... sans compter que les motivations du bonhomme semblent également discutables.
C'est tout le suspense de l'intrigue - rapporter de nombreux détails et embrouiller le lecteur. Un pari risqué... et loupé car j'ai trouvé le roman très fouillis. L'auteur a cru bon tenter une expérience (une construction alambiquée sur les nouveaux outils de communication) mais ça reste artificiel et peu convaincant. Les personnages ne gagnent pas en noblesse. Le mystère est élucidé, mais sans gloire. Suis sceptique.

Traduit par Pascal Loubet pour les éditions Calmann-Lévy (2015) / repris au Livre de Poche

ce qu'il reste d'alice calmann levy

27 septembre 2018

Toute la vérité sur Ella Black, d'Emily Barr

Toute la vérité sur Ella BlackElla Black n'est pas toute seule dans sa tête : son double démoniaque (Bad Ella) lui empoisonne l'esprit et la pousse souvent à débrider toute sa rage contenue. Jusqu'alors, la jeune fille avait réussi à sauver les apparences. Ni ses parents ni ses amis proches n'ont conscience de ses troubles de la personnalité. 
Mais la situation lui échappe le jour où elle est arrachée brutalement du lycée, mise dans le premier avion pour Rio de Janeiro. Ce projet fou ne masque pas la fébrilité de sa famille. Et les réponses hasardeuses à ses nombreuses interrogations ne dissipent pas non plus le doute qui s'immisce en elle : Ella court un grand danger. Elle le sent, elle le sait. Même communiquer avec ses parents relève de l'impossible.
À l'hôtel, elle croise « le plus beau garçon du monde » et parvient à s'échapper de sa chambre pour filer en cachette à leur rendez-vous. Plage et caïpirinhas étourdissent de bonheur l'adolescente qui en oublie tous ses soucis. Le lendemain matin la rappelle, toutefois, à une cruelle réalité.
Et là, on s'accroche aux pages du livre. Car ce roman va vous étonner, vous balader, vous dérouter : mensonges, non-dits, secrets et révélations coulent en cascade. Il y a une vraie concentration des genres (suspense et crise d'ado, thriller et quête initiatique, romance et espionnage). C'est très excitant.
Comme Flora Banks, Ella Black est une héroïne complexe. Elle est fragile, sensible, difficile à cerner. Elle agit de manière irresponsable, se montre égoïste et vit des aventures assez peu crédibles (ou comment explorer les favelas au mépris des clichés). C'est un peu fort de café, mais on se retient de pester car ça reste une bonne lecture, rythmée et entraînante, riche en émotions et pleine d'exotisme. 
Résultat, on applaudit frénétiquement ! Autre lecture, autre ambiance... Le roman d'Emily Barr est franchement confondant et inattendu. 

Casterman, 2018 - traduit par Nathalie Bru

 

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