Qui touche à mon corps je le tue - Valentine Goby
C'est une histoire qui ne laisse pas deviner sa violence, et pourtant son thème est lourd, dangereux, sulfureux : les faiseuses d'anges. Valentine Goby a choisi d'en toucher quelques mots, avec sa grâce exemplaire et son allure sophistiquée. Elle ne crache pas les mots, elle les couche sur papier. Avec délicatesse. Elle bichonne ses personnages, qui sont trois : Marie G. qui attend sa condamnation, Lucie L. qui a avorté et Henri D. le bourreau "qui n'existe que les matins d'exécution par le dégoût des autres et l'horreur qu'il inspire".
C'est par ellipse que l'auteur procède en cherchant à élargir le procès muet qui tient lieu dans l'esprit de l'opinion publique. Elle glisse sa plume d'un caractère à l'autre, sans frémir ni flancher. Elle se met dans la peau de "la blanchisseuse des corps", celle qui "gomme les taches disgracieuses, au point de passage entre la vie et la mort" ou elle fait corps avec celle qui a été "faible ou juste pas avertie", celle qui a voulu ce rapt d'elle-même. Chaque personnage porte sa croix, on le soupçonne et l'apprend au fur et à mesure. Cette histoire n'est d'ailleurs pas sans rappeler le film de Chabrol, Une Affaire de femmes, que je vous recommande également.
Ce qui ressort de ce livre, c'est son intensité. C'est vibrant d'émotion, certains passages flirtent avec la rage, l'impuissance et la frustration. On retrouve d'ailleurs la même écriture éprouvée dans L'échappée, son précédent roman. Une nouvelle fois, donc, Valentine Goby se penche sur la destinée des femmes, durant la guerre. Après celles condamnées pour avoir reçu et/ou donné du plaisir durant cette époque mouvementée, voici les faiseuses d'anges qui connaîtront une sentence sans appel sous le gouvernement de Vichy. On graciait des pédophiles, mais on envoyait à la guillotine celles qui voulaient se substituer à la décision divine (sic) !
Valentine Goby ne verse jamais dans le pathos, elle expose des éventualités, brise les tabous et elle montre les silences, les injustices. Il y a aussi un refus de la fatalité derrière les personnages, et un aspect froid et clinique chez Henri D. qui parfois donne des frissons - mais l'homme est humain, on découvre ses failles et cela ne nous laisse pas indifférent. Les deux femmes sont également touchantes, à leur façon. Ce ne sont pas des criminelles, mais elles ont posé pour la postérité avec ce statut. C'est glaçant et c'est fort. On ne peut demeurer insensible à ce genre de lecture.
"(...) faut-il cesser de penser, de sentir, ou bien cette torture en vaut la peine parce qu'à la fin, peut-être, il y a une promesse de bonheur, ce que j'entrevois du bonheur, une sorte de plénitude où coexistent mon corps ma voix ma tête dans une seule enveloppe palpitante, et tout bat en même temps ? Ai-je raison de vouloir ? D'espérer ?"
Gallimard, août 2008 - 137 pages - 13,90€
Commentaires sur Qui touche à mon corps je le tue - Valentine Goby
Voilà un livre de la rentrée que j'ai très envie de lire. Tu me réconfortes dans ce choix
Le sujet m'intéresse ... je note ce livre. Merci !
Je ne viens pas pour parler livres aujourd' hui mais musique : j' aime beaucoup celle d' aujourd' hui ... la voix me rappelle un peu celle de Sinead O' Connor , par moments ... j' écoute très souvent les morceaux que tu proposes avec plaisir et je fais ainsi des découvertes ... merci ! ;-))
Ca a l'air horrible cette histoire. J'avais trouve le titre et la couverture très attirants, mais le résumé, bof.
"L'échappée" vient de sortir en poche, je pense que je vais d'abord lire celui-ci.
Je note car j'avais beaucoup aimé son roman " La note sensible ". Je n'ai pas encore lu "L'échappée" en revanche, mais s'il vient de sortir en poche, c'est le moment de se faire une cure de Valentine Goby :)
La Pyrénéenne, merci beaucoup ! ça me touche, car la musique aussi me tient à coeur... ;)
Co, cela fait maintenant deux romans, celui-ci & L'échappée, où Valentine Goby s'exprime dans un style complètement différent de La note sensible. J'espère que tu vas aimer.
Lilly, oui c'est déjà une première approche.
En fait, l'histoire ici n'est pas horrible, mais forte. Le lecteur est irrémédiablement happé par le récit et touché par la destinée des trois personnages.
Aucun pathos, aucune récrimination non plus. L'auteur dresse un tableau, trois cas "cliniques" et à nous de prendre ou de laisser.
De toute façon, ça ne laisse pas de marbre.
Moi aussi j'ai aimé le titre et la couverture en premier lieu !
Leil & Gambadou, je suis curieuse de connaître vos avis sur ce livre... il mérite qu'on "blablate" dessus, tant il interpelle !
Bonne lecture à tous !
Je l'avais déja repéré. Tu me confortes dans mon envie de le lire! Merci
J'avais aimé" L'échappée' . Je vais essayer celui-ci.
Nous ne remercierons jamais assez Madame Simone Veil, de nous avoir épargné ce que nos aïeulles durent endurer, jusque parfois en mourir. Marie
je n'ai toujours pas lu " l'échappée ", mais ce titre-ci m'interpelle. j'avais été impressionnée par le film de Chabrol.
J'avoue que le sujet me fait un peu peur... j'ai "la note sensible" chez moi... je vais commencer par celui-ci ou "L'échappée", s'il est en poche! Ensuite, je verrai...
J'avais bien aimé L'Echappée. Alors je crois que je vais foncer à la librairie...
C'est intrigant cette attirance qu'elle a pour cette période...
Je le mets dans le panier "pour un futur achat"... C'est vrai qu'elle a beaucoup de talent.
J'espère que la rentrée a été bonne ! En tous cas, ouf c'est fait !! :)
Je l'ai vu cet après midien librairie, et en lisant le résumé je ne me suis pas laissée tenter! Mais après avoir lu ta critique je pense que je vais le lire sous peu!!
J'avais beaucoup aimé le film de Chabrol et aussi celui de Mike Leigh "Vera Drake". C'est un sujet qui m'interpelle surtout que ce droit a l'avortement est sans cesse remis en cause un peu partout (voir l'excellent edito du ELLE de cette semaine). Voila donc mon deuxieme livre pour ma liste apres La domination
http://www.gallimard.fr/rentree-2008/index_bf11.htm
les bonnes feuilles, un extrait lu par Eric Ruf de la Comédie française, un entretien vidéo avec l'auteur
A toutes,
Lisez, lisez ce livre ! Il vous surprendra, secouera vos certitudes, vous déconcertera aussi. La première lecture n'est pas acquise, mais la mélodie fait son chemin.
Elle vous garde longtemps et vous tient la dragée haute (oui, j'aime bien cette expression !).
Vous m'en direz des nouvelles !
Et puis, ce sujet reste délicat, douloureux, sensible et impossible à "parquer". Il y a tant et tant de points à discuter, lisez vite ce livre !!!
J'ai peur, je sens que si je ne lis pas ce livre, Clarabel se fâche tout rouge et je me prends un zéro pointé! Même punition pour les autres: courez toute affaire cessante chez le libraire , sous peine de graves ennuis . Marie
Oh ! Loin de moi toute idée de représailles ! ;)) Suis pas encore passée à ce stade (mais ça ne saurait tarder, si on me cherche...)
Et pourtant Clarabel, il faudrait pouvoir "représailler", il est si triste de voir tant de mots perdus pour ceux qui jamais ne les rencontreront. Continuez à susciter l'envie, à éveiller le désir. Les gens sont certes adultes, n'ont pas forcément besoin de prescripteurs, mais le rôle de "défricheur" est une aide précieuseL La culture se partage, il faut juste donner le désir de passer à table, savourer le menu et partir à la recherche d'autres mets . Mes images sont gastronomiques, il est vrai qu'il est midi!!!
Que longtemps encore vivent les livres, et ceux qui nous enchantent Marie
Quel est le nom de ce très beau film, qui se passe en Angleterre, dans un quartier sinistre, dont le personnage principal est une faiseuse d'anges ? Merci Marie
Vera Drake ?
(Merci marie pour vos superbes mots ! Défricheur est un terme qui me plaît...)
Oui.....c'est ça! Merci: vous avez gagné??? Ben non,rien, juste" ma considération distinguée ",ce n'est pas le jeu des 1000euros;Ce qui est bien avec internet, c'est que quand on a, comme moi, un cerveau qui ramollit un peu sur les faces externes, il est possible d'en trouver un tout neuf tout jeune qui fonctionne à plein régime :merci la nouvelle génération! Marie
Ps; Que nous défrichez-vous ce week-end?
Le week-end, c'est tendu. Les travaux occupent toute notre journée du samedi, je bouquine généralement des manga ou me gave de séries tv. Ce soir, c'est soirée avec les voisins, nous anticipons l'anniversaire de l'homme du foyer. Demain, dimanche cocooning. Je ne sais pas encore quel livre me tombera entre les mains, je laisse le hasard décider pour moi... ;)
Mais promis, demain, je présente un livre tout beau, tout nouveau : une histoire d'amour !
...."les histoires d'amour finissent mal, en général."J'ai entendu ça dans mon poste, je sais même que c'est Catherine Ringer( je n'oublie pas tout!)Il est certain que la sienne d'histoire s'est très mal terminée, la pauvre !
Bon courage pour les travaux. Bon anniversaire au Monsieur.
Les mangas, connais pas, ma fifille( Ma née sous X qui va très bien , que nous avons posée hier à Roissy, pour une randonnée équestre...en Mongolie)en a plein sa chambre, mais je ne suis déjà pas fichue de lire une BD, alors un manga....au secours !Marie
Bonjour a tous !
Voila je participe au prix Goncourt des lycéens cette année, et ce livre fait parti de la selection... Je voudrais demander aux personnes qui l'ont lus qi ce livre est bien et interessant.. Merci a tous ceux qui voudront bien m'aider !
Oui ce livre est bien, fort et violent, et il n'est pas long. Ce serait dommage de passer à côté.
Un lien, concernant le rapport de l'auteur avec son écriture - 'sans fard' ?
http://www.folio-lesite.fr/video/01060546.HTM?12216668762180.3066114160467269
Ca y est, je l'ai lu . Bien sûr, c'est un livre coup de poing, de celle que l'on n' oublie pas . J'ai noté toutefois avec surprise le silence de ces pages, elles ne semblent renfermer aucun cri , et la clandestinité des faits n'explique pas tout . La souffrance de chacun des protagonistes se vit dans une sorte de huis-clos étanche au monde qui l'entoure : la solitude de la peur face à la mort, de part et d'autre de la frontière où tout bascule .... peut-être, qu'en savons nous ?
J'ai été un peu gênée de l"unicité de style pour les trois personnages . Est-ce à dire qu'il n'y a qu'une seule manière de dire la douleur ? ... Et qu'après tout l'auteur, lui est un. Marie
PS J'ai lu ce livre en parallèle avec " La petite fille de Monsieur Li" , qui certes contient son lot de douleur, mais aussi une infinie tendresse et de la douceur à revendre ; drôle de contraste entre les deux livres ! Marie
J'avais lu "La petite fille de Monsieur Li" et j'avais trouvé que c'était une lecture très sensible et touchante. Toutefois, j'avais vu venir la fin de très loin... pas été dupée pour deux sous. C'est embêtant !
De Valentine Goly, Marie, il faudrait aussi lire L'échappée. Encore un roman bluffant, et qui porte sur les femmes et la guerre... J'avais beaucoup aimé.
"La petite fille de monsieur Linh": moi qui suis la reine des pommes , je n'avais rien vu . Mère de 5 marmots dont 3 furent des bébés "calamités sur pattes", je me disais que le brave homme avait bien de la chance d'avoie un bébé si sage! j'ai bien entrevu un moment que cet enfant avait peut-être un problème, mais pas plus loin que ça.J'essaie d'imaginer ce que ça peut donner de lire tout le roman en ayant compris...moins poignant , et encore, pas sûr , plus même peut -être . Quelle détresse que celle de ce vieil homme de vouloir continuer comme si...tout en sachant que ...ou alors, s'il y croit vraiment à son histoire, c'est une autre histoire... On se la refait ?
Oui, j'ai lu "L'échappée" il y a quelquess mois .J'ai souvenir d'un texte plus dans le concret, moins dans le labyrinthe de la pensée , la douleur toujours, le poids de la honte et de la culpabilité toujours présent . Sont-ce des thèmes récurents chez Valentine Goby? Je n'ai rien lu d'autre d'elle . Il me semble qu'à l'époque, j'avais trouvé une certaine similitude avec le couple mère-fille des "Demeurées" de J Benameur: l'une portant l'autre, et inversement(comme souvent dans la "vraie vie " ).
Ce soir je finis un policier de M Lesbre, et demain"j'attaque" "Les déferlantes "
Aujourd'hui j'ai lu "La femme feuille " de Charles Hervé-Gruyer( un Normand de chez vous!!), ou le mythe du bon sauvage, Rousseau pas mort, Paul et Virginie, où êtes -vous ? Trêve de plaisanterie, le roman est étayé sur des recherches ethnologiques et des expéditions de l'auteur, tout à fait sérieuses , et ce n'est pas mal écrit, en dépit parfois d'une accumulation de détails .
Marie
Les premiers romans de Valentine Goby sont différents, plus sages et plus lisses. J'aimerais toutefois vous conseiller "Sept jours", à propos d'une histoire de famille face à un héritage, avec en toile de fond le souvenir d'une maman, d'une silhouette etc. Mon sentiment est daté mais il en reste une impression d'avoir été touchée par la grâce. C'était un joli petit livre sans prétention.
Pour les bébés et les enfants, comme dans le livre de Claudel, n'avez-vous jamais remarqué combien les bambins sont généralement très sages et peu encombrants ? On les claque dans un coin (de page) et zou les protagonistes peuvent vaquer à leurs occupations sans souci. Or, en vrai, c'est quasiment mission impossible !!!
Ah, j'aimerais que ma vie soit une page de livre... par moments ! (A bas la pluie !)
Les enfants , l'amour, la mort; la douleur, les rêves...... bref, la "vraie vie", et celle que l'on retrouve dans les livres ne peut être la même. N'est-ce pas là le propre de la littérature qui, par le filtre des mots transforme, ou met à plat tout vécu . Le même phénomène ne se produit-il pas avec la peinture? Un tableau, aussi fidèle et réaliste soit il, produira une émotion différente de celle du paysage ou du personnage peint . Non ? Dans tous les domaines de l'art , il doit en être de même, c'est la part de l'artiste dans toute création me semble-til . Même la photographie est affaire de regard, celui du photographe qui y met sa propre sensibilité . En fait, je ne sais pas, je ne suis pas artiste .
Quant à mettre sa vie sur une page de livre ... un peu statique , non ? Mais au moins, on peut la tourner ..... Courage Clarabel, la pluie, pas drôle ,mais c'est tout le charme de la Normandie. Le Sahara, vous croyez que c'est mieux ? Encore que , j'ai entendu qu'il y a des inondations à Ghardaïa," ma pauv' dame, où va le monde" ? Aujourd'hui, il fait soleil!Au fait, votre couvreur, il est mort ? en congé ? en grève ? en faiLlite ? pris de vertige ? Ca me semble long cette histoire de toit . A vous aussi ? Marie
Oui c'est long, mais c'est un choix et c'est triste ! :(( Ma vie sur un papier, c'est statique, certes, mais on peut tourner la page, gommer les erreurs, sauter les chapitres, revenir en arrière etc. N'est-ce pas trop beau pour être vrai ? Ah mais oui, justement : ce n'est pas vrai !
L'auteure, croisée le week-end dernier à Saint Dié des Vosges ne tarit pas d'éloges (d'ailleurs mérités) sur ton blog...
C'est gentil de sa part ! C'est un auteur que je suis depuis le début, et j'apprécie beaucoup ses livres !!! D'ailleurs, son style évolue, elle n'hésite plus à fouiller, à chiffonner le lisse et le conforme, elle adopte un rythme plus syncopé, plus haletant. Très à l'image de ses sujets qui deviennent plus dérangeants, mais excellents !
Je viens de finir ce livre et j'ai beaucoup aimé... l'écriture est très particulière et riche de sens.
> Flora, il faut que tu lises son roman L'Echappée, lui non plus ne laisse pas indifférent.

