29/11/18

Vers la beauté, de David Foenkinos

vers la beautéAntoine Duris était professeur aux Beaux-Arts de Lyon quand il a décidé de tout plaquer pour devenir gardien au Musée d'Orsay. Rupture amoureuse difficile ? L'homme ne laisse rien transparaître. Lui semble se satisfaire d'être au plus près de la beauté. Il pourrait contempler des heures les œuvres de Modigliani, quitte à mettre son grain de sel dans les exposés de son collègue... qui voit rouge. Ceci n'est pourtant qu'une mascarade. Car Antoine porte en lui le souvenir d'une étudiante au destin tragique. Camille avait seize ans, c'était une jeune fille brillante et passionnée par la peinture. Mais du jour au lendemain, son monde a chaviré. Son humeur s'est terni. Camille était prisonnière d'un drame qu'elle ne pouvait confier à personne.
Un matin, Antoine décide de kidnapper sa directrice, Mathilde Mattel, et se rend dans un cimetière pour alléger son fardeau. L'heure de vérité va enfin sonner. Malheureusement, je sors de cette lecture mi-figue mi-raisin. Au départ, cela ressemble totalement à un roman de David Foenkinos : primesautier, parisien, élégant, galant... Ce n'est pas ce que j'affectionne, mais cela reste un domaine familier donc tout à fait confortable. Vient ensuite l'histoire de Camille... comme un prolongement de Charlotte, son précédent succès littéraire. Ambiance plus lourde, plus sombre, plus pesante. On plonge dans le cauchemar de l'adolescente. Tellement douloureux et dévastateur. On vit sa descente en enfer, la spirale infernale de son traumatisme. Dur, dur.
L'heure est au recueillement, hélas j'avais hâte d'en sortir même si la lecture est courte (5h environ). Le texte est lu par Xavier Béja (très bon) dont l'empathie est sincère et transparente. On ressent comme lui de la compassion, du dégoût, du désœuvrement. C'était au final une expérience déconcertante mais, je le crains, peu amène et enthousiasmante. Le chagrin qui colle à ce roman est trop profond, trop grave. Ce n'était pas idéal en cette saison.

©2018 Éditions Gallimard (P)2018 Éditions Gallimard, coll. Écoutez Lire

 

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28/11/18

Valentine ou la belle saison, d'Anne-Laure Bondoux

Valentine ou la belle saison lizzie

Une héroïne dans le creux de la vague, un retour aux sources et des fantômes dans les placards... Ce roman d'Anne Laure Bondoux nous plonge dans une douce introspection familiale : celle d'une sœur et d'un frère qui découvrent le secret de leurs parents, mais qui doivent aussi panser leurs propres blessures (séparation, divorce, carrière en berne).
En s'installant dans la maison de Monette, à la campagne, Valentine et Fred retrouvent de vieux amis avec lesquels ils forment une petite bande de pieds nickelés fort sympathiques. Entre parties de vélo et séances de running, tous cherchent un nouveau souffle, parlent de politique (campagne électorale 2017) et prennent la vie comme elle vient, avec son lot de promesses (brisées, déçues) ou d'espoirs (des grands, des beaux, des forts).
Cette lecture, sans prétention, va donc nous faire doucement mariner dans notre jus. L'histoire est tranquille, l'ambiance paisible, on se croirait dans du Anna Gavalda ou du Barbara Constantine, pour l'esprit communauté solidaire et famille d'adoption. Les personnages ici ne sont pas des naïfs, rêveurs ou inconscients, mais ils veulent encore saisir toutes les secondes chances que la vie leur offre.
Résultat, la lecture est sympa, c'est parfait pour la détente et ça vous change du quotidien tristoune. Le texte est lu par Fabienne Loriaux et Benoît Grimmiaux, deux voix agréables pour nous accompagner dans ce parcours des âmes désœuvrées en quête de paix intérieure. Un rendez-vous très intéressant.

©2018 Fleuve Éditions, département d'Univers Poche (P)2018 Lizzie, un département d'Univers Poche

 

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07/11/18

Les oubliés du dimanche, de Valérie Perrin

Les oubliés du dimanche

Justine est aide-soignante dans une maison de retraite, elle a 21 ans et se sent proche de ses petits vieux. Elle écoute leurs histoires, s'émeut de leur solitude, tente d'oublier son désarroi en sortant au dancing où elle croise souvent le même type.
Elle ne se souvient jamais de son nom, mais lui confie son quotidien. Et lui l'écoute patiemment, lui pose des questions, la raccompagne après le boulot, lui téléphone, l'attend.
En vrai, Justine a d'autres chats à fouetter car elle a commencé à fouiller le passé d'une patiente, la belle Hélène, qui a longtemps souffert de n'avoir pas su lire, qui se souvient aussi de sa rencontre avec Lucien, de la guerre, du café qu'ils tenaient, de Simon qui vivait dans la cave...
Cette histoire va se télescoper avec les racines de Justine, qui vit chez ses grands-parents, avec son cousin Jules, car tous deux ont perdu leurs parents dans le même accident de voiture. En fait, ce drame couvre d'autres non-dits, d'autres secrets de famille, lesquels viendront éclore au fil des chapitres. On s'en doute, on les attend avec hâte. Et notre espérance sera grandement récompensée.
Au moment de tourner la dernière page, on ressent un bien-être immense et la certitude d'avoir lu un roman bouleversant et très juste, qui ne verse jamais dans le pathos ou la sensiblerie inutile. Et ça, j'apprécie beaucoup. On se rend compte que l'auteur cherche simplement à broder des liens, à tisser une histoire, à raconter l'amour et la famille. Car aimer, c'est n'avoir jamais à dire qu'on est désolé.
Et pourtant, il y a du chagrin, de la mélancolie, du sacrifice.. mais c'est tout plein de douceur et de tendresse. On ne s'attache pas forcément à la narratrice, mais on l'accompagne bien volontiers dans son pèlerinage. On se faufile dans les coulisses des Hortensias, on mène l'enquête sur le Corbeau, puis on oublie, on plonge dans le passé, on pleure les morts, on se dit que demain est un autre jour, après tout.
N'en jetez plus, j'ai beaucoup, beaucoup aimé. C'est une lecture attachante, profonde et sans artifice. Pour un premier roman, Valérie Perrin touche en plein cœur !

©2015 Albin Michel (P)2018 Audible Studios

Son deuxième roman, Changer l'eau des fleurs, est également disponible en exclusivité sur Audible (format audio).

 

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Et soudain, la liberté de Caroline Laurent & Évelyne Pisier

Et soudain la liberté pocket

Evelyne Pisier voulait écrire un roman sur sa mère en privilégiant la forme romanesque, une parade pour jongler entre émotion et introspection. Peu avant de mourir, elle avait confié son manuscrit à son éditrice, Caroline Laurent, en priant pour que l'histoire de Mona et Lucie Desforêt porte ses fruits.
Celle-ci se passionne pour le sujet et détecte le potentiel des deux héroïnes (dont la vie ressemble à un roman). Et ça tombe bien... 
La suite est une lecture surprenante et extraordinaire. On voyage dans la France des colonies de l'après-guerre, on découvre un cadre de vie bourgeois et dépaysant, mais aussi une réalité plus amère, avec le camp de Hanoi, les persécutions et l'ostracisme.
Toutefois, la vie de Mona et Lucie est ponctuée de passions dévorantes, de désirs et de rebondissements incessants (mariage, divorce, liaison, rencontre avec Castro). C'est follement romanesque et passionnant. Du moins, sur le papier.
Car j'ai eu quelques réserves au fil des pages, au fil des clichés accumulés (fumer pour stimuler la mémoire), du snobisme ambiant ou des personnages peu attachants dans le fond... Caroline Laurent emprunte souvent le sentier des digressions, elle évoque son propre vécu, tout en expliquant son travail d'éditrice (pour le coup, c'est utile et appréciable). Mais dans le feu de l'action, ça tombe parfois comme un cheveu dans la soupe.
Enfin bref. Le roman est b
on, porté par une démarche sincère et poignante. On y trouve le reflet d'une époque, l'incarnation d'une relation forte entre une mère et sa fille, la volonté farouche d'écrire sa destinée en l'arrachant de toute platitude.
Concernant la forme audio, la lecture proposée par Gaëlle Billaut Danno est sans fausse note : l'écoute est agréable, l'interprétation lisse et convenue. Simple mais efficace. Good job !

©2018 Éditions Les Escales (P)2018 Lizzie

et soudain la liberté audible

 

 

08/10/18

Les Dix vœux d'Alfréd, de Maude Mihami

les dix voeux d'alfredAh, quel bonheur à lire et à écouter ! L'histoire est simple mais adorable. Elle est pleine de tendresse et de bienveillance, avec des personnages croquignolets et des aventures truculentes, tout ça dans une ambiance bon enfant, franchement on se régale !
Direction un petit village breton, Le Camboudin, Alfréd (avec un accent) dresse une liste de vœux pour ses dix ans (rencontrer un vrai cowboy, conduire un tracteur, voir la mer et goûter la mythique trouspignôle). Rien n'est impossible pour un môme qui n'a que des petits vieux comme copains ! Son grand-père, Alfred (sans accent), est son principal partenaire dans le crime. Et il faut avouer que ces deux-là vont nous réserver de bonnes parties de fous rires. C'est raconté sans lourdeur, on sent la bonne humeur derrière chaque mot, on se berce de nostalgie et de douceur. C'est formidable. Certes, parfois la vie est rude pour notre jeune héros : sa mère boit beaucoup trop et a un caractère de cochon. Lui, Alfréd, rêverait d'un foyer ordinaire, de vacances à la mer, de journées spéciales rien qu'à deux... Au lieu de ça, il découvre que les adultes sont des menteurs, qu'ils ne sont pas dignes de confiance et qu'ils ne comprennent rien aux surprises. Enfin bon, c'est une belle aventure à lire et relire. J'ai adoré son énergie et son humour pétillant : je n'avais pas envie d'être à la fin, trop tôt, trop court, j'en voulais encore ! C'est bon comme tout. 

©2018 Nil Éditions (P)2018 Lizzie, un département d'Univers Poche

La voix d'Alexandre Nguyen vous semblera familière car le comédien est très productif dans le doublage (séries ou films). Par contre, j'ai opté pour la vitesse 1.25 afin de donner une cadence plus entraînante au récit, et ainsi coller au vent de folie qui souffle sur toute la lecture. C'était extra !

 

 

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08/08/18

De battre la chamade (Marie-Lou & Matthieu 3) de Sophie Tal Men

De battre la chamade

Chipoteuse dans l'âme, je n'ai pas retrouvé dans ce troisième livre l'étincelle aperçue dans le tout premier (Les yeux couleur de pluie) même si j'avais déjà pressenti que l'intrigue stagnait dans le #2 : Entre mes doigts coule le sable. On retrouve Marie-Lou en Bretagne, la jeune interne quitte Brest pour Quimper et intègre le service d'un grand neurochirurgien. Elle lambine toujours après le retour de son ours mal léché : Matthieu a rejoint le Bagne de Cayenne pour s'expliquer avec son père démissionnaire. 

Enfin bref, l'histoire est gentillette mais n'offre guère d'extase. Je n'ai absolument ressenti aucune émotion, aucune palpitation à l'écoute de leurs sempiternels chassés-croisés. Car OUI - hélas - le couple joue toujours au jeu du chat et de la souris. Matthieu et Marie-Lou s'aiment mais se fuient. C'est un jeu récurrent auquel on a finalement perdu le goût car devenu trop lassant. J'ai ainsi suivi leurs pérégrinations, en moins de 8 heures d'écoute, c'est assez court et pourtant ça m'a semblé fastidieux. 

La série a peu à peu perdu de son charme - moi qui imaginais une évasion vivifiante en terres bretonnes, pour prendre des nouvelles des uns et des autres (Marie, Farah, Brigitte, Écume...) comme si je retrouvais des potes perdus de vue, j'avoue n'avoir guère été inspirée. L'histoire n'apporte rien de neuf, elle tourne en rond et s'étire en longueur. Dommage. Ajoutez la narration beaucoup trop monotone d'Aurélie Le Roc'h (pour Audible Studios) qui casse le rythme et l'ambiance... mais heureusement la voix masculine de Mathias Casartelli, plus fluide et agréable, vient équilibrer l'exercice. En bref, cette lecture ne risque pas de me laisser un souvenir impérissable.

©2018 Albin Michel (P)2018 Audible Studios

 

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29/06/18

Les nouvelles aventures du fakir au pays d'Ikea, de Romain Puértolas

Les nouvelles aventures du fakir au pays d'Ikea Le fakir 2

Même si je n'avais jamais lu les premières aventures du fakir au pays d'Ikea, je n'ignorais pas non plus de quoi cela retournait mais craignais une lecture trop burlesque pour m'y hasarder. C'est finalement pour le rendez-vous mensuel du Club Audible que j'ai relevé le défi et suivi avec beaucoup d'étonnement les joyeuses péripéties de notre Ajatashatru Lavash Patel (acte 2) !

Le fakir escroc a depuis fait du chemin en devenant un homme riche après avoir écrit un roman à succès et se repose donc sur ses lauriers dans son appartement cossu à Paris. Son éditeur lui fait cependant comprendre que son nouveau manuscrit ne vaut pas tripette et qu'il ferait bien de repartir en vadrouille pour pimenter sa prose. Retour donc en Suède pour concrétiser son rêve ultime - s'acheter son fameux lit à clous et rencontrer le grand patron d'Ikea. En parallèle, on replonge dans ses souvenirs d'enfance alors qu'Ajat suivait son apprentissage de jeune fakir auprès d'une autre fripouille, ce sacré Baba Ohrom. Ajoutez des quiproquos, des chassés-croisés, des petits mots doux qui s'envolent, une dulcinée qui imagine son amour perdu et un chauffeur de taxi gitan qui écoute du Raphaël à longueur de journée... La bidonnade est assurée ET assumée. Cette suite a été pour moi une totale surprise - tant mieux - j'ai été épargnée de toute comparaison et mon enthousiasme n'en a été que plus débordant à l'écoute de cette histoire - fabuleusement lue par Dominique Pinon, au passage. Sa gouaille de vainqueur et l'humour pince-sans-rire qui découle de chaque page font évidemment mouche. Le fakir est un antihéros par excellence, toujours présent pour mettre les pieds dans le plat, amateur de jeux de mots débiles, confondant d'une niaserie abyssale et se couvrant souvent de ridicule, mais avec panache...

En somme, cela se lit comme une fable truculente et déjantée. On redécouvre le royaume des boulettes et des pains à la cannelle sous un autre jour, mais on voyage aussi entre l'Inde et la France, on évoque les flux migratoires et l'idée folle d'une Europe aux abois et condamnée à se réfugier en Afrique... Tiens donc, et si on inversait les rôles ? Ne serait-ce point les prémices d'une nouvelle aventure ? Pour l'heure, c'est drôle et savoureux. L'auteur a certes annoncé qu'il allait écrire un troisième épisode - entre autres lubies - mais gare à la surdose tout de même. En attendant je m'en vais écouter Tout un été sans Facebook !

©2018 Le dilettante (P)2018 Audiolib. Lu par : Dominique Pinon

Série : Le fakir, livre audio 2 (Durée : 6 h env.)

#Club_Audible MAI 2018

Discussion  #ClubAudiblePage FB

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04/06/18

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, de Virginie Grimaldi

le parfum du bonheurTout juste séparée de son compagnon, Pauline est retournée vivre chez ses parents avec son fils de quatre ans. Malheureuse et déprimée, elle peine à tourner la page car elle ne comprend pas la décision de Benjamin. Ses parents s'inquiètent aussi pour elle et sont attentifs à ses moindres besoins. Par contre, ils la poussent à consulter un psychiatre avant de l'embarquer un mois en vacances dans leur grande maison près de la mer. Pauline n'a pas renoncé à reconquérir son mari et entreprend d'écrire leur histoire en espérant que l'évocation de leurs meilleurs souvenirs raviveront les sentiments de Benjamin. En attendant, une cure de soleil s'impose - détente, réunion familiale, introspection et grand déballage. Place aux émotions en montagnes russes ! Voilà un beau roman, particulièrement touchant, qui communique par sa simplicité et sa fraîcheur un tourbillon de tendresse. Ils sont déjà nombreux, les lecteurs, à avoir succombé à cette rencontre bouleversante. Et en effet, la sensation d'immersion est revigorante. On s'installe naturellement au sein d'une famille ordinaire, croisant des états d'âme, des soucis, des rêves et des désirs qui font partie du lot commun, on se sent ainsi tellement proches des uns et des autres. La détresse de Pauline est foudroyante, on devine qu'elle est plus profonde qu'en apparence, que la suite de l'histoire va mettre à nu des secrets enfouis et qu'elle va tout ravager sur son passage. C'est un roman qui évoque avec tact les liens filiaux, la transmission, le rôle de maman, le socle familial, l'amour, la vie, la mort... J'ai ressenti beaucoup de chaleur et de bien-être. C'est hyper réconfortant à lire (et à écouter). Sophie Frison apporte une douceur dans sa lecture qui rend son interprétation délicate et bienfaisante. J'ai finalement quitté à regret ce petit monde. C'était ma petite bulle, ma thérapie, mon goût du bonheur. Un roman poignant et sincère qui raconte une histoire dans laquelle on se reconnaît. C'est très, très bon. Moins léger que le formidable Tu comprendras quand tu seras plus grande, mais son intensité émotionnelle n'est pas mal non plus... Très joliment raconté ! J'en redemande.

©2017 Librairie Arthème Fayard (P)2018 Audiolib. Lu par Sophie Frison (durée : 7h env.)

 

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13/04/18

Les loyautés, de Delphine de Vigan

les loyautés delphine de viganHélène, professeur de SVT au collège, constate des signes alarmants chez un élève. Théo a treize ans et souffre du divorce de ses parents qui se déchirent. Son père a perdu son boulot, vit cloîtré chez lui, n'a plus un sou en poche et s'abrutit d'expédients pour oublier sa déchéance. Le môme a interdiction d'en parler à quiconque. Même pas à son meilleur copain Mathis, dont la mère s'inquiète de son influence néfaste et lui ordonne de ne plus le fréquenter. Mais les garçons ont trouvé ensemble un nouveau jeu : boire le plus possible d'alcool et tester leurs limites. Et puis, tout s'emballe. Mathis ne veut pas laisser tomber son pote et ment à sa mère, qui découvre avec horreur les agissements haineux de son mari sur internet. Théo cherche le point de non-retour, tandis que Hélène sent ses propres souvenirs remonter à la surface. J'avoue qu'aux premières notes de la lecture, je me demandais dans quelle galère j'étais tombée. Tout est grisâtre, amer et désolant. Et pourtant, la petite musique a su me happer. Le roman est court, il s'écoute en seulement 4 heures mais il frappe fort. L'enchaînement des portraits est mécanique et intransigeant, les vérités sont implacables, l'intimité est dévoilée dans toute sa fragilité... C'est bouleversant. Cela résonne comme un cri désespéré et pourtant l'écho est silencieux. L'écriture est élégante, à la fois subtile et concise, pour décrire le désarroi. L'ensemble est bon mais lourd, surtout quand on a déjà le moral dans les chaussettes. Cette somme de circonstances malheureuses inspire en effet des sentiments multiples, où se mélangent la perplexité, la fascination et l'engourdissement. Un roman sombre qui risque bien de hanter son lecteur au-delà du point final...

©2018 Éditions Jean-Claude Lattès (P)2018 Audiolib

Texte lu par Marie Bouvier, Odile Cohen et Olivier Martinaud. Trois chants sensibles pour évoquer la corde raide de ces âmes en peine. Très belles interprétations.

 

 

30/03/18

La disparition de Josef Mengele, par Olivier Guez

Sélection #Club_Audible Mars 2018

La disparition de Josef Mengele1949 : Josef Mengele arrive en Argentine. Caché derrière divers pseudonymes, l'ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s l'inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L'Argentine de Perón est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s'enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l'angoisse, ne connaîtra plus de répit... jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.

1- Qu’avez-vous pensé du ton du narrateur/auteur ?

Détaché. Morne. Glaçant. 

2- Selon vous le problème émanait-il du ton du narrateur ou du récit en lui-même ?

Certes le texte est lourd, mais le ton du narrateur est beaucoup trop solennel et déprimant.

3- Quelle a été votre assiduité d’écoute ? 

Je pensais l'écouter rapidement (6h, c'est peu) et puis j'ai vite freiné des deux pieds car l'histoire est lourde, le personnage de Josef est détestable au possible, sans compter les informations qui deviennent vite étouffantes à force de les accumuler. Du coup j'ai ralenti, pour souffler et tenter de mieux apprécier la lecture.Mais cela a été difficile.

4- Avez-vous été choqué/surpris/dérangé par les actes réalisés par Joseph Mengele et décrits dans le livre ?

Choquée, horrifiée, dégoûtée... ce type incarne l'ignominie humaine dans toute sa splendeur. Sans scrupules. Absence de remords. Conviction de son bon droit. Refus de débattre de ses actes. Lâcheté. Mépris total etc. Une belle ordure ! Et ses expériences, au nom de la science, mygod, on a beau avoir eu connaissance de telles horreurs dans nos manuels d'histoire, c'est toujours une claque d'en découvrir l'ampleur dans un roman. 

5- Quel a été votre passage préféré ?

Préféré, aucun. L'ensemble du livre a eu sur moi un effet de marée noire. J'étais comme engluée, franchement écœurée et j'ai suffoqué à maintes reprises, par contre j'étais curieuse de comprendre l'étendue de la fuite des nazis après-guerre, la large complicité et les réseaux organisés pour complaire à leurs exigences, couvrir leurs actes et identités. La prise de conscience de l'holocauste dans la mémoire collective est survenue progressivement, d'où les nouvelles chasses à l'homme et les combats menés par les Klarsfeld par ex. Au final, c'est plein de petits passages marquants.

- Dernière question : quel rôle donnez-vous à l'interview finale de l'auteur par rapport au récit et au travail de l'auteur ?

L'interview est complémentaire à l'écoute du roman. C'est toujours éclairant de comprendre les motivations de l'auteur et son approche avant de se lancer dans l'écriture.

 

©2017 Éditions Grasset & Fasquelle

(P)2018 Audiolib. Texte lu par Olivier Guez (durée : 5h 47)

La disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d'opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l'argent et l'ambition. Voici l'odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

 

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