10/10/17

Les héritiers de la mine, de Jocelyne Saucier

Les héritiers de la mine

La famille Cardinal, ce sont 21 enfants vivant avec leurs parents à proximité d'une mine désaffectée à Norco, en Abitibi, au Québec. Une tribu soudée, qui ne s'apitoie jamais sur son sort et qui se braque dès qu'on cherche à les jauger. Avec leurs surnoms à la gomme (LesJumelles, Tintin, ElToro, LeGrandJaune, Zorro, Mustang, LaPucelle, Geronimo ou LeFion), les Grands, les Moyens et les Titis ont grandi dans les rêves du père, convaincu de trouver un gisement au fond des mines et assurer leur richesse. En attendant, ils se dépatouillent dans la crasse, la poussière, la misère, malheur à celui qui chercherait à renier ses racines ! Devenus adultes, ils ont pourtant tous pris la poudre d'escampette, ils vivent aux quatre coins du globe et ne se voient quasiment plus. Il a suffi d'une cérémonie spéciale pour leur père, à qui l'on va remettre la médaille du prospecteur de l'année, pour que tous rentrent au bercail. Avec la peur au ventre, le cœur en vrille, la honte chevillée au corps... Car tous savent qu'ils ne pourront plus taire le grand drame de leur vie, à savoir la disparition d'Angèle, l'une des jumelles. Des années plus tôt, celle-ci a péri dans l'effondrement d'une mine piégée par la dynamite. Qui, comment, pourquoi ? Les langues ne se sont jamais déliées, la fratrie s'est désunie et a emporté tous ses secrets. Ces retrouvailles vont donc crever le mensonge qui couve depuis trop longtemps.

J'ai tout simplement adoré ce roman ! Je l'ai commencé en toute innocence, pas très rassurée par le décor qui se dessinait - un cadre rudimentaire et miséreux, avec des mômes en mode survie, qui ne laissent filtrer aucune sensibilité, aucune tendresse. Et bim, cette histoire de famille a finalement eu toute mon adhésion, car au fil des pages, on découvre des non-dits qui ont gangrené la tribu, déjà ravagée par la perte d'une des leurs et à jamais prostrée sur un sentiment de culpabilité. Au détour de leurs résurgences, apparaît la jolie Angèle, “le plus pur joyau de la famille”. Son crime ? Avoir trahi les siens en acceptant les fanfreluches d'un couple désirant l'adopter. Angèle partait en vacances, portait de belles robes, se rendait au collège, mais demeurait une Cardinal convaincue et acceptait les pires brimades et les reproches piquants. L'intensité des sentiments qui animent les frères et sœurs révèle aussi toute la tragédie du roman - l'analyse des émotions et des actes est forte, saisissante et poignante. Le style de l'auteur est également très évocateur, comme une petite musique captivante qui vous entraîne jusqu'au terrible dénouement. C'est dur et brillant. Un petit bijou de finesse et de maîtrise. Je conseille fortement. ♥

 

Collection Folio (n° 6196) - 2016

Préalablement paru aux éditions Denoël

 

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27/09/17

Les lettres de Rose, de Clarisse Sabard

Les lettres de RoseCe roman a été mon compagnon de voyage durant la première partie de cet été 2017. C'est sa lecture qui me régalait alors que j'étais empêtrée dans un tourbillon émotionnel, son histoire m'a alors transportée dans les méandres de son imagination pour décrocher du réel... C'était inespéré, et fabuleux. Pile ce dont j'avais besoin.
À la mort de sa grand-mère, Lola apprend qu'elle est l'héritière de sa grande maison dans le petit village d'Aubéry. Surprise, la jeune femme se rend sur place, ne concevant pas de changer de vie, mais à bien y réfléchir, son petit boulot de serveuse à Paris, ses rêves de librairie, son désert affectif... Ce ne serait finalement pas une mauvaise idée de prendre le temps de songer à l'avenir. De plus, la découverte des lettres écrites par Rose, sa grand-mère, la fait plonger dans un passé et des secrets de famille qui vont la captiver, puis l'émouvoir. C'est toute son histoire que Lola va redécouvrir, avec des révélations sur ses origines - la jeune femme a été adoptée - visant probablement à envisager son destin autrement.
Ce roman est donc enchanteur. Il nous raconte une captivante histoire de famille, par le biais d'un canevas habilement exécuté, avec des allées et venues entre passé et présent, un arbre généalogique se déployant petit à petit, et dont les souches vont se recouper en toute transparence. On gobe avec plaisir les rapprochements faciles et la vision fleur bleue de cette saga familiale. De toute manière, j'étais complètement sous le charme, amoureuse de l'ambiance, passionnée par le thème. Je me sentais parfaitement à l'aise, car cette lecture a eu sur moi un effet bulle fort opportun. J'ai beaucoup aimé.

Très jolie interprétation, pleine de fraîcheur, de Perrine Megret pour Audible Studios. Une écoute très appréciable, idéale pour la détente.


>> Ce livre audio est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2017 Leduc.s (P)2017 Audible Studios

Texte lu par Perrine Megret - Durée : 12 h 07  / Audible Studios

 

Format poche CHARLESTON EDITIONS (2017)

 

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25/09/17

L'effacement, de Pascale Dewambrechies

L'effacementMademoiselle Gilda a trente-six ans. Elle est institutrice à Saint-Mont-des-Pyrénées. Jolie, discrète et affable, elle rêve en cachette de passion amoureuse et de désirs brûlants. C'est finalement entre les bras du jeune Luis, vingt ans, qu'elle trouvera ce bref réconfort...
Nous sommes en 1952, dans un petit village aux mœurs conservatrices, qui ne comprendrait ni l'écart d'âge, ni le coup de foudre, et qui blâmerait volontiers cette femme impudique si jamais la liaison éclatait au grand jour.
Aussi, Gilda refuse de subir cette pression, de vivre dans l'angoisse, et va choisir “l'effacement” - partir loin, tout quitter, mieux oublier. Or, son corps est désormais marqué à vif et va mine de rien annihiler son goût de vivre. 
Ce roman nous livre sans ambages le combat silencieux d'une femme qui se prive d'aimer en toute liberté, qui se conforme aux attentes et qui plie sous le regard des autres. Chant funeste d'une passion dévorante, aussi brève qu'intense, mais qui consume tout sur son passage, ce roman trace le portrait d'une femme qui s'éteint de l'intérieur, qui se noie dans son chagrin et sa frustration, qui joue son rôle de faux-semblant avant d'abdiquer.
On y trouve également le cliché sépia d'une France passéiste et engoncée dans des valeurs guindées, mais où les femmes s'organisent et se serrent les coudes. En somme, le roman est beau, court mais puissant, au style incisif et à la sensualité certaine.
Une découverte bouleversante, et une histoire très touchante. Je conseille. 

Collection Folio (n° 6292) - 2017

 

« Que fait-on de toute cette envie d’aimer? Que fait-on de la peur qui vient? »

 

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Des chauves-souris, des singes et des hommes, de Paule Constant

Collection Folio (n° 6348)  -  Parution : 07-09-2017

des chauves souris des singes et des hommesDans un village africain, la jeune Olympe trouve dans la forêt une chauve-souris qu'elle ramène chez elle pour la dorloter comme son doudou. Dans la foulée, ses frères et d'autres garçons ramènent fièrement le cadavre d'un Silverback, qu'ils vont mitonner en ragoût et organiser un festin pour la tribu. Le Docteur Désir, célèbre camelot de passage dans la région, convoite avec envie la peau du singe et poursuit son chemin en se frottant la panse et les mains. Pas très loin, dans une mission humanitaire, Agrippine se désespère de recevoir son stock de vaccins dans les plus brefs délais. Elle vient de lier connaissance avec Virgile, jeune sociologue et ethnologue fraîchement promu, dont les idées réfractaires à toutes formes de colonialisme répondent quelque part à un désir d'émancipation familiale. Dans cette partie du nord Congo, longée par le fleuve et ses affluents, un chaos indescriptible est en train de se mettre en place, de façon pernicieuse et radicale. L'hécatombe frappe d'abord le village d'Olympe, alors accusée d'avoir introduit le malheur avec sa chauve-souris. Puis, la pirogue sur laquelle voyagent Agrippine et son équipe doit rebrousser chemin, échaudée par l'imprécation d'une vieille sorcière. La mort est en train de semer ses petits dans les moindres recoins, drainant un vent de panique et de malédiction.

C'est tout bonnement ahurissant comment ce roman parvient à nous captiver par sa magie, en quelques pages, la tension dramatique s'installe au-delà des espérances. Car se déroule sous nos yeux la naissance d'une pandémie, à travers un mécanisme anodin, des gestes innocents, un enchaînement de circonstances malheureuses. L'impact émotionnel est poignant, et en même l'histoire ne verse pas dans le pathos. On a davantage le sentiment de lire un conte africain, avec son folklore, ses grigris et ses légendes, avec aussi de l'humour et de l'ironie, du défaitisme et de la rage, sans toutefois négliger d'épingler les grands coupables (la mondialisation, entre autres) ni d'édulcorer le drame en puissance.

J'ai été littéralement absorbée par cette lecture, alternant le roman et le livre audio. Paule Constant a choisi Marie-Christine Barrault pour interpréter cette tragédie aux allures de conte poétique. Un choix de raison, une exécution solennelle et péremptoire, pour une écoute assez pesante. La transition des deux supports a donc permis d'apprécier autrement cette histoire, d'en estimer les qualités et les subtilités, avant d'en sortir avec une sensation de chair de poule. Verdict : la lecture est sombre et désenchantée, mais inspire beaucoup d'empathie et invite à la réflexion. Je recommande !

 

Des chauves-souris, des singes et des hommes ecoutez lire

Lu par Marie-Christine Barrault - Durée d'écoute : environ 5 h

Collection Écoutez lire, Gallimard (2016)

 

« Malédiction! C’était trop grave. La mère appela le Chef. De mémoire, il n’avait rien entendu de semblable, un singe mangé sans les rituels. Il savait que dans l’ordre des interdits on ne pouvait trouver pire. Il n’y avait plus qu’à aller consulter Reine Mab. Son nom disait long déplacement, coût exorbitant, pratiques compliquées et engueulade assurée. » 

 

 

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20/09/17

L'autre qu'on adorait, de Catherine Cusset

L'autre qu'on adoraitThomas, trente-neuf ans, vient de mettre fin à ses jours dans une petite ville universitaire des Etats-Unis. Lui qui se voyait à la tête d'une carrière brillante et une vie personnelle comblée n'a jamais cessé de cumuler les déconfitures, d'où sa capitulation. La narratrice, ancienne amante devenue sa proche amie, est sidérée par la nouvelle. Elle décide alors de retracer son portrait, et son parcours, en s'adressant à la deuxième personne, toi mon ami à jamais perdu et éternel incompris. C'est avec beaucoup d'empathie, beaucoup de pudeur, qu'elle s'exprime, ne cachant ni son admiration, ni son exaspération. Thomas était un être entier, imparfait, il avait des rêves de grandeur, mais aussi des sautes d'humeur. Il avait coutume de traverser des périodes noires, entrecoupées par des sursauts d'optimisme et d'ambition dévorante. En vérité, Thomas était malade - il était bipolaire - avec les ravages que l'on sait pour son entourage et pour lui-même. Même en amour, Thomas détruisait tout ce qu'il construisait. Il s'attachait vite, et mal. Mais le temps passant, il se heurtait aussi aux restrictions de la société, la beauté, l'arrogance, la compétition farouche entre doctorants. Le microcosme intellectuel, entre Paris, New York, Salt Lake City ou Portland, est finalement codifié partout pareil. Fatigué de se cogner aux conformités, enfermé entre les murs d'une prison dont on ne s'échappe jamais, Thomas a fini par abdiquer.

Aussi poignante soit-elle, la lecture est aussi très déprimante. La voix grave et monotone de Catherine Cusset ne tire pas non plus vers le haut. On se sent ratatiné dans ce texte, comprimé par un sentiment de gâchis, d'incompréhension et de fatalité. C'est lourd, trop pesant. J'avais hâte d'en sortir.

Collection Écoutez lire, Gallimard
Parution : 18-05-2017
Durée d'écoute : environ 7 h 30

« Quand tu penses à ce qui t’arrive, tu as l’impression de te retrouver en plein David Lynch. Blue VelvetTwin Peaks. Une ville universitaire, le cadavre d’un garçon de vingt ans, la drogue, la police, une ravissante étudiante, une histoire d'amour entre elle et son professeur deux fois plus âgé : il y a toute la matière pour un scénario formidable. 

Ce n’est pas un film. C'est ta vie.» 

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19/09/17

Pour l'amour d'une île, d'Armelle Guilcher & lu par Marie-Eve Dufresne

Pour l'amour d'une îleEn retournant vivre sur la petite île bretonne où elle est née et a grandi, Marine n'espérait guère un accueil en grandes pompes. Désormais seule médecin sur l'île, elle n'attend pas moins des habitants d'oublier les vieilles rancunes pour lui accorder sa confiance. Or, le temps passe et la résistance persiste. Serait-ce son passé familial qui lui colle à la peau ?
Car Marine a perdu ses parents dans la chaos de l'après-guerre et ne soupçonne en rien les drames et les enjeux autour. Confiée aux bons soins de son grand-père, avec son frère aîné Yves, la jeune fille a roulé sa bosse en toute innocence, mais a vite pris conscience du climat vindicatif sur l'île, avec ses rumeurs et ses jugements hâtifs. Son amie Marie-Anne a justement payé un lourd tribut pour avoir trop parlé lors d'une soirée arrosée, avant de regretter amèrement ses paroles qui vont mettre le feu aux poudres.
Les accusations murmurées deviennent vite un poids à supporter car elles ne dévoilent jamais le fond de leurs pensées. On prend ainsi vite la température qui règne sur l'île, que ce soit dans le passé ou le présent, les bonnes vieilles habitudes ont la dent dure ! Silences pesants, regards en coin, fantômes du passé, trahisons et dénonciations, désespoirs en pagaille, hontes indélébiles...
Ce roman va donc extraire tout le drame qui couvre l'île et forcer les non-dits à se dévoiler. Marine aussi va se confronter à des vérités pas toujours bonnes à entendre, lesquelles vont mettre son cœur à mal et ses émotions à fleur de peau.
Globalement, ce n'est pas une lecture déplaisante dès lors qu'on se tient à fouiller les vieilles histoires de famille et à divulguer leurs secrets. Toutefois, l'histoire a tendance à s'éparpiller et à se complaire dans le sentimental. D'où ma déconfiture. Par contre, si vous raffolez des ambiances isolées, des figures solitaires et des paysages préservés, vous ne serez pas déçus du voyage. Cette petite île bretonne, noyée dans ses brumes et ses courants d'air, procure une sensation de dépaysement vivifiant et donne envie de s'installer pour écouter davantage ce qu'elle renferme.

Très bonne lecture de Marie-Eve Dufresne, très classique et pleine d'élégance. J'aime beaucoup cette comédienne, que j'ai principalement découvert via la Trilogie Joséphine & les Muchachas de Katherine Pancol. On trouve beaucoup de sensibilité, de distinction et de noblesse dans son jeu. 

©2015 Nouvelles Plumes / POCKET 2016

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

Texte lu par Marie-Eve Dufresne (durée : 9 h 48) pour (P)2017 Audible Studios

Pour l'amour d'une île audible

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Les Jonquilles de Green Park, de Jérôme Attal

LES JONQUILLES DE GREEN PARKQuel joli roman sur l'enfance - pourtant mise à mal par la violence du Blitz qui chamboule le quotidien des londoniens en cette année 1940 - roman qui parvient à s'extirper du chaos pour nous plonger dans la vie turbulente et facétieuse de la famille Bratford !
L'histoire s'attache avant tout au jeune Tommy, 13 ans. Un chic môme amateur de comics et de Mila Jacobson, la fille la plus formidable de Londres. On suit donc ses folles escapades en ville, souvent avec son pote Oscar, qui vient de Pologne et dont le père a rejoint la Royal Air Force. Tous deux s'échappent de la réalité avec leurs jeux et leurs lectures, craignent un prochain exil à la campagne mais ne s'étonnent plus d'interrompre leur réveillon de Noël pour se planquer dans une cave en écoutant la nouvelle radio de son père. Dans la famille Bratford, on compte aussi un joli panel de personnalités excentriques et attachantes - il y a d'abord le père, qui passe son temps à inventer des choses farfelues, comme un tatou de la taille d'un brontosaure, censé protéger la population des bombardements, son épouse s'en va pédaler en chantant jusqu'à son usine d'ampoules électriques, et Jenny, leur fille de seize ans, est en quête du grand amour, à défaut de rencontrer Clark Gable.
Ce portrait de doux-dingues est coloré, charmant, joyeux et insolite, ce qui rend la lecture radieuse et espiègle. Mais sous l'humour, l'insouciance et la légèreté, on ne traite pas moins des heures sombres de cette guerre effroyable, qui éprouve les familles dans un contexte de sursis. J'ai été séduite par la plume de Jérôme Attal, par son exercice à jongler entre le rire et les larmes, par son hommage voilé à la désinvolture des jeunes années, par sa poésie à chasser le gris des bombes en évoquant les jonquilles de Green Park.
En bref, c'est un roman lumineux, très touchant. Une très belle découverte, lue dans le courant de mon été... d'où mes souvenirs un peu vagues, si ce n'est d'avoir aimé fort, fort, fort. ♥

POCKET, 2017 

 

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03/07/17

En attendant demain, de Nathacha Appanah

En attendant demainJ'ai adoré retrouver la plume de Nathacha Appanah dans ce roman qui se révèle extrêmement poétique, sensible et captivant.

C'est d'abord l'histoire d'un couple, Anita et Adam, qui tombent amoureux dès le premier regard et qui plaquent leurs rêves parisiens pour s'établir dans la ville où a grandi Adam dans le Sud-Ouest. Ils installent leur bonheur dans une belle maison retapée de leurs propres mains, donnent naissance à une petite Laura et envisagent leur avenir avec sérénité.

Or, plus le temps passe, plus l'idylle est victime d'érosion. Le temps use les belles promesses et les espoirs. Anita, qui se voyait journaliste, a le sentiment de perdre son temps en rédigeant des piges insignifiantes pour le journal local, Adam, avec son diplôme d'architecte en poche, est las de construire des gymnases et ressasse son vieux rêve de renouer avec la peinture...

Le couple s'est installé dans une torpeur et part à la dérive. La souffance est latente, la frustration rogne les coins, les silences deviennent lourds... l'incompréhension creuse son nid. La tension devient explosive, le couple ne se parle plus. C'est donc dans ce climat d'amertume que surgit Adèle, avec ses bagages, son parcours, ses mystères.

Le roman possède cette magie claire et évidente d'une lecture limpide et ensorcelante. On boit chaque phrase du livre avec une soif constante, à peine rassasiée, et on se passionne pour l'intrigue en suivant son fil invisible sans jamais faillir ni se perdre en conjectures. On se plie au rythme imposé, aux tournants de l'histoire et à ses soubresauts. On accepte les tenants et les aboutissants. On ramasse les petits cailloux semés et on adopte la marche dictée en sourdine.

J'ai beaucoup aimé la petite musique du livre, j'en ai absorbé toutes les notes et j'ai fredonné son air en inspirant fort, fort, fort. Quelle extase. L'auteur possède ce don de percer l'âme de ses personnages, et celle du lecteur, tout en subtilité et en acuité. Elle nous fait ainsi pénétrer dans l'intimité du couple sans bousculer leur routine, on s'installe dans un petit coin, on observe, on attend, on frémit. C'est impressionnant avec quelle dextérité elle réussit à partager autant de fragments de vie sans avoir l'air d'y toucher.

Ce roman a de nouveau confirmé tout le potentiel romanesque et lumineux de Nathacha Appanah - cf. Blue Bay PalaceLa noce d'Anna ou Les Rochers de Poudre d'Or, qui regorgent aussi de puissance, de charme et de talent. Un auteur à découvrir, à lire et à suivre !

 

Collection Folio (n° 6166)

 

Parution : Août 2016

 

 

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L'or des femmes, de Mambou Aimée Gnali

L'or des femmes

Amoureux depuis leur plus jeune âge, la jolie Bouhoussou et l'intrépide Mavoungou n'ignorent pas qu'ils doivent s'en remettre aux rites de l'initiation des filles nubiles - également appelée tchikoumbi - pour enfin se déclarer. Or, Mavoungou n'a que son charme et sa beauté pour lui. Il ne fait pas le poids face aux “bois morts” qui ont la maturité, l'expérience, le pouvoir et l'argent...
Enfermée dans sa case, Bouhoussou sait que son sort est entre les mains de sa famille et hurle au désespoir en apprenant qu'elle est destinée à épouser un vieux notable. Mais Mavoungou brave tous les interdits en rendant visite à la jeune fille loin des regards indiscrets.
Or, tout se sait, tout se sent, tout se murmure. Pour faire taire les rumeurs, le mariage est donc précipité, alors que l'attirance entre Mavoungou et Bouhoussou est toujours aussi ardente et insatiable.

Écrit dans une langue sensuelle et poétique, le roman évoque avec brio la passion amoureuse et le désir charnel, tout en tenant compte du prisme de la tradition et de la tribu. On y appréhende plus précisément les coutumes de la communauté vili, ses croyances dans le fétichisme, l'éducation inculquée aux filles, la soumission au mâle.
Le gouffre culturel nous apparaît sidérant et nous fait entrevoir une intimité aux désirs bafoués, avec des jeunes femmes contraintes de subir des mariages sans amour, sous la pression de leur tribu.
Outre son aspect flamboyant et voluptueux, 
le roman bouillonne de colère et de frustration. Mais séduit tout lecteur fasciné par le continent africain, son exotisme et sa culture. 
Un très beau roman, vraiment à la hauteur des espérances.

Collection Folio (n° 6332)

Parution : Juin 2017

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Pirates, de Fabrice Loi

PIRATESQuittant la baie de Somme et le camp des forains, pour une vie sous le soleil de Marseille et ses promesses de petites combines juteuses, Tony Palacio croise la route de Max Opale, un ancien militaire converti dans l'expertise balistique. Trompettiste de jazz amateur, Tony est présenté à la compagne de Max - la sud-africaine Awa, une soprano célèbre, qui parcourt le monde et semble tenir à distance le commun des mortels. Elle est séduite par l'indolence et le culot du forain, lui demande de l'accompagner pour une représentation à Nice. Ils deviennent amants, mais tout les sépare. De l'autre côté, Tony doit un service à Max et le suit dans une vendetta contre la mafia corse... Une expédition houleuse, au cours de laquelle les cœurs vont s'ouvrir et déballer de lourds secrets. 

Je profite de la saison pour explorer un domaine de littérature qui sort de mes habitudes, cf. Un bref moment d'héroïsme de Cédric Fabre, autre roman qui avait su me surprendre par son style et son ton vif-argent. Dans le cas présent, Fabrice Loi octroie aussi une bonne gouaille à son personnage de forain en exode et donne de la couleur et une vraie épaisseur à son histoire. C'est court, mais percutant. On y découvre la ville de Marseille dépeinte avec grandiloquence, avant de lui ôter ses fards pour livrer l'arrière-boutique et sa réalité douce-amère. On creuse également plus loin en révélant le scandale des déchets nucléaires enfouis en Afrique, les conflits et les guerres qui se nourrissent de la misère sociale. Et pour finir, le roman évoque avec passion les idéaux et les liens qui unissent la musique, la poésie et la politique. 

Plonger dans ce livre revient à découvrir un univers chatoyant, mais aussi brut de décoffrage. Rencontrer des personnages ambivalents, aux destinées fragiles et friables. Parcourir un roman d'aventures, qui soulève des questions sociétales, et qui effleure l'amour, les sentiments, la beauté, l'impossible. Une étonnante découverte, agréablement surprenante.

Collection Folio (n° 6339), Parution : Juin 2017

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