20/09/16

En attendant Bojangles, d'Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles

Quelle lecture épatante !

Largement plébiscité par les libraires et les lecteurs, récompensé par de nombreux prix, ce roman n'usurpe pas l'excellente appréciation qui le précède et se révèle cet incroyable petit bijou de littérature qui donne du baume au cœur et des larmes aux yeux. Oui c'est tellement beau, à lire ou à écouter. Car n'hésitez pas à vous plonger dans la version audio (Gallimard, coll. Ecoutez Lire) qui s'accompagne d'une réalisation sonore impeccable, en incluant des extraits de la chanson de Nina Simone, Mr. Bojangles, auquel le titre fait référence. L'ensemble fait bon ménage. L'histoire est lue par le comédien Louis Arene de la Comédie Française, qui sert avec délice cette histoire d'amour fou en alternant l'innocence de l'enfant et la dévotion du mari au service d'une femme complètement toquée, mais qui n'en conserve pas moins toute sa superbe ! 

C'est donc l'histoire d'une rencontre entre un homme à l'imagination débordante et une femme fantasque qui vont allier leur grain de folie, se marier, fonder une famille et vivre de soirées pétillantes, à boire, à danser, à discuter avec la crème intellectuelle. L'homme et la femme forment un couple magique, intouchable. Leur fils souvent les observe avec émerveillement et tendresse. Lui aussi revendique sa part d'élucubrations loufoques que sa maîtresse réprimande, mais l'enfant est couvert par les excentricités de sa mère, qui préfère l'enlever du carcan de la société pour l'emmener dans ses délires, ses rêves et ses voyages. La réalité, hélas, rattrapera notre trio audacieux et s'invitera à la fête de manière brusque, intolérable et poignante. Clap de fin sur la valse étourdissante, retour au concret avec toujours la petite musique en toile de fond. Qui a dit que l'aventure était terminée ? Car Bojangles est éternel, et cette histoire nous le prouve. C'est triste et drôle, tragique et étincelant, dans un style inventif et poétique, qui saura vous éblouir, vous toucher et vous emporter au-delà de toute raison. Une lecture fantaisiste, mais si vraie, si sensible et sensuelle... ♥

Texte lu par Louis Arene pour les éditions Gallimard, coll. Ecoutez Lire (durée 4h 30) - Septembre 2016

Titre disponible aux éditions Finitude, qui ont eu du flair en dénichant cette pépite ☺

« Depuis notre pétaradante rencontre, elle faisait toujours mine d'ignorer la réalité d'une façon charmante. Du moins, je faisais mine de croire qu'elle le faisait exprès, car c'était chez elle si naturel. [...]
Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l'horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l'avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m'en imprégner, mais je craignais qu'une telle folie douce ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n'existait pas. J'avais rencontré une Don Quichotte en jupe et en bottes, qui, chaque matin, les yeux à peine ouverts et encore gonflés, sautait sur son canasson, frénétiquement lui tapait les flancs, pour partir au galop à l'assaut de ses lointains moulins quotidiens. Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. »

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  • GRAND PRIX RTL-LIRE 2016
  • PRIX DE L'ACADÉMIE DE BRETAGNE 2016
  • PRIX EMMANUEL-ROBLÈS 2016
  • PRIX ROMAN FRANCE TÉLÉVISIONS 2016
  • ROMAN DES ÉTUDIANTS FRANCE CULTURE - TÉLÉRAMA 2016

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16/09/16

Entre ciel et Lou, de Lorraine Fouchet

Entre ciel et lou

La mort de Lou a mis sa famille k-o. Sa santé vacillante, ses pertes de mémoire ont finalement conduit son époux Jo à la placer dans une maison spécialisée, à seulement cinquante-huit ans. Trop jeune pour être écartée, trop jeune pour s'éclipser. Leurs enfants, Cyrian et Sarah, n'ont jamais compris le choix de leur père et lui en tiennent rigueur.
La lecture du testament va conforter leur acrimonie, lorsque le notaire énonce à voix haute que Jo aurait “trahi” Lou, selon les dires de celle-ci. La suite du document est cependant confidentielle, les enfants sont priés de quitter l'office, non sans une certaine amertume. Très déçus par leur père, ils imaginent une tromperie impardonnable et repartent le cœur lourd.
Seulement, Lou a confié à son mari la délicate tâche de rendre leurs enfants heureux. Elle le sait, elle a été une épouse comblée, une mère épanouie, mais hélas Cyrian et Sarah n'ont pas hérité leur droit au bonheur. C'est au tour de Jo de rectifier le tir, en toute discrétion.
Cette mission n'enchante pas notre veuf éploré, depuis longtemps ses enfants et lui ont vécu des vies parallèles. Cyrian mène une existence bourgeoise, complètement éteinte, et se tient à distance de Groix, où il prétend ne pas y trouver sa place. Le jour où son corps a lâché l'affaire (handicap, corps bancal, risques génétiques etc.), Sarah a vu son fiancé lui tourner le dos et a depuis renoncé à l'amour en ne s'attachant à personne.
Comment consoler cette famille cabossée par les aléas de la vie, la réconcilier avec la notion de famille, synonyme de valeur sûre et d'entraide, quand il n'y en a jamais été question, ou seulement pour sauver les apparences, et pour soutenir la mater familias ? Vas-y Jo ! Vas-y fonce. ^-^  

J'avais hésité avant de me lancer dans cette lecture, craignant un roman trop sirupeux ou larmoyant - sans vouloir dénoncer A. Ledig ou A. Martin-Lugand dans le genre - mais là pas du tout. J'ai été agréablement surprise par cette belle histoire d'une famille qui va droit dans le mur, complètement paralysée par ses émotions, et qui a trop l'habitude de conserver pour elle ses vérités, en contenant aussi ses élans affectifs. Ooooh, comme ça me parle, dis donc ! 
Et puis il y a aussi le cadre de l'île de Groix, véritable pivot de l'intrigue, et surtout un appel du pied pour y déposer ses bagages. C'est un cocon hors du temps, un refuge bienveillant, avec des personnages attachants (Maëlle, sa petite Pomme, les copains de banquet, où l'on se rappelle entre rires et larmes que Lou était une piètre cuisinière...). Soudain les chagrins et les peines vous semblent moins lourds, moins insurmontables. On guérit de tout, à Groix ! Il faut croire.
Bref. Cette bulle a su m'envelopper tout naturellement, et je m'y suis sentie très bien. Parfaitement à mon aise. J'étais prête pour écouter l'histoire de Jo, face au nouveau challenge de sa vie, un défi pour le forcer à ne pas couler à pic non plus, car notre homme est vraiment très, très triste d'avoir perdu son alter ego.
Pour s'accrocher à la vie, il se tourne vers ses enfants qu'il ne comprend plus. Au départ, il est un peu pataud dans ses tentatives de “colmatage”, et puis au fil du temps ses stratagèmes vont prendre forme et approcher le rêve inaccessible. Youhou.
C'est vraiment une chouette lecture, qui envoie de bonnes ondes et qui fait se sentir #heureux. Le choix des quatre comédiens (Audiolib) apporte une touche affective et donne une perspective réjouissante à l'épanouissement de cette intrigue simple, charmante et riche d'émotions. Chaque voix tient son rôle, idéal pour une immersion totale. À renouveler ! 

Texte lu par Maia Baran, Patrick Descamps, Frédéric Meaux & Colette Sodoyez pour Audiolib

Durée : 9h 09 - Août 2016

 

06/09/16

Le Grand Marin, de Catherine Poulain

Le grand marin

« Embarquer, c'est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T'as plus de vie, t'as plus rien à toi. Tu dois obéissance au skipper. Même si c'est un con. Je ne sais pas pourquoi j'y suis venu, je ne sais pas ce qui fait que l'on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui ! »

Lili quitte sa campagne française pour assouvir son rêve de pêcher en Alaska. À force de persuasion, ce petit bout de femme parvient à rejoindre l'équipage du Rebel et s'en va pêcher la morue noire en pleine mer. Commence une expédition exaltante, mais rude, entre les vents violents, la mer déchaînée, les conditions de vie à bord, le manque de confort, le froid, la faim, le sel qui ronge la peau, les blessures... Lili s'accroche jusqu'au jour où son corps lâche l'affaire. Obligée de rentrer au port pour se soigner, la jeune femme se languit d'être loin de son bateau et compte les heures avant de reprendre du service. Cette passion, plus proche de la folie obsessionnelle, est ainsi partagée en toute transparence. Une femme en fuite, un passé brumeux, un chagrin au fond de la gorge, une volonté de prendre le large pour tout effacer, et des objectifs complètement dingues, auxquels elle ne renoncerait pour rien au monde, même pas quand des propositions annexes croisent sa route. Ce roman est étrange, envoûtant et poétique, il nous raconte les grands horizons et les quêtes d'absolutisme avec une énergie féroce et palpable. L'héroïne vit dans un monde de mecs, un univers de bars et d'alcool, dans lequel elle se fond sans frémir. La camaraderie aussi est très présente, on se tape sur l'épaule, on trinque en avalant des White Russians à grande rasade, on s'échange des projets, on se promet de garder contact, on noue des contrats d'une simple poignée de mains. À bas le glamour dans ce livre, qui fait fi de séduction, de charme, de tendresse. Lili et son grand marin vivent une liaison brève et intense dans la deuxième partie du roman, mais n'éclipsent pas le désir toujours puissant d'échappée belle. Au final, on aime, on n'aime pas, on éprouve de l'agacement, un peu d'émotion, et surtout de la curiosité et de la fascination pour ce récit. Il se passe tout et rien à la fois, il n'y a pas de réelle intrigue, puisqu'elle se répète beaucoup autour de Lili-vouloir-partir-pêcher-de la morue, du crabe, du flétan. On y sent aussi du désespoir, du vide, de l'attente, de l'oubli. On ne sait plus trop sur quel pied danser, on soupire après les longueurs et l'absence de rythme. Puis on savoure le souffle des mots et la beauté des phrases, on sympathise avec les personnages, sans jamais s'y attacher non plus. Ce va-et-vient continu entre le bon, le très bon et le potable rend l'expérience épuisante, ou du moins déstabilisante.

Marie-Christine Letort, l'interprète pour Sixtrid, prête sa voix au personnage de Lili et imprime une authenticité à son caractère farouche et indépendant, au point de rendre sa personnalité touchante et énervante à la fois. Une impression particulièrement exacerbée par une écriture sans fard et au rendu parfois simpliste. Cette tranche de vie hors du commun, empreinte de tristesse et de réalisme, s'en sort tout de même avec une belle pirouette en glissant une touche d'exotisme appréciable. 

Texte lu par Marie-Christine Letort pour Sixtrid (durée : 10h 30) / Août 2016

Avec l'aimable autorisation des éditions de l'Olivier

 

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02/09/16

La Grande nageuse, d'Olivier Frébourg

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Originaire de Quiberon, où le narrateur a passé son enfance à faire de la voile et fantasmer sur la belle Gaëlle avec ses copains, le jeune homme a pris le large en intégrant l'école navale, revenant le temps de rares week-ends ou durant les vacances. Il recroise ainsi Marion, la fille de son béguin de jeunesse. Tous deux sortent ensemble et évoquent leur passion commune pour les grands espaces, les horizons perdus et l'océan. Marion est une nageuse exigeante, lui passe tout son temps à peindre ou esquisser des croquis.

De leur attirance réciproque, va naître une histoire d'amour pudique et émouvante. Le couple va s'envoler vers de nouveaux paradis terrestres, s'absorber dans leur violon d'Ingres respectif et composer leur destinée entre sensualité et délicatesse. La fascination du narrateur pour sa femme est troublante, poignante. Elle tient compte des aléas de la vie, de ses absences répétées à vivre en mer et mener ses missions, des liens de la famille, du cercle qui s'agrandit, des ambitions, des voyages et des silences toujours plus conséquents.

C'est un roman que j'imaginais pas loin d'être voluptueux mais que j'ai finalement découvert en mode contemplatif et distant, à l'instar d'un tableau exécuté par un peintre habité, soucieux de renvoyer une image noble, alors que toute perception artistique reste subjective. On y devine ainsi la nuance parfaite, le détail jamais laissé au hasard, l'ombre tracée à la loupe et le coup de crayon qu'on lâche la main légère et gracieuse. Peu de spontanéité, mais une précision tirée au cordeau.

Certes, la lecture possède de la prestance et une écriture raffinée, mais se trouve hélas dépourvue d'émotion. Je n'ai absolument pas été touchée par cette histoire d'amour ni par les personnages. Le roman apparaît trop guindé, trop froid, trop sur la réserve. La fin m'a à peine pincé le cœur et résulte après un attentisme frustrant. C'est donc sur un sentiment de déception que j'ai refermé ce livre, dont j'espérais une lecture beaucoup plus sensuelle et bouleversante. Dommage. 

Folio / Octobre 2015

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03/08/16

Vous prendrez bien un dessert ? de Sophie Henrionnet

Vous prendrez bien un dessert

Un réunion au sommet attend la famille Labarre, tous conviés à fêter Noël et les 90 ans du patriarche dans un chalet loué à la montagne. L'occasion est trop belle pour passer au crible les acteurs de cette comédie grinçante, dont le principal ressort n'est pas de divertir mais bien de rappeler que les portraits figés n'existent que sous cloche ! 
Il y a entre autres le grand-père grivois, la grand-mère léthargique, les rejetons déglingués, le fils aîné qui se débat avec des soucis financiers pour maintenir à flot l'entreprise familiale, le frère avocat qui brille au volant de sa décapotable et au bras d'une bimbo à la carrosserie tout aussi impressionnante, la fille engluée dans une maternité qui l'encombre, un petit-fils qui s'excuse d'exister, une autre qui s'emmêle les pinceaux à avouer son désir de plaquer ses études de commerce, une copine venue exprès pour la soutenir et qui subit les mains baladeuses du pépé... 
Ce réveillon tourne à la soupe à la grimace, et c'est ça qui rend ce roman caustique et mordant ! 
On savoure les secrets dévoilés, les mensonges, les frustrations, les ressentiments et les aigreurs en puissance. C'est du lourd. N'imaginez pas vous attabler auprès d'une tribu chaleureuse et conciliante, ici les sourires sont contrits et les rires jaunes. On n'éprouve aucune compassion, à l'exception du petit Paul, et on a juste envie de glisser un laxatif dans leurs coupes de champagne pour constater les effets en gloussant.
Le ton n'est pas drôle, pas volontairement, il se veut cruel et acide, il égratigne et bouscule la bienséance, il déstabilise et use de son cynisme pour piquer à merveille. Personnellement, j'aime les histoires de famille, j'aime y pointer les dysfonctionnements qui font reprendre à zéro les acquis et qui donnent une autre idée du clan symboliquement uni et solidaire.
Chez Sophie Henrionnet, les masques tombent pour mieux révéler des figures effrayantes ! On en grincerait des dents. ^-^
Les portraits manquent sans doute d'étoffe, les personnalités sont trop stéréotypées, on voit défiler un panel d'individus sans goût, sans odeur et on n'en retient qu'une brève essence, mais ce n'est pas grave. L'auteur a du talent et prouve aussi qu'elle peut changer de registre avec tact et intelligence. Ce jeu de chaises musicales n'est pas pour me déplaire ! 

Texte lu par Benoît Allemane (Durée : 4 h 31) pour Audible FR (juillet 2016)

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>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et uniquement en téléchargement.

©2015 Daphnis et Chloé (P)2016 Audible FR

 

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01/08/16

Roland est mort, de Nicolas Robin

roland est mort

Son voisin Roland est mort. 

C'est la dame du dessous qui vient lui annoncer la nouvelle en pleurant. Mais lui s'en fiche. Il ne connaissait pas Roland, sauf pour dire que c'était un vieux monsieur, qui vivait seul et qui aimait les disques de Mireille Mathieu. Le jour où les pompiers viennent récupérer son corps, ils lui larguent le caniche de Roland au passage, sans lui laisser le temps de refuser. Qu'est-ce qu'il va faire d'un clébard ? Se rendre à la SPA ou le filer à sa mère ? Mais les petits yeux noirs de Mireille lui vrillent les entrailles. Et notre gars soupire.

Alors il se trimballe partout en ville un chien qui perd ses poils et qui sent mauvais, en plus d'une urne pleine des cendres de Roland. Son objectif : se débarrasser des boulets. Sa conviction : prendre sur lui de virer Roland de sa conscience. Car après tout, pourquoi lui ? pourquoi Roland ? Peut-être que ces deux-là ont finalement plus à partager qu'ils ne le supposent. Un constat déprimant pour notre narrateur qui affiche quarante ans, célibataire, sans boulot et amateur de porno. Sa mère lui reproche de ne pas se secouer, sa grand-mère lui serine : et pourquoi t'es pas marié, même la masseuse coréenne, à la coupe au bol impeccable, désapprouve la vacuité de son existence et son goût douteux pour des films dégradants.

Le voisin de Roland inspire et écarte les bras en croix en se demandant si la vie est belle et s'il aime la vie. Il ne sait que faire de l'urne de Roland, il se verrait bien la poser en décoration sur le manteau de cheminée chez ses parents, l'oublier dans un bus ou l'offrir à l'occasion d'une fête d'anniversaire de sombres inconnus. Mais chacune de ses tentatives se soldent par des échecs et donnent lieu à des situations cocasses qui font franchement glousser.

Car l'humour de cette histoire est volontairement caustique, avec en sus un narrateur cynique, froid et calculateur, même pas antipathique. Il incarne à lui seul le désespoir de notre siècle, un pauvre type solitaire et blasé de vivre, sous le contrecoup d'une rupture amoureuse, sans ambition, n'alimentant aucun réseau social et réduisant au minimum son contact avec l'extérieur, si ce n'est pour boire du Campari ou un Picon-bière au comptoir du coin. C'est vachement mordant, décapant et incisif. Et c'est bougrement bon. On ne peut que se marrer tout du long ! 

Éditions Anne Carrière, mars 2016

 

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27/07/16

La Femme au carnet rouge, d'Antoine Laurain

La femme au carnet rouge

Un soir à Paris, Laure, victime d'une agression, se fait voler son sac à main et tombe dans le coma sous le coup d'une blessure à la tête. Le lendemain, Laurent découvre un sac mauve abandonné près des poubelles, pas loin de sa librairie. Il se rend au commissariat le plus proche, puis rebrousse chemin face à l'administration hostile et longuette.
Il se met alors à fouiller son contenu pour retrouver l'identité de la jeune femme, mais n'y découvre qu'un exemplaire dédicacé de Modiano, un flacon de parfum, un rouge à lèvres et un carnet rouge. 
Désireux de retrouver son inconnue, Laurent commence à s'immerger dans les pensées secrètes de Laure et se surprend à éprouver des sentiments naissants pour celle-ci. Débute alors un adorable jeu de piste, qui va se transformer en quête amoureuse d'une tendresse bouleversante.

Cette histoire courte s'écoute en seulement quatre heures et nous plonge dans une douce ambiance, gentillette et distrayante. Une prouesse. Il est bon de se déconnecter des univers sombres et sanguinaires pour savourer le plaisir d'une lecture légère et sans prétention. C'est donc l'histoire d'une comédie romantique, particulièrement attachante, où deux personnes apprennent à se connaître par procuration, avant de chercher à se rencontrer pour de vrai, bravant quiproquos et autres événements inattendus, censés retarder le jour J. C'est mignonnet, porteur d'espoir et attendrissant. À bas le cynisme, place à la passion et à la fantaisie ! ^-^ 

Texte lu par Bertrand Suarez-Pasos pour Audible FR (durée : 4h) - juin 2016

La femme au carnet rouge | Livre audio

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©2014 Les éditions J'ai lu (P)2016 Audible FR

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13/07/16

Rêves oubliés, de Léonor de Récondo

Rêves oubliés Sixtrid

Voilà un très beau roman, dont le principal sujet n'avait pas lieu de me captiver, et qui finalement a su me transporter, me toucher, m'interpeller. L'histoire raconte l'exil de la famille d'Ataï, en août 1936, alors que l'Espagne est en pleine guerre civile. Sa femme Ama, ses fils et les grands-parents quittent précipitamment leur maison pour franchir la frontière et s'installer dans les Landes françaises, rapidement rejoints par Ataï, retenu par son boulot, puis par des oncles et des cousins, qualifiés de dissidents politiques. 
Le temps de l'exil, d'abord incertain, finit par s'ancrer dans leurs esprits désolés, confrontés à la difficulté de s'installer dans un pays étranger, dont on ne parle pas la langue, et où l'on pressent une hostilité grandissante à l'égard de l'autre, l'inconnu, le réfugié. Dès 1939, un vent changeant souffle sur le pays. Les cousins et les oncles sont arrêtés par la police française, envoyés dans des camps, avec interdiction de véhiculer des nouvelles. L'angoisse monte d'un cran avec l'arrivée des allemands, des jeunes soldats blonds qui crachent leur haine en dégainant leur carabine.
En marge du contexte politique, particulièrement démentiel, le livre raconte aussi le parcours d'une famille, unie comme jamais, très démonstrative et aimante. Ama écrit un journal intime, où elle confie ses espoirs, ses interrogations, où elle parle aussi de sa fausse couche, de ses peurs, de la sensation de coquille vide, de ses désillusions... Écrire un avenir dans un pays qui n'est pas le vôtre, songer aux racines, à l'éloignement, expliquer le sentiment d'exclusion, de non-appartenance à une vie, du sentiment de jouer un rôle et le désespoir du non-retour, du rêve impossible. Croix définitive.

Ce texte, écrit en toute simplicité, est imprégné d'élégance et de pudeur, il est également lu par Marjorie Frantz avec tact, sincérité et sensibilité. L'histoire rappelle qu'être ensemble, c'est aussi tout ce qui compte, dans ce roman qui apporte une autre vision de l'exil, sans tomber dans le misérabilisme ou le pathos. Le tout est généreux, authentique et émouvant. Très, très bon.

 

Interprété par Marjorie Frantz pour Sixtrid / Octobre 2015 (durée : 3h 32)

Rêves oubliés

Repris en poche chez Points (Grands Romans, 2013)

 

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18/05/16

Mémé dans les orties, d'Aurélie Valognes

Mémé dans les orties

Précédé de sa réputation de serial killer, Ferdinand Brun ne s'est fait aucun ami dans son immeuble, et ça l'arrange plutôt bien. Seul son chien Daisy mérite toute son affection. Le reste, c'est peanuts. Ferdinand est un vieux monsieur aigri par la vie, les gens, la famille, les voisins, la concierge, son ex-femme, le facteur, etc. Il aime sa solitude, son cocon tranquille, ses émissions tv, sa petite routine. Qu'on ne vienne pas lui casser les pieds. Aussi, le jour où il retrouve le corps accidenté de son animal de compagnie, il choisit de se jeter sous un bus mais revient à lui sur un lit d'hôpital. Ferdinand est coriace, pourtant sa fille Marion, qui vit à Singapour, s'inquiète pour lui et envisage de l'envoyer en maison de retraite... sauf s'il lui prouve le contraire. Elle fait confiance à Mme Suarez, la concierge de l'immeuble, pour jeter un œil sur son intérieur et certifier que tout va bien. Han, han. Ces deux-là se livrent une guerre des nerfs depuis son installation dans l'appartement. Ferdinand le sait, il est fichu. C'est du moins sans compter sur l'aide providentielle de sa nouvelle petite voisine, Juliette, neuf ans, enfant précoce, et de Béatrice Claudel, une fringante mamie, ultra connectée, qui adore rendre service. Eh oui, on s'en doute, l'existence de Ferdinand va se métamorphoser et transfigurer notre homme. Ferdinand Brun va se bonifier, s'ouvrir à ses semblables et non plus considérer l'autre comme un intrus ou une entité négligeable. Cette lecture nous raconte donc l'histoire d'un miracle, avec simplicité, cocasserie et tendresse. J'ai beaucoup apprécié. Le personnage de Ferdinand est impayable, décrit exprès comme un type détestable, qui ne supporte rien et qu'on enquiquine sans raison, qui rend coup pour coup (ah, la tactique du gendarme !) et qui aime ça, réfléchir à des plans retors pour cultiver sa mauvaise réputation. Sacré Ferdinand. Impossible de ne pas craquer pour le bougre ! On passe ainsi un très agréable moment, sans prétention, juste pour se détendre. Personnellement j'ai trouvé à ce roman le même charme que dans les histoires de Barbara Constantine où la communion, l'harmonie, le partage et l'optimisme sont les maîtres mots. Ajoutez une pincée d'humour et des aventures rocambolesques, et vous obtenez du bonheur à l'état pur. Simple, mais efficace. ♥

Texte lu par Marie-Eve Dufresne pour Audible FR (durée : 4h 41)

>> Ce livre audio en version intégral  est proposé en exclusivité par Audible uniquement disponible en téléchargement.

©2015 Michel Lafon (P)2015 Audible FR

Mémé dans les orties | Livre audio

 

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12/05/16

Titus n'aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai

Titus n'aimait pas Bérénice

Titus est empereur de Rome, Bérénice, reine de Palestine. Ils vivent et s'aiment au Ier siècle après Jésus-Christ. Racine, entre autres, raconte leur histoire au XVIIe siècle.

Mais l'histoire de Nathalie Azoulai est actuelle : Titus quitte Bérénice dans un café. Il la quitte pour sa femme. Il la rappelle, malade, alité. Pour s'en sevrer, elle décide de lire tout Racine et de plonger dans sa vie, son parcours, son œuvre.

Comprendre ce qu'il a été, un janséniste, un bourgeois, un courtisan. Comment a-t-il pu écrire pareille histoire de passion bafouée, de chagrin incommensurable, de tromperie, de trahison, de lâcheté... “Quand on parle d'amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d'abandon. On ne cite pas Corneille, on cite Racine. Les gens déclament ses vers même sans les comprendre pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c'est à la fois le patrimoine, mais quand on l'écoute bien, quand on s'y penche, c'est aussi du mystère, beaucoup de mystère. Autour de ce marbre classique et blanc, des ombres rôdent.”

Devenu symbole d'une souffrance amoureuse, Racine prend vie sous la plume de N. Azoulai. Et c'est avec un réel intérêt qu'on suit ses traces et découvre les grandes étapes de son existence à travers ce récit biographique, fouillé, documenté, enrichissant et captivant. De temps à autre, vient se glisser l'amante blessée, qui cherche à adoucir sa peine. De ces brèves incartades, j'avoue avoir été peu sensible et davantage frustrée d'être détournée du portrait de Racine.

L'auteur a tout de même pris certaines libertés avec l'exactitude historique et biographique pour pouvoir raconter une histoire qui n'existe nulle part déjà consignée, “à savoir celle d'une langue, d'un imaginaire, d'une topographie intime. Il ne reste que peu d'écrits de Racine, quelques lettres à son fils, à Boileau mais rien qui relate ses tiraillements intimes. On dit que le reste a été brûlé. Ce roman passe certes par les faits et les dates mais ce ne sont que des portes, comme dans un slalom, entre lesquelles, on glane, on imagine, on écrit et qu'on bouscule sans pénalités”.

Texte ambitieux et récit chatoyant, parfois traité avec exagération et maniérisme... il reste de cette lecture une écoute sensible et mélodieuse, une sensation d'éparpillement, des idées, une érudition, au cœur de laquelle Elsa Lepoivre a su tirer son épingle du jeu.  

Gallimard, coll. Ecoutez Lire - juin 2016

Texte lu par Elsa Lepoivre (durée : env. 7h)

PRIX MÉDICIS 2015

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