08/10/18

Les Dix vœux d'Alfréd, de Maude Mihami

les dix voeux d'alfredAh, quel bonheur à lire et à écouter ! L'histoire est simple mais adorable. Elle est pleine de tendresse et de bienveillance, avec des personnages croquignolets et des aventures truculentes, tout ça dans une ambiance bon enfant, franchement on se régale !
Direction un petit village breton, Le Camboudin, Alfréd (avec un accent) dresse une liste de vœux pour ses dix ans (rencontrer un vrai cowboy, conduire un tracteur, voir la mer et goûter la mythique trouspignôle). Rien n'est impossible pour un môme qui n'a que des petits vieux comme copains ! Son grand-père, Alfred (sans accent), est son principal partenaire dans le crime. Et il faut avouer que ces deux-là vont nous réserver de bonnes parties de fous rires. C'est raconté sans lourdeur, on sent la bonne humeur derrière chaque mot, on se berce de nostalgie et de douceur. C'est formidable. Certes, parfois la vie est rude pour notre jeune héros : sa mère boit beaucoup trop et a un caractère de cochon. Lui, Alfréd, rêverait d'un foyer ordinaire, de vacances à la mer, de journées spéciales rien qu'à deux... Au lieu de ça, il découvre que les adultes sont des menteurs, qu'ils ne sont pas dignes de confiance et qu'ils ne comprennent rien aux surprises. Enfin bon, c'est une belle aventure à lire et relire. J'ai adoré son énergie et son humour pétillant : je n'avais pas envie d'être à la fin, trop tôt, trop court, j'en voulais encore ! C'est bon comme tout. 

©2018 Nil Éditions (P)2018 Lizzie, un département d'Univers Poche

La voix d'Alexandre Nguyen vous semblera familière car le comédien est très productif dans le doublage (séries ou films). Par contre, j'ai opté pour la vitesse 1.25 afin de donner une cadence plus entraînante au récit, et ainsi coller au vent de folie qui souffle sur toute la lecture. C'était extra !

 

 

Posté par clarabel76 à 16:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


08/08/18

De battre la chamade (Marie-Lou & Matthieu 3) de Sophie Tal Men

De battre la chamade

Chipoteuse dans l'âme, je n'ai pas retrouvé dans ce troisième livre l'étincelle aperçue dans le tout premier (Les yeux couleur de pluie) même si j'avais déjà pressenti que l'intrigue stagnait dans le #2 : Entre mes doigts coule le sable. On retrouve Marie-Lou en Bretagne, la jeune interne quitte Brest pour Quimper et intègre le service d'un grand neurochirurgien. Elle lambine toujours après le retour de son ours mal léché : Matthieu a rejoint le Bagne de Cayenne pour s'expliquer avec son père démissionnaire. 

Enfin bref, l'histoire est gentillette mais n'offre guère d'extase. Je n'ai absolument ressenti aucune émotion, aucune palpitation à l'écoute de leurs sempiternels chassés-croisés. Car OUI - hélas - le couple joue toujours au jeu du chat et de la souris. Matthieu et Marie-Lou s'aiment mais se fuient. C'est un jeu récurrent auquel on a finalement perdu le goût car devenu trop lassant. J'ai ainsi suivi leurs pérégrinations, en moins de 8 heures d'écoute, c'est assez court et pourtant ça m'a semblé fastidieux. 

La série a peu à peu perdu de son charme - moi qui imaginais une évasion vivifiante en terres bretonnes, pour prendre des nouvelles des uns et des autres (Marie, Farah, Brigitte, Écume...) comme si je retrouvais des potes perdus de vue, j'avoue n'avoir guère été inspirée. L'histoire n'apporte rien de neuf, elle tourne en rond et s'étire en longueur. Dommage. Ajoutez la narration beaucoup trop monotone d'Aurélie Le Roc'h (pour Audible Studios) qui casse le rythme et l'ambiance... mais heureusement la voix masculine de Mathias Casartelli, plus fluide et agréable, vient équilibrer l'exercice. En bref, cette lecture ne risque pas de me laisser un souvenir impérissable.

©2018 Albin Michel (P)2018 Audible Studios

 

Posté par clarabel76 à 11:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

29/06/18

Les nouvelles aventures du fakir au pays d'Ikea, de Romain Puértolas

Les nouvelles aventures du fakir au pays d'Ikea Le fakir 2

Même si je n'avais jamais lu les premières aventures du fakir au pays d'Ikea, je n'ignorais pas non plus de quoi cela retournait mais craignais une lecture trop burlesque pour m'y hasarder. C'est finalement pour le rendez-vous mensuel du Club Audible que j'ai relevé le défi et suivi avec beaucoup d'étonnement les joyeuses péripéties de notre Ajatashatru Lavash Patel (acte 2) !

Le fakir escroc a depuis fait du chemin en devenant un homme riche après avoir écrit un roman à succès et se repose donc sur ses lauriers dans son appartement cossu à Paris. Son éditeur lui fait cependant comprendre que son nouveau manuscrit ne vaut pas tripette et qu'il ferait bien de repartir en vadrouille pour pimenter sa prose. Retour donc en Suède pour concrétiser son rêve ultime - s'acheter son fameux lit à clous et rencontrer le grand patron d'Ikea. En parallèle, on replonge dans ses souvenirs d'enfance alors qu'Ajat suivait son apprentissage de jeune fakir auprès d'une autre fripouille, ce sacré Baba Ohrom. Ajoutez des quiproquos, des chassés-croisés, des petits mots doux qui s'envolent, une dulcinée qui imagine son amour perdu et un chauffeur de taxi gitan qui écoute du Raphaël à longueur de journée... La bidonnade est assurée ET assumée. Cette suite a été pour moi une totale surprise - tant mieux - j'ai été épargnée de toute comparaison et mon enthousiasme n'en a été que plus débordant à l'écoute de cette histoire - fabuleusement lue par Dominique Pinon, au passage. Sa gouaille de vainqueur et l'humour pince-sans-rire qui découle de chaque page font évidemment mouche. Le fakir est un antihéros par excellence, toujours présent pour mettre les pieds dans le plat, amateur de jeux de mots débiles, confondant d'une niaserie abyssale et se couvrant souvent de ridicule, mais avec panache...

En somme, cela se lit comme une fable truculente et déjantée. On redécouvre le royaume des boulettes et des pains à la cannelle sous un autre jour, mais on voyage aussi entre l'Inde et la France, on évoque les flux migratoires et l'idée folle d'une Europe aux abois et condamnée à se réfugier en Afrique... Tiens donc, et si on inversait les rôles ? Ne serait-ce point les prémices d'une nouvelle aventure ? Pour l'heure, c'est drôle et savoureux. L'auteur a certes annoncé qu'il allait écrire un troisième épisode - entre autres lubies - mais gare à la surdose tout de même. En attendant je m'en vais écouter Tout un été sans Facebook !

©2018 Le dilettante (P)2018 Audiolib. Lu par : Dominique Pinon

Série : Le fakir, livre audio 2 (Durée : 6 h env.)

#Club_Audible MAI 2018

Discussion  #ClubAudiblePage FB

https://www.audible.fr

 

Posté par clarabel76 à 12:30:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

04/06/18

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, de Virginie Grimaldi

le parfum du bonheurTout juste séparée de son compagnon, Pauline est retournée vivre chez ses parents avec son fils de quatre ans. Malheureuse et déprimée, elle peine à tourner la page car elle ne comprend pas la décision de Benjamin. Ses parents s'inquiètent aussi pour elle et sont attentifs à ses moindres besoins. Par contre, ils la poussent à consulter un psychiatre avant de l'embarquer un mois en vacances dans leur grande maison près de la mer. Pauline n'a pas renoncé à reconquérir son mari et entreprend d'écrire leur histoire en espérant que l'évocation de leurs meilleurs souvenirs raviveront les sentiments de Benjamin. En attendant, une cure de soleil s'impose - détente, réunion familiale, introspection et grand déballage. Place aux émotions en montagnes russes ! Voilà un beau roman, particulièrement touchant, qui communique par sa simplicité et sa fraîcheur un tourbillon de tendresse. Ils sont déjà nombreux, les lecteurs, à avoir succombé à cette rencontre bouleversante. Et en effet, la sensation d'immersion est revigorante. On s'installe naturellement au sein d'une famille ordinaire, croisant des états d'âme, des soucis, des rêves et des désirs qui font partie du lot commun, on se sent ainsi tellement proches des uns et des autres. La détresse de Pauline est foudroyante, on devine qu'elle est plus profonde qu'en apparence, que la suite de l'histoire va mettre à nu des secrets enfouis et qu'elle va tout ravager sur son passage. C'est un roman qui évoque avec tact les liens filiaux, la transmission, le rôle de maman, le socle familial, l'amour, la vie, la mort... J'ai ressenti beaucoup de chaleur et de bien-être. C'est hyper réconfortant à lire (et à écouter). Sophie Frison apporte une douceur dans sa lecture qui rend son interprétation délicate et bienfaisante. J'ai finalement quitté à regret ce petit monde. C'était ma petite bulle, ma thérapie, mon goût du bonheur. Un roman poignant et sincère qui raconte une histoire dans laquelle on se reconnaît. C'est très, très bon. Moins léger que le formidable Tu comprendras quand tu seras plus grande, mais son intensité émotionnelle n'est pas mal non plus... Très joliment raconté ! J'en redemande.

©2017 Librairie Arthème Fayard (P)2018 Audiolib. Lu par Sophie Frison (durée : 7h env.)

 

Posté par clarabel76 à 19:30:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , ,

13/04/18

Les loyautés, de Delphine de Vigan

les loyautés delphine de viganHélène, professeur de SVT au collège, constate des signes alarmants chez un élève. Théo a treize ans et souffre du divorce de ses parents qui se déchirent. Son père a perdu son boulot, vit cloîtré chez lui, n'a plus un sou en poche et s'abrutit d'expédients pour oublier sa déchéance. Le môme a interdiction d'en parler à quiconque. Même pas à son meilleur copain Mathis, dont la mère s'inquiète de son influence néfaste et lui ordonne de ne plus le fréquenter. Mais les garçons ont trouvé ensemble un nouveau jeu : boire le plus possible d'alcool et tester leurs limites. Et puis, tout s'emballe. Mathis ne veut pas laisser tomber son pote et ment à sa mère, qui découvre avec horreur les agissements haineux de son mari sur internet. Théo cherche le point de non-retour, tandis que Hélène sent ses propres souvenirs remonter à la surface. J'avoue qu'aux premières notes de la lecture, je me demandais dans quelle galère j'étais tombée. Tout est grisâtre, amer et désolant. Et pourtant, la petite musique a su me happer. Le roman est court, il s'écoute en seulement 4 heures mais il frappe fort. L'enchaînement des portraits est mécanique et intransigeant, les vérités sont implacables, l'intimité est dévoilée dans toute sa fragilité... C'est bouleversant. Cela résonne comme un cri désespéré et pourtant l'écho est silencieux. L'écriture est élégante, à la fois subtile et concise, pour décrire le désarroi. L'ensemble est bon mais lourd, surtout quand on a déjà le moral dans les chaussettes. Cette somme de circonstances malheureuses inspire en effet des sentiments multiples, où se mélangent la perplexité, la fascination et l'engourdissement. Un roman sombre qui risque bien de hanter son lecteur au-delà du point final...

©2018 Éditions Jean-Claude Lattès (P)2018 Audiolib

Texte lu par Marie Bouvier, Odile Cohen et Olivier Martinaud. Trois chants sensibles pour évoquer la corde raide de ces âmes en peine. Très belles interprétations.

 

 


30/03/18

La disparition de Josef Mengele, par Olivier Guez

Sélection #Club_Audible Mars 2018

La disparition de Josef Mengele1949 : Josef Mengele arrive en Argentine. Caché derrière divers pseudonymes, l'ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s l'inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L'Argentine de Perón est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s'enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l'angoisse, ne connaîtra plus de répit... jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.

1- Qu’avez-vous pensé du ton du narrateur/auteur ?

Détaché. Morne. Glaçant. 

2- Selon vous le problème émanait-il du ton du narrateur ou du récit en lui-même ?

Certes le texte est lourd, mais le ton du narrateur est beaucoup trop solennel et déprimant.

3- Quelle a été votre assiduité d’écoute ? 

Je pensais l'écouter rapidement (6h, c'est peu) et puis j'ai vite freiné des deux pieds car l'histoire est lourde, le personnage de Josef est détestable au possible, sans compter les informations qui deviennent vite étouffantes à force de les accumuler. Du coup j'ai ralenti, pour souffler et tenter de mieux apprécier la lecture.Mais cela a été difficile.

4- Avez-vous été choqué/surpris/dérangé par les actes réalisés par Joseph Mengele et décrits dans le livre ?

Choquée, horrifiée, dégoûtée... ce type incarne l'ignominie humaine dans toute sa splendeur. Sans scrupules. Absence de remords. Conviction de son bon droit. Refus de débattre de ses actes. Lâcheté. Mépris total etc. Une belle ordure ! Et ses expériences, au nom de la science, mygod, on a beau avoir eu connaissance de telles horreurs dans nos manuels d'histoire, c'est toujours une claque d'en découvrir l'ampleur dans un roman. 

5- Quel a été votre passage préféré ?

Préféré, aucun. L'ensemble du livre a eu sur moi un effet de marée noire. J'étais comme engluée, franchement écœurée et j'ai suffoqué à maintes reprises, par contre j'étais curieuse de comprendre l'étendue de la fuite des nazis après-guerre, la large complicité et les réseaux organisés pour complaire à leurs exigences, couvrir leurs actes et identités. La prise de conscience de l'holocauste dans la mémoire collective est survenue progressivement, d'où les nouvelles chasses à l'homme et les combats menés par les Klarsfeld par ex. Au final, c'est plein de petits passages marquants.

- Dernière question : quel rôle donnez-vous à l'interview finale de l'auteur par rapport au récit et au travail de l'auteur ?

L'interview est complémentaire à l'écoute du roman. C'est toujours éclairant de comprendre les motivations de l'auteur et son approche avant de se lancer dans l'écriture.

 

©2017 Éditions Grasset & Fasquelle

(P)2018 Audiolib. Texte lu par Olivier Guez (durée : 5h 47)

La disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d'opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l'argent et l'ambition. Voici l'odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

 

Posté par clarabel76 à 20:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

26/03/18

Gaspard ne répond plus, par Anne-Marie Revol

Gaspard ne répond plusCandidat d'un jeu de téléréalité (type Pékin Express), Gaspard de Ronsard est victime d'un accident, lors d'un simple transfert de l'équipe technique, le type a basculé du camion et croupit désormais dans un fossé entre la frontière chinoise et nord-vietnamienne. Il a les deux jambes brisées, le moral au plus bas, sans eau, sans nourriture et sans sa balise GPS. C'est seulement au petit matin, des centaines de kilomètres plus loin, que sa disparition est remarquée et signalée en haut lieu. À Paris, la production retient son souffle et cherche à tout prix à étouffer le scandale. Tous les moyens sont déployés pour ratisser la campagne et baillonner la presse - peine perdue. Car les coups bas se multiplient, dans une société où l'appât du gain et du sensationnel prime sur toute moralité. Pendant ce temps, loin du fracas, notre jeune ami a été secouru par des villageois, qui refusent tout confort moderne et luttent pour préserver ses valeurs, en obéissant au doigt et à l'œil à leur chef, l'impitoyable My Hiên. Celle-ci retient clairement Gaspard en otage et ne lui laisse pas d'autre choix que de faire la lecture à voix haute à leur petite communauté, reprenant ainsi le flambeau laissé par un certain Hubert Bertillon, un explorateur français qui a tout plaqué pour suivre son grand amour et s'installer à l'autre bout du monde. Gaspard ne discute pas, étonné de sa propre curiosité et de son intérêt grandissant pour cet individu. Il espère ainsi recroiser sa propre enquête sur la disparition de ses parents... Ah, mais il ne faut pas croire que tout est écrit d'avance ! Ce roman a justement de l'ingéniosité et de la rouerie à revendre. C'est franchement réjouissant ! Le ton est vif et cocasse, le rythme fougueux et facétieux. Cela se déguste sur 500 pages, au gré d'anecdotes désopilantes, d'aventures rocambolesques et de personnalités pittoresques. Une formidable énergie se dégage et enveloppe le roman, qui pétille joyeusement et nous entraîne sur les pistes d'une intrigue déjantée et distrayante ! Très chouette découverte.

JC Lattès, 2016 / repris en Livre de Poche (mars 2018)

 

Posté par clarabel76 à 12:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Une question d'harmonie, de Bérengère de Chocqueuse

Une question d'harmonie

Paul a 80 ans et vit seul dans son appartement, quand la jeune Julia, 25 ans, étudiante en art, s'invite chez lui tous les dimanches. Elle est vive et spontanée, elle babille en toute insouciance, déterminée à apporter chez le vieil homme un peu de légèreté et de bonne humeur.
Les semaines passent, et Paul se montre toujours renfrogné et peu coopératif. Julia sent sa propre motivation battre de l'aile. Plus elle le questionne sur sa vie privée, sur son passé, sur son histoire, plus l'homme sombre dans la mélancolie.
Non, Paul ne confiera jamais rien de Nicole, son grand amour, leur rencontre en Normandie, leur bande de copains, sa découverte de la contrebasse, son apprentissage dans la musique, ses concerts, ses tournées, le tourbillon de la vie, étourdissant et implacable...
Ces chapitres du passé viennent s'immiscer dans la routine d'une existence assez plate, où l'on peine à s'attacher à Julia et à s'émouvoir de sa relation avec Paul. C'est empreint d'élégance, de bienveillance, mais ça pêche en tendresse et en force.
Je n'ai pas trouvé de réelle intensité émotionnelle dans ce roman, l'écriture est appliquée et d'une grande sobriété, mais trop lisse et proprette pour me toucher. La rencontre entre Julia et Paul me laisse insensible et songeuse, à l'idée que les générations transcendent les différences et comblent les lacunes etc., non, vraiment pas. C'est finalement peu convaincant, malgré de jolies qualités, la lecture m'a inspiré essentiellement de l'ennui. 

Belfond, 2016

 « Cela faisait près d'un mois que Julia passait ses dimanches après-midi chez le vieux monsieur. Arroser les plantes, trier quelques papiers, monter un pack d'eau pour la semaine... Elle le faisait de bon cœur, pour rendre service, et il s'en montrait reconnaissant, conscient que son aide était la bienvenue. En revanche, s'engager dans une discussion personnelle et parler de soi... Elle avait beau l'interroger, il se fermait comme une huître. Pourtant, c'était avant tout pour l'aspect humain qu'elle avait voulu faire partie de cette association. Persuadée qu'une personne âgée, isolée, aurait beaucoup à lui apporter, elle s'était mis en tête de nouer une relation de proximité, presque d'amitié, avec lui. »

Posté par clarabel76 à 11:00:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

21/03/18

Trois baisers, de Katherine Pancol

Trois baisersBim bam boum, ils sont de retour ! Ils s'étalent sur 845 pages, prennent leurs aises pendant 20 heures, se livrent et se confessent, jouent, trichent et s'éparpillent... Les Plissonnier-Cortès, Valenti, Grobz, Courtois, Dupin et compagnie nous font tourner la tête et toujours battre le cœur, au cours d'une lecture passionnante et ô combien réconfortante.

Cela ressemble à une réunion familiale au sommet. Une convocation générale pour prendre des nouvelles des uns et des autres - Hortense prépare sa première grande collection avec un défilé sensationnel au Plaza, comprend la notion de désir dans un escalier du Fouquet's et harcèle Junior de questions sur son grand peut-être, Zoé s'interroge sur son avenir, carmélite ou actionnaire, elle chancèle, le cœur palpitant, comme sa maman Joséphine, qui panique de n'être plus aimée, éternellement sotte et fragile, Gary arpente les trottoirs de New York et est sidéré face à une bouteille de vin, foudroyé par la révélation, Calypso s'endort pour cent ans, Stella retrousse ses manches, lave à coup de javel les souvenirs meurtris, Adrian rêve en grand, Tom tombe amoureux, Ray Valenti brille de mille feux, Fernande s'envole pour Mexico, Henriette et Elena font des affaires...

En gros, les histoires se nouent, s'emmêlent, se tendent et éclatent dans un joyeux bordel. Ça fait des étincelles et ça crépite ! La communion est sacrée. Ce que le public ressent est lié à ce que vivent les personnages. Les espoirs, les envies, les doutes, les peurs, les sombres pensées. On partage tout, on rit, on tremble, on pleurniche, on hurle, on inspire, on cherche le staccato, on gratte les tickets de tombola, on regarde les Oscars à la télé, on reçoit des trempes, on se rebiffe, on ouvre des livres, on fait ses courses, on danse sur du Cloclo. C'est tout bon. Pas forcément intense et palpitant. Mais on se sent bien. Et puis, on a clairement nos préférences (Hortense ! Gary !), nos attentes et nos impatiences, on relève les transitions, les creux, les flous, les fièvres (euh... Junior ? du grand d'importe quoi !). On a conscience que le gros navire, parfois, tangue et s'égare, tout en adoptant un rythme de croisière agréable et délassant. En tout cas, j'ai pris place à bord, en frétillant de bonheur, et j'ai beaucoup aimé mon voyage !

Marie Ève Dufresne est également indissociable à mon plaisir de lecture. Son interprétation est impeccable, élégante, mesurée et enveloppante. J'aime infiniment. Sa voix fait aussi partie du succès de la saga - un rendez-vous incontournable avec mon autre tribu, une famille de papier où toutes les personnalités s'incarnent et forment un ensemble attachant. C'est difficile de les abandonner ! ☺

©2017 Éditions Albin Michel (P)2018 Audiolib (durée : 20h env.)

==================================================

« Partons dans un baiser pour un monde inconnu. » Alfred de Musset

Posté par clarabel76 à 08:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

22/02/18

Couleurs de l'incendie, de Pierre Lemaitre

couleurs de l'incendieAvoir lu ou non Au revoir là-haut n'est finalement pas si crucial pour la bonne compréhension de ce roman - contrairement à ce que j'avais imaginé. On retrouve, certes, la famille Péricourt mais l'histoire s'attache à Madeleine, fille de Marcel. Le roman commence en février 1927, par des obsèques affreusement pompeuses, lesquelles sont perturbées par la chute tragique du jeune Paul, depuis le deuxième étage de la maison. Comment, pourquoi ? La foule horrifiée voit l'enfant conduit en urgence à l'hôpital, où sa mère apprend qu'il est miraculé mais paraplégique. L'annonce est brutale, le choc traumatisant. Leur quotidien est alors mis sens dessus dessous - Madeleine se décarcasse pour le confort de son fils, elle recrute une aide-ménagère polonaise (l'exubérante Vladi) et confie ses affaires courantes à l'avocat de la famille, Gustave Joubert. Sa confiance aveugle sera néanmoins trompée. Sans rien voir venir, Madeleine va être dupée et roulée dans la farine par ses plus proches confidents.

Et quelle prouesse ! Pour moi, ce roman s'inscrit dans la lignée des grands romans populaires, façon Balzac, Dumas et Zola. On découvre en effet un récit captivant et flamboyant, une sinistre comédie humaine ancrée dans son époque (on jurerait que Lemaitre a voyagé dans le temps pour s'imprégner des lieux, de l'ambiance, des codes romanesques en vigueur). Clairement, c'est une réussite sur ce plan. Après, l'histoire nous happe, nous attire dans ses filets et on se laisse porter par le fil narratif. On assiste ainsi au naufrage, on découvre la mascarade, on encaisse les revers de fortune et les illusions perdues, tout ça sans broncher. On ressent une profonde empathie pour Madeleine, on la juge trop sentimentale puis on applaudit son courage et sa force. En digne Péricourt, elle ne va pas rendre les armes mais va puiser dans l'humiliation infligée pour faire sa propre justice. Sa vengeance se tisse alors dans les règles de l'art, mitonnée aux petits oignons, ourdie en douce et élaborée avec patience. Ah, il y a de l'Edmond Dantès chez cette Madeleine ! Vraiment, on se régale. Moi qui avais conservé un souvenir flou et en demi-teinte du précédent Au revoir là-haut, j'ai été agréablement surprise par Couleurs de l'incendie qui a su me tenir en haleine pendant près de 14 heures ! 

La lecture faite par l'auteur lui-même est, de plus, tout à fait remarquable. J'avais déjà noté combien il excellait dans cet exercice, cf. Au revoir là-haut, et ai donc apprécié qu'il renouvelle l'exploit avec cet opus. L'auteur vit littéralement son récit, il module les intonations, connaît ses personnages, joue avec le lecteur. C'est une vraie pièce de théâtre qui se déroule dans nos oreilles, et on reste auditeur fasciné de bout en bout. Ce n'est pas donné à tout le monde de réussir pareille prouesse (certains sont de piètres lecteurs, en gros il ne suffit pas d'avoir écrit le livre pour s'improviser lecteur et transmettre au mieux ses émotions). Pierre Lemaitre figure parmi les exceptions - j'ai beaucoup aimé l'écouter ! L'effet immersif est, de plus, indéniable. 

Excellente pioche, donc. Une lecture pleinement enthousiasmante sous tous les formats. À conseiller. ☺


Avec la participation de Zygmunt Miloszewski pour les mots lus en polonais.

©2018 Éditions Albin Michel (P)2017 Audiolib

 

Sélection du #ClubAudible Février 2018

L’image contient peut-être : une personne ou plus et texte

Posté par clarabel76 à 11:45:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,