03/08/16

Vous prendrez bien un dessert ? de Sophie Henrionnet

Vous prendrez bien un dessert

Un réunion au sommet attend la famille Labarre, tous conviés à fêter Noël et les 90 ans du patriarche dans un chalet loué à la montagne. L'occasion est trop belle pour passer au crible les acteurs de cette comédie grinçante, dont le principal ressort n'est pas de divertir mais bien de rappeler que les portraits figés n'existent que sous cloche ! 
Il y a entre autres le grand-père grivois, la grand-mère léthargique, les rejetons déglingués, le fils aîné qui se débat avec des soucis financiers pour maintenir à flot l'entreprise familiale, le frère avocat qui brille au volant de sa décapotable et au bras d'une bimbo à la carrosserie tout aussi impressionnante, la fille engluée dans une maternité qui l'encombre, un petit-fils qui s'excuse d'exister, une autre qui s'emmêle les pinceaux à avouer son désir de plaquer ses études de commerce, une copine venue exprès pour la soutenir et qui subit les mains baladeuses du pépé... 
Ce réveillon tourne à la soupe à la grimace, et c'est ça qui rend ce roman caustique et mordant ! 
On savoure les secrets dévoilés, les mensonges, les frustrations, les ressentiments et les aigreurs en puissance. C'est du lourd. N'imaginez pas vous attabler auprès d'une tribu chaleureuse et conciliante, ici les sourires sont contrits et les rires jaunes. On n'éprouve aucune compassion, à l'exception du petit Paul, et on a juste envie de glisser un laxatif dans leurs coupes de champagne pour constater les effets en gloussant.
Le ton n'est pas drôle, pas volontairement, il se veut cruel et acide, il égratigne et bouscule la bienséance, il déstabilise et use de son cynisme pour piquer à merveille. Personnellement, j'aime les histoires de famille, j'aime y pointer les dysfonctionnements qui font reprendre à zéro les acquis et qui donnent une autre idée du clan symboliquement uni et solidaire.
Chez Sophie Henrionnet, les masques tombent pour mieux révéler des figures effrayantes ! On en grincerait des dents. ^-^
Les portraits manquent sans doute d'étoffe, les personnalités sont trop stéréotypées, on voit défiler un panel d'individus sans goût, sans odeur et on n'en retient qu'une brève essence, mais ce n'est pas grave. L'auteur a du talent et prouve aussi qu'elle peut changer de registre avec tact et intelligence. Ce jeu de chaises musicales n'est pas pour me déplaire ! 

Texte lu par Benoît Allemane (Durée : 4 h 31) pour Audible FR (juillet 2016)

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©2015 Daphnis et Chloé (P)2016 Audible FR

 

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01/08/16

Roland est mort, de Nicolas Robin

roland est mort

Son voisin Roland est mort. 

C'est la dame du dessous qui vient lui annoncer la nouvelle en pleurant. Mais lui s'en fiche. Il ne connaissait pas Roland, sauf pour dire que c'était un vieux monsieur, qui vivait seul et qui aimait les disques de Mireille Mathieu. Le jour où les pompiers viennent récupérer son corps, ils lui larguent le caniche de Roland au passage, sans lui laisser le temps de refuser. Qu'est-ce qu'il va faire d'un clébard ? Se rendre à la SPA ou le filer à sa mère ? Mais les petits yeux noirs de Mireille lui vrillent les entrailles. Et notre gars soupire.

Alors il se trimballe partout en ville un chien qui perd ses poils et qui sent mauvais, en plus d'une urne pleine des cendres de Roland. Son objectif : se débarrasser des boulets. Sa conviction : prendre sur lui de virer Roland de sa conscience. Car après tout, pourquoi lui ? pourquoi Roland ? Peut-être que ces deux-là ont finalement plus à partager qu'ils ne le supposent. Un constat déprimant pour notre narrateur qui affiche quarante ans, célibataire, sans boulot et amateur de porno. Sa mère lui reproche de ne pas se secouer, sa grand-mère lui serine : et pourquoi t'es pas marié, même la masseuse coréenne, à la coupe au bol impeccable, désapprouve la vacuité de son existence et son goût douteux pour des films dégradants.

Le voisin de Roland inspire et écarte les bras en croix en se demandant si la vie est belle et s'il aime la vie. Il ne sait que faire de l'urne de Roland, il se verrait bien la poser en décoration sur le manteau de cheminée chez ses parents, l'oublier dans un bus ou l'offrir à l'occasion d'une fête d'anniversaire de sombres inconnus. Mais chacune de ses tentatives se soldent par des échecs et donnent lieu à des situations cocasses qui font franchement glousser.

Car l'humour de cette histoire est volontairement caustique, avec en sus un narrateur cynique, froid et calculateur, même pas antipathique. Il incarne à lui seul le désespoir de notre siècle, un pauvre type solitaire et blasé de vivre, sous le contrecoup d'une rupture amoureuse, sans ambition, n'alimentant aucun réseau social et réduisant au minimum son contact avec l'extérieur, si ce n'est pour boire du Campari ou un Picon-bière au comptoir du coin. C'est vachement mordant, décapant et incisif. Et c'est bougrement bon. On ne peut que se marrer tout du long ! 

Éditions Anne Carrière, mars 2016

 

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27/07/16

La Femme au carnet rouge, d'Antoine Laurain

La femme au carnet rouge

Un soir à Paris, Laure, victime d'une agression, se fait voler son sac à main et tombe dans le coma sous le coup d'une blessure à la tête. Le lendemain, Laurent découvre un sac mauve abandonné près des poubelles, pas loin de sa librairie. Il se rend au commissariat le plus proche, puis rebrousse chemin face à l'administration hostile et longuette.
Il se met alors à fouiller son contenu pour retrouver l'identité de la jeune femme, mais n'y découvre qu'un exemplaire dédicacé de Modiano, un flacon de parfum, un rouge à lèvres et un carnet rouge. 
Désireux de retrouver son inconnue, Laurent commence à s'immerger dans les pensées secrètes de Laure et se surprend à éprouver des sentiments naissants pour celle-ci. Débute alors un adorable jeu de piste, qui va se transformer en quête amoureuse d'une tendresse bouleversante.

Cette histoire courte s'écoute en seulement quatre heures et nous plonge dans une douce ambiance, gentillette et distrayante. Une prouesse. Il est bon de se déconnecter des univers sombres et sanguinaires pour savourer le plaisir d'une lecture légère et sans prétention. C'est donc l'histoire d'une comédie romantique, particulièrement attachante, où deux personnes apprennent à se connaître par procuration, avant de chercher à se rencontrer pour de vrai, bravant quiproquos et autres événements inattendus, censés retarder le jour J. C'est mignonnet, porteur d'espoir et attendrissant. À bas le cynisme, place à la passion et à la fantaisie ! ^-^ 

Texte lu par Bertrand Suarez-Pasos pour Audible FR (durée : 4h) - juin 2016

La femme au carnet rouge | Livre audio

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©2014 Les éditions J'ai lu (P)2016 Audible FR

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13/07/16

Rêves oubliés, de Léonor de Récondo

Rêves oubliés Sixtrid

Voilà un très beau roman, dont le principal sujet n'avait pas lieu de me captiver, et qui finalement a su me transporter, me toucher, m'interpeller. L'histoire raconte l'exil de la famille d'Ataï, en août 1936, alors que l'Espagne est en pleine guerre civile. Sa femme Ama, ses fils et les grands-parents quittent précipitamment leur maison pour franchir la frontière et s'installer dans les Landes françaises, rapidement rejoints par Ataï, retenu par son boulot, puis par des oncles et des cousins, qualifiés de dissidents politiques. 
Le temps de l'exil, d'abord incertain, finit par s'ancrer dans leurs esprits désolés, confrontés à la difficulté de s'installer dans un pays étranger, dont on ne parle pas la langue, et où l'on pressent une hostilité grandissante à l'égard de l'autre, l'inconnu, le réfugié. Dès 1939, un vent changeant souffle sur le pays. Les cousins et les oncles sont arrêtés par la police française, envoyés dans des camps, avec interdiction de véhiculer des nouvelles. L'angoisse monte d'un cran avec l'arrivée des allemands, des jeunes soldats blonds qui crachent leur haine en dégainant leur carabine.
En marge du contexte politique, particulièrement démentiel, le livre raconte aussi le parcours d'une famille, unie comme jamais, très démonstrative et aimante. Ama écrit un journal intime, où elle confie ses espoirs, ses interrogations, où elle parle aussi de sa fausse couche, de ses peurs, de la sensation de coquille vide, de ses désillusions... Écrire un avenir dans un pays qui n'est pas le vôtre, songer aux racines, à l'éloignement, expliquer le sentiment d'exclusion, de non-appartenance à une vie, du sentiment de jouer un rôle et le désespoir du non-retour, du rêve impossible. Croix définitive.

Ce texte, écrit en toute simplicité, est imprégné d'élégance et de pudeur, il est également lu par Marjorie Frantz avec tact, sincérité et sensibilité. L'histoire rappelle qu'être ensemble, c'est aussi tout ce qui compte, dans ce roman qui apporte une autre vision de l'exil, sans tomber dans le misérabilisme ou le pathos. Le tout est généreux, authentique et émouvant. Très, très bon.

 

Interprété par Marjorie Frantz pour Sixtrid / Octobre 2015 (durée : 3h 32)

Rêves oubliés

Repris en poche chez Points (Grands Romans, 2013)

 

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18/05/16

Mémé dans les orties, d'Aurélie Valognes

Mémé dans les orties

Précédé de sa réputation de serial killer, Ferdinand Brun ne s'est fait aucun ami dans son immeuble, et ça l'arrange plutôt bien. Seul son chien Daisy mérite toute son affection. Le reste, c'est peanuts. Ferdinand est un vieux monsieur aigri par la vie, les gens, la famille, les voisins, la concierge, son ex-femme, le facteur, etc. Il aime sa solitude, son cocon tranquille, ses émissions tv, sa petite routine. Qu'on ne vienne pas lui casser les pieds. Aussi, le jour où il retrouve le corps accidenté de son animal de compagnie, il choisit de se jeter sous un bus mais revient à lui sur un lit d'hôpital. Ferdinand est coriace, pourtant sa fille Marion, qui vit à Singapour, s'inquiète pour lui et envisage de l'envoyer en maison de retraite... sauf s'il lui prouve le contraire. Elle fait confiance à Mme Suarez, la concierge de l'immeuble, pour jeter un œil sur son intérieur et certifier que tout va bien. Han, han. Ces deux-là se livrent une guerre des nerfs depuis son installation dans l'appartement. Ferdinand le sait, il est fichu. C'est du moins sans compter sur l'aide providentielle de sa nouvelle petite voisine, Juliette, neuf ans, enfant précoce, et de Béatrice Claudel, une fringante mamie, ultra connectée, qui adore rendre service. Eh oui, on s'en doute, l'existence de Ferdinand va se métamorphoser et transfigurer notre homme. Ferdinand Brun va se bonifier, s'ouvrir à ses semblables et non plus considérer l'autre comme un intrus ou une entité négligeable. Cette lecture nous raconte donc l'histoire d'un miracle, avec simplicité, cocasserie et tendresse. J'ai beaucoup apprécié. Le personnage de Ferdinand est impayable, décrit exprès comme un type détestable, qui ne supporte rien et qu'on enquiquine sans raison, qui rend coup pour coup (ah, la tactique du gendarme !) et qui aime ça, réfléchir à des plans retors pour cultiver sa mauvaise réputation. Sacré Ferdinand. Impossible de ne pas craquer pour le bougre ! On passe ainsi un très agréable moment, sans prétention, juste pour se détendre. Personnellement j'ai trouvé à ce roman le même charme que dans les histoires de Barbara Constantine où la communion, l'harmonie, le partage et l'optimisme sont les maîtres mots. Ajoutez une pincée d'humour et des aventures rocambolesques, et vous obtenez du bonheur à l'état pur. Simple, mais efficace. ♥

Texte lu par Marie-Eve Dufresne pour Audible FR (durée : 4h 41)

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©2015 Michel Lafon (P)2015 Audible FR

Mémé dans les orties | Livre audio

 

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12/05/16

Titus n'aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai

Titus n'aimait pas Bérénice

Titus est empereur de Rome, Bérénice, reine de Palestine. Ils vivent et s'aiment au Ier siècle après Jésus-Christ. Racine, entre autres, raconte leur histoire au XVIIe siècle.

Mais l'histoire de Nathalie Azoulai est actuelle : Titus quitte Bérénice dans un café. Il la quitte pour sa femme. Il la rappelle, malade, alité. Pour s'en sevrer, elle décide de lire tout Racine et de plonger dans sa vie, son parcours, son œuvre.

Comprendre ce qu'il a été, un janséniste, un bourgeois, un courtisan. Comment a-t-il pu écrire pareille histoire de passion bafouée, de chagrin incommensurable, de tromperie, de trahison, de lâcheté... “Quand on parle d'amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d'abandon. On ne cite pas Corneille, on cite Racine. Les gens déclament ses vers même sans les comprendre pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c'est à la fois le patrimoine, mais quand on l'écoute bien, quand on s'y penche, c'est aussi du mystère, beaucoup de mystère. Autour de ce marbre classique et blanc, des ombres rôdent.”

Devenu symbole d'une souffrance amoureuse, Racine prend vie sous la plume de N. Azoulai. Et c'est avec un réel intérêt qu'on suit ses traces et découvre les grandes étapes de son existence à travers ce récit biographique, fouillé, documenté, enrichissant et captivant. De temps à autre, vient se glisser l'amante blessée, qui cherche à adoucir sa peine. De ces brèves incartades, j'avoue avoir été peu sensible et davantage frustrée d'être détournée du portrait de Racine.

L'auteur a tout de même pris certaines libertés avec l'exactitude historique et biographique pour pouvoir raconter une histoire qui n'existe nulle part déjà consignée, “à savoir celle d'une langue, d'un imaginaire, d'une topographie intime. Il ne reste que peu d'écrits de Racine, quelques lettres à son fils, à Boileau mais rien qui relate ses tiraillements intimes. On dit que le reste a été brûlé. Ce roman passe certes par les faits et les dates mais ce ne sont que des portes, comme dans un slalom, entre lesquelles, on glane, on imagine, on écrit et qu'on bouscule sans pénalités”.

Texte ambitieux et récit chatoyant, parfois traité avec exagération et maniérisme... il reste de cette lecture une écoute sensible et mélodieuse, une sensation d'éparpillement, des idées, une érudition, au cœur de laquelle Elsa Lepoivre a su tirer son épingle du jeu.  

Gallimard, coll. Ecoutez Lire - juin 2016

Texte lu par Elsa Lepoivre (durée : env. 7h)

PRIX MÉDICIS 2015

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11/05/16

Eh bien dansons maintenant ! de Karine Lambert

Eh bien dansons maintenant !

Marguerite a soixante-dix-huit ans et vient de perdre son époux, Henri, un notaire guindé, qui ne laissait jamais libre cours à la fantaisie, exception faite pour la musique de Chopin. Son veuvage lui offre liberté et nouvelle perspective d'avenir, chose qui lui fait un peu peur au début, mais qu'elle va surmonter avec la complicité de Marcel. Ce dernier a soixante-treize ans et vient de perdre son grand amour, la voluptueuse Nora, qui aimait croquer la vie et nager au large. Il tente non sans mal de surpasser son chagrin, mais n'a plus le goût à rien. C'est donc pour faire plaisir à sa fille qu'il accepte de se rendre en thalasso à Bagnères-de-Bigorre dans les Pyrénées où il croise la toute discrète Marguerite. Après avoir échangé quelques mots sur la terrasse, celle-ci lâche son premier rire depuis des années ! La glace est rompue. Marcel et Marguerite sont en train de vivre une nouvelle aventure... laquelle, forcément, fera grincer des dents leur progéniture. Le fils de Marguerite pense notamment que sa mère est devenue folle ! Elle a perdu la tête pour un inconnu. Elle fugue avec lui jusqu'à Collioure ! Elle change de look et imite son idole, Line Renaud. Elle fredonne des chansons et danse dans sa cuisine. Comment expliquer l'inexplicable ? Toujours est-il que Marcel lui donne des ailes et qu'auprès de lui elle vit un amour tel qu'elle en a toujours rêvé !  Ce court roman raconte avec beaucoup de naturel une histoire qui parle d'amour, de désir et de sensualité survenant au crépuscule de la vie. Un sujet peu abordé dans la littérature, qui paraît improbable et qui finalement parvient à vous toucher comme si de rien n'était. Je ne suis peut-être pas tombée  complètement  sous le charme de ma lecture, mais j'ai follement aimé entrer dans la ronde et écouter la sérénade qui se joue entre Marcel et Marguerite. Il y a de jolis bouts de phrases, des citations, des sentiments, des frôlements qui font qu'on ne peut rester indifférent. La symbiose du couple est féerique, leur jeu de séduction un pur enchantement. L'auteur ne badine pas avec les sentiments, son propos est assez succinct et frivole, les contrariétés sont finalement balayées autour d'une bonne tablée, d'un énorme bouquet de roses et d'un délicieux cheese-cake, ce qui rend cette lecture chavirante. Elle offre à sa façon un doux instant de complicité, un beau moment de partage, de tendresse, d'espérance et de convivialité. 

“Savourer la vie jusqu'au bout, tant que nous avons encore de la force et des jambes assez solides pour oser un détour.” 

🍃🍃🍃🍃🍃🍃

« Tu es de celles qui sont persuadées qu'on n'aime qu'une fois ? - Je suis de celles qui pensent qu'il fera beau demain même si on annonce une météo exécrable. »

JC Lattès, mai 2016

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02/05/16

Quatre murs, de Kéthévane Davrichewy

Quatre murs

« La fratrie est impitoyable, ne nous leurrons pas.
- Où sont passés nos liens, Élias ?
- Réna, ils sont insidieux, ni incassables, ni infinis. Ils ne t'ont pas fait que du bien. Cellule familiale.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Il me semble que la famille peut nous rendre plus forts mais aussi nous affaiblir. »

Après la mort du père, la mère décide de mettre la maison en vente et de donner une avance sur héritage aux cadets, les jumeaux Élias et Réna. Les aînés protestent pour la forme, avant de conclure à un accord et retourner à leur routine. Ni remords ni regret. Deux ans plus tard, les frères et sœurs se retrouvent sur une île grecque, chez Saul, la sentinelle du groupe. Dans l'anticipation des retrouvailles, tous les quatre font le point et tirent un bilan doux-amer des liens filiaux et fraternels, n'hésitant pas à écorcher la belle image d'une tribu unie et solidaire. Les non-dits remontent à la surface (l'accident qui a coûté la vie de leur cousin et handicapé à vie Réna), la responsabilité latente, le poids des attentes et le temps qui passe, les envies qui vont et viennent, les vies qui se séparent ou prennent des orientations opposées. Ce roman intimiste est particulièrement troublant et envoûtant. Il délivre, avec une rare sobriété et une économie de mots, des émotions fortes et poignantes sur les liens du sang et le rôle de la famille. Malgré les rancœurs et les propos caustiques, l'ensemble n'en reste pas moins un quasi chuchotement sur une petite centaine de pages racontant une histoire tout en clair-obscur, jamais trop cynique, ni mielleuse. Elle se dresse tel un funambule sur le fil du rasoir et jongle avec les vérités des uns et des autres, bousculant les certitudes et les idéaux, mais sans forcément provoquer de remous. La lecture se termine d'ailleurs sur un épilogue lumineux et dansant. Une fin rayonnante pour une lecture empreinte d'une grande sensibilité. 

10-18 / Mars 2015 ♦ Sabine Wespieser éditeur,  2014

« La famille nombreuse, c'était leur fantasme, pas le nôtre.
Ils convoitaient notre enfance. Une quête vaine, si lourde pour nous.
- Ils nous ont fait une belle enfance. »

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15/04/16

Les Vacances d'un serial killer, de Nadine Monfils

Les Vacances d'un serial killer

Place à la comédie belge, portée par le fabuleux duo de Nadine Monfils et Dominique Pinon, qui livre à eux deux un festival comique de haute volée ! L'histoire nous entraîne aux côtés de la famille Destrooper, le père Alfonse, la mère Josette, les deux ados, Lourdes et Steven, sans oublier l'inénarrable Mémé Cornemuse dans sa caravane, en route pour la pension des Mouettes face à la mer du Nord. Mais le voyage cumule les déconvenues, d'abord Josette se fait voler son sac par un motard, puis la voiture largue son attelage et lâche la mémé en pleine nature. Celle-ci, ne manquant pas de ressource, fait de l'autostop et rencontre un bonhomme et sa fiancée... Autant glisser que cette dernière ne fera pas long feu ! Leurs vacances vont ainsi enchaîner les bévues et autres mésaventures qui font faire imploser la belle union familiale. Ah, ah ! C'est à mourir de rire. Les Destrooper ont cette délicate parenté avec les Tuche, dans le genre franchouillard un peu plouc, avec en tête de liste une Mémé Cornemuse hargneuse, voleuse, menteuse, obsédée et cupide. Plus mordante et manipulatrice que Tatie Danielle. C'est dire. 

Quoi que prétende le titre, on ne verse pas dans la littérature policière, mais clairement dans la parodie vaudevillesque. L'histoire est loufoque et insensée, on adhère ou pas à l'humour belge, à son sens de la dérision et aux situations ubuesques. Pour ma part, j'ai souri tout du long ! Dominique Pinon est un comédien extraordinaire. Nadine Monfils, quant à elle, lit toutes les voix féminines. Leur duo fait des étincelles et fournit une prestation jubilatoire, qui donne du pep's au roman ! J'en veux encore. 

Texte lu par Dominique Pinon et Nadine Monfils pour Audible, Juillet 2015 (durée : 4h 09)

>> En format papier chez Pocket (2012) ou Belfond (2011)

Offre d'essai Audible : Premier mois gratuit

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07/04/16

Ce que je peux te dire d'elles, d'Anne Icart

Ce que je peux te dire d'elles

C'est une histoire de femmes et de filles qui se raconte dans ce roman d'Anne Icart. Une histoire de sœurs, Angèle, Justine et Babé, qui grandissent auprès de leur grand-mère et qui vont apprendre à voler de leurs propres ailes en suivant leurs rêves et leurs espoirs fous. Angèle, qui souhaite devenir journaliste, fait la rencontre de Charles qui ne ménage pas ses efforts pour la séduire et la convaincre de faire un bout de chemin ensemble. Justine, indépendante et frondeuse, se lance dans la couture, apprend, fait des merveilles et va créer son propre atelier de mode. Babé, la plus jeune, la plus sensible, est aussi le maillon essentiel du trio, celle qui consolide le groupe et répare les petits bobos, prête une écoute attentive, cajole les moues boudeuses et sèche les larmes. Blanche, bientôt, se joindra à ce fabuleux essaim. Bébé de l'amour fou, mais rappel incessant de ce qui n'est plus. La fillette va grandir dans l'ombre d'une mère aux humeurs lunatiques, atteinte d'une grave dépression, qui la privera des petites attentions, des gestes affectifs et des témoignages de tendresse. Blanche, par précaution, se tiendra à distance de l'amour et suscitera à son tour un gouffre de frustration chez sa propre fille, Violette, laquelle quittera le nid très tôt, en colère et demandeuse d'explications. Et le roman de s'ouvrir sur un simple coup de fil, Violette a accouché d'un petit garçon. Blanche se rend, par le premier train, à son chevet et ressasse l'histoire du clan Balaguère sur près de cinquante ans.

Quel doux roman ! Il est à la fois généreux, simple tendre, attendrissant, fort et poignant. Toute l'histoire est centrée sur un magnifique portrait de famille, dont la particularité est d'être essentiellement conjuguée au féminin. Et quelle énergie ! Que de luttes ! Les filles Balaguère ont aimé, ont donné, ont perdu. Elles ont mené chacune leurs propres combats, ont trébuché et se sont relevées. Leur complicité n'était jamais à l'abri de coups de griffes, les colères souvent explosant dans leur appartement rue d'Aubuisson à Toulouse, également suivies de rires et de larmes. C'est une vie colorée, bruyante, passionnée et passionnante. Et j'ai pris un plaisir fou à partager la chaleur et l'exubérance de ce cocon familial. On s'y sent à son aise, on y trouve sa place et on écoute avec grand intérêt les vies de chacune se raconter avec pudeur et sans tricherie. Cela a beaucoup de charme, en plus d'être attachant.

>> Également disponible en livre audio, en exclusivité sur Audible, uniquement en téléchargement.

Ce que je peux te dire d'elles | Livre audio

©2013 Robert Laffont (P)2015 Audible FR

Lu par : Benedicte Charton - Durée : 7 h 30

 

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