22/06/17

Séduire Isabelle A., de Sophie Bassignac

seduire isabelle a« J'ai appris ici deux ou trois choses que je ne suis pas mécontent d'ajouter à ma culture générale. J'ai appris qu'il fallait parfumer les poules pour les protéger de la violence de leurs congénères. J'ai découvert qu'on pouvait faire de la poésie avec des culottes gainantes et aussi qu'on pouvait prendre le large d'un monde désespérant auquel on se croit tenu de suivre au jour le jour les moindres soubresauts. J'ai compris qu'on pouvait être heureux. Heureux malgré tout. Vous êtes des magiciens, vous êtes des enchanteurs tout de même. Je vous suis infiniment reconnaissant de m'avoir rendu les plaisirs et les frayeurs de mon enfance. »

Toutefois, avant d'arriver à ce vibrant hommage, Pierre Réveillon a cru sombrer dans un profond désespoir. En tombant fou amoureux d'Isabelle Axilette, il avait vaguement connaissance de sa famille désaxée mais ne mesurait pas le challenge à venir. C'est en se rendant chez les grands-parents Pettigrew, où toute la tribu est réunie pour fêter l'anniversaire de la grand-tante Suzanne, que Pierre va tomber à la renverse. Cette famille sort complètement des sentiers battus - elle est hors normes, ingérable, excentrique et décalée. Lui, le fiston de bonne famille, coutumier d'une éducation hyper structurée, pressent le drame, le mariage impossible, l'intrusion intempestive, l'étouffement et la mort à petits feux...

Le roman tire ainsi le portrait d'une famille déglinguée en apparence - le grand-père écrit des haïkus pour l'étudiante coréenne, tandis que son épouse scrute leurs roucoulades au clair de lune avec sa paire de jumelles, la mère d'Isabelle flirte dangereusement avec un taureau en fuite, sa sœur écrit un roman érotique, son beau-frère est taxidermiste, sa nièce prétend être l'incarnation mystique d'une sainte... Quand tout le monde se rend en bord de mer, c'est naturellement sur un camp naturiste. Leurs blagues, leurs réparties, leurs affinités, leurs délires... tout fait partie d'un microcosme, auquel Pierre n'appartient pas. Aussi, le choc des cultures est assommant. Lorsqu'il tente de s'ouvrir auprès d'Isabelle, celle-ci ne le comprend plus, se fâche et c'est la Bérézina.

La lecture est aussi insolite que légère, mutine et farfelue, drôle et délurée... Franchement, le mélange est délectable et a su combler quelques heures d'une après-midi ensoleillée. Un rendez-vous distrayant pour 226 pages d'une comédie familiale tournoyante. 

JC Lattès, 2016

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24/05/17

La revanche de Kevin, par Iegor Gran

La revanche de KevinFrançois-René Pradel traîne son spleen dans les rangées du Salon du Livre, lorsqu'il croise Alexandre Janus-Smith, un jeune élégant à la mèche rebelle, également lecteur pour une grande maison d'édition. Notre auteur de cinquante-cinq ans, ayant une dizaine de romans à son actif, lui confie alors son dernier manuscrit.
Le retour est dithyrambique, le comité de lecture est emballé, la direction empressée, mais exigeant quelques modifications à apporter, comme un nouveau titre et une préface pour bien notifier “sa sensibilité de gauche”. 
Bref. François-René Pradel est aux anges. Son épouse et sa fille applaudissent à tout rompre. Mais les mois passent et les nouvelles se tarissent. Soudain, c'est la douche froide, le jeune hurluberlu a disparu de la circulation.
Pradel vient de subir la plus belle humiliation de sa carrière.
Sous la fausse identité d'Alexandre Janus-Smith, se cache Kevin H., commercial à la Radio, chargé de vendre des espaces publicitaires. C'est là que le bât blesse. Être ou ne pas être un Kevin. C'est tout le drame de notre escroc, qui entend laver des années de brimades et de frustration par la faute de son prénom.
Un concept farfelu, mais sensé. Après tout, la démonstration de la supercherie est limpide, percutante et hilarante. La lecture n'en est que plus truculente ! À s'en pourlécher les babines, miam.
Pour qui aime la satire et les sarcasmes, foncez. ☺

Collection Folio (n° 6189)
Parution : Octobre 2016

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23/05/17

Un marin chilien, de Agnès Mathieu-Daudé

Un marin chilienLorsque Alberto débarque sur le sol islandais, pour étudier les grondements du volcan Krafla, au nord du pays, il est loin d'imaginer le vaste chantier qui l'attend. Car notre géologue venu du Chili se heurte malencontreusement à la frustration bête et méchante d'un autochtone au tempérament teigneux.
En effet, Alberto a commis l'erreur de prendre un café avec la blonde et délicieuse Thórunn, provoquant ainsi la colère de Thorvardur, un marin du cru, ancien amant de la belle et père de son fils Daniel. Moqué par les habitués du bar qu'il fréquente, harcelé par sa mère qui lui fait son linge toutes les semaines, il entend prouver qu'il est le seul maître à bord. Et se frotte à Alberto, qu'il imagine marin chilien, séducteur impénitent, brassant le vent du large et l'exotisme, de quoi donner des étoiles dans les yeux de Thórunn. 
Pures fabulations que ceci. Alberto est malgré lui la marionnette pathétique de ce vaudeville ubuesque. Mais l'histoire va plus loin, accentuant encore l'ironie de la situation, puisque notre scientifique se lance à corps perdu dans sa mission et s'éloigne de la folie vengeresse de Thorvardur. Il s'installe alors chez Björn, dans sa ferme pleine de moutons et de mômes en difficulté, mais ignore encore que celui-ci n'est autre que le frère jumeau de son rival !
Ce dernier, d'ailleurs, déboule chez le frangin, le sourire carnassier aux lèvres.

Que de péripéties au programme ! Ce petit bouquin a su me régaler par son humour, son rythme, son sens de la comédie. C'est absolument savoureux. Oubliez les paysages de carte postale, le folklore et la convivialité de cette terre de glace. Ici, l'ambiance est rude, hostile et laide. Pourtant, l'évasion est garantie. C'est dépaysant et vivifiant à souhait. Les aventures d'Alberto sont picaresques et saugrenues, mais nous régalent par leur goût pour la dérision. Une découverte aussi stupéfiante que jubilatoire ! 

Collection Folio (n° 6315)
Parution : Mai 2017

 

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Celle que vous croyez, de Camille Laurens

Celle que vous croyezRien ne prédestinait Claire Millecam, quarante-huit ans, divorcée et enseignante à l'université, à basculer dans la sphère virtuelle pour y entretenir une relation factice. Au départ, elle voulait se venger de son ex et a choisi de créer un profil bidon pour l'espionner sur Facebook. Empruntant la photo de sa nièce, elle devient la jeune et ravissante Claire Anuntès, vingt-quatre ans, timide, fragile et vulnérable. Sa cible a pour nom KissChris - un photographe amateur qui connaît son ex comme sa poche.
Enjôleuse, Claire entre en contact avec lui et entreprend une séduction subtile et efficace. Les mois passent, le jeune homme est fou d'elle et désire la rencontrer pour de vrai. À ses nombreuses supplications, elle oppose un refus net et farouche, sous prétexte d'une vie trop compliquée. En vérité, Claire se sent prise à son propre piège et préfère retirer ses billes pour retrouver un semblant de dignité. 
Trop tard. En croisant son ex dans la rue, celui-ci lui apprend une terrible nouvelle qui plonge notre héroïne dans une sévère dépression. 

Toutefois, tout n'a pas été dit. Et l'histoire continue de proposer de nouvelles boucles qui donnent le tournis au lecteur. D'autres acteurs vont intervenir, prendre la parole et donner une version qui change du tout au tout notre perception de l'intrigue ! Rien que pour ça, la surprise est totale.
Le roman enchaîne alors les tours de passe-passe avec une habileté confondante de rouerie.
Plus qu'un éternel jeu de dupes, où les manipulateurs sont rois, c'est aussi un roman sur la détresse des femmes bafouées à cause de leur âge, malgré un sex-appeal évident. Un roman sur la superficialité des réseaux sociaux et des relations derrière les écrans. Un roman sur les ficelles de l'écriture et le pouvoir de l'imagination. 
Franchement bluffant. Un vrai tour de force, qui renvoie le lecteur et ses idées reçues dans ses filets. Admirable.

Collection Folio (n° 6314)
Parution : Mai 2017

 

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Célibataire longue durée, de Véronique Poulain

Célibataire longue duréeÀ bientôt cinquante ans, Vanessa Poulemploi affiche fièrement son célibat et ses désirs ! Cherchant toujours à plaire et à séduire, elle multiplie les rencontres et les conquêtes, même si celles-ci s'avèrent dérisoires au fil du temps. Qu'importe, elles forment ainsi le menu de ce petit roman jouissif et exaltant à picorer.
Vanessa Poulemploi est donc un cœur à prendre. Au lieu de se morfondre dans son coin, elle teste, elle goûte, elle ruse et parfois abuse des combines modernes. Vanessa se donne les moyens de sortir de son célibat et est totalement convaincante. Car elle a de l'énergie à vendre, de l'optimisme à toute épreuve, des copines hyper fidèles et des enfants grincheux qu'il faut sans cesse sustenter, la barbe.
Elle se prête aussi à l'exercice des listes (trouver du boulot, se mettre au sport, donner un sens à sa vie, publier son roman). Avec une détermination à appliquer les consignes à la lettre... et une promptitude à rogner sur les prescriptions ronflantes. Vanessa, reine de la procrastination ? Ou à quoi bon s'embarrasser de détails inutiles quand on a pour leitmotiv - pas de temps à attendre ? Allez hop, il faut que ça bouge.
La tournure générale exhale donc un parfum d'insouciance et d'impertinence et renvoie l'image d'une philosophie positive, d'une vie légère et détachée. On n'hésite pas à effacer les couacs et les déboires, croire en l'impossible, trouver l'homme idéal et convoler en justes noces ! On peut être amazone et fleur bleue en même temps, après tout.
Voilà qui requinque un moral en berne - des chapitres courts, à l'humour incisif, avec une héroïne pétulante, qui ne se prend pas au sérieux. C'est même galvanisant de la suivre dans sa course au bonheur, animée de son appétit insatiable.
En somme, c'est une lecture pleine de pep's, qui fait passer un bon moment. Tout simplement. 

Stock, 2016

SORTIE POCHE chez LdP en MAI 2017

Célibataire longue durée

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12/05/17

La part des nuages, de Thomas Vinau

LA PART DES NUAGESUn homme vit dans sa bulle, seul avec son fils. Lorsque celui-ci part chez sa mère, pour la garde alternée, la prise de conscience du vide et de la solitude est aussi brutale que désarçonnante.

Joseph, 37 ans, boit à même le goulot une bouteille de rosé et se vautre dans la petite piscine de son garçon. Seul, paumé, ravagé. Face aux étoiles dans le ciel, face au silence de la nuit, face à l'absence, face à la vacuité de son existence. Il se réfugie dans la cabane nichée dans les arbres, retourne à des instincts primitifs, ne se lave plus, nourrit son corps de cochonneries et d'alcool, vagabonde dans les rues de la ville avec Odile la tortue dans son sac à dos, discute avec un désœuvré qui lui raconte son parcours d'ancien charpentier, fait une sieste dans le parc municipal, console sa petite voisine en pleurs et proclame la rébellion par la flûte traversière... Et déjà, sonne l'heure des retrouvailles avec le fiston, en pleine forme, débordant de projets et d'idées. Joseph est lui aussi de nouveau ancré dans la vie et passe un grand coup de balai sur le sol encrassé de sa maison.

Clap de fin sur son évasion champêtre, une parenthèse poétique et extraordinaire, une robinsonnade au cœur de la routine, comme une envie de souffler, de penser, d'échapper au temps et aux autres. Une dérive riche de petits riens, nombreux et subtils. Des allégories poétiques écrites toutes en retenue. Cette part belle à la singularité, la lenteur et la contemplation est émouvante, même si elle ne suscite pas la même admiration que celle ressentie dans Ici ça va, un texte lumineux et éblouissant qui m'avait fait découvrir la jolie plume de Thomas Vinau. La part des nuages est un texte doux, qui se déguste à la petite cuillère, qui exalte les sens et qui invite à la tangente. Précieux. 

10x18 / 2017

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09/05/17

En attendant Bojangles, d'Olivier Bourdeaut

EN POCHE ! UN ROMAN FORMIDABLE SUR L'AMOUR FOU ET LA FOLIE D'AIMER... ♥

En attendant BojanglesDevant leur petit garçon, ils dansent sur Mr. Bojangles de Nina Simone. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir et la fantaisie. Celle qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible. Elle les entraîne dans un tourbillon de poésie pour que la fête continue, coûte que coûte. 

C'est donc l'histoire d'une rencontre entre un homme à l'imagination débordante et une femme fantasque. Ensemble, ils vont allier leur grain de folie dans le mariage, fonder une famille et vivre de soirées pétillantes, à boire, danser, discuter avec la crème intellectuelle. Si l'homme et la femme forment un couple magique et intouchable, leur fils, lui, souvent les observe avec émerveillement et tendresse. À sa façon, il revendique sa part d'élucubrations loufoques et se heurte à sa maîtresse qui le réprimande. Qu'importe, sa mère le couvre et préfère l'enlever du carcan de cette société rigoriste pour l'emmener dans ses délires, ses rêves et ses voyages. La réalité, hélas, rattrapera notre trio audacieux et s'invitera à la fête de manière brusque, intolérable et poignante. Clap de fin sur la valse étourdissante, retour au concret avec toujours la petite musique en toile de fond. Qui a dit que l'aventure était terminée ? Car Bojangles est éternel, et cette histoire nous le prouve. C'est triste et drôle, tragique et étincelant, dans un style inventif et poétique, qui saura vous éblouir, vous toucher et vous emporter au-delà de toute raison. Une lecture fantaisiste, mais si vraie, si sensible et sensuelle... ♥

Un incroyable petit bijou de littérature qui donne du baume au cœur et des larmes aux yeux. Une histoire d'amour fou, un enfant en totale admiration, un mari dévoué et une femme complètement toquée, mais qui n'en conserve pas moins toute sa superbe ! 

Collection Folio (n° 6308) / 2017

 

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10/04/17

Le mystère Henri Pick, de David Foenkinos & lu par Pierre Hancisse

le mystere henri pick

Passionné de littérature, Jean-Pierre Gourvec s'inspire d'une idée de Richard Brautigan et décide d'ouvrir une bibliothèque des livres refusés dans sa petite commune du Finistère. En vacances chez ses parents, non loin de Crozon, Delphine Despero, une jeune éditrice parisienne, découvre parmi ce fatras une véritable pépite. Une histoire d'amour perdu, vraisemblablement écrite par le pizzaiolo du coin. Delphine parvient aussitôt à convaincre sa veuve de publier le manuscrit, lequel va rencontrer un succès commercial inouï. L'existence de Madeleine Pick et de sa fille Joséphine en est complètement chamboulée. Seulement, cette aubaine n'est pas sans attirer la convoitise des uns et des autres, à commencer par Jean-Michel Rouche, un journaliste en quête d'influence, lequel est convaincu d'une supercherie éditoriale et cherche à tout prix à divulguer le mystère Henri Pick. Il se rend alors en Bretagne pour mener son enquête et rencontre les acteurs de cet incroyable vaudeville. On réalise finalement combien les répercussions de cette “découverte” ont eu un impact autant positif que négatif sur leur vie. David Foenkinos prend visiblement son pied à raconter cette comédie burlesque, qui dénonce à la fois la superficialité du milieu littéraire et les nombreuses ramifications pour extirper une œuvre quelconque vers le firmament, d'où les enjeux, les gros sous, les ambitions, les campagnes de presse, les émissions TV, les sourires factices, les jalousies et autres petitesses d'un secteur très éloigné du glamour promis. J'ai vite pris le pli et suivi avec grand intérêt la mise en scène de cette intrigue rondement menée. On regarde chaque personnage aller et venir, placer ses billes, on fait mine de tout gober, on soupire, on peste, on espère, on avale les indices et on recoupe les informations en souriant sardoniquement. Oui, oui. J'ai sincèrement pris goût à cette enquête littéraire, formulée avec verve, tendresse et insolence. Pierre Hancisse y mène également sa barque avec ce qu'il faut de légèreté, d'humour et de délicatesse. Un vrai régal. J'ai été la première surprise à savourer autant ce roman, dont on devine pourtant les ressorts d'une potentielle adaptation cinématographique (ou télévisuelle). Cela n'altère nullement le sentiment d'avoir passé un moment de lecture très plaisant, frais, printanier et distrayant. 

Lu par Pierre Hancisse, pour Gallimard / Collection Écoutez lire,

durée d'écoute : environ 6 h 30

Parution : Novembre 2016

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28/03/17

Chanson douce, de Leïla Slimani & Lu par Clotilde Courau

Chanson douceLorsque Louise est engagée comme nounou pour soulager Myriam, mère de deux jeunes enfants, qui décide de relancer sa carrière d'avocate, ne supportant plus d'être confinée chez elle, engoncée dans son rôle de maman, c'est pour toute la famille une véritable aubaine. Louise est menue, fragile, discrète, efficace. Une véritable aubaine, vraiment. Leurs amis sont d'ailleurs admiratifs et leur envient cette perle rare, babillant sur leurs propres déconvenues ou autres tristes expériences en matière de “personnel” peu qualifié. Bref. Louise s'installe donc dans leur quotidien telle une petite fourmi ouvrière, rapide, utile, rassurante. Les enfants redécouvrent la présence affective d'une figure féminine, à défaut d'avoir leur mère, qui fuit, toujours, le foyer. Celle-ci ne s'y épanouit plus et panique rien qu'à l'idée de perdre leur nounou. En effet, son mari évoque une sensation de malaise en sa compagnie. Il n'a pas les mots pour l'exprimer, mais il incite sa femme à chercher d'autres alternatives. En attendant, le couple continue de s'appuyer sur Louise, femme secrète, silencieuse et troublante. Femme dangereuse. On le sait, le roman s'ouvre sur une scène dramatique, les deux enfants sont morts. Qui, comment, pourquoi. Le roman décrypte tous les signes, tous les signaux, et s'applique à recadrer un tableau sinistre et dérangeant d'une dépendance mutuelle et d'une psychose latente. Le ton est sec et glaçant, mais délivre un suspense envoûtant en nous confiant cette triste radiographie de notre société (ambition, apparence, pouvoir, soumission, autonomie, folie...). Aucun acteur du drame n'est épargné, seules les victimes nous touchent par leur innocence et l'injustice de leur tragédie, pour le reste la condamnation tombe, implacable et insoutenable. C'est avec la même intransigeance, le même sang-froid, que Clotilde Courau nous plonge dans l'histoire terrifiante de Louise. Son interprétation est remarquable, à la fois puissante, tranchante et sévère. Une mise en scène pertinente au service d'un roman fort, poignant, profondément marquant. 

Gallimard, coll. Ecoutez Lire, 2017 - Lu par Clotilde Courau (Durée d'écoute : env. 5 h 45)

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30/01/17

Le Dernier Des Nôtres, d'Adélaïde De Clermont-Tonnerre

Cette lecture rassemblait plusieurs atouts qui avaient tout lieu de me plaire : grande fresque familiale sur fond historique, des drames, des trahisons, des secrets, des mensonges, des pertes et des retrouvailles, avec en sus le Grand Prix de l'Académie française. 

Le dernier des notresManhattan, 1969. Werner Zilch est un beau jeune homme, cavaleur et intrépide. Il croise dans la rue une jeune femme superbe, qu'il décide de suivre et séduire, mais la belle est farouche et insaisissable. Elle fuit le bellâtre et se joue de ses sentiments, ce qui augure un cache-cache amoureux interminable et mouvementé.
Dresde, 1945. Parmi les décombres et les bombardements, une mère agonisante met au monde son bébé, recueilli in extremis par des soldats en déroute. Après bien des déboires, cet enfant sera confié à une famille américaine, qui ignore tout de son passé, à part la supplique, écrite sur un bout de papier, implorant de conserver le nom de l'enfant, “le dernier des nôtres”. 
Werner grandit heureux, comblé d'amour et de tendresse, mais avec cette frustration de ne rien connaître de ses origines et la peur de l'abandon, d'où ses conquêtes multiples, son besoin de plaire, son tempérament impulsif et colérique. Sa liaison avec Rebecca, difficile et tourmentée, va cependant l'amener à percer le mystère de sa naissance et de sa famille. 

Eh bien, quelle déconvenue au bout du compte ! J'ai trouvé ce roman extrêmement banal, sans surprise et absurde. L'histoire de Werner s'inscrit d'après une haine farouche entre deux frères, l'un brillant ingénieur auprès de von Braun, l'autre officier sadique dans un camp de concentration. Lequel est son véritable géniteur ? Comment et pourquoi l'enfant a parcouru les océans et atterri dans un orphelinat ?
C'est en rencontrant la mère de Rebecca que Werner prend en pleine face l'horreur de ses racines. Imaginez, la fille d'une juive martyrisée avec le fils d'un allemand... Tout amour est impossible, le couple se déchire et chacun lutte contre ses fantômes. (“Je t'ai trompée parce que tu m'as quitté. - Je t'ai quitté car tu m'as trompée.”) Le couple tourne autour du pot. C'est lassant. Alors, pour sauver leur idylle du naufrage, ils s'investissent dans la traque des nazis et alimentent le suspense par des rebondissements à n'en plus finir.
C'est peu de dire que j'ai été déçue par cette lecture (qui revêt les mêmes apprêts qu'un roman de Douglas Kennedy, selon moi). C'est beaucoup trop sentimental, absolument pas crédible, avec des personnages creux et agaçants. Le fil conducteur est grossier, on voit tout venir à des kilomètres. Certes, il y a du rythme et des destins racontés en parallèle, ça se lit vite et bien, on mord facilement à l'hameçon, mais ça inspire également de l'impatience et de l'exaspération. Et puis, à force de cultiver l'histoire d'amour interdite, le ton devient mielleux et pousse les amants dans des situations abracadabrantes et grotesques. Au secours. On se retrouve avec une macédoine d'intrigue sentimentale et de faux suspense dans un théâtre de guerre et de mort. Le résultat est loin d'être à mon goût !
J'ai traîné pour arriver au bout du livre, car je voulais malgré tout connaître son issue, mais toute réconciliation était inenvisageable. Du mélo, de la facilité, encore et toujours... j'étais hélas rompue. Seule note appréciable : la lecture faite par Rémi Bichet pour Audiolib. Un ton juste, une émotion palpable, une attitude désinvolte. Son identification au personnage de Werner aurait pu être détestable, car ce type est détestable, mais Rémi Bichet glisse une bonne distance et sauve son rôle en toute subtilité. Cela ne repêchera pas mon appréciation pour le roman, dont je ne regrette pas la découverte, mais j'en prends acte. 

Texte lu par Rémi Bichet pour Audiolib (durée : 11h 44) - Janvier 2017

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