24/09/08

Le miroir des ombres - Brigitte Aubert

Nous sommes en 1891, Louis Denfert est reporter au Petit Eclaireur. Envoyé par son chef à Dijon, il doit enquêter sur l'affaire criminelle qui fait scandale : le corps d'une gouvernante anglaise, Mathilda Courray, 32 ans, vient d'être découvert, découpé en petits morceaux, dans le train de nuit Paris-Marseille. A peine arrivé sur les lieux, Louis est victime d'une agression et doit la vie sauve à un certain Emile Germain, ancien baroudeur revenu d'Asie. Dans la bataille, notre journaliste a perdu son carnet de notes. Plutôt étrange ! Un calepin contre un portefeuille ? Denfert n'a pas fini d'en voir de toutes les couleurs, il s'embarque pour Leeds pour mieux cerner la personnalité de la femme décédée, et dans le même temps il apprend la disparition d'un inventeur franco-anglais survenu un an auparavant, dans le même train. Ce type aurait eu des accointances avec Mathilda Courray, en plus d'avoir appartenu à une loge maçonnique.

D'autres révélations inattendues vont poindre au cours de ces 370 pages rythmnées, rafraîchissantes et exécutées avec virtuosité. L'enquête est entraînante, digne d'un roman-feuilleton (très à la mode, au 19ème siècle !). L'impression d'une fidèle reproduction est flagrante, tant dans le décor que dans les personnages. Et déceler le vrai du faux devient un véritable challenge, Jack the Ripper ou Mr Hyde, et puis cet homme qui rôde dans l'ombre, dont le sourire animal fiche la frousse... Beaucoup de verve dans la plume, cette nouvelle série dépeint un siècle élégant et inquiétant, fait intervenir la scène littéraire et artistique de l'époque (Schwob, Rostand, Conan Doyle, Degas) et introduit même le cinéma ! C'est enlevé, vif, éclatant. Une liqueur tonifiante, un peu lourde aussi, tant l'auteur a vrai de vrai bûché son sujet (trop de cumul des détails, par exemple, cela casse le rythme et donne le sentiment d'un catalogue !).

Page de présentation de l'éditeur, avec 1er chapitre à télécharger

10-18, septembre 2008 - coll. Grands Détectives - 370 pages / 8,60€

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09/08/08

7 jours à River Falls - Alexis Aubenque

UNE SEMAINE À COUPER LE SOUFFLE !

Sarah Kent, issue d’une famille modeste, est une étudiante modèle et mène une vie paisible parmi l’élite de l’université de River Falls, une petite ville située dans les Rocheuses.
Pourtant tout va changer un matin de printemps. Amy Paich et Lucy Barton, les deux meilleures amies de Sarah au lycée, sont retrouvées atrocement mutilées sur les bords du lac de la forêt toute proche. Deux jours avant, Sarah avait reçu une lettre étrange de ses amies dont elle n'avait plus de nouvelles.
Le monde de Sarah bascule dans l’horreur. Sera-t-elle la prochaine victime du tueur ? Elle semble cacher un lourd secret. Comme si un lien obscur unissait les jeunes filles... Autant de mystères que devra résoudre Mike Logan avec l’aide de Jessica Hurley, son ex-petite amie et profileuse réputée. Ils croient très vite être sur la bonne piste. Mais leur adversaire les manipule avec une redoutable perversité.

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Ce thriller à la sauce américaine est en fait écrit par un libraire français. L'action se passe dans une petite ville près de Seattle, mettant en scène un shérif, une profileuse et des étudiants de bonne famille, tous très beaux, intelligents et branchés. Personnellement j'ai trouvé que ça faisait beaucoup de clichés, et j'ai un peu boudé ce "trait de génie". Dommage. .

Ah mais, vous attendez une lecture efficace, qui prend aux tripes, chargée en scènes bluffantes et en crimes tous plus horribles les uns que les autres ? Optez pour ce thriller, il saura vous contenter.

A River Falls, les corps de deux étudiantes ont été retrouvés, portant des traces de sévices et autres tortures. Le shérif Logan est assisté d'une profileuse du FBI, Jessica Hurley, qui est aussi son ancienne petite amie. Décidément, rien n'opère avec moi, car j'ai trouvé la relation relativement superficielle, Logan n'est pas un personnage attirant. Par le passé, il a été impliqué dans une affaire qui a eu un fort impact sur sa carrière et sa liaison avec Jessica. Après quelques perches tendues, les détails ne suivront guère ou seront vite expédiés (la fin trop happy-end, par exemple).

En règle générale, les rapports humains, et particulièrement les liens sentimentaux, sont assez factices (à mon goût) : la communauté étudiante est incroyablement niaise et empruntée ; la journaliste est caricaturale ; Sarah Kent, l'étudiante autour de laquelle tous les indices gigotent, est tour à tour une amoureuse abusée et une tigresse prête à sortir les griffes. Franchement le roman n'est pas une réussite sur ce plan.

Pour le reste, cela équivaut à regarder un feuilleton sans prétention, pour se vider le cerveau. (Je trouve d'ailleurs que l'histoire pourrait très bien coller à une adaptation sur écran.) Mais tous les ingrédients réunis rappellent des recettes déjà testées et goûtées, donc pas de grande surprise au tournant. A lire, pour les amateurs de sensations : la scène finale se présente tel un dernier soubresaut pour happer le lecteur.

Calmann-Levy, juin 2008 - 372 pages - 16,90€

D'autres avis : Parutions.com (gratiné) / Ingrid Barnay (enthousiaste)

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08/08/08

Un sur deux - Steve Mosby

Le roman commence par un assassinat, qu'on devine sauvage (même si les détails nous sont épargnés). La victime s'appelle Kevin Simpson. La police n'a encore aucune piste, mais désire retrouver la jeune femme - une prénommée Jodie - qui aurait passé la journée avec lui.
Quelques chapitres plus loin, on retrouve cette personne attaquée par un maniaque et kidnappée dans un van avec son compagnon, Scott.
Le couple est conduit en pleine forêt, où une longue nuit les attend.
Le lever du jour est le point d'orgue pour les enquêteurs, particulièrement à cran, car ils semblent trouver des points de similitude avec une affaire houleuse, survenue il y a deux ans.
John Mercer, le chef de l'équipe, a particulièrement été éprouvé par ce dossier. Se sentant responsable de la mort d'un équipier, il est tombé en grave dépression et n'a repris le boulot qu'à tâtons. Son épouse, Eileen, psychothérapeute, a toujours été présente à ses côtés et continue de le soutenir coûte que coûte.
Arrive dans les bureaux un nouvel inspecteur, Mark Nelson, tout de suite mis dans le bain par ce qui s'annonce comme un compte à rebours éreintant, flippant et retors.

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Ce thriller, habile et affreusement redoutable, est une petite réussite. Il a su me tenir en haleine, j'ai feuilleté les 400 pages d'une traite, pas ressenti le moindre soupçon d'ennui, n'ai rien vu venir de l'enquête et du coupable.
Ce qui s'annonce comme un avatar des films d'horreur (Le silence des agneaux, Seven, Saw) se révèle finalement moins pénible - détails moins scabreux et ambiance définitivement moins glauque.
Le principe de faire alterner les chapitres suivant le point de vue des différents protagonistes permet aussi de donner une cadence plus soutenue et de réveiller sans cesse l'intérêt.
Personnellement je n'ai rien à reprocher à ce livre : il procure l'adrénaline promise, il est bien ficelé et l'histoire tient la route. Que demander de plus ?
Verdict final : parfaitement acceptable
.

Sonatine éditions, 2008 pour la traduction française - 414 pages - 21€

traduit de l'anglais par Etienne Menanteau - titre vo : The 50/50 Killer

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05/08/08

Sépulcre - Kate Mosse

Résumé du livre
Octobre 1891 : la jeune Léonie Vernier et son frère quittent Paris pour le Domaine de la Cade, à quelques kilomètres de Carcassonne. Dans les bois qui entourent la maison isolée, Léonie tombe sur les vestiges d'un sépulcre wisigoth. Un mystère sans âge s'ouvre à elle, dont les traces sont écrites dans le sang. Tandis qu'elle pénètre peu à peu dans les strates du passé, elle découvre l'existence d'un jeu de tarot unique, dont on dit qu'il détient le pouvoir de vie et de mort.

Octobre 2007 : Meredith Martin arpente la région de Carcassonne sur les traces de Debussy, afin d'écrire sa biographie. Mais elle cherche aussi la clef de ses propres origines. Armée d'une partition à la mélodie entêtante et d'une photo jaunie, elle est plongée malgré elle dans un mystère remontant à plus d'un siècle, où le destin d'une jeune fille disparue par une nuit funeste se mêle à une tragique histoire d'amour, poursuivie par la folie vengeresse.

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Construit sur un chassé-croisé temporel, ce roman permet ainsi d'alterner deux ambiances, deux portraits de femmes et d'inscrire grâce à des chapitres courts et entraînants une plongée au coeur des diableries, tarots et autres superstitions (comment ne pas mordre à l'hameçon ?!). Ce n'est pas un secret de polichinelle de prétendre que Léonie Vernier et Meredith Martin suivent toutes deux les mêmes traces... mais dans quel but ? Je vous laisse la surprise !

J'ai particulièrement été happée par l'ambiance très 19ème siècle de Léonie et sa famille : entre Paris et le Sud-Ouest de la France, l'ambiance est délicieusement surannée mais inquiétante. Ombres menaçantes, croyances persistantes, sciences occultes et drames passionnels... je cautionne ! Je reconnais, cependant, que le roman est empesé de quelques longueurs, concernant les explications sur le tarot, certes nécessaires à l'intrigue, mais qui coupent un peu le rythme par la même occasion. Ceci n'est qu'un détail, car ce pavé historique et ésotérique se lit d'une traite.

Edition JC Lattès, (juin) 2008 pour la traduction française - 630 pages - 22,50€

traduit de l'anglais par Valérie Rosier et Denyse Beaulieu

A été également lu par Cuné

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02/08/08

Crime au Moulin vert - Kerry Greenwood

La nouvelle enquête de Phryne Fisher commence dans un dancing, au Moulin vert, où un assassinat vient d'être commis lors d'un marathon de danse. C'est son cavalier, Charles Freeman, qui est le principal suspect de l'affaire. Mais la mère de celui-ci, "rien qu'évanouissements et sels en apparence, mais de l'acide prussique pur au-dessous", supplie Phryne de prouver le contraire. Or, il faut d'abord mettre la main sur le fuyard ; le soir du crime, sitôt aperçu le cadavre, Charles s'est porté pâle et a prétexté se rafraîchir aux toilettes avant de prendre la poudre d'escampette.
Dans ce nouveau volume, Phryne va s'étourdir de jazz (dans les bras d'un joueur de banjo) et s'envoler à bord de son intrépide Gipsy Moth pour le bush australien. Folle ambiance d'un côté, milieu âpre et plus aventurier pour la suite... C'est la cinquième enquête de Phryne Fisher, exubérante et fantasque, amoureuse inaccomplie mais croqueuse d'hommes. C'est vrai que cette série mérite son intérêt par sa peinture exceptionnelle - ambiance des années folles à Melbourne - et par son héroïne attachante et pleine de punch. L'intrigue policière est charmante, l'impression de lecture légère, féminine et tourbillonnante.
Je suis définitivement accro !

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Editions 10/18, juillet 2008 (pour la traduction française) - 280 pages

traduit de l'anglais par Pascale Haas

Les autres titres de la série

  1. Cocaïne et tralala

  2. Trafic de haut vol

  3. Un train pour Ballarat

  4. Phryne et les anarchistes


18/07/08

Tokyo - Mo Hayder

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Qui est Grey ? Derrière la façade de l'étudiante anglaise, qui a tout plaqué pour venir à Tokyo et rencontrer un homme censé la renseigner sur un sujet qu'elle bûche depuis neuf ans, sept mois et une dizaine de jours, qui est-elle ? De prime abord, Grey est une jeune femme mystérieuse, mal fagotée, les cheveux plaqués derrière les oreilles, obnubilée par la guerre en Chine et le massacre de Nankin par l'armée japonaise. Sans argent ni bagages, Grey accepte d'être hébergée chez Jason, dans une vieille bicoque délabrée, et trouve un emploi d'hôtesse dans un club privé, le Some like it hot.

Ce ne sont pas ses charmes qu'elle offre, mais sa compagnie, sa prévenance à servir des verres, allumer des cigarettes et faire la conversation pour égayer des messieurs venus se distraire. Cela fait passer le temps, car elle espère toujours que son professeur Shi Chongming change d'avis et accepte de la revoir pour négocier ce qu'elle attend de lui. C'est alors que celui-ci fait volte-face et propose de monnayer le précieux film qu'elle brûle d'avoir contre un autre objet de sa convoitise. Objet non identifié, bien sûr. Chongming sait d'avance que Grey parviendra à mettre la main dessus, mais où ? Dans l'antre de l'enfer. Elle doit se faufiler chez un redoutable yakuza, client du Some Like It Hot, un dénommé Junzo Fuyuki, bloqué dans son fauteuil roulant et toujours affublé de sa Nurse, une personne étrange au physique tout aussi impressionnant.

Entre-temps, se mêle le récit d'un journal intime rapportant le sinistre désastre de l'automne 1937 à Nankin. C'est dans ce sombre décorum qu'on s'enfonce en retenant tantôt un hoquet de dégoût ou en haussant les sourcils de stupéfaction. Le livre peut mériter toutes les appelations, il n'en demeure pas moins bluffant. Accroché aux basques de la jeune héroïne, on découvre les travers d'un Tokyo malsain, où fleurissent la transgression, la perversité et la sensualité. Et croyez-le ou non, mais impossible de décrocher !

Cette histoire est fascinante, derrière son goût de l'interdit et de l'horreur. Je ne vous cache pas qu'au début j'ai eu un peu de mal, j'étais dégoûtée, non pas par l'atmosphère poisseuse, mais plutôt par la personnalité complexe de Grey. Son jeu d'effarouchée est inquiétant, limite agaçant. (On comprend mieux après de longs, longs chapitres, mais en attendant il faut serrer les dents.) J'ai craint aussi le pire avec l'introduction de la pègre nippone, du club privé (la propriétaire a remporté toute ma sympathie, derrière sa pâle imitation de Marilyn), des locataires russes dans la grande maison abandonnée, et "du pas de deux sophistiqué" avec Jason (personnage encore plus tordu que Grey !). Or, finalement, tout se place plutôt bien, comme des morceaux de puzzle.

J'ai été séduite par Tokyo, mais j'admets que c'est un roman qui peut déconcerter. Sa violence sournoise gronde longtemps avant de nous exploser dans les dernières pages, et les révélations de cette intrigue nouée sont assommantes. C'est tout à fait le genre de lecture qui ne nous épargne pas... (à lire, donc !)       

 

Tokyo

Presses de la Cité, 2005 - traduit par Hubert Tézenas

Pocket, 2007 - 475 pages.

Je me rappelle combien Tatiana avait été scotchée par ce livre...

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13/07/08

Old-fashioned, but delicious !

 

 

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Dans le quartier des Batignolles, le corps d'un petit vieux est retrouvé dans un bain de sang... La victime a juste eu le temps de griffonner les premières lettres du nom de l'assassin : il s'agit de son neveu, Monistrol. Ce dernier avoue aussitôt les faits, le juge et la police se frottent les mains de conclure une affaire aussi vite. Mais Méchinet, agent de sûreté, n'est pas du même avis. Il est secondé par Godeuil, un jeune officier de santé. La rencontre entre ces deux personnages n'est pas sans rappeler la paire sympathique de Sherlock Holmes et Docteur Watson, ou Hercule Poirot et le commissaire Japp.

Bref, Méchinet devine d'instinct que l'enquête ne fait que commencer. Il va rencontrer la blonde et délicieuse Mme Monistrol, trop belle pour être honnête, trop cupide, trop ambitieuse et trop rayonnante auprès d'un époux au physique peu attrayant. La dame a un alibi, le mari plaide coupable. Mais alors ? Les petites cellules grises de nos deux compères s'activent. Cette intrigue est rondement bien ficelée, classique et décrit un Paris du 19ème siècle guindé, suranné mais charmant.

Emile Gaboriau est un pionnier du roman policier français, auteur d'une oeuvre qu'on compare facilement à celle de l'anglais Wilkie Collins par exemple. Le petit vieux des Batignolles inaugure un cycle de nouvelles (l'histoire ne fait que 86 pages). Le texte est suivi de deux nouvelles qui composent Mariages d'amour : Monsieur JD de Saint Roch, ambassadeur matrimonial et Promesses de mariage.

Ces deux récits dénoncent la spéculation des sentiments humains et des mariages arrangés. Monsieur JD de Saint Roch est un brocanteur du mariage, comme il se décrit. Il embobine le fils d'un avoué, qui a déjà créé le scandale de démissionner de son poste d'ingénieur des Ponts et Chaussées, puis a su construire une honnête fortune à force de spéculations. L'entremise de petites lettres qui dénoncent, conspuent et colportent des vérités à demi cachées ou avouées va semer la zizanie dans le coeur des jeunes gens épris. Promesses de mariage permet à l'auteur de s'attaquer aux mariages arrangés qui sont encore monnaie courante sous le Second Empire. Gaboriau se livre ici à un anti-marivaudage féroce et réjouissant.

(Personnellement j'ai plutôt apprécié la première histoire, car on y perçoit bien le policier qui va ouvrir la voie à d'autres personnages ou influencer des futurs auteurs. Cf. Simenon et Maigret, encore un exemple.)

S'il n'est pas l'inventeur du genre, Emile Gaboriau a su incontestablement donner au genre policier ses premières lettres de noblesse. Et même créer un archétype de personnage débonnaire qui poursuit l'enquête sans trop avoir l'air de s'y intéresser, qui sait toujours où il va mais laisse tout le monde perplexe. La liste des personnages qui doivent à Gaboriau leur caractère propre est vaste, ici naît sans aucun doute aussi bien Holmes, nous l'avons dit, que Colombo, dont le faux-air ahuri est le meilleur piège à vérité. Et tout est ici, dans une langue savoureuse et simple, qui met le quotidien dans un roman et parvient à en faire toute une histoire.  Source : Boojum-mag.

Le petit vieux des Batignolles, et autres nouvelles - Emile Gaboriau

Editions du Masque, coll. Labyrinthes - 2008. 345 pages. 8€

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Lady Angatell et son époux reçoivent pour le week-end quelques amis dans leur splendide domaine du Vallon. Des amis, certes, mais toute cette petite communauté réussira-t-elle à cohabiter ? Voilà que Lucy Angatell commence à en douter. Et les domestiques eux-mêmes sont sens dessus dessous, rien n'est prêt pour le déjeuner alors qu'un invité de marque est sur le point d'arriver au château : le célèbre Hercule Poirot en personne. Son métier est de démasquer les assassins, mais il vient cette fois pour se reposer, du moins le croyait-il : le médecin, John Christow, est retrouvé tué par balles au bord de la piscine. Les soupçons se posent sur Gerda, l'épouse qu'on a retrouvée près du corps, le revolver dans une main. Or, les preuves font défaut.

Naturellement cette dernière avait toutes les raisons d'être jalouse (Christow collectionnait les conquêtes féminines), et la dévotion de l'une d'elles, qui dans l'ombre oeuvre pour masquer les indices, va compliquer l'enquête criminelle menée par notre cher Poirot. 

Ambiance serrée par ce huit-clos efficace où, très vite, on soupçonne tout le monde, Le Vallon échappe au genre du whodunit dont les règles sont ici un peu chamboulées. Agatha Christie s'attache à décrypter les personnages, les psychologies et distille une atmosphère mêlant l'intrigue amoureuse à la résolution de l'énigme policière. Ce titre de la très productive reine du crime est quelque peu méconnu, mais gagne à être découvert sans tarder !

Le Vallon a été adapté au cinéma par Pascal Bonitzer sous le titre Le grand alibi. (au cinéma le 30 avril 2008)

Le Vallon, d'Agatha Christie

Librairie des Champs Elysées, 1995 pour cette traduction

(traduit de l'anglais par Alexis Champon). titre vo : the hollow

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Joan Scudamore, anglaise d'une soixantaine d'années, est coincée dans un relais en plein désert, à la frontière turque, pour rentrer dans son pays. Elle vient de rendre visite à sa fille Barbara qui vit avec son époux à Bagdad. Dans cet endroit coupé de son petit monde confortable, Joan rencontre une ancienne amie d'école, Blanche Haggard. Celle-ci a toutefois subi les foudres du temps, devenant plus vulgaire, âgée et mal vêtue (selon les critères de la très respectable Mrs Scudamore). Très vite, on devine une suffisance chez cette femme, malgré la sympathie qu'elle nous inspire. On ne peut s'empêcher de pincer les lèvres et les narines : c'est une épouse dévouée, une mère accomplie, une femme exemplaire. Un peu trop ?

Car derrière cette façade trop lisse, on cherche les failles et les fêlures. Et c'est en voulant la taquiner, en lui prédisant d'être bloquée dans son relais à cause des pluies qui s'annoncent et du terrain impraticable pour les trains, que Blanche va provoquer son temps de réflexion. Or, elle soulève un point délicat : "si l'on n'avait rien d'autre à faire que penser à soi-même pendant plusieurs jours de suite, je me demande ce que l'on découvrirait..."

Totalement désoeuvrée, Joan va donc devenir "détective lancée sur la piste de sa propre vie passée" et soudainement ce voyage l'entraîne à éclaircir des contrées mises - dans son subconscient - en abîme. Cette femme s'enorgueillissait d'avoir réussi sa vie, quitte à regarder de haut Blanche Haggard en la méprisant. Elle va s'apercevoir qu'elle a occulté ses propres erreurs.

Sous le pseudonyme de Mary Westmacott, on retrouve Agatha Christie, auteur de ce roman d'introspection qui est aussi le monologue enfièvré d'une femme blessée par la vie. Ecrit en trois jours et trois nuits dans une sorte de transe, selon les dires de la grande dame, Loin de vous ce printemps dévoile un talent caché d'Agatha Christie, celui de broder sur un sujet autrement bateau qu'un indécrottable whodunit (genre très appréciable, sans nul doute). A noter pour vous en persuader !

Loin de vous ce printemps - Mary Westmacott (Agatha Christie)

Robert Laffont, 1951 pour la traduction - Livre de poche, 1990

roman traduit de l'anglais par H. de Sarbois - titre vo : absent in the spring.

Avait été conseillé par Patricia (dans sa cuisine rouge)

11/07/08

(lectures de vacances - 2)

Quelques romans (faussement) policiers, ou dont les histoires s'approchent d'une intrigue flippante, captivante et/ou avec fil rouge...

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Scream Test : Cela commence par une série de disparitions, puis par l'étrange coincidence que ces jeunes gens, à peine âgés de vingt ans (au plus), ont tous été recalés lors d'un casting pour une émission de tv-réalité. L'affaire prend un tour dix fois plus inquiétant lorsque le lieutenant Clara Redfield découvre que ces sept disparus sont les protagonistes d'un show diffusé sur le net, intitulé The last one. Le principe est clair : deux nominations, jour après jour, un seul gagnant au bout. Mais ce que les participants ignorent, c'est qu'à minuit tapante, le sortant sera exécuté en direct, une balle entre les deux yeux.

C'est un cauchemar, c'est glauque et horrible à la fois. C'est une critique vive et entendue sur les programmes de tv-réalité. C'est aussi, et en quelque sorte, une parodie de polar gore, un "slasher" littéraire, en hommage à ce cinéma qui veut qu'un tueur sadique décime un groupe d'adolescents à intervalles réguliers tout au long du métrage (les références ne manquent pas, et l'auteur est un féru en la matière !). Les chapitres sont courts, maintenant une cadence soutenue et haletante. Résultat, on s'imprègne de l'atmosphère étouffante et écoeurante de cette histoire. On reconnaît que les personnages manquent de dimension, sont trop stéréotypés. Mais c'est dans la continuité du dessein orchestré par Grégoire Hervier : Scream Test est un roman bluffant, qui nous accroche par sa fascination de l'horreur. Du bon boulot. 

"Lui, Stanley, avait compris que le public, pour étancher sa soif de voyeurisme, ne pouvait plus se satisfaire du narcissisme, de l'oisiveté décadente et de l'exhibitionnisme ludique de candidats impudiques. Les émissions successives de télé-réalité engendraient des candidats formatés, fins connaisseurs des règles du jeu ou sachant parfaitement s'y adapter quand on les changeait, pleinement conscients du parcours à effectuer pour réussir leur médiatisation. Le résultat en était une perte inéluctable de vérité, de spontanéité, une dissolution de cette réalité même qui était le centre d'intérêt du jeu. Une réalité biaisée, artificielle, avariée, mais dont le public adorait se repaître, s'il parvenait à y croire encore un peu."

Scream Test - Grégoire Hervier

Editions Au Diable Vauvert, 2006 / Livre de Poche, 2008 - 285 pages.

Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. Chaque fois que quelqu'un l'allume chez moi, je vais dans la pièce à côté et je lis.

Groucho Marx
Cité dans Halliwell's Filmgoer's Companion

Pierre de Gondol détient la plus petite librairie de Paris, un bouclard d'une douzaine de mètres carré où se retrouvent des passionnés et autres allumés de tout bord. Parmi eux, un client lance un défi à notre amateur de Série Noire et Raymond Queneau : retrouver les cinq personnes oubliées dans la traduction du texte de Jim Thompson qui, en anglais, se nomme Pop 1280 et, en français, 1275 âmes. Voici une enquête littéraire comme je les aime : trier les livres, traquer les références, mettre bout à bout les notes, les indices et partir en voyage aux Etats-Unis pour percer ce mystère qui ne remuera pas la scène parisienne. Oui, mais j'ai été plutôt déçue. Ce livre n'a pas la figure d'un réel roman policier, au lieu de ça, on a entre les mains un guide érudit où Jean-Bernard Pouy fait l'étalage de sa culture et de ses connaissances (sur les romans noirs, la Série Noire, etc.). Le résultat est embarrassant, frustrant. Le lecteur lambda se sent dépassé et spectateur, pas du tout embarqué. Et puis la langue de Pouy est, certes, piquante et franchouillarde, mais elle ne me séduit pas complètement. A long terme, je trouve que le ton devient lourd. Peut-être n'ai-je pas commencé par le meilleur titre de cet auteur, je n'abandonne pas pour autant de lire un autre livre de lui ! (Parce que, à croire Cathe, il le vaut bien !)

"La culture, ça sert. Et c'est bon pour le moral."

Idée de lecture piquée chez Michel (Serial Lecteur)

1280 âmes, Jean-Bernard Pouy

Editions Baleine / Le Seuil, 2000. Points, janvier 2002. 168 pages.

Qui a tué George, le berger ? Sur une pâture d'Irlande, George Glenn est découvert assassiné, une bêche plantée dans le ventre. Les premiers à se trouver sur les lieux sont ses moutons. Ce ne sont pas des moutons comme les autres, pas seulement parce que George aimait les bichonner en leur lisant des romans d'amour par exemple. Le troupeau va mener l'enquête, en observant ces étranges humains.

La direction de l'enquête est confiée à Miss Maple, la brebis la plus intelligente du troupeau, voire de tout Glennkill, et peut-être même du monde entier. Aidée d'Othello, le bélier noir, de Zora, la brebis qui aime le goût du risque, de la vive Heidi et de Mopple la baleine (en fait, un mérinos aux cornes en tire-bouchon qui a toujours faim), Miss Maple va fouiner, bêler, dormir et faire des cauchemars, brouter et hocher du museau.

Certes originale, cette histoire peut se targuer d'être la première intrigue ovine (ovni?), assez sympathique car le troupeau de bêtes réfléchit comme des humains et porte même des jugements sur ces derniers qui nous renvoient dans nos basse-cours ! Il manque cependant un plus infime pour acquérir mon plein enthousiasme, moins de longueurs aussi, du blabla infini qui empèse l'intrigue. Et puis, cette histoire n'est pas du tout palpitante, pas dans le sens policier. C'est gentil, surprenant, surtout au début, et puis ça devient limite rébarbatif... Dommage.

Qui a tué Glenn ? - Leonie Swann

Nil éditions, 2007 pour la traduction française / Le livre de poche, 2008. 375 pages.

traduit de l'allemand par Frédéric Weinmann

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Prenez la photographie d'une maison. Grande. Sombre. Délabrée. Son décor atypique ouvre la voie à mille questions, et dix auteurs ont choisi de se pencher sur cet exercice : rédiger une nouvelle inspirée de cette photographie. Maïté Bernard a choisi d'écrire une histoire de couple et d'amour. Alain Demouzon met en scène une jeune fille qui étudie son piano et se balade dans les dunes lorsqu'elle croise le spectre de cette maison abandonnée et qui s'enfonce dans le sable. Magali Duru place trois personnages dans un huit-clos oppressant : un homme accueille une jeune fille venue louer la chambre du sous-sol, un camarade arrive avec des idées arrêtées. Denis Flageul fait rencontrer une jeune assistante qui travaille dans le cinéma et un commercial en immobilier. Karine est venue en repérage, Jacky est un "queutard" fini. La fin ne manquera pas de soulever quelques hoquets de stupeur (avis aux estomacs fragiles).

Joël Hamm expédie deux adolescents dans l'antre de l'enfer. Hervé Leclerc & Cathy Lecruble ont écrit à quatre mains cette histoire d'une famille de quatre personnes qui emménagent dans une nouvelle maison. Le plus jeune, Maxime, est un garçon turbulent et chahuteur. Les nerfs de ses proches sont tendus à l'extrême, mais en marge une voix en italique conspire contre ce diablotin qui ruine l'ambiance paisible de ces murs. Pour une histoire de pain de mie, Florent Liau fait de son acteur principal, Bernard, un pauvre type privé de boulot, d'argent et de petite copine qui le quitte sur le champ. Un soir, il rencontre une clocharde et décide de se servir d'elle pour liquider ses grand-parents, pleins aux as. Annelise Roux excelle à tracer le portrait d'une génération qui s'est nourrie de Twin Peaks et a connu la guerre (Afghanistan, Irak, 11 septembre). On ne voit pas bien l'intérêt de la maison, puis ça apparaît, en pleine nuit, lorsque le couple, qui accuse la quarantaine, doit courir à la maternité. Romain Slocombe nous met dans la peau d'une profileuse qui enquête sur un psychopate. Les réminiscences du suspect vont conduire la jeune femme vers une maison abandonnée, peut-être le lieu du crime...

Je me rappelle avoir acheté ce livre car je cherchais d'autres références de Maïté Bernard (je venais de lire Et toujours en été, et j'avais été emballée). Je trouvais que ce recueil de nouvelles proposait un alléchant menu, une ambiance assez noire et dix textes de choix, triés sur le volet (cinq lauréats du concours La Noiraude / Noir sur la ville sont publiés avec cinq auteurs reconnus de la littérature noire). Et puis le thème d'une maison, élément fondateur pour lancer l'intrigue, avait fini de me convaincre. J'ai bien évidemment été récompensée car ce livre propose dix plongées vertigineuses dans l'opacité, les recoins absolus et les coups de gong à faire dresser les cheveux sur la tête. Cette atmosphère digne de la bicoque de Norman Bates, dans Psychose d'A. Hitchcock, ne pouvait que nourrir les plus folles imaginations et autres esprits retors... Vous ne serez pas déçus du voyage.

A saisir ! recueil de nouvelles du septième concours La Noiraude

- M. Bernard ; A. Demouzon ; M. Duru ; D. Flageul ; J. Hamm ; H. Leclerc & C. Lecruble ; F. Liau ; G. Parmentier ; A. Roux ; R. Slocombe.

Coordonnée et présenté par Frédéric Prilleux

Editions Terre de Brume, novembre 2006. 160 pages.

Photographie de couverture : Jean-Yves Le Goff.

05/05/08

Mathématique du crime - Guillermo Martinez

mathematique_du_crimeDans la sereine et studieuse Oxford, alors qu'enfle la rumeur de la résolution imminente du plus ardu problème des mathématiques, le théorème de Fermat, un tueur en série adresse à l'éminent logicien Arthur Seldom de mystérieux messages - fragments d'une démonstration écrite en lettres de sang... Aidé du narrateur, un jeune étudiant à peine débarqué de son Argentine natale, Seldom saura-t-il trouver la clé de l'énigme ? Mêlant adroitement la singulière atmosphère des colleges britanniques, les tourments de la passion, les abstractions de Wittgenstein et de Gödel, les mystères des sectes pythagoriciennes et les antiques secrets de la magie, Mathématique du crime, roman policier de construction classique et pourtant hors normes, nous tient en haleine jusqu'à son dénouement, un magistral acte de prestidigitation. (Présentation de l'éditeur)

Cette intrigue policière conviendra à tous les amateurs des schémas classiques, façon Agatha Christie et consorts. Pendant 260 pages, l'histoire excelle à faire planer le doute, sur un tempo indolent. Les effusions de sang et les courses-poursuites infernales sont inenvisageables, de même l'artillerie lourde des experts en ingénierie ultra-branchée est une entité totalement inconnue. Ici, tout se recoupe par les mathématiques, une science exacte et confuse à la fois, car la démonstration déployée par l'auteur dans ce roman en bluffera plus d'un. Ok, c'est un roman policier très classique, pas révolutionnaire dans son genre, toutefois c'est distrayant et ça fait fonctionner les méninges (non, il n'est pas nécessaire d'être mathématicien pour comprendre la trame du livre !). Et puis, le cadre est splendide : Oxford, vu par les yeux d'un jeune argentin brillant et ébloui, qui ne résiste pas aux charmes de l'Angleterre (et des anglaises). Imaginez John Hurt et Elijah Wood dans la peau des figures principales (le roman a été adapté au cinéma), confrontés à des crimes imperceptibles, selon les termes d'Arthur Seldom, qui découvre qu'un élève chercherait à imiter le maître. Vous obtiendrez une belle ambiance feutrée, un zest de dissimulation, de longs discours savants, pas mal de tendresse, d'élégance et des petites touches de mystère pour toujours laisser planer le doute, bref ce roman permet de réconcilier les adeptes de Conan Doyle et ceux d'Henry James.

Traduit de l'espagnol (argentin) par Eduardo Jiménez - 260 pages - 7.90 €

Nil éditions, 2004. Editions Robert Laffont, 2008. Coll. Pavillons poche.

Mathématique du crime vient d'être adapté au cinéma par le réalisateur espagnol Alex de la Iglesia, à qui l'on doit Mes chers voisins, et le délirant Le Crime farpait, avec dans les rôles principaux John Hurt et Elijah Wood. Crimes à Oxford est sorti dans les salles le 26 mars 2008.

02/05/08

Jaune Caravage - Gilda Piersanti

jaune_caravageRome, automne 2006, la Nuit Blanche bat son plein, la ville est en ébullition. Des torrents de jeunesse se déversent dans les rues et convergent vers le Gazomètre, nouveau symbole des nuits romaines, véritable phare dressé face à la Ville éternelle. Mais l'aube sera sanglante, une jeune fille est retrouvée atrocement mutilée sur les quais du Tibre. La victime s'appellait Eva Ismaïlova, elle avait dix-sept ans, était d'origine slave et vivait seule avec sa mère.

C'était une superbe jeune fille blonde, la fierté de Katja qui est ravagée de douleur d'apprendre la mort de son unique enfant. Mariella et sa coéquipière Silvia avancent à tâtons dans cette délicate enquête. Leur rencontre avec Leonora, la meilleure amie d'Eva, leur laisse entrevoir une autre personnalité de cette délicieuse mais étrange défunte ;  Eva aimait le mensonge, les nuits de débauche, les paradis artificiels et coucher avec des types plus vieux qu'elle. La découverte de l'identité de son amant ne va pas sans relancer une autre piste de cette affaire, qui baigne incontestablement dans l'univers fragile et cruel de l'adolescence, les jeux de dupes et l'amour passionnel.

Quatrième volet des Saisons Meurtrières, Jaune Caravage boucle ce premier cycle avec un brio époustouflant ! De loin, cette enquête de Mariella de Luca est la plus étoffée, la plus construite avec parcimonie, la plus conduite sur du velours. En parallèle, l'auteur nous ouvre les portes de l'intérieur de l'inspecteur, jeune femme de 35 ans, amoureuse de son bel archéologue. Leur relation, jusque-là épanouissante, connaît le creux de la vague, car Mariella se laisse ronger par la suspicion et les doutes, son tempérament volcanique commence à épuiser son compagnon. Bref, qu'est-ce que cela annonce ? Et puis, d'un autre côté, l'histoire va apporter quelques éclaircissements sur des faits mystérieux survenus dans le petit studio de Mariella (cf. Bleu Catacombes), et qui pourraient avoir un rapport avec la disparition du fils de son supérieur, le commissaire D'Innocenzo.

Jaune Caravage est un livre qui boucle une série qui n'a jamais cessé de faire grandir l'intérêt du lecteur, au fil des tomes (quatre, au total) truffés de références culturelles (musique, cinéma, peinture, poésie...). La dernière page tournée reste un crève-coeur, car j'ai personnellement le sentiment que TOUT ne m'est pas conté sur Mariella De Luca et que son histoire personnelle est encore enveloppée par des brumes de secrets et de rebondissements sans fin. Y aura-t-il un autre cycle ? Je croise les doigts.

Jaune Caravage, Gilda Piersanti

Editions le Passage, 2008 - 280 pages - 17€

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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