26/06/09

Adieu Berlin ~ Waldtraut Lewin

adieu_berlinBerlin, 1940. Rita et sa belle-mère Sidonie n'ont plus que quelques jours tranquilles à partager. Le père, banquier en Suisse, vient d'annuler son mariage et condamne la jeune femme à la déportation, du fait de son identité juive. Rita refuse de faire le voyage jusqu'en Suisse pour le rejoindre, elle choisit de fuir avec Sidonie et gagner Marrakech, le dernier point d'ancrage de sa famille. Hélas, Sidonie est arrêtée en pleine nuit et Rita, livrée à son triste sort, s'obstine à s'éloigner de son père, qu'elle déteste. A force de rencontres houleuses, de tractations douteuses et de magouilles peu louables, sauf pour assurer sa sécurité, Rita Moebius traverse la frontière et arrive en France, à la veille d'une invasion armée imminente. A Strasbourg, Rita fait la connaissance de Gabriel Talbaut, un ressortissant allemand recherché par la police, également ancien légionnaire, qui vit de petites combines et ne pense qu'à sa pomme. Leur rencontre n'est pas sans étincelles, la jeune fille est affaiblie mais déterminée, l'homme est sous le charme, derrière une attitude renfrognée et hautaine.

J'ai tout aimé dans ce roman ! Depuis l'appartement cossu à Berlin, où deux femmes tremblent d'effroi face à l'arrestation prochaine, elles prévoient de s'échapper et de s'en aller toujours plus à l'ouest, harcelées par un homme qui prétend aimer sa fille, au risque de lui faire perdre les personnes qui lui sont le plus chères, puis sur les routes de France, en pleine débâcle, sous la menace des avions mitrailleurs, sans cesse à négocier pour sa survie, en butte avec l'humanité dans toute sa splendeur - lâche, cupide, effrayée, opportuniste. Cette épopée tragique d'une juive allemande qui recherche l'amour, le rencontre et s'imagine le perdre (pour résumer sommairement) est une lecture tout simplement passionnante ! Le contexte historique est bien brossé, le lecteur est vite emporté dans le tourbillon des événements, pas le temps de souffler, et l'histoire est vécue d'après les deux narrateurs que sont Rita et Gabriel. Ce n'est pas un énième roman sur la guerre, c'est avant tout un roman captivant qui se lit comme une saga avec moult rebondissements. Les personnages sont attachants, on les aime d'office et c'est très dur, au bout de 350 pages, de les quitter.
Ce roman se dévore !

Bayard jeunesse, coll. Millezime, 2009 - 350 pages - 11,90€

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03/06/09

Le chagrin du roi mort ~ Jean-Claude Mourlevat

Il n'y a pas de romans pour la jeunesse, juste de la littérature pour tous.

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Le roman de Jean-Claude Mourlevat est une belle claque, une leçon de maître. On y pénètre comme dans un conte, c'est l'histoire de deux frères élevés comme des jumeaux, l'un d'eux va être enlevé. Nous sommes à Petite Terre, une île où on y trouve que des livres et de la neige. Pas besoin de chercher sur une carte, ni de situer dans le temps, c'est une histoire qui pourrait se passer ici ou ailleurs, une histoire qui n'a pas d'âge. Elle te touche, là, maintenant, et c'est le principal.

Je conseille à tous ceux qui auront l'occasion de lire ce roman de ne pas aller à la pêche aux informations, de faire confiance à l'auteur exceptionnel qu'est Jean-Claude Mourlevat (rappellez-vous, Le combat d'hiver, c'était lui aussi !!!) et de pénétrer dans ce livre en acceptant de suivre le guide.

Les 200 premières pages se lisent d'une traite, elles vous transportent à Petite Terre où le roi vient de mourir. Suivra alors une folle chevauchée où il sera question de séparation, de fraternité, d'amitié et de conquête. Les personnages sont attachants et semblent tout droit sortis de royaumes imaginaires et enchanteurs - un nain maniaque qui part à l'aventure avec son violon à l'épaule, une vieille sorcière qui mange les têtes de rat ou une femme aux yeux de louve qui vit pour l'amour exclusif d'un homme.

Je pense d'ailleurs que toute la première partie est la plus belle, la plus envoûtante. La deuxième aussi est captivante, elle reprend les thèmes chers à l'auteur, que sont la guerre, la dramaturgie, l'absolutisme, le sacrifice, la rédemption. Je vous défie de sortir de ce roman en ne ressentant pas ce petit serrement au creux du ventre, cette frustration de ne plus en être et de quitter cette terre peuplée de personnalités inoubliables.

C'est un grand, un vrai roman. Une merveille.

Gallimard jeunesse, 2009 - 405 pages - 16€

*****

Extrait

Mme Holm avait une habitude bien innocente : certains soirs, elle se laissait enfermer dans la bibliothèque royale de Petite Terre. Comme elle était l'âme de ce lieu, en tout cas l'employée la plus ancienne et la plus irréprochable, on lui avait accordé ce privilège. Peu de personnes le savaient.
Le gardien en chef, qui était le dernier à s'en aller, fermait une à une toutes les portes d'accès et laissait derrière lui la petite dame toute seule dans l'immense bâtiment.
Elle pouvait alors circuler à sa guise et profiter des livres qu'elle aimait. Elle se rendait dans une salle qu'on appelait « l'infirmerie » et dont elle possédait la clé. Il s'agissait d'un local dans lequel on entreposait les livres en attente d'être restaurés. Sa préférence allait aux enluminures. Elle pouvait rester penchée longtemps sur une seule page, à admirer les couleurs éclatantes et la minutie des dessins. Ou bien elle s'asseyait et lisait une saga, dans le silence absolu, sauf le bruissement des pages, et il lui semblait que l'auteur s'adressait à elle, en confidence, par-delà les siècles.
Y avait-il quelque part dans le monde un endroit où se trouvaient rassemblés plus de précieux volumes qu'ici ? Elle en doutait. Être seule au milieu de ces trésors l'emplissait de bonheur et de fierté.

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27/05/09

La Maison du magicien ~ Mary Hooper

L'histoire se passe dans l'Angleterre d'Elizabeth Ière, alors que Lucy, une jeune gantière, rêve des belles toilettes et de la prestance des nobles dames, en vénérant la reine et la vie à la cour. Or Lucy n'appartient pas à ce beau monde, sa famille trime pour joindre les deux bouts, le père dépense le peu d'argent récolté dans l'alcool. Un jour, après une énième dispute soldée par les coups et les menaces, Lucy choisit de partir. Elle suit la Tamise pour gagner Londres et finit par s'arrêter aux abords du palais de Richmond. Elle croise deux fillettes et leur singe en train de jouer dans la boue et vient à leur secours quand l'une d'elles manque de s'embourber jusqu'à la taille. Suite à cela, Lucy est accueillie dans la Maison Noire, une habitation à l'aspect rébarbatif qui correspond parfaitement à son nom, avec un toit de chaume envahi par la mousse, des murs goudronnés et de minuscules fenêtres poussiéreuses. Cette maison appartient au Dr Dee, qui est le magicien et conseiller personnel de la reine.   

Lucy est engagée comme nourrice et trouve vite ses marques dans cette demeure immense, qui n'a pourtant plus l'étoffe d'antan. L'argent manque, la femme du magicien est alitée après un accouchement douloureux, et le Dr Dee ne quitte jamais sa lugubre bibliothèque. Un soir, Lucy s'y faufile, piquée par sa curiosité maladive et se sauve en courant, pensant être tombée dans l'antre de Satan ! Peu après, la jeune fille a vent d'étranges histoires qui sont rapportées sur le compte du fameux magicien. Est-il un charlatan, ou un être doté d'un vrai pouvoir ? Fait-il apparaître les esprits, converse-t-il avec les anges ? 
La reine en personne lui fait confiance, son arrivée à Mortlake est annoncée, avec dans son sillage des rumeurs de complot contre sa royale personne.

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Magie et mascarade sont au coeur de ce passionnant roman, dont la configuration historique, plus que soignée, est admirablement reproduite. L'auteur apporte des notes de précision en fin de roman, pour expliquer le contexte et l'importance des personnages rencontrés dans cette fiction (le docteur Dee, par exemple, a bel et bien existé). A l'instar de La messagère de l'au-delà, le précédent roman de Mary Hooper, La Maison du magicien procure une sensation d'immersion totale et immédiate. C'est par la voix de Lucy qu'on suit l'intrigue, de telle sorte qu'il nous est impossible de deviner la suite, impossible aussi d'emprunter un autre chemin que celui suggéré par la jeune fille. On vit l'histoire à son rythme, c'est prenant et saisissant. Et c'est instantané, on se surprend à tourner les pages à une vitesse, c'est vraiment très agréable.

L'histoire est racontée de façon limpide, vue à travers la sensibilité de la narratrice et héroïne. Lucy est une jeune fille attachante, portée par une curiosité qui frise l'indécence (ou l'inconvenance). Il lui faudra du culot, en plus du courage, pour démêler les fils de l'imbroglio auquel elle sera, malgré elle, associée. Cette aventure pleine de suspense s'enrichit également d'une touche romanesque, car notre demoiselle fera une rencontre charmante, avec un jeune homme intrépide auquel la lieront bientôt de tendres sentiments.
Seule la suite nous en dévoilera plus. Ce roman est en fait le premier titre d'une trilogie qui m'enchante à l'avance !
Et la couverture est encore plus belle en vrai.

Gallimard jeunesse, 2009 - 285 pages - 12€
traduit de l'anglais par Bee Formentelli

A lire aussi du même auteur : La messagère de l'au-delà (Panama, 2008) 

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17/02/09

Le Palais des Mirages - Hervé Jubert

palais_des_miragesCette sublime couverture de Shelly Wan met en scène une petite fée qu'on n'hésite pas à associer à l'héroïne du roman, Clara Charpentier. Clara a quinze ans, c'est une reine de la voltige, qui manque un jour se rompre le cou au Palais des Mirages mais doit la vie sauve grâce à l'intervention d'un charmant ténor de la chorale d'Upsal, monsieur Lukas Sandström. Nous sommes en l'an de grâce 1900, la grande Exposition universelle vient d'ouvrir ses portes à Paris. Des milliers de visiteurs sont attendus, des stands tous plus excentriques et beaux les uns que les autres rivalisent de grandeur et d'ambition. Pourtant, la menace gronde et les risques d'attentats sont bien réels, puisque dans l'ombre des individus ourdissent un plan diabolique. Victime de sabotage, Clara prend les devants pour retrouver le suspect russe au crâne chauve et à la voix de castrat. Chemin faisant, elle recroise son chevalier servant, le suédois Lukas S., toujours galant mais un tantinet mystérieux, et hélas fuyant. Qu'importe. En dépit des règles de bienséance, Clara le poursuit sans relâche, elle l'invite même à rejoindre le Grenier des Poètes, qui n'est autre que l'appartement du grand-père carillonneur, Mérowak.

Véritable hymne aux rêves et aux mirages, aux spectacles de danse et de lumière, à la naissance du nouveau siècle, ce roman d'Hervé Jubert est une féerie, une fantasmagorie, une épopée rythmée dans un Paris qui revêt un costume splendide. Les descriptions de l'Expo font illusion et se parent de lumières étincelantes. Le spectacle est époustouflant ! De plus, l'aventure que va vivre Clara Charpentier, qui n'est pas sans rappeler une certaine Blanche Paichain, combine le policier au fantastique avec une symbiose parfaite. De toute façon, l'avancée dans ce monde est tour à tour étrange, unique et déroutante. Mais le charme opère, fatalement. La plume d'Hervé Jubert fait encore montre de virtuosité et touche en plein cœur la lectrice éblouie que je suis. Un vrai numéro de saltimbanque, qui tourbillonne et donne des étoiles dans les yeux. Magique ! Tout comme ce regard tendre et attachant avec lequel l'auteur croque ses personnages... comment ne pas succomber ? Un vrai régal !

Lecture brillante. A conseiller aux grands lecteurs.

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 360 pages - 13,50€

le site de l'auteur : www.blanche-paichain.net

lire, relire, découvrir Blanche

 

un extrait pour s'en convaincre : « Ce que Clara avait été pour l'air, Loïe Fuller l'était pour le feu. Toutes deux étaient fées. Clara le comprit enfin.
On ne voyait le visage de Loïe qu'entre deux vagues ondulantes. Le corps était une flamme, une fleur, un papillon avant de redevenir cette boulotte souriante au nez fripon et à la fossette mutine. La danseuse avait inventé un mode d'expression qui transcendait l'âme humaine. Et pourtant, dans le civil, elle était si passe-partout... Pour la première fois, Clara sentit des picotements la saisir à la nuque lorsque le dernier mouvement, le plus étrange, celui qui se jouait dans la pénombre, s'acheva dans un silence stupéfait.
»

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24/01/09

« Un nouveau monde nous attend ! »

Les Vampires de Manhattan, de Melissa de la Cruz

51aY_2BleavdL__SS500_Ils incarnent la jeunesse dorée de New-York, ils sont tous beaux, riches et désinvoltes. L'avenir leur sourit dans leur petit cercle protégé qu'ils fréquentent, que ce soit dans leur école privée ou dans les clubs underground, ils ne craignent rien ni personne... et puis le drame frappe l'une des leurs, lorsque Augusta Carondolet est retrouvée morte. Theodora Van Alen accepte la version officielle, on parle d'overdose, mais le très séduisant Jack Force la prévient que c'est un mensonge. C'est étrange, pourquoi le garçon le plus populaire se rapproche de Theodora la transparente, qui préfère les vêtements vintage aux grandes marques de la mode ? Et puis elle est le souffre-douleur de Mimi Force, la soeur jumelle de Jack, qui est d'une beauté époustouflante mais qui est également une garce finie. Elle ne se déplace jamais sans ses courtisanes, parmi lesquelles on trouve la texane Bliss Llewellyn. Cette dernière a eu un coup de coeur pour Dylan Ward, un nouvel élève qui joue les mauvais garçons. Il aime traîner avec Theodora et son meilleur ami d'enfance, Oliver Hazard-Perry, lequel est piqué de jalousie du flirt naissant entre sa copine et Jack Force. De même,  Mimi ne supporte pas non plus ce soudain attachement entre son frère et son ennemie jurée, ni la toquade entre Bliss et ce Dylan au blouson en cuir usé qui lui file des frissons sur tout le corps.

L'intrigue se résumerait-elle à une guéguerre des nerfs, teintée de haine et d'envie, entre beaux gosses du même milieu ? Pas du tout. On va découvrir peu à peu un vrai suspense dans cette histoire, en plus de savoir qui a tué la jeune fille. Car sous le brillant, on tombe sur des secrets de famille, des légendes et même des faits remontant à la colonie de Plymouth, au XVIIème siècle. Malheureusement le titre français crache un peu vite le morceau, parce qu'il s'agit bel et bien d'une histoire de vampires. Mais le mythe ici est encore une fois exploitée de façon surprenante, loin du folklore habituel. Et c'est ce qui excitant à imaginer. On parle de sang-bleu (cf. le titre vo : Blue Bloods), de régénération, de Comité, de Sentinelles et de familiers humains, d'Intermédiaires aussi. C'est recherché, et d'ailleurs c'est carrément l'intérêt véritable de cette série, bien au-delà des descriptions parfois crispantes de la faune pleine aux as (parce que, bof-bof les nunucheries qui entourent les personnages, et cette manie de les détailler du pied à la tête, *soupirs*). Ce livre se termine sur des questions qui restent ouvertes, l'intrigue est en place, ayé j'en redemande !

Albin Michel, coll. Wiz, 2007 - 341 pages - 13,50€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

d'autres avis : Gaëlle, FrancescaVirginie (Chrestomanci)

 

 

 

Les Sang-Bleu, de Melissa de la Cruz

 

 

 

 

 

 

 

L'histoire s'enchaîne à Venise, où Theodora Van Alen veut retrouver son grand-père qui s'est volontairement mis en exil par rapport aux vampires de Manhattan. C'est une décision lourde de conséquences, prise des années 51zC5geOxBL__SS500_auparavant, quand la famille Van Alen s'est opposée au Conclave, ce comité qui régit la communauté en imposant le code à suivre, car l'assemblée ne veut pas reconnaître l'existence du sang d'argent, l'ennemi redoutable des sang-bleu. Aujourd'hui il semblerait que les Van Alen ait toujours vu juste, car la jeune génération des vampires est petit à petit décimée par des attaques isolées, mais répétées. Theodora est la dernière descendante de la famille, ce n'est pas facile pour elle car sa mère est plongée dans un profond coma, et son histoire personnelle est assez compliquée car c'est une sang-mêlée (son père est humain, Allegra Van Alen a rompu les liens ancestraux en s'unissant à lui). Elle est aussi affligée à cause de sa passion contrariée pour Jack Force, le jumeau de Mimi, car ces deux-là sont unis par le lien d'immortalité, impossible à briser. Theodora commence aussi à ressentir la soif, son corps accuse des signes de faiblesse, et il faut qu'elle pratique le Baiser Sacré. C'est alors que son lien, déjà très fort, avec Oliver Hazard-Perry devient encore plus important, mais dangereux. A ceci s'ajoute l'arrivée d'un nouvel élève à Duchesne, il se nomme Kingsley Martin. Son charme est magnétique et malicieux, le garçon attire Mimi Force dans un jeu machiavélique et il jette son dévolu sur Bliss Llewellyn, laquelle souffre d'affreux cauchemars et ne se console toujours pas de la disparition de son ancien petit ami, Dylan Ward.

C'est vraiment captivant, il y a de plus en plus du suspense dans cette série. La vision sur les vampires est franchement originale, loin des clichés. On découvre l'étendue de leurs pouvoirs, leurs faiblesses aussi. En plus, les liens d'immortalité prennent une importance considérable, et cela se vérifie dans les histoires amoureuses. On devine que des triangles sont possibles entre Oliver - Theodora - Jack - Mimi, mais désir et code déjà établi ne font pas bon ménage. L'exemple de la mère de Theodora rappelle combien il est impossible de briser les liens d'immortalité. Et puis des secrets ne cessent de sortir des placards, avec des éléments nouveaux et stupéfiants (et qui promettent de secouer la communauté vampirique). Cette série est beaucoup plus riche que l'étendard affiché par la superficialité, le glamour, la hype attitude et les fringues branchées. J'ai même trouvé que c'était parfois proche de Harry Potter (avec les incantations en latin, les entraînements, les forces du mal, le combat qui approche...). La communauté des vampires est également divisée, entre les sang-bleu qui veulent apporter paix, beauté et lumière tandis que le sang d'argent recherche le chaos. Mais l'ennemi est invisible, ce qui rend la tension encore plus excitante. J'attends le troisième tome avec impatience, car je suis très agréablement surprise par la série de Melissa de la Cruz.

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 340 pages - 13,50€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

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23/01/09

Le temps des miracles - Anne Laure Bondoux

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C'est l'histoire d'un petit français égaré dans le Caucase, Koumaïl n'est qu'un bébé lorsqu'il est sauvé d'un accident de train par Gloria, qui le recueille et l'élève. Mais le pays entre en guerre, il faut partir, marcher droit devant. A sept ans, le garçon connaît déjà les abris de fortune, la faim, le froid et la menace de voir la milice débarquer. Gloria et lui s'enfoncent toujours plus loin dans les montagnes, lient des amitiés avec d'autres compagnons de misère qu'il faut sans cesse quitter dans la précipitation. Cela n'entache ni leur énergie ni leur espérance, car Koumaïl sait qu'il est citoyen de la république française et qu'il s'appelle Blaise Fortune. Gloria lui a assez raconté son histoire pour qu'il la ressasse jusqu'à tomber de fatigue. Il sait qu'un jour il doit retourner chez lui et retrouver sa mère, d'ailleurs Gloria s'occupe de tout, pour traverser le continent et les frontières on peut lui faire confiance.

Quel merveilleux roman ! C'est une histoire d'exil qui me rappelle quelque part le roman de l'italien Fabio Geda car ce sont deux livres qui racontent le périple d'un jeune garçon parti sur les routes pour retrouver un être cher mais qui savent échapper à tout ennui, toute morosité et toute tristesse. Que dire, que dire... du charme fou, de l'écriture sans pareille d'Anne-Laure Bondoux, des personnages tous plus extraordinaires les uns que les autres, du message d'espoir derrière chaque chapitre, des petites larmes de bonheur, des promesses d'amour aussi, des histoires qu'il faut sans cesse se raconter pour se créer un monde meilleur, se réinventer et s'offrir une vie plus belle, pleine d'espoir et de lumière... c'est un peu tout ça, et bien plus encore. Je vous laisse le plaisir de la découverte, c'est mon autre roman coup de coeur du moment (avec celui de Fabio Geda).

Bayard, 2009 - 255 pages - 11,90€

http://letempsdesmiracles.bondoux.net/

l'avis de Gaëlle

 

 

 

 

 

 

D'autres romans d'Anne-Laure Bondoux : PépitesLes larmes de l'assassin

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19/01/09

Pendant le reste du voyage, j'ai tiré sur les Indiens - Fabio Geda

Emil Constantin Sabau, treize ans, 1 mètre 58, réfugié roumain installé à Turin chez la nouvelle petite copine de son père, doit retrouver son fantasque grand-père, artiste de rue, qui sillonne l'Europe avec sa troupe. Sa situation est critique, il vient de mettre ko son bon samaritain (l'Architecte), son père a été rapatrié en Roumanie, mais s'est fait jeter en prison à cause d'un faux passeport. Sa mère est morte quand il avait onze ans. Emil est donc seul.
On se croirait bientôt dans Rémi Sans Famille, mais heureusement c'est beaucoup plus gai !

Emil va croiser en chemin Asia et quelques amis qui roulent à bord d'un volkswagen caravelle bleu marine pour Berlin. Une aubaine. Il va les suivre dans un squat, chercher son grand-père d'après les indices assez vagues qu'il peut trouver dans ses lettres, et connaître encore d'incroyables aventures. Mais toujours Emil nous raconte son périple sans atermoiement, sans complaisance. Il en est loin. Lui se sent dans la peau de son héros de bande dessinée (Tex), il pense winchester et cavalcade dans le désert aride. Il ne se voile pas la face, mais il préfère se donner du courage comme il peut.
Et on le comprend. Son périple est étonnant, on le vit à ses côtés en partageant ses émotions. C'est le couplet du stress, de l'impatience, de la curiosité, de l'angoisse etc. Toutefois c'est aussi d'un optimisme infaillible. Le jeune garçon a une bonne étoile au-dessus de la tête, il n'est pas avare de belles rencontres époustouflantes. Sans cesse opportunes.

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J'ai trouvé ce roman formidable ! Il est frais, tonique, bourré d'une imagination débordante. Ce n'est jamais tristounet, jamais sinistre ou déprimant. Et pourtant c'était facile de tomber dans la morosité, un adolescent tout seul sur les routes d'Europe, à chercher une aiguille dans une meule de foin. Mazette ! Cela tient du prodige de nous tirer d'aussi beaux sourires plutôt que les larmes. Rien que pour ça, je tire mon chapeau.
Et puis quelle tendresse aussi. Emil est un gamin attachant, on le sait, d'autres aussi le sentent car il attire bien souvent que du bon autour de lui. Cela se résume dans ce passage :
« - C'est toujours bien de trouver quelqu'un.
- C'est vrai.
- Parce que si on est tout seul, on n'a personne pour nous donner la becquée.
»

Ce livre me fait penser, encore et toujours, qu'ensemble c'est tout. Oui, vraiment. J'ai découvert ce roman par un pur hasard, j'en suis tombée amoureuse, oui !!! Et pas seulement du titre. Que j'aime beaucoup. C'est normal, c'est un tout !

Gaïa, 2009 - 272 pages - 21€
traduit de l'italien par Augusta Nechtschein
 

« Grand-père Viorel dit que parfois, il est possible de tomber amoureux d'un mot qu'on a jamais entendu auparavant, un mot nouveau, et que d'un seul coup on commence à l'entendre partout et à s'en servir en permanence. A tel point qu'on peut se demander comment on avait fait pour vivre jusque-là sans le connaître. »

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30/12/08

Miss Charity - Marie Aude Murail

Ce roman est un refuge, 560 pages durant lesquelles une demoiselle prénommée Charity voit jour, grandit, se passionne pour les animaux et la botanique, grandit et s'isole dans son monde, où la peinture et les histoires sont ses principales sources d'intérêt. Nous sommes dans l'Angleterre victorienne, riche et prospère, crispée et hypocrite sur ses arrières. Charity Tiddler n'a pas d'autre choix que parfaire son éducation pour briller dans les hautes sphères de la société, elle fera cependant montre d'un tempérament exceptionnel (pour l'époque) en refusant de se plier aux règles établies et de se fondre dans le moule.

Ce roman est un bel hommage à la littérature, en s'inspirant de Beatrix Potter, Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, de même en citant Shakespeare que Charity apprend par coeur pour réciter à tue-tête, dès son plus jeune âge. C'est un roman épais, près de 600 pages, qui pourtant se lit avec plaisir et grande facilité, les illustrations de Philippe Dumas apportent un raffinement précieux, en pleine osmose avec l'aura de l'histoire. Cette peinture de l'époque est savoureuse, le portrait de Charity est attachant, très beau. Il soulève l'excentricité d'une demoiselle qui s'émancipe avant l'heure, et qui va accomplir de belles choses dans le domaine qui la touche, malgré la désapprobation générale, de même en s'affichant avec un garnement passionné de théâtre, qu'on considérait alors comme un voyou !

Marie-Aude Murail réussit à partager avec son lecteur son amour pour la lecture et sa reconnaissance pour cette littérature d'antan qui continue d'influencer les oeuvres romanesques de nos jours ! Ce serait merveilleux d'en trouver davantage.

9782211089258

(en savoir plus)

Ce roman est un refuge, dans lequel les 560 pages ne sont pas de trop pour nous couver, nous dorlotter, nous emporter. On ne se lasse pas une minute, on plonge, on adore et on décolle pour une autre dimension, on vit à l'heure victorienne dans cette Angleterre riche et prospère, un peu crispée et hypocrite sur ses arrières. C'est aussi l'histoire d'une jeune demoiselle, sensible et cultivée, intelligente et originale. Miss Charity Tiddler, née en 1870, est l'unique rejeton d'un couple guindé, qui appartient à la bonne société. C'est une enfant solitaire, elle aime trouver refuge au troisième étage de la demeure familiale, dans sa nursery où elle cache sa petite ménagerie. Car Charity s'entoure de petits animaux (des souris, des grenouilles, des lapins, des canards etc.) et passe son temps à les observer pour les dessiner, les peindre à l'aquarelle.

Son goût des sciences naturelles, ses longues promenades dans la campagne du Kent, ses discussions en aparté avec ses compagnons animaux et ses lectures de Shakespeare qu'elle apprend par coeur ne font pas d'elle une jeune lady appliquée. Et c'est justement parce que Charity Tiddler ne convient pas à l'image moulée et à l'archétype attendu qu'on s'attache à elle, en reconnaissant implicitement un parcours à la Beatrix Potter... Mais c'est de manière générale un hymne à la littérature, à travers Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, pour ne pas en nommer davantage, que cet épais ouvrage nous convie. C'est un véritable enchantement. Un remarquable travail de finesse, d'humour, de délicatesse. Et les illustrations de Philippe Dumas sont un atout inestimable dans cet ensemble raffiné.

J'ai tout bonnement adoré, c'est simple, je ne voulais plus en sortir. J'ai aimé les mille petits détails qui fourmillent à chaque page, la belle description de l'éducation anglaise, la volonté encore balbutiante de l'émancipation de Charity, son tempérament teinté de discrétion et de modestie, ses bonnes manières, sa gentillesse, son amitié pour sa gouvernante française et pour sa bonne, une écossaise à la chevelure rousse, Tabitha, qui raconte des histoires folles parce qu'elle-même est ravagée. Et Charity, à l'aube des manifestations d'indépendance pour la femme, apparaît davantage excentrique et incomprise. C'est une originale, certes, mais surtout elle est différente, rêveuse et douée. Elle chante faux, joue mal du piano, fuit la broderie mais elle se révèle dans le dessin et l'aquarelle. Elle comprend très vite une chose, 

« Autant les fleurs et les champignons trouvaient facilement leur nom et leur définition au clair soleil de ma raison, autant les choses humaines se déposaient au fond de moi, toutes grises et indécises. »

Miss Charity ne se mêle pas aux sorties mondaines, noue des relations profondes avec des personnages jugés inconvenables, comme Kenneth Ashley, un ami d'enfance de ses cousins, un fils de fermier qui s'est lancé dans le théâtre. Quelle belle rencontre, d'ailleurs. Ce jeune homme est remarquable, effronté et coquin pour l'apparat, mais sa fantaisie est attirante ; et on ressent presque des petits papillons dans le ventre lorsqu'il fait son entrée et taquine la timide Charity.

En bref, j'ai plus qu'aimé. Je me suis noyée avec bonheur dans ce roman-pavé de près de 600 pages. Impossible de l'abandonner. C'est en outre regrettable de tourner la dernière page et de lâcher la main de Miss Charity. Marie-Aude Murail a su brillamment nous enchaîner... encore, des lectures de la sorte !

Ecole des Loisirs, coll. Medium Grand Format - 2008 - 562 pages - 24,80€
Illustrations de Philippe Dumas

--) les avis de Marie , Alice et Emjy

 

23/12/08

La vie est un arc-en-ciel - Cecelia Ahern

51sWn5PtvrL__SS500_Je n'avais pas été prévenue que ce roman allait me ravir tout simplement, me rendre gaga avec un sourire niais, ou alors c'est le miracle de noël. Je ne sais pas, mais le résultat est là : j'ai dévoré cette histoire où l'on parle d'amour et d'ironie du sort, où l'on suit la correspondance de deux amis d'enfance. Car tout est raconté à partir de lettres, de messages, de mails. Et cela commence tôt, sur les bancs d'école. Rosie et Alex ont 7 ans, ils se filent en douce leurs petits mots, au nez et à la barbe de leur maîtresse. Ils se sont jurés de ne jamais se séparer, mais le garçon doit suivre sa famille et quitter Dublin pour Boston. Et les années passent, les promesses défilent, les rendez-vous manqués aussi... Les aléas de la vie mettent en péril leur amitié, Rosie et Alex restent soudés. Ils n'ont pas conscience que cet attachement entre eux a dépassé le stade amical, ou oui ils s'en doutent, chacun de leur côté, mais jamais au bon moment. Tout le temps, ils se loupent, ils hésitent aussi. Leurs proches ont depuis longtemps deviné qu'ils étaient faits l'un pour l'autre, et pourtant leur histoire ne cesse de s'écrire d'après un scénario tordu. Ah, la vie ! Elle ne fait pas toujours des cadeaux. Rosie et Alex l'ont bien compris.

C'est délicieux, adorable, craquant, drôle, crispant et tout et tout. Je n'avais pas l'intention de lire ce roman, mais j'ai mis la main dessus en faisant un peu d'ordre dans mes piles monstrueuses de livres à lire. J'ai commencé à le feuilleter, juste par curiosité, et boing j'ai été accrochée aussitôt. Rosie Dunne, principalement, est une jeune femme extraordinaire, pleine d'esprit, sarcastique, orgueilleuse, butée et attachante. Son parcours est dessiné sous le signe de l'indépendance, des coups bas, de la sensibilité et d'une force exemplaire. C'est une héroïne exceptionnelle ! Le roman, ensuite, est très vite prenant car il est écrit avec vivacité, composé de messages qui s'échangent à la vitesse de l'éclair. C'est entraînant, un subtil assortiment de badinage, de cynisme, de larmes, de colère et j'en passe. J'ai juste, en tout petit reproche, trouvé que ça s'étirait un peu trop en longueur sur la fin, cependant j'ai beaucoup beaucoup aimé !

Albin Michel, 2005 / J'ai Lu, 2007
412 pages - 6,70€
traduit de l'anglais (Irlande) par Nicole Hibert

16/12/08

Êtes-vous passés à côté de...

La pelouse de camomille, de Mary Wesley ?

51qQohQdBqL__SS400_Comme chaque été, les cinq neveux de Richard et d'Helena se retrouvent en Cornouailles. C'est le temps des jeux, de l'insouciance, le goût de toutes les audaces, au bord de la falaise ou sur la pelouse de camomille, sans autre souci que les tourments de l'amour qui vous rongent une jeunesse.
La petite Sophy donnerait sa vie pour Oliver qui, lui, est fou de Calypso, si belle et si lointaine. Elle a toujours juré d'épouser un homme riche sans amour, elle jettera son dévolu sur Hector, politicien ayant le double de son âge. Car pour mieux pimenter cette belle saga familiale, il faut d'office préciser que l'action se passe durant l'été 1939. La guerre va être déclarée et amène un couple de réfugiés juifs, Max et Monika, chez le pasteur du coin. C'est un éminent pianiste, un brin cavaleur et beau parleur. Il va faire chavirer le coeur d'Helena, pourtant mariée mais ennuyée par sa vie recluse auprès de Richard, son second mari unijambiste. Elle partira à Londres, sans crainte des bombardements, vivre une passion tumultueuse auprès de son musicien juif.

C'est bien ce qui est également très surprenant dans ce roman où la trame ne chôme pas, sans cesse rebondissante et étonnante. Ce n'est pas parce que c'est la guerre que nos personnages vont s'endormir sur leurs lauriers, bien au contraire ! "Nous avons tous vécu intensément. Nous avons fait des choses que nous n'aurions jamais faites autrement. Ce fut une période très heureuse. (...) Tout était exacerbé, surtout l'amour."
Effectivement les passions sont ravageuses !

Ce roman n'est pas une bluette sentimentale. Il fourmille plutôt de vivacité, d'esprit, de dialogues mordants, de personnages flamboyants et uniques en leur genre. Mais ils sont à contre-courant de l'image idyllique des êtres parfaits, car ils sont tous fragiles, odieux, égoïstes et héroïques à leurs heures. Et ce, en dépit des circonstances ! Qu'importe les liens du mariage, l'âge, l'enfant à naître, les bombardements ou la guerre, tout simplement...

L'anglaise Mary Wesley nous offre ainsi une lecture passionnante. En plus de 400 pages, jamais la cadence ne s'essouffle. On ne stagne pas durant l'été 1939, le scénario évolue, voyage dans le temps et nous conduit même sans nous y attendre cinquante ans plus tard ! Je pense aussi que le succès de ce livre repose sur le style fringant et truffé de badinage que nous propose l'auteur. J'ai passé des heures de lecture absolument délicieuses ! Je vous conseille vivement de vous y plonger également !

Ce livre a été publié en français chez Flammarion en 1991, puis en format poche "J'ai Lu". Bravo aux éditions Héloïse d'Ormesson de remettre Mary Wesley au goût du jour ! (D'autres publications sont à prévoir.)

Editions H. d'Ormesson, juin 2008 - 430 pages - 22€
traduit de l'anglais par Samuel Sfez