30/06/08

Being - Kevin Brooks

"Je respirais, je mangeais, je buvais, je consommais. Je chiais. Je dormais. Je rêvais. Je souffrais. J'étais sensible aux drogues - alcool, anesthésiant. J'éprouvais des sentiments - bons, mauvais. Des désirs. Je ressentais la fatigue. Je pensais à des choses - bonnes, mauvaises, inutiles. Je n'avais pas envie de mourir. Je riais. Je souriais. Je fredonnais, je sifflais, je bâillais. Je fonctionnais comme un organisme. Mais je semblais être fait de matériaux non organiques... Cela n'avait vraiment aucun sens."

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Suite à une banale endoscopie, un adolescent de seize ans, Robert Smith, est tiré de son anesthésie et surprend une conversation des chirurgiens penchés sur son corps ouvert, tout de plastique et de métal... qu'est-ce que cela signifie ? Quand, au-delà de la douleur, l'ado bondit et surprend l'assistance, l'arme au poing, et parvient à s'extirper de ce cauchemar. Mais qui est-il ? Quelle part cachée sommeille en lui ?

Pas le temps de réfléchir, Robert s'enfuit et se réfugie dans une chambre d'hôtel. Dans la presse du lendemain matin, il apprend qu'il est recherché par la police pour avoir assassiné un médecin ! Ne sachant plus à qui se fier, ignorant encore qui sont ses poursuivants, Robert va taper à la porte d'une certaine Eddi Ray, une faussaire rencontrée par le biais d'une tierce personne, du temps où sa vie était "normale".

Robert a perdu tous ses repères, il hésite à confier son destin entre les mains de cette fille et pourtant il n'a pas le choix et va la suivre jusqu'en Espagne. De fil en aiguille, une attirance physique les pousse l'un vers l'autre. Cela n'éloigne pas la menace, toujours présente, qui bientôt se présentera à leur portillon.

Quelle pression ! Kevin Brooks, très inspiré par les thrillers vus au cinéma, signe là un roman stupéfiant, écrit à l'arraché, d'une plume froide, terriblement implacable. On étouffe littéralement, on suffoque à l'approche des hommes en costards qui poursuivent le jeune Robert Smith (aucun rapport avec The Cure !) ; cette écriture sans état d'âme et sans fioriture est une volonté d'aller de l'avant, toujours plus loin des limites fixées.

On se sent dans ce livre comme dans un univers filmé (on devine une ambition cachée ?). Bref, ce serait presque génial mais le climat trop rigide rend finalement la lecture accablante. Et puis je suis restée sur ma faim, tout ce qui concerne l'état de Robert Smith et son pourquoi restent dans le flou artistique. Robert a été abandonné à la naissance et a grandi dans des familles d'accueil ; le dernier couple, Bridget et Peter Young, n'existe d'ailleurs qu'à travers la citation. La suite du roman ne se base que sur cette sempiternelle question, qui nous taraude tous : qui est Robert Smith ?

Voilà donc un roman à haute portée psychologique, dramatique et dans la veine du véritable thriller, qui lorgne un tantinet sur la science-fiction... On dépasse les rebondissements (nombreux), les scènes qui font de l'adolescent un personnage cruel et menaçant, mais aussi un type dépassé par ce qu'il vient de découvrir, déboussolé et en quête d'un "moi". On obtient alors un roman qui offre une profonde réflexion existentielle sur l'identité, la mémoire, la solitude de ce garçon hors norme. 

La fin ouverte pourrait également inciter à penser qu'une suite est envisageable...

Editions du Rouergue, janvier 2008 - Coll. doAdo noir - 350 pages. 15€

traduit de l'anglais par Ariane Bataille

A été fort apprécié par Melanie (Book in)

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03/10/07

La brigade de l'oeil - Guillaume Guéraud

brigade_de_l_oeilRush Island, 2037. Sur ce petit bout de terre, une dictature menée par l'impératrice Harmony a décrété la loi Bradbury qui interdit toutes les images depuis vingt ans. Pour appliquer cette réglementation, il existe la Brigade de l'Oeil, avec son capitaine Falk, qui n'hésite pas à brûler tous les documents illicites avec leurs lance-flammes et (dans la foulée) la pupille des délinquants à l'aide d'un pyroculis.
La terreur règne. Un bon citoyen est un citoyen aveugle. L'image est l'opium du peuple.
Un peu à l'écart, Kao, un adolescent de 15 ans, deale clandestinement ces images interdites. Son père et son grand-père ont été les victimes de la dictature, il vit aujourd'hui seul avec sa mère, va au lycée, ne craint pas les images et fait partie de cette « génération pure » qui ne connaît pas du tout les films.
Car la rumeur gronde. Le chef de la résistance, nommé Fuji, entretient la légende du Diaphragme et colporte l'idée que quelques films subsistent. Un jour, Kao va d'ailleurs mettre la main sur un morceau de pellicule ... Les Temps Modernes, de Charlie Chaplin !

Ce roman de Guillaume Guéraud est une pure réussite ! Ôde au cinéma, au pouvoir des images, aux messages véhiculés par leur magie et à leur puissance sur les consciences et la mémoire, le livre est en somme une déclamation à garder les yeux ouverts, à ne pas les fermer devant l'endoctrinement et le pouvoir absolu et arbitraire.
Outre le sens incontestable de ce livre, il dégage aussi une incroyable puissance, une frénésie dramatique et émotionnelle. On sent derrière ces lignes toute la vénération de l'auteur pour le style cinématographique, sa plume ici s'y fond à merveille.
De chapitre en chapitre, on suit tour à tour les personnages de Kao et du capitaine Falk. Il est donc facile de deviner que leurs sorts sont liés, implicitement. Par contre, il n'est pas sûr de deviner l'issue, de retenir la fuite en avant et c'est pourquoi le lecteur est happé par cette histoire, hypnotisé et ne lâchant pas une seconde ce livre.
C'est superbe ! Beaucoup d'habileté dans l'intrigue, un sens lapidaire pour la formule qui tranche comme une lame de couteau, des personnages charismatiques et une portée considérable derrière cette histoire ... n'attendez plus !
A partir de 15 ans.

Editions du Rouergue - coll. DoAdo Noir - 406 pages  / Septembre 2007.

Extrait« - Ma mère dit que le cinéma substituait à notre regard un monde qui s'accordait à nos désirs... souffla-t-il.
Mais Nuit et Brouillard ne cadrait pas avec cette définition.
- Le cinéma est plutôt comme une bataille, déclara Fuji.
- Une bataille contre quoi ?
- Contre mille ennemis différents et contradictoires. Contre l'ennui. Contre la frénésie. Contre le quotidien désenchanté. Contre les lendemains qui chantent. Contre les bourrasques qui avalent nos cauchemars. Contre les usines qui broient nos rêves. Contre les laisses invisibles qui nous étranglent. Contre les habitudes qui nous ferment les yeux.
Fuji soupira et reprit :
- Et dans cette bataille, Nuit et Brouillard, avec son texte et ses images implacables, lutte aux avant-postes. Contre l'oubli. Contre les monstres du passé. Contre l'effacement des crimes effroyables de l'Histoire. Nuit et Brouillard lutte contre tout cela. Et prouve que le cinéma peut abriter le temps. »

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25/06/07

DoAdo Noir, une collection de la "jeune littérature" de grande qualité !

je_mourrai_pas_gibierLe village de Mortagne est divisé en deux clans : les vignerons et les scieurs, les employés de la scierie dirigée par M. Listrac, où Frédo Lopez est le contremaître. A Mortagne, aussi, tout le monde chasse. Il y a même un dicton populaire qui cite : "Je suis né chasseur ! Je mourrai pas gibier !".
Mais Martial en a soupé de cette ambiance, de ce trou perdu et de cette mentalité de "bourrins". Il a d'ailleurs choisi la mécanique pour bien marquer la distance. Cela n'empêchera pas la bêtise et la violence de faire son nid à Mortagne.
Mais les têtes brûlées façon Frédo Lopez, Martial en a assez et a décidé de faire leur fête le jour du mariage de son frère. Un fusil de chasse, douze cartouches, des nerfs en béton... Martial met en joue.
Au final : cinq morts, deux personnes dans un état grave et un blessé léger.
Comment en arriver là ? Que se passe-t-il dans la caboche d'un ado plutôt sain d'esprit qui décide de faire justice lui-même, après les actes de barbarie organisés contre le benêt du village ?
L'histoire n'est pas tendre. Guillaume Guéraud a ouvertement inscrit son histoire dans un rythme vif, très nerveux. Il met en scène une violence ordinaire, sous prétexte d'une guéguerre ancestrale, au sein de bougres mal embouchés. La bêtise est brutale, mais hélas associée à un milieu retiré, esclave de la pauvreté sociale et intellectuelle.
Pour échapper à son destin, un gamin a simplement décidé de faire un carnage.
Un roman noir et terrible, lauréat du Prix Sorcières 2007 décerné par l'association des bibliothécaires de France.

80 pages - Janvier 2006.

anges_de_berlinPour fêter la fin de l'année scolaire et des épreuves du bac, Mary convie sa fille Solti à un week-end à Berlin pour le Live 8. Au cours de l'après-midi, la jeune fille s'échappe et laisse sa mère se reposer, mais à l'heure du rendez-vous, nulle trace de Mary !
Désemparée, Solti cherche dans les rues berlinoises, demande une aide quelconque et rencontre un jeune homme qui parle français et vit dans la capitale allemande depuis quelques temps, il s'appelle Nels. Musicien et idéaliste, il n'hésite pas à guider la jeune Solti vers No F., un type bourru qui ne s'exprime que dans sa langue natale, un vieux punk renfrogné qui n'aspire guère de sympathie.
Pourtant, No F. va obtenir des informations précieuses pour mettre la main sur Mary. Cette dernière, ne donnant plus signe de vie, semble en mauvaise posture, ceci étant lié à ses activités d'anarchiste et d'extrême-gauche dans sa jeunesse, quand Mary étudiait à Berlin.
Le temps présent est celui de la vengeance, des réglements de compte. Des anciens camarades refont surface, une femme a été assassinée, bref l'angoisse noue le ventre de Solti, désespérée du sort réservé à sa mère, décontenancée d'apprendre toutes ces mystérieuses embrouilles et dégoûtée par un week-end qui vire au cauchemar.
"Anges de Berlin" est le genre de roman absolument noir, prenant, captivant et angoissant qu'on refuse d'abandonner. Il est écrit de manière tendue, avec des phrases concises, et ne laisse aucune place pour lâcher la pression. Sylvie Deshors, l'auteur, décrit un milieu opaque, celui de l'underground berlinois, celui des anarchistes et des groupuscules de l'extrême. Dans le Berlin d'aujourd'hui, au-delà du climat festif, la violence est tapie dans l'ombre, avec l'organisation politique des néo-nazis.
Ce roman pourrait décontenancer tout jeune lecteur non averti, et pourtant la collection doAdo Noir est désormais réputée pour éviter tout écueil.
Personnellement j'ai été scotchée par cette histoire, admirablement écrite, au style syncopé et percutant. Le récit est terriblement excitant, il n'hésite pas à mêler la peur et l'incertitude aux arcanes de ce polar haletant. Agressions, meurtre, traque informatique sont au menu !
Régalez-vous !

210 pages - Mars 2007.

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19/04/07

Quelques lectures pour les plus grands

Voici 3 romans destinés pour les lecteurs dès 12 ans :

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Des princesses et des hommes, Emmanuelle Delafraye. - Lucille a seize ans, elle vit seule avec sa maman qui est peintre et qui a un peu de mal à joindre les deux bouts. Le papa est un homme fort occupé, qui téléphone trois fois par an à sa fille et lui envoie des vêtements qui coûtent une fortune mais qui ne collent pas du tout au style de celle-ci. Alors un jour elle décide de lui suggérer qu'il lui adresse des tissus plus originaux car Lucille est habile de ses mains et se confectionne ses propres tenues. L'idée n'est pas au goût du père et les deux se fâchent.
C'est le début de la galère. Soudainement Lucille se sent mal dans sa peau, abandonnée donc agressive. Elle néglige ses leçons, devient arrogante avec ses professeurs, se dispute sans cesse avec sa mère et même l'acteur Johnny Tebbud parvient difficilement à lui faire oublier la réalité sordide et pénible de son existence.
Avec un titre aussi mirifique, "Des princesses et des hommes", le roman d'Emmanuelle Delafraye tient effectivement ses promesses à raconter le malaise d'une adolescente qui souffre de l'absence de son père. Se sentant mal aimée et rejetée, la jeune fille va se réfugier dans un monde imaginaire, celui des paillettes du cinéma hollywoodien. Et plus elle s'y perd, plus la remontée vers le réel lui semble insurmontable. Il lui faudra donc beaucoup de patience, pas mal de prises de tête encore, et surtout du soutien, de l'amitié et de l'amour pour qu'elle reprenne pied dans la vraie vie. Ce roman est léger, pétillant, reflète bien les effets pervers de l'adolescence désenchantée qui cherche ses repères où elle peut, et évidemment la fin est bien heureuse et hâtivement remédiée !  D
ès 14-15 ans.

Les trilingues, Emmanuel Arnaud. - Je comprends que ce livre remporte autant de succès auprès des jeunes lecteurs car le style du narrateur ne peut que leur être très proche. C'est un franc parler, un style décousu et mordant, un mélange de verlan, de franglais et de vas-y-comme-je-te-pousse. Moi je n'aime pas trop, par contre ça a le mérite d'être très drôle ! Le narrateur nous livre sans ambages son année de 6e 7 dans le collège-lycée La Bruyère à Paris dans sa classe des trilingues (le choix délibéré des parents pour contourner la carte scolaire !). Avec lui, on comprend que ses camarades japonaises sont taxées de "thons", que leur mutisme et leur politesse sont trop beaux pour être vrais, que leur culture a le goût douteux du thé vert à boire sans fin ou du tofou ("un gros bloc de gelée, genre pas de goût, à faire vomir un zombi, qui flotte comme ça à la surface des plats"...). Et c'est le père Goldour qui est à l'initiative de toutes ces réjouissances, lui le responsable de l'Association d'amitié franco-japonaise. Je vous laisse la surprise de bien autres expériences poilantes prévues à leur programme ! Le livre se terminerait même sur un voyage au Pays du Soleil Levant, cela annonce-t-il une suite prochaine ?
C'est finalement ce qu'on lui souhaite, car même si c'était plutôt mal parti, ce roman est bourré de charme, d'humour goguenard et il colle définitivement au public destiné. Par contre, le personnage du père est un peu lourd, ou bien l'auteur a résolu un problème en épinglant les adultes dans la caricature un peu trop facile. Pas grave, ce roman a des atouts en poche qui vous feront convaincre que ... Allez, optez pour l'option Japonais !  Dès 12 ans.

La main de l'aviateur, Florence Aubry. - Découvrez vite cet univers angoissant, ce silence, ces mystères qui pénètrent dans le roman de Florence Aubry ! On y rencontre une adolescente de 16 ans, Gabrielle, enfermée dans une hutte de chasseurs, blessée, affaiblie et l'esprit en miettes. Pourquoi est-elle là ? Comment tout a commencé ? En Espagne ? Chez sa mère qui l'élève seule et qui semble être déçue de sa fille à vouloir s'en débarrasser sans état d'âme ? Ou en 1945, près de la dépouille d'un aviateur ? Et cet anneau en or, Emily and Greg for ever, quel étrange pouvoir dégage-t-il ?
"La main de l'aviateur" vient enrichir le catalogue de la nouvelle collection DoAdo Noir et c'est clair que son orientation toute désignée se passe de commentaires. C'est très bien écrit, laissant la place à une intrigue bien ficelée, une enquête se déploie, infime mais suffisamment aggrippante, et ces plongées dans le passé rendent le récit encore plus dense et passionnant ! J'ai beaucoup aimé, même frissonné à quelques indices, et même si ce roman est destiné à la jeunesse, il peut intéresser un large lectorat.  Dès 15 ans.

Editions du Rouergue, collection DoADo.

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15/03/07

2 romans pas que pour la jeunesse

Atrabile, Hélène GaudyJ'avais été séduite par la plume d'Hélène Gaudy en découvrant son roman "Vues sur la mer" (ed. Impressions Nouvelles, 2006) et c'est aussi naturellement que j'ai apprécié son style et son univers avec ce 1er roman destiné pour la jeunesse (mais pas seulement, j'entends par là aussi tout ceux qui pensent que cette littérature n'est pas mineure mais très riche et intéressante ).

Atrabile est le nom de code d'un adolescent de 15 ans, Thomas. Il vient de perdre son grand-père, a accompagné ses parents aux funérailles, empaquetté quelques bricoles qui rappellent le disparu avant de rentrer chez eux à Paris. Là où les choses ont commencé à aller de bancal, selon lui. Voilà pourquoi il a décidé un soir après le lycée de ne pas rentrer chez lui et de prendre le train pour partir dans le Sud vivre dans l'appartement du grand-père. Nom de code, mission secrète.. Atrabile est un garçon mystérieux et qui a soif de dessous obscurs.

En fait, Atrabile est paumé. Il ne connaissait pas du tout son grand-père car l'homme refusait de lui parler. C'est une blessure secrète pour l'adolescent, un détail qui n'a jamais fait l'objet de discussion dans sa famille. Pourquoi tant de silences ? En se rendant dans l'appartement du défunt, Atrabile espère faire connaissance avec le fantôme du grand-père. Il fouille les cartons et feuillette les albums pour dessiner un portrait du disparu (et si ça pouvait coller avec l'image du héros mystérieux qu'il s'imagine, ça serait formidable !..). Mais bon...

Sur place, il fait la rencontre d'une jolie fille, une rescapée de l'Apocalypse, pense-t-il, une fille qui pourrait le comprendre.

Alors voilà, ce petit roman est charmant, écrit avec sensibilité, narrant la mémoire d'un grand-père grincheux dont l'auréole de gloire a été héritée de ses exploits passés. C'est difficile pour un garçon de faire connaissance avec cet ancêtre qui semblait préférer la vie de ses proches dans des albums au lieu de les apprécier dans la vraie vie. La quête d'Atrabile est par certains aspects nimbée de nostalgie, de douceur et de tristesse. Et d'un autre côté, le garçon se confronte à la réalité avec une lucidité et une fraîcheur propres à son âge. Soit, l'auteur ne va pas au bout des choses, laisse encore des zones dans l'ombre, mais après tout ce n'est pas grave. On en retient d'avoir lu un très beau roman qui recèle toute la fragilité d'un adolescent mis en présence de l'absence et de la mort. C'est très bien écrit, et c'est une lecture susceptible de rattacher parents et enfants !   Le rouergue, mars 2007.

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Rouge métro,  Claudine Galea - Il y a sept mois déjà, Cerise a subi un choc considérable. C'était un lundi du mois de juin. Elle rentrait de chez sa meilleure amie Clara pour retrouver son père. Il n'était pas encore 22 heures et elle a l'habitude de prendre le métro depuis l'âge de 11 ans... Ce jour-là, elle avait mis sa belle robe rouge toute neuve.

J'essaie de me souvenir. De mettre dans l'ordre. Je me souviens et je fais partir les choses. De cet endroit, là. Là. Je ne sais pas nommer. Un endroit dedans. Qui fait mal quand je passe dessus. Je passe dessus sans m'arrêter. Je vérifie. La douleur est toujours là. Elle ne part pas. C'est même le contraire, elle augmente.

Cerise est une jeune fille ordinaire, qui n'a jamais eu peur de prendre le métro. Elle y a en fait découvert que c'était là un endroit excitant où elle pouvait écouter les gens parler. Cerise adore entendre les mots des autres, elle écoute, elle note des bouts, des monologues entiers, retient et compose ensuite sa petite popote. Cerise est une grande sensible, émue par des visages, des larmes, des cheveux; elle est aussi très touchée par les sans-abris qui prennent le métro avec des discours qui la mettent à l'envers. Elle ne s'habitue pas à ce qu'il y ait des gens aussi seuls, aussi abandonnés.

Comme ce soir-là, cet homme aux yeux verts a lancé son propos, avec la hargne et le ras-le-bol. Ce type est au bout du rouleau. Pas qu'un peu... Quand on commence à entrer dans l'histoire de Cerise, on ressent tout le poids et le souffle du drame. On se demande ce qu'il s'est passé, on veut savoir. Le dénuement de Cerise est à la fois accablant et émouvant. On dévore son histoire qui déroule le film de ce soir-là. Le charme qui s'en dégage nous rend quasi extatique, fasciné. On boit les paroles de Cerise, on se nourrit de son désespoir. C'est froid, c'est poignant et on en sort avec une grosse boule au ventre. Franchement, ne passez pas à côté ! C'est un petit livre qui ne paie pas de mine et pourtant il est capable de vous renverser illico.  Complètement bouleversant !  Le rouergue, mars 2007.

A noter : ce livre figure parmi la nouvelle collection de romans pour adolescents, doAdo Noir. Parce que la collection a la réputation d'être sans concessions, les éditions du Rouergue ont voulu afficher d'emblée la couleur. Dans doAdo Noir, ce sont des histoires à vif, qui jouent du mystère, du suspense ou du frisson, et qui éclairent les zones sombres et frappent toujours fort.

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