A la mort de son père, Thais, dix-sept ans, voit sa tutelle confier à Axelle Gauvin, une amie de la famille qu'elle ne connaît pas du tout. Elle part donc s'installer à la Nouvelle-Orléans, découvre un monde nouveau et excentrique, mais la plus grosse découverte consiste à tomber nez-à-nez avec son sosie parfait. Thais aurait donc une soeur jumelle, Clio, laquelle a été élevée chez sa grand-mère et ... initiée à la magie dès son plus jeune âge. Thais tombe des nues, mais ses soucis ne font que commencer.
Pour un premier tome, nous avons tous les éléments en place : présentation des personnages, de la magie, des secrets et des enjeux, l'histoire prend vraiment son temps pour installer ses pions, c'est assez long, pas très palpitant non plus, surtout qu'au final il n'y a pas de grosses surprises pour pimenter tout ça. Donc, d'un certain point de vue, c'est une lecture très lisse et peu originale.
Ensuite, Clio et Thais tombent toutes les deux amoureuses de beaux garçons au charme ténébreux, l'une pour un certain André, et l'autre pour Luc. Mais ne vous attendez pas à une nuée de papillons dans le ventre, car l'histoire ne nous laisse même pas le temps de partager cette sensation, car à peine esquissé, c'est déjà plié ! Beaucoup de promesses et d'attentes pour un résultat banal et bien frustrant, c'est ce que je retiendrai de cette lecture, maintenant la suite ne peut que se développer car elle a toutes les cartes en main. Parution du tome 2 en avril 2013.
Balefire, tome 1 : Le Calice du vent, par Cate Tiernan Msk, 2012 - traduit par Aude Lemoine
Saint-Denis, banlieue Nord. Le petit Cépou, un gamin du quartier, passe son temps à regarder ses baskets, en traînant dans le tram pour échapper au contrôleur, qui a un visage d'ogre. Chez lui, ce n'est pas la fête non plus, tous les soirs à la même heure, les Perrault regardent les jeux à la télé et rêvent de gagner au loto. Il faut dire que, avec sept gosses à nourrir, le père sans boulot et la grand-mère qui s'est cassé le fémur, c'est un peu dur !
Un matin, les Perrault ont un plan et envisagent de semer les mômes dans la jungle des Halles. Entre les multiples stations de métro, les panneaux publicitaires, le monde partout, les visages faussement souriants, viennent aussi les grimaces et les pleurs lorsque les enfants réalisent qu'ils sont perdus. Le petit Cépou, le plus rusé de la bande, calme le jeu et entend ramener ses "ginfrans" à la maison grâce à des chewing-gums semés en chemin.
Dans cette version urbaine et moderne, le Petit Poucet trouve une seconde jeunesse. L'humour y est grinçant, le style enlevé, pour une lecture agréable et humoristique. L'histoire était déjà parue dans la collection "Mini Syros, Paroles de Conteurs" en 2009, mais il fait aujourd'hui peu neuve grâce aux illustrations de Bruno Heitz, un format plus grand et un cd où l'auteur, Pépito Matéo, laisse éclater sa gouaille avec brio. C'est drôle, impertinent et décalé.
Le petit Cépou, par Pépito Matéo et Bruno Heitz (Syros, éd. 2012)
Je ne connais pas beaucoup Mankell, à part ses romans policiers avec Kurt Wallander, j'en avais une image un peu froide et déprimante, comme souvent avec les auteurs nordiques. Sa série pour les jeunes lecteurs est donc particulièrement surprenante, dans le sens où le ton est décalé, avec un humour espiègle, qui prête à sourire. Une chouette lecture, franchement savoureuse. Au centre, nous avons un garçon de 12 ans, Joel, qui ne connaît rien à la vie, qui vit dans sa bulle et qui a un esprit débordant d'imagination.
Le gamin vit seul avec son père Samuel, sa mère a quitté le foyer et n'a plus donné de nouvelles. Elle existe sous le prénom de Jenny, et puis c'est tout. Bref, l'histoire commence au moment où Joel traverse la rue sans regarder et passe sous un bus. Il se relève sans la moindre égratignure, un vrai miracle ! Par contre, le garçon est perplexe et s'interroge. Maintenant, que doit-il faire ? Accomplir une bonne action pour remercier d'être un miraculé ? Oui, pense-t-il. Alors il choisit d'aider son amie Gertrude, défigurée depuis son opération bâclée, car sous ses airs de folle, elle est complètement désespérée. Il est temps de lui trouver un amoureux pour lui changer les idées !
Le garçon doit d'abord trouver le candidat idéal, ce qui n'est pas facile lorsqu'on habite une ville minuscule, au fin fond de la Suède, sans la moindre activité fédératrice, si ce n'est boire un verre au bistrot, se chamailler ou danser au bal du samedi soir. Joel prospecte, scrute et tâtonne, il envoie des lettres d'amour, donne des rendez-vous secrets, et puis cela devient trop compliqué pour lui. En fait, il n'a aucune expérience du monde des adultes, tout le dépasse et il fait pire que mieux.
Le cadre est posé, c'est à la fois tendre et cocasse, avec une brochette de personnages attachants, beaucoup de fraîcheur, d'innocence et d'excentricité. On suit l'intrépidité du garçon avec enthousiasme, et même si son aventure tourne au vinaigre, on espère pour lui et son petit monde que le soleil brillera à nouveau. Il y aura d'autres livres de la sorte, avec Joel Gustafsson, l'auteur en a écrit quatre tomes, le premier (A Bridge to the Stars) n'a pas été traduit, le prochain (When the Snow Fell) est prévu pour l'automne 2013. La couverture française est signée Olivier Balez. Le titre, très beau, donne une idée de la touche de poésie qu'a su apporter la traduction, très soignée.
Seuil, 2012 - traduit par Marianne Ségol-Samoy et Karin Serres illustration de couverture : Olivier Balez
à toi, ma fille, déjà une droguée des écrans, comme toute sa génération, parce que je n'ai pas envie qu'elle dise un jour à ses enfants : “ en ce temps-là, il y avait des libraires et des librairies ” ...
aimez-les, soutenez-les, achetez vos livres chez eux !
“I say, 'I will not be your weakness, Sean Kendrick.' Now he looks at me. He says, very softly, 'It's late for that, Puck.”
Quel fabuleux roman ! Je ne m'attendais pas à ce qu'il me plaise autant, j'ai adoré chaque minute passer à le lire, c'était un moment sublime, déstabilisant mais mémorable. Rien n'indiquait que l'histoire allait m'embarquer à ce point, on y parle de chevaux surgissant de la mer, avides de sang et de viande, des chevaux sauvages et intrépides, mais des chevaux dont toute la communauté de Thisby est bougrement fière !
L'île de Thisby est également un cadre magnifique, c'est une île de pêcheurs, peuplée de gens simples et qui sentent le poisson, c'est un microcosme d'hommes et de femmes éprouvés par les pertes, mais qui gardent toujours la tête haute par fierté. C'est une question de principe. Cette terre, on l'aime et l'on l'accepte, sinon on part sur le continent à la quête d'une autre vie, plus riche, moins étouffante. Puck Connolly est une jeune fille qui a toutes ses racines sur cette île, jamais elle n'envisagerait de la quitter. Ses parents sont décédés, elle a grandi avec ses deux frères, Gabe et Finn, et tout commence lorsque l'aîné annonce son intention de partir.
Le monde de Puck s'effondre, par bravade elle annonce qu'elle va participer aux Courses du Scorpion, réputées dangereuses et réservées aux cavaliers émérites. Qu'importe, Puck est une jeune fille farouche et orgueilleuse, elle n'a cure des quolibets et s'inscrit avec sa jument Dove. Non seulement c'est la première femme à participer à une telle course, mais de surcroît elle se présente avec son cheval de la plaine, alors que ses concurrents chevauchent les terribles capaill uisce. Soit elle est folle, soit elle compte mourir.
Sur la plage, lors des premiers entraînements, Puck rencontre Sean Kendrick, le champion des dernières éditions. Il concourt sur le cheval le plus rapide de l'île, pour le compte de l'homme le plus riche de Thisby, mais le garçon est à un croisement des chemins lui aussi. Nul autre que lui n'a cette même connivence avec sa monture, c'est un type exceptionnel, passionné par les chevaux et la mer, neuf ans plus tôt son père a été tué sous ses yeux, depuis il est devenu un garçon solitaire, enfermé dans sa bulle, très sensible aussi et soudainement bouleversé par l'intrusion de cette Puck Connolly.
Le rythme du roman est assez lent, mais pas dénué d'intérêt, car tout se construit pièce par pièce. Le décor se plante, on découvre les moindres recoins de Thisby, fait connaissance avec sa population, on aime, on s'attache, on peste, et puis on s'amourache de cette tendre complicité qui s'installe entre Puck et Sean. C'est tellement touchant. Pudique et miraculeux. Avec leurs sentiments à fleur de peau, ils vivent une relation sans fausse note. Sans oublier leur combat vers cette course qu'on attend fébrilement, et qu'on vit tout aussi intensément. Ouhlala, cela faisait un bon petit moment que je n'avais pas eu l'occasion de lire un roman aussi magique et prenant ! J'ai même versé ma petite larme à la fin, pour dire combien j'étais à fond dans mon truc. Une telle communion avec son livre, moi j'en demande encore !!!
Sous le signe du Scorpion, par Maggie Stiefvater Hachette, coll. Black Moon (2012) - traduit par Camille Croqueloup
“That's a poor match, Sean Kendrick," says a voice at my elbow. It's the other sister from Fathom & Sons, and she follows my gaze to Puck. "Neither of you are a housewife." I don't look away from Puck. "I think you assume too much, Dory Maud." "You leave nothing to assumption," Dory Maud says. "You swallow her with your eyes. I'm surprised there's any of her left for the rest of us to see.”
“Shhhhhh, shhhhhh, says the sea, but I don't believe her.”
Le commissaire Erlendur est en vacances prolongées et a coupé tout contact avec ses collègues. Voilà qui donne un peu de champ libre à Sigurdur Oli, dont on va découvrir la véritable personnalité, lui qui est décrit comme un type froid, très snob et un mauvais mari, l'occasion lui est donné de se présenter sous un jour nouveau. Et effectivement, la recette est miraculeuse. J'ai pris plaisir à mieux cerner ce personnage torturé, à travers ses relations avec sa mère, mais aussi avec son père, à travers leur histoire de couple notamment, puis leur séparation. Inévitablement on pense à sa propre histoire avec Bergthora et certaines fêlures trouvent enfin leurs explications.
N'oublions pas que Sigurdur est flic et qu'il doit tremper dans la gadoue pour aider un ancien camarade d'école. Le beau-frère de celui-ci s'est fait pincer dans une soirée *entrecôtes* et depuis il est victime de chantage. Une petite intervention anodine de Sigurdur pourrait impressionner la jeune femme et calmer le jeu. Hélas, cette dernière est rouée de coups par un individu. Seul témoin sur les lieux, le policier est alors dans l'embarras.
L'enquête va également nous conduire auprès d'investisseurs banquiers, déterrer de vieux dossiers mêlant le sexe, le fric et le crime crapuleux. Ambiance poisseuse, mais ambiance pesante. A ceci s'ajoute un revenant du passé, un clochard qui veut raconter à Erlendur son enfance dévastée par la faute d'un pédophile. Bon, on ne se marre pas à tous les coins de page, c'est sûr, mais on ne moufte pas non plus. Il faut suivre cette histoire dans un silence religieux et angoissant, qui ne laisse rien filtrer. Lorsque les masques tombent, forcément on en prend un coup au moral.
Insoupçonnable et pourtant élémentaire, cette histoire nous plonge dans des abîmes profonds. C'est amer, mais c'est bon comme un café sans crème. Par contre, j'ai souri malgré moi en replongeant dans cette Islande en pleine croissance économique, c'était une époque pas si ancienne, mais qui nous semble tellement surréaliste aujourd'hui... Prévoir pas moins de 10 heures d'écoute en version Audiolib.
La muraille de lave, par Arnaldur Indridason éditions Métailié, 2012 et Audiolib 2012 - traduit de l'islandais par Eric Boury
Jean-Marc Delhausse excelle à mettre son interprétation au juste ton de ce sombre constat d'un monde qui renie ses valeurs.
Flic à la retraite, Lionel Kasdan reprend du service en découvrant le cadavre de l'organiste dans sa paroisse. Son collègue improvisé, Cédric Volokine, est un jeune inspecteur brillant, mais junkie en cure de désintoxication, venant tout juste de surgir du fond de sa cellule. A eux deux, ils forment une équipe de bras cassés, particulièrement cocasse, car l'un est désabusé et l'autre tout aussi cynique sur la condition humaine, l'esprit de noël, les crimes commis sur les enfants, les injustices etc. Face à eux, une sombre histoire mêlant une chorale d'enfants, un chant lyrique d'une pureté absolue, un contexte politique ahurissant, et je n'ose m'avancer davantage. Au fil des chapitres, j'étais interpellée par les nouvelles pistes, les révélations et les constats tous plus aberrants les uns que les autres. Il est vrai que parfois, la vérité est encore plus dérangeante ! C'était le premier roman de JC Grangé que je découvrais et je n'ai pas été déçue ! C'est une histoire noire, terriblement amère et désolante. Le narrateur qu'est Jacques Chaussepied a d'ailleurs tout saisi du moral abattu de nos protagonistes, le ton est accablant, le rythme glaçant... c'est carrément bluffant. Tout le monde est las des vicissitudes de l'espèce humaine, même l'issue nous met sommairement k-o. C'est probablement glauque, mais alléchant, et je renouerai bien vite avec cet univers obscur, notamment avec Kaïken.
Miserere, par Jean-Christophe Grangé éditions Albin Michel, 2008 / Audiolib, 2008 Livre audio 2CD MP3 638 Mo + 623 Mo - Temps d'écoute : 17 heures 30
Hazel et Jack sont voisins et très bons amis. La maman de la fillette aimerait d'ailleurs qu'elle s'ouvre aux autres, qu'elle fréquente des filles, qu'elle s'adapte à sa nouvelle école, mais rien n'y fait. Hazel est une enfant fantasque et rêveuse, qui passe pour être impertinente et cinglée aux yeux de ses camarades et des enseignants. Seul Jack l'accepte comme elle est. Ensemble ils jouent dans la neige, se lancent des boules en pleine face et puis paf ! c'est le pépin. Jack a reçu un éclat de verre dans l'oeil et doit rentrer chez lui pour se soigner.
Les jours d'après, pas de nouvelles du garçon. Hazel se rend chez lui, sa mère lui raconte qu'il est en meilleure forme, puis qu'il est parti rendre visite à une tante. C'est bizarre, mais Jack a changé. Il est froid, distant, méconnaissable. Il préfère jouer avec les garçons de sa classe, n'a plus envie d'être avec elle. Alors Hazel décrète que son ami Jack a été frappé par une malédiction, qu'il a été enlevé par une reine des neiges, dans son palais des glaces, et décide de se rendre dans la forêt pour le libérer.
C'est un petit conte d'hiver qui colle parfaitement aux envies du moment, il fait froid et on n'a qu'une envie, c'est de se blottir chez soi en bouquinant des histoires qui nous transportent vers un ailleurs où la réalité n'a plus lieu d'être. Cette histoire avec Hazel et Jack m'a bien évidemment fait penser à la Reine des Neiges d'Andersen, l'ambiance est aussi sombre, frileuse et poignante.
Ici l'héroïne est touchante à sa façon, c'est une solitaire incomprise, qui a su trouver dans son imaginaire un refuge réconfortant. La petite fille adore les romans comme Narnia, Harry Potter ou A la croisée des mondes. Elle ne manque jamais d'idées farfelues pour s'évader et voir le monde autrement. C'est peut-être la limite qui rend le récit si incertain, faut-il basculer dans le réel ou baller vers l'irréel, discerner le vrai du faux.
Car Hazel et Jack ont tous deux de gros soucis chez eux (divorce et dépression), toutefois ce sont des problèmes perçus avec leurs regards d'enfant. Le ton général du roman m'est également apparu très simple, sans prise de risque. La deuxième partie du roman s'échappe vers le féerique, dès l'entrée dans les bois, elle a recours à des références fantastiques, comme la peau de cygne, le gardien d'oiseaux ou les allumettes magiques. C'est une lecture sans grande surprise, mais qui n'en demeure pas moins douce et délicate. La couverture est signée Olivier Balez et est de toute beauté !
La forêt des coeurs glacés, par Anne Ursu Seuil, 2012 - traduit par Rosalind Elland-Goldsmith illustration de couverture : Olivier Balez
L'histoire se passe quelques années après Blood magic et concerne la fille de la maléfique Joséphine Darly, mais rassurons-nous, Mab Prowd est une jeune fille délicate, sensible, qui oeuvre pour le bien. Depuis la mort d'Arthur, son mentor, elle est devenue le nouveau Diacre et doit réaliser un sort pour chasser une malédiction, mais l'expérience dérape et va frapper Will, un garçon qui se promenait au même moment dans la forêt, avec ses deux chiens.
C'est seulement quelques jours après qu'il réalise qu'il ne se sent pas bien et doit revoir Mab dans sa ferme. La jeune fille promet de lui venir en aide, comme elle a juré de sauver un petit garçon qu'elle héberge et qui a subi l'ascendance mauvaise de son père. Nous renouons ainsi avec la magie du sang, les incantations et les sacrifices, mais ce n'est pas bien méchant, beaucoup moins que dans le précédent livre, qui était plus saisissant. C'est même le reproche que je ferai à BLOOD LOVERS : c'est une lecture moins forte, moins percutante, peut-être parce qu'elle n'a plus le privilège de la nouveauté non plus. L'histoire est ici assez simple et évidente sur toute la ligne, pas de grandes surprises à prévoir, peut-être dans la dernière partie, et encore...
J'ai toutefois apprécié suivre l'histoire d'une certaine Evelyn Sonnenschein à travers sa confession, ou sa déclaration d'amour, qui remonte à quelques années. Le reste du roman est raconté alternativement par Will et Mab, avec un bémol pour les passages concernant le garçon dont les soucis familiaux ne m'ont pas particulièrement emballée. Je préfère largement me plonger dans l'univers plus sombre, plus grisant, plus poisseux de la magie, c'est d'ailleurs le point fort de Tessa Gratton qui dresse un décor fantastique et fascinant. Il serait néanmoins temps de se renouveler, car la recette a eu un goût de réchauffé avec ce roman.
Blood lovers, par Tessa Gratton La Martinière J. (2012) - traduit par Anne-Judith Descombey
Mackie Doyle n'est pas un garçon ordinaire, avec ses cheveux blancs, sa peau très pâle, son air de souffrir dès qu'il s'approche du fer, ses maux de tête et sa fatigue perpétuelle, bref le garçon est un adolescent effacé, qui ne sort qu'avec sa bande de potes, certains soirs, pour écouter du rock ou jouer au billard, mais sinon il reste chez lui, où on fait comme si tout va bien, ses parents ont remisé l'inox au fond des placards, seule sa soeur Emma est attentive à ses baisses de régime.
Pourquoi ? Car des années plus tôt, c'est elle qui a surpris une silhouette se glisser dans la chambre de son frère, s'approcher du berceau, s'emparer du bébé et en déposer un autre avant de s'enfuir. C'est une pratique courante dans la petite ville de Gentry, mais personne n'ose en parler ouvertement. Un récent drame risque de secouer toute la communauté, lorsque la fille aînée des Stewart, Tate, prétend que ce n'est pas sa soeur qu'on vient d'enterrer et qu'elle va remuer ciel et terre pour avoir des réponses. Elle se tourne vers Mackie, qui panique et s'enfuit.
Sa santé le mettant de plus en plus au supplice, Mackie fait appel aux seules personnes susceptibles de l'aider, des personnes comme lui, qui vivent dans des galeries souterraines, qui font semblant d'être comme tout le monde, qui se nourrissent des émotions humaines et qui tentent de communiquer, à leur façon, de l'énergie. Mais ce marché a un prix, Mackie doit accepter le deal, ou sinon la Méchante de l'histoire va sortir ses griffes et faire un massacre.
L'histoire est superbement parée d'un climat sombre, oppressant et mystérieux, c'est particulièrement fascinant, mais sitôt qu'on soulève le voile, qu'on gratte les artifices, on découvre une intrigue qui se réduit comme une peau de chagrin. Vraiment très peu consistante. C'est à se demander si la magie essentielle de ce livre ne réside pas entièrement dans son univers, gothique et effrayant, car les éléments autour sont vides d'intérêt. C'est même assez simpliste, jusqu'à la fin, pas très folichonne non plus. Si vous aimez les romans d'ambiance, les petites villes hors du commun, avec leurs légendes qui font peur, vous apprécierez de connaître Gentry, "un océan de monospaces, de pelouses et de golden retrievers".
L'Echange, par Brenna Yovanoff éd. Michel Lafon, 2012 - traduit par Isabelle Saint-Martin