Voici déjà le troisième tome des aventures de Nate ! Au sommaire : une heure de colle, une gamelle dans la rue, un vol plané de skate, une chute dans l'eau, une réunion chez les scouts, une vente d'horribles gravures "petits bonheurs", un gros lot à remporter, une compétition farouche, un adversaire de taille, un garçon trop parfait, trop génial, trop populaire (Artur), une jalousie grimpante mais une énergie du désespoir pour remporter ENFIN la victoire.
Pour une fois.
La lecture se révèle très drôle, comme toujours. Ce savant mélange de texte et de bande dessinée plaît aux enfants, ça se lit tout seul, les personnages sont attachants et Nate est un héros ingénieux, auquel peuvent facilement s'identifier les lecteurs. Vous ne manquerez pas de sourire face aux situations incongrues, mais tellement cocasses, qu'il faudrait être en marbre pour demeurer indifférent. C'est donc une bonne petite série, pour les enfants qui n'aiment ni la lecture trop longue, ni trop descriptive. Vous aurez là le bon compromis, à l'instar du Journal d'un dégonflé de Jeff Kinney ou Tom Gates de Liz Pichon.
Big Nate : roi du skate, par Lincoln Peirce Gallimard jeunesse, 2012 - traduit par Jean-François Ménard
Tom Gates, qu'on ne présente plus, est en vacances pour 15 jours et entend bien passer son temps libre avec son meilleur pote Derek, mais le garçon est consigné chez lui car il doit à tout prix rendre son compte-rendu critique et ses parents ne plaisantent pas sur les devoirs. Il en faut plus pour stopper Tom dans ses projets, il fait appel à la bonne vieille ruse du pompage, puis file chez son copain et c'est le début des festivités.
Problème, Tom a de plus en plus de mal à la dent. Il souffre en silence, a trop peur de se rendre chez le dentiste mais doit s'y résoudre lorsque son visage triple de volume devant les yeux effarés de toute sa classe. Pénitence sur les friandises pendant quelques semaines, la vie peut s'avérer tellement injuste. Mais ce n'est pas tout, la malchance semble lui coller à la peau, car Tom et Derek sont forcés par leur directeur de se joindre à l'orchestre de l'école, une décision plus que ringarde, eux qui ambitionnent de recruter un batteur pour leur groupe de rock, les célèbres Clebs Zombies, ils sont quelque peu dans la panade.
Sur la couverture du roman, il est écrit 100% rigolo et ce n'est pas exagéré ! Les aventures de Tom Gates se résument à une enfilade de situations cocasses et parfaitement risibles, c'est aussi un carnet ponctué de croquis, très nombreux, de quoi soulager le temps de lecture et motiver les plus frileux à avaler ces 300 pages et plus. Franchement, vos enfants ne le regretteront pas. Tom Gates est, de surcroît, un personnage sympathique, qui ne file pas toujours droit, mais c'est un bon exemple car la morale veut qu'il ne sert à rien de tricher, la vérité sera forcément démasquée. Petit clin d'oeil à Marcus Meldrou. J'ai aussi une grande tendresse pour les Fossiles et les biscuits poissons, avec des yeux, de mamie. Vous comprendrez !
Tom Gates : Excuses béton (et autres bons plans), par Liz Pichon Seuil jeunesse, 2012 - traduit par Natalie Zimmermann
C'est l'histoire d'un tout petit point dans le ventre, un grain de poussière qui danse dans la lumière, pas plus gros qu'une mini-grenouille ou une crevette naine. Bonjour Alma ! Au fil des semaines et des mois, elle devient haute comme trois pommes, longue comme un pain au chocolat, pèse le poids d'un hamster ou d'une plaquette de beurre. Ses émotions et ses sensations aussi se développent, c'est l'agitation folle, la danse de saint Guy. Alma est heureuse, elle nage comme un poisson dans son bocal, ses rêves sont aquatiques, mais elle se sent de plus en plus à l'étroit, et comme son cerveau la rend curieuse, elle a bien envie de savoir ce qui se passe derrière la paroi rouge, dans ce monde inconnu d'où lui parviennent tant de sons, de saveurs et d'informations.
Visuellement, cet album est déjà une petite merveille ! Le style de Laurent Moreau, avec ses belles couleurs et ses ondulations qui swinguent à toutes les pages, est un véritable enchantement. A la plume, Stéphane Audeguy n'est pas en reste pour nous éblouir. Avec son histoire qui évoque la grossesse et la naissance, il fait montre d'élégance et de poésie rare pour nous décrire ce petit bout qui grandit et grossit dans le ventre de sa maman. Après la séduction par l'image, le ravissement par les mots... C'est comme une mélodie, douce à l'oreille, on est sous le charme, immédiatement happé par le récit, répétant chaque son dans un murmure. C'est fort de cette harmonie épatante et étourdissante qu'on sort de cette lecture ... Un moment magique !
Alma n'est pas encore là... par Stéphane Audeguy et Laurent Moreau (Gallimard jeunesse, 2012)
Pour fêter son anniversaire, pour apprendre à compter, pour être patient, pour se battre, pour faire confiance, pour s'aimer, pour embrasser les nuages, parce que c'est une preuve d'amour...
Ce n'est pas seulement l'enfant qui se pose cette grande question, c'est aussi le chat, le boulanger, la grand-mère, le marin, et même le canard ! Chacun a en effet sa propre raison de vivre. Ou sa propre idée sur la question.
Cet album a été concocté avec un zest d'humour, beaucoup de tendresse et une grosse louchée de poésie. Il est plus qu'accessible pour les jeunes lecteurs et donne matière à réfléchir sur cette fameuse grande question !
A noter : Cet album est la réédition d'un titre paru aux éditions Être, primé à Bologne en 2004.
La Grande Question, par Wolf Erlbruch (éd. Thierry Magnier, 2012)
Un matin comme un autre, la famille Polipoil se réveille et découvre le jardin couvert de neige. Papa décrète alors que c'est Noël. Avis à tous, il faut préparer cet évènement en décorant le sapin, ou en cuisinant des petits boudins blancs et aussi en grattant quelques notes de guitare en prévision d'une chanson spéciale pour le soir.
En se rendant dans le grenier pour trouver les décorations du sapin, Papa Polipoil tombe sur un déguisement d'indien. Hop, il l'enfile et s'exhibe devant sa famille ... qui ne le reconnaît pas ! Sous les cris de leur maman, les enfants le chassent et le saucissonnent dans la cour. Maintenant, il faut attendre le retour de Papa, mystérieusement disparu depuis l'épisode de l'indien, probablement celui-ci a eu la trouille et s'est faufilé vers une issue de secours.
Un nouveau retournement de situation accompagnera le retour du Papa Polipoil, dans la joie et la bonne humeur, avec des chants de Noël autour de la table familiale, quelques boudins scintillants, des pas de danse et des visages heureux. C'est beau ! Très drôle aussi. J'adore cette série, c'est déjà le deuxième tome et je vous recommande fortement cette lecture faite d'humour décalé, d'aventures folles et doucement exagérées. Quelle famille !
Le Noël des Polipoil, par Astrid Desbordes et Pauline Martin (Albin Michel jeunesse, 2012)
Parce que ce blog est avant tout un espace dédié aux lectures pour la jeunesse, et parce qu'il est notamment suivi par des âmes pures et chastes (ma fille, ses cousines, ses copines ... toutes adolescentes) que j'entends naturellement préserver, bref il est temps pour moi d'héberger ailleurs mes lectures inavouables !
Sur le chemin de l'école, le jour de la rentrée, un petit garçon croise un drôle de personnage tout jaune. Il se lie aussitôt d'amitié avec lui et le présente à sa maîtresse en tant que Lucien. Le soir, il fait le même cinéma à ses parents, il se met à table à côté de lui et dort blotti contre son nouvel ami.
Au bout de quelques jours, les copains le chahutent pendant la récréation. La maîtresse lui demande de faire des efforts avec les autres, un élève prend la place de Lucien, les parents ne veulent plus mettre de couverts pour lui. Le garçon voit rouge et se sent seul contre tous.
Alors Lucien lui montre le ciel nuageux, derrière lequel se cache la lune. Le lendemain matin, il a disparu. L'enfant est chagriné et cherche son ami. A l'école, il se force à jouer avec les autres, il se surprend à aimer ça et passe finalement une bonne journée. Cette nuit-là, il retrouve son cher Lucien, sous les traits de la lune.
Voilà un album doux et subtil, où il est question d'ami imaginaire, de solitude, de peur de l'inconnu et de confiance en soi. C'est un souci que rencontrent souvent les enfants, sans parvenir à exprimer clairement ce qu'ils ressentent. J'admire la souplesse et la tendresse manifestées dans cette histoire, la délicatesse d'Anne-Gaëlle Balpe combinée à la fausse naïveté des dessins de Nathalie Choux. On a envie de se pelotonner dans sa couette en feuilletant cet album, il fait un bien fou et c'est réconfortant.
De vrais amis, par Anne-Gaëlle Balpe et Nathalie Choux (Gallimard jeunesse, 2012)
Madame le lapin blanc de Gilles Bachelet est élu Pépite de l’Album 2012 du Salon du Livre et de la Presse jeunesse en Seine-Saint Denis !
N'hésitez pas à vous plonger dans cette histoire cocasse et savoureuse (clic).
Les autres résultats :
La Pépite BD/Manga : Choisis quelque chose mais dépêche-toi !, de Nadia Budde, traduit par Vincent Haubtmann, publié par la toute jeune maison L’Agrume
La Pépite du Roman adolescent européen : (ex-aequo) Doglands, de Tim Willockx, traduit par Benjamin Legrand (Syros) et La drôle de vie de Bibow Bradley, d’Axl Cendres (Sarbacane, «Exprim’»)
La Pépite du documentaire : L’art face à l’histoire. 50 événements racontés par les artistes, de Nicolas Martin et Eloi Rousseau (Palette...)
La Pépite du livre d’art : à Mr Hopper, mystère Hopper, illustré par Aude Samama (Arola, «Dada»)
La Pépite du livre Ovni : Dictionnaire fou du corps, de Katy Couprie (Editions Thierry Magnier)
La Pépite de la création numérique : Fourmi, d’Olivier Douzou, paru aux éditions du Rouergue (Opixido) avec mon avis ICI ; mention spéciale à Uropa, de Bernar Islaire et Laurence Erlich (Casterman)
La Pépite de l’adaptation cinématographique :Jour des corneilles, réalisé par Jean-Christophe Dessaint, sur un scénario d’Amandine Taffin, adapté du roman éponyme de Jean-François Beauchemin, publié en 2004 aux Allusifs (production Finalement, Mélusine Production, Max Films, Walking The Dog, The Big Farm)
D'emblée, j'avoue un intérêt coupable pour les histoires se passant dans un pensionnat, donc là j'ai été plutôt vernie. Cimmeria est une école d'aspect guindé et classique, autour de laquelle règne un mystère épais et pesant. Les parents d'Allie, excédés de ses nombreuses frasques, ont choisi de l'y envoyer en mesure de discipline stricte. Allie, qu'on nous présente avec ses cheveux rouges, ses yeux charbonneux et ses Doc Martens, prétend être une rebelle le temps d'un chapitre, la suite nous prouvera tout le contraire.
Car Allie ressemble à toutes ces jeunes héroïnes, naïves, curieuses et aveugles, en colère contre l'autorité parentale, se livrant corps et âme à leurs histoires sentimentales, souvent parce que son prétendant est tellement beau et irrésistible que ce serait dommage de ne pas saisir sa chance. Qu'importe si l'ambiance énigmatique pèse dans la balance, si des copains conspirent dans votre dos et élaborent un club élitiste à la barbe du monde, non, non, il ne faut pas s'en soucier, pas pour l'instant, d'abord il suffit de s'acclimater au monde impitoyable de l'adolescence. Vous savez, cette joyeuse époque constituée de mesquineries de bas étage, de guéguerres pathétiques, de crises de jalousie et de rumeurs qui vous empoisonnent vite l'existence...
Le quotidien d'Allie est ainsi ponctué de repas entre amis, de cours où l'on disserte autour de poèmes romantiques, de rendez-vous galants, de bal d'été qui vire à la catastrophe (ouf, un peu d'action), d'heures de colle, de balades interdites au clair de lune, de bain de minuit, de bruits bizarres dans la forêt ou sur les toits... Tout cela sur plus de 400 pages. En somme, l'auteur a cultivé à fond son mystère sur la Night School, j'ai longtemps attendu la révélation, supputé des tas de théories, aussi au moment d'en découvrir plus, euh... j'ai levé les sourcils d'étonnement. J'en attendais clairement plus !
Je ne suis pas déçue par ma lecture, j'ai bien aimé me balader dans les couloirs de Cimmeria et je me suis attachée aux petites histoires d'Allie (en soupirant aussi très fort devant sa bêtise et son inconstance !). Il y a un charme certain dans ce roman, mais il est aussi très long, inutilement long, au risque de faire traîner un suspense à trois francs six sous. La suite est déjà disponible, puisque l'éditeur français a obtenu sa parution en exclusivité mondiale pour remercier les fidèles lecteurs de leur accueil enthousiaste.
Night School, par C.J. Daugherty Robert Laffont, coll. R. (2012) - traduit par Cécile Moran
Un bonhomme, découpé dans du papier, se plaignait de sa triste condition. - Je ne suis qu'en deux dimensions ; rien qu'un pauvre 2D. Je me sens tout raplaplat.
Cet album est génial ! De prime abord, il est tout gris, la mine un peu tristoune, il ne fait pas spontanément envie, et pourtant ... l'histoire est étonnante, faite de photographies en noir et blanc, elle raconte l'aventure d'un bonhomme découpé dans une feuille de papier qui se plaint de sa condition en deux dimensions, et qui voudrait plonger dans l'univers inconnu, mais tellement palpitant, du 3D !
C'est ainsi qu'un accordéon se transforme en escalier, notre bon monsieur découvre un nouveau monde, se glisse dans un livre pour plonger au coeur d'une péripétie, il est bientôt mis k-o par un livre pop-up, puis rencontre une grenouille faite d'une ticket de métro et même une vache snobinarde (non, elle ne sort pas d'un trou de papier), qui rue dans les brancards.
La fin elle-même est désopilante (il est fort ce Monsieur 2D pour faire du plat !). En somme, cet album est une merveille d'ingéniosité, de découpages et de jeux de mots. Bruno Heitz montre qu'avec un peu d'imagination et un bout de papier, on peut inventer de folles histoires qui ont du volume sans la haute technologie. Cocasse et grisant, j'adore !
Monsieur 2D, par Bruno Heitz (Rouergue jeunesse, 2012)