Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Chez Clarabel

Publicité
21 octobre 2008

Intimités - Laurie Colwin

C'est maintenant un fait avéré, que j'avais cruellement redouté, mais les éditions Autrement viennent de publier les dernières nouvelles de Laurie Colwin (auteur décédé à seulement 48 ans, pour ceux qui ne le savent pas). Oui, fini. C'est fini. Je n'aurai plus ce plaisir de découvrir d'autres textes de cette talentueuse new-yorkaise, auteur ô combien fétiche (selon moi !). Je devrais maintenant me contenter de RELIRE ses romans et autres recueils de nouvelles. J'ai tout gobé, tout raclé (même les fonds de tiroir). C'est triste.

(Cela me fait d'ailleurs penser à Mary Ann Shaeffer, co-auteur du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, et à la regrettée Sylvia Plath ... mais inutile de nous démoraliser plus longuement.)

Donc, à tous les amateurs de l'univers exquis et déliquescent de Laurie Colwin, offrez-vous ce dernier plaisir : un recueil réunissant onze nouvelles. Tout d'abord, soyez prévenus, vous allez être saisis d'un méchant sentiment de déjà-vu en ouvrant la première page. L'histoire est une énième mouture d'Une vie merveilleuse mettant en scène les cousins Guido et Vincent. L'un est séparé de son épouse et l'autre va faire la rencontre de sa vie. Et autour de tout ça, il y a l'énigmatique - mais non moins excentrique - secrétaire, qui porte des lunettes multicolores ! Personnellement je ne m'en lasse pas (de lire et relire les histoires de Guido, Vincent, Holly et Misty).

De même, la dernière nouvelle revient sur l'héroïne d'Une épouse presque parfaite - Polly - qui est mariée et mère de trois enfants, mais va s'émouvoir d'un autre homme, lequel réveille ses instincts endormis...

2_7467_1193_8

Il n'y a donc aucune originalité dans ce livre ? (êtes-vous en droit de vous poser comme question).  Mais si. C'est incroyable d'avoir la sensation de lire du réchauffé qui n'en a pas le goût ! Je m'explique : toutes les histoires ont un écho semblable, celui d'histoires de couples, des relations sentimentales, des liaisons naissantes, des mariages appliqués, des rencontres inattendues. C'est ce que je nomme plus facilement du chipotage.

Dans Immersion, par exemple, Carl et Lucy ont tout pour être heureux et il a fallu que l'homme découvre le secret de sa femme pour qu'il pleure comme un veau. Et ce secret n'est même pas renversant, puisque Lucy aime nager, tout le temps. Cela équivaut à respirer pour elle, et son Carl de mari ne le découvre qu'après des mois de mariage ! C'est une révélation qui le bouleverse au plus haut point...

Je ne cherche pas à être cynique ou moqueuse, loin de moi cette idée ! C'est juste pour caricaturer la direction que prend très régulièrement le propos de toutes ces histoires. Cela a sur moi un effet galvanisant, car je suis aussitôt sous la séduction de ce que la présentation de l'éditeur nomme si bien :  « des petits concentrés de fiction contemporaine, principalement autour du lien amoureux, où chaque détail charme par sa vérité - voire son exotisme américain, façon côte Est ».

C'est tout à fait cela, une touche bourgeoise et délicieusement guindée, un cocon réconfortant et douillet. Je m'y coule avec bonheur. Et puis, c'est vrai qu'il n'y a pas d'action, c'est plat sur toute la ligne mais c'est aussi en connaissance de cause : savoir saisir une autre essence, un autre parfum d'ambiance. Et cela me correspond tout à fait ! J'emprunte même le titre d'une nouvelle pour caractériser ce que tout ceci respire, car nous avons bien là « une histoire à l'ancienne ». C'est d'une élégance folle !   

Editions Autrement, octobre 2008 - 168 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Anne Berton

Publicité
20 octobre 2008

Plus jamais Mozart - Michael Morpurgo

Journaliste débutante, Lesley McInley remplace une collègue blessée au pied et s'envole pour Venise interviewer l'illustre violoniste, Paolo Levi. Une importante condition a été glissée : ne surtout pas poser la question Mozart. Mais quelle est-elle, se demande Lesley. Perplexe, elle rencontre donc le musicien et perd tous ses moyens. Elle lui bredouille ses plus plates excuses en faisant allusion à la question Mozart qu'elle ne doit pas évoquer, et cela entraîne une réaction tout à fait contradictoire chez Paolo Levi. Il se prend la tête entre le mains et murmure que tous les secrets sont des mensonges. Sur ces mots, il se met à confesser une histoire étonnante. La sienne, celle de ses parents et celle de millions de juifs exterminés.

51kHNkd5KtL__SS500_

Vers l'âge de neuf ans, Paolo a découvert que ses parents ont été de brillants violonistes qui ont choisi de ranger leurs instruments en renonçant au plaisir d'y jouer et d'apprécier tout simplement la musique. Dans la rue, le garçon fait la connaissance de Benjamin Horowitz, un homme de soixante-deux ans, qui lui confie avoir connu ses parents il y a quelques années, dans des conditions cauchemardesques. C'est encore trop tôt pour tout avouer mais Benjamin accepte d'initier l'enfant à la musique en lui enseignant le violon, en cachette de ses parents.

Le pot aux roses sera découvert et Paolo va apprendre le passé des siens, envoyés en camp de concentration et retenus, après audition,  pour jouer dans un orchestre à la solde des officiers nazis. Non, ce n'était pas dans un but de divertissement, c'était bien pire que ça mais le piège était déjà refermé sur Gino, Laura et Benjamin. Et la question Mozart prend alors tout son sens, en une promesse faite à son père de ne jamais raviver cette plaie à vif.

Encore une histoire racontée avec élégance et pudeur par Michael Morpurgo, qui se met au service du devoir de la mémoire et de l'hommage vibrant à tous les prisonniers qui ont pu survivre en jouant de la musique dans un théâtre affreux. Qu'ont-ils pu ressentir de jouer dans des circonstances aussi horribles ? Et associer Mozart à ces heures sombres a-t-il eu une conséquence tout aussi grave et traumatisante ? C'est ce dilemme que traite l'auteur, avec toute la justesse qu'on lui connaît.

L'histoire est tendre, assez émouvante, illustrée par les aquarelles de Michael Foreman. Ici la musique réveille l'écho d'un passé terrible pour nous plonger au coeur de la nuit la plus noire. C'est très beau.

Gallimard jeunesse, octobre 2008 - 75 pages - 11,90€

19 octobre 2008

L'anorexie, ma soeur et moi - Salomé et Olivia

« Je me rappelle : quand je prenais mon bain le soir, je m'allongeais. Mon but était de voir chaque jour un peu plus mes hanches. Les os de mes hanches. Je voulais qu'ils ressortent, que mon ventre se creuse. Et quand mon ventre se creusait, je trouvais ça magnifique. Vraiment magnifique... »

Tout commence à onze ans, par un banal régime... mais onze ans, pardi, c'est jeune ! La petite Salomé est piquée au vif par une réflexion d'une copine et entreprend de surveiller son poids. Et cela dégénère en une spirale infernale : le no-limit, le contrôle de soi, la fierté de ça (être maître de son corps) et l'envie de moins en moins d'avaler quelque chose, les ruses pour échapper aux repas du soir, les jus de fruits avalés en quantité pantagruélique pour remplir ce ventre et lui bloquer le passage pour un autre petit quelque chose... Des repas qui s'amenuisent, mais pas seulement : le corps se transforme, un duvet apparaît, et ce froid, toujours, tout le temps...

41dCjSZA5BL__SS500_

Cette maladie, c'est l'anorexie. Et Salomé va fondre au fil des mois, sous le regard effaré de sa soeur Olivia de sept ans son aînée. Les parents se masquent la vérité puis réagissent à temps en hospitalisant leur enfant. Mais il y a un long chemin avant tout cela, et encore un autre périple après. Car c'est une maladie vilaine, horrible, douloureuse. Pas uniquement pour la principale concernée, mais aussi pour ses proches. On découvre par exemple que Olivia, éloignée à Paris pour ses études, va plonger dans la boulimie et consulter un diététicien sous les réflexions désagréables de la jeune Salomé (hélas, inconsciente).

Ce qui ressemble à un énième témoignage sur cette maladie éprouvante se résume finalement à un dialogue entre deux soeurs. C'est original, cela rend l'expérience plus vivante et dans laquelle on s'apesantit moins. Olivia et Salomé racontent la même épreuve, mais sous deux regards différents : c'est l'anorexie subie par celle qui la porte et l'inflige aux autres, sans le faire exprès, et donc également l'anorexie appréhendée par ses parents et sa soeur avec impuissance, incompréhension et parfois colère.

Pour résumer, c'est un ouvrage intelligent, sans tabou et intimiste aux allures de thérapie. Cela a certainement beaucoup aidé les protagonistes et cela pourra soulager d'autres familles touchées par cette maladie.

Une mise à nu bouleversante !

La discussion des deux soeurs est complétée par l'éclairage du Docteur Xavier Pommereau, médecin psychiatrique.

Danger Public, coll. Témoignage
Avec la collaboration d'Emilie Lançon (journaliste)
218 pages - 16,90€

Une chanson : La maigrelette, par Amélie les Crayons

Elle tient pas droit, la maigrelette,
On la touche du doigt
Elle pète
Elle s'envolera un jour de tempête
Un jour de tempête

18 octobre 2008

Le contour de toutes les peurs - Guillaume Guéraud

**********

51LsPP_AZYL__SS500_

Un jour de la semaine, après les cours, Clément, 14 ans, rentre chez lui. La maison est calme, sa mère avocate ne rentre que tard dans la soirée. Il effectue quelques gestes rituels, puis surprend un bruit anormal dans le bureau. Il s'y rend et découvre un homme, de dos, en train de saccager les meubles, les livres et les murs. Clément est figé sur place. Qui est-il ? Que veut-il ? Le garçon est contre la porte, immobile, paralysé. L'homme se retourne alors vers lui.

C'est un fou furieux, un dangereux criminel venu se venger. Il s'en prend au fils à défaut de la mère. Il se défoule, ligote l'adolescent et l'abandonne à son triste sort. Mais il a promis de revenir. Finir le sale boulot.

Comment retourner à une vie normale, faire semblant de tourner la page quand ses mots vous obsèdent ? La menace de l'individu est gravée au fer rouge, Clément se sent en sursis. La terreur s'installe dans ce roman noir et fait son nid dans l'état de statu-quo qui n'est en fait qu'un leurre (on s'en doute). La violence est présente, ne connaît aucune limite. On s'attend à tout, on frémit et on se surprend à reprendre son souffle en expirant un bon coup.

Face à un adolescent terrorisé par la peur, un homme qui n'a plus rien à perdre... Jusqu'où nous plonge Guillaume Guéraud ?

C'est absolument vertigineux.

Ed. du Rouergue. Coll. doAdo noir / Septembre 2008 - 122 pages - 7,50€

17 octobre 2008

Vendeur de cauchemars - André Benchetrit

 

**********

51WoScwGL1L__SS500_Les parents d'Elvis et Lili sont des flambeurs, des adeptes du casino et des jeux du hasard. Ils sont criblés de dettes, harcelés par les huissiers et menacés de saisie. Leur père a choisi de camoufler tous leurs biens dans une pièce cachée, derrière un faux placard situé dans la cuisine. Souvent absents, les parents laissent leurs enfants livrés à eux-mêmes, dans une maison totalement vide et désolante.

Lili s'ennuie et s'emporte contre le retour du Roi de Trèfle. C'est une voix intérieure qu'elle seule entend, qui la harcèle et qu'elle tente de chasser en prodigant un chapelet d'injures. Ce soir-là, pourtant, un visiteur s'annonce à leur porte : un homme immense, portant un costume blanc et le crâne rasé. Il se présente en tant que vendeur de cauchemars et trimballe une grosse valise grise.

La soirée s'annonce cauchemardesque, Elvis et Lili sont terrorisés. La fillette perd pied et a la tête farcie par son roi de trèfle. Les insultes pleuvent, l'homme rugit et menace de plus en plus de leur faire la peau. Mais pourquoi eux, pourquoi ?

 

On se croirait dans Freddy, le cauchemar de vos nuits. C'est diabolique, totalement effrayant, un huit-clos étouffant où l'angoisse monte crescendo. Comment deux enfants vont se sortir d'une situation sans solution ? C'est le flip assuré, 90 pages qu'on tourne avec un sentiment de fièvre.

Purement terrifiant !

Editions du Rouergue, DoAdo Noir - Octobre 2008, 92 pages - 6,50€

Publicité
16 octobre 2008

Le premier qui pleure a perdu - Sherman Alexie

Junior, un indien Spokane de 14 ans et résidant dans la réserve de Wellpinit avec sa famille, est souvent la cible des balèzes et des crétins qui l'entourent. Il collectionne les tares physiques, mais surtout a un potentiel intellectuel qui le démarque de ses congénères. Son prof le remarque et le pousse à quitter la réserve pour entrer au lycée de Reardan. Cela signifie se rendre dans le bourg voisin, celui des Blancs !

Cela implique beaucoup de choses : faire honte aux siens, à sa communauté. Devenir le traître. Aussitôt son meilleur pote, Rowdy, lui crache au visage. Il n'est pas le seul à le renier, l'insulter et le tabasser au coin d'une rue. Junior en bave mais il veut s'accrocher, ses parents le soutiennent, la réalité de leur misérable vie ne peut que les inciter à souhaiter le meilleur pour leur fils. Et puis il y a la grand-mère Spirit, la plus sage et la plus philosophe de Wellpinit, qui sait donner les bons conseils.

Alors Junior suit son bonhomme de chemin : à Reardan, rien n'est simple non plus. Il est amoureux de la jolie Penelope, il met k-o un élève de terminale qui cherche à l'humilier, il réussit à intégrer l'équipe de basket, vomit avant toutes les compétitions et récolte un trauma crânien lors de sa première rencontre face à son ancienne équipe.

A Wellpinit aussi, il y a du malheur, on ne s'en lasse pas, mais mieux vaut en rire (on enterre mieux ceux qu'on aime dans un grand éclat de rire, paraît-il). Les catastrophes s'enchaînent, surtout vers la fin, mais le temps n'est plus à l'apitoiement. En fait, on regarde vers l'horizon, on pousse un grand soupir et on cogite.

IMGP6162

Un roman qui porte bien plus loin qu'on le pense, et c'est un vrai régal ! Dès les premières pages, j'ai été séduite et touchée par Junior, son histoire est sordide, pas toujours gaie non plus, et pourtant on n'a pas du tout le moral dans les chaussettes. Il faut dire que l'histoire est racontée avec humour et comporte pas mal d'autodérision, ce qui décomplexe nos tendances à faire la grise mine. Et puis c'est un roman juste, qui ne fait pas dans la dentelle alors que Junior porte un jugement sur les indiens de la réserve, sur leur tendance à se réfugier dans l'alcool et la fainéantise, et sur la condamnation, presque jalouse, contre celui qui veut s'en sortir et qui semble commettre un acte de traîtrise (de quitter la réserve, quelle honte !). 

Enfin bref, l'auteur a réussi un exploit à mettre dans la balance toutes ces considérations de valeurs et de place dans la société sans vilipender l'un plus que l'aure, l'histoire montre que tout le monde porte la responsabilité de ses erreurs. Et Junior apparaît comme un petit bonhomme courageux et trèèès attachant. J'ai aimé sa manie de gribouiller son journal, ses dessins sont cocasses et révèlent tant de vérités cachées... J'ai vraiment, vraiment apprécié ce qu'il y avait dans ce roman, c'est comme lire le journal d'un adolescent mal dans sa peau, avec une dose de tendresse et de cynisme, et surtout une volonté de ne pas accepter la fatalité. Junior est un gamin qui ne se plaint jamais, qui veut aller toujours plus loin, en se posant les bonnes questions, en reconnaissant que ce n'est pas rose tous les jours, après tout c'est la force d'y croire qui le fera sortir des situations les plus pathétiques. Toujours. En refermant ce livre, j'en étais plus que convaincue ! 

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz / Septembre 2008, 280 pages - 13€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec
Illustrations de Ellen Forney

Gawou a bien aimé, Cuné pas du tout
Claire a adoré

15 octobre 2008

Affirmer le pouvoir de l'imagination !

 

 

 

 

**********

51fiyIxd1aL__SS500_Tous les enfants connaissent la Foire aux nains. Elle a lieu les deuxième et quatrième mercredis de chaque mois sur une île. C'est un endroit épouvantable, qui sert aux parents désireux d'échanger leurs enfants pas sages.

La foire est tenue par le redoutable monsieur Braillard, qui est assisté par les Cousines Pinces et le Bec Perroquet. Ils peuvent vous déchiqueter les doigts si les enfants hurlent à la mort au départ de leurs proches et s'ils se cramponnent aux barreaux de leur prison.

Notre petite héroïne a été souvent avertie du risque et cette fois-ci ses parents passent à l'action. Elle ne se lave pas les mains, ne range pas son cartable et insulte son petit frère. Il est temps de la conduire à la Foire, c'est dommage, car ils s'entendaient plutôt bien avec elle et ne lui demandaient pas grand-chose... Il faut croire qu'elle se plaira mieux chez d'autres parents !

La gorge nouée et les larmes aux yeux, notre demoiselle est conduite devant monsieur Braillard et le Bec Perroquet, mais la petite hurle et supplie... Je vous promets que je serai dorénavant sage comme une image, que je...

Inutile de crier à la mort ! Ceci n'était qu'un mauvais rêve. La vie n'est-elle pas trop injuste ?

**********

Une couverture qui accroche, une histoire qui dérange et qui ose, un monde sombre et démoniaque, des idées effrontées et une morale qui n'en est strictement pas une, voilà le programme !

Premier album jeunesse pour Vincent Ravalec, totalement allergique au doux et au lisse, il impose une héroïne insolente, pas contente et énervée de sortir de son cauchemar, et qui s'emporte contre sa famille. C'est culotté, ça décoiffe et ça n'est pas à prescrire aux enfants sages !

Illustrations de Sergio Mora

145_2

La foire aux nains

Ed. du Rouergue, coll. Varia - Octobre 2008 - 15€

La note de Benjamin Lacombe (gros coup de coeur pour lui!)

14 octobre 2008

Bonjour tristesse - Françoise Sagan

Je n'avais pas seize ans la première fois que j'ai lu Bonjour tristesse, le célèbre premier roman de Françoise Sagan. C'était l'été, il faisait beau et chaud, j'étais sur un autre continent et instinctivement je me suis quasiment identifiée à l'héroïne.

 

41PdbUjvy5L__SS500_Cécile, 17 ans, et son père passent leurs vacances dans une villa louée dans le Sud de la France. Il y a Elsa, la petite amie de Raymond, qui leur tient compagnie. Elle est rousse, a la peau claire, qui ne supporte pas le soleil, et elle est très jeune. L'amie de la famille, Anne, vient se joindre au groupe. C'est une femme de 40 ans, intelligente, racée et intransigeante. Cécile ne le sait pas encore mais Anne a jeté son dévolu sur son père. Ce dernier va être séduit par la perspective d'une vie plus chic et bourgeoise qu'offre le raffinement d'Anne. Il annonce très vite à sa fille son projet de mariage.

Elsa (et ses brûlures) a été remerciée, de façon peu cavalière. Cette situation ne chagrine pas Cécile outre-mesure, même si elle est étonnée. Elle a toujours apprécié Anne, cette femme de goût, qu'elle craint un peu. Mais Cécile est une jeune fille placide, assez insouciante et qui n'aime pas les contraintes. Elle veut se sentir libre, elle a rencontré un garçon qui lui enseigne la voile et la douceur des baisers. Et puis, tout déraille. Cécile s'offusque d'une décision prise par Anne et décide de se venger, emportée par l'ivresse de sa colère et de son inconséquence. Or, l'issue va se révéler fatale.

C'est par livre-cd que j'ai donc relu cette histoire. La voix de Sara Giraudeau* apporte une vraie touche de fraîcheur pour une interprétation nouvelle et vivifiante. C'est aussi redécouvrir un style hors pair, faussement naïf, qui n'a pris aucune ride, et reconnaître en Cécile une héroïne redoutable mais fascinante. J'ai beaucoup aimé !

Audiolib / Septembre 2008
Enregistrement découpé en 18 plages correspondant aux chapitres du livre.
Durée totale : 3 h 20

Ecouter un extrait

*Sara Giraudeau est la lauréate du Molière de la Révélation Féminine Théâtrale 2007 et du Prix Raimu de la Révélation Féminine 2007 pour La Valse des Pingouins.

IMGP6193

« C'est un livre à la fois instinctif et roué, usant de la sensualité et de l'innocence à parts égales, mélange encore détonant aujourd'hui, comme il le fut hier... Et avant-hier, d'ailleurs, à en croire de très vieilles dames cruellement fessées dans leur enfance par ma faute. Quoi qu'il en soit, ce livre respire l'aisance et le naturel, toute l'habileté inconsciente que donnent la fin de l'enfance et les premières brûlures de l'adolescence: il est rapide, heureux et bien écrit.

(...) Bonjour tristesse est un livre qu'on peut lire sans ennui et sans déchéance. Encore une fois, si son habileté m'épate vaguement, l'affection que lui portent les jeunes gens actuels, les très jeunes ou les moins jeunes, ceux du moins qui m'en parlent, me paraît plus flatteuse que justifiée. Il me semble que tous les gens qui m'ont lue aient lu d'abord Bonjour tristesse. »

Françoise Sagan, in. Derrière l'épaule

13 octobre 2008

Quand elle sera reine - Rachel Hausfater

Mira n'est pas une petite fille comme les autres, son tempérament est vif, son air busqué, le port hautain. Elle porte les cheveux longs, avec des mèches rousses, en une crinière folle. C'est une enfant sauvage, l'aînée du père, qui vit aujourd'hui avec l'autre mère. Elle grandit auprès de deux autres enfants mais Mira se sent seule et incomprise, jusqu'au jour où elle rencontre Mme Katish, l'institutrice de l'école. Elle va lui apprendre les mots et lui ouvrir les portes de la lecture. Son goût des rêves et des histoires qui la transportent vers un ailleurs plus beau prend enfin forme. Puis, tout s'arrête avec la perte de l'autre mère. C'est brutal, inopiné. Mira est séparée de sa vie d'avant et doit grandir en un claquement de doigts.

Elle était habituée à la vie difficile et rudimentaire, mais ce qui l'attend sera encore plus austère. Une petite éclaircie s'offre à elle par la découverte de l'amour. De pleines pages de désir et de sensualité irradient tout le livre, c'est fou ! Mais les nuages gris et menaçants reviennent vite à la charge : c'est la guerre et Mira doit fuir. Trop différente, trop brune aux mèches rousses, et des yeux trop noirs, bref son passé la rattrape, on lui fait payer l'histoire de sa vraie mère qui n'était pas du même pays, qui est venue un jour puis est repartie avec ses charmes de sorcière. Bref, on s'acharne sur elle au nom de tous les embrigadements bêtes et méchants.

Ce roman est un mélange d'amour fou, de passion et de révolte, c'est violent, fascinant et ça ne brode pas dans la dentelle. Ce texte demande du temps, de la patience, de l'écoute pour être apprivoisé. Le reste, ensuite, accomplira son travail de séduction. C'est fatal. Tout est terriblement beau, même si le fond est dur et impitoyable pour Mira. Son histoire nous émeut, nous bouleverse et nous renverse. C'est un portrait étincelant, une fille forte et fragile à la fois, aux prises avec le doux, le rire, les mots et les idées. Entre prose et poésie, se dessine une personnalité farouche, entière et furieusement vivante.

A découvrir sans attendre !

41_ZVzwBYaL__SS500_

Ed. Thierry Magnier, février 2008 - 165 pages - 8,50€
Dès 15 ans.

12 octobre 2008

Echappée belle

Un nouvel album de Dido - Safe trip home - à sortir le 3 novembre. Chouette !

« L'envie de lire est brute, c'est une voracité. Quand elle tient dans ses mains un livre et ses promesses, elle voudrait s'y vautrer, le mordre, s'en gaver. Mais a si peu de temps et si peur de finir qu'elle se retient et lit par petites bouchées, petites cuillerées, comme une voleuse d'histoires, une braconnière de mots, entre deux tâches brutes ou le soir tard avec l'écrasement de la nuit. Quand elle ne lit pas, presque tout son temps, elle rumine et digère ce qu'elle vient d'ingurgiter et salive d'anticipation. Dans sa tête elle malaxe et touille les mots, les phrases, les bouts d'histoires. Cela fait une sauce riche et onctueuse qui enrobe ses heures décharnées, nourrit sa vie trop creuse et la maintient vivante, alerte, en appétit. Chaque livre lui fait de l'usage : elle profite. »

Quand elle sera reine, Rachel Hausfater (Ed. Thierry Magnier, 2008)

Publicité
Chez Clarabel
Publicité
Newsletter
Publicité
2023 Reading Challenge
Clarabel has read 8 books toward her goal of 200 books.
hide
Sauveur & fils
Quatre sœurs : Geneviève
Audrey Retrouvée
Le sourire étrange de l'homme poisson
Calpurnia et Travis
L'homme idéal... ou presque
Trop beau pour être vrai
Tout sauf le grand amour
Amours et autres enchantements
Ps I Love You


Clarabel's favorite books »
Publicité