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Chez Clarabel

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18 février 2007

Soupçons (1941)

suspicionDans un wagon de 1ère classe, Lina Mc Laidlaw, petite bonne femme camouflée derrière son vilain chapeau, ses lunettes et son livre de psychologie, croise le très séduisant Johnnie Aysgarth.
Charmant et charmeur, l'homme va découvrir en Lina une demoiselle séduisante, un peu farouche et guindée, qu'il traite avec tendresse de "Monkey face". Cet épisode est lié à un tête à tête maladroit sur une colline éventée où Lina, complètement échevelée, frissonne aux avances de Johnnie tout en le repoussant.

Lina est la fille d'un couple très riche qui ne voit pas d'un bon oeil la fréquentation de ce Aysgarth, réputé "dévoyé" suite à une sombre histoire de divorce, de tricherie et de conquêtes féminines.
Pourtant, Lina épousera en cachette cet homme qu'elle aime follement, le suivant en lune de miel dans les plus belles villes d'Europe avant de s'installer dans leur maison cossue et bourgeoise.
Là Lina va découvrir que Johnnie est sans le sou, ruiné, endetté et guère motivé pour travailler et gagner sa vie honnêtement. Mais amoureuse, éblouie et aveugle, Lina croit en ses belles paroles.

Un camarade de Johnnie va surgir dans leur vie, un dénommé Beaky, qui dit haut et droit devant lui la véritable nature du mari de Lina. Mrs Aysgarth est abasourdie, toujours poussée par son amour inconditionnel, elle refuse de porter crédit aux affabulations de cet inconnu.
suspicion_trioPourtant, il lui faudra bien admettre qu'il n'avait pas tort : Johnnie n'a pas renoncé aux paris, aux courses, aux dettes, etc. Il n'a pas de travail et ment depuis des semaines.
Cette situation angoisse Lina qui se pose des questions sur l'amour sincère de son époux, et commence à imaginer un scénario incroyable où des visions de meurtre et d'empoisonnement se croisent au sortir d'un dîner chez des amis (une grande romancière de policiers !).
Johnnie est-il vraiment ce qu'on prétend qu'il est ? Un joueur, un tricheur impénitent. Un hommes sans paroles, dont les promesses ne valent pas un clou. Un mari trompeur, qui ne voit que la richesse de sa femme.

Pour Lina, commence le début de l'angoisse où les nerfs seront aiguisés avec une lime grinçante. Elle est de plus en plus convaincue que Johnnie veut sa peau, qu'il serait prêt à passer au crime pour obtenir fortune et assouvir son ambition.
Un meurtre aura-t-il lieu ?

Ce film à suspense d'Alfred Hitchcock est un monstre de tension tirée telle une corde raide, prête à céder sous la pression des émotions, lesquelles sont à fleur de peau !
L'intrigue nichée au coeur d'un foyer bourgeois d'un couple marié est un faux semblant d'histoire romanesque, car tout commence merveilleusement bien, avant de céder le pas à quelques doutes, quelques questions incongrues.

Les personnages interprétés par Cary Grant et Joan Fontaine sont parfaitement nuancés : l'un s'adoube d'une personnalité trouble, un peu ange et démon, et l'autre frise l'hystérie paranoïaque lié à son sentimentalisme exarcerbé.

suspicion_milkHitchcock laisse mijoter dans sa marmite un sentiment de défiance et de suspicion (d'où le titre, sobre et efficace !). L'ambivalence est tenace, portée au paroxysme par des scènes comme la montée de l'escalier de Grant qui apporte un verre de lait à sa jeune épouse, malade de dépression, la partie de scrabble ou la course en voiture le long des falaises... 

Ce qui est sûr chez le cinéaste anglais, c'est sa maîtrise du sujet, son exercice toujours accompli avec rigueur et maestria. La RKO, le producteur du film, avait imposé une fin optimiste au réalisateur. La première version du scénario était cependant différente et donnait à Grant son premier personnage noir. C'était un risque commercial que personne ne voulait prendre. Ainsi Hitchcock a concocté une nouvelle fin, tout aussi controversée et fidèle au cynisme britannique du cinéaste !

Ce film est l'adaptation du roman noir de Francis Iles.
Révélée dans "Rebecca", Joan Fontaine tournait là son deuxième film avec Hitchcock, ce rôle allait d'ailleurs être récompensé par l'Oscar de la meilleure actrice en 1941.
Film méconnu, Suspicion gagne à être découvert.

suspicion_general

Un film d'Alfred Hitchcock, 1941, avec Cary Grant, Joan Fontaine, Sir Cedric Hardwicke, Nigel Bruce... Titre original : Suspicion.

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18 février 2007

A présent ~ Brigitte Giraud

Basé sur un sujet grave, la mort accidentelle de son mari, ce livre ne baigne pourtant pas dans un mélo à vous tirer toutes les larmes de votre corps.
Au contraire, la plume de Brigitte Giraud est forte à décrire ces instants d'une vie à deux, qui brutalement n'existeront plus. A présent la narratrice se rend compte combien elle était heureuse. Et très gravement, tout simplement, elle raconte ces minutes où elle débarque à l'hôpital, apprend la mort, rencontre la famille, explique à son fils, téléphone à droite et à gauche, prend les dispositions pour l'enterrement.. jusqu'au jour des funérailles. C'est bref, précis, sans émotion morbide, ni exaltation effrénée.. A aucun moment la narratrice ne s'effronde en larmes, elle vit ses douloureuses heures en dehors de son corps, qu'elle pense être habité par son compagnon. C'est merveilleux, bouleversant et poignant.

février 2004

18 février 2007

La noce d'Anna ~ Nathacha Appanah

Ce roman me parle d'un bout à l'autre, c'est tout moi ! Sonia, quarante-deux ans, marie sa fille Anna. Au cours de cette journée, Sonia va vivre de souvenirs autour de sa relation avec sa fille, comprenant la rencontre avec le père d'Anna, la vie en France, loin de son île natale qu'est l'Ile Maurice, son travail d'écrivain, mais surtout les antagonismes émergeant entre une maman fantasque et insouciante contre une fille plus rangée, studieuse et consciencieuse. Anna et Sonia sont deux opposées, elles ont grandi à deux et aujourd'hui le noyau s'ouvre pour un autre, un lendemain et un ailleurs qui donne le frisson.

Pourquoi j'ai tout personnellement aimé ce roman ? Car je me suis sentie toute concernée par ce portrait de maman, qui regarde sa fille et s'en souvient comme si c'était hier. Se rappelant l'enfant blonde et rieuse devenir plus modérée, Sonia se demande pourquoi sa fille finalement lui ressemble si peu. Il y a au fond d'elle une envie de bousculer son enfant, de vouloir la placer dans un autre cadre, plus semblable à ses idéaux. Se marier en rouge, les cheveux au vent, un hibiscus derrière l'oreille, les pieds nus.. pourquoi pas ? Mais Anna, elle, trouve ça "ridicule". Etre mère et le devenir, ce roman pose toutes les questions délicates. Etre fille, assumer sa propre identité, couper le cordon, c'est une autre problématique. "La noce d'Anna" m'a renvoyé un portrait de maman que je risque de d'être, de devenir... Ma fille n'a que cinq ans, moi à peine trente ans, et pourtant... J'étais dans la peau de Sonia, je me voyais aussi plongée dans cette noce, regardant ma fille poudrée de blanc, les lèvres rouge carmin, la trouvant belle mais si loin de moi... Je me suis plongée dans ce livre avec un vrai bonheur, j'ai purement et simplement aimé. Et l'auteur, Nathacha Appanah, m'a bluffée d'avoir dessiné une femme de quarante ans avec cette sérénité, cette maturité déconcertante car elle-même n'a que trente-deux ans ! La journée apporte à Sonia beaucoup de réponses à toutes ses questions, la berce à force d'introspection et de regards vers un passé libérateur. Je n'ai plus de mots pour évoquer mon enthousiasme, déjà fort éloquent avec Blue Bay Palace & Les Rochers de Poudre d'Or. Tout bonnement, j'ai adoré.

février 2006

18 février 2007

Le dimanche, ça brille ça danse ça vrille !

Croyez-moi ou non  mais ce sont trois anglaises bien de notre époque :

Elles sont à contre-courant de la mode actuelle, et je les trouve délicieuses ! Ce sont The Pipettes / chanson : pull shapes.  Miss C. a surtout la passion pour cette musique suivante (chorégraphie incluse) :

Your kisses are wasted on me ...   

17 février 2007

Amours transversales ~ Catherine Cusset

J'ai toujours suivi avec intérêt la parution des livres de Catherine Cusset et je dois reconnaître que j'étais à chaque fois très contente et satisfaite de cette attente...
Pour ce dernier roman, "Amours transversales", je suis un peu désarçonnnée. Si vous avez aimé le côté un peu dérisoire de ses précédents romans, ce dernier est différent. J'ai découvert une écriture plus grave, un style plus abouti et recherché.. C'est assez intéressant mais en fait ça ne m'a pas comblée.
Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture, car elle ne retranscrit pas du tout l'histoire de ce livre. C'est vrai que c'est un chassé-croisé entre plusieurs personnes, qui se rencontrent à différentes étapes de leurs vies. On commence avec Myriam, qui se fait larguer par son fiancé, elle part se ressourcer dans les bras d'un ancient amant italien... On va la retrouver mariée à Xavier, qui va rencontrer la jeune Camille qui concluera le roman, mariée à un richissime new-yorkais.. Ce roman parle d' "amours transversales", comment dans notre vie, même mariée, rangée et toute sage, on peut passer par des moments où une rencontre, un regard peut tout chambouler. Les quatre parties de ce roman suivent les mêmes personnages, et ces personnes forment un lien visible aux seuls yeux du lecteur...
C'est assez compliqué à résumer, tout comme cette lecture d' "Amours transversales" est assez déroutante. Pour moi, ce n'est pas le meilleur roman de Catherine Cusset.

février 2004

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17 février 2007

Sept garçons ~ Anne Wiazemsky

Sept garçons est une fabuleuse histoire d'enfants: des garçons et seulement une fille se retrouvent un peu forcés de passer leurs vacances ensemble. Drôle d'idée d'adultes...
Roséliane ressent aussitôt de l'importance au sein de cette communauté exclusivement masculine. Eux, les garçons, roulent des mécaniques, font les crâneurs, inventent des jeux de plus en plus hardis... D'abord obligés et méfiants, ils vont tous apprendre à se connaître et s'apprécier véritablement.
Anne Wiazemsky ne se contente pas de raconter des vacances d'enfants (certes, d'une façon admirable!!); elle nous entraîne également dans l'après, dans les années à venir et les aléas de la vie..
C'est une lecture vraiment attachante. Très bien écrite. Avec des personnages touchants et inoubliables.

février 2004

17 février 2007

Le Prince et la Danseuse (1957)

marilyn_the_prince_and_the_showgirl_3Marilyn incarne Elsie Marina, danseuse dans le cabaret Coconut Girl, dans un quartier de Londres. La famille royale de Carpathie vient d'arriver en Angleterre pour célébrer le couronnement du roi George V.
Pour se distraire le temps d'une soirée, le Grand-Duc Charles rencontre cette américaine et s'émoustille à la vue d'une bretelle qui lâche sur la blanche et ronde poitrine d'Elsie. Il décide de l'inviter pour un souper dans ses appartements et pousser plus en avant quelques entreprises coquines.
Toutefois, Elsie n'est pas dupe. Elle boit vodka et champagne, fait des entorses au protocole, pourtant son esprit vif se rebiffe en rejetant les avances du régent ! Ce dernier, habitué à dominer son petit monde, voit rouge, s'esclaffe et s'époumonne... non vraiment, cette petite américaine le déconcerte et ça ne l'enchante guère.
Malgré cela, suivant les doux aléas du scénario aux gentils rebondissements, Elsie s'installe dans cette ambassade, opine du chef face au français impeccable de la reine mère, prétend connaître une certaine Sarah Bernhardt, surprend le fils du régent en conversation téléphonique suspicieuse, mais jamais elle ne se départit de son humour ni de sa fraîcheur qui vont permettre de dérider le caractère autoritaire et intempestif du Grand-Duc !...

Inutile de revenir sur les conditions de tournage difficiles du film... Il n'en demeure pas moins douteux d'admirer ce couple se séduire à l'écran alors que leurs rapports étaient teintés de froideur et d'arrogance sur les plateaux.
C'est étrange, troublant. Comme souvent, les aléas de la vie personnelle de Marilyn ont empoisonné son travail, la rendant complètement invivable et entretenant une fausse réputation d'enquiquineuse au boulot.
Laurence Olivier, qui s'était avoué enchanté de collaborer avec la méga star américaine, fut vite désappointé par certains caprices de celle-ci (mais qui s'expliquent si on se penche davantage sur les circonstances entourant la vie de Marilyn en cette année 1956).
marilyn_the_prince_and_the_showgirl_2Le film est en fait adapté d'une pièce qui s'intitule "The sleeping prince", et c'était le couple Laurence Olivier - Vivien Leigh qui avait interprété ce rôle sur les planches. L'acteur anglais accepta donc la proposition des Productions MM, à la condition d'en être le réalisateur, le co-producteur et le premier rôle.
Mais les deux acteurs n'ont jamais su s'accorder. Marilyn était blessée des attentes d'Olivier : il voulait qu'elle soit sexy, c'est tout. Cela correspondait très mal avec ses envies de se forger une nouvelle identité de comédienne.
Effectivement dans le film, Marilyn est au premier abord ce qu'on attend absolument d'elle : elle est blonde, sexy et bécasse ! Pourtant, à bien y regarder, Marilyn interprète une Elsie Marina plus mutine et espiègle qu'on n'y pensait. La star jubile, elle rayonne, son jeu fait montre de sa large palette en étant irrésistiblement drôle. Elle comprend qu'elle n'est qu'une conquête parmi d'autres aux yeux du régent, et pourtant elle entreprend un jeu du chat et de la souris exquis et délicieux. Ce qu'elle souhaite, c'est être aimée, tomber amoureuse et donner de l'amour à cet homme solitaire et au coeur de pierre.
Parviendra-t-elle à ce qu'elle veut ? La fin est justement une lettre ouverte à la question : l'amour n'est-il qu'enfantillage ?

marilyn_the_prince_and_the_showgirl_5"The Prince and the showgirl" n'a malheureusement rencontré qu'un succès mitigé auprès du public à sa sortie, les critiques étaient clémentes, saluant le potentiel de Marilyn qui surpassait de très loin son partenaire. Le seul reproche du film réside, justement, sur le fait que l'histoire était un tantinet pauvrette et peu crédible. Son scénario laisse entendre une belle comédie sentimentale, avec des éclats de rire et de séduction, mais ce n'est pas suffisant pour emballer les foules. De plus, Laurence Olivier a privilégié une réalisation lisse et classique, qui émousse le charme dans lequel l'interprétation de Marilyn désirait l'entraîner.
Un peu dommage. Il ne faut cependant pas se priver de voir ce film car c'est toujours un bonheur d'admirer la blonde et sublime Marilyn.

Le Prince et la Danseuse / The Prince and the Showgirl -

film réalisé par Laurence Olivier (1957)

16 février 2007

Peau d'Âne

Trente ans après, je revois Peau d'Ane, non plus avec des yeux d'enfant ! Quel choc ! J'en avais un vague souvenir de couleurs vives, d'une belle princesse aux robes invraisemblables (couleur du temps, de la lune, du soleil), toutes plus ravissantes les unes que les autres, et puis les royaumes en bleu et en rouge, du pied à la tête, l'âne qui donne de l'or en faisant hi-han, l'hélicoptère qui intervient au cours de la cérémonie du mariage, la marraine la fée et cette peau d'âne ... hideuse ! Bref mon souvenir était parfait et je craignais d'entâcher cette idéologie en revoyant le coffret remasterisé pour célébrer le trentième anniversaire. D'abord, en fait, j'ai beaucoup ri ! Je ne pouvais pas m'en empêcher en voyant Jean Marais ! Que de ronds de jambes, de maniérismes exacerbés, de courbettes et de bouches en coeur ! C'est simplement risible ! Je le trouve moyennement crédible dans son rôle de Père, du roi bon, généreux et aimant, ça me choque qu'il veuille épouser sa propre fille ! Quelle indécence ! Une pointe d'humour que j'ai beaucoup de mal à ingurgiter, pardon. Par contre, j'ai toujours autant apprécié les décors, les costumes, l'ambiance du film. Cette très libre adaptation de Perrault est ravissante ! Enthousiasmante ! Catherine Deneuve est un peu falote, toutefois. Même si sa blondeur est étourdissante, son teint de lait parfait et sa fraîcheur incomparable, elle me semble si timide... Mais tous ces commentaires n'amenuisent en rien l'appréciation générale que j'ai & conserve du film ! Un grand classique ! Un film de trente ans sans aucune ride ! Les élans amoureux sont poussifs et forcément drôles ! Le prince "se meurt d'amour", par exemple, grand malheur dans le royaume !! Et cette marraine la fée, rouée, mutine et calculée... fantastique, je trouve ! Les compléments bonus sont eux aussi très riches, c'est un coffret très rentable & incontournable !

vu en février 2005

16 février 2007

On remet ça !

cheval_dans_la_nuitPour celles et ceux qui ont trouvé l'idée ludique et très agréable du jeu littéraire lancé sur le site de Zulma, voici une nouvelle formule un peu plus destinée pour le jeune public (mais il n'est pas interdit aux plus grands d'y jouer !) : Atelier d'Ecriture avec Luna Circus .

Ce jeu s'inspire de la récente parution du livre Luna Circus, tome 1 : Un cheval dans la nuit de Hubert Habraham (pseudo de Hubert Haddad, auteur du Nouveau Magasin d'Ecriture).

Amusez-vous bien, vos enfants & vous !

16 février 2007

Café viennois - Michèle Halberstadt

cafe_viennoisFrieda convie sa fille Clara à la suivre dans son périple qui la ramène à Vienne, une ville qu'elle a quittée avec sa famille en 1938, pour échapper aux persécutions antisémites.
C'est pour Frieda un retour rempli d'émotions, de tourbillons pour cette femme dont la joie de vivre de cesse d'étonner la fille. Cette dernière, plus morose, laisse supposer qu'elle traverse une période sombre et mélancolique.
On le découvre sur le tard, après avoir deviné qu'un mal la rongeait, que ce voyage à Vienne allait également la bousculer et lui donner une autre conscience de son identité, de son appartenance à une société.

"Café viennois" est un roman composé de plusieurs morceaux d'histoire : celle de Frieda qui revient à Vienne, celle où Frieda se rappelle son départ précipité en 1938 et les années d'errance pour fuir les nazis, puis celle de Clara, minée et désespérée, qui effectuera seule une nouvelle escapade à Vienne sur les traces du film avec Orson Welles, "Le treizième homme".
Ce roman est une bonbonne à échos, tant de voix se lancent, racontent leurs anecdotes et se culbutent entre elles. La construction est impeccable et rigoureuse. De plus, Michèle Halberstadt a su demeurer très sobre et pudique, au-delà de l'étalage du faste un peu baroque de la capitale autrichienne. On perçoit très bien les failles des façades de rêve, c'est d'ailleurs une peinture de Vienne dessinée sans oeillères : "Vienne majestueuse, baroque, crépusculaire, mais aussi coquette, insouciante, frivole. Vienne indécise, influençable, provinciale, étriquée et mesquine. Vienne exaltée, romanesque, excessive et fatale". Vienne aux deux visages, étalée sans concessions de la part de cette femme non pas remplie de rancoeur ou d'amertume, mais réaliste et désabusée.
Le ton du roman a parfois tendance à frôler le laconisme avant de se ressaisir, et offre des chapitres sur les souvenirs d'une Frieda adolescente fort touchants et captivants. Il y a aussi un goût pour la cuisine viennoise, à travers son chocolat et sa pâtisserie à déguster chez Demel. Oui, on s'y croit, l'eau nous vient à la bouche !
Bref, ce roman est un beau moment de lecture, plutôt agréable, même s'il a tendance à s'éparpiller et emprunter plusieurs directions. J'en garde le souvenir d'avoir lu de très bons passages.

Albin Michel

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