badenheim_1939C'est le printemps et la saison des vacances redonne un nouvel élan dans la petite ville de Badenheim, une station thermale fréquentée par la bourgeoisie juive, et qui accueille comme chaque année un festival de musique orchestré par le docteur Papenheim.
On s'y presse, on s'y gave de pâtisseries, on y barbote dans la piscine, on flâne le soir en écoutant le bruissement des arbres de la forêt, on y danse et on y chante.
Et puis arrivent deux inspecteurs du service sanitaire, pour un recensement, puis pour une convocation à un futur voyage en Pologne (pour rassembler les Juifs de l'Est, dit-on). Les saisonniers appliquent les consignes à la lettre et attendent à l'hôtel, en toute confiance.
Mais nous sommes en 1939. Les moyens de communication sont coupés, et Badenheim vit dans une bulle hors du temps. Ce sursis implacable est vécu dans l'inconscience, raconté par Aharon Appelfeld de manière assez singulière.
Si le roman est d'abord lu comme s'il s'agissait d'une farce, une comédie assez cinglante et dérisoire, cela tourne vite au cauchemar. Mais le prodige de ce livre est d'étouffer le pire et l'horreur à venir dans un semblant de jolie parenthèse estivale. Une chronique légère et sans fard d'une déportation annoncée...
Cela se lit très vite, et même la chute révèle l'ineptie de toute cette mascarade, qui fait froid dans le dos !

Editions de l'Olivier - 165 pages - Traduit de l'hébreu par Arlette Pierrot.  17,50 €