27/10/09

Les sortilèges du passé ~ Marianne Curley

Folio junior, 2002 - 550 pages - 7,90€
traduit de l'anglais par Valérie Mouriaux
titre vo : Old Magic

 

 

old_magicJ'ai d'abord connu le roman en anglais avant de découvrir qu'il avait été traduit en français et qu'il existait une version en format poche chez folio junior, hélas la couverture est repoussante comme ce n'est pas permis (je vous en fais grâce, par souci de préserver votre sensibilité). Bref, l'histoire sur le papier avait tout pour me séduire et je n'ai pas hésité un instant.

C'est donc l'histoire d'un garçon très, très beau, Jarrod Thornton, qui fait son entrée dans la classe de Kate Warren au lycée d'Ashpeak, une petite ville paumée dans les montagnes. L'arrivée de ce garçon ne passe pas inaperçue, tous les regards sont braqués sur lui, l'apparition semble irréelle, Kate elle-même est subjuguée. C'est une jeune fille différente des autres, avec une beauté atypique, elle a un teint diaphane, des cheveux longs très noirs et des yeux bleus translucides, qui font frissonner son entourage, les quolibets ne manquent pas et Kate est souvent mise à part, rendue invisible et ça lui va très bien puisqu'elle est sorcière, c'est un secret bien sûr, concrètement cela s'explique par des dons qui lui permettent de sentir les émotions des autres, de se glisser dans leur tête pour deviner leurs pensées. Elle tente de cerner le nouvel élève, mais son esprit se ferme. Qui est-il ? Kate sent un pouvoir immense chez Jarrod, dont il ne semble pas avoir connaissance, et très vite ça se vérifie puisque, sous le coup de la colère, le garçon provoque une tempête avec éclair, tornade etc. dans la classe de chimie !
Kate n'hésite pas une seconde et veut lui expliquer l'importance de son don. Elle l'entraîne chez sa grand-mère, également sorcière, et lui parle de magie et de sorcellerie, mais sans se rendre compte de la frayeur de Jarrod. C'est un garçon ultra rationnel, il refuse de la croire, il a le désir de mener une vie normale, d'être accepté au lycée et de faire partie de la bande des branchés, bref il l'envoie balader.
Kate ne va pas renoncer aussi facilement, d'autant plus qu'elle réalise qu'elle est tombée amoureuse de Jarrod et qu'elle ne supporte pas de le voir fréquenter les deux filles les plus populaires de l'école. C'est alors qu'un drame va frapper la famille de Jarrod, et ainsi le garçon va écouter les théories de Kate, selon lesquelles il serait maudit depuis des siècles et devrait effectuer un voyage dans le passé pour anéantir cette malédiction.

La version française aurait besoin d'une relecture et d'une nouvelle traduction pour offrir un texte plus peaufiné (avec moins de coquilles aussi) et plus élégant afin de mettre en valeur cette histoire qui pourrait être passionnante et captivante. C'est un roman qui en a toutes les capacités, même si la première partie est parfois lente et les personnages agaçants (Jarrod s'entête à être lâche et à le revendiquer) tandis que Kate s'obstine dans son rôle de fille solitaire, forte de sa personnalité cachée et qui rêve de partager son univers excentrique.
Un bon point, concernant la construction, c'est l'alternance des points de vue. L'histoire est racontée à la fois par Kate, puis par Jarrod, chapitre après chapitre, ce qui permet de savoir ce que les deux personnages pensent au même moment, et c'est vraiment très bien. L'histoire évite de piétiner, même si la deuxième partie arrive tardivement, avec son voyage dans le temps, sa plongée dans l'Angleterre du 13° siècle, l'affirmation des pouvoirs de Jarrod et sa prise de confiance en lui.
Et bonne nouvelle, ce livre ne s'inscrit dans aucune série ! Il se suffit à lui-même, il est même le premier roman de l'australienne Marianne Curley, auteur d'une trilogie The Guardians of time (pas traduite, à ce jour). C'est un roman qui n'est pas désagréable, mais qui mériterait (pour ceux qui souhaitent le découvrir en français) d'être rafraîchi. Un bon coup de neuf pourrait lui donner une seconde chance d'élargir son lectorat, actuellement friand des histoires d'amour entre lycéens qui possèdent des pouvois paranormaux.

 

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21/10/09

Frères de sang ~ Mikaël Ollivier

Editions Thierry Magnier, 2006 - 142 pages - 7,50€
Ce roman a été publié aux éditions J'ai Lu jeunesse en 2003.

Ce mercredi 21 octobre, le téléfilm réalisé par Stéphane Kappes, d'après le roman de Mikaël Ollivier, sera diffusé sur France 2 à 20:35.
L'auteur a lui-même écrit le scénario.

freres_de_sangC'est l'histoire d'une famille banale, les Leumenier (le père, la mère et les deux fils, Martin, 14 ans, et Brice, 19 ans). Ils vivent dans un lotissement très cossu, pour famille chic au train de vie confortable et tranquille. Un soir, cette existence dorée bascule dans le cauchemar lorsque la police sonne à la porte pour arrêter Brice, suspecté d'avoir tué cinq personnes. Très vite, les preuves accablent le jeune homme. Il est devenu le coupable idéal, même aux yeux de ses parents. Seul son frère Martin décide de se battre pour prouver son innocence. Son obstination viendra-t-elle à bout de la machine judiciaire ?
L'histoire étant racontée à la première personne, il est très facile de se glisser dans la peau de Martin, de ressentir sa colère et son incompréhension. Il va mener sa petite enquête (c'est la partie qui me semble trop facile, mais qui ravira les plus jeunes car l'ensemble est lisse, riche en rebondissements et en suspense) et ainsi conduire le lecteur dans les méandres d'une sombre affaire de meurtres et de secrets de famille.
Malgré quelques situations étourdissantes de facilité et des dialogues récités sans âme, ce roman a su remporter toute mon adhésion avec son scénario bien ficelé et son histoire de deux frères qui luttent ensemble contre le système. C'est poignant, captivant. Une base idéale pour convenir à un téléfilm divertissant.

*** Ce soir, 21 octobre sur la 2ème chaîne ! ***

 

 

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09/10/09

Mon petit coeur imbécile ~ Xavier-Laurent Petit

Neuf de l'école des loisirs, 2009 - 135 pages - 8,50€
illustration de couverture : Gwen Le Gac

mon_petit_coeurNous sommes dans un village africain, loin de toute civilisation. La jeune Sisanda vit avec sa mère et sa grand-mère dans leur keja d'une pièce et compte, tous les matins, les battements de son coeur. C'est un soulagement de l'entendre, c'est signe qu'elle a gagné encore un jour à vivre. Car Sisanda est très malade, le médecin a déjà prévenu que sa vie pouvait cesser à tout instant et seule une opération qui coûte des millions pourrait la guérir totalement. Mais comment une famille de bergers pourrait réunir autant d'argent ? Le père de Sisanda est déjà parti sur des chantiers et ne revient jamais auprès de sa famille, sauf pour leur envoyer son salaire.
L'Afrique qu'on nous dépeint généralement percluse de maladie et de misère se montre ici nettement plus joyeuse et optimiste, car Sisanda et sa mère Maswala ont connaissance du grand marathon qui offre aux trois premières places une somme astronomique, laquelle permettrait de combler toutes leurs attentes. Ni une, ni deux Maswala - dont le nom veut dire Mamantilope, car swala signifie antilope - ne cesse plus de courir et courir encore, elle passe sous la fenêtre de l'école de sa fille, cette dernière entend son coeur battre trop fort, lui demande de se calmer et de patienter jusqu'à la course, c'est un bonheur, un apaisement d'apercevoir le passage de sa mère, un rythme immuable, jusqu'au jour où Maswala n'est pas au rendez-vous...
Mon petit coeur de maman a battu très, très fort en lisant cette histoire de mère courage, et c'est d'ailleurs assez paradoxal de sentir son coeur qui bat au même rythme que la petite narratrice, un coeur qui s'emballe alors que c'est strictement interdit. Sisanda doit se protéger des sensations fortes, elle n'a pas la même vie que les enfants de son âge, elle n'a pas le droit de courir et doit se protéger du vent, à la place elle est super forte en mathématiques, habile avec les chiffres, et pour cause...
C'est un roman qui possède tous les accents du drame et du suspense, pourtant il ne frôle jamais le pathos indécent ni ne tombe dans les clichés (en même temps on se doute que tout va bien se terminer, ou du moins on y croit coûte que coûte !). La vie du village est vraiment bien décrite, avec son folklore (la grand-mère a des dons de sorcière), son exubérance (le poste de télévision installé avec les moyens du bord), son monde de couleurs et de bruits, la foule constante, la curiosité de l'épicier et des voisins, mais la solidarité envers et contre tout.
En un mot (ou presque), j'ai pris grand plaisir à lire ce texte.
A conseiller pour tous les lecteurs dès 9-10 ans.

> Simon de la librairie M'Lire a également beaucoup aimé

Présentation sur le site de l'Ecole des loisirs

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28/09/09

Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons ~ Martin Page

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 60 pages - 7,50€
illustration de couverture : Rascal

traite_sur_les_miroirsDans ce livre, il n'est pas question de dragons ni de sorcellerie ou de magie, non il est juste question d'amour et  plus particulièrement de ... chagrin d'amour !
Martin a treize ans, il est amoureux de Marie qui lui déclare l'aimer elle aussi. Soixante minutes plus tard, elle lui annonce qu'elle préfère rester amis. Martin est abasourdi. (Le lecteur aussi.)
La journée, de toute façon, est placée sous un signe noir, très très noir. Le matin même, son chien est mort en se réveillant ! Le père de Martin, médecin, propose d'organiser une fête-enterrement et d'inviter quelques amis - les fidèles, Erwan, Bakary et Fred.
Ce petit roman est absolument réjouissant, malgré son sujet apparemment tristounet, il s'avère enlevé, drôle et pertinent. Le jeune garçon nous fait part de ses pensées profondes, le fait d'avoir perdu sa maman, de consulter un psy pour raconter ce qui lui passe par la tête, ou d'envisager son père à l'esprit chamboulé,  souvent dépassé par la réalité qui l'entoure, et qui préfère nettement apprendre à son fils comment remplir sa déclaration des impôts ou faire son noeud de cravate.
Ce sont des petits instants précieux qui jalonnent ce texte, touchés par un grain de folie, et en même temps ce n'est jamais fatalement idiot. L'histoire dégage une vraie tendresse, elle véhicule un message important sur la perte de l'être précieux, sur la souffrance et sur la force de rebondir, de croire en la vie, etc.
Ce n'est pas traité de façon bateau  non plus, c'est - selon moi - sensé et philosophe (mais jamais trop sérieux non plus). Cela se lit avec beaucoup de plaisir et de facilité, l'impact est immédiat, la folie douce au rendez-vous, il y a aussi une belle brochette d'hurluberlus, tous très attachants. Bref, c'est un roman original et absolument charmant (que j'ai beaucoup aimé... mais était-il besoin de le rappeler ?).

extrait :

Il y a un mystère dans la difficulté qu'ont les adultes à former des amitiés. Mon hypothèse est que l'amitié, pour naître et durer, a besoin de circonstances exceptionnelles et de danger. Et seule l'enfance réunit ces conditions. Une fois adulte, il n'y a plus de grands risques. Je ne dis pas que c'est facile, mais la terreur devant l'avenir, ce qu'on est, ce qu'on va devenir, est atténuée. D'après ce que je sais, d'après ce que j'ai lu, d'après ce que j'ai vu au cinéma, le seul moment où les adultes peuvent devenir amis, c'est en période de guerre. A leur manière, l'enfance et l'adolescence sont aussi une période de guerre.

> les libraires sont unanimes !  Mel de la Soupe de l'Espace - Le Préau - la librairie Rêv'en Pages
Sophie Pilaire sur Ricochet
- Les lectures de Marie

> Et le blog du monsieur, dont cette partie qui fait écho à ce billet (et plus, encore) : 

J'ai fini d'écrire Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons vendredi. Geneviève Brisac, mon éditrice à l'Ecole des Loisirs, m'a répondu, et tout va bien. Il y a toujours cette peur d'écrire des choses trop bizarres qui n'ont de sens que pour moi. Et puis c'est mon premier Medium (la collection pour les plus de douze ans à l'Ecole des Loisirs), j'étais un peu inquiet.

Je sais que certains adultes ne lisent pas de livres pour enfants (les idiots), alors qu'il y a des merveilles.

> la nouvelle adresse : http://www.martin-page.fr/blog/

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Les enquêtes d'Enola Holmes : Le mystère des pavots blancs ~ Nancy Springer

Nathan, 2008 - 200 pages - 13,50€
traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo
illustration couverture : Raphaël Gauthey

enola_holmes_3La petite soeur de Sherlock Holmes a échappé in extremis à la surveillance de son détective de frère, incroyable mais vrai ! Elle vit dans une petite chambre qu'elle loue dans un quartier simple et populaire, espérant se faire la plus discrète possible, et son cabinet du Dr Ragostin, spécialiste en recherches et toutes disparitions, est temporairement clos. Il lui faut une nouvelle identité, un nouveau déguisement, pourquoi ne pas devenir une lady raffinée et pleine de charme, ce qu'elle imagine ne pas être du tout avec son physique de grande asperge aux traits fades et adolescents... Viola Everseau entre en scène, décidée de se rendre chez le docteur Watson. Pourquoi se jeter dans la fosse aux lions ? Car Enola vient d'apprendre par les journaux que ledit docteur est porté disparu, son épouse est bouleversée, le détective Sherlock Holmes aux abois ! Une nouvelle enquête peut commencer, le jeu du chat et de la souris aussi. Entre Enola, son grand frère, le docteur Watson et la mère d'Enola, c'est une affaire de messages codés, de cache-cache et de filatures. Une affaire qui roule !
La demoiselle n'a pas à rougir de son patrimoine génétique, elle est rusée, intelligente, pleine de fougue, mais a une fâcheuse tendance à se déprécier physiquement. L'auteur Nancy Springer nous offre, en plus du reste (fidélité du cadre, des personnages, véracité et dynamisme de l'enquête, etc.), un manifeste sur le droit des femmes en dénonçant nombre d'absurdités les concernant (" Laissez entrevoir ne fût-ce qu'un soupçon de cheville était alors d'une indécence extrême, même si les robes du soir, à l'inverse, vous décolletaient la gorge à vous faire risquer la pneumonie. ").
Le Mystère des pavots blancs est en fait le troisième tome de la série, qui confirme tout le bien que je pense d'elle depuis son début, et c'est aussi un très bon conseil de lecture pour les plus jeunes lecteurs qui seraient amateurs de Sherlock Holmes (la figure du détective n'est pas trop roulée dans la farine, son esprit de fin limier, redoutable renard, a également la part belle). Bref, encore un très bon moment de divertissement littéraire que voilà !

Le quatrième tome est déjà disponible : Le secret de l'éventail (Nathan, juin 2009).

un petit extrait :

Je m'accroupis devant sa cachette, ma jupe en corolle autour de mes jambes repliées à la façon d'une sauterelle. La situation me paraissait délicieusement absurde, mais je la savais risquée aussi. Autour de nous, la stupeur scandalisée des rares passants était palpable, et je les sentais faire un pas de côté, comme si ma conduite excentrique risquait d'être contagieuse.
Deux ans auparavant, lors du jubilé de la reine, une dame avait mis un genou en terre dans l'une des allées du Crystal Palace, le temps de glisser dans sa bottine une brindille de sapin ; peu après, elle s'était retrouvée dans un asile d'aliénés. Placée là par son mari. Il n'était pas rare alors qu'une femme fût envoyée à l'asile pour "conduite incongrue" - laquelle pouvait consister, simplement, à lire des romans jugés osés, à refuser d'obéir, à contester l'autorité maritale. Faire emmener sa femme par des hommes en blouse blanche dans une calèche aux rideaux tirés était une façon élégante de se défaire d'elle, dès lors qu'elle devenait encombrante pour une raison ou pour une autre. Divorcer, en revanche, relevait du scandale.

 

> lu également par Allie et la librairie L'autre rive

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07/09/09

Pirate des Garages-Vides ~ Corinne Lovera Vitali

Editions Thierry Magnier, 2009 - 85 pages - 7,80€

pirate_des_garages_videsRapport au juge, rapport aux adultes qui s'interrogent, rapport à la vie qui ne fait pas de cadeau.
Jim, seul, doit rédiger les derniers événements survenus durant les mois écoulés, depuis janvier, pour faire le vide dans la tête, bien amochée, d'ailleurs, avec un oeil poché et la boule à zéro. Jim revient sur tout, son enfance, son père au trou, sa mère à son tour inquiétée, le gamin confié à Nini, l'amie de la famille, ou disons qu'il fallait le planquer, dans une cantine rouge, et sursauter au moindre bruit suspect, veiller à toute visite inquiétante... Jim en a plein le sac de ses histoires, il fait son rapport, comme lui demandent le juge, Alexandra la princesse, sa prof en fait, et José le psy. Cela ne peut pas être pour un mal, contrairement à ce que pense Sophie, ainsi expliquera-t-il cette histoire de pirate des Garages-Vides, mais en passer par là demande aussi un long travail de visualisation globale.
Le rapport de Jim peut paraître bien décousu au départ, pas franchement engageant, mais ce serait se leurrer d'imaginer un compte-rendu d'une vie de râtés avec son lot de misère et de galère. Taratata. Le rapport est rédigé à la première personne, du coup le texte de Jim est une claque, pour vous dire lisez-moi, vous ne le regretterez pas. En effet, tout vient du coeur, c'est bien raconté, avec les tripes et l'envie, en passant par les zigzags. Signe des temps difficiles avec éclaircie au tournant.
C'est très court, seulement 80 pages, mais c'est tout à la fois juste, poignant, irrésistible, drôle, bizarre, prise de tête, intelligent et sensé. Et ça vous plante le clou bien comme il faut, là où il faut.

Madeline, libraire à L'Eau Vive, s'est sentie "trop remous dans le coeur".

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30/08/09

Journal de Mac Lir ~ Jean-François Chabas

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2008 - 110 pages - 8,50€

Journal_de_Mac_LirCe petit roman nous offre encore une histoire profonde et touchante, où l'on découvre une autre notion d'amour et de dévouement à petite échelle, d'une hauteur de onze ans. Liam O'Donnell est le Fils d'Océan, Mac Lir en gaélique. Il est seul avec son père, perdu dans le désert australien, au bord de l'océan (justement) d'où il guette les va-et-vient d'un requin et d'une tortue.
Son journal s'ouvre sur le jour de son anniversaire, personne n'a pensé à lui, il se sent désespéré et délaissé, son père ne fait que dormir, pleurer, gémir et refuse de s'alimenter. Quel drame a frappé ses deux êtres, qui vivent coupés du reste du monde ? Où sont la mère et la petite soeur, qui reviennent souvent sous la plume du jeune narrateur ?
Toute l'émotion du roman est tendue jusqu'à la dernière page, lorsque la vérité éclate, lorsque le narrateur n'en peut plus de survivre, lorsque ce petit garçon est fatigué et choisit de lancer un défi au hasard. Ce courage, ou cette folie, va débloquer toute l'intrigue, et bien d'autres choses encore. C'est une délivrance inespérée, mais fort attendue. Car avant cela la lecture avait atteint un degré d'intensité particulièrement  crispant, à suivre le train-train de Mac Lir, son chagrin, sa tentative de raconter comment son père et lui ont atterri dans cette misère, son sentiment aussi de devoir aider son père qui plonge et sombre vers le bas, bref l'histoire se veut tendre et mélancolique, mystérieuse et poignante.
Il faut accepter d'être emporté par le rythme, celui des vagues, de la douleur et de la tragédie pour enfin saisir la petite lueur d'espoir et de rédemption. Parce que, même si ce court roman est empreint de spleen, il ne s'avoue jamais déprimant. Il commet, bien au contraire, l'impudence de vous attendrir.
110 pages belles, très belles. Tout pour plaire.

-> avait également été lu par Gaelle

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28/08/09

Les secrets de Faith Green ~ Jean-François Chabas

Casterman junior, 1998 et 2006 (pour la présente édition) - 153 pages - 8,50€
illustré par Christophe Blain

Dans la série, découvrons Jean-François Chabas, j'opte pour un roman qui a reçu quatorze prix, dont le fameux Tam-Tam Je Bouquine : Les Secrets de Faith Green serait-il un GRAND MOMENT de littérature pour la jeunesse ?
Oui, pour les amateurs d'aventure, dès 10 ans.
Non, pour les vieux qui ont dépassé la barre des 30 ans. C'est mon cas.

les_secrets_de_faith_greenJ'ai pourtant bien aimé, la lecture est agréable, le style sans défaut, la narration fluide, et l'évidente facilité de créer des personnages attachants s'impose à nous. Point.
L'histoire raconte comment une arrière grand-mère acariâtre et un gamin de douze ans vont nouer une incroyable connivence grâce à la lecture de journaux intimes.
Faith Green a 88 ans et décide de quitter sa maison dans la forêt du Montana pour finir ses vieux jours à Brooklyn chez Mickey et ses parents. Comble du comble, le garçon doit partager sa chambre avec la vieille bique !
La cohabitation est catastrophique. Personne ne supporte Faith qui le leur rend bien. Mickey a très envie de la renvoyer dans le premier car en partance pour l'Ouest, jusqu'à ce qu'il découvre trois gros cahiers rouges qui sont en fait les journaux de Faith. Et là, stupeur, il découvre une jeune fille de douze ans ... en 1922 ! C'était une époque insensée, durant laquelle son aïeule a connu un  destin comme jamais il n'aurait pu imaginer. Immédiatement Mickey se passionne pour le récit débordant de suspense, de contrebande, de criminels, de règlements de compte (nous sommes en pleine prohibition, les gangsters sont légion !). Cette jeune Faith lui plaît infiniment, c'est même incroyable de penser qu'il s'agit de la même Faith Green ! Le contraste est énorme, d'abord déstabilisant, puis Mickey s'avoue heureux car il apprécie de plus en plus son ancêtre.
Les lecteurs qui aiment les aventures historiques, avec des gentils qui sont en fait des méchants, mais qui ont un coeur d'or, et des méchants avec une gueule d'ange, alors qu'ils sont totalement pourris de l'intérieur, vont donc se régaler avec ce livre !
J'ai trouvé passionnant de plonger dans le passé de la vieille dame, essentiellement focalisé sur la période des années 20 aux USA, de cerner ce qui a rendu Faith Green aussi amère et sèche avec son entourage.
Le développement de l'histoire est prévisible, mais très intéressant.

 

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21/08/09

Journal d'un dégonflé ~ Jeff Kinney

Seuil, 2008 & 2009 - 224 pages - 9,95€
Traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Zimmermann
titre vo : Diary of a Wimpy kid

journal_dun_degonfle_1Greg Heffley est un collégien de douze ans, ni beau ni moche, pas intello mais pas cancre non plus, pas du tout sportif, ni très drôle, donc pas populaire pour deux sous, mais il y travaille. Cette année scolaire sera placée sous le signe de la réussite, quitte à abuser de la crédulité de son meilleur ami Robert, gentil et naïf, mais franchement pas futé.
Les mois défilent à une bonne cadence et sont racontés dans ce carnet de bord, qu'il ne faut surtout pas appeler journal intime (c'est pour les nazes !). On y découvre sa vie de famille, entre un grand frère musicos et le petit dernier chouchouté par les parents, sa vie au collège qui n'est qu'une irrésistible série de coup bas mis en oeuvre par ce dégonflé qui s'ignore, ou qui ne s'assume pas.
Greg n'a qu'une idée en tête : devenir célèbre, s'afficher sur la page des favoris dans l'annuaire du collège. C'est ça ou rien.
L'histoire est ponctuée par des croquis d'une fausse placidité qui accentuent le comique de situation et soulignent l'absurdité et le cocasse des anecdotes. C'est la touche en plus, qui rend cette histoire drôle et très divertissante.
Journal d'un dégonflé est un roman en bd, comme il est écrit en couverture, le premier d'une longue série, qui m'a fait beaucoup rire.

 

*-*-*-*-*-*

Et déjà le deuxième volume est disponible !

journal_dun_degonfle_2bisGreg est soulagé de reprendre le chemin du collège, après avoir passé des vacances épouvantables. La cause : son grand frère, Rodrick. Il est dur et impitoyable avec lui, le fait chanter sans vergogne, et pourquoi ? Parce qu'il s'est passé un événement que Greg aimerait oublier, mais Rodrick sait tout et se fait un devoir de le lui rappeler.
Si l'humour du premier tome avait été une réelle surprise, accueilli avec une sensation de fraîcheur et de distraction plus qu'appréciable, ce tome 2 ne déroge pas à la règle et se veut également désopilant. Ce sont strictement les mêmes ingrédients qu'on retrouve : un pauvre type qui se débat avec lui-même pour ne pas finir crétin, et son meilleur ami pas mauvais pour deux sous, hélas mou du genou, mais c'est un brave garçon, je l'aime bien, surtout parce qu'il supporte son copain Greg sans réaliser combien il est malhonnête.
Et comble de tout, Robert a de plus en plus la côte auprès des filles, ce qui devrait servir d'exemple à Greg, le forcer à réfléchir pour changer d'attitude, mais un garçon de treize ans, ça reste un garçon de treize ans... ça réfléchira plus tard.
C'est probablement pour toutes ces raisons que les lecteurs plébiscitent les romans de Jeff Kinney, parce que le personnage de Greg Heddley n'est pas un héro conventionnel, et leur ressemble davantage. Il a ses qualités, ses défauts et ses failles. Et comme ce n'est pas un type extraordinaire, sinon qu'il est quelconque, limite odieux (mais la morale est sauve !), ses aventures ne peuvent que concerner la cible idéale des 10-12 ans (et plus).

 

le blog : http://journaldundegonfle.wordpress.com/

le site américain : http://www.wimpykid.com/

 

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29/07/09

La mystérieuse affaire d'Echo Falls ~ Peter Abrahams

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 347 pages - 13,50€
Traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Peronny

la_mysterieuse_affaire_echo_fallsIngrid, l'héroïne de L'Etrange Cas de l'assassinat de Katie la Fêlée, est de retour. A Echo Falls, paisible ville américaine, l'adolescente s'aperçoit de quelques faits troublants qui touchent sa famille : la manie de son père de jeter chaque matin le journal à la poubelle, l'addiction soudaine de son frère pour l'haltérophilie, la valeur grimpante de la ferme de son grand-père pour une vente prochaine. Et puis, arrive le kidnapping d'Ingrid. L'adolescente, qui parvient à s'échapper, se confie à la police qui reste dubitative. Pas de problème pour Ingrid, l'apprentie détective va reprendre du service, car, si vous l'ignoriez, l'adolescente est une fervente admiratrice de Sherlock Holmes, elle collectionne tous les épisodes de la série en DVD, qu'elle connaît par coeur, et elle n'hésite pas à citer tout haut les répliques de son personnage fétiche pour activer ses neurones !
J'ai beaucoup apprécié l'ambiance de ce roman, du fait des personnages originaux, de la personnalité attachante d'Ingrid, jeune héroïne de treize ans (qui tient son prénom d'Ingrid Bergman, l'actrice de Casablanca, le film préféré de sa mère) adepte de foot et de théâtre, grande buveuse de soda à la fraise, et des anecdotes tendrement saugrenues qui surviennent dans cette ville, laquelle est aussi décrite de façon cocasse, au point de la rendre atypique et conviviale.
Je n'ai pas été particulièrement sensible ou embarquée dans l'intrigue policière, j'ai passé l'âge, mais je comprends qu'un lecteur niveau fin de primaire / collège trouve son compte, et se passionnera pour les aventures de cette jeune détective, dans la veine des Nancy Drew + Veronica Mars + Enola Holmes. La couverture tendrement déjantée signale l'idée approximative du monde dans lequel pénètre le lecteur. Un monde décalé, avec des mystères, pas méchant non plus, un peu dingue dans le fond, et plan-plan parfois, la vie coule paisible entre quelques bizarreries, bref c'est un vrai souk. Ou un joyeux bordel.

La chronique de Sophie Pilaire sur Ricochet 

 

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