08/11/10

Glam Girls #1 (c'est déjà suffisant !)

glamgirls

Vous vous intéressez au monde de la mode et ambitionnez de tâter du mannequinat ? Vous avez en moyenne 13 ans, vous vous sentez d'attaque pour supporter l'hypocrisie d'un milieu futile et ancré sur l'apparence ? Ou pour tenter de vous apitoyer sur une héroïne artificielle et pathétique ? Bref, ce livre est pour vous (mais je vous aurai prévenues) ! 
La nana, Laura, décrite avec des "rondeurs" (elle doit passer sous la barre des soixante kilos alors qu'elle frise le mètre soixante-dix ! Gosh.), pensait avoir décroché la timbale en remportant le premier prix d'une émission de téléréalité, mais elle constate que son existence est devenu un vrai poison (il faut qu'elle maigrisse, qu'elle subisse les sarcasmes des professionnels, qu'elle lambine chez elle dans l'attente d'un coup de fil, qu'elle soit pouffe et naïve à la fois...). 
Sa vie sociale et sentimentale vire aussi à la catastrophe (en gros, son petit copain ne la comprend plus, embrasse une autre fille un soir de beuverie, en réponse elle casse et fait des cochonneries avec un type quelconque, ses copines lui mentent et sont forcément jalouses de son succès, c'est donc la crise !). Comble de tout, elle doit expliquer à sa mère qu'elle ne peut plus avaler ses spaghettis à la bolognaise ni son tiramisu parce que trop de glucides a des conséquences horriiibles sur son organisme... 
N'en jetez plus, la coupe est pleine. C'est une lecture agaçante et je suis déçue de savoir que c'est Sarra Manning (l'auteur de Let's get lost) qui a pondu un truc pareil !

Glam Girls, tome 1 : Laura par Sarra Manning
Pocket jeunesse, 2009. Traduit de l'anglais par Odile Carton. 

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04/11/10

Mauvaise Graine - Orianne Charpentier

mauvaise_graineAprès La petite capuche rouge, Orianne Charpentier nous raconte l'histoire de Jérémy, un garçon de quinze ans, pas très grand, pas bon à l'école, un peu mal dans ses baskets, et qui n'aime pas du tout sa vie tout en rejetant la faute sur ses parents. Chez eux, c'est triste, c'est gris, c'est petit. Même les repas de Noël sont surfaits, ça sent l'étroitesse et l'ennui.

Jérémy a beau vivre à la campagne, avec des champs à perte de vue, il étouffe et il a besoin d'espace. En fait, il a du mal à s'accepter et passe à côté des choses importantes, ou essentielles. Il ne voit pas l'inquiétude de ses parents, ou trop tard. Il ne comprend pas ce que cache la mine soucieuse de son père, les commentaires acides de la voisine, ne supporte plus les bavardages de sa soeur aînée, qui suit des études à Paris, et qui sans le savoir l'écrase encore plus, le faisant se sentir minable et incapable.

Quand Jérémy découvre la maladie de son père, son comportement aussi va changer. Il va s'intéresser à la vie des siens, aimer ce qui l'entoure, ne plus espérer l'impossible, se rapprocher de Méthilde, qui est belle, intelligente mais impossible à amadouer. C'est d'ailleurs un prolongement de la même petite bande aperçue dans le précédent roman d'Orianne Charpentier, il y a Sarah et Léopoldine aussi, et j'espère qu'à leur tour elles auront leur mot à dire dans d'autres romans.

Car l'auteur possède beaucoup de finesse pour décrire l'adolescence en perte de vitesse, pour raconter l'errance, les doutes et les angoisses de l'âge ingrat. Cela me rappelle aussi le roman de Martin Page,
Le club des inadaptés, parce que c'est une histoire quasi universelle, celle de jeunes gens qui manquent de confiance en eux et qui n'ont pas encore trouvé leur place. La maladie sert de prétexte pour mettre à plat tout ce qui va de travers et permettre ainsi au garçon de quinze ans de moins se regarder le nombril et de s'assumer un peu mieux. Je trouve juste un peu dommage le choix de cette couverture, les illustrations de Sébastien Mourrain me manquent !

Gallimard, coll. Scripto (2010) - 135 pages - 7,50€

« J'ai peur d'être comme ces champs que nous traversons. De rester là immobile pour toujours, entre mon village et la forêt, à regarder le blé pousser et les nuages s'enfuir, sans que rien ne change jamais pour moi. J'ai peur de voir tous les gens que j'aime me quitter un à un sur les ailes du vent, pour aller voir ce qu'est le métro de Paris ou le Sahara, et que leur vie ressemble à un grand courant d'air qui passerait trop loin. »

« Je venais de découvrir que la vie, ma vie, changeait selon les mots que je trouvais pour la décrire. Ce n'était pas une question de mensonge, c'était une question de point de vue. Au bout d'un moment, j'ai décidé que je n'étais pas un garçon de quinze ans parmi des grands champs vides : j'étais un garçon de quinze ans avec un ciel immense au-dessus de lui. »

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14/10/10

Le Club des inadaptés

Le_club_des_inadaptesMartin du Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons est de retour avec sa bande de potes ! Bakary, Fred, Erwan et lui sont au collège, ce ne sont pas les plus doués ni les plus populaires, ils sont connus pour être des inadaptés mais ils s'en fichent un peu. Et puis, tout va dérailler. Leur nouveau prof de maths est soudainement remplacé, Erwan est agressé dans la rue et le père de Bakary est viré. C'est la sinistrose, mais il ne faudrait pas baisser les bras. Erwan, encore chamboulé, annonce donc son intention de créer une machine qui va égaliser les bonheurs et les malheurs. Et il va atteindre son but ! Ses amis ne disent mot, mais n'en pensent pas moins. Il est fou !

Cela ne dure pas plus de 70 pages et c'est dommage car j'en aurais bien pris encore un peu ! L'humour de Martin Page ne se décrit pas, il se savoure, c'est délicieux, ironique, flegmatique et acide. Cela parle de l'adolescence alors qu'on a le sentiment que tout va de travers, qu'on porte des godasses trop grandes et des fripes froissées qui vous collent à la peau. C'est aussi le constat de la loi du plus fort, la bêtise des étiquettes et du classement selon les apparences. Être ou ne pas en être. Je pense que les ados les plus ordinaires, et déprimés de se sentir si ordinaires (car trop souvent associés à plats ou ennuyeux), apprécieront de suivre les pérégrinations de ce club des inadaptés, auquel on aimerait bien y trouver sa place aussi. Finalement !

Le Club des inadaptés ~ Martin Page
Médium de l'école des loisirs (2010) - 72 pages - 8,00€
en librairie le 14 octobre

un petit extrait :

Les années ne se ressemblent pas. Je dirais que chaque nouvelle année est l'occasion de découvrir une nouvelle forme de tristesse et d'humiliation. Si tristesse et humiliation étaient des diamants et de l'or, alors ni mes amis ni moi n'aurions plus besoin de travailler. Mais ce n'est pas le cas. J'en ai assez d'être riche de ces trésors tristes.
Nous grandissons et c'est pour nous apercevoir que nos parents ont l'air complètement perdus, que les professeurs sont fatigués et malheureux. Difficile de vouloir devenir adulte dans ces conditions.

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09/09/10

L'amour me fuit, de Thomas Gornet

Lamour_me_fuit_de_Thomas_GornetUn joli, joli, mais vraiment joli moment que voilà ! Le roman de Thomas Gornet est une petite douceur au pays de la déprime post-rentrée, et même si on parle d'école, de sixième, de primaire et de piscine, on le trouve malgré tout sensationnel !

Zouz entre en sixième, mais ce n'est pas la joie. Depuis quelques temps, il traîne une mine de déterré, de celle dont on devine la source des tourments, car Zouz souffre d'un chagrin d'amour ! Il n'y a pas d'âge pour aimer, moi je vous le dis, et ce petit roman vous enseigne la même chose. C'est doux, c'est joli et ça laisse une gentille impression de tendresse. Pourtant, ça ne masque pas le malaise, lorsqu'on découvre, comme lui, que Zouz est témoin de son naufrage sentimental, ça fait mal de voir celle qu'il aime lui tourner le dos et lui préférer un autre, mais c'est la vie.

J'ai trouvé ce livre riche de petits bouts de phrases incroyablement justes, saisissantes et intelligentes. Zouz est un narrateur d'une grande maturité (après tout, sa vie familiale a été mise sens dessus dessous aussi, le gamin a grandi plus vite que la normale), il porte un regard noble et réfléchi sur tout ce qui l'entoure : l'homosexualité de son frère, le départ inexpliqué de sa mère, l'absence du père, et cet amour fou et vertigineux qui lui noue le coeur et l'estomac. C'est un support inestimable pour les adultes et pour les jeunes lecteurs, pour ceux qui en ont l'âge ou plus du tout, car le message s'adresse un peu à tout le monde : aimer, désaimer, comprendre le pourquoi du comment, et même parfois il n'y a pas d'explication, c'est comme ça, on appelle aussi autrement ce sentiment, et on décortique ce qu'est le chagrin d'amour !

Le ton flirte souvent entre la maturité et la simplicité d'un môme qui est sur le point d'entrer dans la cour des grands, j'ai bien aimé ce mélange, et cette façon de ne pas se prendre au sérieux, parce que, après tout, "C'est moi, c'est un enfant, assis sur un banc. Elle s'arrête là, mon histoire, parce qu'on est aujourd'hui et que, aujourd'hui, il ne se passe rien de plus."
Voilà tout.

Neuf de l'école des loisirs (2010) - 140 pages - 8,50€

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06/09/10

Le petit Gus fait sa crise

Le_petit_Gus_fait_sa_crise_de_Claudine_DesmarteauVous vous sentez déprimés par la rentrée ? J'ai trouvé la solution : lire, ou relire, les aventures du petit Gus ! Deux livres sont déjà sur le marché, deux hommages appuyés au petit Nicolas de Goscinny, revus au goût du jour car les cours de récré ne sont plus ce qu'elles étaient. Ce n'est pas une façon de peser le pour et le contre, encore moins une manière d'accentuer sur le "c'était mieux, avant". Bah non, c'est juste un cliché de notre jeunesse qui brille de mille feux, avec ses tics et ses tocs, son parler et ses modes.

Un sujet demeure, celui sur lequel tout le monde sera d'accord, sujet inépuisable et intarissable : les filles. Les générations se suivent mais les problèmes demeurent, avec des perles du genre : "Je voudrais pas être raciste ou quoi mais franchement, les filles, c'est pénible." C'est dit, ça ouvre le bal. Et on compulse le catalogue des choses qui vont de travers, le père trop radin, la mère vampirisée par Aldo Nouillerie, un psy qui donne des conseils bidons pour aider les parents à éduquer leurs enfants (on connaît les recettes, non, non, on ne se moque pas, mais c'est fichtrement bien épinglé, du coup c'est tordant, mordant, irrésistible !). Le grand frère tue son temps à devenir le champion de Guitar Hero, la soeur veut adopter un rat et fume en cachette en menaçant Gus de ne pas cafter aux parents.

Claudine Desmarteau nous dresse un portrait de famille cocasse, agaçant et déjanté, mais qu'est-ce qu'on rigole ! Le petit Gus ne fait pas dans la finesse, c'est clair, alors que sortent de sa bouche de môme de dix ans des paroles d'adultes, souvent grossières. Sûr qu'on devine l'auteur derrière, qu'on sent les règlements de compte et les petites piques qui font mouche. Je ne sais pas si un gamin du même âge captera toute la subtilité du propos, cependant il ne se sentira pas du tout étranger aux centres d'intérêt du garçon (les Transformers, le Bakugan, Pokémon & Co). C'est bien vu, pas du tout conventionnel, ça va à rebrousse-poil de ce qu'on peut lire d'habitude, ça mordille, ça use, ça s'essoufle avant de mieux rebondir, et ça finit bien. Drôlement bien, même, comme morale ! A adopter.

Le petit Gus fait sa crise ~ Claudine Desmarteau
Albin Michel (2010) - 157 pages - 12,90€

Le petit Gus, préalablement publié chez Panama, a été réédité par Albin Michel pour l'occasion.
A paraître en octobre : un album, Mes petits démons.

EXTRAIT :

A mon avis, les adultes, ils rêvent pas assez. On peut pas leur en vouloir parce que leur mission, c'est de travailler pour gagner de l'argent et de se taper des corvées à la maison. N'empêche, ils regardent trop les infos et les tickets de caisse. Après, ils deviennent chiants et ils râlent. C'est pas une solution. Moi ça me fait du bien de rêver que je suis un héros Ninja qui s'appelle Brad. Romain, lui, quand il joue sur sa petite guitare en plastoc, il rêve qu'il est un Guitar Hero. Delphine, elle est amoureuse de Tristan et je suis sûr qu'elle rêve qu'il largue Alice pour sortir avec elle. Va savoir, ça arrivera peut-être.
Et peut-être aussi que ça va s'arranger, le cancer de la planète, la crise et les patrons vautours.
On peut toujours rêver, non ?
 

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02/09/10

La Belle Adèle, de Marie Desplechin

La_belle_adeleLa Belle Adèle est un roman sympathique, mais pas très original (la fin glisse dans la facilité, c'est un peu dommage). Par contre, aucun souci pour conseiller ce roman aux jeunes lecteurs, qui ont l'âge d'aller au collège et qui seront particulièrement sensibles à l'histoire. Cela parle notamment de la condamnation par l'image dans les cours d'école, selon ce qu'on est ou ce qu'on affiche, on devient victime ou bourreau. Adèle et son meilleur ami Frédéric ont choisi de sortir de l'anonymat et inventent une histoire d'amour à faire baver de jalousie. Aussitôt leur cote de popularité atteint des sommets vertigineux, mais l'histoire ne s'arrête pas là, et les amoureux sont pris à leur propre piège puisqu'ils vont être les nouveaux visages d'une campagne publicitaire qui parle de contraception. (J'avais vu venir le truc à des kilomètres à la ronde !)

Toute la première partie du roman est intéressante, agréable et guillerette. J'ai bien aimé, et puis j'ai fini par me sentir trop vieille, étrangère aux considérations des adolescents, du déjà-vu par surcroît. Je n'ai pas non plus jugé utile le passage avec l'arrestation du père de Frédéric, qui est un travailleur sans papier, et la résolution finale apparaît rapide et consensuelle (parce que, franchement, irréaliste). Je ne sais pas, cela devenait aussi trop fourre-tout et usant (la mère qui s'amourache du photographe, la tante qui ne cesse d'être bavarde, bruyante et artificielle...). A la base, La Belle Adèle est un feuilleton en 35 épisodes (chapitres) publié sous forme électronique par SmartNovel. On y sent bien la cadence alerte, les rebondissements successifs, l'intrigue habilement troussée, mais personnellement j'ai fini par trouver que ça s'essoufflait. Voilà pourquoi je le conseille pour les lecteurs dès 11 ans. La couverture est illustrée par Lucie Durbiano, j'aime beaucoup !

Gallimard jeunesse (2010) - 155 pages - 8,50€
illustration de couverture : Lucie Durbiano

le début du roman à lire ici !

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21/07/10

Mon bel amour...

Ce roman avait été préalablement publié en 2004 en collection poche. Il s'offre aujourd'hui un format plus confortable, une couverture plus romantique pour une histoire qui ne devrait pas décevoir les jeunes lecteurs. Par contre, le plaisir procuré demeurera succinct et fugace. Ce livre se lit effectivement en deux heures à tout casser. Son histoire est émouvante, elle raconte une histoire d'amour entre Elisha et Miah dans un New York contemporain et compartimenté par ses quartiers, bien souvent selon la couleur de peau. Elisha est blanche, de confession juive et vit à Manhattan. Miah est noir, habite Brooklyn et est le rejeton de deux sommités intellectuelles. C'est finalement la conjugaison de leurs deux solitudes qui va rapprocher nos adolescents, au détour d'un couloir de leur école privée. Leur rencontre a eu lieu sur un coup de foudre. Le temps d'un automne, Miah et Elisha vont donc s'aimer. Comme la plus belle des évidences. Et braver les regards des passants, leurs propres aprioris et les jugements de leur famille.

Mon_bel_amour_de_Jacqueline_Woodson

En fait, il ne se passe pas de réel conflit, pas de gros clash à la Love Story (d'Erich Segal) mais on ressent toute l'amertume des deux protagonistes via l'alternance de leurs points de vue, chapitre après chapitre. Ce n'est pas lourd, juste poignant et terriblement romantique. Un vrai mélo, en somme. Le roman se boucle même hâtivement, nous laissant une impression d'être passé à côté de quelque chose, sans pouvoir le nommer. C'était là, on était à deux doigts, et puis c'est déjà fini. Trop bref, trop furtif, trop insaisissable. L'histoire d'amour est également trop convenue, elle ne sert de prétexte que pour aborder la question des différences et mettre en avant la très touchante réflexion psychologique que Miah et Elisha sont amenés à produire. Par contre la relation des enfants avec leurs parents m'est apparue originale, même si peu crédible. C'est toutefois ce qui a su me plaire et m'intriguer dans ce livre.

Mon bel amour... ~ Jacqueline Woodson
Hachette (2010 pour la présente édition) - 240 pages - 12€
traduit de l'anglais (USA) par Luc Rigoureau

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09/07/10

Pêle-mêle Polly

Le Mot de l'éditeur : Pêle-mêle Polly

Déjà le premier jour de septembre et bientôt la rentrée. Polly n’a aucune envie de reprendre les cours ni de retrouver les autres. À coup sûr, pour être heureuse, il faudrait fuir. Fuguer. Maintenant. Pourtant, avant la fin de l’été, les choses étaient différentes. Polly croyait qu’il existait des sésames pour le bonheur. Comme cette Cléo aux yeux bleus dansant pour elle sur la plage d’Houlgate. Mais tout se perd. Tout s’abandonne, même les amies. Polly n’a pas pu faire autrement. Elle a fait comme son père : abandonner avant de l’être. À Houlgate, Polly s’est souvenue de lui, de leur unique rencontre, l’été de ses six ans. Une angoisse terrible, comme une bulle pleine de rien, l’a envahie. Depuis, Polly ne voit plus que lui. Elle doit reconstruire le puzzle de ce père absent. Maintenant. Mais avec quoi attrape-t-on un fantôme ?

 

pele_mele_polly

Ce roman figure parmi les titres conseillés pour l'été par L'école des loisirs. Aussitôt, mon esprit s'est imaginé une lecture légère et rafraîchissante, d'ailleurs le résumé parle de la plage d'Houlgate, mon petit coeur a fait un bond, j'ai foncé tête baissée.
Ouch.
Ce roman est d'une sensibilité, c'est inattendu et extrêmement délicat. Très à fleur de peau. Je m'y sentais comme sur des coquilles d'oeufs. Donc, j'ai tout repris à zéro pour mieux plonger dans cette histoire de quête des origines. Polly, la narratrice, est une adolescente mature, réfléchie, solitaire et malheureuse. Elle ne connaît pas son père, ni sa mère ni sa grand-mère ne lui en parlent, elle ne dispose que d'une photographie très floue de lui et se souvient l'avoir vu pour la première (et seule) fois à l'âge de six ans. Elle se rappelle des détails et des contours mais a oublié les mots, les paroles, les traits de son visage.
Aujourd'hui, en cette veille de la rentrée, Polly vide et range les cartons de sa famille en nous offrant un pêle-mêle raffiné de ses émotions, ses souvenirs, ses doutes, ses besoins. Sur la plage, à Houlgate, Polly a rencontré Cléo qui dansait et dessinait des arabesques sur le sable. Et puis Cléo est partie... Sans le vouloir, cette rencontre a bouleversé Polly. Il faut que sa grand-mère lui explique pourquoi ceux qu'elle aime la quittent, car elle en souffre et sa bulle pleine de rien est en train de se crever.
Je me suis noyée de plaisir parmi les lignes de Gabriel Martiarena, c'est un roman admirablement bien écrit, très élégant, classique, guindé sans être pédant, et au charme suranné. Par contre, ce classicisme marque aussi une certaine distance et il n'est pas facile de se fondre dans l'histoire. C'est beau, très sensible mais l'histoire ne nous transporte pas. Il faut davantage considérer ce roman comme un brillant exercice stylistique.
A conseiller aux très bons lecteurs (adolescents) et plus.

Pourquoi faut-il que tout ait une fin ? En ce premier jour de septembre, une nostalgie lourde me serre la gorge. Je repense à cet été qui s'achève, aux arabesques de Cléo sur le sable de l'immense plage normande. Bientôt, il faudra retrouver la compagnie étouffante et imposée de camarades de classe. Je sens poindre l'envie de fuguer. Le goût de la fuite me taquine. Je ne suis pas courageuse, non, vraiment pas. J'ai le sentiment profond que seuls les fuyards sont heureux. Soyons lâches, évitons les contraintes !
J'ai perdu Cléo, l'escalier bigarré... Il me reste Mamée, maman. Et l'absence obsédante de mon père.

Si j'oublie son absence ? Si j'oublie son absence ! Est-il seulement possible de s'affranchir de ce qui n'est pas ? Oublier revient à soustraire quelque chose de sa mémoire. Mais quand cette chose est un néant, comment s'en délivre-t-on ? Par quel bout s'empoigne le vide quand on veut le flanquer dehors, le bazarder ?
Je ne connais pas mon père, ou si peu. Pourtant il me pourrit l'existence. Je voudrais le frapper, lui hurler ma haine. Mes poings s'agitent dans le vent, mes cris ne rebondissent sur aucune chair. Lutter contre un fantôme.

Pêle-mêle Polly ~ Gabriel Martiarena
Médium de l'école des loisirs (2010) - 118 pages - 8,00€
illustration de couverture : Franck Juery

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30/06/10

Rock & Love

Alors qu'elle brique à fond la maison, Evangeline découvre, dans la chambre de sa mère, sa planque de romans à l'eau de rose. En voilà une surprise ! Ni une ni deux, la demoiselle plonge son nez dans ces histoires pleines de types torse nu et de femmes en pâmoison. Non, ce n'est pas sa tasse de thé. Et pourtant, Evangeline ne décolle pas d'un bouquin intitulé Un baiser rouge passion et s'identifie même à l'héroïne. Elle est comme sonnée. Suite à cela, un constat s'impose, sa vie est trop triste et sans saveur (son père a quitté le foyer et sa mère est totalement déprimée). Du coup, l'adolescente change de look, range au placard sa tenue de petite fille sage et compte bien vivre ses fantasmes, à commencer par décrocher son baiser rouge passion. Plus facile à espérer qu'à concrétiser ! Evangeline embrasse les candidats tous plus canons les uns que les autres, mais point de septième ciel au bout. Terriiiiible déception.

Rock___love_de_Wendelin_Van_Draanen

J'ai trouvé le début enthousiasmant, frais, rigolo et pétillant, avant de peu à peu sombrer dans l'ennui. Autant la collection Wiz peut m'arracher des cris de joie et me faire taper dans les mains, autant j'ai du mal à prendre mon pied avec Bliss. Rock & Love, le roman de Wendelin Van Draanen, confirme. Ce n'est pas uniquement une imitation de chick-lit, le but de la ligne éditoriale est de divertir tout en ne prenant pas les lecteurs pour des imbéciles. Le fond du problème n'est donc pas ici de savoir si Evangeline atteindra ou pas son but, mais plutôt pourquoi elle agit de la sorte. Car en fait on découvre qu'elle est fâchée avec son père, elle refuse de lui parler depuis le divorce et lui fait porter le chapeau du naufrage de leur vie de famille.

Tout ceci me lasse. Finalement je n'ai pas été sensible à l'humour d'Evangeline, j'étais incapable d'excuser son attitude très girly (le gloss, la poudre, la coupe de cheveux, la tenue glamour) et encore moins d'encourager son marathon du baiser qui donne des frissons. Plus jeune, oui, j'aurais sans doute rigolé. Mais là, ce n'est plus possible. J'étais parfois tentée de trouver ça lamentable, peu crédible et superficiel. Le conflit familial sert d'excuse, mais est-ce assez pour légitimer le délire du baiser rouge passion (embrasser tout et n'importe quoi, au risque de se tailler une réputation déplorable) ? Le lecteur en jugera par lui-même.

Couverture illustrée par Pénélope Bagieu.

Rock & Love ~ Wendelin Van Draanen
Bliss chez Albin Michel (2010) - 338 pages - 12,90€
traduit de l'anglais (USA) par Cécile Moran
 

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13/05/10

Un automne à Kyoto (Karine Reysset) & Le tueur à la cravate (Marie-Aude Murail)

A suivre, deux romans récemment publiés par l'école des loisirs.

Je commence par mon préféré : Un automne à Kyoto de Karine Reysset.

Un_automne_a_Kyoto_de_Karine_ReyssetC'est un petit roman très attachant, qui raconte le voyage de Margaux au Japon (son père a obtenu une bourse pour résider à la Villa Kujoyama de Kyoto). En plus d'être dépaysante et poétique, l'histoire nous invite à explorer les états d'âme de l'adolescente dont le petit monde est en train de se fissurer de partout. D'abord, il y a la distance qui s'installe avec son petit copain, resté à Saint-Malo, puis l'humeur morose de son père, accaparé par son travail, et l'absence de leur mère, qui ne les a pas accompagnés à cause de son travail, et enfin Eric, leur voisin photographe, qu'on nous présente avec un sourire carnassier et qui, à force de croiser Margaux, va affoler les battements de son coeur. 

C'est une histoire touchante, avec quelques pointes d'amertume, sur ce qui fait et défait un lien, sur ce qui fait grandir aussi, sur les petites choses belles, touchantes, émouvantes, celles qu'on regrette, celles qu'on ne supporte plus. Ce beau voyage au Japon va faire exploser le coeur et la tête de Margaux, mille sensations sont attendues, avec cette petite phrase qui dit peu et tout à la fois : " Kyoto, il est temps que je parte, tu m'as ensorcelée, divine, tu m'as presque rendue folle, tu nous as tous rendus fous. Tu vas me manquer. "

Vraiment un joli roman qu'offre Karine Reysset, qui s'inscrit entre le carnet de voyage et le roman d'apprentissage, enrichi d'haïkus et d'illustrations sur les paysages de Kyoto.

Coll. Médium, EdL (2010) - 176 pages - 10,00€
illustration de couverture :  Hélène Millot

Le deuxième livre est celui de Marie-Aude Murail, Le tueur à la cravate.

Le_tueur_a_la_cravateJe crois avoir été plus emballée par le journal de bord que par l'histoire policière elle-même. En effet, sur quelques 70 pages, l'auteur nous raconte son métier d'écrivain et la lente élaboration de son dernier roman (pour tous ceux qui se posent la question, d'où vous vient l'inspiration, comment naît un roman, vous serez servis !). Donc, Marie-Aude Murail vient de terminer Malo de Lange et songe déjà à son prochain projet - un livre sur la mythologie grecque ou les réseaux sociaux du net. (Finalement, MAM optera pour la deuxième option.) Et c'est tout simplement cocasse de la suivre sur les pistes des blogs, de sites des copains d'avant, de facemachin, une sorte de pélerinage dans un pays inconnu qui la déconcerte et la met mal à l'aise. (Bon, il faut noter que l'auteur est absolument farouche au principe d'exhibition, mais elle ne juge pas, elle s'interroge et elle pose un regard innocent et sévère à la fois.)

Bien sûr, il y a d'abord le roman à lire pour frissonner de plaisir. Le Tueur à la cravate se veut un très bon thriller, où tout commence quand deux adolescentes postent la photo de classe des parents de Ruth sur un site du genre perdu-de-vue. A partir de là, les vieux démons vont se réveiller car nos demoiselles ignorent qu'un macabre fait divers a secoué la classe de TC3 qui appartenait au père de Ruth, à sa mère et la soeur jumelle de celle-ci. Vingt ans plus tôt, donc, cette dernière a été sauvagement étrangée, le corps jeté dans la Charente, le meurtrier mis sous les verroux, même si pendant un temps c'était le père de Ruth, lui-même, qui avait été suspecté. Aujourd'hui chirurgien estimé, Vincent Cassel élève seul ses deux filles, depuis la mort soudaine de son épouse. C'est beaucoup pour un seul homme, pense-t-on.

L'histoire nous en montrera d'autres, des vertes et des pas mûres, et durant une lente et haletante montée en pression, l'intrigue ressert son étau de façon inexorable (même si j'avais facilement deviné la fin). Malgré tout, cette histoire policière ne prend pas ses lecteurs pour des idiots, il y a des morts, des suspects, des psychopathes et des beaufs. Au milieu, on suit une jeune fille qui, en perte de repères, ne va plus savoir à qui accorder sa confiance (et on la comprend tout à fait !). C'est un roman noir, à l'ambiance oppressante. Et je crois que, pour un lecteur qui n'est pas encore trop usé par les ficelles du genre, ce livre conviendra parfaitement.

coll. Médium, EdL (2010) - 362 pages - 11,50€
illustration de couverture :  Franck Juery

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