14/06/13

L'été de cristal - La trilogie berlinoise 1 (Audiolib)

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Berlin, 1936. Bernie Gunther, ancien inspecteur de police qui a démissionné pour marquer son désaccord avec les purges effectuées au sein de leurs rangs, s'est mis à son compte en devenant détective privé, spécialisé dans la recherche des personnes disparues. Et comme il le souligne, c'est devenu chose courante depuis l'accession au pouvoir du régime national-socialiste. Il vient de se voir confier une nouvelle enquête : retrouver un bijou de grande valeur, qui aurait disparu dans un incendie, dans lequel la fille du client a trouvé la mort, avec son époux, tout ça dans la plus grande discrétion, s'il vous plaît.

Enquête de routine, pense-t-on. Les premiers chapitres nous baladent, c'est plaisant, un peu à la façon d'un polar à la sauce Dashiell Hammett, en plus on aime détester Bernie Gunther, un type cynique, enjôleur et insolent. Tout est conforme à nos attentes. Puis, l'intrigue finit par nous surprendre, avec une avalanche de rebondissements et une montée en puissance de la violence, le dénouement lui-même nous met k-o. Je m'attendais à une lecture un brin désuète, trempée dans l'huile, avec un fond historique tout ce qu'il y a de plus captivant, et finalement j'en ai pris plein les loupes.

Mais je ne regrette pas un seul instant ! Le résultat est très fort et remue en nous des émotions complexes et variées. C'est même plus qu'un roman policier, le contexte historique apporte beaucoup à l'atmosphère et à l'impact que peut renvoyer la lecture. C'est passionnant, on y découvre un pays qui a déjà plongé dans la folie nazie, mais qui tente de faire profil bas à l'occasion des jeux olympiques, ceci n'enlevant en rien les actes bas et vicieux des brigades en place (gestapo, SS, etc.). Le personnage de Bernie est, lui, plus difficile à cerner. Pour l'instant, le monsieur aurait tendance à me taper sur le système. J'attends la suite pour mieux juger, car bien évidemment je me suis lancée illico dans La Pâle figure (le deuxième tome de cette brillante trilogie berlinoise).

L'été de cristal - La trilogie berlinoise 1, par Philip Kerr
Audiolib (2011) / éditions du Masque (2008) - traduit par Gilles Berton
Texte intégral lu par Julien Châtelet (durée : 8 h 50)

Existe aussi en format poche (Livre de poche, 2010)

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08/06/13

Hypothermie, lu par Jean-Marc Delhausse (Audiolib)

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Tout commence par le suicide d'une femme, dans un chalet sur les bords d'un lac. Deux ans plus tôt, Maria avait perdu sa mère et en avait été très affectée. Ceci n'explique pourtant pas son geste, explique une amie de la défunte, qui tente de convaincre Erlendur d'enquêter sur sa mort en lui confiant une cassette d'un entretien qu'elle aurait eu avec un médium. La jeune femme avait foi dans le spiritisme car elle se sentait coupable de la mort (accidentelle) de son père, pendant son enfance.

Bien que dubitatif, Erlendur va s'attacher à cette histoire et fouiller le passé de Maria. De fil en aiguille, il va se rappeler son propre drame familial et les graves conséquences sur sa vie d'homme. Quelque part, cette histoire de deuil et de fantôme finit par résonner en lui comme une vieille ritournelle. Et quand on a lu, comme moi, le dernier roman en date (Etranges rivages), on n'est plus du tout surpris par les prises de position de notre commissaire apathique et solitaire. Promis, je ne juge pas, c'est écrit noir sur blanc dans le livre !

Une nouvelle fois, j'ai trouvé la lecture prenante, aux effets de style simples et épurés, mais tellement efficaces. J'ai été portée par la voix de Jean-Marc Delhausse (toujours lui !), sitôt les premières notes lancées, on n'a plus envie d'arrêter. Certes, les accents désabusés, l'amertume et le caractère grincheux de notre inspecteur peuvent paraître rédhibitoires, et puis pas du tout, car l'intrigue sera le déclencheur chez Erlendur d'un besoin d'enterrer - enfin - le passé. C'est à suivre, et c'est passionnant !

Hypothermie, par Arnaldur Indridason
Audiolib / éditions Métailié (2010) - traduit par Eric Boury
Texte intégral lu par Jean-Marc Delhausse

07/06/13

22/11/63, lu par François Montagut (Audiolib)

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Pour l'anecdote, j'ai entamé ma lecture le 23 mai et viens seulement de la terminer le 5 juin. En version papier, le livre s'enorgueillit de 930 pages. (Enorme !) Imaginez qu'en livre audio, cela représente pas moins de 36 heures d'écoute !!! Carrément dantesque. Aussi, j'ai eu la sensation d'avoir traîné ce livre à l'infini. Pourtant le roman m'a plu, même s'il est vaguement coupable de longueurs et autres digressions.

L'histoire nous présente Jake Epping, professeur d'anglais, divorcé, qui découvre une fissure temporelle grâce à son copain Al, un cuistot au bout du rouleau. Cette plongée dans le temps le conduit en 1958, mais serait surtout une occasion pour réparer certaines destinées malheureuses, comme le massacre d'une famille entière, un accident de chasse ou même l'assassinat du président Kennedy en novembre 63.

D'abord incrédule, Jake tente une première expérience et en revient complètement emballé. Il prend toutefois le temps de planifier sa mission, puis se lance bille en tête. Jake devient George Amberson, un aspirant écrivain, qui va s'installer dans la petite ville de Jodie, dans le Texas, et y mener une existence tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Mais l'homme se sent heureux, bien dans ses baskets, et pas seulement parce qu'il vient de rencontrer l'amour de sa vie !

Parallèlement, Jake file le train à un certain Lee Harvey Oswald, et l'on découvre alors une Amérique violente, aigrie, raciste et rétrograde. La belle peinture d'une société insouciante vole en éclats, ce n'est pas comme si on nous apprenait quelque chose non plus, les manuels d'histoire ont fait le reste. Alors, peut-on corriger le passé sans craindre l'effet papillon ? A vous de le découvrir, quoi qu'il en soit la lecture est surprenante, voire haletante et flippante dans la dernière partie, où notre cœur bat à vive allure.

Toutefois, pour en arriver, la lecture aura été un tantinet laborieuse. Même si l'histoire est passionnante, partant d'une idée lumineuse et audacieuse, elle aura nécessité une copieuse documentation, dont on retrouve l'acharnement et la pertinence dans le récit, au risque d'alourdir le rythme aussi. J'aurais pu, également, m'attacher davantage à l'histoire d'amour, si seulement Jake avait trouvé un surnom autre que "ma pépette", le comble du ridicule selon moi. Mais je ne dis pas le contraire, mon petit cœur tout mou a fondu au moment opportun et a vibré aux dernières notes de l'histoire ! 

J'adresse, pour finir, toutes mes félicitations au comédien François Montagut, pour cette lecture marathon, qui a su tenir en éveil mon intérêt parfois flanchant. Sérieusement, il m'a fait vivre des scènes d'action de façon débordante et effroyable, j'avais l'impression d'y être, et juste comme ça, les voix travesties, oui, ça prête toujours à sourire... mais c'est le jeu. C'était aussi mon premier Stephen King, une expérience grisante, excitante, enrichissante, pour un roman ambitieux, certes victime de nombreuses digressions, mais qui s'en tire sur une belle pirouette, avec une note particulièrement touchante, donc j'en sors ravie !

22/11/63, par Stephen King
Audiolib / Albin Michel, 2013 - traduit par Nadine Gassie
texte intégral lu par François Montagut (durée : 36h02)

23/05/13

Le Chien jaune (Audiolib)

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Un soir d'hiver, à Concarneau, un type sort du café de l'Amiral et s'abrite pour allumer un cigare. Quand, soudain, il s'effondre, avec une balle dans le ventre. Pas loin de lui, un chien jaune regarde la scène d'un air goguenard. Les habitués du café sont en alerte, c'est un pote à eux qui vient de tomber raide, il serait bon d'éclaircir les esprits autour d'un petit verre, avec Maigret, venu enquêter.

Mais les hommes stoppent net leur geste car leur Pernod a été empoisonné. Puis, c'est le journaliste de la bande qui est porté disparu, sa voiture abandonnée, avec des traces de sang à bord. Un autre bougre de la bande est assassiné chez lui, après son repas avalé, probablement empoisonné. C'est la panique dans les rues de Concarneau. Le maire réclame une arrestation, Maigret, lui, se contente de hausser un sourcil. Il n'en fera qu'à sa tête, ou alors, tiens, pourquoi ne pas mettre aux arrêts ce bon vieux Docteur Michou ?

Il s'agit donc de mon premier Maigret, dont j'avais hélas une image un peu poussiéreuse, alors que j'ai franchement aimé la découverte. C'est surtout un roman d'ambiance, car l'enquête criminelle suit son cours de façon bonhomme et trouve son dénouement sans vraiment nous ébouriffer. C'est le commissaire qui tient les rênes, qui nous oblige à suivre sa cadence et à se laisser porter par sa froide logique. Le type n'est pas un joyeux luron, il est austère, fermé mais il écoute et observe avec la plus grande attention. C'est la force des champions, Agatha Christie aussi avait tout compris !

Donc, on ne rechigne pas un seul instant à se perdre dans les rues de Concarneau, à aimer cette météo froide et pluvieuse, à se plaire dans ce décor de désolation, à s'asseoir à la table du bistro, à discuter du bout de gras avec les locaux, à songer un court instant aux feuilletons avec Bruno Crémer ou Jean Richard. Tout ça, c'est de la recette à l'ancienne, au parfum délicatement suranné. Mais c'est drôlement bon aussi ! Ajoutez une galerie de personnages aux petits oignons, tous de beaux salauds, en fin de compte, et vous ne regretterez nullement cette lecture d'un autre temps, qui coupe un peu avec vos habitudes.

C'est le comédien François Marthouret qui nous plonge dans cette petite chronique de la vie provinciale, où les mensonges entre amis font leur nid. Sa voix grave et son ton posé collent instinctivement au personnage de Maigret, donnent à la lecture un rythme débonnaire, glaçant et inquiétant. Juste parfait, quoi ! Un prochain titre doit paraître à l'automne en version Audiolib, [[L'Affaire Saint Fiacre]].

Le Chien jaune, par Simenon
Audiolib, 2013  -  (1ère édition, 1931)
Texte intégral lu par François Marthouret (durée : 3h50)

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Le prix amer des rêves. (Purge)

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1992, quelque part en Estonie occidentale. Seule dans sa ferme, Aliide Truu découvre une jeune femme en piteux état mais hésite avant de lui offrir le gite. C'est peut-être une ruse pour tenter de l'abattre ? Que craint-elle donc ? Après tout, Zara n'est qu'une paumée. Son histoire, elle n'ose pas la confesser, plus par honte que par mesquinerie. A la place, elle préfère raconter qu'elle se cache pour fuir son mari, en attendant de pouvoir rejoindre la Finlande.

Mais Aliide Truu est une vieille dame méfiante, sévère, froide et sans cœur. C'est ce qu'on croit, c'est ce qu'on découvre aussi, à travers son histoire qui commence à la fin des années 30, où elle était jeune, belle et insouciante, avec son sœur Ingel. Aliide Truu rêvait du grand amour, pour lui elle aurait été prête à tout, quitte à subir l'humiliation des arrestations abusives, des interrogatoires musclés et des tentatives d'intimidations. Aliide Truu a su se forger une carapace, tout en continuant de nourrir une passion obsessionnelle pour cet homme qui en a préféré une autre.

Comment la jalousie, la rancune et la rancœur ont pu aiguiser ce cœur meurtri ?! C'est ce qu'on ne cesse d'apprendre, de suivre, au fil du temps qui passe, à travers l'histoire d'un pays aussi, l'Estonie et ses trente années d'invasion, d'oppression, de propagande, d'exil et de déchirure. La vie d'Aliide Truu est jalonnée de souffrances et d'amertume, ce qu'on ressent pour elle est aussi un mélange de pitié, d'écœurement et de tristesse. La rencontre avec Zara va encore la déstabiliser, puisque cette jeune femme abusée, enlevée pour travailler à Berlin, en tant que prostituée, a vu ses rêves briser, à l'instar d'autres incrédules pensant trouver la richesse à l'Ouest...

Certes, ce roman est sinistre, âpre, douloureux et violent. Mais ses non-dits et ses mensonges rendent la lecture intense et captivante, car elle nous attire dans sa bulle pour nous chuchoter des mots durs et cinglants, pour dévoiler des secrets de famille et autres drames intimes. On se sent le cœur comprimé, à plusieurs reprises, et pourtant à aucun moment je n'ai eu envie d'aller voir ailleurs, de me sortir de cette emprise, car j'avais vraiment envie d'en savoir plus, je m'étais attachée à l'histoire, à ses personnages brisés. J'ai aimé cette lecture, lue par Marianne Épin, sur des accents graves, proches de la panique ou de la folie, comme pour mieux souligner toute la démence qu'ont hélas traversée les deux femmes. 

Purge, par Sofi Oksanen
Audiolib / Stock, coll. La Cosmopolite (2010) - traduit par Sébastien Cagnoli
Texte intégral lu par Marianne Épin (10h08 d'écoute)

Prix Fémina Étranger 2010 - Prix Roman Fnac 2010
existe en format poche


22/05/13

La première chose qu'on regarde (Audiolib)

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Le roman s'ouvre sur une phrase étonnante : « Arthur Dreyfuss aimait les gros seins. »
Quelques lignes plus loin, le chapitre se conclut sur cette autre révélation : « Devant lui se tenait Scarlett Johansson. »

C'est donc l'histoire d'un mécanicien au physique de Ryan Gosling, en mieux, qui trouve sur le pas de sa porte la star hollywoodienne et en tombe des nues. Puis, s'invite à la fête Jeanine Foucamprez, animatrice de supermarchés et autres salons de mariage. Avec son physique de rêve, la beauté à couper le souffle, un petit air de Scarlett, la nymphette fait tourner les têtes. Mais les gens se méprennent sur son compte et Jeanine est lasse de jouer un rôle qui l'étouffe. Elle souhaiterait maintenant être aimée pour elle-même.

Quelle aventure, mais quelle aventure ! Si l'histoire semble promettre un détour saugrenu et particulièrement cocasse, le fond n'en est pas moins sordide. Car très vite, il apparaît que nos deux protagonistes sont deux être torturés, par la faute d'une enfance malheureuse, et aujourd'hui ils sont à la recherche d'un idéal qui leur fait défaut. Pourtant, ils se lancent dans leur aventure amoureuse avec une spontanéité désarmante.

Tour à tour, le roman s'avoue drôle, cocasse, frais, charmant, un vrai vaudeville. Sauf que, derrière le burlesque, se cache une comédie dramatique,  où l'on parle d'amour, certes, et plus particulièrement de nos attentes et du fait de renvoyer une certaine image, sur laquelle les regards se posent, souvent sans jamais chercher à percer la façade. C'est le drame de notre siècle, se nourrir d'une apparence. C'est tellement triste, car « ... on n'est jamais aimé pour soi mais pour ce qu'on comble chez l'autre. On est ce qui manque aux autres. ».

C'est foncièrement un roman désabusé et poignant, par contre l'auteur se perd dans des considérations sur le star-system, détaille la filmographie des acteurs, fait de nombreux apartés géographiques aussi... Je ne sais pas pourquoi, mais c'est un peu bizarre. L'histoire en elle-même m'a plu, mais ce qu'il y a autour m'a parfois semblé superficiel. Cela me laisse perplexe, quoi...

La première chose qu'on regarde, par Grégoire Delacourt
Audiolib / JC Lattès (2013)
Texte intégral lu par Marc Weiss (durée : 4h48)

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15/05/13

►►► La rivière noire ◄◄◄

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Ce tome s'inscrit juste après [[Hypothermie]] et le départ d'Erlendur vers les terres de son enfance. C'est Elinborg que nous suivons donc, à travers une enquête délicate qui met à l'honneur le caractère sensible et très féminin de son personnage. Un homme a été égorgé dans son appartement, mais fait étrange, la victime serait avant tout un prédateur sexuel, ayant coutume de droguer ses cibles avant d'abuser d'elles.
 
Ce livre pourrait faire froid dans le dos, dès lors qu'il révèle les failles de la justice islandaise qui punit très faiblement les auteurs de crimes à caractère sexuel. Finalement, j'ai davantage trouvé une dimension pudique et d'une grande sensibilité au récit. Probablement que le personnage d'Elinborg y est pour quelque chose ! On la découvre dans son rôle de compagne, auprès de Teddi, un mécanicien pépère et attentif, et dans celui de mère, avec des enfants qui grandissent, qui ont leurs secrets, et qu'elle a du mal à comprendre.

C'est donc un tome sans Erlendur qui défend honorablement ses chances, j'aime beaucoup la touche féminine qu'a su apporter Elinborg, comme j'avais également apprécié de mieux découvrir Sigurdur Oli dans [[La Muraille de lave]]. L'histoire traite du sujet douloureux qu'est le viol, et de l'éventualité d'une vengeance personnelle face à l'inertie (ou la trop grande clémence) des hautes instances du pays. Très bonne interprétation de Jean-Marc Delhausse, qui a lu les 4 titres édités chez Audiolib jusqu'à présent. 

La rivière noire, par Arnaldur Indridason
Audiolib / Métailié, 2011 - Traduit par Eric Boury
Texte intégral lu par Jean-Marc Delhausse (durée d'écoute : 9 h 04)

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14/05/13

"... l'oubli n'est pas seulement une forme du souvenir, mais le souvenir est une forme de l'oubli."

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C'est probablement un livre qui a été écrit pour moi. Il est en effet question d'une maison et d'une famille où il n'y a que des filles. Le reste, c'est de la poésie, de la gourmandise, de la nostalgie, de la tendresse et de la délicatesse. Comment résister ?

Iris vient d'hériter de sa grand-mère Bertha la grande maison de Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne. C'est l'été, le jardin regorge de couleurs et de senteurs, subrepticement tous les souvenirs d'enfance lui reviennent à la pelle : la maladie de Bertha, à la mémoire défaillante depuis sa chute du pommier, les balades dans la campagne, près de l'écluse, les heures à plonger ou nager dans le lac, sa cousine Rosemarie et leur amie Mira, les tragédies, la mort, les histoires d'amour naissantes, les trahisons, le désespoir, la jalousie...

Tout ça en un lent et langoureux va-et-vient avec le présent, où Iris fouille les placards, revêt les vieilles robes de bal de ses tantes ou sa mère, croise avec nonchalance Max, le jeune avoué qui doit régler les questions de succession. C'est une lecture qui doit se vivre, être ressentie comme un cadeau, ou être considérée comme un écho à vos propres souvenirs. Ce roman aborde d'ailleurs la délicate suggestion de la mémoire et de l'oubli, avec les histoires qu'on se construit à partir des souvenirs qu'on se force à faire renaître, ou qu'on tente d'inventer.

C'est une lecture que j'ai savourée, en regrettant sincèrement la fin et le moment de devoir dire adieu aux fantômes de Bootshaven, à Iris et à sa fabuleuse histoire familiale. Très belle et passionnante version Audiolib, comme d'habitude !

Le goût des pépins de pomme, par Katharina Hagena
Audiolib / Anne Carrière, 2010 (existe en format poche) - Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss
Texte intégral lu par Cachou Kirsch

"J'aimais lire et manger en même temps (...). C'était merveilleux les histoires d'amour avec une portion de gouda, les récits d'aventures avec du chocolat aux noisettes, les drames familiaux avec du muesli, les contes de fées avec des caramels mous, les romans de chevalerie avec des cookies..."

Un grand merci à Bladelor pour la découverte ! ♥

02/05/13

"C’est exactement le goût du blues, dit-il. De ce blues-là même. C’est fort, votre invention, vous savez !"

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Colin est riche et vit dans un appartement cossu, son meilleur ami Chick vient de trouver l'élue de son cœur, Alise, qui est la nièce de son cuisinier. A son tour, Colin voudrait tomber amoureux. Vivre une grande et belle histoire d'amour. Il rencontrera Chloé, douce, belle, charmante et délicate. Ils se marient, mais la maladie frappe la jeune femme et c'est le début de la déchéance.

Colin va s'appauvrir, son chez-lui va devenir tout riquiqui et il doit se résoudre à vendre ses biens, comme le pianocktail (géniale invention !), pour pouvoir acheter des fleurs à son épouse. Or, Colin ne veut pas travailler, ça l'ennuie et aucun labeur n'est digne de lui. (Il faut voir les déboires de Chick, avec les machines infernales ! Celui-ci est dans l'obligation de bosser, notamment pour assouvir sa passion dévorante pour Jean-Sol Partre, dont il collectionne toutes les œuvres en dépensant des fortunes.)

Je n'ai pas réussi à entrer tout de suite dans l'histoire, qui m'apparaissait plus qu'étrange et vraiment superficielle, mais j'avais juste besoin de m'habituer. L'écriture de Vian est poétique et musicale, il m'a donc presque semblé naturel d'écouter ce roman plutôt que de le lire ! C'est Arthur H qui habite les mots de Vian, le temps de 7 petites heures. Sa voix grave et aux accents de blues se fait une place au soleil dans cet univers onirique, aux images ensoleillées, spirituelles et surréalistes.

C'est aussi une histoire qui jongle sur plusieurs émotions, entre l'histoire d'amour juvénile, fraîche et pleine de vivacité, les inventions de mots, le langage fleuri, les personnages excentriques, des doux-dingues qui vont au bout de leurs idées, sans oublier le ton sarcastique, l'humour grinçant, la volonté de s'affranchir, l'anti-conformisme, les répliques pour se moquer, pour dénoncer (contre la médecine, contre le travail, contre Sartre...). L'histoire est un mélange de folie, de sophistication, d'ironie et de modernité. Je pense que cette mélodie m'accompagnera encore pendant un bon moment...

L'écume des jours, par Boris Vian
Audiolib, 2009 - Texte intégral lu par Arthur H, suivi d'un entretien exclusif

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01/05/13

"Tant qu'on peut boire, profitons-en pendant qu'on est vivants."

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Paris, fin 1959. Michel Marini a douze ans. Il aime la lecture, le rock et le baby-foot. Souvent, il se rend au Balto, un bistro de l'avenue Denfert-Rochereau, où il est intrigué par les activités secrètes d'un club, derrière une porte verte, dans l'arrière-salle. Le jour où il obtiendra enfin son sésame, Michel va plonger dans une autre galaxie : celle d'exilés des pays de l'Europe centrale ou de l'Est, des réfugiés politiques, des énergumènes qui refont le monde autour d'une bouteille d'alcool ou d'une partie d'échecs.

C'est ainsi qu'on s'aventure dans ce roman foisonnant, entre les anecdotes de ces hommes brisés, mélancoliques et meurtris, aux parcours malmenés suite à la guerre et à la révolution, à leurs nombreuses tentatives pour survivre, aimer, oublier... Sans se rendre compte, on se passionne vite pour ces bouts de vie saccagés (la folle histoire d'amour de Leonid, par exemple, ou les frasques de l'acteur Tibor Balazs, tellement beau et orgueilleux qu'il ne supportait plus de vivre chichement). Viendra aussi le mystère autour de Sacha, cet homme discret, que tous les membres du club conspuent, haïssent haut et fort, sans jamais en expliquer les raisons.

Michel, lui, est un garçon heureux, curieux et sensible. Chez lui aussi, ça va barder entre ses parents, depuis le coup d'état de l'aîné de la famille, Franck, qui va partir en Algérie, où la guerre d'indépendance n'atteint pas le quotidien des Parisiens, qui subissent de très loin les ondes de choc. Michel va donc consoler Cécile, la petite copine délaissée de son frère, et l'aider à maintenir la tête hors de l'eau lorsque ce dernier disparaîtra sans donner la moindre nouvelle.

Cette lecture est, sans conteste, un long moment de plaisir. C'est une promenade d'un autre temps, dans un contexte chaleureux et florissant, mais toujours marqué par les blessures du passé, de la guerre, de ses trahisons, de la perte des valeurs et des utopies aussi. J'ai dégusté chaque instant de ce livre, je m'y sentais à l'aise, je n'avais plus envie d'en sortir, et pourtant la lecture est très longue, plus de 21 heures d'écoute, mais sérieusement je n'ai pas vu le temps passer ! Je réinscris ce livre parmi mes rares moments de lecture où j'ai adoré perdre la notion du temps pour me retrouver au cœur d'histoires palpitantes, bouleversantes, avec un pincement de cœur au moment de devoir les abandonner.

Le Club des incorrigibles optimistes, par Jean-Michel Guenassia
Audiolib, 2013 / Albin Michel, 2009
Texte intégral lu par Stéphane Ronchewski (suivi d'un entretien inédit avec l'auteur)

“Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l'irrationnel. Avant d'avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. On hume, on flaire le livre, on se demande si ça vaut la peine de passer du temps en sa compagnie. C'est l'alchimie invisible des signes tracés sur une feuille qui s'impriment dans notre cerveau. Un livre, c'est un être vivant.”