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Chez Clarabel

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29 janvier 2019

La disparue de Noël, de Rachel Abbott

La disparue de NoëlTout commence sur une route de campagne verglacée. Au volant de sa voiture, une femme est témoin d'un accident. Lorsque la police arrive sur les lieux, la conductrice a été tuée et sa fillette de six ans enlevée. Sans le moindre indice, ni aucune piste, l'enquête va piétiner. Six ans plus tard, une adolescente se présente chez Emma et David en tant que Natasha. L'homme est sous le choc : son enfant perdu est de retour. Seule sa nouvelle épouse demeure circonspecte. Adolescente mutique et renfrognée, Natasha ne lui inspire aucune confiance. D'abord, elle leur interdit de contacter la police et refuse d'expliquer d'où elle vient, puis accuse David d'être entièrement responsable du drame de son enfance.

Ce début très prometteur a largement rempli son office : bonne intrigue tordue, personnages peu fiables, tension psychologique palpable. L'auteur réussit à placer ses jetons subtilement. Et même si ses intentions sont loin d'être transparentes, le flou est savamment entretenu. On a envie d'avancer dans l'histoire pour découvrir ce qu'elle mijote. Malheureusement, à mi-parcours, tout part en cacahuète : on a un kidnapping interminable et des rebondissements gros comme une baleine. Ça devient lourd et lassant. Pas très convaincant. Bien sûr, Marie Eve Dufresne est remarquable : elle rend Natasha plus détestable que jamais ! Ado sur la corde raide, vulnérable et fragile, trop bizarre pour être honnête... On gobe tout. Par contre les méchants sont trop méchants. Mais c'est courant en livre audio d'accentuer les défauts ou les caractéristiques des personnages. Cela influence parfois la lecture, pas toujours cool... 

© 2017 Belfond, pour la traduction française. Titre VO : Stranger Child (P)2018 Lizzie

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26 janvier 2019

iRachel, de Cass Hunter

iRachelRachel était une femme brillante, ingénieure surdouée, elle avait créé son double androïde sans imaginer que cela aurait un impact sur sa vie et ses proches. Car Rachel va mourir dans un accident de voiture (nulle préméditation, triste fatalité). Contacté par son collègue, Aidan va alors découvrir le projet secret de son épouse : iRachel, un prototype unique d'une intelligence artificielle remarquable.

Le robot a également été programmé pour s'installer dans leur maison et vivre à leurs côtés. Son but ? Absorber leurs émotions, anticiper les lendemains difficiles et permettre un travail de deuil moins douloureux. Le père et la fille sont choqués et mal à l'aise en sa présence. Mais iRachel est un modèle de patience, de dévouement et de compassion. Elle finit par se fondre dans le décor et réussit à compenser l'absence de Rachel tout en ravivant les souvenirs de la famille.

Franchement, c'est magnifique ! J'étais loin de me douter dans quoi je m'embarquais, mais sitôt ouvert, ce roman a été avalé en une goulée. J'ai été captivée par l'histoire... histoire d'amour et de tendresse, histoire de perte et de manque, histoire de sacrifice et de partage, histoire de trahison et de conquête. On découvre à chaque coin de page un aspect nouveau et étonnant de cette lecture. C'est poignant, c'est doux, c'est romantique, en gros c'est bouleversant. Les personnages sont touchants et très attachants. On a envie pour eux la meilleure solution possible, et puis... on a le cœur gros aussi. Lu en une soirée, ce roman a été un compagnon inattendu et bienveillant. Une découverte pleine d'émotions et qui me laisse avec un sourire jusqu'aux oreilles. J'ai adoré !

JC Lattès (2018) - Traduit par Lucie Delplanque

Titre VO : The After Wife

 

25 janvier 2019

La fille de l'hiver, par Eowyn Ivey

LA FILLE DE L'HIVERMabel et Jack ont tout plaqué pour s'installer en Alaska, dans une petite cabane en bois, au milieu de nulle part. Les conditions de vie sont rudes et les désillusions abondent au cours de cet hiver 1920. Le couple se demande s'il ne ferait pas mieux renoncer de cultiver la terre pour travailler à la mine. L'arrivée de leurs rares voisins, les Benson, leur conseillant de tuer un élan et de faire des pancakes au levain en attendant des jours meilleurs, leur redonne finalement de l'espoir. Auraient-ils pu aussi imaginer qu'un simple bonhomme de neige allait bouleverser leur existence ? Ou comment expliquer l'illusion d'un renard et d'une fillette rôder autour de leur maison ? Pour Mabel, fragilisée par ses fausses couches, il ne fait aucun doute que cette apparition est un don de la nature.

Il appartient ensuite au lecteur de succomber ou pas au charme de ce conte, pétri de réalisme magique, qui nous transporte dans une bulle hors du temps. Côté ambiance, on se croirait dans la petite maison dans la prairie, promis, c'est confondant. L'histoire peut sembler étrange et abstraite, alors qu'elle est pleine d'amour et d'abnégation. C'est fascinant. Entre rêve et réalité, on hésite et on se perd facilement. De plus, la nature est magnifique. On découvre une Alaska sauvage et énigmatique, véritable ouverture à voyager et méditer. Ainsi, on oublie tout. On largue les amarres. On chavire. On disparaît dans un méli-mélo onirique. On gobe son pouvoir ensorcelant et mystique. On s'imprègne de sa lumière et on savoure sa poésie. C'était bizarre, mais drôlement beau.

10-18 (2014) - traduit par Isabelle Chapman

titre VO : The Snow Child 

 

25 janvier 2019

La première fois qu'on m'a embrassée, je suis morte, de Colleen Oakley

La première fois qu'on m'a embrassée je suis morteJubilee Jenkins souffre d'une allergie rare, celle du contact humain, un simple toucher a un effet cataclysmique. Depuis toujours, sa vie est tout sauf normale, elle vit seule, dans sa maison qu'elle n'a pas quittée en neuf ans, entourée de piles de bouquins. Elle reçoit tous les mois une pension versée par sa mère mais comprend que son monde va chavirer en apprenant son décès. Non seulement elle doit sortir de chez elle, trouver du boulot, parler aux autres, mais elle traîne encore une honte qui lui colle à la peau depuis le lycée, d'où la sirène d'alarme, panique à bord, etc.

Elle va néanmoins gérer au mieux tous les obstacles et décrocher un poste à la bibliothèque où elle fera la connaissance d'Eric. Il ne sait rien de ses problèmes, croit qu'elle est seulement excentrique et tombe sous le charme. Certes, sa vie à lui aussi est complètement bordélique : il est divorcé, fâché avec sa fille et tuteur du fils de ses meilleurs amis récemment décédés. En voulant se réconcilier avec son ado revêche, il se met à lire tous ses romans fétiches et rencontre Jubilee déguisée en Emily Dickinson. Et comme dirait Johnny, cette fille-là, mon vieux, elle est terrible.

N'imaginez pas une romance classique, mais davantage une histoire d'émotions et de sentiments, une histoire de complicité et d'apprivoisement, une histoire de tendresse et de sourire. Et c'est tout bon. J'ai craqué pour cette belle aventure de 500 pages, pour toutes ses incohérences et ses étrangetés, parce que l'allergie de Jubilee n'existe pas mais ses effets relatent l'isolement lié à la peur avec volonté d'en sortir pour profiter pleinement de la vie. Comme tout le monde est en plein chaos dans ce livre, le rythme est lent et fait place à de l'observation. Ça fonctionne vraiment bien car j'ai beaucoup aimé prendre le temps de connaître les uns et les autres, de cerner leurs attentes, de partager leurs humeurs et leurs envies, d'assister aux premiers rapprochements. C'est simple mais très touchant. Par contre ça se termine un peu n'importe comment, j'ai bien failli brandir ma pancarte à l'imposture avant de retourner me coucher rassérénée. Un joli petit roman, doux et fantasque.

Milady (2018) - traduit par Alix Paupy

Titre VO : Close Enough To Touch

25 janvier 2019

Passage des ombres (Trilogie des ombres 3), de Arnaldur Indridason

Passage des ombres

Un vieil homme meurt dans son lit, avec d'anciennes coupures de presse à ses côtés. Sa voisine interpelle un inspecteur à la retraite pour fouiller dans son passé.

En 1944, pendant l'occupation de l'armée américaine, le corps d'une jeune femme est découvert en ville. L'enquête révèle une triste histoire de viol mais piétine dans le vide, ou disons que les conclusions vont laisser un goût amer aux détectives (Flovent et Thorson). Konrad va y remettre un peu d'ordre en nous propulsant dans un contexte délicat, pendant la guerre et la cohabition avec l'armée américaine. À l'époque, les demoiselles batifolent joyeusement avec les officiers aux noms d'acteurs, rêvant d'une vie meilleure ou d'amour romantique, avant de retomber lourdement dans la réalité. On racontait alors que « c'était la faute des elfes » et on méprisait ces filles naïves ou honteusement abusées. Pour Konrad, cette affaire n'a pas tout dit et est vraisemblablement porteuse d'une honte indélébile. À son tour de traquer sans relâche les fantômes du passé, de pointer les erreurs et les condamnations hâtives, lesquelles auraient obnubilé son enquêteur des années durant.

En écoutant cette histoire, je me faisais la réflexion que plus rien ne me surprenait chez Arnaldur Indridason. En fait, je pense en avoir fait le tour. Je reconnais désormais son style, ses personnages, ses intrigues, toujours les mêmes tourments et solutions. Oui, tout est écrit d'avance. On connaît le chemin et on ne se trompe pas. Ce n'est pas un reproche. Après tout, la lecture est classique et convenue. Tout est propre, lisse, attendu. Sans surprise. La lecture par Philippe Résimont est solennelle et au diapason avec les révélations (haro sur les voix féminines, j'insiste). L'auteur joue subtilement avec les émotions en distillant cette touche de nostalgie et de dramaturgie dans ses enquêtes. On en ressort à chaque fois avec le cœur lourd. En somme, c'est incontournable.

©2018 Traduction française, Éditions Métailié (P)2018 Audiolib

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24 janvier 2019

La nuit de l'ogre (Chris Kovac 2), de Patrick Bauwen

La nuit de l'ogre audibleChris Kovac est de nouveau dans la tourmente : une jeune fille a oublié dans sa voiture un sac contenant un bien sinistre cadeau. En poussant les analyses, l'homme découvre que cette étudiante serait la fille disparue de sa surveillante en chef. Celle-ci lui demande de mener une enquête en toute discrétion... ce sur quoi, on se doute, notre médecin urgentiste va s'illustrer en renouant avec ses pires cauchemars.
Son meilleur ennemi, le commissaire Battista, est également dans la place. Son équipe a investi les tunnels du métro, recueilli un corps et poursuivi les investigations. En fait, les deux intrigues sont liées et conduites en parallèle - non, je ne spoile pas - c'est écrit sous nos yeux. La vérité vraie.
Et pourtant, il ne faudrait pas se fier aux apparences car Bauwen est extrêmement habile en la matière. À ce propos, il est préférable d'avoir lu Le Jour du chien au préalable, essentiellement pour se familiariser avec les personnages et le fil rouge de cette série. Oui, un fil rouge. En fait, une voix anonyme et sépulcrale, qui cogne dans votre tête et vous hante dans votre sommeil. On ne moufte pas, c'est effroyable. Je ne suis pas prête de soigner mes insomnies avec un tel régime... mais passons.
J'avais déjà bien accroché avec le premier roman, cette fois j'ai trouvé qu'il était encore plus redoutable : on plonge dans les coulisses des sociétés secrètes, du corps médical, des réseaux secondaires, des fascinations macabres etc. Même Maxime Chattam pourrait s'en enorgueillir. On a un Kovac complètement ravagé, toujours intuitif mais résigné à franchir toutes les limites. Toutefois, on l'accompagne dans ses dérives et ses délires, au diable leurs effets anxiogènes. Les enchaînements se révèlent percutants, les rebondissements ahurissants (rien vu venir : c'est fou !). En bref, j'ai trouvé cette lecture bluffante. On n'a certes pas encore tout résolu, un psychopathe court les rues, le suspense reste entier et les démons sont à la fête. Bauwen nous tient en haleine avec une rouerie remarquable. Applaudissements dans la salle. 

©2018 Albin Michel (P)2018 Audible Studios

L'interprétation de Sylvain Agaësse est TOP. Peut-être pas utile d'en rajouter une couche avec les personnages tordus... on a compris, hein. 

 

21 janvier 2019

Changer l'eau des fleurs, de Valérie Perrin

Changer l'eau des fleursViolette travaille dans un cimetière. Elle prend soin des allées, des fleurs, des plaques, des tombes. Elle connaît chacun des occupants, leurs histoires et leurs familles. Elle propose souvent un café ou un thé, des petits gâteaux, une oreille attentive aux gens de passage. Par sa gentillesse et sa discrétion, elle rend l'instant plus doux. Par contre, tous ignorent que Violette a aussi ses propres fantômes. Abandonnée à la naissance, elle a rencontré son mari très jeune. Un jour, celui-ci disparaît sans crier gare, laissant Violette dans le flou. Pourtant, elle ne s'en inquiète pas et trace sa route auprès de ses morts, jusqu'à ce que débarque Julien, un commissaire venu chercher une réponse aux dernières volontés de sa mère.
Ne nous voilons pas la face : on a du charme, de la tendresse et beaucoup de mélancolie dans cette histoire. Cela donne un roman poignant mais très triste aussi. Au début, on savoure chaque bouchée. On retrouve la délicatesse des Oubliés du dimanche : le style simple et sans fausse note, les petites vies ordinaires et les secrets de famille. Puis, trop de parcours s'entrecroisent, déposent leurs complaintes, plombent l'ambiance et laissent une impression décousue. Entre la soumission de Violette, le grand amour caché de Paul et Irène, la double vie de Philippe Toussaint, les rêves de Sasha, la disparition de Léonine, les tourments de Françoise Pelletier, cela fait beaucoup de drames intimes. Mis bout à bout, ils imposent aux 15 heures de cette lecture un arrière-goût d'amertume. On reste malheureusement en retrait, face à des personnages peu charismatiques, qui nous touchent sans nous attacher réellement. C'est embêtant car l'histoire devient trop longue et déprimante. On se croirait dans un interminable mois de novembre, monotone et lugubre, avec une narratrice résignée et larmoyante.
Au final, ce n'est pas le plus foufou des romans, même s'il dispose de qualités indéniables et dégage une sincère bienveillance. Techniquement, 
Marine Royer est merveilleuse dans son rôle. C'est toujours agréable de l'écouter. 

©2018 Albin Michel (P)2018 Audible Studios

21 janvier 2019

Sa vérité, de Melanie Raabe

Sa véritéSans nouvelles de son mari - kidnappé en Amérique du Sud depuis 7 ans - Sarah reçoit un coup de fil des autorités annonçant que Philipp est de retour. La jeune femme accourt à sa rencontre, puis tombe des nues. Cet homme n'est pas son mari mais personne ne l'entend.

Dans l'intimité de leur maison, l'homme tombe le masque. Il n'est pas celui qu'elle pense, par contre elle a intérêt à filer droit car il lui promet une vie infernale et de perdre bien plus qu'elle n'imagine si elle persiste à crier à l'imposture.

Dès lors, le lecteur devient le témoin d'un vrai travail de sape. Deux ennemis s'affrontent. Lequel des deux ment ? Ambiance glaciale garantie. Pour ça et pour la tension psychologique tirée au cordeau, le roman est tout à fait réussi. Non seulement il entube son audience en alternant les doutes et les suppositions, mais il ne laisse absolument rien filtrer.

Je m'attendais néanmoins à un final plus renversant, à défaut d'être explosif. Au lieu de ça, c'est la douche froide. On en revient à un roman lu avec avidité, franchement prometteur, et au moment de lancer sa torpille, d'éclabousser le lecteur, boum, le crash. Quelle désillusion. En fait, on pourrait dépouiller tout le thriller de ses artifices inutiles au vu de la solution vendue. Tout ça pour ça. Etc. C'est décevant.

JC Lattès (2018) - Traduit par Céline Maurice

 

20 janvier 2019

Lola Bensky, de Lily Brett

Lola BenskyFin des années 60. Lola Bensky a 19 ans et travaille pour un magazine australien spécialisé dans les nouvelles figures du rock. Entre Londres et New York, Lola rencontre ainsi Mick Jagger, prend le thé avec Paul McCartney, prête ses faux cils à Cher, sauve Jimi Hendrix d'un accident de voiture, discute kilos en trop avec Mama Cass, évoque l'héritage juif avec Janis Joplin et résiste au charme vénéneux de Jim Morrison.
Toutes ces anecdotes font naturellement le piquant de cette lecture, où l'auteur s'incarne dans cette jeune journaliste mal dégrossie, qui souffre de son image, de son poids et d'être fille de rescapés des camps de concentration. Elle revient sur sa famille, les traditions et la religion, son avenir à Melbourne, ville où elle a suivi ses parents et rencontré un petit copain volage.
En fin de lecture, on retrouve Lola Bensky dans un appartement new-yorkais pour un dîner chez des amis. Elle a une soixantaine d'années et croise Mick Jagger, qui lui sourit avec tendresse. Nul ne sait s'il se souvient de cette époque tumultueuse et canaille, s'il a reconnu en elle l'illuminée qui parlait de choux dans le ghetto de Lodz en Pologne. Après tout, quelle importance ? Chacun dorlote ses souvenirs et entretient avec la nostalgie une relation intime et pudique.
En attendant, ce roman se picore par petites bouchées. Et j'ai adoré son ambiance rocknroll, la folie des années 60, la nouvelle scène, les excès, le glamour, la liberté... C'est assez exaltant. Plongée dans cette frénésie, Lola Bensky n'est pourtant pas une rigolote : complexée et triste comme un bonnet de nuit, on la sent davantage simple spectatrice et engluée dans ses problèmes. Au bout du compte, j'ai un peu mis de côté la part confidentielle de Lola pour me consacrer à son travail, ses rencontres surréalistes et légendaires. Pour ça, rien que pour ça, j'ai beaucoup aimé ce roman. Sensation grisante d'avoir voyagé dans le temps et d'avoir touché les étoiles. Un pur bonheur.

10-18 (2016) - traduit par Bernard Cohen

éditions de La Grande Ourse (2014)

19 janvier 2019

La face cachée de Ruth Malone, d'Emma Flint

LA FACE CACHÉE DE RUTH MALONEUn soir d'été, Ruth Malone supporte difficilement la chaleur et la fatigue dans son petit appartement du Queens. Profitant du sommeil de ses enfants, elle sort fumer et promener le chien dans le quartier. Le lendemain matin, elle découvre la chambre vide de ses mômes et signale aussitôt leur disparition.
La police est néanmoins circonspecte quant au déroulement de la soirée. Pour les enquêteurs, il ne fait aucun doute que Ruth Malone est coupable. L'opinion publique aussi se dresse contre elle : Ruth Malone n'est pas affligée par le drame qu'elle vit. Parce que Ruth Malone est une femme séduisante, séparée de son époux. On apprend aussi qu'elle est serveuse dans un bar et collectionne les liaisons.
Dans cette Amérique des années 60, le portrait de Ruth Malone devient sulfureux et blâmable. Et au lieu de se défendre, celle-ci s'enferme dans son mutisme. Elle refuse de coopérer ou de se soumettre au détecteur de mensonge. Elle clame son innocence. Mais elle ne pleure pas, elle ne s'effondre pas en public et elle continue de voir ses amants.
Un journaliste va tenter de donner une meilleure image de Ruth Malone. Chroniqueur au Herald, Pete Wonicke est fasciné par la jeune femme, dont il tombe peu à peu amoureux. Il va mener sa propre enquête et multiplier les articles pour percer “la face cachée de Ruth Malone”.
En somme, toute cette affaire n'est qu'une histoire d'acharnement et de jugement des apparences. Certes, le personnage de Ruth est difficile à cerner et exacerbe toutes les passions. La lecture en devient étrange et palpitante à sa façon. On tourne les pages avec l'envie de comprendre, de savoir, de faire tomber les masques. Le dénouement est effarant.
Entre compassion et écœurement, on referme non sans amertume le dossier de cette affaire très, très complexe. C'est poignant. Et lourd à porter. Délicat et sensible. En bref, ce roman ne laisse pas indifférent.

10-18 (2018) - traduit par Hélène Amalric

Titre VO : Little Deaths

 

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