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Chez Clarabel

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7 septembre 2010

En poche ! #31

Ker Violette de Karine Fougeray avait été  pour moi un GROS COUP DE COEUR (éditions Delphine Montalant, 2008).

Le roman est enfin en poche !

ker_violette  10 heures du matin. Du kir-champagne dans une bolée de cidre. Au fond d'un bar breton, ils sont deux face à face. Lui, c'est Félix, marin, pêcheur, artiste. Elle, c'est Clara. Elle n'est pas d'ici. Plus d'ici. Un homme qui peint des rascasses et une fille qui cherche son cheval...  Clara ne pense qu'à cela, ne rêve que de cela. Retrouver Prince. Refaire le chemin. C'était il y a longtemps mais rien n'est oublié. D'abord : aller voir Martreux, le maréchal-ferrant sourd-muet. Lui, saura. Et ensuite ? La vie, la mer. L'Irlande, une vieille pension bretonne, des lettres d'amours, des histoires de marins et l'odeur du varech... Parce que, parfois, la vie se cabre, à 36 ans, Clara n'a plus que son cheval en tête. Pour se remettre en selle...

=) C'est un roman qui parle d'amour, mais vraiment un amour mirifique, hors du commun, qui dure depuis des lustres. C'est un feeling, une émotion pure et instantanée, un électrochoc, le genre qui file une décharge sitôt qu'on se frôle... C'est l'histoire d'une tristesse, d'un abandon, d'un deuil, d'un chagrin. C'est aussi un énorme silence, un poids qui dure et qui s'encroûte avec les années. C'est une rencontre éblouissante, deux âmes qui s'unissent, une communion, un déchirement. Dans ce livre, aussi, on respire l'air de la mer, on boit beaucoup de champagne, on sent l'eau de cologne de Guerlain, une odeur surannée de violette. La mer, encore, on la maudit, on l'admire, on court après, on s'y baigne nue. On la traite de tricheuse, de menteuse, de mante religieuse. Mais la mer n'est pas tout. La mer, ou la mère ?

Pocket (septembre 2010) - 5,90€ 
NB : La couverture originale était mille fois plus jolie !

Encore un COUP DE COEUR, mais dans un registre tout à fait différent : Darling Jim de Christian Mork.

Darling_Jim    Il est arrivé un jour à Castletownbere, Irlande. Tout en lui respirait la force, la beauté. Le bruit de sa moto l'annonçait de loin. Et personne en ville, depuis, n'a oublié Jim. Darling Jim. Le raconteur d'histoires, l'amant merveilleux : les hommes l'admiraient, les femmes l'adoraient. On écoutait sans se lasser sa vieille légende celtique, toujours la même : celle du loup qui, devant sa proie, hésite. Aimer. Ou dévorer. Sombre et sauvage histoire qui décidera de celle des soeurs Walsh. Tombés dans les mains d'un innocent facteur, leurs journaux intimes révéleront tout le bruit, la fureur, l'horreur d'une passion perverse. Des cadavres, des haines et des vengeances de femmes rendues folles par un faux prophète, un loup, déguisé en brebis, l'irrésistible, l'inoubliable, l'impitoyable Jim...

C'est un roman qui nous promène d'un chemin à un autre, sans jamais nous perdre, le narrateur veille et nous pousse gentiment vers le sentier qu'il souhaite nous voir emprunter. Et ça fonctionne plutôt bien, on mord à l'hameçon. Une fois ouvert ce livre, on ne peut plus le refermer ! Et l'écriture est sensuelle, brillante, étourdissante. C'est un livre à plusieurs facettes, qui vous raconte une histoire d'amour, de danger et de tristesse. Une histoire qui donne la chair de poule. Une histoire un brin fantastique, avec des contes et légendes qu'on imagine se raconter au coin du feu ou avec une lampe de poche sous une tente ! Pour frémir de plaisir.

Pocket (juin 2010) - 7,30€


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6 septembre 2010

Le petit Gus fait sa crise

Le_petit_Gus_fait_sa_crise_de_Claudine_DesmarteauVous vous sentez déprimés par la rentrée ? J'ai trouvé la solution : lire, ou relire, les aventures du petit Gus ! Deux livres sont déjà sur le marché, deux hommages appuyés au petit Nicolas de Goscinny, revus au goût du jour car les cours de récré ne sont plus ce qu'elles étaient. Ce n'est pas une façon de peser le pour et le contre, encore moins une manière d'accentuer sur le "c'était mieux, avant". Bah non, c'est juste un cliché de notre jeunesse qui brille de mille feux, avec ses tics et ses tocs, son parler et ses modes.

Un sujet demeure, celui sur lequel tout le monde sera d'accord, sujet inépuisable et intarissable : les filles. Les générations se suivent mais les problèmes demeurent, avec des perles du genre : "Je voudrais pas être raciste ou quoi mais franchement, les filles, c'est pénible." C'est dit, ça ouvre le bal. Et on compulse le catalogue des choses qui vont de travers, le père trop radin, la mère vampirisée par Aldo Nouillerie, un psy qui donne des conseils bidons pour aider les parents à éduquer leurs enfants (on connaît les recettes, non, non, on ne se moque pas, mais c'est fichtrement bien épinglé, du coup c'est tordant, mordant, irrésistible !). Le grand frère tue son temps à devenir le champion de Guitar Hero, la soeur veut adopter un rat et fume en cachette en menaçant Gus de ne pas cafter aux parents.

Claudine Desmarteau nous dresse un portrait de famille cocasse, agaçant et déjanté, mais qu'est-ce qu'on rigole ! Le petit Gus ne fait pas dans la finesse, c'est clair, alors que sortent de sa bouche de môme de dix ans des paroles d'adultes, souvent grossières. Sûr qu'on devine l'auteur derrière, qu'on sent les règlements de compte et les petites piques qui font mouche. Je ne sais pas si un gamin du même âge captera toute la subtilité du propos, cependant il ne se sentira pas du tout étranger aux centres d'intérêt du garçon (les Transformers, le Bakugan, Pokémon & Co). C'est bien vu, pas du tout conventionnel, ça va à rebrousse-poil de ce qu'on peut lire d'habitude, ça mordille, ça use, ça s'essoufle avant de mieux rebondir, et ça finit bien. Drôlement bien, même, comme morale ! A adopter.

Le petit Gus fait sa crise ~ Claudine Desmarteau
Albin Michel (2010) - 157 pages - 12,90€

Le petit Gus, préalablement publié chez Panama, a été réédité par Albin Michel pour l'occasion.
A paraître en octobre : un album, Mes petits démons.

EXTRAIT :

A mon avis, les adultes, ils rêvent pas assez. On peut pas leur en vouloir parce que leur mission, c'est de travailler pour gagner de l'argent et de se taper des corvées à la maison. N'empêche, ils regardent trop les infos et les tickets de caisse. Après, ils deviennent chiants et ils râlent. C'est pas une solution. Moi ça me fait du bien de rêver que je suis un héros Ninja qui s'appelle Brad. Romain, lui, quand il joue sur sa petite guitare en plastoc, il rêve qu'il est un Guitar Hero. Delphine, elle est amoureuse de Tristan et je suis sûr qu'elle rêve qu'il largue Alice pour sortir avec elle. Va savoir, ça arrivera peut-être.
Et peut-être aussi que ça va s'arranger, le cancer de la planète, la crise et les patrons vautours.
On peut toujours rêver, non ?
 

5 septembre 2010

Le Signe de K1 - Tome 1 : Le Protocole de Nod

Pas mal, hmm, vraiment pas mal. C'est ce que je me suis dit, au fil des chapitres. Je n'étais pas follement convaincue au début, je n'aimais pas trop la couverture, mais la surprise a tout de même été au rendez-vous. Tout n'est pas irréprochable non plus, j'ai par exemple trouvé les dialogues plats et mal intégrés dans l'histoire, mais le reste tient la route et s'est révélé curieux, excitant et agréable.

 

Le_signe_de_K1

An 2322. La communauté de K1 est en danger, les conditions climatiques sont déplorables, les eaux gagnent du terrain et les populations ne savent plus où se loger. Le gouvernement a donc mis en place le Protocole de Nod : 22 pionniers et leurs familles sont envoyés dans le passé, pour préserver l'avenir, et permettre de sauver l'humanité.

Eté 2020, dans le sud-ouest de la France. Une épidémie va vicieusement s'abattre sur la ville de Médiola, touchant d'abord les oiseaux avant de contaminer les hommes. Le docteur Rieu, observateur impuissant, constate aussi d'étranges phénomènes se manifestant chez ses patients. Son fils aîné, Angelo, s'est vu intégrer un programme spécial pour les X-Cases comme lui. On en sait peu, de plus tous les contacts entre le Centre et l'extérieur sont coupés. Pauline, sa soeur, brillante élève à la Winners' School, se fait beaucoup de souci. Dans l'intervalle, elle est tombée amoureuse de Luka, un type très beau, au charme mystérieux, qui vient d'arriver en ville.

Les coincidences s'enchaînent et certaines pièces du puzzle commencent à trouver leur place, révélant un plan machiavélique institué par ... Tout se se révèle dans un brouillard, hallucinant et angoissant. Certains faits sont aussi un peu trop attendus au tournant, mais ceci ne gâche pas le plaisir de la lecture. Je rappelle que c'est un livre qui se destine pour des lecteurs dès 13 ans, ce n'est pas non plus un monstre de la littérature de science-fiction, néanmoins c'est parfaitement plausible, intéressant et attrayant. Ce premier livre est suffisamment engageant pour vouloir connaître la fin, à paraître en 2011.

Le Signe de K1 ~ Claire Gratias
Syros, coll. Soon (2010) - 335 pages - 15,90€
illustration : Stéphanie Hans

Tome 2 à paraître : Le Temps des TsahDiks

4 septembre 2010

Prends garde à toi !

Prends garde à toi

Très souvent, les intrigues de Patricia Wentworth ne sont pas ébouriffantes et on devine très vite la fin à des kilomètres à la ronde. Or, cette fois, même si le doute était semé, j'ai aussi été plus d'une fois étonnée par les retournements de situation. La dame ne déroge pas à ses principes : jamais de sang, pas de poursuite infernale, aucune scène qui pousse le sensationnalisme sur le devant, les enquêteurs boivent le thé devant un bon feu de cheminée et dissertent, entourés de livres et d'un perroquet bavard. Non, franchement, nous sommes loin des nouvelles modes du genre policier. L'enquête ici se base sur un climat de suspicion, voilà la grande force de l'histoire (en plus de ce que je considère comme l'élégance du style, les personnages charmants et agaçants, le ton guindé et raffiné, le petit côté rétro, mais pas vieillot).

Nous avons en tête Rosalind Denny, veuve depuis dix-huit mois, dont le mari Gilbert a mis fin à ses jours lors d'une sortie en mer. Il était sous-secrétaire au Forein Office, jouissait d'une carrière florissante, avait le tapis rouge à ses pieds, hélas il semblerait qu'un prochain scandale pouvait l'éclabousser et qu'il ne l'aurait pas supporté. Or, Rosalind réfute ces accusations. Selon elle, il aurait été tué ou poussé au crime. Son cousin, le colonel Garrett (déjà croisé dans L'appel du danger), assisté du sémillant BCH Smith, commence à entrevoir l'aube d'un complot. D'autres politiciens ont été récemment acculés à la retraite professionnelle, seulement l'un d'eux, Bernard Mannister, a choisi la méthode tapageuse, en forçant le ton et en brassant l'air de ses bras. De plus, son nouveau secrétaire particulier, Jeremy Ware, travaillait également pour Gilbert.

Et ainsi tourne la roue. Car Jeremy réalise avec stupeur qu'il serait lui aussi visé par ce complot, qu'on chercherait à le tenir responsable de contre-espionnage, et sans l'intervention d'une demoiselle, qui lui apparaît la nuit, tel un fantôme, avant de disparaître dans les couloirs souterrains de la maison de Mannister, Jeremy serait dans de beaux draps. Mais sa cote de crédibilité a cruellement chuté, il se sent seul, raison de plus pour démasquer le coupable et faire éclater la vérité, découvrir l'identité de la jeune fille somnabule, reconquérir la confiance de Rosalind, laquelle est tombée dans les pièges du spiritisme... Bref, l'intrigue nous réserve son lot de surprises, toutes très agréables, le climat d'après-guerre rend l'ensemble captivant, mais jamais pesant. Cela confirme mon sentiment, lire ou relire Patricia Wentworth n'est jamais décevant !

10-18, collection Grands Détectives (2008) - 282 pages
traduit de l'an
glais par Anne-Marie Carrière 

2 septembre 2010

La Belle Adèle, de Marie Desplechin

La_belle_adeleLa Belle Adèle est un roman sympathique, mais pas très original (la fin glisse dans la facilité, c'est un peu dommage). Par contre, aucun souci pour conseiller ce roman aux jeunes lecteurs, qui ont l'âge d'aller au collège et qui seront particulièrement sensibles à l'histoire. Cela parle notamment de la condamnation par l'image dans les cours d'école, selon ce qu'on est ou ce qu'on affiche, on devient victime ou bourreau. Adèle et son meilleur ami Frédéric ont choisi de sortir de l'anonymat et inventent une histoire d'amour à faire baver de jalousie. Aussitôt leur cote de popularité atteint des sommets vertigineux, mais l'histoire ne s'arrête pas là, et les amoureux sont pris à leur propre piège puisqu'ils vont être les nouveaux visages d'une campagne publicitaire qui parle de contraception. (J'avais vu venir le truc à des kilomètres à la ronde !)

Toute la première partie du roman est intéressante, agréable et guillerette. J'ai bien aimé, et puis j'ai fini par me sentir trop vieille, étrangère aux considérations des adolescents, du déjà-vu par surcroît. Je n'ai pas non plus jugé utile le passage avec l'arrestation du père de Frédéric, qui est un travailleur sans papier, et la résolution finale apparaît rapide et consensuelle (parce que, franchement, irréaliste). Je ne sais pas, cela devenait aussi trop fourre-tout et usant (la mère qui s'amourache du photographe, la tante qui ne cesse d'être bavarde, bruyante et artificielle...). A la base, La Belle Adèle est un feuilleton en 35 épisodes (chapitres) publié sous forme électronique par SmartNovel. On y sent bien la cadence alerte, les rebondissements successifs, l'intrigue habilement troussée, mais personnellement j'ai fini par trouver que ça s'essoufflait. Voilà pourquoi je le conseille pour les lecteurs dès 11 ans. La couverture est illustrée par Lucie Durbiano, j'aime beaucoup !

Gallimard jeunesse (2010) - 155 pages - 8,50€
illustration de couverture : Lucie Durbiano

le début du roman à lire ici !

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1 septembre 2010

Sa Seigneurie, de Shaïne Cassim

Sa_Seigneurie_de_Sha_ne_CassimCe livre bénéficie d'une réédition et c'est un grand bonheur ! Il m'a notamment permis de faire sa découverte, et donc d'apprécier le style de l'auteur à travers cette histoire assez originale et plaisante à suivre. Cela pourrait se résumer à une histoire d'amour entre deux adolescents, sauf que Simon et Rose ne sont pas des personnages ordinaires, comme on pourrait en croiser souvent dans cette littérature. Simon, alias Sa Seigneurie, est une équation avec plusieurs inconnues à lui tout seul. D'extérieur, il est très beau, il cultive une attitude guindée et raffinée, avec tailleurs sur mesure et langage révérencieux, ce qui le met à l'écart de ses camarades de classe, devenant l'objet de leurs quolibets. Car au fond, Simon souffre, il se sent seul et incompris, de plus il nourrit une admiration amoureuse pour Liane, l'amie de sa mère, jusqu'au jour où emménagent leurs nouveaux voisins.

Rose, jolie anglaise sans accent, n'est pas très grande et reçoit comme accueil une remarque déplaisante de la part d'un bougre de l'école. Qui a dit que le lycée était le nouvel enfer sur Terre ? Bref, Rose et Simon vont d'abord se tolérer, s'intriguer, se rapprocher et se toucher. Et puis tout bascule, tout s'accélère. Simon se découvre épris de Rose, qui s'effarouche et veut mettre de la distance entre eux. Patience, incompréhension, souffrance, maladresse et j'en passe vont donc devenir leurs pions dans ce jeu amoureux qui connaît ses hauts et ses bas. J'ai trouvé l'histoire charmante, la personnalité de Simon se révélant séduisante au-delà des apparences. Une douce harmonie règne entre Rose et lui, comme deux sensibilités qui trouvent là un reflet de miroir. Ce fut une bien jolie lecture, pleine de tendresse et de légèreté !

Flammarion (réédition 2010) - 167 pages - 8€

31 août 2010

The Hunger Games #3 Mockingjay

Mockingjay_Wallpaper_by_ashcro85

 

 

Je sors à peine de ma lecture et honnêtement j'ai du mal à afficher un plein enthousiasme.
Pourtant j'aime cette série d'amour, j'ai dévoré les deux premiers livres avec impatience et passion, totalement convaincue que cette série se vivait avec intensité. Donc, j'attendais beaucoup du dernier tome, trop peut-être, car j'en sors avec des sentiments divers : soulagement, incompréhension, frustration, amertume, déception. Oui, un peu.

J'étais préparée à recevoir une claque. Je savais que Mockingjay allait être sans concession. Que les personnages seraient malmenés, différents. Alors, oui, c'est sûr, je m'en suis pris plein la figure. Et j'ai tout encaissé, de manière admirable, car proprement stoïque. Après tout, la guerre est déclarée. Il va y avoir des pertes, des sacrifices, de la manipulation et de l'ambition éhontée. Des révélations toutes plus horribles les unes que les autres. Le pouvoir des images, la surenchère dans la violence, la folie de la médiatisation. C'est du lourd, à bien des égards.

Et pourtant, au fil des pages, je me suis sentie étourdie, amère et un peu trahie. Collins a transformé ses personnages, elle a été sans pité, à tel point que le lecteur se sentira déboussolée. Katniss se montre ici une héroïne forte et fragile, mais davantage sur la corde raide, avec des états d'âme et un ras-le-bol qu'on partage bien volontiers. Elle a conscience d'être un pion entre les mains du District 13, elle est mise en scène, joue son rôle mais on la sent si lasse, si peu elle-même. Plus trop the Girl on Fire, sauf à un moment, lors d'une scène assez pénible, et qu'on vit comme un alibi.

Gale, enfin, se révèle et semble fidèle à lui-même : une personnalité loyale, un vrai rebelle qui n'accepte plus la dictature et est prêt à prendre les armes. C'est aussi un ami exemplaire, une valeur sûre et réconfortante. Il va s'afficher, jouer des coudes, se battre aussi pour prouver sa légitimité, se résigner mais faire front. Toujours. Franchement j'ai été touchée par lui. Néanmoins, toute mon attention était tournée vers Peeta. Connaissant son sort à la fin de Catching Fire, les expectatives étaient nombreuses. Soit, je n'en dirai pas plus, mais je me suis sentie trompée.

Bien évidemment, je ne cherchais pas de la guimauve. Simplement, l'amour de Peeta était beau, tendre et pur. C'était trop, peut-être. Car Collins s'en est servi contre lui. La guerre a bon dos, j'ai trouvé que ce retournement au sujet de Peeta a été un peu trop rude.

 

En fait, tout s'explique dans ce livre. Tout est parfaitement logique, même si ça fait mal, même si au final tout paraît long, languissant et assez funèbre. C'est d'ailleurs la petite musique du livre, qu'on retrouve dans ces quelques mots, employés par Katniss pour parler d'elle-même : "Trapped for days, years, centuries maybe. Dead, but not allowed to die. Alive, but as good as dead. So alone that anyone, anything no matter how loathsome would be welcome."

Non, ce n'est pas gai ! J'avais entamé une série qui se voulait sensationnelle, inattendue, bouleversante, riche et captivante. Elle se termine sur une note de tristesse et de lucidité douce-amère. Collins accable les meneurs de guerre, mais souligne que les leçons enseignés par l'Histoire sont trop vite oubliées. "Now we're in that sweet period where everyone agrees that our recent horrors should never be repeated. But collective thinking is usually short-lived. We're fickle, stupid beings with poor memories and a great gift for self-destruction." Elle n'avait pas pour ambition d'écrire une bluette sentimentale, prévisible et bien propre. On l'avait bien compris ! (Si vous en doutiez, passez votre chemin.)

Beaucoup de tristesse, donc, et d'amertume, mais cette série restera à jamais l'une des plus belles révélations littéraires. Elle a su me procurer du bonheur et de la souffrance, j'ai été bluffée et abasourdie plus d'une fois, aujourd'hui elle se boucle de façon abrupte et douloureuse. On n'en sort pas indemne, mais ça fait partie du jeu.

May the odds be ever in your favor !

Mockingjay ~ Suzanne Collins (2010)

A paraître en VF en 2011 !

challenge Lire en VO - 26LireEnVo

27 août 2010

Pêle-Mêle Clarabel #4

Quelques extraits pris au hasard de mes dernières lectures :

De la même façon que ma fille scrute les traits de mon visage pour tenter d'y trouver des indices de la femme qu'elle est en train de devenir, moi aussi je me mire en elle et ... quelquefois, pour une expression fugace, un geste à peine ébauché, un reflet de carnation, j'ai un frisson qui me zézaie dans le coeur : ma fille me ressemble ! Sans aller jusqu'au flaubertien mais combien tentant : Ma fille, c'est moi !, je m'effraie de me voir si ... imparfaite en ce miroir. Je me sens doublement confuse : primo, que m'arrive-t-il, d'où me remonte cette douleur diffuse ? Mais aussi, secundo, confusion des identités : est-ce moi que je reconnais en elle ? Est-ce elle qui est si semblable à moi ? C'est une choucroute variée !

Ma fille (Conseils aux mères d'ados), de Sonia Feertchak (Plon, 2010)

(...) dans le monde que tu imagines, et qui me fait peur, qui me glace les sangs, au moins, ça, ça restera humain. Les livres. Moi, je ne suis pas comme toi. Je ne pense pas du tout que les machines vont les rendre inutiles, au contraire, on en aura besoin plus que jamais, parce que je te le dis, moi, on va étouffer ! On courra après, on lira tout ce qui a été écrit avant, et on se dira : ah ! mince, ils en avaient de la chance, ils avaient un endroit où se cacher ! Où on ne pouvait pas venir les embêter, leur dire ce qu'il faut faire, ce qu'il faut penser ! Ta génération, comme tu dis, il ne faut pas qu'elle se trompe de cible. Remarque, les machines, je n'ai rien contre, je travaille depuis vingt ans sur un ordinateur, j'ai un portable, un lecteur de DVD, et je suis tout le temps sur Internet pour mon travail.
- Alors, où est le problème ?
- Le problème, c'est que ça prend trop de place, trop d'importance dans nos vies... ça finit par nous déshumaniser.

Pourquoi on écrit des romans..., de Danièle Sallenave (Gallimard jeunesse, 2010)

 

26 août 2010

Rouge

Pour avoir énormément apprécié Graceling de Kristin Cashore, j'attendais avec impatience de lire son deuxième livre, Rouge (en VO : Fire). Las, j'ai été un peu déçue, surtout par le début. C'est lent et compliqué, Kristin Cashore nous plante un nouveau décor, d'autres personnages, on parle de monstres à la beauté chatoyante, bref c'est assez inattendu mais ça ne manque pas d'intérêt.

 

rouge_kristin_cashore

Rouge, notre héroïne, est aussi une femme-monstre, elle possède une beauté étourdissante, qui attire les convoitises, les jaloux, les haines, etc. Son père était un monstre sadique et cruel, qui a connu une fin horrible. Aujourd'hui, Rouge porte encore le fardeau d'être sa fille. Elle tente de faire le bien ou de se tenir à distance. Elle vit chez l'ancien commandant du roi, dont le fils Archer est fou amoureux d'elle. Un jour, Rouge est invitée par le roi Nash à rejoindre sa cour pour leur prêter concours. La jeune femme est télépathe, elle peut lire les esprits et les manipuler pour obtenir ce qu'elle désire. Le pouvoir du roi est en effet menacé, d'autres seigneurs semblent complotés dans l'ombre, le jeune roi et ses proches veulent les espionner grâce au don de Rouge.

Escortée par Brigan, le commandant en chef et le frère de Nash, Rouge se sent oppressée, incomprise. Le prince la déteste, son statut de monstre à la chevelure de feu rend leur périple ardu et dangereux, et le voyage s'éternise. Pour le bien de tous, finalement, car Brigan et Rouge vont apprendre à mieux se connaître et s'apprécier. Les sentiments amoureux naissent très timidement, nos deux protagonistes ayant des âmes torturées souffrent silencieusement et sont devenus amers. Ils ont été nourris de haine, de rancune, de frustration et de tristesse. Ils ont les ailes cassées, et puis la guerre est aux portes de la ville, il n'est guère temps de batifoler.

J'ai été surprise par le ton de ce roman, il est très mélancolique et met davantage en avant les tourments des personnages. L'intrigue repose longtemps sur du statu-quo, on assiste aux préparations d'un conflit sans pitié, et au centre Rouge se débat avec ses propres atermoiements. S'il fallait comparer la jeune femme à Katsa, ce serait le jour et la nuit ! Rouge est meurtrie, tout le temps triste, elle traîne un spleen qui ne se guérit pas, elle est vraiment très sensible. Et c'est ce qui pèse sur la lecture, cette sensation de morosité qui s'écoule au fil des pages. Au-delà de cela, c'est un très bon roman, avec une véritable identité, un univers riche et captivant, dicté avec intelligence, et où toutes les pièces se mettent en place avec beaucoup de virtuosité. Je suis impatiente de lire le prochain tome, Bitterblue !

Rouge ~ Kristin Cashore
Hachette (2010) - 423 pages - 18€
traduit de l'anglais (USA) par Raphaële Eschenbrenner

Fantasy Reading challenge 13 / 20

 

25 août 2010

Pêle-Mêle Clarabel #3

Zelie_et_les_Gazzi_de_Adrien_AlbertCoup de coeur ! Ce petit roman réussit à combiner le charme, l'humour, le burlesque et le talent ; c'est l'histoire des trois Gazzi qui veulent voler la boulangère avant de kidnapper la couturière pour confectionner des déguisements, et qui tombent nez à nez avec une demoiselle intelligente et futée. La rencontre est drôle, facétieuse, les illustrations de l'auteur s'en donnent à coeur joie et ne sont pas sans éveiller une petite pointe de nostalgie, avec son petit côté rétro et décalé. C'est un régal ! Ce n'est pas vraiment un roman, pas non plus une bande dessinée, c'est un mélange des genres et ça cartonne ! Ce fut une formidable découverte, nous avons beaucoup aimé. Et puis les idées de déguisements valent le coup d'oeil...

* Zélie et les Gazzi, par Adrien Albert
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 7,00€
en librairie le 26 août 

sur_ma_teteEncore un petit bijou, signé Emile Jadoul. SUR MA TÊTE suit l'étonnante aventure de Gaston, un petit garçon, qui s'est découvert un jour un moineau sur la tête. Et le volatile s'est installé ! Les jours ont passé, il est toujours là, même pour dormir, manger, se laver ou aller à l'école. Le plus incroyable, c'est que personne ne semble s'en rendre compte. Comment l'expliquez-vous ?
En fait, cet album intelligent s'emploie à expliquer une expression courante et qui concerne souvent les enfants, lorsqu'un adulte leur serine, "mais tu as une cervelle de moineau"... La tournure est habile et se révèle particulièrement cocasse dans les dernières pages, avec un certain parallèle qui prête à sourire.
Nous sommes tombés sous le charme de cet album mignon et craquant, pour la bouille de Gaston et pour son moineau sur la tête.

* Sur ma tête, Emile Jadoul
Pastel de l'Ecole des Loisirs (2010) - 9,00€
en librairie le 23 septembre

du même auteur : Gros_pipi (Gros pipi)

C'est l'histoire d'un petit pingouin qui réveille toutes les nuits ses parents, parce qu'il a envie de faire pipi. Les grands en ont assez et lui font comprendre qu'il doit se débrouiller tout seul, que ça aide à grandir, etc. Pas de problème, se dit le pingouin, et la nuit arrive. Avec son alerte pipi, bien entendu. Mais il va gérer la crise sans ses parents, quelle fierté ! Aussi, ne s'en va-t-il pas comme un bolide avertir ses parents, héhéhé ! Vraiment cette fin, elle est tordante ! Et ça sent le vécu... 

La_vie_avant_moi_de_Colas_GutmanUn autre coup de coeur : Colas Gutman est un auteur qu'il faut absolument découvrir, ses livres sont drôles et fantaisistes, ils racontent des histoires sincères et qui tiennent la route, les lecteurs s'y sentent à l'aise car ils s'y retrouvent facilement, et puis c'est exprimé de façon simple et délirante, je pense qu'il n'y pas d'âge pour savourer ce type de lecture !
La Vie avant moi veut décomplexer la question cruciale : dis papa, dis maman, comment on fait les bébés ? ! Léonard a sept ans, c'est son anniversaire et ses parents ont choisi de lui expliquer les choses de la vie. Et ça part dans tous les sens, d'une potion Brigitte, des femmes à barbe, des borgnes, des bébés envoyés comme des colis et reçus par la poste, de la soupe de potiron aussi et des voyages à dos de mammouth. C'est du grand n'importe quoi, mais l'imagination du petit bonhomme est un vrai régal à suivre !
Delphine Perret s'est également beaucoup amusée à illustrer cette histoire ! Nous conseillons ce livre fortement !

* La vie avant moi - Colas Gutman
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 38 pages - 7,00€
illustrations de Delphine Perret
en librairie le 9 septembre

J'ai bien aimé Docteur Fred et Coco Dubuffet de Catharina Valckx, Docteur_Fred mais en fait je m'attendais à une histoire plus rigolote. Elle se destine à merveille aux plus jeunes lecteurs, qui vont apprécier la rencontre de Fred, un éléphant très mince, qui s'ennuie chez lui et qui va proposer à une petite fourmi rouge de partager son toit, mais en rentrant de l'école Coco Dubuffet fait une mauvaise rencontre, et surtout une mauvaise chute, et ça a bien failli virer à la catastrophe. La journée passe et Docteur Fred n'a plus de nouvelles de Coco, il commence à s'inquiéter. Heureusement, tout est affaire de rencontres, surtout dans cette histoire, car le docteur Fred va croiser Ouzi l'araignée, Olga la cane et Yoyo l'escargot avant de savoir où est passée Coco, et ainsi tout va rentrer dans l'ordre.
Les illustrations sont jolies, l'esprit est bon enfant, la lecture est sympathique, mais surtout destinée aux enfants (car personnellement je n'ai pas été touchée). ^.^

Merveilleux_petit_champignon_atomiqueEncore un coup de coeur pour ce Merveilleux petit champignon atomique de Sabrina Mullor, illustré par Catharina Valckx ! C'est une histoire incroyable qui débute sur une montagne alors que le champignon n'était qu'un spore. Il a grossi et est devenu un beau champignon, sauf qu'il était bourré de plutonium et qu'il se sentait prêt à exploser. Il s'est lié d'amitié avec la montagne, laquelle est boudeuse et grincheuse, elle en a assez qu'on lui marche dessus et voudrait qu'on en finisse grâce à un feu d'artifices. Mourir, pour elle, ça veut dire : confondre l'Amérique avec une chasse d'eau ! Hihihi.
Notre champignon est donc prêt à fissionner lorsqu'une demoiselle se pointe sur la montagne, ce n'est pas une inconnue, il s'agit de la petite Affabulatrice, et la montagne, cette cachotière, n'ignore pas qui elle est. Selon elle, c'est une raconteuse d'histoires. Car elle parle d'amour, donne des bisous et invente aussi des noms d'amour. La montagne et le champignon trouvent qu'elle est dingue, mais dans le fond, ils se sont attachés à l'Affabulatrice et attendent sa venue, chaque jour, avec impatience.
Ont-ils toujours envie de confondre l'Amérique avec une chasse d'eau ? Non, plus vraiment.
J'ai trouvé que derrière la tendresse et l'humour de ce texte se trouvaient aussi des messages sur le monde qui nous entourait : la terre, le soleil, la montagne, etc, des extraits de monde qu'on n'imagine pas, ou auxquels on ne prête plus attention, plus autant qu'on ne le devrait. Et même la fin de l'histoire m'est apparue philosophique, et d'une grande sagesse !

* Le merveilleux petit champignon atomique - Sabrina Mullor
illustrations de Catharina Valckx
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 75 pages - 8,50€
en librairie le 14 octobre (un peu de patience, je sais)

Contes_des_tres_grandes_plaines_de_Jean_Fran_ois_ChabasJ'ai lu aussi l'un des derniers écrits de Jean-François Chabas, un auteur que j'admire beaucoup. Ce sont des Contes de très grandes plaines, qui s'adressent aussi bien aux enfants et à ceux qui ont été bercés par La dernière séance d'Eddy Mitchell et qui raffolent des ambiances de westerns, avec les indiens. Dans ce livre, deux histoires nous plongent dans des ambiances proches de la nature, des légendes sur le roitelet ou sur un indien qui ne voulait pas tuer. C'est propre, classieux, intelligent. Du bon Chabas !

* Contes de très grandes plaines ~ Jean-François Chabas
illustrations de Philippe Dumas
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 52 pages - 8,00€
en librairie le 9 septembre

D'autres auteurs réputés et qui font les beaux jours de l'Ecole des Loisirs :

La_redaction_de_Soleman_de_AudrenLa rédaction de Soleman d'Audren : un petit texte agréable où les élèves doivent raconter leur meilleur souvenir. Soleman, le petit nouveau, est bien en peine, car il prétend qu'il n'en a aucun et se met à pleurer silencieusement dans son coin. Toute la classe va donc s'employer à lui en créer un, et c'est réussi. Audren est un auteur que j'apprécie beaucoup, mais ce titre ne m'a pas fait tomber à la renverse. Les illustrations non plus ne m'ont pas séduite.
illustrations de Gabriel Gay - en librairie le 26 août

La_bande_a_Tristan_de_Marie_Aude_MurailLa bande à Tristan de Marie-Aude Murail : dans l'école de Tristan, il y a des bandes qui font la loi dans la cour de récréation et cela mine un peu tout le monde. Tristan n'appartient à aucun clan, il aime plutôt passer du temps avec sa petite soeur, un copain du CP et d'autres petits de la maternelle. Mais le jour où il découvre qu'il figure sur la liste de guerre, il doit trouver une solution. Créer sa propre bande ?
Cependant, Tristan veut à tout prix se distinguer et déclare sa bande ouverte à tous. Il n'y a pas de test à passer, juste un mot de passe à recevoir et un secret à garder jalousement. Le problème, c'est que Tristan n'a pas encore de secret. Et puis, un drame a marqué sa petite vie : son timbre préféré, celui qui vient de Chine, a été chapardé par le plus grand de l'école. Plus fort, d'accord, mais Olivier n'est pas un bon élève et le maître ne cesse de le répéter, tandis que Tristan brille par ses résultats, et grâce à sa très belle poésie qui a récolté l'admiration de tous.
Et ça continue, l'histoire n'en finit pas. Ce roman, qui compte 100 pages et figure dans la collection Mouche, pourrait rebuter les enfants qui aiment déjà lire tout seuls et n'osent pas s'aventurer dans des livres plus épais, mais ce serait dommage, pour eux, de passer à côté. Le livre raconte avec beaucoup de délicatesse les histoires qui se passent durant la récréation. En grandissant, on comprend qu'il s'agit de l'école de la vie mais on se rappelle aussi que ce n'est pas toujours tout rose. Aussi, Marie-Aude Murail nous propose sa version où le monde n'est ni tout beau ni tout bon mais où tout se finit bien, avec quelques larmes et beaucoup de rire aussi.
A conseiller aux enfants !

* La bande à Tristan ~ Marie-Aude Murail
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 100 pages - 9,50€
illustrations de Gabriel Gay

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